PU-AMI : Articles Spéciaux: home - flash info
- VIH/Sida : Au moins 50 000 patients birmans privés de traitement faute d’argent
- Cisjordanie : Distributions en cours pour 5 communautés bédouines
- AFGHANISTAN 10 ans après, les efforts doivent être accentués pour améliorer l’accès à la santé
- INONDATIONS au PAKISTAN : 900 000 personnes en danger dans le district de Khairpur
- PAKISTAN : un an après les inondations, les besoins et les risques encore trop nombreux
- HAITI : 3 381 enfants et jeunes des rues pris en charge par PU-AMI à Port-au-Prince
- Journée Mondiale de l’Action Humanitaire - S’engager avec nous : pourquoi ? comment ?
- République Centrafricaine : Aide d’urgence aux populations victimes de la LRA dans le Sud Est
- Bande de Gaza : « Ne pas être libre de ses mouvements, c’est le plus dur… »
- TCHAD : S’appuyer sur les savoir faire traditionnels pour lutter contre la malnutrition
- Cisjordanie : 470 familles enfin connectées à un réseau d’eau
- Côte d’Ivoire : Les combats ont cessé, pas la crise humanitaire
- Journée Mondiale des Réfugiés : Les premières victimes de crises humanitaires
- IRAK : Aider durablement les familles victimes de plusieurs années de violence
- Corée du Nord : Première Urgence – Aide Médicale Internationale répond à l’urgence alimentaire
- Course des Héros - Portrait de Caroline, engagée 7 jours sur 7
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- Territoire Palestinien : Accompagner les femmes pour qu’elles retrouvent autonomie et confiance en elles
- RCA : Soutenir l’agriculture pour améliorer les conditions de vie des populations
- Côte d’Ivoire - Urgence humanitaire à Abidjan
- Première Urgence - Aide Médicale Internationale
- Lancement officiel du Comité Scientifique d’Aide Médicale Internationale
- Afghanistan : réalisation d’une enquête sur l’impact du magazine de santé Salamati
- Haïti : entretien avec le Dr Jaques Katshitshi, coordinateur des activités médicales
- Thaïlande : entretien avec Fréderic Pascal, ancien chef de mission pour Aide Médicale Internationale
- Afghanistan : lutter contre la malnutrition des femmes et des enfants
- Afghanistan : coordination d’un magazine de formation médicale
- Crise en Libye : Aide Médicale Internationale envoie une équipe médicale à la frontière tunisienne
- Urgence sanitaire en Haïti : Papy Lukeka nous raconte la réponse d’Aide Médicale Internationale au choléra
- Myanmar : témoignage de Philippe Hamel, ancien chef de mission
- République centrafricaine : entretien avec Jens Schumacher, chef de mission pour Aide Médicale Internationale
- Entretien avec Karine Betemps, Chef de mission en Afghanistan
- Yémen : entretien avec Alexandre Schwall, administrateur d’Aide Médicale Internationale
- République centrafricaine : entretien avec Audrey Mahieu, responsable de projet à Mbrés
- Myanmar : entretien avec Charlotte Berthier, responsable de projet dans la région autonome des WA
- Quatre Héros pour la Course des Héros et plus de 1000€ collectés ! Rejoignez-les !
- Entretien avec Evelyne Benats, référente médicale au Yémen
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- Haïti, un an après - Téléchargez notre dossier !
- Aide Médicale Internationale fait part de sa grande tristesse suite aux décès des deux otages au Niger
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- Lancement des activités du Comité scientifique
- Toute l’équipe d’Aide Médicale Internationale vous souhaite une très belle année 2011 !
- Myanmar : entretien avec Denis Broise, coordinateur administratif et financier
- Haïti : réponse du programme « Santé Martissant » à l’urgence due au séisme
- Haïti : la prise en charge médico-sociale des enfants et jeunes des rues après le séisme
- RDC : appui et mise en œuvre des programmes de santé à Kilembwe
- RDC : la coordination d’un projet d’accès aux soins de santé à Kilembwe
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- RDC : enjeux et défis de la logistique dans une mission sanitaire au Sud-Kivu
- Logisticien en Afghanistan : des objectifs clairs, une réalité complexe
- A.M.I. participe au Forum de recrutement Paris pour l’emploi (14 & 15 octobre)
- La formation du personnel médical dans les camps de réfugiés birmans en Thaïlande : un défi permanent
- Pays du Sud : il est urgent d’investir dans les personnels de santé
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- Campagne non assistance à mère en danger : mobilisation le 18 septembre prochain
- Face à la stagnation de l’aide financière, des ONG mettent en garde contre une crise sanitaire grave au Pakistan
- Haïti : implantation du programme de soins obstétricaux gratuits dans les réseaux communautaires
- Inondations au Pakistan : Aide Médicale Internationale réalise une mission d’évaluation auprès des sinistrés
- Le Rapport annuel 2009 d’Aide Médicale Internationale accessible en ligne
- Yémen : promouvoir la santé, construire le développement
- Haïti : un engagement de long terme auprès de la population
- Retrouvez en ligne La Chronique n°96 d’A.M.I.
- RCA : renforcement des capacités du personnel local en matière de soins obstétricaux et néonataux d’urgence
- RDC : ouverture d’une mission dans la province de l’Équateur
- Haïti : porter la solidarité au-delà de la crise
- Assemblée générale d’Aide Médicale Internationale : élection du conseil d’administration de l’association
- Campagne Non-assistance à mère en danger : interview de Julien Potet (Oxfam France)
- Haïti : ouverture d’une clinique obstétricale à Port-au-Prince
- Haïti : retrouver ses racines, aider un pays à se relever
- A.M.I. au Salon des Solidarités à Paris les 4, 5 et 6 juin 2010
- RDC : renforcer les capacités du système de santé pour préparer la transition
- Afghanistan : adapter le fonctionnement administratif à l’évolution des activités
- RDC : un effort d’adaptation permanent pour promouvoir l’accès aux soins
- Afghanistan : analyser les indicateurs, adapter les programmes
- RCA : les activités de laboratoire, un appui technique essentiel apporté aux structures de soin
- RDC : VIH/Sida, la parole libérée (reportage)
- Yémen : s’ouvrir à l’humanitaire et au monde arabe
- La Chronique 95 d’A.M.I. (dossier spécial Haïti) est parue
- Aide Médicale Internationale : un nouveau logo, un engagement constant
- Exposition 30 ans d’accès aux soins au Sud : Programme des conférences
- Exposition : 30 ans d’accès aux soins au Sud
- Haïti : une réalité indicible
- Haïti : Port-au-Prince, sept semaines après le séisme, état des lieux des programmes d’A.M.I.
- Thaïlande : soutenir et former les réfugiés à la frontière birmane
- Haïti : soins de santé primaires et consultations post-opératoires à Port-au-Prince
- Haïti : participer au renforcement du dispositif global de soins
- Action d’urgence en Haïti : des fondations, entreprises, collectivités et donateurs aux côtés des équipes d’A.M.I.
- Retour sur cinq jours d’interventions chirurgicales à Pétionville
- Haïti, Port-au-Prince : Des cliniques mobiles A.M.I. à Martissant, Fontamara 27 et Deluy
- A Pétionville, dans la banlieue de Port-au-Prince, une équipe chirurgicale d’A.M.I. opère des blessés
- Haïti : six jours après la catastrophe, A.M.I. poursuit son action d’urgence et prépare la suite de son intervention
- Séisme en Haïti : les victimes se comptent en dizaines de milliers à Port-au-Prince
- Haïti : Aide Médicale Internationale auprès des victimes du tremblement de terre
- Haïti : A.M.I. prépare une mission d’urgence après le tremblement de terre du 12 janvier
- Rejoindre les équipes d’Aide Médicale Internationale : téléchargez notre brochure recrutement
- Première mission avec A.M.I. : administrateur pour la mission Yémen
- Yémen : des besoins d’accompagnement importants des personnels de santé
- Tour de France Humanitaire : une étape au cœur du Salon de l’emploi responsable, avec A.M.I.
- Yémen : renforcer les compétences du personnel soignant pour mieux répondre aux enjeux de santé
- Afghanistan : la passation de programmes à d’autres acteurs, une transmission préparée en amont
- Birmanie : former des volontaires à s’engager pour la santé de leur communauté
- Tour de France humanitaire 2009 : A.M.I. partenaire de l’étape parisienne
- RDC : renforcer les capacités du système de santé
- Yémen : agir pour que les communautés s’approprient les projets
- RDC : les communautés au soutien des centres de santé
- RDC : soins de santé primaires et lutte contre le VIH/Sida au Sud-Kivu
- Thaïlande : prévenir et soigner les maladies dans les camps de réfugiés
- Parution de la Chronique n° 93 d’Aide Médicale Internationale
- Haïti : l’éducation, premier pas vers l’autonomie. La fondation d’entreprise Air France et A.M.I. s’associent en faveur des enfants et jeunes des rues à Port-au-Prince.
- Haïti : log-admin pour le programme enfants et jeunes des rues
- RDC : responsable de projet, de la mise en place au suivi des activités
- Le rapport annuel 2008 d’Aide Médicale Internationale accessible en ligne
- Birmanie : associer les communautés aux programmes sanitaires
- RCA : Ajuster les activités aux besoins de la population
- RDC : prise en charge psychosociale des personnes vivant avec le VIH
- Afghanistan : sécurité renforcée pour les équipes d’A.M.I. à l’approche des élections
- 19 août 2009 : 1re Journée humanitaire mondiale
- Thaïlande : entretien avec Cécilie Alessandri, référente de projets santé
- Thaïlande : un soutien logistique indispensable adapté aux contraintes des camps de réfugiés
- Yémen : un programme de développement communautaire pour renouveler la confiance des bénéficiaires dans le système de santé
- Coordinateur-administrateur financier en Afghanistan : gestion et supervision au service de la mission.
- Birmanie/Myanmar : des activités en faveur des populations vulnérables et des personnes à risque
- Assemblée générale 2009 d’Aide Médicale Internationale : approbation des comptes 2008 et renouvellement du conseil d’administration
- Indonésie : Sortie du 11e numéro du Health Messenger Pembawa Pesan Kesehatan (PPK) consacré à l’eau, l’hygiène et l’assainissement
- Birmanie/Myanmar : Les séances d’éducation à la santé ont un impact positif sur les connaissances des populations.
- Thaïlande : Un programme en santé mentale avec et pour les réfugiés birmans
- RCA : Mission d’évaluation à l’hôpital de Ndélé
- RDC : Dans le Kimbi-Lulenge, les ressources naturelles ont (aussi) un impact sur les besoins sanitaires.
- Haïti : enfants et jeunes des rues, de la santé à la prise en charge sociale et éducative
- RDC : entre urgence et développement, l’appui aux structures locales au coeur du dispositif d’A.M.I.
- Thaïlande : À Mae La, les activités médicales sont intégrées à la vie du camp
- RDC : sur les Hauts Plateaux, Aide Médicale Internationale s’investit dans le suivi des grossesses à risque
- Yémen : une mission en pleine expansion
- Soudan : libération des deux membres d’Aide Médicale Internationale
- 25 avril 2009 : Journée internationale du paludisme
- Yémen : mise en place d’un nouveau programme de nutrition destiné aux enfants de moins de cinq ans
- Thaïlande : le Health Messenger, une publication pour la formation des personnels de santé dans les camps de déplacés
- Soudan : deux membres de l’équipe expatriée d’Aide Médicale Internationale enlevés à Ed el Fursan (Sud Darfour)
- RDC : Les femmes, leaders dans la lutte contre le VIH/sida
- Birmanie/Myanmar : Gautier Jeannerod, logisticien watsan retrace les étapes de la réalisation d’un programme eau et assainissement dans la région de Yangon.
- Thaïlande : au cœur des camps de réfugiés
- RCA : à Mbrès, les relations avec les populations locales, pierre angulaire de la mission
- Indonésie : le 10e numéro du Health Messenger Pembawa Pesan Kesehatan est paru
- Afghanistan : 18 mois auprès des professionnels et personnels de santé afghans
- RDC : une volonté de pérennité face aux incertitudes des lendemains
- RDC : Homogénéiser et renforcer les procédures, un indispensable travail de fond
- Afghanistan : le 39e numéro du Salamati vient de paraître
- Bordeaux - Exposition Mae La, portrait d’un camp de déplacés au quotidien
- RDC : premiers pas en matière de santé materno-infantile et de participation communautaire dans la zone des Hauts Plateaux
- Afghanistan : Alexandre Parmentier, logisticien
- Soudan : deux membres d’Aide Médicale Internationale tués lors de l’attaque d’un bus de voyageurs
- Afghanistan : le remote, une gestion dynamique de la sécurité au service des activités
- Myanmar : après Nargis, une mission entre urgence et développement
- RDC : des besoins sanitaires très élevés dans les zones reculées au Sud-Kivu
- Birmanie/Myanmar : entretien avec Olivier Cheminat, épidémiologiste
- Indonésie : le Health Messenger nouvelle formule est paru !
- Afghanistan : Thomas Kesteman, responsable médical-chargé des programmes laboratoires
- RCA : Des projets de réhabilitation en étroite collaboration avec les populations locales
- RDC : la mobilisation communautaire au coeur de la santé des populations du Sud Kivu
- Thaïlande : entretien avec Gay Doh Htoo, volontaire du programme VIH au camp de Mae La
- ONG françaises en Afghanistan : une détermination intacte
- Marielle Aulagnier, épidémiologiste, auteur d’une enquête sur « Connaissances, attitudes et pratiques » face au VIH/sida au Sud-Kivu
- Andrea Trevisan, logisticien réhabilitation en République Démocratique du Congo
- Afghanistan : Aide Médicale Internationale relocalise ses équipes expatriées et maintient ses programmes en cours
- Le Salamati sur le contrôle des naissances voit le jour en Afghanistan
- Tour de France humanitaire : Aide Médicale Internationale vous donne rendez-vous sur le parvis de l’hôtel de Ville de Paris les 23 et 24 octobre
- Goi Kornkawan, psychologue superviseuse pour AMI en Thaïlande
- République Centrafricaine : responsable de projet, une mission au plus près des populations
- Afghanistan : les ONG françaises interpellent l’opinion et les pouvoirs publics
- Afghanistan : un programme de contrôle qualité des analyses médicales dans les laboratoires
- Logisticien au Soudan : une expérience professionnelle et humaine forte
- République Centrafricaine : Programme AMI à Ndélé, un impact positif réel sur la qualité de vie de la population
- Le rapport annuel 2007 d’AMI accessible en ligne
- République Démocratique du Congo : AMI ouvre une maternité sur la zone isolée des Hauts Plateaux
- République Centrafricaine : à M’brès, la clinique mobile d’Aide Médicale Internationale permet de porter secours aux victimes d’un accident de la route
- Afghanistan : une bande dessinée au service du Salamati
- Evolution du site Internet AMI
- Afghanistan : deux services de néonatalogie opérationnels à Mehterlam et Asad Abad
- Assemblée générale d’Aide Médicale Internationale : un conseil d’administration étoffé
- République Centrafricaine : accès aux soins de santé primaire et accès à l’information sur le VIH/SIDA dans la préfecture de Bamingui Bangoran
- Le VIH/SIDA en Afrique subsaharienne : la maladie comme facteur déstabilisant pour la société
- Afghanistan : "je suis fier de participer au projet Health Messenger"
VIH/Sida : Au moins 50 000 patients birmans privés de traitement faute d’argent
COMMUNIQUE DE PRESSE 29 novembre 2011
Alors que l’épidémie fait de plus en plus de victimes chaque année en Birmanie, les financements ne suffisent plus à fournir des traitements antirétroviraux à tous les patients éligibles. Une situation plus que préoccupante qui met en péril de nombreuses vies à court terme et offre peu de perspectives de voir l’épidémie se résorber à long terme.
Depuis 2003, Première Urgence – Aide Médicale Internationale (PU-AMI) intervient en Birmanie pour prévenir et prendre en charge les personnes séropositives dans les banlieues défavorisées de Yangon. « Malgré tous les efforts fournis par PU-AMI dans cette région, et par d’autres associations dans le reste du pays, beaucoup de défis sont à relever. La principale difficulté pour les ONG est le manque de financement pour acheter des traitements par antirétroviraux », nous explique Delphine Defrade, chef de mission pour Première Urgence – Aide Médicale Internationale en Birmanie.
Aujourd’hui, selon les chiffres officiels, on estime qu’au minimum 240 000 personnes sont porteuses du VIH/Sida en Birmanie, soit l’équivalent de la population de la ville de Bordeaux. Sur ces 240 000 personnes, au moins 80 000 devraient pouvoir bénéficier d’un traitement antirétroviral [1] et ce chiffre ne fait qu’augmenter mois après mois. On estime qu’il atteindra plus de 100 000 en 2015. Malheureusement seulement 30 000 personnes séropositives sont effectivement sous traitement.
Cette situation s’explique principalement par la baisse année après année des fonds disponibles pour lutter contre le VIH/Sida. Récemment, le Fonds Mondial de lutte contre le Sida, la Tuberculose et le Paludisme a annoncé qu’il supprimait son prochain cycle de financement. Or ce bailleur de fond est un des principaux financeurs de la lutte contre le VIH/Sida en Birmanie et dans le monde. Une situation de crise qui devrait très fortement aggraver la santé des populations birmanes.
« PU-AMI et les autres associations n’ont pas la capacité de prendre en charge tous les séropositifs. Autrement dit, la liste d’attente des patients aptes à prendre des antirétroviraux s’allonge plus vite que la liste des patients traités. Or plus on tarde à fournir le traitement au patient, plus ses chances de survie diminuent
», conclut Delphine.
Contact Presse : Annabel Hervieu ahervieu@pu-ami.org / 01.55.66.99.64 (ou 06.60.75.40.55 en cas d’urgence)
Note aux rédactions : • PU-AMI met en place des activités de prévention et de prise en charge du VIH/Sida dans 3 districts défavorisés proches de Yangon. Les actions de prévention et d’éducation à la santé sont réalisées par des membres de nos équipes mais aussi par les membres des différentes communautés à risque. Des centres accueillent aussi les séropositifs pour leur offrir un espace de repos, d’écoute et de sensibilisation. En parallèle, PU-AMI dispose de 3 cliniques qui offrent le test anonyme et gratuit, les soins pour les patients séropositifs, le traitement par antirétroviraux, des actions de prévention pour limiter le risque de transmission de la mère à l’enfant ainsi qu’un soutien psychosocial et alimentaire. Aujourd’hui PU-AMI prend en charge environ 900 patients dont 520 sont sous traitement par antirétroviraux. • Dans les zones où travaillent plus particulièrement les équipes de PU-AMI, les évaluations menées l’année dernière montrent que 10 % de la population qui a consulté nos centres de santé était atteinte du VIH/Sida. Un chiffre plus qu’alarmant.
Cisjordanie : Distributions en cours pour 5 communautés bédouines
En Cisjordanie les communautés bédouines sont très vulnérables en raison de l’occupation israélienne. Ces populations de bergers et d’éleveurs de bétail, habituées à un mode de vie nomade, sont essentiellement implantées en zone C (sous administration israélienne), en zone militarisée, ou sur des terrains d’expansion des colonies.
Aujourd’hui sédentarisés en raison de la politique de restriction des mouvements, les Bédouins sont régulièrement menacés de déplacement forcé ou d’ordres de démolitions sur leur habitat de fortune, abris d’animaux ou citernes d’eau.
L’accès à l’eau est un réel enjeu pour ces communautés aussi bien pour les personnes que pour leurs animaux, puisqu’aucun réseau d’eau pérenne n’est constructible et que l’accès aux sources est totalement contrôlé par l’administration israélienne.
Parce que l’accès à l’eau est un droit fondamental protégé par le droit international, PU-AMI a distribué, début octobre 2011, des réservoirs d’eau à 100 familles appartenant à 5 communautés bédouines localisées au Nord de la Cisjordanie.
Cette action a été menée après une phase d’enquête de vulnérabilité approfondie conduite auprès de ces 6 communautés, soit plus de 150 familles visitées. En coordination avec les autres acteurs humanitaires en eau et assainissement, l’équipe de PU-AMI s’est aussi assurée que les personnes bénéficiaires de ces réservoirs ont un accès à l’eau suffisant en quantité et en qualité, soit par leurs propres moyens, soit avec l’appui d’autres organisations humanitaires.
Ce projet visant à améliorer les conditions des Bédouins est entièrement financé par le Bureau d’Aide humanitaire et Protection civile de la Commission européenne (ECHO). D’autres volets complémentaires y sont rattachés. En effet, des campagnes de sensibilisation à l’eau et l’hygiène ont été lancées courant novembre en partenariat avec une ONG locale (House of Water and Environnent). Le but est d’encourager les membres des communautés bédouines, surtout les femmes et les enfants, à adopter les bons comportements et les bonnes pratiques afin de se préserver des maladies liées à l’eau. Dans le cadre de cette campagne, des tests de qualité sur l’eau consommée par ces populations vont également être menés.
Par ailleurs, 80 familles ont reçu de la nourriture et vont continuer à en recevoir dans les 5 prochains mois pour couvrir leurs besoins alimentaires de base au cours de la saison hivernale. Les distributions seront faites tous les 2 mois. Ainsi, chaque foyer reçoit farine, pois chiches, huile, sel, lentilles selon les standards nutritionnels quantitatifs et qualitatifs du Programme Alimentaire Mondial (PAM).
Enfin, des vestes d’hiver vont être distribuées dans les semaines à venir aux enfants de moins de 12 ans. Des enfants qui recevront également des vêtements en laine tricotés par des femmes bénéficiant de notre projet « Argent contre Travail » .
AFGHANISTAN 10 ans après, les efforts doivent être accentués pour améliorer l’accès à la santé
Il y a dix ans exactement, les Etats-Unis et leurs alliés intervenaient militairement en Afghanistan. Aujourd’hui la situation des afghans reste très précaire. C’est pourquoi, alors que les armées occidentales ont annoncé leur retrait en 2014 et que la communauté internationale prévoit de se réunir avec les autorités afghanes à Bonn le 5 décembre prochain, Première Urgence-Aide Médicale Internationale (PU-AMI) appelle à ne pas se détourner de la population afghane et à augmenter le soutien aux citoyens afghans.
« Le retrait des troupes ne doit pas aller de pair avec une baisse de l’aide à la reconstruction et de l’aide humanitaire, au contraire. La confusion entretenue entre les activités militaires et les activités humanitaires a longtemps porté préjudice aux actions d’aide. Aujourd’hui si les armées occidentales se retirent, cela ne signifie pas que tout soit réglé. Les afghans ont besoin d’un soutien renouvelé et plus important de la communauté internationale pour poursuivre la reconstruction de leur pays et améliorer l’accès à la santé, un des besoins prioritaires des populations », déclare Frédéric Pascal, responsable des projets de PU-AMI en Asie.
Le système de santé publique est sorti exsangue de ces nombreuses années de conflit. A la chute des Talibans, en décembre 2001, l’accès aux soins pour les populations était désastreux. Les ONG présentes sur place depuis plusieurs décennies travaillaient alors à maintenir une offre minimale de soins aux populations, dans des conditions souvent difficiles. En 2003, le ministère de la Santé, en lien avec les principales institutions internationales, a décidé et mis en place un système de soins de santé essentiels à l’échelle du pays.
A ce jour et depuis plusieurs années, les soins de santé en Afghanistan sont couverts à 80% par des ONG afghanes et internationales. Si les données sont peu précises concernant cet accès aux soins au niveau national, Première Urgence-Aide Médicale Internationale, acteur de la santé depuis les années 80 dans la province de Kunar (Nord-Ouest), peut témoigner des progrès réalisés et des défis à relever. « Certaines pathologies, autrefois considérées comme tabous dans les zones reculées, sont désormais inclus dans le « package » des soins de base : le VIH, la santé mentale et le handicap. Un effort particulier est fourni pour favoriser la présence de femmes parmi les travailleurs de santé. Les femmes ont beaucoup plus facilement accès aux soins et en particulier lors des périodes à risque comme la grossesse et l’accouchement. En 2003 seuls 3% des accouchements étaient réalisés dans des structures de santé, aujourd’hui ce sont 25% des femmes qui bénéficient d’un accompagnement médicalisé lors de l’accouchement. Nous sommes encore bien loin d’une situation satisfaisante mais l’impact de ce système sur la santé des populations en 10 ans est incontestable », déclare Frédéric Pascal.
Il reste de nombreux efforts à fournir. En premier, pour garantir la pérennité du système. La formation des afghans est une étape indispensable pour prévoir un transfert de la gestion des soins de santé des ONG internationales à des organisations locales. Ensuite, pour améliorer la qualité et l’accès aux soins qui restent très variables selon les provinces.
La recrudescence de l’insécurité dans certaines régions du pays a un effet direct sur la santé des populations et sur la qualité des soins fournis. Les structures sont parfois fermées lors de combats, les personnels de santé ne pouvant se rendre sur leur lieu de travail. Certains centres sont parfois directement touchés par des attaques armées. Afin de limiter l’impact sur les populations de cette insécurité grandissante, Première Urgence-Aide Médicale Internationale applique et dans le même temps rappelle les principes qui fondent son action : la neutralité, l’indépendance et l’impartialité vis-à-vis des parties prenantes aux conflits. C’est à leur strict respect que nous devons, depuis plus de 30 ans, de pouvoir mettre en place des actions qui améliorent l’accès aux soins et la santé de populations afghanes parmi les plus vulnérables.
Première Urgence-Aide Médicale Internationale a un seul objectif : permettre aux afghans d’avoir accès à la santé. Pour cela, nous restons vigilants sur l’évolution de la situation dans le pays et surtout sur le degré de soutien qui sera apporté, dans les prochaines années, par la communauté internationale à la reconstruction de ce pays détruit par de nombreuses années de conflit.
Contact Presse : Annabel Hervieu ahervieu@pu-ami.org / 01.55.66.99.64
Note aux rédactions :
• PU-AMI intervient en Afghanistan depuis 1980. Acteur de la santé, l’ONG met en œuvre le système de santé dans la province de Kunar (294 postes et centres de santé qui permettent à 462 000 afghans d’avoir accès aux soins). Elle appuie au développement des laboratoires et pharmacies de deux hôpitaux universitaires de Kaboul et édite le Health Messenger-Salamati, magazine de formation continue des personnels de santé afghans.
• Depuis Avril 2011, Première Urgence et Aide Médicale Internationale, 2 ONG françaises, ont uni leurs forces et leurs compétences pour répondre à l’ensemble des besoins fondamentaux des populations victimes de crises humanitaires. www.pu-ami.org
INONDATIONS au PAKISTAN : 900 000 personnes en danger dans le district de Khairpur
Depuis quelques semaines, le Pakistan est frappé par des pluies torrentielles, provoquant des inondations meurtrières qui affectent plus de 5 millions de personnes à travers le pays. Première Urgence – Aide Médicale Internationale, présente dans le Sud du pays depuis les inondations dévastatrices survenues l’été dernier, intervient en urgence pour venir en aide aux victimes de cette catastrophe annoncée.
Dès le 8 Septembre, nos équipes se sont rendues sur place pour évaluer la situation. Les terres sont encore engorgées après les inondations de 2010, et le niveau des eaux ne baisse pas. Les équipes ont dû emprunter des routes boueuses à peine praticables, puis des pirogues pour pouvoir accéder à la population affectée. Seul 20% du district de Khairpur, dans le Sindh, est accessible pour le moment. Ils ont découvert une population qui vit une situation d’une précarité extrême.
De l’eau et des soins en urgence
« Plus de 900 000 personnes ont dû abandonner leur maison. Elles sont ainsi sans toit, ayant souvent dû tout abandonner avant de partir, vivant sur des îlots secs entourés d’une eau stagnante et noirâtre. Elles n’ont plus accès ni à la nourriture, ni à l’eau potable. Les pompes à eau se trouvent souvent en dessous du niveau de l’eau actuel, et les familles doivent parfois marcher plus de 2 heures avec les récipients qu’elles ont pu récupérer pour accéder à la source la plus proche », témoigne Albert-Philip Burger d’Haem, le chef de mission de Première Urgence – Aide Médicale Internationale (PU-AMI) au Pakistan. La maladie est également une source de grande inquiétude. Avec la saison des pluies, des milliers de moustiques envahissent la région, et avec eux, le paludisme. Les mères tentent de protéger les enfants en écartant les moustiques à l’aide d’éventails de fortune toute la nuit durant, mais les cas suspectés de malaria se multiplient, avec près de 2 600 identifiés. L’environnement, chaud et humide, conjugué aux eaux croupies, est particulièrement mauvais pour les enfants. Une grande majorité souffre de maladies de peau, notamment la gale. Pour faire face à cette situation plus qu’urgente, nos équipes médicales partent dès ce samedi pour déployer des cliniques mobiles, pour pouvoir fournir les premiers soins de santé aux victimes de ces inondations et aussi traiter le paludisme et les maladies de peau. Pendant ce temps, les équipes spécialistes en eau et assainissement préparent le transport d’une unité de traitement de l’eau déjà utilisée suite aux inondations de 2010. PU-AMI pourra ainsi rapidement distribuer de l’eau potable aux populations les plus en difficulté.
Appel à la mobilisation internationale
L’été dernier, des inondations similaires avaient affecté plus de 18 millions de personnes dans ce pays. Cependant la communauté internationale s’était peu mobilisée face à l’ampleur de la catastrophe. De ce fait les réparations des barrages et autres infrastructures limitant les risques d’une nouvelle montée des eaux n’ont pu être menées à leur terme. C’est pourquoi, il y a quelques semaines, soit un an après cette première catastrophe, PU-AMI, comme de nombreuses organisations humanitaires, alertait des risques que courraient encore les populations du Sindh. Aujourd’hui cette catastrophe annoncée est en train de se produire. Première Urgence – Aide Médicale Internationale appelle la communauté internationale et les donateurs à se mobiliser d’urgence pour ces victimes et fournir les fonds nécessaires afin d’éviter que cette catastrophe se reproduise à nouveau. Certains peuvent penser que les crises humanitaires sont trop nombreuses pour y faire face mais c’est en s’engageant dans des actions de plus long terme et de prévention que nous pourrons enrayer ces phénomènes dévastateurs.
Contact Presse : Annabel Hervieu ahervieu@pu-ami.org / 01.55.66.99.64
Note aux rédactions :
• Retrouvez le bilan des actions de PU-AMI au Pakistan, un an après les inondations de 2010 sur http://premiere-urgence.org/index.p…
• Depuis Avril 2011, Première Urgence et Aide Médicale Internationale, 2 ONG françaises, ont uni leurs forces et leurs compétences pour répondre à l’ensemble des besoins fondamentaux des populations victimes de crises humanitaires. www.pu-ami.org
PAKISTAN : un an après les inondations, les besoins et les risques encore trop nombreux
Présentes au Pakistan au début du mois d’Août 2010 au lendemain des inondations qui ont affectées plus de 18 millions de personnes, les équipes de Première Urgence – Aide Médicale Internationale répondent depuis un an aux besoins des victimes de cette catastrophe.
Après leur avoir apporté une aide d’urgence dans les camps de déplacés, l’association accompagne aujourd’hui le retour dans les villages des habitants pour leur garantir un accès à l’eau, à la santé et au logement.
Intervention d’urgence dans le Sindh
7,3 millions de personnes affectées et 500 000 maisons endommagées, voici le terrible bilan des inondations qui ont frappé la province du Sindh au Pakistan il y a un an. Suite à cette catastrophe naturelle d’une ampleur sans précédent, Première Urgence – Aide Médicale Internationale a répondu aux urgences. En effet ce type de crise a plusieurs conséquences sur les populations. Les habitants de la province du Sindh se sont retrouvés du jour au lendemain sans toit, sans accès à l’eau potable et avec des difficultés d’accès à la nourriture. Ils ont aussi perdu de nombreux biens nécessaires pour se laver, cuisiner, dormir… Tout ceci a eu un impact direct sur la santé de ces familles. L’objectif de PU-AMI a donc été de prendre en compte l’ensemble de ces besoins pour améliorer rapidement la situation des victimes des inondations. Pour cela, elle a mis en place un projet transversal afin d’améliorer l’accès à une eau potable, à un environnement sain et à des soins de santé. Nos équipes ont aussi distribué des biens de première nécessité et assuré la gestion d’une trentaine de camps de déplacés afin de faciliter et garantir un accès à l’aide humanitaire pour tous.
Soutenir le retour des déplacés dans leur village d’origine
Plus de 7 mois après les inondations, les familles regroupées dans les camps, principalement paysannes, ont commencé à rentrer chez elles pour pouvoir mener à bien les prochaines récoltes. Afin d’aider les habitants à rentrer chez eux dans de bonnes conditions, Première Urgence – Aide Médicale Internationale a poursuivi et adapté ses projets. Elle a multiplié ses efforts pour améliorer l’accès à l’eau et à l’assainissement en construisant ou réhabilitant des points d’eau et des latrines et en organisant la gestion des déchets dans les villages endommagés par les inondations. Les 3 cliniques mobiles mises en place par l’association dans les camps sillonnent désormais les villages pour soigner principalement les femmes, les enfants. Des équipes mobilisent les communautés locales pour sensibiliser les populations à l’hygiène et aux moyens de limiter la propagation de maladies. Enfin 500 maisons en brique sont en cours de construction, dans des zones non-inondables mais le plus près des villages d’origine, pour fournir un logement à ceux dont la maison a été détruite par cette catastrophe naturelle.
Des besoins et des risques encore trop importants
Aujourd’hui, les camps de déplacés sont fermés et les populations sont rentrées dans leur village, mais dans quelles conditions ? Un an après les inondations, des équipes de PU-AMI ont encore découvert, en juillet dernier, des villages qui n’avaient reçu aucune aide depuis un an. Les populations ne se sont pas encore remises de la catastrophe de l’année dernière et les infrastructures n’ont pas toutes été réparées et renforcées pour faire face à une nouvelle montée des eaux. Bien que les organisations humanitaires comme PU-AMI travaillent à améliorer la situation des victimes des inondations, l’aide promise par la communauté internationale au lendemain de la catastrophe n’a pas été versée en totalité. Or il est nécessaire aujourd’hui de poursuivre des programmes d’urgence mais aussi de développer des projets de préparation aux désastres.
Chiffre clés de notre réponse
Une équipe de 234 collaborateurs nationaux et internationaux Plus de 3.5 millions d’euros d’activité Près de 250 000 personnes affectées ont reçu une aide directe
- 100 consultations médicales / jour soit 20 000 personnes prises en charge
- 95 000 personnes ont suivi des formations à l’hygiène et à la santé
- 16 000 personnes malnutries suivies ou traitées
- Distribution d’eau potable à 30 000 personnes
- 300 points d’eau construits
- 30 000 kits d’urgence et de réinstallation distribués (abris, matelas, couverture, savons, lessive, ustensile de cuisine…)
- Construction de logements pour 35 000 personnes
HAITI : 3 381 enfants et jeunes des rues pris en charge par PU-AMI à Port-au-Prince
La base Jamaïque est située en face de l’aéroport de Port-au-Prince. Des jeunes, entre 10 et 17 ans en moyenne, s’y regroupent pour y survivre. Les bases sont des abris de fortune dans lesquels les enfants s’organisent en micro-société souvent sous la direction d’un leader qui impose des règles de vie.
Première Urgence – Aide Médicale Internationale (PU-AMI) intervient dans 17 bases d’enfants de l’agglomération de Port-au-Prince depuis 2004.
Ces jeunes s’appellent Léon (alias Jumeau), Michel, Islande ou Marie-France. Leurs histoires, ce qui les a amenés à vivre dans la rue, sont souvent tragiquement ressemblantes : mauvais traitements, décès des parents, grande pauvreté familiale… Une relation de confiance s’est installée entre les équipes médicales et éducatives de PU-AMI et les jeunes, appelés communément Enfants et Jeunes des Rues. Ils ont recueillis leurs témoignages.
Marie France a 21 ans, 2 enfants de 7 et 1 ans, et vit dans la rue depuis 10 ans. « Je n’aime pas la rue mais à cause de ma situation de misère, je suis obligée de vivre dans cette galère. Ma mère n’avait pas les moyens de m’aider à aller à l’école. Je connais l’importance de l’école. Je rêvais de devenir une femme d’affaire mais la vie ne me l’a pas permis. J’espère qu’un jour Dieu parlera dans le cœur des dirigeants du pays pour que je sorte enfin de cette situation. Ma plus grande peine, c’est de voir mes enfants vivre cette même tragédie. »
Michel est un bénéficiaire du programme Enfants et Jeunes des Rues de PU-AMI depuis 2006. Il mendie et nettoie les fenêtres des voitures des fidèles du Sacré cœur. Il est jeune et intelligent. Des paroissiens l’ont aidé à intégrer une école presbytérienne. Sa mère est encore vivante, elle habite près de Léogane, une petite ville à une heure de voiture de la capitale. Grâce à ses petits boulots, il peut s’acheter des vêtements, de la nourriture et rapporter un peu d’argent à sa mère. Il lui rend visite quelques heures chaque week end.
Islande a 19 ans et vit dans la rue depuis 5 ans. Orpheline depuis sa petite l’enfance , elle a été élevée par sa tante qui lui faisait subir de mauvais traitements. Elle a du quitter cet enfer familial. Islande avoue qu’elle ne veut pas rester dans la rue. Son plus grand désir, c’est de retrouver sa famille : « Si ma mère avait été là, je n’aurais jamais pris le chemin de la rue, parce qu’ici je suis victime de tous les maux. J’aimerais bien refaire ma vie, apprendre un métier afin que je puisse assurer ma propre survie ».
Aujourd’hui une équipe composée de 4 infirmières, 3 médecins et 5 éducateurs de rues sillonnent régulièrement les bases afin de dispenser des soins à près de 3400 jeunes mais aussi pour leur prêter une oreille attentive et veiller sur leur santé et leur état psychologique. Certains d’entre eux atteints plus gravement sont référés vers des hôpitaux et pris en charge entièrement par PU-AMI.
La priorité pour Première Urgence – Aide Médicale Internationale demeure la prise en charge de ces jeunes mais aussi leur intégration. Placés en marge de la société, ils existent très peu de structures locales pour les accueillir. Les partenariats avec des organismes locaux sont rares, mais sans leur implication, il sera difficile de contrer le phénomène et d’entrevoir une vie meilleure pour ces enfants et ces jeunes.
Crédit photo : Marco Domingo
Journée Mondiale de l’Action Humanitaire - S’engager avec nous : pourquoi ? comment ?

Journée Mondiale de l’Action Humanitaire - S’engager avec nous : pourquoi ? comment ?
Ce vendredi 19 Août est la Journée Mondiale de l’Action Humanitaire, journée dédiée aux travailleurs humanitaires et à leurs actions dans le monde. Ce sont plus de 2700 personnes qui s’engagent à nos côtés tous les jours pour venir en aide aux autres. Voici comment et pourquoi rejoindre nos équipes sur le terrain.
Un grand merci à tous nos collaborateurs pour leur engagement !
Cette journée est tout d’abord l’occasion pour Première Urgence – Aide Médicale Internationale de remercier les 2500 collaborateurs nationaux, 130 expatriés et 50 personnes du siège qui s’engagent tous les jours auprès de PU-AMI pour venir en aide aux populations victimes de crises humanitaires dans le monde !
Etre expatrié pour Première Urgence – Aide Médicale Internationale
Forte de plus de 30 ans d’expérience dans l’action humanitaire, Première Urgence – Aide Médicale Internationale a toujours mis l’humain au cœur de son action. Chaque collaborateur - employé local, expatrié ou permanent au siège - est un acteur de l’aide humanitaire et doit travailler en accord avec nos valeurs d’engagement, de transparence et d’humilité. Partir sur le terrain avec PU-AMI, c’est travailler au plus près et en collaboration avec les communautés. C’est aussi intervenir dans des contextes très divers ; en milieu urbain ou dans des zones rurales isolées, dans des conditions de sécurité volatile et de confort limité… C’est enfin faire preuve d’un engagement professionnel au service des autres et d’une éthique personnelle irréprochable.
Les profils recherchés
La spécificité de Première Urgence – Aide Médicale Internationale est son objectif de répondre à l’ensemble des besoins fondamentaux des populations victimes de crises humanitaires. De ce fait, les métiers de PU-AMI sont multiples parce que complémentaires : santé, sécurité alimentaire, nutrition, eau/assainissement/hygiène, construction/réhabilitation et relance économique. Nous recherchons des profils tout aussi complémentaires pour mettre en œuvre nos projets : des candidats dotés d’une formation et/ou d’une expérience significative en gestion de projets, en gestion financière, en logistique, en agronomie, en génie civil et conduite de travaux, en hydrologie, dans les secteurs de la santé (médical et para-médical), en nutrition, en économie du développement…
Nos critères de recrutement
Première Urgence – Aide Médicale Internationale recherche des personnes qui ont à la fois un métier spécifique aux projets que nous mettons en place mais aussi un état d’esprit en adéquation avec nos valeurs. Pour s’engager avec nous, les candidats doivent avoir au minimum 2 ans d’expérience dans leur domaine de spécialisation, des qualités rédactionnelles, des aptitudes à la gestion de projet, des capacités d’encadrement d’équipe et la maîtrise du français et/ou de l’anglais. Les candidats doivent aussi faire preuve d’éthique personnelle et professionnelle et aussi d’autonomie, d’esprit d’équipe, d’adaptabilité, de rigueur, de résistance au stress et d’ouverture d’esprit.
Quel statut sur le terrain ?
Les expatriés de Première Urgence – Aide Médicale Internationale bénéficient de conditions avantageuses pour leur départ sur le terrain. Tous sont sous Contrat à Durée Déterminée, sauf ceux qui n’ont aucune expérience en solidarité internationale et dont le départ se fait sur la base d’un accord de volontariat de 3 mois, prolongé en CDD sous réserve d’évaluation positive. Les rémunérations s’échelonnent entre 1500 à 2200 euros bruts par mois, auxquelles s’ajoutent des primes cumulables (ancienneté et expérience en solidarité internationale), ainsi que la prise en charge des frais de mission comme le déplacement, l’hébergement, l’allocation de subsistance en mission, la couverture santé, assistance, prévoyance… La mobilité géographique et hiérarchique est fortement encouragée dans le parcours professionnel de l’expatrié avec PU-AMI.
Comment postuler ?
Toutes les offres de missions sur le terrain sont consultables sur le site internet temporaire de Première Urgence – Aide Médicale Internationale (www.pu-ami.org) et de Coordination Sud.
Si une annonce vous semble répondre à votre profil et à votre projet, envoyez votre dossier de candidature (CV et lettre de motivation) à recrutement@pu-ami.org
Si votre profil correspond à ce que nous recherchons, vous serez invité à une session de recrutement pour une présentation de notre association, des tests et un entretien avec notre équipe des Ressources Humaines.
Retrouvez des témoignages de travailleurs humanitaires engagés avec PU-AMI sur notre page Facebook
République Centrafricaine : Aide d’urgence aux populations victimes de la LRA dans le Sud Est
Les violences perpétrées depuis mi 2009 dans le sud-est du pays par la LRA (Lord Resistance Army), rébellion ougandaise dirigée par Joseph Kony et entrée en RCA via la République Démocratique du Congo voisine, ont provoqué d’importants déplacements de population. Ainsi les villes de Rafaï, Agoumar et Dembia ont accueilli, suite aux attaques directes et à la psychose liée à la présence de la LRA dans la zone, près de 6000 personnes issues de 35 villages qui s’y sont installées pour y trouver refuge.
Tant les familles hôtes que les déplacés, ont perdu l’accès à leurs champs en restreignant leurs déplacements. Ainsi, la récolte vivrière de 2010 n’a pas pu être réalisée. Cette perte de production a eu un impact immédiat sur la sécurité alimentaire des familles mais également à plus long terme puisque les familles ne disposaient plus de semences pour la saison agricole 2011.
Première Urgence – Aide Médicale Internationale est présente dans cette zone depuis le premier trimestre 2011. Elle est actuellement l’unique acteur en sécurité alimentaire dans les villes de Rafaï, Agoumar et Dembia, en dehors du Comité International de la Croix Rouge qui réalise les distributions de vivres.
Ne pas créer une dépendance à l’aide
Sur ces sites faisant l’objet d’une aide d’urgence, 2661 famille, dont 1491 sont déplacées, restent confinées à proximité des zones d’habitation par crainte des exactions et des enlèvements. Les derniers incidents durant le mois de mai dernier renforcent ce sentiment d’insécurité. Pour autant, ces populations qui ont perdu leurs moyens de subsistance, aspirent à les recouvrer et non à dépendre de distributions prolongées de vivres.
Malgré de fortes contraintes sécuritaires et logistiques pour accéder à la zone, les équipes de Première Urgence – Aide Médicale Internationale, grâce au soutien de la DG-ECHO, UNICEF et de la FAO, ont pu distribuer des semences et outils à toutes ces familles résidentes et déplacées le long de la frontière congolaise.
Des semences de cultures locales dont le riz, l’arachide ou le gombo ont été distribuées en avril. La préparation des parcelles sur des défriches forestières fut réalisée en avril et en mai grâce aux outils distribués au préalable. Un important travail de facilitation pour l’accès à une parcelle agricole a été conduit par les équipes, en coordination avec les autorités locales et les représentants des déplacés. Les semis ont eu lieu en mai à l’arrivée des pluies et les récoltes débutent en ce moment en juillet.
Cet appui permet ainsi à l’ensemble des familles de retrouver leur capacité de production agricole et donc de couvrir par elles mêmes leurs besoins alimentaires sans dépendre complètement de l’aide alimentaire.
Des bâches ont été distribuées aux familles déplacées pour étanchéifier leur abri pendant la saison des pluies.
Entre réponses d’urgence et aide à long terme
Les récoltes en cours ne permettront toutefois pas la suffisance alimentaire jusqu’à la saison agricole suivante. Etant donné la petite taille des parcelles cultivables, il faut augmenter le nombre de récoltes pour assurer une autonomie alimentaire continue. Pour y parvenir les équipes de PU-AMI préparent d’une part un appui à la production maraîchère durant la saison sèche, d’autre part le renforcement des capacités de production des produits agroalimentaires traditionnels à base de manioc, arachide et riz. En 2012, des semences des principales espèces cultivées localement seront à nouveau distribuées aux familles paysannes afin de poursuivre la restauration des stocks semenciers.
Par ailleurs, la saison des pluies actuelle pousse les équipes de PU-AMI à intervenir d’urgence pour prévenir la dégradation des conditions d’habitat et de santé des familles déplacées. Des bâches pour protéger les abris, des moustiquaires pour limiter le risque de malaria et des articles de première nécessité (jerrycan pour le transport et le stockage de l’eau, savons) sont en cours de distribution.
Ces interventions doivent se compléter par un appui aux personnes retournées dans leur village d’origine dès que la sécurité le permettra. Dans ce cadre, Première Urgence – Aide Médicale Internationale prévoit, via un soutien aux artisans locaux, d’aider à reconstruire les habitations dont l’abandon a causé la dégradation.
Pour découvrir l’ensemble de nos activités en République Centrafricaine http://www.amifrance.org/-Republiqu… et http://premiere-urgence.org/index.p…
Bande de Gaza : « Ne pas être libre de ses mouvements, c’est le plus dur… »
Jehad Abu Hassan, 42 ans, est le responsable de la base de Première Urgence – Aide Médicale Internationale à Gaza, d’où il est originaire, depuis octobre 2010. Ce Franco-Palestinien, au parcours étonnant, témoigne de la situation dans cette région enclavée dans cette région enclavée, aggravée depuis 4 ans par le blocus imposé par Israël. Interview.
Jehad, quel a été ton parcours jusqu’à octobre 2010, date à laquelle tu as rejoins l’équipe de PU-AMI ?
Je suis né à Gaza. Mes parents y sont réfugiés depuis 1948. Arrivés au camp de la plage (Gaza ville), mes parents, analphabètes, se sont vus attribuer par l’UNRWA (Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient) un bout de terre de 100 m2 et petit à petit ont construit une maison.
J’ai donc passé mes jeunes années à Gaza et en 1985-1986, j’ai commencé à étudier le français au Centre culturel français. J’ai obtenu une bourse pour étudier l’agriculture en France. J’ai obtenu un BTS en horticulture et j’ai ensuite travaillé deux ans en France.
Je suis rentré à Gaza en 1994 et j’ai travaillé pendant 2 ans comme professeur de français et comme interprète.
Je suis reparti en France pour étudier à l’Ecole Supérieure d’interprète et de traducteur puis j’ai enchaîné sur une Maîtrise en Langues étrangères appliquées à la Sorbonne puis sur un DESS en économie et un DESS « Crise, intervention humanitaire et action de développement ».
J’ai trouvé mon premier emploi dans l’humanitaire en 2003 au Burundi et depuis j’ai travaillé pour diverses organisations au Soudan, Tchad, Yémen, Jordanie, jusqu’à mon retour à Gaza en 2010.
Qu’est-ce qui a changé à Gaza depuis ton enfance ?
Pour moi il y a l’avant et l’après 1987. Avant 1987, il y avait l’occupation israélienne et les colonies (NDLA : démantelées en 2005), mais les gens avaient du travail. Malgré le couvre-feu, on avait une liberté de mouvement. Les Gazaouis pouvaient travailler en Israël, les agriculteurs exportaient leurs produits vers la Cisjordanie, Israël, les pays limitrophes et même l’Europe. De plus, la diaspora palestinienne aidait financièrement les familles. Les conditions économiques étaient plutôt bonnes.
Après 1987, date du premier soulèvement palestinien, les choses ont commencé à se détériorer. Israël a durci les règles, limité les mouvements des biens et des personnes. Le chômage a augmenté, on n’avait plus de possibilité de travailler en Israël ou d’exporter les produits agricoles.
En 1993, les accords d’Oslo sont signés, avec la mise en place de l’Autorité palestinienne, ce qui a suscité un élan d’espoir pour les Palestiniens. La situation s’est progressivement dégradée et en 2000, la 2e intifada a entraîné un nouveau durcissement et de nouvelles restrictions. De 2000 à 2005, l’Autorité palestinienne et sa composante majoritaire le Fatah ont perdu progressivement la confiance des Palestiniens. En 2006, le Hamas a gagné les élections à Gaza. En février 2007, le Fatah a tenté de faire un Gouvernement d’union nationale mais a échoué et des confrontations ont éclaté faisant beaucoup de victimes. Le Hamas a mis la main sur la bande Gaza par la force.
En juin 2007, Israël imposait un blocus sur Gaza. Quatre ans après qu’en est-il ?
L’avènement du Hamas s’est traduit par des sanctions de la communauté internationale, la fermeture de la frontière de Rafah avec l’Egypte et par un blocus total d’Israël : terrestre, maritime et aérien. La bande frontalière (zone tampon) contrôlée par l’armée israélienne fut aussi élargie de 50 mètres en 1995 à 300 mètres en 2009 à l’intérieur des terres. Mais la zone s’étend de facto à plus de 500 mètres, privant un grand nombre d’agriculteurs d’accès à leurs terres. 2007 a marqué la fin des échanges économiques et l’imposition de restrictions de mouvement sévères. Les Gazaouis sont depuis coupés du monde. Pour contrer ce blocus, les tunnels vers l’Egypte ont été creusés pour acheminer les produits de consommation.
Fin 2008, l’opération militaire « plomb durci », une guerre d’Israël contre le Hamas, a eu des conséquences catastrophiques sur la population civile. On parle de 1400 morts au cours de cette guerre de 22 jours. Les infrastructures ont été détruites. Même les écoles, hôpitaux, usines n’ont pas été épargnés…
Depuis 4 ans, le secteur privé est moribond, le taux de chômage a atteint 43%, 75% des gens vivent sous le seuil de pauvreté, les possibilités de sortir de la Bande de Gaza se résument à quelques cas médicaux graves et les gens dépendent de l’aide humanitaire. Les conditions sont extrêmement difficiles.
Mais depuis le 28 mai dernier, la réouverture de la frontière avec l’Egypte décidée par le gouvernement en transition, a redonné aux Gazaouis l’espoir de sortir, ne serait-ce que pour changer d’air…
Que fait PU-AMI à Gaza ?
Le secteur agricole a été très touché par le conflit et beaucoup de petits agriculteurs ne peuvent plus cultiver leur terre par manque de moyens, d’accès ou à cause de l’augmentation du prix des matières premières. Soutenu financièrement par l’Union Européenne et le Centre de Crise du Ministère français des affaires étrangères et européennes, PU-AMI a réhabilité des terres arables relançant ainsi une centaine d’exploitations maraichères ou fruitières. Nous distribuons aussi des intrants agricoles aux fermiers pour relancer leur production, intrants que nous achetons à Gaza pour soutenir l’économie locale.
Nous intervenons dans la région d’Al Mawasi au Sud de la bande de Gaza. Al Mawasi était aussi une région de pêcheurs. Avec le blocus, la zone de pêche autorisée a été réduite à 3 miles de la côte. Inutile de dire que depuis des années, il n’y plus guère de poissons dans cette zone, très surveillée par les navires israéliens. Il ne reste aujourd’hui qu’une cinquantaine de pêcheurs, les autres se sont trouvés sans emploi et certains se sont tournés vers l’agriculture.
PU-AMI intervient aussi dans la zone tampon à l’est de Gaza. Là, les cultivateurs ont interdiction d’accès à leur terre, alors que 35% des terres arables de la bande de Gaza se trouvent dans cette zone.
Le blocus a-t-il des conséquences directes sur le travail de l’équipe PU-AMI ?
Les conséquences touchent PU-AMI comme toutes les autres ONGs, notamment celles qui travaillent dans la zone tampon, une zone dangereuse à cause des incursions fréquentes des chars israéliens, ou des affrontements entre Hamas et Israël. Comme nos bénéficiaires, on risque d’être pris entre deux feux. On travaille avec les cultivateurs à une distance d’au moins 1 km de la frontière pour être protégés.
Dans l’équipe, nous sommes aussi tous soumis aux restrictions de mouvement. Aucun de nous ne peut aller en Cisjordanie par exemple. Ne pas être libre de ses mouvements, c’est le plus dur… Cela affecte aussi certains expatriés à qui on n’octroie pas les permis d’accès à Gaza. La coordination est difficile dans ce contexte.
Suite à l’opération militaire israélienne qui a débuté le 27 décembre 2008 (opération dite "plomb durci") dans la bande de Gaza, Première Urgence porte assistance aux populations victimes du conflit en fournissant des biens non alimentaires de première nécessité et en soutenant les structures médicales par la distribution de consommables médicaux puis s’est orientée vers des projets de réhabilitation des terres agricoles, de distribution des réservoirs d’eau et kits d’hygiène et de réhabilitation d’un bassin d’eaux usées.
Légende photo : Jehad Abu Hassan est chef de base à Gaza pour PU-AMI depuis octobre 2010.
TCHAD : S’appuyer sur les savoir faire traditionnels pour lutter contre la malnutrition
Depuis 2003, l’Est du Tchad a vu affluer plus de 250 000 réfugiés fuyant les combats au Darfour voisin. Cette augmentation de la population dans une zone qui manquait déjà de ressources, ajoutée au climat d’insécurité dans ces zones frontalières et à de mauvaises récoltes ces dernières années n’ont fait qu’amplifier le dénuement des populations réfugiées et locales.
Dans la région de Hadjer Hadid, à 60km de la frontière, 2 camps accueillent près de 50 000 réfugiés. Ils reçoivent de l’aide pour faire face à leurs besoins primaires : accès à l’alimentation, à l’eau, à l’assainissement, à la santé mais malgré tout, les taux de malnutrition augmentent dangereusement. C’est pour répondre à cette problématique que Première Urgence – Aide Médicale Internationale a développé un projet innovant fondé sur les savoir faire traditionnels des populations.
Un régime alimentaire insuffisamment équilibré
Les dernières enquêtes du Programme Alimentaire Mondial révèlent des taux de malnutrition inquiétants et en augmentation depuis 2 ans chez les populations réfugiées vivant dans les camps. Ces taux atteignent quasiment les seuils d’urgence, alors que les distributions de vivres continuent.
Sur les marchés, la diversité et la disponibilité des produits alimentaires sont faibles. De plus les distributions alimentaires, organisées par les organisations humanitaires, ne concernent que des produits secs, ce qui explique aussi le manque de diversité dans l’alimentation des populations. En conséquence, les familles manquent de certains apports nutritionnels vitaux.
Première Urgence – Aide Médicale Internationale soutient l’agriculture dans cette zone. En distribuant des semences et des outils, elle permet aux producteurs maraîchers de cultiver plus. Les résultats sont là mais l’augmentation des taux de malnutrition montre qu’il y a un autre problème.
En étudiant plus en profondeur le contexte, nos équipes se sont aperçues qu’il y avait une carence dans la transformation des produits agricoles. En effet les fruits et légumes disponibles à la vente sont des produits frais qui se conservent mal.
Traditionnellement les populations de ces régions sèchent les aliments comme les tomates, le gombo ou la mangue. Cette technique évite aux producteurs de perdre une partie de leur production non écoulée et satisfait aussi d’avantage les besoins nutritionnels des populations. Or PU-AMI s’est rendue compte que, depuis leur arrivée dans les camps, les réfugiés ont peu développé ces techniques de transformation.
Un savoir faire traditionnel mis en péril par un manque de moyen et de technicité
Etre réfugié cela signifie fuir, perdre son habitat, ses biens, son travail, son champ ou son bétail mais aussi les capacités de redévelopper son activité ailleurs, installé dans un camp loin de chez soi. Au Tchad, les réfugiés soudanais ne disposent pas des machines nécessaires pour transformer les produits de l’agriculture.
Aujourd’hui le séchage des fruits et légumes se fait à même le sol et de façon inadéquate, entraînant des pertes importantes. A tel point que les familles achètent des produits importés, comme le concentré de tomates, alors qu’il pourrait être produit sur place. En conséquence, les producteurs de tomate perdent 10 à 15% de leur récolte car elle n’est pas transformée à temps.
Depuis Juillet 2010, nos équipes appuient la création d’un centre de transformation accessible aux producteurs.
Ne pas apporter une solution toute faite mais s’appuyer sur des savoir faire traditionnels
Afin de garantir une meilleure alimentation mais aussi de développer une activité économique pour les réfugiés, PU-AMI a choisi de s’appuyer sur les savoir faire traditionnels des populations.
Depuis Juillet 2010, nos équipes appuient la création d’un centre de transformation accessible aux producteurs et regroupant différentes machines : moulin à céréales, décortiqueuse à arachide, presse à huile… Ce soutien matériel s’accompagne de formations techniques permettant aux réfugiés de transformer leurs produits par eux-mêmes.
Grâce à ce projet, les agriculteurs peuvent transformer leurs propres produits et en parallèle d’autres réfugiés peuvent développer une activité de transformation et vendre ces produits à plus forte valeur ajoutée.
Depuis le début du projet, 1 800 personnes ont été formées à ces différentes techniques sur le séchage amélioré, la réalisation de bocaux de tomates, de confiseries, de pâtisseries ou encore de cosmétiques à base de produits agricoles. Autant de produits dont ont besoin les réfugiés qui vivent depuis plus de 6 ans dans des camps.
PU-AMI intervient au Tchad depuis 2004. Elle apporte son assistance aux réfugiés soudanais du Darfour, aux déplacés internes tchadiens ainsi qu’aux familles les accueillant et se concentre sur des programmes de sécurité alimentaire, de distribution non alimentaire, de relance économique, de sensibilisation à l’hygiène et de préservation des ressources naturelles environnantes.
Cisjordanie : 470 familles enfin connectées à un réseau d’eau
Depuis quelques semaines, 470 familles du district de Qalqiliya, ont enfin accès à un réseau d’eau potable. La construction d’infrastructures durables est complexe dans cette zone soumise au bon vouloir des autorités israéliennes mais 3 ans après le début du projet, c’est une réussite et un vrai changement pour les familles palestiniennes.
La construction d’un réseau d’eau en Territoire Occupé
Depuis 2007, les équipes de Première Urgence – Aide Médicale Internationale développent un projet pour améliorer l’accès à l’eau potable dans 2 villages de Cisjordanie, Immatin et Far’ata.
Ce projet s’est déroulé en 3 phases en collaboration avec l’Autorité Palestienne de l’Eau. Tout d’abord, il a fallu relier la source de Mekerot au village d’Immatin, puis à celui de Far’ata. Une station de pompage et un réservoir souterrain de 500 m3 par village ont aussi été installés. Enfin à partir de ces réservoirs, nos équipes ont construit des réseaux d’eau avec des connexions individuelles pour chaque maison.
Ce projet a été développé avec le soutien du Ministère des Affaires Etrangères français, du Service d’Aide Humanitaire de la Commission Européenne et de la Ville de Paris. Les municipalités de Immatin et de Far’ata se sont aussi pleinement impliquées dans le projet autant financièrement que par un soutien concret sur le terrain.
Comme l’explique Lubna Seyam, membre de l’équipe PU-AMI : “Avant, il n’y avait aucun réseau d’eau. Les habitants se faisaient livrer de l’eau pour remplir leur réservoir privé et utilisaient la collecte d’eau de pluie. Mais aujourd’hui, tout le monde peut simplement ouvrir son robinet pour avoir de l’eau”.
Aujourd’hui les 2 villages ont au moins une semaine de réserve d’eau potable. Les 3600 habitants vivant dans des conditions précaires mais aussi les écoles, les structures de santé ont accès à l’eau 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 !
« J’ai enfin assez d’eau pour la vie de tous les jours »
« Ca a changé notre vie d’avoir accès à l’eau dans la maison », témoigne Samira Mohammad Sowwan, 56 ans. Samira vit avec son mari, leurs 5 enfants, sa belle-fille et son petit-fils dans une maison, au Sud du village d’ Immatin. 9 personnes dans une seule maison qui ont besoin d’eau tous les jours !
Avant que les équipes de Première Urgence mènent à bien leur projet, Samira devait aller pomper l’eau dans la citerne de la maison. Il n’y avait jamais assez d’eau ; que ce soit pour laver la maison ou pour arroser le potager. « Quand il n’y avait pas d’électricité, on ne pouvait pas pomper et on devait remonter les seaux d’eau à la force des bras », explique Samira.
Aujourd’hui cette page est tournée. La famille de Samira a une connexion individuelle au réseau d’eau. Tout le monde peut avoir accès plus facilement et rapidement à de l’eau propre. Le nouveau système permet non seulement de réduire le prix de l’eau de moitié : « Nous avons pu économiser de l’argent. Avant ce n’était pas possible parce que nous devions payer la livraison de l’eau par les camions. », mais il a aussi un impact très positif sur la santé, avec une eau de meilleure qualité.
Ce système d’approvisionnement en eau a vraiment changé le quotidien des familles de ce village et celui de Samira : « Maintenant j’ai assez d’eau pour mon utilisation quotidienne : pour la maison, pour me laver, pour faire la vaisselle et les lessives ». Aujourd’hui les familles peuvent faire des choses qui étaient impossible avant : cultiver des légumes dans le jardin, laver les draps plus fréquemment, abreuver leurs moutons…
Aujourd’hui Samira n’a plus à pomper pour avoir de l’eau, juste à ouvrir son robinet.
Depuis 2002, Première Urgence – Aide Médicale Internationale intervient en Cisjordanie notamment dans les districts de Qalqiliya et Salfit, lourdement affectés par la construction du Mur de séparation et l’accroissement des colonies israéliennes. PU-AMI vient en aide aux familles vivant en dessous du seuil de pauvreté en finançant des emplois, en améliorant les services communautaires, en réparant ou construisant les infrastructures villageoises.
Côte d’Ivoire : Les combats ont cessé, pas la crise humanitaire
Début Avril, face à l’intensification des combats en Côte d’Ivoire, une équipe de PU-AMI est envoyée à Abidjan. Un mois plus tard, Laurent Gbagbo est arrêté, la crise est officiellement finie, tout revient à la normale selon les médias internationaux. Fin juin, après l’investiture d’Alassane Ouattara, les conditions de vies des habitants de cette mégalopole sont toujours extrêmement précaires et l’aide peine à leur parvenir.
Bataille d’Abidjan : une population prise au piège pendant plusieurs jours
Le 8 Avril, 3 jours avant l’arrestation de Gbagbo, Eric Laurent, chef de mission pour Première Urgence – Aide Médicale Internationale, décrit une situation de « chaos total » à Abidjan. « Depuis 7 jours, ça tire à tous les coins de rue, c’est la guerre. Les gens sont effrayés. Ceux qui peuvent, évacuent ; les autres ne circulent plus dans la ville. » C’est la pénurie : nourriture, eau, essence… Les centres de santé sont pour la plupart fermés, il n’y a pas de personnels soignants et encore moins de médicaments. La Côte d’Ivoire est à la Une, les organisations internationales se préparent à venir en aide aux victimes civiles de cette crise.
Et soudain, tout irait pour le mieux…
Apparemment avec la fin des combats, la situation des populations, quasi assiégées pendant plusieurs semaines, est revenue à la normale. Mais nos équipes sur place font un constat très différent. « Les chantiers sont nombreux. Une urgence humanitaire ne se règle pas en un jour. Le nouveau gouvernement n’a pas les moyens financiers pour relancer tous les services étatiques à l’arrêt depuis le début de la crise il y a près de 6 mois. Aujourd’hui la situation diffère selon les communes de l’agglomération d’Abidjan. A Yopougon ou Williamsville, par exemple, certaines familles ne font toujours qu’un seul repas par jour. Dépendants du travail journalier, les habitants des “bidonvilles” n’ont pas ou peu travaillé ces derniers mois. En parallèle de ce manque de revenu, les prix des produits de première nécessité ont fortement augmenté. Il faut 2 à 3 fois plus d’argent par jour pour nourrir sa famille.
Les conditions sanitaires, elles aussi, sont déplorables. Dans les quartiers les plus défavorisés, les ordures n’ont toujours pas été ramassées depuis plusieurs mois. Elles s’amoncellent dans les caniveaux et les fossés. Cette situation entraine la prolifération de mouches, de moustiques et de rats et avec eux les risques de maladies. »
Patrick, chargé d’évaluation pour PU-AMI interroge les habitants du bidonville dit « La Paix » à Williamsville sur leurs conditions de vie et leurs besoins.
De la difficulté de maintenir l’attention de la communauté internationale sur la Côte d’Ivoire
Il est bien connu qu’une crise en chasse une autre. Dans le cas de la Côte d’Ivoire, ce constat est criant. Une fois la situation sécuritaire stabilisée, les financements internationaux se sont faits plus timides, moins réactifs.
Première Urgence – Aide Médicale Internationale était une des très rares ONG présentes à Abidjan lors des combats. Profitant d’accalmies, notre équipe a évalué les besoins, tissé un réseau avec les populations locales et les autorités en place, pour pouvoir apporter au plus vite une aide concrète aux habitants pris au piège. Les priorités identifiées : l’accès à la santé et les conditions sanitaires. Alors que nos équipes sont prêtes à intervenir, à ce jour nous n’avons malheureusement pas encore pu mettre en place la majeure partie de notre projet de soutien aux centres de santé, faute de financement de bailleurs internationaux, et ce malgré le soutien de Tulipe, de la Fondation Sanofi Espoir et de donateurs particuliers. Pourtant ce ne sont pas les besoins qui manquent. On estime que seulement un tiers des centres de santé ont pu reprendre leur activité à Abidjan et les stocks de médicaments sont quasiment épuisés depuis la fin du mois de Mars. En parallèle et sans mettre de côté ce projet, nos équipes ont mis en place une autre activité tout aussi importante de prévention des désastres. Par le ramassage et la gestion des déchets, l’aménagement des fossés et des campagnes de sensibilisation à l’hygiène, Première Urgence – Aide Médicale Internationale souhaite améliorer les conditions de vie des habitants des quartiers les plus défavorisés de Williamsville et éviter la propagation de maladies comme le choléra. Ce projet permettra à près de 20 000 personnes de bénéficier de conditions sanitaires satisfaisantes ainsi que d’une rémunération pour leur participation au ramassage.
Dans les quartiers défavorisés, les ordures n’ont pas été ramassées depuis plusieurs mois, menaçant les conditions sanitaires.
Attachée à soutenir les populations les plus vulnérables, surtout celles qui ne font plus la Une, Première Urgence – Aide Médicale Internationale maintient ses efforts pour développer des projets qui permettraient effectivement que la situation revienne à la normale à Abidjan.
Journée Mondiale des Réfugiés : Les premières victimes de crises humanitaires
©Dominic Nahr - RDC
Le 20 Juin 2011 est la Journée Mondiale des Réfugiés, l’occasion de rappeler que, en 2010, 44 millions de personnes à travers le monde ont du fuir leur pays ou leur maison pour survivre. Comme le montre le dernier rapport du Haut Commissariat aux Réfugiés , ce chiffre est en augmentation et 80% de ces réfugiés se trouvent dans les pays en voie de développement. Cette journée est aussi l’occasion de mettre en lumière la situation des populations déplacées. En 2010, leur nombre a atteint un record inégalé depuis 10 ans. Ils sont plus de 27 millions à avoir du quitter leur maison et leur village dans l’urgence suite à un conflit armé ou à une catastrophe naturelle.
Une longue expérience humanitaire auprès des déplacés et des réfugiés
Depuis plusieurs années, Première Urgence – Aide Médicale Internationale (PU-AMI) intervient auprès de ces populations traumatisées obligées de tout quitter du jour au lendemain. Quitter leur maison, leur travail, leur champ, leur bétail, emporter ce qu’on peut prendre sous le bras, pour partir quelque part où il sera possible de survivre quelques jours, mois ou années de plus.
A travers ses différents projets, PU-AMI veille à la fois à améliorer les conditions de vie de ces familles là où elles ont fuit mais aussi à faciliter leur retour chez elles. Selon les contextes, ce retour est plus ou moins envisageable mais il est souvent la priorité des populations.
Dès les premiers jours où les populations fuient, elles ont besoin de soutien pour s’abriter, se nourrir, se soigner et maintenir une hygiène satisfaisante. Une fois installée, l’objectif est de leur permettre de survivre dans des conditions décentes avec des services de base à leur disposition et un minimum de ressources pour faire face à leurs besoins. Les projets de relance économique, agricole, de sécurité alimentaire, de soins de santé, d’hygiène et d’assainissement, sont autant d’initiatives mises en place par les équipes de Première Urgence – Aide Médicale Internationale et permettant d’améliorer le quotidien des familles.
PU-AMI s’attache aussi à soutenir les familles hôtes des populations réfugiées ou déplacées parce qu’elles sont souvent aussi vulnérables mais aussi pour éviter des tensions entre populations déplacées réfugiées et populations d’accueil.

Suite au terrible séisme qui a frappé Haïti, PU-AMI construit des abris transitionnels pour les familles déplacées.
En 2011, plus d’une centaine de projet en faveur des populations réfugiées et déplacées
Première Urgence – Aide Médicale Internationale intervient depuis plusieurs années auprès de familles réfugiées fuyant des contextes politiques et des conflits mettant en péril leur vie : en Thaïlande auprès des réfugiés birmans, en Syrie avec les réfugiés irakiens, au Liban pour soutenir les réfugiés palestiniens, au Cameroun auprès des réfugiés centrafricains et au Tchad avec les populations ayant fui le conflit du Darfour.
Mais PU-AMI intervient aussi auprès de populations déplacées, c’est-à-dire les populations qui fuient leur habitat mais restent dans leur pays parfois à quelques kilomètres de chez eux, souvent suite à des violences comme en République Démocratique du Congo, en République Centrafricaine et en Birmanie.
Plus récemment, PU-AMI est intervenue en urgence pour subvenir aux besoins des populations ayant vu leur environnement anéanti par des catastrophes naturelles en Haïti et au Pakistan.
Dans le camp de Mae La, en Thaïlande, nos équipes apportent des soins aux réfugiés birmans.
Découvrez nos différentes activités dans ces pays, notamment au Pakistan , au Liban et en Thaïlande.
IRAK : Aider durablement les familles victimes de plusieurs années de violence

Depuis près d’un an, Première Urgence – Aide Médicale Internationale (PU-AMI) a développé un nouveau concept en Irak. “Ma maison, mon village” est un projet pilote qui vise à améliorer globalement les conditions de vie des populations vivant en périphérie de Baghdad.
Sortir de la dépendance à l’aide humanitaire Les zones semi-rurales à l’Est et à l’Ouest de Baghdad étaient autre fois les greniers de la capitale. Mais après plusieurs années de violence, auxquelles se sont ajoutées des sécheresses à répétition, l’agriculture est au point mort et les habitants de ces villages vivent dans des conditions très difficiles. Augmentation de la malnutrition et santé des populations fragiles sont le résultat d’un accès à l’eau et à la nourriture restreint. Soutenus en grande partie grâce aux distributions de nourriture faites à l’échelle nationale, les habitants ne peuvent faire face durablement à ces différentes problématiques. Nos équipes ont donc développé un projet pilote pour améliorer sur le long terme leurs conditions de vie en favorisant l’accès à une eau propre, en développant des projets d’agriculture communautaire et en sensibilisant les familles aux questions d’hygiène et de nutrition. Plusieurs mois après le démarrage de ce projet, les premiers résultats sont très encourageants. Les habitants souffrent moins des maladies liées à l’eau, ils disposent d’un panier alimentaire plus conséquent et plus diversifié et, pour certains, ils produisent suffisamment pour pouvoir vendre une partie de leur récolte.

Nos équipes forment aux techniques d’irrigation dans les serres communautaires.
Nasrine*, veuve et sans ressources, du jour au lendemain Au cours de leur visite sur le terrain, nos équipes ont rencontré Nasrine, une femme d’une cinquantaine d’années qui leur a raconté son histoire. Nasrine vivait avec sa famille et ses quatre enfants à Diyalah : 3 grands garçons tous mariés et le petit dernier. Un jour de 2006, son mari et ses 3 grands enfants ont été kidnappés et tués par des groupes armées. Elle s’est ainsi retrouvée seule avec ses belles-filles, son petit-fils et son dernier fils. Elle n’avait aucun revenu et aucun moyen de subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille. Comme vingt autres familles qui ont connu le même drame ce jour là, Nasrine a décidé de quitter son village pour celui de Huzayran. Les habitants du village ont accueilli ces veuves et leurs enfants. Ils ont construits 5 maisons identiques pour les loger. Installées depuis 5 ans dans ce village, les familles vivent principalement de la générosité de leurs voisins.
L’impact positif du projet Depuis près d’un an, la communauté de Huzayran participe au projet “Ma maison, mon village”. Les habitants ont reçu le matériel et les formations nécessaires pour construire et faire fonctionner des serres communautaires. Ces serres permettent de rassembler tous les habitants du village autour d’un projet commun et de produire de la nourriture pour tout le monde, dont la famille de Nasrine. Les hommes du village ont aidé les femmes à labourer la terre et à planter les semences. L’équipe de PU-AMI a accompagné le développement du projet à travers de multiples visites et conseils. Quand la récolte est arrivée, les membres de l’ONG ont été les témoins de l’impact du projet sur le quotidien des familles. Aujourd’hui les veuves et leurs enfants sont bien intégrés dans la communauté, elles sont capables de produire leur propre nourriture et sont en meilleure santé. A travers ce projet, Nasrine retrouve sa dignité et de l’espoir dans le futur.
*Le prénom a été modifié.
Pour en savoir plus sur nos programmes en Irak, cliquez ici
Corée du Nord : Première Urgence – Aide Médicale Internationale répond à l’urgence alimentaire
Depuis le début du mois d’avril, suite à la publication du rapport d’évaluation du Programme Alimentaire Mondial des Nations Unies (PAM) et de l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO) sur les fortes pénuries alimentaires en Corée du Nord, Première Urgence – Aide Médicale Internationale a lancé un programme de distribution de nourriture à des enfants handicapés et des orphelins, particulièrement vulnérables face à cette crise.
La crise alimentaire met en péril une grande partie de la population
Depuis les années 90, la Corée du Nord souffre d’une pénurie alimentaire récurrente. Cette situation s’explique par les difficultés économiques du pays aggravées par des catastrophes naturelles fréquentes. Pour faire face à cette situation, la Corée du Nord est encore aujourd’hui largement dépendante des distributions alimentaires du PAM.
Cette année tout particulièrement, une grave crise alimentaire frappe le pays. Un hiver particulièrement rigoureux a causé la perte d’une grande partie de la production agricole. D’après le rapport du PAM/FAO, 6 millions de personnes sont en forte vulnérabilité alimentaire. Le système de distribution publique mis en place par le gouvernement depuis de nombreuses années ne peut faire face à cette crise.
C’est dans ce contexte que Première Urgence – Aide Médicale Internationale a décidé d’intervenir en urgence, auprès des plus vulnérables qui n’ont plus de quoi se nourrir jusqu’à la prochaine récolte en Septembre.

De la nourriture pour survivre pendant près de cinq mois
Ne pouvant répondre à l’ensemble des besoins non couverts par les autres organisations, nos équipes ont décidé de venir en aide aux plus vulnérables : les enfants orphelins et handicapés. C’est ainsi qu’en Avril ont eu lieu les premières distributions de rations alimentaires dans 7 écoles spécialisées dans deux provinces nord-coréennes.
Ces premières distributions permettront à plus de 1600 bénéficiaires, dont 1300 enfants, de se nourrir pendant les 2 prochains mois. Ces rations d’urgence sont composées de riz, maïs, soja et huile de soja. Une seconde distribution, prévue au mois de Juillet, complètera ces rations pour couvrir les besoins alimentaires des enfants jusqu’à la prochaine récolte, à la fin du mois de septembre.
Des garanties de distribution de l’aide
Dans le contexte particulier de la Corée du Nord, Première Urgence – Aide Médicale Internationale veille à intervenir sous certaines conditions et met notamment en place un suivi de l’aide distribuée. Le chef de mission a accompagné ces premières distributions et a pu constater que toute l’aide a bien été livrée aux écoles ciblées et que la qualité des produits était satisfaisantes. Par ailleurs un contrôle bimensuel des stocks sera effectué par nos équipes.
Présente depuis 2002 en Corée du Nord, Première Urgence – Aide Médicale Internationale est une des rares ONG internationales à intervenir dans ce pays, où les besoins humanitaires sont importants. Notre objectif est d’améliorer la qualité et l’accès aux soins de santé de base et à garantir la sécurité alimentaire des populations à travers des projets d’élevage de lapins.
Course des Héros - Portrait de Caroline, engagée 7 jours sur 7

Caroline est Chargée des Ressources Humaines Expatriées chez Première Urgence – Aide Médicale Internationale depuis un an et demi. En Janvier dernier, elle décide de pousser encore plus loin son engagement auprès de cette ONG et s’inscrit à la Course des Héros pour la soutenir.
La Course des Héros, le défi solidaire de Caroline
Le 26 juin prochain, Caroline se joindra à près de 1000 coureurs lors de la Course des Héros qui aura lieu au Parc de Saint Cloud.
Pour elle, le défi n’est pas tant sportif : « J’ai déjà participé aux 20 kilomètres de Paris et je cours régulièrement. Courir 6 kilomètres un dimanche matin, ça ne me demande pas un gros effort. Ca me semble assez accessible. Mais c’est surtout le concept qui me plait : mobiliser mon entourage pour soutenir l’association pour laquelle je travaille. »
Un engagement humanitaire professionnel et personnel
Caroline est engagée depuis longtemps dans l’humanitaire. « Je ne sais pas trop comment expliquer comment j’ai fait ce choix. Ca m’a semblé une évidence de faire de l’humanitaire, d’avoir une action concrète. » Elle intègre alors une école de commerce spécialisée en développement international et s’oriente vers les Ressources Humaines. « Beaucoup de ce qu’on fait dans l’humanitaire repose sur l’humain, notamment les motivations et la notion d’engagement des personnes qui postulent. Ca me plait de trouver ce type de profil, d’aider aussi ceux qui souhaitent s’engager et de les accompagner tout au long de leur mission. »
Alors la Course des Héros ? Un prolongement de cet engagement pour Caroline. « Je me suis rendue compte que peu de personnes dans mon entourage savaient en quoi consiste travailler dans l’humanitaire et quelles sont les activités de Première Urgence – Aide Médicale Internationale. Alors je me suis dit que c’était aussi un bon moyen d’en parler et de mobiliser mes amis et ma famille. »
« Collecter 300 euros, ce n’est pas si difficile ! »
Caroline a déjà réussi à collecter la somme minimum pour valider son inscription. En neuf dons, elle a collecté 350 euros. « J’ai envoyé un mail à mes amis et ma famille, je les ai relancés une fois. J’ai aussi parlé plusieurs fois de ce défi sur mon profil Facebook. C’est d’ailleurs grâce à ça que j’ai récolté le plus de dons. Aujourd’hui j’ai atteint l’objectif de 300 euros que je m’étais fixé mais je vais essayer d’aller plus loin et relancer mes contacts sur internet. »
Pour aider Caroline à dépasser ses objectifs, faites un don sur http://2011.coursedesheros.fr/carocourtpourami
La Course des Héros, c’est un défi sportif, il faut courir 6km, mais c’est avant tout un défi solidaire : chaque participant doit collecter au moins 300 euros avant la course au profit d’une association. Plus de 800 coureurs se sont déjà mobilisés pour cette deuxième édition, dépassant allègrement les 500 inscrits de l’an dernier, qui avaient réussi à collecter 300 000€ de dons (grâce à 7200 donateurs) ! http://2011.coursedesheros.fr/
Téléchargez la Chronique n°99 !
2011 marquera un profond changement pour les ONG Aide Médicale Internationale et Première Urgence. En effet, depuis le 1er avril, elles ne forment plus qu’une seule et même structure.
Dans cette première Chronique de l’année 2011, vous trouverez donc une présentation de notre nouvelle association, Première Urgence-Aide Médicale Internationale (PU-AMI).
Philippe Ryfman, professeur et chercheur associé, analysera les changements de contextes qui poussent les organisations humanitaires internationales à changer leur organisation ou à élargir leurs champs de compétences et la taille de leurs projets.
Enfin, vous découvrirez l’actualité de nos programmes en République Centrafricaine.
Bonne lecture !
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Territoire Palestinien : Accompagner les femmes pour qu’elles retrouvent autonomie et confiance en elles

Présent sur le Territoire Palestinien Occupé depuis 2002, Première Urgence - Aide Médicale Internationale (PU-AMI) vient en aide aux familles vivant en dessous du seuil de pauvreté en finançant des emplois, en améliorant les services communautaires, en réparant les infrastructures villageoises détruites ou endommagées - réseaux d’eau ou écoles.
Au début de l’année 2011, PU-AMI a donné la priorité aux femmes en développant une activité pilote en Cisjordanie : rémunérer des femmes en échange d’une action sociale. En plus d’offrir un revenu à ces femmes sans emploi, ce projet a pour objectif de leur redonner confiance en elles et de faciliter leur intégration dans la communauté. Dans certains villages, les tensions liées à la construction du Mur de Séparation, aux colonies israéliennes et le poids des traditions ne permettent pas aux femmes de s’épanouir financièrement et socialement.
Ce projet-pilote a été mené entre début Janvier et fin Février avec 94 femmes, identifiées comme particulièrement vulnérables. Fareda est l’une d’entre elles. Elle témoigne.
Fareda Ibrahem Abu Taha, 53 ans, vit avec ses 5 enfants dans le village de Kafr ad Dik, dans le district de Salfit. Tous les jours, pendant près de 6 semaines, avec 8 autres femmes de son village, elle a préparé à manger pour les enfants de l’école et travaillé dans le potager de l’établissement.

Avec d’autres femmes du village, Fareda prépare à manger pour les enfants de l’école.
« Je vis avec mes filles, qui étudient à l’université. Nous vivons tous dans la maison de mon aînée et son mari. Parfois je me sens comme un poids pour mes filles parce que je n’ai pas de travail et que je ne peux pas participer aux dépenses de la maison. Mais je n’ai pas non plus les moyens de louer ma propre maison. Du coup, je passe la majorité de mon temps à m’occuper des tâches ménagères. Je sors très rarement. Je ne vois des gens, des voisins ou de la famille que s’ils viennent nous rendre visite. Je n’ai aucune vie sociale.
Mais travailler avec d’autres femmes du village et gagner un revenu a changé ma vie. Cela m’a d’abord permis de passer la journée en dehors de la maison, de m’ouvrir au monde qui m’entoure. J’ai aussi rencontré des femmes que je ne connaissais pas avant. Elles ont été d’un grand soutien. Nous avons beaucoup bavardé, partagé et je pense que grâce à elles je suis plus ouverte d’esprit. D’ailleurs ça me permet de mieux comprendre mes filles, leurs envies. Je suis plus positive.Sur le côté économique, grâce à mon salaire, je peux contribuer un peu au budget familial. J’ai un rôle plus important dans le foyer. Participer à ce projet de Première Urgence - Aide Médicale Internationale a vraiment changé ma vie de tous les jours. »
Les femmes ayant participé à ce projet se sentent toutes plus en confiance depuis. Elles nous ont aussi indiqué que leur famille et leurs amis avaient remarqué un changement positif chez elles : plus sociables, plus responsables et actives. 75% ont pu mettre de l’argent de côté, d’autres ont amélioré leur régime alimentaire ou remboursé leurs dettes.
Vu les résultats encourageants de ce projet-pilote, PU-AMI va renouveler l’expérience cette année dans d’autres villages de Cisjordanie et dans la bande de Gaza.
Pour en savoir plus sur les programmes de PU-AMI en Territoire Palestinien :
Bande de Gaza : http://premiere-urgence.org/index.p…
Cisjordanie : http://premiere-urgence.org/index.p…
RCA : Soutenir l’agriculture pour améliorer les conditions de vie des populations
Présente depuis 2007 en RCA, dans la préfecture de l’Ouham Pendé, aux alentours de la ville de Paoua, Première Urgence a soutenu les populations victimes des conflits entre l’APRD (l’Alliance Populaire Pour la Restauration de la République et de la Démocratie) et les forces gouvernementales. Si ces conflits ont diminué d’intensité en 2008 suite aux accords du Dialogue Politique Inclusif, des combats ont perduré jusqu’en 2009 sur certains axes. La population, à forte majorité agricole qui s’était déplacée en brousse reprend petit à petit une vie normale. Les efforts communs des communautés, des organisations nationales et internationales grâce à l’appui des bailleurs ont permis de relancer l’agriculture en redonnant aux familles leurs moyens de production. Un des aboutissements de ces efforts est l’organisation de la foire agricole de Bozoum, lieu de rencontre de nombreux agriculteurs de la zone qui viennent vendre leurs produits. Première Urgence a participé à cette foire en accompagnant des bénéficiaires appuyés en 2010.
Elizabeth, 32 ans, mariée avec cinq enfants nous explique que la participation à cette foire représente pour elle plus que la possibilité de vendre ses surplus de production, c’est une opportunité d’échanger avec différents groupes de la zone, de découvrir des nouvelles techniques de transformation des produits et de retrouver un sentiment de dignité.
La foire de Bozoum permet de relancer l’agriculture locale mais aussi de créer du lien entre les agriculteurs
En parallèle de ces actions qui s’orientent vers le développement, Première Urgence continue à soutenir les plus vulnérables en situation de crise. Les populations vivant sur un des axes au nord de Paoua ne sont toujours pas rentrés chez eux après plusieurs années de vie en brousse. La crainte de nouvelles attaques et taxations sur l’axe les empêche de reprendre une vie normale avec un accès minimum aux soins de santé et à l’éducation. Grâce à un financement de ECHO (Office humanitaire de la Commission Européenne), Première Urgence va soutenir ces populations en 2011 afin d’améliorer leur production agricole, et de fait leurs conditions de vie.
Des formations sont organisées pour soutenir les agriculteurs et améliorer leur production agricole.
Première Urgence va également réhabiliter des axes routiers qui mène vers Markunda (au nord-est de Paoua) afin d’améliorer les échanges commerciaux, mais également de faciliter l’accès aux acteurs humanitaires qui interviennent dans le domaine de l’eau et l’assainissement, de la santé et de la nutrition.
Aide Médicale Internationale intervient aussi en République Centrafricaine pour renforcer l’accès et la qualité des soins de santé primaire, en particulier pour les femmes et les enfants.
Pour découvrir les activités d’Aide Médicale Internationale en RCA, cliquez sur ce lien. http://www.amifrance.org/-Republiqu…
Pour découvrir les activités de Première Urgence en RCA, cliquez sur ce lien.http://premiere-urgence.org/index.p…
Côte d’Ivoire - Urgence humanitaire à Abidjan
Présent depuis plus d’une semaine à Abidjan, Eric Laurent, chef de mission de l’ONG Première Urgence – Aide Médicale Internationale, témoigne de la situation humanitaire catastrophique dans la capitale.
Le chaos total
Alors qu’il a enfin pu circuler dans les rues d’Abidjan ces deux derniers jours, Eric Laurent décrit une situation de « chaos total ». « Depuis 7 jours, ça tire à tous les coins de rue, c’est la guerre. Les gens sont effrayés. Ceux qui peuvent, évacuent ; les autres ne circulent plus dans la ville. Le matin, quelques-uns osent sortir pour s’approvisionner, mais dès midi la ville est comme morte. »
Sans accès aux soins, ni à la nourriture, la population civile est au bord de la rupture
Au-delà de l’insécurité incontestable dans la ville, l’approvisionnement est une des plus grandes difficultés que rencontrent les populations civiles prises au piège de ce conflit.
Les banques sont fermées, il y a pénurie d’essence, de médicaments et de nourriture. Seuls quelques marchés informels fournissent le matin de rares rations d’oignons, de riz, de manioc… « Tu vois la faim sur le visage des gens. Ceux qui ont de la chance font un repas par jour. D’autres que j’ai rencontrés n’ont pas mangé depuis 2 jours. »
L’autre priorité est l’accès aux soins. « Les femmes enceintes accouchent chez elles en espérant qu’il n’y ait pas de complications. Il est très difficile d’acheminer les blessés dans les hôpitaux, quand ceux-ci ont suffisamment d’équipes et de médicaments pour les soigner. »
L’intervention humanitaire indispensable
« De tout ce que j’ai vécu en 15 ans d’humanitaire, je n’ai jamais vu ça ! Abidjan est une ville plus grande que Paris. Ce sont 7 millions d’habitants qui se retrouvent sans accès aux choses basiques mais essentielles. »
Aujourd’hui pour Première Urgence – Aide Médicale Internationale, il est urgent de distribuer des vivres et des médicaments et de mettre en place des cliniques mobiles pour soigner les blessés et les malades dans les différents quartiers en proie aux violences.
Pour interviewer le chef de mission sur place ou plus d’informations, contactez :
Annabel Hervieu au 01 55 66 99 66
Depuis Avril 2011, Première Urgence et Aide Médicale Internationale, 2 ONG françaises, ont uni leurs forces et leurs compétences pour répondre à l’ensemble des besoins fondamentaux des populations victimes de crises humanitaires. www.pu-ami.org
Pour soutenir l’intervention d’urgence de Première Urgence - Aide Médicale Internationale en Côte d’Ivoire, cliquez ici
Première Urgence - Aide Médicale Internationale
Début avril 2011, deux ONG françaises unissent leurs forces pour devenir une seule et même association, Première Urgence - Aide Médicale Internationale (PU-AMI). Cette nouvelle ONG a un objectif : répondre à l’ensemble des besoins fondamentaux des populations victimes de crises humanitaires.
Un rapprochement inédit
Dans la sphère des ONG françaises, le rapprochement d’une association médicale et d’une association humanitaire d’urgence est une démarche inédite qui va permettre à Première Urgence – Aide Médicale Internationale de répondre plus efficacement aux besoins des populations les plus vulnérables mais aussi de bénéficier d’une voix plus forte pour faire valoir les droits des victimes de crises humanitaires.
Secourir et reconstruire
Les catastrophes naturelles, les conflits armés et les situations d’effondrement économique sont autant de crises qui affectent des millions de personnes, les privant de leurs droits fondamentaux : se soigner, se nourrir, se loger… Grâce aux expertises complémentaires de chaque association, PU-AMI apportera une réponse globale à des populations en situation d’urgence et œuvrera avec elles de la sortie de crise à leur retour à l’autonomie.
Nos actions
PU-AMI intervient aujourd’hui dans 16 pays pour mettre en place des programmes dans les domaines de la santé, la sécurité alimentaire, la nutrition, l’eau et l’assainissement, la gestion de camps, la reconstruction et la relance économique. Tous ces projets permettent de venir en aide à plus de 2 millions de personnes dans le monde.
Notre histoire
Fondée en 1992, Première Urgence a mené des interventions dans plus de 38 pays afin de venir en aide aux populations victimes de conflits et de catastrophes naturelles. Une action directe et concrète qui passe par la mise en œuvre de programmes de distributions, relance agricole et relance économique, eau et assainissement, réhabilitation et reconstruction.
Fondée en 1979, Aide Médicale Internationale est intervenue dans plus de 28 pays afin de rétablir l’accès aux soins des populations exclues de tout système de santé par la mise en œuvre de programmes médicaux (soins de santé primaire et secondaire, PMI, nutrition, VIH, Santé mentale, développement communautaire…) avec le souci permanent de formation des acteurs de santé locaux.
Première Urgence – Aide Médicale Internationale en bref
> Venir en aide à plus de 2 millions de bénéficiaires
> Dans 16 pays, sur 19 missions en Afrique, au Moyen-Orient, dans le Caucase, dans les Caraïbes et en Asie
> Grâce à l’implication de :
Plus de 2 500 collaborateurs nationaux
Environ 130 expatriés
Et 39 salariés au siège
> Pour mettre en œuvre plus de 150 projets
> Budget prévisionnel 2011 de 40 M €
Pour plus d’informations,
contactez le service communication et partenariats
Annabel Hervieu / ahervieu@pu-ami.org
Nathalie Naziri / nnaziri@pu-ami.org
+ 33 (0)1 55 66 99 66
Lancement officiel du Comité Scientifique d’Aide Médicale Internationale
Samedi 19 mars s’est tenue la réunion plénière pour le lancement officiel du Comité Scientifique d’Aide Médicale Internationale où 15 membres ont participé. Cette réunion s’est déroulée à la salle de réunion du Maison des Associations du 2e arrondissement. La création du Comité Scientifique est le résultat d’une longue réflexion ayant pour but de répondre aux exigences croissantes du niveau d’expertise dans nos interventions. Au cours de cette plénière, les membres du Comité ont pu se rencontrer et échanger sur les contraintes internes et externes qui représentent un frein au développement de l’organisation.
Les sujets suivants ont été présentés :
- évolution de la politique de santé et des activités de l’AMI ;
- présentation des objectifs et du rôle du comité ;
- le processus et le fonctionnement du C. S. ;
- le travail de capitalisation d’AMI ;
- la fusion AMI/Première Urgence (Perspectives/ Dynamique).
En conclusion ;
Les membres du Comité Scientifique se sont fixés plusieurs objectifs :
- apporter une approche scientifique au côté opérationnel des missions ;
- mise à disposition d’un groupe d’experts au niveau du siège afin d’améliorer les pratiques d’AMI et la qualité des interventions sur le terrain ;
- mettre en place une réflexion sur la stratégie médicale et les orientations thématiques des missions ;
- renforcer les capacités d’AMI sur de nombreux volets comme la capitalisation, l’innovation et la recherche.
En ce qui concerne le travail de capitalisation des savoir-faire et des méthodologies d’intervention, le Comité Scientifique prévoit la mise en place de procédures qui permettent de mettre à jour continuellement les documents clés conjointement avec les missions.
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Afghanistan : réalisation d’une enquête sur l’impact du magazine de santé Salamati
Après un D.U.T. (diplôme universitaire de technologie) et un master en communication des organisations, Anne-Laure Champagnac a poursuivi sa formation en se spécialisant dans des études d’audit et de conseil en communication des organisations. Elle a ensuite travaillé à Paris jusqu’à ce que sa volonté de partir à l’étranger l’encourage à chercher un emploi dans le milieu humanitaire ou diplomatique. Le destin fait qu’au même moment, Aide Médicale Internationale soit à la recherche de quelqu’un qui correspond parfaitement au profil d’Anne-Laure. Il s’agissait notamment de conduire et de réaliser une enquête sur l’impact du magazine Salamati, une revue médicale publiée par A.M.I. depuis 1994. Le Salamati fournit aux Agents de Santé Communautaire Afghans (Community Health Workers – CHW) un outil de formation à distance reconnu par l’ensemble de la communauté internationale. Rédigé à Kaboul, il est distribué à 25 000 exemplaires sur tout le territoire afghan (34 provinces) en dari/pachtoun, les deux langues officielles et à 1000 exemplaires aux partenaires internationaux (en anglais).
Quel a été l’objectif de cette enquête ?
« A.M.I. a demandé cette enquête dans le but d’évaluer l’impact du magazine sur les principaux bénéficiaires du projet, les agents de santé communautaire (CHWs), et l’adéquation de sa réponse aux besoins en formation. Ce travail a porté notamment sur quatre objectifs spécifiques : • identifier le profil du lectorat • évaluer le processus de distribution sur le territoire • comprendre les usages, les opinions, les besoins et les attentes des CHWs • évaluer l’impact global sur leurs connaissances et leurs pratiques Les résultats que nous avons obtenus nous permettront d’améliorer cet outil de formation et de le rendre plus efficace. »
Comment s’est déroulée l’enquête ?
« L’enquête a eu lieu du 30 novembre au 7 décembre 2010. Pour sa réalisation, l’enjeu le plus grand a été l’organisation de la logistique. Nous avons constitué quatre équipes de trois personnes –un team leader et deux interviewers – afin de couvrir les quatre provinces de Bamyan, Herat, Kunar et Samangan. Pour la réalisation des interviews, nous nous sommes servis de trois méthodologies afin de pouvoir répondre aux caractéristiques de la population : • un questionnaire écrit en dari et pashtou pour 358 agents de santé alphabétisés ; • des entretiens oraux pour 26 agents de santé analphabètes ; • deux groupes de discussion à Kalakan pour 5 agents de santé (3 hommes et 2 femmes).
Nous avons travaillé en partenariat avec les ONG locales qui soutiennent le BPHS/EPHS, la stratégie du ministère de la Santé publique pour l’amélioration du système sanitaire afghan. Les ONG s’occupaient de contacter et de rassembler la population de CHWs dans chaque village afin que nous puissions effectuer les interviews. A la fin de l’enquête, je suis rentrée à la base avec des centaines de questionnaires à analyser et, avec le support d’un logiciel de statistique, j’ai finalisé le rapport d’enquête. »
Quels sont les principaux résultats que vous avez soulignés dans ce rapport ?
« Nous avons découvert que le Salamati représente un outil essentiel pour les CHWs et leurs communautés. Il s’agit en effet de la meilleure source d’information médicale à leur disposition en raison de son accessibilité, en comparaison, par exemple, avec la télévision qui est généralement trop chère. De plus, il faut aussi prendre en compte les difficultés d’accès à l’électricité ou encore le fait que les établissements de santé sont parfois trop éloignés des communautés. Ensuite, le magazine répond très bien aux caractéristiques de la population : la vulgarisation des informations médicales rend le support adéquat à un public plus large, tandis que l’utilisation d’illustrations et d’affiches permet une lecture plus facile pour la population analphabète et donc une meilleure compréhension des messages santé.
En outre, les CHWs ont la possibilité d’archiver et de consulter les numéros précédents lorsqu’il est nécessaire. Enfin, le Salamati est également utilisé par les autres partenaires de santé, ce qui donne une certaine crédibilité à son contenu. Les agents de santé l’utilisent pour améliorer leurs compétences sanitaires et les diffuser au sein des communautés à l’aide des illustrations et des affiches. Ils réalisent notamment des séances d’éducation à la santé et des visites à domicile afin de sensibiliser la population aux bonnes pratiques sanitaires. 95% des CHWs alphabétisés déclarent lire régulièrement le magazine. Ils le font ensuite circuler au sein de la communauté, notamment auprès de leur famille et amis, des enseignants, des Mollahs, etc. Le magazine est également très utilisé par la population analphabète. Ils font circuler des messages sur la santé avec l’aide de leur partenaire CHW ou avec l’aide d’un membre de la famille. Les illustrations et les affiches sont leur outil principal. Ils leur permettent non seulement de comprendre les messages, mais aussi d’actualiser leurs connaissances et de communiquer sur les questions sanitaires auprès de leurs communautés.
Cependant, l’enquête a mis en valeur certains aspects qui nécessitent une amélioration. Le premier point faible concerne le processus de distribution du magazine. En effet, la distribution du Salamati sur le territoire afghan s’est révélée inégale en fonction des différentes provinces, mais aussi au sein d’une même province. La distribution varie surtout selon l’accessibilité de la zone. En outre, 54% des CHWs ne reçoivent pas les Salamati régulièrement et ils aimeraient avoir au moins un exemplaire par personne, soit deux exemplaires de chaque numéro par poste de santé. Afin de résoudre le problème, nous allons entamer un travail de communication avec les ONG et les établissements de santé qui sont censés distribuer le magazine.
Le deuxième aspect négatif souligné par l’enquête concerne les illustrations et les posters. Les CHWs demandent qu’on les mette plus en valeur car il s’agit pour eux d’un outil essentiel. Il faudra donc améliorer la qualité et le nombre d’images et de posters. Par ailleurs, le contenu écrit apparaît satisfaisant, mais selon les CHWs il pourrait être amélioré. Généralement, les sujets sont choisis en accord avec les directives du Ministère de la Santé et en fonction des maladies saisonnières. Cependant, les CHWs souhaiteraient un élargissement du choix des thématiques traitées en accord avec les besoins de leur communauté. Les sujets les plus réclamés concernent la mère et l’enfant, ainsi que les maladies respiratoires, la diarrhée et le paludisme »
Anne-Laure est maintenant repartie en Afghanistan avec A.M.I car elle a accepté de travailler sur le projet Health Messenger Salamati en tant que coordinatrice. Cette position lui permettra de réaliser les 5 prochains numéros tout en cherchant à améliorer l’efficacité de cet outil et à répondre aux besoins exprimés par les communautés.
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Haïti : entretien avec le Dr Jaques Katshitshi, coordinateur des activités médicales
Comment votre parcours professionnel vous a-t-il conduit à travailler pour A.M.I. ?
« J’ai voulu tenter une nouvelle expérience professionnelle. Après 16 ans dans le secteur humanitaire avec le Mouvement International de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, j’avais envie de découvrir les activités des autres acteurs humanitaires. Dans ma recherche, je suis tombé sur Aide Médicale Internationale qui m’a donné l’opportunité de partir en mission en Haïti en tant que coordinateur médical. C’est avec joie que j’ai accueilli cette proposition. »
Pourquoi avez-vous choisi de partir en mission pour Haïti ?
« Partir en mission en Haïti n’est pas le fruit du hasard. Après le séisme du 12 janvier 2010, je n’ai pas eu l’occasion d’aller aider les populations vulnérables qui avaient été affectées par la catastrophe. Ma volonté de porter secours aux populations vulnérables est la seule raison pour laquelle j’ai pris la décision de m’engager. Par ailleurs, la devise d’AMI d’« aller là où les autres ne vont pas » a été déterminante pour moi, car elle se rapproche de ce que j’avais déjà fait dans le passé. Et puis, c’était une occasion de découvrir un nouveau continent. »
En tant que coordinateur médical, quelles sont vos principales fonctions au sein des programmes d’A.M.I. en Haïti ?
« En tant que coordinateur médical d’A.M.I. en Haïti, mon rôle a été de suivre les aspects médicaux des programmes : les activités de soins de santé primaires dans le quartier de Martissant 7 ; les activités de la clinique SOG (soins obstétricaux gratuits) de Martissant 23 ; la prise en charge médico-éducative des enfants et jeunes de rues (programme E.J.D.R.) ; et les activités liées à l’épidémie du Choléra. En ce qui concerne les ressources humaines, j’étais en charge de l’appui et de l’encadrement des équipes médicales : recrutement et formation, organisation des réunions médicales, visite terrain des équipes. Je me suis également occupé de la collecte des données sanitaires, de l’harmonisation des outils médicaux (révision des outils de collecte de données épidémiologiques), de la coordination avec les partenaires (réunion de cluster santé, sous-cluster santé de reproduction, contacts avec les autorités sanitaires de Port-au-Prince et avec les partenaires) ainsi que du reporting des activités. »
Comment se poursuivent les activités face à l’épidémie de choléra ?
« En réponse à l’épidémie de choléra, A.M.I. a choisi une stratégie quelque peu hors du commun : des unités de traitement de choléra (UTC) mobiles, c’est-à-dire volantes. Il s’agit de répondre à l’urgence en formant des équipes mobilisables rapidement en cas de pics dans des zones périurbaines difficiles d’accès où il n’y a pas d’intervenants. Ainsi, les équipes d’A.M.I. se sont déployées dans les montagnes de Laboule 12, Lamarque et 4ème Belle Fontaine. En dehors des UTC volants, A.M.I. s’est lancée dans la prévention du choléra à travers la sensibilisation et la mise en place de Postes de Réhydratation Orale (P.R.O.) en partenariat avec l’ONG Première Urgence. Dans le cadre du programme choléra, les équipes d’A.M.I. ont réalisé de nombreuses activités d’octobre 2010 à fin janvier 2011. Elles ont notamment :
• pris en charge 90 cas (parmi lesquels 70 ont été hospitalisés) dans les UTC de Laboule 12, Lamarque et Belle Fontaine et 865 cas dans les P.R.O. de Fontamara, Martissant et Laboule 12 ;
• sensibilisé près de 12 370 personnes, dont 10 852 à Martissant et 1 518 enfants et jeunes de rue ;
• formé 117 volontaires P.R.O., le staff A.M.I. chargé de la sensibilisation, la tenue des brigades, l’hygiène etc.
Dans le cadre du programme E.J.D.R., les équipes mobiles ont consulté et soigné 3 135 enfants et jeunes de rue et en ont sensibilisé 2 450 sur des thématiques variées, notamment l’hygiène corporelle, la violence, la prévention des IST/VIH/SIDA et du choléra, et l’allaitement maternel. »
Selon vous, quelles sont les perspectives futures de la mission ?
« Aujourd’hui, la mission d’A.M.I. en Haïti est en pleine croissance et a besoin d’un soutien constant. Une réflexion profonde doit être faite sur son avenir, notamment sur la nécessité de sortir de la logique de substitution et de se consacrer au renforcement des capacités des structures de l’Etat pour une meilleure prise de charge des communautés. Ceci serait possible, selon moi, dans des zones périurbaines et rurales où le besoin se fait sentir avec acuité. En outre, le programme E.J.D.R. pourrait inclure des volets axés sur la médiation et la réinsertion familiale des enfants de rue, sur la scolarisation, l’orientation professionnelle, etc. Ces volets pourraient être développés en consortium avec d’autres partenaires ayant les compétences pour gérer des programmes plutôt axés sur le développement que la post-urgence. »
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Thaïlande : entretien avec Fréderic Pascal, ancien chef de mission pour Aide Médicale Internationale
Comment votre parcours professionnel vous a-t-il conduit à travailler pour A.M.I. ?
« Après des études de géographie/aménagement du territoire, un master en ingénierie de programme de coopération et quelques expériences en Afrique et en Asie, j’ai eu envie de mettre mes compétences au service des populations défavorisées au travers de structures associatives à but non lucratif. Les valeurs et principes défendus par AMI ainsi que les projets mis en place correspondaient à mon projet. Malgré des expériences dans des secteurs variés (sécurité alimentaire, développement local, gestion des risques naturels, infrastructures, formation professionnelle, etc.), je n’avais jamais participé à un programme médical. Dans le futur, j’envisage de réaliser un master en santé publique afin d’approfondir mes connaissances dans ce secteur. »
Pourquoi avez-vous choisi de partir en mission en Thaïlande ?
« J’ai effectué deux missions en Thaïlande pour AMI, la première en tant que Responsable de projet en 2007-2008 et la seconde en tant que Chef de mission en 2010-2011. Entre les deux, je suis parti comme Chef de mission au Soudan, également pour AMI. Avec un environnement sécuritaire plutôt stable, la Thaïlande n’en demeure pas moins une mission très pointue du point de vue de la qualité et de la technicité des projets médicaux mis en place. La mission se situe sur la frontière Birmane dans un contexte d’une complexité extrême. Il s’agit d’une des plus anciennes crises au monde, ainsi les évènements récents (reprise des combats dans l’Est de la Birmanie et nouveaux afflux de réfugiés en Thaïlande) nous ont prouvés que nous étions encore loin d’une solution et que l’aide humanitaire était plus que jamais nécessaire. C’est ce contexte qui m’avait poussé à me rendre en Thaïlande la première fois et à y retourner avec AMI, acteur majeur sur la frontière birmane. J’avais alors participé au positionnement et à la mise en œuvre de l’assistance internationale aux populations, avec des stratégies visant la sortie de crise. »
Cela fait désormais 15 ans qu’A.M.I. conduit des programmes sanitaires en Thaïlande. Le programme a pour objectif d’améliorer l’accès aux soins de santé des populations qui vivent dans les camps sur la frontière birmano-thaïlandaise. Sur le long terme, A.M.I. souhaite pérenniser ses actions en les intégrant dans le système sanitaire thaïlandais pour renforcer les capacités des acteurs locaux.
Afin de réaliser cet objectif, quel genre d’activités ont été mises en place pendant votre mission ?
« Je préférerai commencer par parler de la stratégie du programme d’A.M.I. et des activités qui en découlent, mais pendant ma mission le premier challenge qu’il a fallu relever a malheureusement été d’ordre financier. La conjoncture humanitaire actuelle n’échappe pas au contexte global de la crise. Ainsi, les ressources financières institutionnelles disponibles se raréfient, en partie en raison des grandes crises actuelles comme Haïti ou le Pakistan et des difficultés économiques des pays donateurs. Ajoutons à cela d’autres facteurs économiques tels que la forte baisse de l’euro sur le marché des changes ou la hausse des prix des biens alimentaires et des matières premières. Ce scénario de l’année 2010 a poussé les ONG à faire face à de nombreuses difficultés afin de pouvoir assurer le maintien des standards et la continuité de l’aide. La diversification de nos partenaires financiers et l’allongement des cycles de financement ont été la priorité de ma mission. Sur le plan institutionnel, ce travail a été un succès car nous avons obtenu la participation de nouveaux bailleurs de fonds aux côtés d’ECHO et d’UNHCR, tels que BPRM (USA), DFID (UK) et Global Fund. Cela a permis la continuité de toutes les composantes du programme : santé primaire, santé publique, tuberculose, VIH/SIDA et santé mentale.
Cependant, aujourd’hui ce programme a besoin du soutien de plus de partenaires privés. Cela permettrait notamment d’assouplir les contraintes liées à un portefeuille de bailleurs aux procédures et aux cycles différents, ainsi que de faire face aux urgences qui viennent perturber la mise en œuvre du programme. En 2010, par exemple, nous avons lutté contre des épidémies de choléra, dengue, rougeole et H1N1 dans les camps et à des afflux temporaires de réfugiés birmans fuyant les combats entre l’armée et les diverses factions rebelles.
Afin d’optimiser la pertinence et la qualité de l’intervention d’A.M.I. pour nos bénéficiaires, l’équipe s’est attelée au développement d’une stratégie ambitieuse visant à intégrer les programmes de santé mis en œuvre dans les camps au sein du système sanitaire thaïlandais, dans une optique de pérennisation des services. Cela concerne essentiellement les programmes de prévention et lutte contre les épidémies, de lutte contre la tuberculose et de lutte contre le VIH/SIDA. La Thaïlande étant un pays assez avancé dans ce domaine, il s’agit de prouver la haute qualité des programmes d’AMI. Une des composantes principales de cette stratégie est le ciblage des personnes les plus vulnérables et les plus « à risque », à travers notamment le développement d’un réseau communautaire d’éducateurs/accompagnateurs de santé, la formation du personnel de santé dans les camps et une meilleure participation et implication de la population des camps. Cela passe également par une approche de santé publique, plus territoriale et régionale, et le développement d’une collaboration plus efficace et effective avec les autorités locales et les différents partenaires de santé sur ces zones. L’un des enjeux principaux est la création de passerelles entre acteurs pour les transformer en véritables partenaires santé. En parallèle, un gros travail a été entrepris en interne pour renforcer la structure institutionnelle de la mission comprenant entre autres une restructuration de l’organigramme, plusieurs nationalisations de poste, y compris de coordination, l’amélioration du système de suivi-évaluation (réalisation de deux évaluations externes en 2010) et un effort de capitalisation. »
Le travail d’un chef de mission comporte beaucoup de responsabilités et il y a régulièrement des problèmes à résoudre. En Thaïlande, vous avez coordonné un programme réparti sur trois camps de réfugiés, Nupoe, Umpiem et Mae La. Quelles sont les activités que vous avez gérées au quotidien ?
« Au-delà de son rôle général d’encadrement de la mission, le chef de mission est la personne qui fait l’interface entre l’équipe locale, le siège d’A.M.I., les bénéficiaires, les autorités locales, les bailleurs de fonds, les autres ONG et les divers acteurs locaux. Il doit s’assurer que les interactions entre toutes ces parties prenantes permettent la réalisation du mandat d’A.M.I. avec l’impact le plus positif possible sur les bénéficiaires, sur la situation sanitaire locale et, en général, sur tout le contexte. Il est difficile de résumer en quelques mots l’immense charge de travail quotidien d’un chef de mission, disons qu’on n’a pas le temps de s’ennuyer ! »
Comment avez-vous réussi à faire face aux difficultés ? « Ce que je retiens c’est l’extraordinaire professionnalisme des équipes locales, et en particulier leur faculté à faire face à d’incroyables challenges dans des conditions difficiles. Malgré les pressions sur les financements et les questionnements sur la poursuite de certaines activités, et même si certains ont malheureusement dû nous quitter en cours d’année pour faire face à la restructuration, l’équipe a su rester mobilisée et assurer la mise en œuvre du programme. A titre d’exemple, l’épidémie de choléra qui a débutée en mai à Mae La s’est achevée en décembre sans qu’aucun patient ne décède. Les programmes VIH/SIDA et tuberculose, qui ont connu beaucoup d’incertitudes, sont des programmes qui se sont finalement développés. »
Votre mission en Thaïlande s’achève après un an passé sur le terrain. Pouvez-vous faire un bilan final des actions menées pendant cette période ?
« La mission est encore en phase de transition, il est difficile de faire un bilan à ce stade. Disons qu‘au-delà des éléments de contexte qui sont difficiles à maîtriser, la clé du développement va être la poursuite des efforts entrepris cette année sur le plan institutionnel au niveau de la mission mais aussi de l’association dans son ensemble. Le siège a tout fait pour soutenir la mission en 2010 avec des moyens financiers et humains plus que réduits. Aujourd’hui, pour continuer à mettre en place des programmes pertinents à l’impact significatif dans le contexte global et les crises actuelles, il est indispensable de se doter d’une structure solide aux capacités renforcées. Plusieurs projets sont à l’étude en ce moment au siège d’A.M.I. Je souhaite qu’ils soient mis en œuvre, et espère apporter ma pierre à l’édifice. »
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Afghanistan : lutter contre la malnutrition des femmes et des enfants
Mathias Grossiord, nutritionniste, vient juste de rentrer d’une mission en Afghanistan avec Aide Médicale Internationale. Après son départ en décembre 2010, il a passé trois mois à Kaboul dans le cadre d’un programme de lutte contre la malnutrition des enfants de moins de cinq ans et des femmes enceintes ou allaitantes. Aujourd’hui, il nous raconte le travail qu’il a accompli pendant cette mission dans la province afghane de la Kunar.
« Cette expérience en Afghanistan m’a donné une grande satisfaction et a stimulé mon intérêt pour un pays dont la population est très accueillante et cordiale. Le seul bémol de cette mission est l’impossibilité de visiter les programmes sur le terrain pour des raisons de sécurité (la Kunar est une des provinces qui enregistre le plus d’activités insurgées du pays). J’ai passé mes journées à la base de coordination de Kaboul sans pouvoir vérifier le bon déroulement des activités sur le terrain, dans la province de la Kunar. »
Quelles sont les activités mises en place par les équipes de terrain ?
« Dans la Kunar, les équipes travaillent en collaboration avec le ministère afghan de la Santé pour la mise en place du BPHS [2], un programme de soins de santé primaires qui a pour objectif de reconstruire et de renforcer le système sanitaire afghan. En tant que nutritionniste, j’étais en charge du suivi du CMAM [3], un programme intégré au BPHS qui concerne la prise en charge communautaire de la malnutrition aigüe.
Cette approche communautaire consiste à détecter rapidement les cas de malnutrition aiguë dans la communauté. Cela permet de fournir un traitement pour les cas ne présentant pas de complications médicales grâce à l’utilisation de compléments alimentaires prêts à l’emploi. Il s’agit notamment d’aliments thérapeutiques ou d’aliments riches en éléments nutritifs directement préparés à la maison. Associée à une approche en établissement pour les patients souffrant de complications médicales, la gestion communautaire de la malnutrition aiguë se révèle très efficace. Dans la mise en œuvre de ce programme, l’intervention d’A.M.I. se focalise notamment sur les catégories sociales les plus vulnérables : les enfants de 0 à 5 ans, les femmes enceintes ou en âge de procréer et les femmes allaitantes. Actuellement, les activités couvrent une population d’environ un millier de femmes et de 1500 enfants dans la province de la Kunar. Les femmes, suivies mensuellement et surtout pendant l’allaitement, bénéficient de rations alimentaires riches en éléments nutritifs telles que la farine, les haricots, l’huile et le sel iodé, ainsi que d’un kit d’hygiène : savon, dentifrice, brosse à dents, etc.). Des séances d’éducation à la santé sont également organisées. Mises en place par une équipe de CHW [4], des agents de santé communautaire, elles assurent la formation des femmes à des bonnes pratiques nutritives et d’hygiène.
Par ailleurs, la mobilisation des réseaux de santé communautaire des CHW permet un suivi ambulatoire des patients. Les enfants bénéficient d’un traitement hebdomadaire qui consiste en des compléments alimentaires tels que le Plumpy Nut, une pâte énergétique prête à l’emploi sans dilution ni préparation préalable, à base d’arachide et à haute valeur nutritionnelle. Le traitement suit le protocole national, et dure un minimum de deux mois, ou plus, selon la gravité de la maladie. En outre, nous avons mis en place un programme de suivi des patients pendant quatre mois pour éviter leur rechute. »
Quelles ont été vos fonctions de nutritionniste au sein de la mission ?
« Pendant toute la durée de mon séjour, j’ai assuré la formation des équipes d’encadrement et de coordination basées à Kaboul. Les séances se sont déroulées entièrement en langue anglaise. Ensuite, le coordinateur national s’est occupé de former à son tour le reste des équipes en langue locale, le pashtoun : médecins, sages-femmes, infirmières, directeurs des structures sanitaires, agents de santé communautaire et comités de santé villageois. Nous avons ainsi réalisé deux types de formation, une pour les femmes et une pour les hommes car, selon la culture locale, la séparation des sexes est encore fréquente. La formation des femmes a eu lieu en partenariat avec un hôpital de Kaboul qui s’occupe de l’éducation à la santé, et notamment de l’allaitement et d’une alimentation adaptée pour les enfants.
Pendant trois mois, j’étais malheureusement contraint de rester à la base de coordination de Kaboul. En effet, à cause de l’instabilité du contexte sécuritaire en Afghanistan, chaque déplacement représente une énorme prise de risque pour un expatrié. C’est pourquoi je n’ai pas pu me rendre dans la zone d’intervention où se déroulent les activités, ni être en relation directe avec les bénéficiaires du programme et les équipes sur le terrain. Toutes les opérations sont conduites en remote control, c’est-à-dire en contrôle à distance.
Toutefois, mon travail à Kaboul a été globalement très positif. Les séances de formation que j’ai dispensées aux équipes « cadre » ont été largement appréciées et le staff a exprimé une pleine satisfaction. Cela a crée les conditions pour une ambiance de travail très agréable qui a enrichi positivement mon expérience. »
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Afghanistan : coordination d’un magazine de formation médicale
Après avoir travaillé pendant quelques années en tant que photo-journaliste indépendant, Simon a fondé son propre magazine et il en a dirigé la publication avec succès pendant sept ans. « La création d’un magazine était une opportunité pour raconter des histoires et parler des gens. Je voulais que les personnes aient un autre point de vue, une autre vision des choses. Un peu comme une alternative à ce qu’on leur dit. Mais aussi parler de sujets et de personnes qui méritent un éclairage et auxquels il est bon de s’intéresser. », affirme-t-il.
Quelques années après le lancement de son magazine trimestriel, Simon a crée une société de communication et d’arts graphiques afin de montrer qu’édition et communication sont fortement liés. « Fonder une agence de communication a été un nouveau défi et m’a permis de pouvoir diffuser des messages à travers la photographie, le graphisme, et les événements publics. »
Malgré le succès de cette initiative, Simon n’appréciait plus l’aspect mercantile de son travail et a donc décidé de retrouver les valeurs dans lesquels il avait grandi en s’engageant dans le secteur social : « Il était temps pour moi de changer. Je voulais utiliser mes compétences pour les personnes qui en ont besoin plutôt que pour les grandes entreprises. »
C’est ainsi que, le 5 février 2010, Simon s’est envolé pour l’Afghanistan en tant que coordinateur de l’Health Messenger Salamati ("bonne santé" en Dari), un magazine de formation médicale continue conçu par A.M.I. à destination des agents de santé locaux. Publié depuis 1994 à Kaboul, le magazine représente un outil de formation reconnu par l’ensemble des acteurs de la santé en Afghanistan. Il est distribué en 25 000 exemplaires dans 34 provinces d’Afghanistan dont 24 000 copies en bilingue dari/pachtou (langues officielles) et 1000 en anglais.
« Quand j’ai lu l’offre d’emploi, je ne pouvais pas y croire. C’était exactement ce que mon expérience m’avait préparé à faire. Je n’avais jamais pensé que je pouvais utiliser mes capacités dans un pays en guerre et contribuer ainsi à apporter des changements et à aider la population. J’ai été particulièrement heureux de découvrir un pays que je ne connaissais qu’à travers les médias. »
Une fois arrivé à Kaboul, Simon a découvert les programmes gérés par les équipes d’A.M.I. sur le terrain. Ayant pour finalité la reconstruction et le renforcement du système de santé afghan dans le long terme, les programmes ont pour objectif spécifique l’amélioration des services de soins de santé primaires (BPHS – Basic Package of Health Services) et secondaires (EPHS – Essential Package of Hospital Services) en lien avec le programme du Ministère afghan de la Santé. « Avant d’arriver en Afghanistan, je ne savais rien de la santé et des soins de santé. J’ai alors compris que le BPHS est le système de santé spécifique des pays en crise. Depuis 2007, le magazine Salamati s’est réorienté vers le public des Community Health Workers (CHW), ou agents de santé, et il représente aujourd’hui le seul outil disponible pour leur formation médicale. Il les aide notamment à améliorer leurs connaissances sur les messages à diffuser auprès de leurs communautés afin de les sensibiliser aux pratiques sanitaires de base. Par exemple, pour les citoyens européens, il est naturel de se laver les mains avant de manger ou après avoir éternué, mais en Afghanistan les gens ne sont souvent pas conscients de ces pratiques d’hygiène en raison d’un manque de ressources et d’éducation à la santé.
L’objectif principal du Salamati est de rappeler les bonnes pratiques pour prévenir les maladies et d’expliquer pourquoi elles sont si importantes. Il faut souligner également que les agents de santé n’ont pas de formation médicale. Ils sont enseignants, policiers, propriétaires de magasins, mollahs, ce sont des gens ordinaires. Chaque numéro du Salamati a été un vrai défi pour moi car il fallait le rendre accessible à toute la population, et donc plus facile à lire et à comprendre. L’alphabétisation en Afghanistan est en effet très faible, surtout parmi la population féminine. Chaque numéro est testé directement sur le terrain auprès des agents de santé pour s’assurer que le contenu et les images soient compréhensibles. A.M.I. distribue le magazine à 22 000 agents de santé communautaires et 20 millions de personnes se rendent dans des postes de santé. C’est un défi énorme à relever. »
En tant que coordinateur du Salamati, Simon travaille également en étroite collaboration avec le Ministère de la santé publique. En harmonie avec la politique du Ministère, ils définissent ensemble les sujets à traiter dans chaque numéro. Le Salamati devient alors le lien entre le Ministère et les agents de santé, et Simon doit s’assurer que ce lien soit clair et compréhensible. « Lorsque les agents de santé me remercient pour la copie du Salamati qu’ils ont reçu, c’est la plus belle partie de mon travail. »
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Crise en Libye : Aide Médicale Internationale envoie une équipe médicale à la frontière tunisienne
Selon les Nations Unies, plus de 75 000 personnes fuyant les heurts entre les manifestants et le régime ont franchi la frontière avec la Tunisie depuis le 19 février. Près de 40 000 personnes seraient bloquées côté libyen, la situation de surpopulation s’aggravant d’heure en heure. Les combats, qui redoublent d’intensité à l’Ouest de la Libye, font redouter le pire alors même qu’aucun acteur humanitaire ne parvient pour le moment à entrer dans les zones les plus touchées.
Dans le cadre d’un partenariat avec Première Urgence, une équipe A.M.I. se rend dès aujourd’hui en Tunisie dans l’objectif de traverser la frontière et de pouvoir opérer les victimes en Libye. L’équipe évaluera également la situation des réfugiés à la frontière. Pour appuyer le dispositif, nous prévoyons enfin l’envoi de kits de médicaments et de consommables grâce à un partenariat avec Tulipe.
La situation du pays est en constante évolution et nos équipes ajusteront leur réponse afin d’être au plus proche des besoins des populations affectées.
Urgence sanitaire en Haïti : Papy Lukeka nous raconte la réponse d’Aide Médicale Internationale au choléra
La mission d’A.M.I. en Haïti a été récemment frappée par une nouvelle crise sanitaire. La violente épidémie de choléra qui s’est déclenchée sur le pays a en effet bouleversé le démarrage de la phase de reconstruction que l’on pouvait espérer un an après le séisme du 12 janvier 2010. Cette situation a conduit l’organisation à réadapter une nouvelle fois ses actions face à l’urgence, afin de répondre au mieux aux priorités et aux besoins des populations vulnérables.
Papy Lukeka travaille en Haïti depuis un an pour Aide Médicale Internationale en tant que coordinateur logistique. Dans cette interview, Papy nous raconte les difficultés de gestion des problématiques quotidiennes dans le contexte extrêmement instable et imprévisible qui caractérise actuellement le pays.
« Quand l’épidémie de choléra s’est déclenchée en Haïti, toute l’équipe s’est mobilisée pour agir le plus rapidement possible. J’ai alors reçu un appel d’urgence afin que je me dépêche de rentrer en Haïti après une nuit en République Dominicaine. L’équipe sur place avait déjà commencé à établir les contacts avec nos différents partenaires afin d’effectuer les commandes d’urgence. Nous avons alors participé à une première journée de réunion avec les équipes Log et Wash afin d’organiser nos stocks face à cette épidémie. Ensuite nous avons lancé une commande d’ORS (Sérum de Réhydratation Orale) afin de finaliser la transformation de la clinique de Martissant 7 en centre de réhydratation orale. Au début, nous avions prévu de construire un Centre de Traitement du Choléra (CTC) dans le quartier de Martissant afin de mettre à profit notre collaboration avec le Ministère de la Santé Publique et de la Population (MSPP). Cependant, nous n’étions pas dans de bonnes conditions pour obtenir un terrain constructible parce que les déplacés du séisme occupaient déjà une bonne partie des terrains.
Construction d’une Unité de Traitement du Choléra (UTC)
Par ailleurs, les terrains en Haïti sont généralement de propriété privée, ils ne possèdent pas de titre foncier et ne sont donc pas exploitables. A.M.I. a dû alors prendre la décision d’aller là où les autres ne vont pas, c’est-à-dire dans les zones les plus enclavées afin de mettre en place des Unités de Traitement du Choléra (UTC).
Dans le village de Laboule, la Croix-Rouge française ainsi que nos partenaires de WASH (eau et assainissement) nous ont fournis des tentes pour mieux entamer les installations. Ensuite, nous avons pris tout en charge au niveau médical et non médical et l’UTC a été entièrement gérée par une équipe d’A.M.I. L’accessibilité au village est très limitée et il est très difficile de s’installer dans cette zone. Le village se trouve sur une colline accessible uniquement à pied ou en voiture. En tant que coordinateur logistique, je m’occupe de conduire chaque jour l’équipe sur place, d’assurer la livraison des matériels, ainsi que de garantir le respect des mesures de sécurité.
Une clinique de santé mobile à Martissant
La supervision quotidienne est indispensable au bon fonctionnement de ce programme, afin que l’équipe soit confiante et que l’épidémie de choléra soit sous contrôle. Une priorité était d’assurer le traitement de l’eau, indispensable pour le déroulement des activités médicales. Le transport a été très complexe car il n’y avait pas d’accès au site. On a du utiliser un petit tank de 350 litres pour remplir le blader (tank souple) de 5 000 litres d’eau offert par l’UNICEF. D’autres partenaires nous ont aidé à analyser l’eau infectée. Nous l’avons traité avec du chlore afin de pouvoir l’utiliser pour l’UTC. La population, composée d’environ 8 000 personnes éparpillées sur tout le territoire, a accueilli le projet très favorablement et participe avec enthousiasme aux opérations. C’est ainsi qu’environ 70 haïtiens travaillent avec nous pour faire face à l’urgence.
À Port-au-Prince, la capitale du pays, nos activités se concentrent sur Martissant. Dans ce quartier pauvre, les conditions sanitaires des habitants sont très précaires et nous avons beaucoup de travail à faire pour améliorer leur mode de vie. Nos équipes se consacrent à des séances d’éducation à la santé et à la promotion de l’hygiène pour prévenir les maladies contagieuses. Ce qui explique pourquoi mon emploi du temps quotidien est très chargé car je dois assurer un soutien continu aux équipes, m’occuper de leur sécurité sur la mission et prendre en charge la coordination des activités.
Aujourd’hui, la propagation du choléra semble stable et sous contrôle, mais le niveau de vigilance reste élevé. Malgré cela, la situation politique en Haïti est de plus en plus instable et il est impossible de prévoir comment elle évoluera dans le futur. L’aide offerte par la communauté internationale, à mon avis, ne suffit pas à reconstruire un pays qui semble ne pas avoir d’avenir. J’espère qu’en travaillant ensemble, nous arriverons à trouver une solution aux problèmes qui pèsent sur la population haïtienne. »
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Myanmar : témoignage de Philippe Hamel, ancien chef de mission
Aujourd’hui, après deux ans et neuf mois sur le terrain, Philippe Hamel arrive à la fin de sa première expérience avec Aide Médicale Internationale. Démarrée en mars 2008, sa mission s’est déroulée au Myanmar depuis la base de coordination implantée dans la division de Yangon. Après plusieurs expériences passées en tant que responsable de programme, coordinateur de programme et responsable de projet, Philippe est recruté par A.M.I. pour être chef de mission (CDM). Il s’agit d’un poste à forte responsabilité car il comporte notamment la coordination de toutes les activités et la supervision du travail des équipes expatriées.
Au début de votre mission, en 2008, vous avez assisté à une catastrophe naturelle qui a dévasté les zones touchées par le cyclone Nargis. Vous avez également assisté à la fermeture du programme dans le Rakhine en 2009. Au cours de l’année 2010, quelles sont les activités que vous avez menées au Myanmar ?
« En 2010, la mise en œuvre des activités s’est poursuivie sur deux zones d’intervention. Dans la division de Yangon, au sein des Townships de Dala, Seikki Khanaungdho et Twantay, j’ai suivi un programme de prévention et traitement des maladies et des infections sexuellement transmissibles (MIST) dont le VIH/Sida. Les principaux bénéficiaires de ce programme sont les groupes de personnes vivant des situations à risque de contamination : travailleurs/euses du sexe et leurs clients, homosexuels, employés portuaires, travailleurs journaliers, familles des personnes vivant avec le VIH, etc. Nombreuses sont les actions mises en place pour pouvoir réaliser les objectifs du programme. Premièrement, des séances d’éducation à la santé sont organisées par les équipes d’A.M.I. et les éducateurs communautaires de santé. Ces derniers ont un rôle de médiation indispensable car ils représentent le relais entre les structures de santé et les populations de leurs communautés. Pour la sensibilisation de masse, nous organisons des événements publics dans les villages comme la Journée Mondiale du Sida (World Aids Day) qui a lieu le 1er décembre de chaque année.
Cette manifestation a pour objectif de sensibiliser le monde entier aux problématiques liées à la diffusion du VIH. Pour cela, nous avons mis à disposition de nos bénéficiaires des espaces libres afin de les accueillir et les faire se rencontrer. Il s’agit de lieux de partage et d’échange où ils peuvent suivre des activités ou profiter des locaux communs pour dormir ou prendre une douche. Des groupes d’entraide (« self-help groups ») ont été mis en place pour les aider à s’organiser entre eux et à développer des projets pour la mise en place d’activités génératrices de revenus. Ils contribuent ainsi à leur autonomisation progressive. Le programme comprend également le support aux cliniques pour le traitement des MIST, la gestion des centres de dépistage volontaire et le suivi médical des séropositifs qui sont traités avec les ARV. »
Et qu’en est-il des opérations dans l’État Shan, dans la région autonome Wa ?
« La région Wa est un territoire qui présente des caractéristiques très particulières. Dans sa dernière interview, Charlotte Berthier, responsable de ce projet pour A.M.I., a très bien décrit la situation actuelle cf. témoignage Charlotte Berthier. La zone est entièrement gouvernée et contrôlée par l’armée indépendante Wa, en rupture avec le gouvernement central. Dans ce contexte où les besoins sont nombreux, A.M.I. est l’un des principaux acteurs sanitaires. Son challenge est le rétablissement de l’accès aux soins de santé primaires et secondaires avec un accent particulier sur la santé des mères et des enfants. Il s’agit d’un défi de taille car le système sanitaire du Myanmar a été classé au 190ème rang mondial sur 191 pays par l’OMS. Les activités sont orientées vers le soutien de plusieurs structures sanitaires gérées par des équipes nationales. En effet, la nationalisation des postes d’A.M.I. est une stratégie de long terme qui vise à pérenniser ses actions. Nos équipes s’occupent de la formation et de la supervision du personnel national afin de garantir la transmission des activités du programme aux acteurs locaux. À l’instar du programme de Yangon, le renforcement des capacités dans la région Wa passe par la formation d’agents de santé qui assurent l’éducation sanitaire de leur communauté. »
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République centrafricaine : entretien avec Jens Schumacher, chef de mission pour Aide Médicale Internationale
Jens Schumacher, d’origine allemande, est chef de mission pour A.M.I. en République centrafricaine. Depuis la base de coordination installée à Bangui, la capitale, il coordonne et supervise les activités réalisées au sein des programmes sur deux zones d’intervention, la préfecture de Bamingui-Bangoran et la sous-préfecture de M’Brés. Jens se rend régulièrement sur le terrain afin d’assurer le suivi des projets en cours ainsi que des équipes nationales et expatriées.
« Cette expérience directe m’a aidé à mieux comprendre les conditions difficiles dans lesquelles les équipes de terrain mènent leurs activités chaque jour : c’est tout d’abord une sécurité volatile due à la présence de braconniers, de coupeurs de routes et de groupes rebelles centrafricains et étrangers qui caractérisent entre autres le contexte de la République centrafricaine. Au-delà de cet aspect, le pays n’est toujours pas en capacité d’améliorer ses infrastructures, ce qui a un impact direct sur notre travail. Lorsqu’on travaille dans une zone enclavée comme la sous-préfecture de M’Brés, qui n’est pas desservie par les vols PAM (Programme Alimentaire Mondial), tout mouvement est effectué en voiture (4x4) sur des pistes en très mauvais état. En effet, l’Etat n’est toujours pas en mesure de fournir des services de base de qualité à la population. Prenons par exemple le secteur de la santé publique, il est dysfonctionnel et défaillant. Il manque des cadres qualifiés qui ont les compétences pour bien gérer les structures sanitaires, mais aussi de l’équipement et des médicaments essentiels. Avec un indice de développement humain parmi les pires du monde : 172ème sur 179 pays (PNUD 2008) la RCA est frappée par un taux de mortalité qui, au lieu de s’améliorer, ne fait que s’aggraver d’année en année (taux de mortalité maternelle (1 355 pour 100 000 naissances vivantes en 2006), et infantile (176 pour 1 000) d’après les données de l’enquête MICS III réalisée en 2006 par l’UNICEF). Il en est de même du contexte sécuritaire, surtout à la frontière du nord et du nord-est avec la rébellion centrafricaine (Convention des Patriotes pour la Justice et la Paix –CPJP) et étrangère (Front Démocratique du Peuple Centrafricain – FDPC sous l’égide de l’ancien général tchadien Abdoulaye Miskine) ou il y a régulièrement des accrochages entre ces groupes et les forces armées centrafricaines (FACA), mais aussi du sud-est du pays où les rebelles de l’Armée de Résistance du Seigneur (LRA) s’attaquent à la population centrafricaine.
Cependant, cette complexité inhérente au contexte d’intervention constitue pour moi un vrai défi : développement, urgence, post-urgence se mêlent au sein du même pays. J’apprécie particulièrement l’approche d’A.M.I. et je partage la stratégie d’intervention adoptée. Celle-ci repose sur un support direct aux structures sanitaires existantes et sur le renforcement des compétences des acteurs locaux. Elle rentre dans le cadre de la pérennisation des actions et de l’autonomisation du secteur de santé conformément à l’Initiative de Bamako. [5] De plus, les équipes d’A.M.I. travaillent quotidiennement avec le personnel médical des structures sanitaires et les représentants des communautés selon une approche participative que j’estime réellement efficace. En effet, cette démarche a permis d’obtenir des résultats très positifs dans l’amélioration et, finalement, dans la pérennisation du système sanitaire de la sous-préfecture de M’Brés. Ce projet sera bientôt clôturé et, par conséquent, nous avons entamé une période de transition de 4 mois avec pour objectif la prise en charge complète et autonome de toutes nos activités menées dans cette zone depuis plus de 3 ans par les acteurs de santé locaux. La stratégie employée par A.M.I. repose sur l’augmentation progressive de la tarification des soins et sur la fin de la gratuité des médicaments. De cette manière, les structures sanitaires concernées deviennent de plus en plus autonomes puisqu’elles sont capables de couvrir leurs dépenses, de les gérer, de payer leur personnel, d’offrir des soins de qualité et de garantir l’approvisionnement en médicaments essentiels de façon pérenne. Cela permet ainsi d’assurer une continuité dans le fonctionnement du système sanitaire une fois qu’AMI sera partie et donc un meilleur impact sur le long terme.
Enfin, dans le courant du mois de mars une mission d’évaluation d’un mois sera effectuée pour évaluer l’impact des activités réalisées dans la sous-préfecture de M’Brés durant les trois dernières années. Malheureusement, ce modèle de succès ne s’applique pas de la même façon dans la préfecture de Bamingui-Bangoran, donc sur la base de N’Délé, ouverte en 2007, au nord-est du pays. Dans cette zone, A.M.I. a rencontré plusieurs obstacles au bon déroulement de ses activités notamment à cause d’un contexte sécuritaire très instable et de structures sanitaires moins performantes. Aujourd’hui, l’un des objectifs à atteindre est la redynamisation du programme en suivant l’exemple de la méthode utilisée pour M’Brés. A N’Délé, nous travaillons actuellement sur trois des cinq axes routiers principaux initialement appuyés par AMI et qui se situent dans les plus grandes agglomérations. En effet, au delà des agglomérats urbains, c’est ici que se concentre la majeure partie de la population. Les équipes d’A.M.I. apportent un soutien à 2 centres de santé et à 5 postes de santé périphériques. Les trois axes présentent des situations très différentes où des contextes de post-conflit, d’urgence et de développement se mêlent. Depuis la dernière attaque de N’Délé par la CPJP en avril 2010, nous avons entamé une collaboration avec l’association Médecins Sans Frontières (Section Espagne), plus à même d’intervenir dans un contexte d’urgence. Cependant, nous avons mis en place une clinique mobile dans l’axe qui relie N’Délé au village de Krakoma. Celui-ci se trouve dans un contexte qui se caractérise actuellement par une crise humanitaire. Depuis plus que 8 mois, la population est complètement coupée de tout appui par les acteurs humanitaires internationaux. Le village est proche d’une des bases des éléments de la CPJP. Le poste de santé sous responsabilité d’AMI a été pillé en juillet et n’est pas opérationnel. Cette clinique mobile représente, à mon avis, un point de départ pour développer une expertise dans le domaine des interventions sanitaires d’urgence. Personnellement, je pense que les perspectives d’A.M.I. dans ce pays reposent aujourd’hui sur la nécessité de poursuivre des activités à N’Délé, d’ouvrir de nouvelles bases opérationnelles, et de rechercher des nouveaux financements pour le développement de la mission. »
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Entretien avec Karine Betemps, Chef de mission en Afghanistan
Après des études et plusieurs années de travail en France dans le secteur social, ainsi qu’une formation en management, Karine Betemps entame son parcours professionnel dans le milieu humanitaire. Sa première rencontre avec Aide Médicale Internationale remonte à 2005 quand, recrutée en tant que Project Manager, elle part pour une mission de deux ans en Afghanistan, dans la province de Samangan. Ensuite, après une mission d’évaluation de trois mois au Nord-Kivu (RDC), elle devient chef de mission au Yémen de 2008 à 2009, toujours pour A.M.I. Puis, fin 2009, Karine s’engage pour partir à nouveau en Afghanistan en tant que chef de mission (CDM). Aujourd’hui, après un an sur place, elle rend visite au siège pour débriefer avec les différents services.
Son rôle au sein de la mission est très important et complexe. Elle s’occupe, entre autres, de la coordination et supervision de toutes les activités, de la gestion des ressources humaines expatriées et aussi de la sécurité des équipes sur le terrain. De plus, elle représente A.M.I. devant les bailleurs, les autorités nationales, les autres ONG, la population, et tous ceux qui sont impliqués, directement ou indirectement, dans la mission. Elle est également chargée de rechercher des nouveaux projets pour le développement des activités.
« Les projets actuellement mis en place en Afghanistan portent sur trois programmes. Dans la province de la Kunar, nous avons développé un programme de soins de santé primaires selon les directives de la politique sanitaire du Ministère afghan de la santé. Il s’agit de poursuivre les activités du BPHS (Basic Package of Health Services) et de l’EPHS (Essential Package of Hospital Services). Grâce aux financements de la Commission européenne et de la Gavi (Global Alliance for Vaccines and Immunisation), A.M.I. peut gérer 34 centres de santé et l’hôpital provincial de référence, ainsi qu’une clinique mobile qui assure un support médical dans les zones les plus isolées.

Dans le cadre du BPHS, nous réalisons également un programme de lutte contre la malnutrition des enfants de moins de 5 ans, des femmes enceintes et de celles qui allaitent via une approche communautaire, le CMAM (Community-Based Management of Acute Malnutrition). Il s’agit, en effet, de mobiliser les Community Health Workers (CHW), c’est-à-dire des villageois recrutés et formés par A.M.I. pour prendre le rôle d’éducateurs sanitaires au sein de la communauté. Dans le cadre du programme contre la malnutrition, ils sont chargés de détecter d’abord les cas de malnutrition au sein de populations ciblées, de fournir des séances d’éducation à la santé et à la nutrition et de référer, si besoin, les cas les plus graves de malnutrition au centre de santé le plus proche. L’objectif principal du programme est de détecter les symptômes de la maladie pour pouvoir la soigner, mais surtout de la prévenir.
AMI, en coordination avec le MoPH, est chargé d’assurer l’ensemble des aspects des programmes BPHS et EPHS : recrutement, supervision, formation et évaluation des personnels de santé afin de garantir la qualité des soins prodigués à l’ensemble de la population de Kunar, soit plus de 400 000 habitants.
Le deuxième projet d’A.M.I. est la création et diffusion du Health Messenger/Salamati, une revue médicale destinée principalement aux CHW de tout le territoire afghan dans l’objectif de leur offrir une formation adaptée et continue. Le Salamati est aussi un support complémentaire au magazine Roghtia qui, diffusé par le Ministère pour le personnel sanitaire de tout le pays, est financièrement et techniquement supporté par A.M.I. La diffusion nationale du Salamati est assurée grâce aux agences de distribution et aux nombreuses ONG sur place. Actuellement, nous avons lancé une étude pour vérifier l’impact du Salamati sur la population de quatre provinces afghanes. À l’heure actuelle, environ 400 CHW ont étés interviewés pour la compilation d’un questionnaire et nous attendons les résultats prochainement.
Le troisième et dernier projet porte sur le soutien technique aux laboratoires de deux hôpitaux universitaires de Kaboul. Il a été conçu dans le but d’améliorer la qualité des analyses de laboratoire au moyen de la formation pratique continue des laborantins et des biologistes. Malheureusement, l’engagement des bailleurs du projet labo s’achève en février 2011, mais nous espérons trouver un financement pour les trois prochaines années afin de poursuivre les activités. Une évaluation externe a eu lieu fin 2010 dans le but de mesurer la qualité du projet selon les résultats obtenus grâce à la formation. »
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Yémen : entretien avec Alexandre Schwall, administrateur d’Aide Médicale Internationale
Après un Master en gestion des situations de crise, Alexandre Schwall rejoint l’équipe d’Aide Médicale Internationale au siège en 2009. En tant que stagiaire, il travaille au desk sur les missions en Afghanistan, au Soudan et en Haïti. Un an après, Alexandre accepte de partir en mission au Yémen pour six mois en tant qu’administrateur. A.M.I. s’est rendue au Yémen pour la première fois en 2006, suite à une mission exploratoire, où l’équipe avait identifié des difficultés socio-économiques et sanitaires fortes dans le gouvernorat d’Hodeidah. Alexandre a travaillé au sein de la base opérationnelle qu’A.M.I. a implanté en 2007 à Hodeidah avec le soutien financier du Ministère français des Affaires Etrangères et EuropeAid.
Aide Médicale Internationale a implanté sa mission au Yémen dans le but d’améliorer l’accès aux soins de santé primaires de la population. Aujourd’hui, quel genre d’activités conduisent les équipes sur le terrain ?
« Les activités d’A.M.I. se déroulent dans le gouvernorat d’Hodeidah sur deux zones d’interventions, l’une en milieu rural et l’autre en milieu urbain. La première zone est le district d’Al Hali, où les équipes travaillent principalement sur la santé reproductive afin de réduire le taux de mortalité maternelle et celui des enfants de moins de cinq ans. La deuxième zone est le district d’Al Marawa, où la lutte contre l’insécurité alimentaire représente le volet principal de la mission. Tous les programmes ont pour objectif de rendre les soins de santé primaires accessibles à tous les habitants de la zone. C’est pourquoi A.M.I. s’est engagée à délivrer des soins directs et à renforcer la coopération avec le Ministère de la santé yéménite. Il s’agit d’un travail de supervision et de formation du personnel de santé.
Séance de formation médicale des femmes
Dans les centres de santé, le staff est supervisé par les médecins et les sages-femmes yéménites qui font partie de l’équipe d’A.M.I. Ces derniers sont eux-mêmes supervisés par le référent médical expatrié. Dans la zone d’Al Marawa, A.M.I. a mis un place un système de cliniques mobiles qui sillonnent le district afin d’assurer des soins de santé primaires aux populations les plus isolées. »
File d’attente devant une clinique mobile d’A.M.I.
Pendant les six mois que vous avez passés à Hodeidah, êtes-vous allé voir les projets d’Al Hali et d’Al Marawa ?
« L’un des aspects positifs du travail sur une mission de petite taille est la proximité avec le terrain. J’avais un contact direct avec les équipes qui travaillent sur les deux zones d’intervention, une opportunité unique qui nous a permis d’améliorer la cohésion et la communication entre la base opérationnelle et les projets. Cette proximité était pour moi l’occasion de se connaître et de se faire confiance mutuellement. Ces bons rapports m’ont également aidé à mieux réaliser mon travail et à mieux comprendre le contexte yéménite. En tant qu’administrateur, mon rôle comprenait aussi la gestion administrative quotidienne des ressources humaines, nationales et expatriées, de toutes les zones d’intervention. De plus, je m’occupais de la gestion financière à travers le suivi budgétaire et la comptabilité. Pendant mon séjour au Yémen, je me suis fait une idée plus précise de la situation du pays. En effet, la forte croissance démographique n’est pas soutenue par une croissance économique égale, ce qui entraîne une dangereuse augmentation du chômage. La situation est aggravée par un contexte sécuritaire et économique instable qui offre un terrain fertile pour l’augmentation d’activités liées au terrorisme. En effet, les tensions politiques qui ont succédé aux activités sécessionnistes au Sud du pays en 2009, sont exacerbées aujourd’hui par l’opposition entre les groupes Houthi et les forces gouvernementales au Nord. Cela provoque d’importants mouvements de populations vers les camps de réfugiés qui se retrouvent ainsi surpeuplés. »
Quelques semaines avant la fin de sa mission au Yémen, Alexandre Schwall a commencé à former l’assistant logistique à son poste d’administrateur afin de garantir la continuité de la mission après son départ.
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République centrafricaine : entretien avec Audrey Mahieu, responsable de projet à Mbrés
La mission d’Aide Médicale Internationale en République centrafricaine a inauguré ses activités en 2007, dans la préfecture de la Bamingui-Bangoran. Le village de N’déle devient alors la base opérationnelle de la mission, tandis que la base de coordination est installée à Bangui, la capitale du pays. Quelques mois plus tard, les équipes ouvrent une deuxième base opérationnelle dans le village de Mbrés, situé plus au sud, dans la préfecture de la Nana-Gribizi.
C’est ici qu’Audrey Mahieu travaille actuellement en tant que responsable du projet. Suite à une formation universitaire en relations internationales, Audrey, d’origine belge, effectue différentes expériences professionnelles dans le domaine de la santé publique et du journalisme sur les thèmes de l’actualité internationale. Cependant, elle réalise rapidement que rendre compte des actions d’autrui ne fait pas partie de ses réelles aspirations. Elle choisit alors de s’engager « à la première personne » dans l’humanitaire. Une décision qu’elle a non seulement pas regrettée, mais qui a nourri davantage son enthousiasme pour ce métier difficile.
Fin janvier 2011, le programme de Mbrés sera clos définitivement. Quelle est la stratégie employée par A.M.I. pour garantir la continuité de la mission ?
« En octobre 2010, grâce au financement de la Commission européenne, A.M.I. a pu démarrer un projet de quatre mois pour finaliser la transmission des activités aux acteurs locaux. La stratégie employée repose notamment sur une augmentation progressive de la tarification des soins et la fin de la gratuité des médicaments à partir du 18 octobre 2010. Il s’agit d’une méthode de recouvrement des coûts qui pousse les structures sanitaires vers une totale autonomie de gestion. L’objectif est de garantir à la population une meilleure qualité des soins et l’approvisionnement en médicaments. Cette décision a été prise avec le consensus de toute la communauté suite à des séances de sensibilisation et d’information sur le sujet. Nous sommes partis d’un petit prix pour l’augmenter progressivement.
Au sein de chaque centre de santé, les comités de gestion (COGES) composés de 8 volontaires veillent à cet aspect financier pour garantir une bonne utilisation de l’argent et lutter contre la corruption. Elus par la population, les membres du COGES sont une interface entre les structures sanitaires et la communauté. Formés par A.M.I., ils s’assurent du bon fonctionnement des structures de santé et peuvent prendre des mesures correctrices s’il y a des manquements. »
En tant que responsable de la gestion du projet à Mbrés, vous êtes chargée de la programmation et du suivi des activités. Quel genre d’actions réalisent les équipes sur place ?
« Le programme de Mbrés comprend deux volets d’activités : le volet médical et celui du développement communautaire. Nous proposons, notamment, un soutien à des centres et postes de santé pour garantir l’accès de la population aux soins de santé primaires. Par exemple, nous avons mis en place un bloc chirurgical dédié aux petites urgences, tandis que les cas plus complexes sont traités à l’hôpital de référence. Nous offrons également des services de soins pour les mères et les enfants afin de prévenir la transmission du Sida et soutenir les centres de vaccination. Quant au deuxième volet du programme, son objectif principal est le renforcement des compétences des acteurs locaux. La formation des partenaires sanitaires d’A.M.I. est essentielle car ils prendront le relais des activités après la fermeture du programme. Pendant les six derniers mois, j’ai pu constater un investissement grandissant de toute la communauté dans la gestion des soins de santé primaires. C’est surtout ce dernier aspect qui me rend optimiste sur la réussite du projet et le développement futur de la zone. Je pense que Mbrés est un programme qui fonctionne vraiment, où la participation de la population est très élevée. Nos activités ont obtenu un grand succès au sein de la communauté. »
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Myanmar : entretien avec Charlotte Berthier, responsable de projet dans la région autonome des WA
Après une formation en Sciences Politiques et gestion de projets de développement, Charlotte Berthier entame sa vie professionnelle dans le domaine de l’humanitaire en tant que salariée au sein d’une ONG française qui soutient des partenaires locaux principalement en Amérique centrale et en Afrique, où Charlotte effectue des missions de courte durée. Ensuite, en novembre 2009, elle décide de se spécialiser dans le secteur de la santé et de partir avec Aide Médicale Internationale pour une mission de longue durée (13 mois) au Myanmar.
Sur quel projet s’est déroulée ta mission au Myanmar ?
« Je suis partie en mission en tant que responsable du projet de soutien sanitaire au sein de la Région autonome Wa, dans l’État Shan. Il s’agit d’un territoire très enclavé qui est contrôlé et gouverné par une armée indépendantiste. La population Wa est particulièrement vulnérable surtout en termes d’accès aux soins de santé. Durant ces deux dernières années, l’armée indépendantiste Wa a refusé d’être intégrée à l’armée birmane. En préparation des élections du 7 novembre 2010, le gouvernement birman a donc adopté une stratégie d’isolement qui a consisté en une fermeture des écoles, des hôpitaux et des centres de santé, ainsi que d’importantes restrictions d’accès à la zone. Dans le même temps, les contrats-cadre avec les organismes humanitaires présents dans la zone n’ont pas été renouvelés. »
Quelles étaient tes fonctions au sein de la mission ?
« En tant que responsable de projet (RDP), ma principale fonction était la gestion du projet dans la Région Wa. Je m’occupais, entre autres, de la mise en place des activités, de la coordination de l’équipe et de la gestion financière. Etant donné la complexité du contexte, je veillais à la sécurité du personnel et des équipements avec le coordinateur logistique. »
Quelles sont les activités développées par A.M.I. ?
« Trois cliniques mobiles ont été mises en place afin de se substituer aux structures sanitaires fermées. Cinq centres de santé A.M.I. sont restés ouverts. Ici les équipes travaillent afin d’assurer l’accès aux soins de santé primaires, en veillant tout particulièrement à la santé materno-infantile, et aux soins de santé secondaires ou spécifiques en assurant les référencements vers l’hôpital de Kengtung qui se trouve à l’extérieur de la Région Wa. Dans les villages, A.M.I. a créé un réseau d’une centaine de volontaires de santé et de seize comités de santé villageois. Cela permet d’assurer la présence de soins de santé primaires et materno-infantiles dans la zone, ainsi que d’organiser des sessions d’éducation à la santé afin de sensibiliser la population aux bonnes pratiques sanitaires. De plus, la formation et supervision des volontaires de santé par le personnel national permet de renforcer les capacités du réseau de santé communautaire.
Aujourd’hui, la présence d’A.M.I. dans la Région Wa est aléatoire. Une des priorités pour l’année 2011 est donc de renforcer l’organisation communautaire et de concevoir une stratégie de communication efficace afin de faire connaître les actions d’A.M.I. sur place. Il est aussi essentiel de renforcer et d’adapter le système de collecte des données et d’informations afin d’améliorer l’évaluation et le monitoring des activités. À partir de janvier, le poste de Responsable de Projet sera nationalisé.
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Quatre Héros pour la Course des Héros et plus de 1000€ collectés ! Rejoignez-les !
La Course des Héros, c’est un défi sportif, qui consiste à courir ou marcher 6km, mais c’est avant tout un défi solidaire.
Pour sa deuxième édition La Course aura lieu le 26 juin 2011, sur l’Île de Monsieur (Métro Pont de Sèvres, ligne 9)
Pour participer, c’est très simple :
1/Inscrivez-vous sur le site officiel de La Course des Héros www.coursedesheros.fr
2/ Choisissez Aide Médicale Internationale dans la liste des associations à soutenir.
3/Mobilisez 300€ minimum de dons auprès de vos amis via le web et les réseaux sociaux.
300€ est le minimum à collecter pour pouvoir courir, mais vous pouvez fixer l’objectif de collecte que vous souhaitez.
Il est possible de s’inscrire en individuel ou de créer une équipe (avec vos amis ou votre entourage par exemple)
Dès sa première édition le 6 juin 2010, la Course des Héros a mobilisé 7200 donateurs pour collecter un total de 300 000€.
Réveillez l’instinct sportif en vous, surprenez votre entourage et devenez un Héros ! Vous contribuez à soutenir A.M.I. de manière moderne, sportive et originale !
Tous les fonds collectés serviront à soutenir les missions d’Aide Médicale Internationale
Pour s’inscrire et pour plus d’informations :
www.coursedesheros.fr
http://www.facebook.com/coursedesheros
Entretien avec Evelyne Benats, référente médicale au Yémen
Aide Médicale Internationale a débuté ses premières activités au Yémen en 2007 dans le gouvernorat d’Hodeidah. C’est ici qu’Évelyne Benats effectue actuellement sa mission pour l’A.M.I. en tant que référente médicale. Infirmière spécialisée en santé publique et communautaire et en maladies tropicales, Évelyne a démarré sa mission au Yémen en juin 2010 pour une durée de 12 mois.
« Aide Médicale Internationale développe un programme de renforcement de l’accès aux soins de santé primaires dans les districts d’Al Hali et d’Al Marawa, au sein du gouvernorat d’Hodeidah. Les activités portent principalement sur l’appui aux structures de santé gouvernementales et sur la lutte contre la malnutrition. Deux fois par semaine, je travaille à Al Marawa dans deux centres de santé préexistants où A.M.I. a mis en place un programme de nutrition afin de lutter contre les carences alimentaires. Il s’agit de dispenser des soins à tous les enfants mal nourris qui se trouvent dans une tranche d’âge entre 6 mois et 5 ans. Les infirmières commencent souvent par leur administrer un complément alimentaire prêt à la consommation à base d’arachide, le « Plumpy Nut », conçu pour le traitement de la malnutrition aiguë sévère chez les enfants de plus de 6 mois. Cette pâte peut également être utilisée pour traiter la malnutrition modérée, pour les enfants, les femmes enceintes. Je supervise personnellement le travail des infirmières afin d’améliorer la qualité des soins dispensés aux enfants.
Ensuite, avec le soutien du référent communautaire, j’organise la formation des volontaires yéménites aux activités de promotion de la santé communautaire ou CBHC (Community Based Health Care). Cette équipe de volontaires a été constituée dans le but de compléter le programme « nutrition » : ces volontaires organisent le screening des enfants dans les villages et mettent en place des activités d’éducation à la santé. Les volontaires réalisent également un travail de screening des enfants mal nourris par le biais d’une enquête porte à porte. Ils vont notamment de maison en maison à la rencontre des familles afin de détecter les cas de malnutrition et les référer au personnel spécialisé d’A.M.I. Nous offrons aussi un soutien financier et une supervision technique au Ministère yéménite de la santé qui est chargé de la formation du personnel sanitaire du pays. Il s’agit d’un volet essentiel pour A.M.I. car il participe au renforcement des capacités des acteurs locaux et, dans le long terme, à l’autonomisation du pays dans la gestion de son système sanitaire. Un dernier élément de mon rôle de référente médicale est la gestion de la pharmacie. Je m’occupe d’assurer l’approvisionnement des treize centres de santé dans lesquels nous travaillons et des deux cliniques mobiles qu’A.M.I. a mis en place dans le district d’Al Marawa, en collaboration avec un pharmacien local.
Finalement, cette mission au Yémen est une expérience extrêmement enrichissante et intéressante pour moi, aussi bien sur le plan personnel que professionnel. Pendant les six premiers mois sur le terrain, j’ai pu apprendre la gestion de la pharmacie et approfondir mes connaissances dans le domaine de la malnutrition. Globalement, je suis très satisfaite des activités réalisées par A.M.I. et j’espère que le Ministère de la santé yéménite prendra le relais ensuite afin d’assurer la continuité des projets commencés ensemble. Suite à des échanges avec les managers des centres de santé, j’ai pu constater que la perception de notre travail par le personnel national est très positive. Discuter directement avec la population permet à A.M.I.de toujours améliorer ses activités et de les rendre plus efficaces. »
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Téléchargez la Chronique n°98 d’A.M.I.
Avec plus de 18 millions de personnes touchées, les inondations au Pakistan constituent une des catastrophes majeures de l’année passée. Vous trouverez plus d’informations sur la mission menée par nos équipes expatriées et staffs locaux en réponse aux immenses besoins de la population.
Par ailleurs, à l’occasion de la journée mondiale de lutte contre le Sida, la Chronique examine la problématique de l’accès aux soins et du manque de financement des bailleurs et des États.
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Haïti, un an après - Téléchargez notre dossier !
Suite au séisme du 12 janvier 2010, la situation sanitaire d’Haïti s’est terriblement détériorée, entraînant la réorganisation de la structure de la mission d’Aide Médicale Internationale. Aujourd’hui, Aide Médicale Internationale poursuit son programme d’accompagnement médico-éducatif en faveur des enfants et des jeunes en situation de rue. De plus, un nouveau projet destiné à améliorer la santé materno-infantile a été mis en place, avec l’ouverture d’une clinique de soins obstétricaux gratuits. Suite à l’épidémie de choléra survenue en octobre 2010, A.M.I. a dû réadapter une nouvelle fois ses activités pour répondre aux besoins des Haïtiens. Ainsi, un an après le séisme, l’urgence demeure. Plus d’un million de personnes sont encore sans-abris et vivent dans des conditions sanitaires déplorables. La reconstruction du pays est loin d’être achevée et promet d’être difficile.
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Aide Médicale Internationale fait part de sa grande tristesse suite aux décès des deux otages au Niger
Pantin, le 09 janvier 2011
C’est avec une immense tristesse que nous avons appris le décès d’Antoine de Léocour, responsable de programmes en République Centrafricaine depuis 6 mois pour notre association. Antoine était en congés et s’était rendu au Niger pour son mariage qui devait avoir lieu dans une semaine.
Nos pensées vont tout particulièrement à sa famille et à ses proches en France et au Niger. Elles vont également à la famille et aux proches de son ami, Vincent Delory. Nous nous souviendrons de l’engagement fort d’Antoine dans les programmes de solidarité menés au sein de notre association et dans d’autres structures humanitaires.
Bien qu’Aide Médicale Internationale ne mène pas actuellement de programmes au Niger, nous sommes solidaires des personnels humanitaires qui travaillent dans ce pays, où les besoins des populations en accès aux services essentiels sont d’une acuité particulière.
Philippe Augoyard, Président d’Aide Médicale Internationale
Soutenez A.M.I. en participant à La Course des Héros 2011 !
La Course des Héros, c’est un défi sportif, qui consiste à courir ou marcher 6km, mais c’est avant tout un défi solidaire.
Pour sa deuxième édition La Course aura lieu le 26 juin 2011, sur l’Île de Monsieur (Métro Pont de Sèvres, ligne 9)
Pour participer, c’est très simple :
1/Inscrivez-vous sur le site officiel de La Course des Héros www.coursedesheros.fr
2/ Choisissez Aide Médicale Internationale dans la liste des associations à soutenir.
3/Mobilisez 300€ minimum de dons auprès de vos amis via le web et les réseaux sociaux.
300€ est le minimum à collecter pour pouvoir courir, mais vous pouvez fixer l’objectif de collecte que vous souhaitez.
Il est possible de s’inscrire en individuel ou de créer une équipe (avec vos amis ou votre entourage par exemple)
Dès sa première édition le 6 juin 2010, la Course des Héros a mobilisé 7200 donateurs pour collecter un total de 300 000€.
Réveillez l’instinct sportif en vous, surprenez votre entourage et devenez un Héros ! Vous contribuez à soutenir A.M.I. de manière moderne, sportive et originale !
Tous les fonds collectés serviront à soutenir les missions d’Aide Médicale Internationale
Pour s’inscrire et pour plus d’informations :
www.coursedesheros.fr
http://www.facebook.com/coursedesheros
Lancement des activités du Comité scientifique
Le 10 Décembre, une équipe restreinte de coordination du Comité scientifique AMI (C.S.) a marqué, avec sa première réunion, le lancement des activités du C.S.
Cette équipe restreinte composée de 6 personnes se réunira une fois toutes les 6 semaines pour échanger sur les thématiques qui touchent au cœur de métier de l’AMI.
Cette équipe sera chargée de coordonner et de solliciter les autres membres du C.S., constitués de professionnels expérimentés engagés sur différents champs d’étude : pédiatrie, épidémiologie, santé publique, nutrition, VIH/Sida, tuberculose, santé mentale (liste non exhaustive).
A ce jour, 19 personnes ont soumis leurs candidatures pour faire partie du comité scientifique.
Actuellement, AMI recherche encore des personnes expérimentées sur les thématiques suivantes : la nutrition, la pharmacie, la gynécologie, la tuberculose et l’économie de la santé.
Objectif principal du Comité scientifique
Amélioration de la qualité des interventions d’AMI
Objectifs spécifiques
>Apporter un appui d’expertise au niveau du siège et ponctuellement sur les missions afin d’améliorer les pratiques de l’AMI sur les terrains d’intervention
>Proposer la stratégie médicale et les orientations thématiques des missions
>Renforcer les capacités d’AMI sur de nombreux volets comme la capitalisation et l’innovation
Résultat attendus du C.S.
>Appui à la mise en place des évaluations des programmes AMI
>Appui d’expertise sur des questions techniques (siège, terrain)
>Appui à la formation (tous les niveaux, personnel de santé, personnel local, expatriés, siège,…)
>Participation à la révision de la politique de santé AMI
>Propositions de chantiers stratégiques (traitement VIH, pérennité, désengagement, recouvrement des coûts, etc.)
>Participation à des forums d’experts en représentation d’AMI
>Appui à la mise en place d’une démarche continue de capitalisation de nos actions
>Amener AMI à se positionner sur des thématiques de santé sur la scène internationale, notamment sur la santé publique (participation à des colloques internationaux)
>Développer une stratégie de recherche scientifique/opérationnelle
L’équipe de coordination se réunira le 20 janvier 2011 pour organiser et décider la date du lancement de la plénière du comité scientifique.
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Toute l’équipe d’Aide Médicale Internationale vous souhaite une très belle année 2011 !
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Myanmar : entretien avec Denis Broise, coordinateur administratif et financier
Aide Médicale Internationale est arrivée pour la première fois au Myanmar, ex-Birmanie, en 1983 lorsqu’une équipe de deux médecins et d’une infirmière se sont rendus auprès des populations Karen pour créer un dispensaire et former des infirmiers. Aujourd’hui, les programmes d’A.M.I. sont déployés sur deux zones d’intervention, les banlieues de la Division de Yangon et la région WA dans l’État Shan. Les activités portent, entre autres, sur le rétablissement de l’accès aux soins de santé des populations, l’éducation à la santé mais aussi sur la prévention et le traitement des infections sexuellement transmissibles (IST), en particulier le VIH/Sida.
Denis Broise, ayant été formé en expertise comptable et commissariat aux comptes, vient d’achever sa mission au Myanmar en tant que coordinateur administratif et financier (CAF). Denis a découvert le travail des ONG lors d’une expérience professionnelle au sein d’un cabinet d’audit légal. Intéressé par le milieu humanitaire, il a décidé de postuler en tant que CAF pour une mission à l’étranger. Il est recruté par A.M.I. en 2010 et sa mission au Myanmar démarre en mars pour une période de neuf mois. Aujourd’hui, sa mission terminée, il nous présente les caractéristiques de son travail et nous donne ses impressions sur cette expérience.
« Pendant ces neuf mois, j’étais basé au bureau de coordination A.M.I. de Yangon et, à quelques reprises, j’ai eu la chance d’aller sur les bases opérationnelles pour pouvoir observer directement les activités des équipes. Mon rôle de CAF comprenait un important volet de gestion des ressources humaines. Avec mon équipe, je m’occupais à la fois du suivi administratif du personnel expatrié et national de la mission Myanmar, en portant une attention particulière à la politique salariale. En même temps, je devais monter les dossiers de demandes de déplacements auprès du gouvernement. Ces documents (TA - Travel Authorization), sont obligatoires et permettent de se déplacer dans des zones délicates comme la région Wa dans l’État Shan. Malheureusement, le ministère de tutelle du Myanmar ne nous en a jamais délivrés sur la durée de ma mission, obligeant notamment la responsable de projet Wa à travailler à distance depuis Yangon en ne communiquant avec son équipe que via internet et téléphone. En plus, j’étais chargé de faire les demandes de visas d’entrée au Myanmar pour les expatriés afin qu’ils puissent venir travailler dans le pays pendant la durée de leur contrat. Obtenir ce document n’était pas toujours simple et les temps d’attente étaient parfois très longs (environ 3 à 4 mois).
Un deuxième volet de mon travail était centré sur la gestion du protocole d’accord, ou « Memorandum of Understanding ». Il s’agit d’un accord entre A.M.I. et les ministères de tutelle qui autorise AMI à mener ses activités. Il sert à fixer un cadre d’intervention qui trace les grandes lignes des devoirs et engagements de chacun en vue de pouvoir mettre en œuvre nos activités. Le dernier volet de mon travail concernait tous les aspects financiers de la mission. La création de nouveaux budgets (en collaboration avec le chef de mission et les responsables de projet), le suivi des dépenses des différents budgets, ainsi que la rédaction des rapports aux bailleurs de fonds et la gestion du cash. Ce dernier point était assez lourd car, au Myanmar, les cartes bancaires, les chèques et les virements sont très peu utilisés et les administrateurs doivent jongler avec plusieurs monnaies : Kyat Birman, FEC (monnaie créée pour les étrangers), Dollar Américain, Yuan Chinois (monnaie utilisée chez les Wa) et aussi Baht Thaïlandais et, bien sûr, l’Euro.
Au-delà de mes engagements contractuels, cette mission au Myanmar a été pour moi une expérience merveilleuse et très enrichissante d’un point de vue aussi bien professionnel que culturel et humain. Ma plus grande surprise a été la grande facilité que j’ai eu à m’intégrer et à travailler avec le personnel national. Cette harmonie a favorisé la communication et l’échange conférant une meilleure fluidité dans la circulation de l’information. Je pense que, dans le milieu humanitaire où les conditions de travail sont parfois contraignantes, le fait de pouvoir entretenir de bonnes relations humaines est un aspect essentiel. Cela nous permet de mieux gérer le stress et les tensions.
De cette expérience je retiens aussi la bonne ambiance au sein de l’équipe et le travail reconnu des équipes médicales sur nos deux zones d’intervention. »
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Haïti : réponse du programme « Santé Martissant » à l’urgence due au séisme
Nutritionniste et diététicien de formation et congolais d’origine, Mwenelwata Wilondja Christophe a une maîtrise en santé publique et une spécialisation comme coordinateur de projets, ainsi que plusieurs années d’expérience dans le domaine de l’humanitaire à son actif. Ses expériences l’amènent à devenir coordinateur des œuvres médicales et, ainsi, gestionnaire de structures sanitaires. C’est à cette occasion que Christophe fait sa première rencontre avec les équipes d’A.M.I. Après six mois sur le terrain, il achève aujourd’hui sa mission en Haïti pour Aide Médicale Internationale en tant que responsable du programme « Santé Martissant ».
En quoi consiste plus précisément le programme « Santé Martissant » ?
« Il s’agit d’un dispositif intégré composé de cliniques fixes et de quatre équipes mobiles qui sillonnent le quartier de Martissant et ses environs afin de faciliter l’accès à des soins de santé primaire aux populations affectées par le séisme. Au-delà de la première phase d’urgence, l’objectif est l’implantation pérenne de structures de santé de qualité. Ce programme intègre également un dispositif de soins obstétricaux gratuits (SOG), initié à la fin de l’année 2009. La mise en place d’une clinique SOG, initialement prévue au début de l’année 2010, s’est brusquement interrompue le 12 janvier 2010. Le séisme a conduit les équipes d’A.M.I. à concentrer leurs actions et tous leurs moyens au rétablissement de l’accès aux soins de santé primaire des populations affectées. La clinique obstétrique n’est donc opérationnelle que depuis le 2 août 2010. Le personnel local, formé et encadré par A.M.I., est à l’oeuvre, en lien avec les réseaux communautaires pour permettre aux femmes du quartier d’accoucher dans des conditions sanitaires acceptables. Tous les jours nous enregistrons six à huit accouchements. Avec une douzaine de lits, la clinique a une capacité insuffisante à contenir une demande de plus en plus élevée. Pour cette raison nous avons réduit les activités de sensibilisation mises en place pour faire connaître le programme SOG aux futures mères. Par ailleurs, un réseau de treize matrones (accoucheuses traditionnelles) a signé un partenariat avec A.M.I. pour qu’elles référencent à la clinique les grossesses à terme. Cette stratégie vise à réduire les accouchements à domicile étant donné que nous n’avons pas de garantie sur les conditions dans lesquelles ils se font. Nous avons également prévu des séances de sensibilisation pour que les matrones puissent suivre les femmes à domicile dans la phase qui précède l’accouchement. »
Au sein de ce programme, quel est votre rôle et quelles sont vos responsabilités ?
« En tant que responsable du programme « Santé Martissant » je suis garant de la bonne mise en œuvre du projet sur l’ensemble de son cycle. Je surveille, notamment, la planification, l’exécution et le suivi de toutes les activités. Deuxièmement, je m’occupe de la coordination avec l’équipe A.M.I., les partenaires et les bailleurs de fonds et de la gestion des ressources humaines locales. L’objectif de mon poste est donc d’harmoniser le travail de l’ensemble du personnel impliqué dans le programme. Vers la fin de ma mission, une forte épidémie de choléra a touché les départements de l’Artibonite et du Plateau Central. La planification des activités du programme « Santé Martissant » a été encore une fois bouleversée par les événements. Nous avons organisé des activités de sensibilisation de la population pour éviter la propagation de la maladie. Nous sommes en train de mettre en place une Unité de Traitement du Choléra avec le Ministère de la Santé Publique et de la Population. Pour que l’Unité soit opérationnelle et efficace, la priorité actuelle est la formation de personnel médical. En tant que congolais je connais très bien le choléra, maladie qui avait complètement disparue d’Haïti. Mais le personnel haïtien est paniqué et ne sait pas comment faire face au problème. C’est pour cette raison qu’AMI, comme d’autres organisations humanitaires, met l’accent sur la formation du staff national et sur la sensibilisation communautaire.
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Haïti : la prise en charge médico-sociale des enfants et jeunes des rues après le séisme
Après une formation de deux ans en géologie et sociologie, Baptiste Hanquart prend son sac à dos et choisit de partir. En tant que bénévole, il travaille deux ans aux Philippines pour les enfants des prisons. Rentré en France, il suit une formation en gestion de projet à l’institut Bioforce et il participe ensuite à des programmes très vastes, focalisés sur les réfugiés politiques au Tchad et en Géorgie avec l’ONG Première Urgence. Recruté initialement par A.M.I. comme responsable pour le programme « Enfants et jeunes des rues » (EJDR) en Haïti, Baptiste a été promu chef de mission depuis octobre 2010. Après six mois sur le terrain, aujourd’hui il rend visite au siège pour différents débriefings.
Depuis janvier 2004, les équipes d’A.M.I. en Haïti travaillent au soutien médico-social des EJDR dans la zone urbaine de Port-au-Prince. Des unités médico-sociales mobiles, composées d’un médecin, un infirmier et deux éducateurs, vont à la rencontre des EJDR directement dans les rues en proposant une prise en charge médicale des soins de santé primaires, un suivi médical adapté aux différents besoins, une éducation à la santé et le référencement des cas critiques à d’autres structures plus spécialisées. Le projet appuie six structures partenaires d’accueil ouvert, de formation professionnelle et de soutien psychologique et se coordonne avec elles. Cette démarche est préalable à leur intégration dans un dispositif psychosocial et éducatif qui consiste à évaluer la motivation des enfants et préparer leur insertion dans des structures d’accompagnement social ou professionnel. Ensuite, le personnel d’A.M.I. organise régulièrement des ateliers de sensibilisation sur les comportements sexuels, la consommation de drogues et le dépistage afin de lutter contre la propagation du VIH/SIDA.
« Généralement, les EJDR sont divisés en groupes disloqués sur environ seize ‘bases’, explique Baptiste. Ils fonctionnent tous autour d’un chef, comme une micro organisation sociale assez structurée. L’objectif principal du programme est de faciliter l’accès à des soins de santé primaire pour cette population très vulnérable, et plus généralement, contribuer à leur bien-être psychophysique. Dans ce contexte, les éducateurs ont un rôle très important. Ils discutent avec les EJDR pour les encourager à rejoindre les centres d’accueil où ils peuvent manger, se laver, suivre des activités et faire des jeux, mais aussi recevoir un soutien éducatif qui les aide à se stabiliser. Au bout d’un an, certains d’entre eux réussissent à sortir de la rue. ».
Qui sont précisément les enfants et jeunes des rues ?
« Les enfants et jeunes des rues ont de 0 à 21 ans et ils vivent 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 dans la rue. Ils sont soit acteurs soit victimes de leur condition. Ils peuvent être accompagnés par les familles, elles aussi en situation de rue, ou non accompagnés pour différentes raisons : ayant été mis dehors ou ayant fui à cause d’actes de violence subis. Des fois il s’agit d’un départ volontaire par influence de la rue. En effet, la plupart des jeunes haïtiens travaillent dans la rue la journée et rentrent chez la famille la nuit ou le week-end. C’est à ce moment là que, au contact des jeunes et enfants des rues, certains rentrent dans un processus d’exclusion plus ou moins rapide. Cela explique l’importance d’un volet prévention auprès de ces enfants et jeunes pour éviter qu’ils soient attirés par la rue. Cependant, aujourd’hui un appui aux familles vulnérables reste le seul instrument efficace de prévention à leur départ. Vers la fin du mois de décembre, nous comptons publier un rapport sur la situation des EJDR selon les données collectées en 2010. »
Depuis le 20 octobre 2010, une forte épidémie de choléra s’est déclenchée dans certains départements d’Haïti en faisant plusieurs morts. Comment allez vous répondre à cette nouvelle problématique ?
« Pour le moment, le plus grand nombre de victimes a été enregistré dans le département de l’Artibonite et dans le Plateau central, principaux foyers de l’épidémie de choléra. La capitale n’a pas encore été touchée, mais nous sommes en train de nous préparer à l’arrivée de la maladie à travers la mise en place d’activités de prévention et de pré positionnement de matériel. Nous avons également mis à niveau nos centres d’accueil pour les patients suspects et nous avons entrepris la formation du personnel médical. Ce dernier point est essentiel, car le choléra n’existait pas en Haïti et le personnel soignant est peu familiarisé avec le travail des Centres de Traitement du Choléra (CTC). De plus, nous prévoyons un centre de traitement choléra en coordination avec la cellule de crise du département sanitaire de l’ouest, la Fédération Internationale de la Croix-Rouge, Médecins Sans Frontières, Médecins Du Monde. Un réseau de prise en charge a été planifié et sera peut être déployé en fonction des besoins sur toute l’agglomération de Port-au-Prince. »
Quelles sont les priorités actuelles pour le programme EJDR d’A.M.I. ?
« Aujourd’hui, la mission d’A.M.I. en Haïti a plus que triplé que ce soit en termes budgétaires ou en termes de ressources humaines, en raison notamment des interventions médicales d’A.M.I. dans le quartier de Martissant en réponse au tremblement de terre du 12 janvier 2010, mais aussi de l’implication de l’A.M.I. dans l’accès à des soins obstétriques gratuits pour les populations les plus vulnérables. Dans les mois prochains, A.M.I. pourra initier une vraie capitalisation des connaissances et des compétences sur les EJDR afin de consolider les pratiques et les activités. Nous sommes en train de réfléchir par ailleurs à une stratégie efficace de passation afin que les acteurs locaux prennent le relais de nos actions. En coopération avec d’autres organismes présents sur le terrain, on est en train de concevoir un plan de formation médicale pour transférer nos compétences et nos connaissances. En partenariat avec l’UNICEF, nous avons fait du plaidoyer pour que les associations locales prennent le relais et que les EJDR de Port-au-Prince soient inclus dans des programmes internationaux plus vastes. La formation du personnel médical est essentielle pour le transfert des compétences et des connaissances aux acteurs locaux. Forts de ces constats, nous avons donc créé, avec différentes organisations, un groupe de travail pour les enfants et jeunes des rues (GTEJDR) avec de nombreux objectifs : recueillir et analyser les informations pour une meilleure compréhension de la situation ; identifier, évaluer et coordonner les structures locales et internationales travaillant auprès des EJDR ; appuyer les structures locales identifiées ; informer/former les acteurs locaux et internationaux sur le travail auprès des EJDR ; plaidoyer et témoigner sur la situation et les besoins des EJDR. Le groupe a graduellement acquis un rôle d’expertise et de consultance et, aujourd’hui, il constitue un important point de repère pour les EJDR qui désirent sortir de la rue. Enfin, pour juin 2011, le GTEJDR a prévu la construction d’écoles pour les éducateurs. »
Par ailleurs, A.M.I. prévoit de renforcer son implication médicale dans l’accès à des soins de santé primaires, et notamment des soins obstétriques gratuits pour les EJDR, mais aussi pour toutes les personnes en situation de grande vulnérabilité.
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RDC : appui et mise en œuvre des programmes de santé à Kilembwe
Caroline de Cramer a fait sa première connaissance du milieu humanitaire à l’age de dix-sept ans au Mali. Pendant ce voyage, elle rend visite à certains dispensaires locaux où elle fait la connaissance des religieuses responsables des centres. Fascinée par leur travail, elle entame des études d’infirmière en Belgique en se spécialisant en psychiatrie et en médecine tropicale. Au cours de cette dernière formation elle fait la connaissance d’A.M.I. et s’engage à partir pour une mission d’un an et demi dans la base opérationnelle de Kilembwe en République démocratique du Congo. A.M.I. est présente dans la province du Sud-Kivu depuis juillet 2001. Son objectif principal est de restructurer et réorganiser un système de santé profondément affaibli par un conflit qui a tué 4 millions de personnes à la fin des années 90. Les équipes d’A.M.I. travaillent aussi bien auprès des populations qu’avec les professionnels de santé du Sud-Kivu pour que tous puissent participer directement à la définition et à la réalisation des dispositifs d’accès aux soins. Pour contribuer à l’autonomisation des structures et du personnel de santé, les équipes expatriées pratiquent peu la médecine de substitution mais s’attachent avant tout à la formation du personnel de santé local. Inscrite dans le long terme, cette démarche a pour objectif l’ancrage des actions dans la réalité sociale et sanitaire du Sud-Kivu à travers l’implication des bénéficiaires.
De passage à Paris pour un break après un an sur le terrain, Caroline rend visite aujourd’hui au siège d’A.M.I. pour différents débriefings. Elle nous parle ici de son travail.
En tant que référent médical, quel est votre rôle principal au sein du centre A.M.I. à la base de Kilembwe ?
« En étroite collaboration avec la responsable de projet et sous sa responsabilité directe, je m’occupe principalement de la mise en œuvre de la stratégie globale des actions dans la zone de santé de Kilembwe. En particulier, je rends visite régulièrement aux centres de santé et à l’hôpital de la zone. Cela me permet de superviser le planning des équipes, de gérer la pharmacie et de suivre de près les activités médicales. Auprès de chaque structure de santé, je rassemble les données liées aux activités et je les analyse selon une grille d’indicateurs. Suite à ça, je peux effectuer une évaluation précise de la situation pour pouvoir atteindre les résultats prévus. De cette manière, je peux mieux identifier les problèmes et apporter des solutions concrètes en collaboration avec le coordinateur médical et la responsable de programme de A.M.I. Ensuite, je suis chargée de l’encadrement et de la supervision du personnel médical, du suivi de leurs activités et du débriefing des visites sur le terrain. Il s’agit d’un rôle extrêmement délicat pour lequel il faut savoir respecter la hiérarchie et les différences culturelles de chacun.
En général, je m’occupe de la supervision du « paquet minimum d’activités », c’est-à-dire les soins curatifs et préventifs sur les dix-sept centres de santé appuyés, mais également des activités des hôpitaux qui se focalisent sur l’accès aux soins de santé secondaires : la prise en charge des victimes de violences sexuelles, la lutte contre le VIH/SIDA et le choléra, l’appui d’urgence aux grossesses à risque, etc. Après tout ce travail de supervision et d’analyse, le staff de Kilembwe et moi rédigeons des comptes-rendus afin que l’équipe de coordination A.M.I. basée à Bukavu puisse compléter la planification et la mise en œuvre de la stratégie générale. »
Aujourd’hui, l’un des objectifs principaux d’A.M.I. est de mettre en oeuvre ses projets et les transmettre aux acteurs locaux afin d’assurer une continuité aux programmes. Comment cette volonté ce traduit-elle au Sud-Kivu ?
« Effectivement, cet aspect fait partie d’une stratégie de formation et de compagnonnage qui constitue un volet essentiel du programme d’A.M.I. en RDC. Un objectif très important pour l’association est l’implantation progressive, dans le long terme, de ses actions dans le contexte d’intervention. Cela passe par le renforcement des capacités et compétences des acteurs locaux, du personnel médical et soignant et des autorités sanitaires. Récemment, un nouveau système d’évaluation des compétences a été conçu. Celui-ci, plus efficace, comporte notamment l’attribution de primes selon les résultats obtenus par chacun. De cette manière, le personnel est généralement plus motivé et encouragé à développer ses compétences pour enrichir la qualité de son travail. De plus, chaque centre de santé est assujetti au paiement de 20% des frais liés à l’achat de médicaments, une formule qui vise progressivement à les rendre financièrement autonomes. Ce système permet d’investir davantage sur l’évaluation à posteriori plutôt que sur la supervision directe du staff ».
Selon vous, quelles sont les activités à poursuivre pour que le programme, dans le long terme, ait un impact majeur sur le contexte ?
« Pour que les programmes aient un impact majeure sur la situation du Sud-Kivu, je pense que trois actions principales pourraient être développées. Premièrement, la formation du personnel local. La stratégie de formation que je considère la plus efficace est un binôme entre connaissances théoriques et capacités techniques. En effet, grâce à la supervision et à l’encadrement du staff local, j’ai pu observer une évolution très positive en matière d’hygiène et d’organisation. Un progrès qui est surtout évident au sein des hôpitaux et, dans une moindre mesure, dans les centres de santé. Ici, le travail à faire demande davantage de temps à cause de l’isolement de ces zones. En deuxième lieu, je considère essentielle la collaboration entre A.M.I. et les CODESA, les Comités de développement des aires de santé chargés, entre autre, de l’éducation à la santé. Les Comités représentent un lien important entre populations et structures de santé, et ils peuvent donc soutenir les actions d’A.M.I. en matière de formation. Dernièrement, j’aimerais souligner l’importance de partager et de faire circuler les informations entre tous les acteurs présents sur le terrain et la nécessité de discuter avec tous ceux qui, au sein des communautés locales, ont un rôle clé (représentants de stations et de réseaux de radios, leaders religieux, chefs de village, etc.) ».
Aujourd’hui Caroline profite de ses deux semaines de repos avant de retourner à Kilembwe pour six mois. Pour elle, les prochains six mois sur le terrain représenteront une opportunité précieuse pour consolider son travail et atteindre ses objectifs.
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RDC : la coordination d’un projet d’accès aux soins de santé à Kilembwe
Pourquoi avez-vous choisi de travailler en RDC avec les équipes d’A.M.I. ?
« Je désirais travailler dans un endroit qui se trouve au centre de l’Afrique et c’est pour ça que j’ai choisi la RDC. En 2004, je suis partie pour une mission de cinq ans avec le Secours Catholique sur des projets de développement et de protection des enfants. Cette expérience m’avait donné envie de travailler dans des situations de post-urgence pour essayer de comprendre les problèmes de développement de ce pays qui semblaient être liés aux interventions durant les urgences. Quand j’ai découvert A.M.I., j’ai trouvé très pertinent son travail de remise en place des systèmes de santé et sa stratégie d’étroite collaboration avec les acteurs locaux et la participation active de la communauté. Pour cette raison j’ai choisi de partir pour une mission d’un an et demi dans la base opérationnelle de Kilembwe, au Sud-Kivu. Ici A.M.I. intervient depuis 2003 pour renforcer les capacités des dix-sept centres de santé de la zone ainsi que de l’hôpital de référence. »
Au sein de cette mission, quelles sont vos principales fonctions ?
« Je suis chargée de la coordination de toute la zone de santé du Kimbi Lulengue. Je travaille à Kilembwe, la plus grande base d’A.M.I. dans toute la province du Sud-Kivu. En tant que responsable de projet, ma fonction principale est d’assurer le bon déroulement des actions en coordonnant les activités des dix-sept centres de santé et de l’hôpital général de référence. Je m’occupe, en particulier, de suivre et analyser les indicateurs, comme le taux de fréquentation des centres, le nombre de médicaments distribués, les données épidémiologiques, etc. Ce travail est essentiel afin de garantir le bon fonctionnement des activités et pour pouvoir atteindre les objectifs prévus par la stratégie globale. Par ailleurs, je travaille en équipe avec le coordinateur administratif au suivi budgétaire. Je transmets des commandes au coordinateur logistique qui assure l’envoi du matériel et des médicaments nécessaires à la base. Une partie de son rôle est d’assurer la sécurité pendant les déplacements qui, au Sud-Kivu, sont particulièrement compliqués. Surtout à Kilembwe, car la base est située dans une zone très reculée et d’accès difficile. Parfois, les véhicules que nous utilisons pour le transport sont attaqués par des groupes armés qui peuvent nous empêcher de poursuivre le chemin et mettent en danger la vie des équipes. Quelques temps après, j’ai compris que, au sein de la communauté, il manquait un système efficace pour l’échange des informations. Un instrument efficace pour discuter des problèmes et trouver des solutions ensemble. »
Et comment avez-vous répondu devant ce défi ?
« Mon équipe et moi avons créé une cellule de communication constituée de personnes élues par la population et réparties en groupes thématiques. La fonction principale de cette cellule est de trouver des solutions locales aux problèmes de toute la communauté. Chaque mois, elle se rassemble pour examiner la situation encours et pour définir les objectifs du mois suivant. Suite à cette réunion, les participants rédigent un compte-rendu et l’envoient à une importante mailing liste qui comprend toute la communauté humanitaire de la province du Sud-Kivu, les autorités locales et même OCHA, le Bureau de coordination des affaires humanitaires. Chacun trie les informations qui concernent son domaine d’intervention et analyse les problèmes pour trouver des solutions. Par exemple, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a envoyé 30 tonnes de semences, tandis que Oxfam Grand Bretagne construira des latrines et des douches pour le Kimbi Lulengue. J’ai voulu développer cette idée parce que je considère la communication un outil très efficace dans la réussite d’un projet qui dépend de l’engagement de multiples acteurs. »
Quelles autres activités avez-vous réalisées pendant ces 12 mois ?
« Cette année a été pour moi très intense. Nous avons envoyé un proposal au Pooled Fund - un mécanisme de financement commun créé à l’initiative de bailleurs de Fonds en République Démocratique du Congo depuis 2005 – pour construire une piste d’atterrissage à Kilembwe. J’espère dans une réponse positive pour démarrer ce projet dans les six prochains mois. En juin, nous avons lancé un programme avancé de prévention de la transmission mère enfant et des centres de dépistage volontaire (CDV). Il s’agit de dispositifs mobiles qui couvrent tous les centres de santé. En septembre, nous avons achevé la construction d’un CDV fixe à Misisi. Depuis janvier à septembre 2010 dans la zone du Kimbi Lulengue, nous avons constaté une augmentation des cas de transmission du VIH. La diffusion de la maladie est liée à plusieurs facteurs. D’un côté, la vaste circulation des militaires et la fermeture administrative des mines qui a provoqué une migration épouvantable vers les campagnes. De l’autre, on observe un faible taux d’utilisation d’une méthode contraceptive au sein de toute la communauté. Une stratégie efficace pour la maîtrise du phénomène pourrait être la vente des moyens contraceptifs à petit prix par des associations locales.
Ensuite, nous avons fait un audit en janvier et un état des lieux pour réorganiser la formation et élaborer une nouvelle stratégie. Aujourd’hui, nous pouvons constater une sérieuse amélioration surtout au niveau de l’hygiène et de l’organisation des centres de santé. La stratégie consiste à offrir une prime de 100 $ pour les centres de santé les plus accueillants. Cette prime sera donnée à Noël et sera est choisie en étroite collaboration avec les autorités sanitaires locales, notamment le bureau central de la zone de santé (BCZ) et le médecin central de zone (MCZ). Pour évaluer la qualité du travail, nous avons conçu une nouvelle grille différenciée par métier, une formule qui permet ainsi l’individualisation de la prime. »
Quels moyens avez-vous utilisé pour faciliter l’intégration au sein de l’équipe et au sein de la communauté ?
« Nous avons programmé une soirée cinéma tous les samedi soirs avec une toile blanche accrochée à deux arbres. Cela nous offre l’opportunité de partager des bons moments avec la population et avec les autres acteurs humanitaires de la zone. La semaine dernière, nous avons projeté le film documentaire de Yann Arthus-Bertrand ‘HOME’, ce qui a suscité un grand débat entre les équipes d’A.M.I., IRC (International Rescue Committee) et OXFAM. Quelque fois, nous projetons les spectacles du théâtre de rue sur la sensibilisation contre le SIDA. »
Dans quelques jours vous aller rentrer en RDC. Quelles seront vos priorités pendant les six prochains mois ?
« Tout d’abord, la réhabilitation de la zone de santé du Kimbi Lulengue. Par exemple, il faudra rééquiper l’hôpital avec des lits et des matelas. Suite à des réunions avec les superviseurs de la santé communautaire, nous faisons une évaluation de la situation globale pour décider le type de formation qui répond le plus aux besoins actuels. Ensuite, nous allons former les accoucheuses sur les principes de nutrition des enfants de 0 à 5 ans. Le choix est fait sur les accoucheuses car elles seront capables de donner des conseils aux mères qui participent aux consultations préscolaires (CPS). Notre objectif sera alors de redynamiser les CPS pour en augmenter le taux de fréquentation. Un autre important défi des prochains mois sera la lutte contre le SIDA où nous allons travailler surtout dans le cadre d’une sensibilisation massive. »
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Téléchargez la Chronique n°97 d’A.M.I.
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RDC : enjeux et défis de la logistique dans une mission sanitaire au Sud-Kivu
En République démocratique du Congo, A.M.I. travaille depuis neuf ans dans la province du Sud-Kivu. Ses équipes mettent en place un programme avec pour objectif la reconstruction d’un système de santé très affaibli. Aux objectifs à court terme, comme fournir un meilleur accès aux soins de santé primaires pour toute la population, s’ajoute un travail de renforcement des compétences des acteurs locaux. Une démarche conçue pour donner une majeure durabilité au projet. Au fil du temps, A.M.I. a installé trois bases opérationnelles supervisées depuis la base principale de Bukavu, capitale de la province. Aujourd’hui son intervention est répartie sur sept différentes zones de santé.
C’est de Bukavu que Paul Arnaudin a coordonné les opérations pendant un an en tant que coordinateur logistique et sécurité de la mission. Après une carrière militaire de trente-trois ans, Paul choisit de s’engager en 2008 dans le domaine humanitaire en participant, au sein d’une association, à un programme de parrainage d’enfants dans deux camps de réfugiés tibétains en Inde. C’est en octobre 2009 que Paul est recruté par A.M.I. pour une mission d’un an au Sud-Kivu. « Cette mission a représenté pour moi un nouveau défi, dans une zone de l’Afrique que je ne connaissais pas. Cela m’a amené à faire la connaissance rapide d’un milieu où les opérations logistiques sont très difficiles, où l’aspect sécuritaire est très « volatile » et constitue le problème principal à prendre en considération pour chaque déplacement ». Son rôle se révèle très vite complexe et lui impose imagination et adaptation permanente pour réussir chaque mission. Responsable de la gestion de la sécurité des équipes – 125 collaborateurs locaux et 10 expatriés – et de la supervision logistique sur l’ensemble de la mission, Paul doit assurer une organisation efficace pour garantir l’approvisionnement des biens et des ressources (particulièrement les médicaments) sur toutes les bases opérationnelles d’A.M.I.
En matière de sécurité des personnes et des matériels de l’association, le travail du coordinateur logistique est crucial dans le processus décisionnel. Il comporte un plan d’actions définies pour préserver l’intégrité et la pérennité de la mission vingt-quatre heures sur vingt-quatre et sept jours sur sept. Paul était donc chargé de s’assurer que toute l’équipe réalise son travail en sécurité et dans le respect des règles de sécurité de la mission. Parfois le coordinateur logistique est obligé de prendre des décisions qui ont un impact important sur le chronogramme de la mission et sur le travail de toute l’équipe. « Par exemple, il m’est arrivé de devoir décaler une livraison d’une semaine », explique Paul. Chaque décision est prise en concertation avec les responsables des projets (RdP) sur le terrain qui ont une connaissance plus précise de leurs zones.
Il est donc fondamental de développer un esprit d’écoute, de concertation et d’analyse qui permet de comprendre le contexte d’intervention dans les moindres détails. Cette compétence est utile pour collecter et trier les informations nécessaires pour concevoir une stratégie de prévention et de résolution des problématiques. « La diffusion de la bonne information devient stratégique dans une mission humanitaire, mais dans un pays comme la RDC la tâche est très complexe. Il faut savoir filtrer les rumeurs. Ce ‘tri sélectif’ est plus efficace quand on partage les informations avec tous les acteurs présents sur le terrain (personnels de santé, ONG locales et internationales, etc.) ». Par ailleurs, les acteurs locaux représentent une importante source d’information grâce à leur connaissance intime du contexte et de ses enjeux. Avant de prendre toute décision, Paul examine tous les facteurs clés qui pourraient entraver le succès d’une action. « Avant de donner un feu vert pour un déplacement je considère toujours l’état des routes et des moyens de transport, les compétences des transporteurs, les coûts des opérations, jusqu’aux conditions météorologiques. Il s’agit d’une chaîne d’éléments fortement interdépendants dans laquelle une seule erreur peut engendrer la rupture totale d’un équilibre fragile. Malgré toutes ces considérations, je n’oublie jamais l’importance d’assurer l’approvisionnement de médicaments », souligne-t-il.
Un autre aspect important pour le bon déroulement d’une mission c’est la relation qu’on établi avec les acteurs locaux. La négociation est souvent essentielle. Elle permet de communiquer les objectifs de l’ONG pour les partager avec la population et les autorités sanitaires. « En présence de chaque interlocuteur il est nécessaire de justifier constamment, sur la base de nos réalisations, la présence d’A.M.I. dans la région », précise-t-il.
Malgré les difficultés à travailler dans un pays comme la RDC, Paul est satisfait de la motivation et de l’engagement des équipes locales. Au cours d’une année il a pu observer des progrès réels surtout dans les structures de santé. Pourtant, aujourd’hui il faut poursuivre l’effort dans certaines zones plus isolées pour atteindre les objectifs spécifiques d’A.M.I. sur l’ensemble de la province du Sud-Kivu. Pour Paul, il serait également intéressant « de développer des partenariats avec des ONG intervenant dans des domaines complémentaires aux soins de santé primaires comme l’assainissement, le traitement de l’eau, etc. ». Au terme de cette première expérience humanitaire, Paul a le sentiment « d’avoir vécu une mission certes difficile mais très motivante car vitale à une population isolée et très démunie. Une belle expérience humaine, où il dit se sentir simplement utile et vivant ».
Après quelques semaines de repos qui suivront son retour de mission, Paul poursuivra son parcours dans le secteur humanitaire en intégrant un programme d’eau et assainissement pour deux mois dans un petit village dans l’état de Chattisgarh, en Inde centrale au camp de réfugiés Mainpat.
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Logisticien en Afghanistan : des objectifs clairs, une réalité complexe
Voilà sept mois qu’Anthony Dutemple est logisticien pour A.M.I. en Afghanistan. À 28 ans, il s’agit de la première mission humanitaire de ce logisticien, qui dispose d’une solide expérience professionnelle acquise en milieu industriel.
Après son baccalauréat, Anthony entreprend un BTS en commerce international qu’il prolonge par une licence dans le même domaine avant de compléter cette formation par un master en logistique internationale. Pendant ses études, il s’engage dans différents mouvements associatifs, démarche qu’il poursuit durant les premières années de sa vie professionnelle.
« Depuis mes années de lycée, j’avais le souhait de m’engager un jour dans une mission humanitaire, sans savoir quelle forme cet engagement pourrait prendre. J’ai eu le sentiment, lorsque j’étais étudiant en logistique, que les savoirs que l’on m’enseignait, en matière douanière, de fret, d’export, etc. pouvaient être utiles, exportables dans de nombreux secteurs d’activité, dont l’humanitaire. Cela étant, j’ai choisi de faire mes premières expériences dans des milieux plus ‘traditionnels’ pour les logisticiens que sont la grande-distribution et l’industrie métallurgique.
En cinq années de travail, qu’il vit comme une façon de compléter son apprentissage universitaire, Anthony acquiert de nouvelles compétences dans des milieux où l’exigence est élevée. « Il s’agit de milieux professionnels assez durs, où les services logistiques sont constamment sollicités pour résoudre rapidement et efficacement les problèmes qui surgissent et menacent de ralentir l’activité de toute l’entreprise. La contrepartie, dans ces milieux où la pression est constante, est que les relations professionnelles qui se tissent sont riches et durables. Ainsi, je suis resté en relation avec certain des contacts qui étaient les miens dans le milieu du fret ou de la douane… Ce réseau professionnel m’est aujourd’hui très utile… Il y a quelques semaines par exemple, j’avais besoin du code douanier de l’aéroport de Kaboul avant d’organiser un fret pour la mission : j’ai contacté une connaissance chez un grand transitaire qui m’a rapidement transmis cette info. Il m’arrive aussi de solliciter d’autres contact pour être à jour des récents accords douaniers, ou demander des références pour m’assurer du professionnalisme de certains prestataires (transporteurs, etc.). Ce qui est très appréciable est que ces petites aides ponctuelles sont faites gracieusement, sans contrepartie : toutes ces personnes, avec lesquelles j’ai travaillé plusieurs années, sont heureuses de savoir que leur aide est utile à une mission humanitaire… »
Anthony résume parfois son activité en quelques mots simples : « la logistique, c’est mettre un matériel à la disposition de la bonne personne, au bon endroit, au bon moment… et au moindre coût. » Cet axiome simple à énoncer n’est pas toujours facile à mettre concrètement en œuvre. En effet, de nombreuses barrières administratives, culturelles ou matérielles peuvent ralentir ou entraver la logistique, avec des conséquences plus ou moins graves. « Aujourd’hui, à l’aune des situations que je rencontre, je relativise les problèmes qui étaient les miens dans mes expériences professionnelles précédentes. Bien évidemment, je ne minimise pas la pression et le stress qui ont cours dans les milieux professionnels dans lesquels j’ai évolué… mais disons qu’aujourd’hui, les problèmes auxquels l’équipe logistique est confrontée sont véritablement vitaux pour des populations : lorsque des médicaments doivent être acheminés, il importe de respecter les délais, malgré les imprévus qui ne manquent jamais de survenir. » Chaque étape de la chaîne logistique dépend la bonne réalisation de la précédente. « Par exemple, précise Anthony, de la délivrance d’un certificat ou d’une attestation administrative dépend le passage de frontière d’un container, puis la confirmation de la réservation d’un camion, puis son chargement, son trajet, son déchargement, etc. Dans le contexte de l’Afghanistan se greffent aussi des considérations en matière de sécurité : la possibilité de circuler est toujours en suspens, sujette à caution… »
Heureusement, plus de trente personnes sont mobilisées pour assurer la logistique de la mission : chauffeurs, radio opérateurs, gardes (non armés), informaticien, ou responsable maintenance. Anthony est chargé d’organiser, d’animer et de superviser le travail de l’équipe. « Sans le logisticien projet et le logisticien base (qui travaillent l’un sur la logistique des activités dans la Kunar et l’autre sur celle de la base) ainsi que l’équipe logistique basée sur notre base Kunar, il me serait impossible d’assumer correctement mes fonctions. Tous sont très impliqués et assurent un travail de grande qualité. D’une manière générale, tous les membres afghans de l’équipe logistique témoignent d’un profond attachement à A.M.I. et sont fiers de travailler pour une ONG médicale française. »
De l’engagement, il en faut pour mener à bien toutes les activités logistiques. « Ces derniers mois, nous nous sommes engagés sur un important chantier de réhabilitation de centres de santé dans la province de la Kunar. Début mai, j’ai pu me rendre sur place, avec un autre expatrié de la mission et des équipes afghanes, pour évaluer l’état des constructions de l’hôpital provincial d’Asadabad, de différents centres de santé ainsi que de la base d’A.M.I. et de son stock de médicaments. L’objectif pour moi était alors de vérifier les inventaires, d’identifier les besoins en réhabilitation sur les éléments fondamentaux : murs, incinérateurs, fosses à déchets, fosses septiques, accès à l’eau, générateurs, etc. À Asadabad par exemple, certaines pièces de l’hôpital sont insalubres, il manque aussi une salle d’attente… Après cette évaluation, nous avons sélectionné des artisans et des fournisseurs, qui ont débuté leurs travaux au mois d’août. Le travail s’est achevé il y a quelques jours, mi-septembre, à Asadabad… et se poursuit dans 15 centres de santé, avec notamment la réhabilitation des salles d’accouchement et la construction de salles d’attente, d’incinérateurs à déchets. Il s’agit véritablement d’un projet d’équipe, important et enthousiasmant, sur lequel s’engagent ingénieurs, artisans, équipes logistique et médicales… Lorsqu’il sera achevé, nous allons débuter un autre projet, tout aussi passionnant : l’aménagement d’une salle destinée aux patients souffrant de pathologies mentales… La santé mentale est un sujet délicat, en Afghanistan comme dans nombre d’autres pays. C’est la raison pour laquelle l’équipe logistique est très attentive, une fois encore, à mener son travail en lien avec tous les autres services de la mission. »
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A.M.I. participe au Forum de recrutement Paris pour l’emploi (14 & 15 octobre)
A.M.I. compte en effet parmi les 450 entreprises, collectivités et associations qui seront représentées pour présenter ses activités et rencontrer des candidats désireux de prendre part à une mission humanitaire.
Vous pourrez rencontrer les chargées de recrutement d’A.M.I. ainsi que d’anciens expatriés au stand C102, de 9h00 à 18h00.
À noter : l’entrée au forum est libre et gratuite sans pré-inscription.
Accès :
Plus d’informations sur le Forum Paris pour l’emploi sur : www.parisemploi.org
La formation du personnel médical dans les camps de réfugiés birmans en Thaïlande : un défi permanent
Pouvez-vous nous décrire le contexte dans lequel Aide Médicale intervient ?
En Thaïlande, Aide Médicale Internationale intervient depuis plus de 20 ans pour soutenir les populations qui fuient la Birmanie, essentiellement des villageois des régions de minorités ethniques le long de la frontière birmano-thaïlandaise : Karens, Karennis, Kachin, Shan, Hmongs… Depuis quelques années, à cette population, viennent s’ajouter des Birmans d’autres régions, attirés par l’espoir de perspectives meilleures en Thaïlande, l’accès aux services essentiels assurés dans les camps, ou par la perspective de l’accueil dans un pays tiers (depuis 2005, dans le cadre d’une politique de migration, les États-Unis, mais aussi le Canada, l’Australie, le Japon et les pays scandinaves ont accueilli plus de 60 000 réfugiés des 9 camps situés en Thaïlande). Bien souvent donc, les camps de la frontière, et en particulier celui de Mae La (le plus grand de tous avec 45 000 personnes, où A.M.I. fournit des soins de santé primaires), sont devenus des lieux de transit pour ces populations vulnérables. Ainsi, à Mae La, nous avons calculé que tous les 2 ans, c’est un tiers de la population qui est renouvelé.
De nombreux défis sont posés par cette perméabilité, y compris l’éducation à la santé puisqu’il faut bien souvent réitérer les messages pour cibler les nouveaux arrivants. Des risques spécifiques pour la santé sont également posés puisque nous ne connaissons pas toujours le « statut sanitaire » des nouveaux venus. Nous ne savons pas, par exemple, quels vaccins ils ont reçus, et s’ils sont de fait vulnérables à des maladies transmissibles comme la rougeole. De plus, les allers et retours dans des zones endémiques de paludisme ou de dengue peuvent "importer" des épidémies dans les camps. Un des enjeux majeurs dans ce contexte de départs vers les pays d’accueil est le besoin constant de renouveler les personnels de santé. Ceux-ci sont en effet des candidats privilégiés au départ vers les pays d’accueil, du fait de leur bon niveau d’éducation, de leur connaissance de l’anglais et de leur qualification, autant de points positifs pour leur intégration. Ainsi, durant plusieurs mois en 2009-2010, de nombreux employés ont quitté les structures de santé gérées par A.M.I. dans les trois camps de la province de Tak (Mae La, Umpiem et Nupoe).
Quelles mesures ont pu être mises en place pour pallier ce départ de personnel qualifié ?
Pour pallier ces départs, il faut offrir des opportunités de formation adaptée pour reconstituer les ressources humaines nécessaires à la dispensation de soins de santé de qualité et maintenir le niveau de qualification du personnel plus ancien.
Ainsi, en 2008-2009 et 2009-2010, AMI a offert la possibilité à 50 jeunes femmes et hommes de suivre une formation initiale de 14 mois afin d’obtenir la qualification de "medics", une catégorie de personnel spécifique aux camps de la frontière, capable de dispenser des soins infirmiers ainsi que de poser un diagnostic et d’offrir un traitement pour les maladies les plus courantes. Nous avons aussi organisé en 2009 une session de formation de 5 mois pour 31 "infirmières", d’un niveau un peu supérieur à celui de nos aides-soignants, qui inclut une série de 13 procédures de soin (telles que les injections, le suivi de la croissance, la vaccination, les pansements, la nutrition, etc.). D’autres personnels reçoivent des formations initiales lorsque le besoin se présente, comme les techniciens de laboratoire : nous en avons formé 15 au début de l’année, parmi 63 candidats.
Au-delà des formations initiales, il faut aussi rafraîchir en permanence les connaissances et les compétences des personnels, grâce à un soutien continu offert par les référents médicaux ("on-job training") ou par l’organisation de sessions de recyclage. Ainsi, en 2010, nous avons créé un poste de responsable de la formation. Le Dr. Hla Hla Cho, qui était auparavant formatrice des "medics", a pu conduire une évaluation des besoins de formation des "medics", par le biais de questionnaires, sur le modèle de ce que nos équipes faisaient en Afghanistan. Avec l’aide de la coordinatrice médicale, nous avons ainsi établi une liste de 23 sujets à revoir en priorité, qui seront abordés de façon hebdomadaire par le Dr. Hla Hla Cho ou les autres référents médicaux au cours de l’année.
Pour revenir à la formation initiale des "medics", comment s’organise-t-elle ? Quelles sont les exigences en matière de qualification à l’issue de la formation ?
Nous suivons un curriculum de formation standard à A.M.I. en Thaïlande : 6 mois de formation dite théorique, 6 mois de formation pratique et 2 mois d’internat, l’objectif étant d’atteindre un niveau de connaissances et de compétences qui permette aux "medics" de mettre en application le manuel de soin de référence pour toute la frontière, le "Burmese Border Guideline – BBG".
Chaque promotion est formée par un formateur unique, birman, recruté à plein temps pour la durée de la formation. La formation théorique couvre les matières de base de la médecine : biologie, physiologie, anatomie, pathologies (signes, symptômes, traitement, éducation à la santé et prévention). Nous faisons intervenir des spécialistes pour certaines problématiques comme la santé mentale, ou le VIH/SIDA, les statistiques et l’épidémiologie. Les étudiants ont aussi la possibilité de suivre des cours d’anglais.
La formation pratique a lieu essentiellement dans les structures de santé gérées par A.M.I. et couvre les aspects de consultation avec le patient, incluant l’histoire médicale, l’examen, et l’éducation à la santé. Nous avons aussi des partenariats avec d’autres organismes médicaux, comme SMRU, qui dispense les soins de santé maternelle à Mae La, ou Handicap International. Ces deux structures accueillent ainsi des étudiants pour des périodes courtes en vue d’une "initiation" à d’autres types de soins.
La formation est validée par un système de contrôle continu et il faut obtenir 50% des « crédits » de formation pour pouvoir progresser d’une phase à l’autre. Cependant, il faut dire que nous offrons la possibilité à tous de se "rattraper". Il ne faut pas oublier que les gens que nous formons sont eux-mêmes des réfugiés, avec des conditions de vie et des histoires difficiles, et qu’ils n’étudient pas dans les meilleures conditions. De plus, du fait de leur appartenance à des minorités ethniques, l’accès à l’éducation était limitée en Birmanie, et le niveau initial est donc plutôt bas (équivalent fin de collège) au moment de l’accès à la formation.
Vous ne parlez que de Maela, est-ce que vous formez seulement des étudiants de ce camp ? N’y a-t-il pas de besoin dans les autres camps ?
Nous formons en effet indifféremment des étudiants des 3 camps de la province de Tak, mais pour des raisons pratiques, nous centralisons la formation dans le camp de Maela. Là, nous disposons d’un centre de formation avec 2 salles de cours, un dortoir, une salle commune, une cuisine et des sanitaires. C’est d’ailleurs un défi en soi car ça peut être compliqué d’obtenir des autorisations pour que les résidents d’un camp puissent voyager et être accueillis dans un autre camp. Mais c’est à Mae La que la structure de santé permet le meilleur apprentissage pratique, du fait du nombre important de patients (plus de 90 000 par an) en ambulatoire et en hospitalisation.
L’organisation pratique de la formation est une collaboration logistique entre A.M.I. (qui assure les transports, les locaux, les produits d’hygiène et verse une indemnité pour combler le manque à gagner pour ces étudiants qui ne peuvent pas travailler pendant la durée de la formation), TBBC (Thailand-Burma Border Consortium ), qui fournit un repas de base, et les comités de gestion des camps, qui financent un cuisinier pour les étudiants d’Umpiem et Nupoe en pension à Mae La.
Quelles sont les perspectives en matière de formation ? A.M.I. va-t-elle continuer à former dans ces camps ?
Tant que les départs continuent, A.M.I. doit pouvoir fournir du personnel de santé qualifié dans les structures placées sous sa responsabilité. Au-delà de ça, comme le souligne l’OMS (voir la déclaration de Dhaka relative au renforcement des personnels médicaux dans les pays du Sud-est asiatique et la résolution SEA/RC 59/R6) c’est toute la capacité des communautés à prendre en charge leur santé de façon autonome qui est mise à mal par le manque de ressources humaines qualifiée. Nous avons donc déposé un projet à la Commission Européenne en Juillet 2010 qui inclut un nouveau cycle de formation pour des "medics".
Cependant, il faut noter que de nombreux enjeux sont liés à l’organisation de ces formations, en particulier celle des "medics". Nous cherchons à en améliorer la durabilité, grâce à une reconnaissance du certificat que nous délivrons, que ce soit dans un pays d’accueil, en présentant brièvement le contenu de la formation et en permettant de consulter le site Internet d’AMI, ou en Thaïlande. C’est le plus difficile, pour des raisons politiques, et nous travaillons au niveau national avec le Comité de Coordination pour les Services aux Personnes Déplacées en Thaïlande (CCSDPT – on compte, parmi les membres du CCSDPT, les organisations médicales intervenant le long de la frontière :Maltheser International, ARC, IRC, etc.) afin de standardiser le contenu de la formation et explorer les possibilités d’obtenir une reconnaissance du diplôme de la part des autorités thaïlandaises. Une consultance commanditée par le CCSDPT est d’ailleurs en cours afin de proposer des modules de formation standard adaptés au BBG. Dans le cadre d’une intégration possible en Thaïlande, les étudiants devront aussi apprendre le Thaï, ce que nous devrions bientôt proposer.
L’activité de formation menée par A.M.I. n’est-elle pas un éternel recommencement ?
C’est vrai que cela peut être frustrant de former des étudiants pendant 5 ou 14 mois et de les voir partir dans les mois qui suivent, parce qu’ils sont accueillis dans un pays tiers, ou parce qu’ils ont décidé de retourner en Birmanie. Ce qui importe cependant est que cette formation leur soit utile et soit utile aux autres, où qu’ils soient. De plus, c’est pour eux une des rares occasions qu’ils ont d’obtenir un diplôme. Nous avons aussi vu du personnel qui a progressé en interne grâce aux formations : une infirmière par exemple qui devient "medic". Ceux-ci représentent un espoir pour toute leur communauté. C’est grâce à eux qu’il est possible de dispenser des soins de qualité de façon continue dans les camps.
Pays du Sud : il est urgent d’investir dans les personnels de santé
Dix ans après leur lancement, cinq ans avant leur échéance, les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) feront l’objet d’une évaluation exhaustive par l’Assemblée générale des Nations unies réunie à New York à partir du 20 septembre 2010. Ces OMD visent à réduire la pauvreté dans le monde, promouvoir l’éducation, favoriser l’égalité des sexes, réduire les mortalités maternelle et infantile, combattre le VIH/SIDA et les autres maladies. Les objectifs relatifs à la santé accusent un retard considérable, notamment ceux qui concernent la santé maternelle et infantile.
L’Afrique subsaharienne affiche des taux de mortalité maternelle scandaleux, avec près de 1 décès pour 100 grossesses, cent fois plus élevé que dans les pays riches. L’absence de soins représente la première cause du décès en couches ou dans les jours qui suivent l’accouchement.
C’est pourquoi en tant que médecins, pour la plupart impliqués dans des programmes de santé à international, nous lançons un appel d’urgence à tous les décideurs et financeurs : cessons de considérer les ressources humaines en santé comme un simple fardeau pour les dépenses publiques. La santé est avant tout un droit humain fondamental et tout investissement aujourd’hui est profitable pour l’avenir. La santé reste l’un des principaux piliers du développement humain.
Pour l’Organisation mondiale de la santé (OMS), il manque aujourd’hui en Afrique subsaharienne un million de médecins, sages-femmes et infirmiers exerçant auprès des populations les plus défavorisées.
Paradoxalement, dans de nombreuses capitales africaines, de jeunes professionnels de santé qualifiés restent des années sans affectation, conséquence des politiques de restriction budgétaire mises en place dans les années 1980 pour geler les recrutements des personnels de santé dans la fonction publique.
Nous pensons qu’il est possible, par une délégation des tâches bien préparée et accompagnée, de mieux répartir la charge de travail entre médecins et paramédicaux, par exemple en facilitant la prescription, directement par les sages-femmes, du traitement antirétroviral pour les femmes enceintes vivant avec le VIH. Mais dans les zones rurales les plus isolées, les premières affectées par la pénurie de personnel médical, on observe plutôt un "glissement" des tâches qui met en danger la sécurité des patients : dans de nombreuses structures de santé, en l’absence de médecins en poste, les soins médicaux sont confiés à des infirmiers, et les soins infirmiers à des aides-soignants insuffisamment encadrés.
Les conditions de travail des personnels de santé sont très précaires et leurs salaires demeurent dérisoires dans le secteur public. Une rémunération mensuelle d’à peine 200 euros pour un jeune médecin du Sahel ne peut refreiner légitimement sa tentation de se diriger vers la pratique privée ou vers un emploi sous-qualifié à l’étranger. De telles conditions expliquent que la désertification médicale ne cesse de progresser dans les pays les plus pauvres.
UN CODE ETHIQUE INTERNATIONAL
La réponse internationale, aujourd’hui, se focalise sur la formation de plus d’agents de santé dans le Sud et sur les moyens de limiter les migrations des personnels soignants au Nord. L’OMS a adopté en mai dernier un code éthique international de recrutement des professionnels de santé. Ces actions indispensables restent insuffisantes. Des mesures de fidélisation du personnel médical et paramédical dans les pays en développement sont nécessaires et doivent inclure : une augmentation des titularisations dans le secteur public, une amélioration décente des salaires des personnels de santé du secteur public, des processus de partenariat et d’accompagnement permettant l’installation pérenne de médecins en première ligne, des incitations financières spécifiques à exercer en zone isolée, une formation continue de qualité sur le lieu d’exercice, une valorisation des carrières des professionnels de santé, un équipement des centres de santé adapté.
Professionnels de santé, nous appelons à la mobilisation de tous – des bailleurs internationaux comme des gouvernements des pays du Sud et du Nord : investir dans les personnels de santé est une urgence de santé publique et doit constituer une des priorités de l’aide internationale en santé.
Philippe Augoyard, président d’Aide médicale internationale ; Etienne-Emile Baulieu, président du Conseil scientifique d’Equilibre et populations, professeur honoraire au Collège de France ; Olivier Bernard, président de Médecins du monde ; Awa-Marie Coll-Seck, directrice Executive du Partenariat mondial contre le paludisme, ancien ministre (Sénégal) ; Bintou Dembele, directrice d’ARCAD-Sida (Mali) ; Dapa A. Diallo, directeur général du Centre de recherche et de lutte contre la drépanocytose (Mali) ; Ogobara Doumbo, directeur du centre de recherche et de formation sur le paludisme (Mali) ; Youssoufou Joseph Drabo, président des Réseaux africains de formations (Burkina Faso) ; Xavier Emmanuelli, président fondateur du Samu social international, ancien secrétaire d’Etat ; Guy Farnarier, président de Santé sud ; Carine Favier, présidente du Mouvement français pour le planning familial ; Antoine Flahault, professeur de santé publique ; Marc Gentilini, président honoraire de l’Académie de médecine ; Jean-François Girard, conseiller d’Etat, président de Sorbonne paris cité ; Pierre-Marie Girard, directeur de l’Institut de médecine et d’épidémiologie appliquée (IMEA) ; Lamine Gueye, directeur de l’UFR des sciences de la santé de l’Université Gaston Berger de Saint-Louis ; Daniel Henrys, ancien ministre de la santé (Haïti) ; Hakima Himmich, présidente de l’Association de lutte contre le sida (ALCS) (Maroc) ; Christine Katlama, présidente de Solthis ; Michel Kazatchkine, directeur du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme ; Dominique Kerouedan, expert indépendant en santé internationale, maître de conférences à Sciences Po ; Charles Kouanfack, chef de service de l’hôpital de jour à l’hôpital central de Yaoundé (Cameroun) ; Jean-François Mattei, président de la Croix rouge française, ancien ministre ; Denis Mukwege, directeur de l’hôpital de Panzi de Bukavu (RDC) ; Thérèse N’Dri Yoman, doyen honoraire de l’UFR des sciences médicales d’Abidjan, présidente d’Aconda-VS-CI (Côte d’Ivoire) ; Karamoko Nimaga, président de l’Association des médecins de campagne (AMC) (Mali) ; Maminirina Jean-Michel Rabenoavy, président de l’Association des médecins de campagne (AMC-Mad) (Madagascar) ; Willy Rozenbaum, président du Conseil national du sida ; Roger Salamon, directeur honoraire de l’Institut de santé publique, d’épidémiologie et de développement (ISPED).
Aide Médicale Internationale se dote d’un conseil scientifique
Avec pour objectif d’améliorer toujours la qualité de ses interventions, l’association entend renforcer ses capacités sur de nombreux volets comme la capitalisation et l’innovation, l’évaluation de projets ou les réponses transversales aux questionnements essentiels que sont la pérennité, le recouvrement des coûts, le désengagement, la formation de formateur, l’éducation à la santé, le développement communautaire, etc.
Pour toutes ces contributions à l’activité de l’association, le conseil scientifique aura un rôle consultatif : évaluant et interrogeant les pratiques en cours, ses membres formuleront des avis et recommandations sur un volet d’activité, un programme dans son ensemble ou des priorités à initier. Il pourra aussi soutenir la formation des personnels du siège et des missions.
Les thèmes d’étude seront identifiés par le siège et les terrains, ou suggérés par le conseil d’administration. Le conseil scientifique pourra également proposer un thème, avec l’accord du responsable médical. Pour certaines questions ponctuelles, le conseil scientifique pourra faire appel à des contributions extérieures, tout en gardant la maîtrise et la responsabilité du thème de recherche.
Le conseil scientifique sera constitué de professionnels expérimentés engagés sur différents champs d’étude ou d’action : pédiatrie, épidémiologie, santé publique, nutrition, VIH/Sida, tuberculose, santé mentale (liste non exhaustive). Le conseil scientifique comprendra en son sein une équipe restreinte de coordination, composée d’un secrétaire et de plusieurs animateurs, et reliée directement au responsable médical. Cette équipe restreinte aura notamment pour mission de coordonner, solliciter et animer le conseil scientifique.
La participation au conseil scientifique sera bénévole. Seules pourront être rémunérées des missions ponctuelles. Les membres du conseil scientifique privilégieront un engagement pérenne, afin de contribuer à la réflexion d’A.M.I. sur un temps long.
Les personnes souhaitant soumettre leur candidature pour participer à ce conseil scientifique doivent adresser un courrier et un curriculum vitae à responsable.med@amifrance.org avant le vendredi 22 octobre 2010. Les candidatures seront examinées par le Dr Hani Fares, responsable médical d’A.M.I., et le conseil d’administration de l’association.
Le conseil scientifique d’Aide Médicale Internationale sera constitué à la fin du mois d’octobre 2010.
Campagne non assistance à mère en danger : mobilisation le 18 septembre prochain
Durant ce sommet, qui se tiendra à New York du 20 au 22 septembre, d’importantes décisions vont être prises pour atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement. Après des mois de mobilisation, les membres de la campagne "Non-assistance à mère en danger" convient le public à une flashmob le 18 septembre prochain dans plusieurs villes en France. À Paris, cette mobilisation sera organisée le 18 septembre aux fontaines du Trocadéro (RDV à 13h30), en partenariat avec la coalition Action Mondiale contre la Pauvreté (AMCP) et la campagne du Millénaire des Nations unies.
Un rappel : le risque pour une mère de mourir de complications liées à la grossesse est 250 fois plus élevé dans les pays en développement que dans les pays développés.
Plus d’informations sur : www.santepourtoutes.org/accueil
Et sur : www.santepourtoutes.org/agenda/43-18-septembre-flashmob-avant-le-sommet-de-nations-unies
Face à la stagnation de l’aide financière, des ONG mettent en garde contre une crise sanitaire grave au Pakistan
La forte augmentation des maladies en moins de trois semaines témoigne de la nécessité d’augmenter l’aide financière.
A la veille de la réunion des ministres des affaires étrangères à Bruxelles le 10 septembre 2010, Oxfam France, ACTED, CARE France, Handicap International, Première Urgence et Aide Médicale Internationale alertent sur le fait qu’une importante crise de santé publique pèse aujourd’hui sur le Pakistan, frappé par des inondations destructrices depuis plus d’un mois et demandent à la France d’augmenter le montant de ses contributions.
Ces organisations soulignent que les financements ont stagné ces dernières semaines, alors que le nombre de malades, de personnes déplacées et de personnes affectées par les inondations continue d’augmenter chaque jour.
L’appel initial de l’ONU lancé pour pallier les besoins immédiats des six millions de Pakistanais a été financé à hauteur de 67 %, avec une augmentation de seulement 10 % ces deux dernières semaines. Au cours de cette même période, le nombre de cas de diarrhée aiguë, de maladies de peau, d’infections respiratoires graves et de potentielles infections au paludisme ont tous triplé.
Les maladies de peau sont passées de 260 000 à 860 000 cas, la diarrhée aiguë de 200 000 à 610 000 cas et les infections respiratoires graves de 200 000 à 670 000 cas.
L’appel de l’ONU a été préparé dans l’urgence, au début de la catastrophe et ne reflète plus les besoins actuels. Depuis qu’il a été lancé, le nombre de personnes touchées par les inondations est passé de 14 à 21 millions, dont dix millions de déplacés et huit millions de Pakistanais nécessitant une aide immédiate, les eaux ayant atteint le Sud et inondé une grande partie des provinces du Pendjab et de Sindh.
Les organisations présentes sur place soulignent que les deux secteurs les plus importants pour la prévention des maladies et les soins sont les moins financés. Le secteur de l’eau et de l’hygiène n’a été financé qu’à hauteur de 30 %, et celui de la santé à hauteur de 50 %. Rien que la semaine dernière, le nombre de personnes touchées par les inondations a augmenté de trois millions, alors que les taux de financements sont restés inchangés.
Jusqu’à présent, seulement 2,5 millions de personnes ont été approvisionnées en eau potable, indispensable pour empêcher la propagation de la maladie. Le manque de financement empêche les organisations de poursuivre leur travail sur place. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) avertit que si la population affectée n’a pas un accès immédiat en eau potable et a du matériel d’hygiène, plus de six millions de nouveaux cas de diarrhée aiguë peuvent apparaitre dans des régions touchées par les inondations.
L’appel de l’ONU doit être actualisé la semaine prochaine. L’appel initial est susceptible d’être triplé, ce qui le porterait à 459.7 millions de dollars.
Les ministres européens doivent discuter de la crise au Pakistan lors d’une réunion, le 10 septembre à Bruxelles. Bien que quelques pays donateurs européens aient été généreux, d’autres sont en retard. Le Royaume Uni a répondu à l’appel initial en versant une aide de plus de 50 millions d’euros, et l’Allemagne 15 millions d’euros. Aucun autre pays européen ne dépasse les 10 millions d’euros et la France a quant à elle versé moins de deux millions d’euros.
Neva Khan, représentante d’Oxfam au Pakistan, explique : « Même en comptabilisant les engagements pris en dehors de l’appel de l’ONU, l’argent de l’aide ne représente que 40 dollars par personne sinistrée. En revanche, après le tremblement de terre qui a touché le Cachemire en 2005, les promesses de dons s’élevaient à 570 dollars par personne sinistrée le premier mois. »

Notes aux rédactions :
1. Les statistiques initiales pour le financement et la maladie sont respectivement issues du ‘WASH Cluster Bulletin’ du 21août 2010 et du ‘Financial Tracking System de l’OCHA’ du 9 septembre 2010. Ce communiqué compare les chiffres initiaux à ceux rapportés par les mêmes sources deux semaines et demie après, le 6 septembre.
2. Les dernières évaluations indiquent que sur les 21 millions de personnes affectées par les inondations, 8 millions ont besoin d’une aide humanitaire. Plus de 1,8 millions de maisons ont été détruites. Le nombre officiel de morts a atteint les 1 752 personnes. Plus de 3,4 millions d’hectares de récoltes ont été perdus.
3. Oxfam et ses partenaires interviennent dans trois provinces du Pakistan - Khyber Pakhtoonkkhwa (autrefois NWFP), Sindh et Pendjab. Oxfam fournit de l’eau potable, de la nourriture et des kits d’hygiène à environ 600 000 personnes. Nous prévoyons d’augmenter notre aide pour atteindre les 1,1 million de personnes.
ACTED est présente dans les provinces du Khyber Pakhtoonkkhwa (KPK) et Punjab (DG Khan et Minwali principalement) et couvre les besoins immédiats en eau potable et nourriture d’environ 128 000 personnes. ACTED a déjà lancé de vastes campagnes de nettoyage de débris, employant plus de 10 000 personnes, qui sont graduellement étendues. Nous prévoyons de distribuer des kits ménagers, d’abris et d’hygiène dans ces deux provinces à environ 50 000 personnes, avec qui seront construits des abris transitionnels.
CARE et ses partenaires sont opérationnels dans les provinces du Khyber Pakhtunkhwa (KP), du Punjab et du Sindh. La première phase d’intervention a permis d’atteindre plus de 90 000 personnes à travers le déploiement de cliniques mobiles et de centre de santé temporaires, la mise en place de session de formation à l’hygiène et à la santé . De plus CARE a distribué des abris, des biens de première nécessité, des sachets de purifications d’eau et gère 12 camps dans le Sindh. CARE prévoit de venir en aide à 300 000 personnes sur 18 mois.
Présente auprès des réfugiés dès les premières inondations, Handicap International, qui s’appuie désormais sur une équipe d’urgence de 300 personnes dont 10 expatriés, a déjà apporté une aide significative à plus de 100 000 personnes (distribution de kits d’urgence, accès à l’eau potable, développement d’un projet de nettoyage impliquant les populations locales). Elle déploie depuis quelques jours ses équipes également dans le Sind (au sud du pays), pour assurer la distribution de l’eau potable aux sinistrés.
Première Urgence et ses partenaires sont présents dans la province du Sindh. La première phase d’intervention permet à 30 000 personnes déplacées et vivant dans les camps de la cité de Larkana d’avoir accès à une eau potable grâce à la mise en place d’une station d’épuration d’eau. Afin d’assurer le suivi du fonctionnement de cette station, les volontaires d’une ONG locale ont été formés par notre partenaire Veolia. En outre, dans les prochains jours, des jerrycans seront distribués à 600 familles présentes dans le camp. Première Urgence prévoit de mettre en œuvre un projet d’ampleur pour améliorer la qualité de l’eau et des conditions de vie de 50 000 déplacés sur l’ensemble du district dans le domaine de l’hygiène et de l’assainissement.
Aide Médicale Internationale a mené du 16 août au 2 septembre une mission d’évaluation dans la province du Sindh et prévoit d’apporter une aide médicale d’Urgence et de reconstruction dans les districts de Sukkur et de Larkana pour répondre aux besoins des sinistrés
4. Valerie Amos, sous-secrétaire générale des Nations unies pour les affaires humanitaires et coordinatrice de l’aide d’urgence est actuellement au Pakistan. Elle a visité des régions affectées dans la province de Khyber Pakhtunkhwa (KPK) et Sindh.
5. Les chiffres des dons des pays européens en réponse aux inondations sont énumérés ci-dessous. Source : Financial Tracking Service (9 septembre 2010). Le tableau montre l’ensemble des engagements humanitaires compris ou non dans l’appel de l’ONU. Les chiffres couvrent les sommes engagées et n’incluent pas les promesses.
Suède : € 13,307,201 / Danemark : € 9,152,117 / Luxembourg : € 834,906 / Finlande : € 4,471,592 / Royaume-Uni : € 50,219,041 / Pays-Bas : € 9,012,707 / Irlande : € 1,840,795 / Belgique : € 2,185,175 / Espagne : € 5,524,852 / Allemagne : € 14,728,102 / Italie : € 3,324,751 / France : € 1,902,387
Contacts presse
- Oxfam France : Magali Rubino : mrubino@oxfamfrance.org / 01 56 98 24 45 / 06 30 46 66 04
- ACTED : Adrien Tomarchio / Responsable communication et développement / adrien.tomarchio@acted.org / 01 42 65 33 33
- CARE France : Fabienne Pouyadou / pouyadou@carefrance.org / 01 53 19 89 89
- Handicap International : Sylvain Ogier / 04 72 76 12 64
- Première Urgence : Constance Martin / 00 33 1 55 66 99 66 / cmartin@premiere-urgence.org
- AMI : Frédéric Mar / communication@amifrance.org / : 33 (0)1 41 50 59 90
Haïti : implantation du programme de soins obstétricaux gratuits dans les réseaux communautaires
Diplômée de l’IEP de Toulouse, Sophie s’est spécialisée en ingénierie des services urbains en réseaux dans les pays en développement à l’IEP de Rennes. Elle a effectué un stage au Mexique sur un programme « eau et assainissement », puis s’est rendue à Douala (Cameroun) pendant deux ans et demi sur un projet du même type avec la GTZ (coopération allemande). En février 2010, elle a rejoint les équipes d’A.M.I. comme responsable du développement communautaire pendant quatre mois en Haïti.Sur quel programme avez-vous travaillé et quel était l’objectif de votre mission ?
Je suis intervenue dans la phase de démarrage du programme de soins obstétricaux gratuits mis en place par A.M.I. à Martissant, un bidonville de Port-au-Prince. Accompagnant la politique de santé publique du gouvernement haïtien (accès à des soins gratuits et de qualité pour tous), les équipes d’A.M.I. ont construit une clinique obstétricale qui est opérationnelle depuis fin juillet.
Mon rôle était d’élaborer une stratégie d’implantation de ce programme dans les réseaux communautaires. Afin de favoriser la compréhension et l’adhésion des populations à ce projet, A.M.I. privilégie l’approche participative et concertée en associant étroitement les populations locales dans la conception et la gestion de ses activités. J’ai donc formé des « habitants relais » ou « animateurs communautaires » qui seront parties prenantes dans la diffusion des messages de sensibilisation, de prévention et d’éducation à la santé et à l’hygiène ainsi que d’autres pratiques de mobilisation sociale (concertation, approche participative, etc.).
Quelles ont été les différentes étapes de mise en place de cette stratégie de développement communautaire ?
J’ai d’abord cherché à mieux comprendre le quartier de Martissant, son identité et le fonctionnement de son système de santé. Pour cela, j’ai fait de nombreuses recherches bibliographiques avant d’aller à la rencontre d’acteurs locaux associatifs, communautaires et publics.
J’ai ensuite formé des animateurs communautaires à l’élaboration d’études CAP (connaissances, attitudes, pratiques). Cet instrument participatif de planification et d’évaluation stratégiques permettra d’analyser les pratiques en santé materno-infantile, de construire une base de données des bénéficiaires visés et d’identifier les priorités en termes de sensibilisation et de prévention. Le fait que ces enquêtes soient réalisées par les équipes haïtiennes nous assure une plus grande fiabilité des résultats. Elles seront chargées d’interroger les femmes de leur quartier sur divers thèmes comme les pratiques d’allaitement, l’hygiène, la santé, la nutrition, etc.
Une autre étape importante de ma mission était d’établir des partenariats solides avec les structures de santé existantes, les agents de santé locaux et les autres acteurs humanitaires présents sur la zone. Avant mon départ, j’ai organisé une réunion avec les 17 ONG présentes à Martissant et ses alentours. L’objectif était d’établir des contacts, d’en savoir davantage sur l’organisation de chacun et de voir par quels moyens nous pourrions améliorer la coordination de nos actions et organiser notre travail en complémentarité. J’ai également identifié les réseaux d’accoucheuses avec lesquels nous seront amenés à collaborer.
Avez-vous amorcé le travail d’information sur l’ouverture de la clinique ?
Le 9 mai dernier, une réunion a eu lieu avec 65 notables - considérés comme les « sages », les conseillers des quartiers - et les élus locaux. Celle-ci a permis d’amorcer le travail de diffusion de l’information sur l’ouverture de la clinique. Beaucoup de questions ont été posées sur A.M.I., son positionnement, ses projets et plus particulièrement sur son programme de soins obstétricaux gratuits. Ils se sont montrés très réceptifs. Cela étant, nous préférons attendre que la clinique obstétricale soit en mesure d’accueillir les patients avant de relayer l’information auprès des associations de quartier et des populations concernées.
Les travaux de construction de la clinique obstétricale sont terminés. Un médecin obstétricien est parti sur la mission début d’août pour assurer le recrutement et la formation du personnel local. Sophie a rejoint la mission pour deux mois supplémentaires dès le 10 août dernier afin de mettre en pratique la stratégie qu’elle a élaborée durant ces quatre premiers mois.
Inondations au Pakistan : Aide Médicale Internationale réalise une mission d’évaluation auprès des sinistrés
Afin de mieux connaître les besoins sanitaires dans la province du Sindh, une équipe d’A.M.I. part pour le Pakistan à compter d’aujourd’hui.
L’évaluation des besoins des sinistrés, conduite par le responsable du développement opérationnel, le référent médical du siège et un coordinateur logistique, a pour objectif de mesurer les risques épidémiques (choléra notamment), les besoins en vaccination et soins de santé primaires ainsi que la possibilité de mettre en œuvre des cliniques mobiles et des infrastructures d’eau et d’assainissement.
Une équipe d’évaluation de l’ONG Première Urgence (PU) a rejoint l’équipe A.M.I. le 27 août. L’objectif des deux organisations est de préparer une réponse intégrée aux besoins des populations dans les districts de Sukkur et Larkana (A.M.I. mettant en œuvre des programmes sanitaires, PU assurant des distributions de produits alimentaires, couvertures, tentes et kits d’hygiène).
Le Rapport annuel 2009 d’Aide Médicale Internationale accessible en ligne
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Yémen : promouvoir la santé, construire le développement
Dans la péninsule arabique, le Yémen est un pays marqué par une très grande pauvreté. Son économie est directement affectée par la baisse continue de sa production de pétrole depuis des années, alors que sa production agricole ne permet pas au pays d’assurer son autosuffisance alimentaire. Le Yémen accuse un important retard en terme de développement humain par rapport au reste de la péninsule. Selon le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), 47 % de la population vit sous le seuil de pauvreté (2 $ par jour), 34 % de la population n’a pas accès à l’eau potable, tandis que l’illettrisme touche 41 % de la population âgée de plus de 15 ans. Les maladies contagieuses et la malnutrition constituent les premières causes de mortalité et de morbidité, particulièrement dans les zones rurales qui concentrent près de 70 % de la population.Alternant activités cliniques en France et missions humanitaires en tant que médecin, Valentine Grangeon, référent médical de retour de sa mission au Yémen, explique comment Aide Médicale Internationale participe à la promotion des soins de santé primaires (SSP) dans le gouvernorat d’Hodeïdah.
Au cours de ses études de médecine généraliste à Grenoble, Valentine participe à une première mission humanitaire en partant soutenir un projet local d’assistance aux camps de réfugiés tibétains situés aux marges nord de l’Inde. Par la suite, elle parvient à développer une expérience clinique de plusieurs mois au sein d’un cabinet médical et d’une structure hospitalière. La mission humanitaire qu’elle mène six mois durant au Libéria en tant que référent médical lui permet ensuite de consolider sa connaissance des programmes de SSP. Elle confirme cette orientation en suivant une spécialisation en médecine tropicale et santé publique internationale à l’Institut de Médecine Tropicale (IMT) d’Anvers et a alors l’opportunité de mettre à profit ses compétences nouvellement acquises dans un contexte de développement en prenant part à la mission d’A.M.I. au Yémen. Dans le gouvernorat d’Hodeïdah, situé sur les rives de la mer Rouge, l’association travaille depuis plusieurs années à améliorer la prise en charge des SSP, de la santé materno-infantile et de la malnutrition.
Valentine a été chargée, dans le cadre de sa mission d’un an, de la supervision du programme de soins de santé primaires. Celui-ci repose sur trois équipes mobiles, comprenant chacune un médecin et une sage-femme locaux, accompagnés parfois d’une technicienne de laboratoire. Les équipes mobiles assurent des consultations hebdomadaires dans treize centres de santé, les activités curatives étant dévolues aux médecins, tandis que les sages-femmes assurent les activités préventives. Valentine note que « la persistance de traditions locales fortes oblige à veiller à une nette séparation des hommes et des femmes dans le cadre des activités et des consultations médicales. C’est la raison pour lesquelles seules des femmes sont habilitées à examiner les femmes yéménites, à réaliser les consultations gynécologiques, de même que la prévention et le traitement des maladies sexuellement transmissibles. Ces affections restent d’ailleurs largement ignorées et passées sous silence au Yémen, ce qui nécessite d’user de patience et de discrétion plus importantes encore concernant ces sujets sensibles. » La technicienne de laboratoire vient en soutien à sept Health Centers, couvrant une zone de 15 000 habitants.
La supervision des structures de santé locales par les personnels yéménites d’A.M.I. passe par le suivi des consultations, l’étude des procédures et la formation continue, afin d’améliorer leurs capacités de diagnostic et de prescription d’un traitement adapté. Valentine souligne que « ce travail de formation prépondérant a pu être progressivement renforcé par la constitution d’un ouvrage de référence répertoriant avec précision les procédures à appliquer en cas de maladie. Ce recueil couvre des sujets aussi larges et essentiels que la définition de la maladie, l’observation des signes cliniques, l’observation des signes biologiques, la gestion des équipes médicales, la mise en place des traitements curatifs et enfin les mesures de prévention à mettre en œuvre pour réduire la fréquence des maladies ». Étant donné le développement relativement récent des activités d’A.M.I. au Yémen, le travail de référent médical englobe aussi de nombreuses composantes comme les relations avec les autorités sanitaires locales, la mise en œuvre et le suivi des programmes, ainsi que la coopération éventuelle avec d’autres organisations humanitaires. »
« Le Yémen reste un pays largement isolé et ignoré sur le plan humanitaire, dominé par la pauvreté et l’insalubrité, fait remarquer Valentine. Ces difficultés structurelles impliquent de se donner suffisamment de temps pour la formation, l’assimilation et l’appropriation des outils par le personnel local. En dépit de capacités de développement économique limitées, la population parvient à s’investir dans des programmes de prévention et de supervision exigeants. En ce sens, les sages-femmes avec lesquelles j’ai été amenée à travailler ont largement démontré leurs capacités d’initiative et d’autonomie dans le cadre de leurs activités, alors qu’une partie importante de mon temps a été consacré à l’encadrement des médecins généralistes. » Valentine s’est efforcée d’instaurer un climat de confiance avec ses équipes, en leur garantissant notamment une autonomie importante dans le cadre de leurs activités de supervision, après qu’elle ait élaboré les formations. Cette expérience au sein d’A.M.I. l’a convaincue de l’importance « d’élargir la gamme des soins dispensés à la population et de contribuer ainsi au développement de la société yéménite ».
Haïti : un engagement de long terme auprès de la population
Le tremblement de terre qui a frappé Port-au-Prince et ses environs le 12 janvier dernier est venu ajouter son lot de malheurs et de destructions à un pays marqué pas des années d’instabilité chronique et de faillite économique. Avant le séisme, la majorité de la population haïtienne vivait déjà sous le seuil international de pauvreté, tandis que la fragilité de son système de santé se traduisait par des taux de mortalité infantile (54 décès pour 1 000 naissances, en 2008) et maternelle (670 décès pour 100 000 naissances, en 2005) les plus élevés de l’hémisphère nord. Selon la Mission des Nations unies en Haïti (MINUSTAH), le cataclysme qui s’est abattu sur l’île aurait entraîné la mort de près de 300 000 personnes, auxquels viendraient s’ajouter plus de 300 000 blessés et 1,3 million de sans-abri. Plusieurs mois après, pays donateurs et organisations humanitaires s’efforcent d’aider le gouvernement haïtien et sa population à rétablir les fondements socio-économiques du pays.Médecin urgentiste d’origine camerounaise spécialisé dans la santé reproductive, Aurélien Pekezou revient sur sa mission en Haïti, entamée peu avant le tremblement de terre du 12 janvier. Aurélien a suivi des études de médecine à l’université de Kinshasa en République démocratique du Congo (RDC), où il a développé « une sensibilité aux enjeux de l’action humanitaire eu égard à la situation intérieure du pays ». Il est ensuite retourné au Cameroun réaliser des consultations comme médecin de campagne pendant quatre ans. Fort de plusieurs années de pratique clinique, il poursuit sa formation académique en suivant un Master en urgence et soins essentiels hospitaliers en Italie, puis des études de troisième cycle en santé reproductive en Suisse. Il réalise sa première mission humanitaire avec Aide Médicale Internationale en République centrafricaine (RCA), pendant laquelle il participe au programme de soins obstétricaux d’urgence et à la réhabilitation d’un centre chirurgical dans la sous-préfecture des Mbrés. Par la suite, il repart avec A.M.I. en tant que référent médical sur la mission en Haïti, où l’association est présente depuis de nombreuses années auprès des enfants et jeunes des rues (EJDR) de Port-au-Prince. Chargé de la mise en oeuvre du nouveau programme de soins obstétricaux gratuits (SOG) initié à la fin de l’année 2009, Aurélien arrive sur le terrain quatre jours avant le séisme. En raison des bouleversements consécutifs à cet événement, le programme SOG ne démarrera pas à la date prévue.
En effet, à la suite au tremblement de terre, Aurélien est directement confronté à la destruction des locaux d’A.M.I. et à l’émergence de besoins médicaux immenses avec les centaines de milliers de victimes et de blessés de la capitale haïtienne et des environs. Il réalise dans l’urgence, à l’ambassade de France, des consultations médicales et des pansements permettant de soigner les blessures légères d’une centaine de sinistrés. Il participe ensuite à la mission de primo-urgence mise en place dès les premiers jours par A.M.I., avec le concours de l’anesthésiste, Didier Peillon, et du chirurgien et ancien président de l’association, Jacques Bérès. « Pendant plusieurs jours, précise-t-il, nous avons réalisé de nombreuses interventions chirurgicales à l’hôpital Lambert de Pétionvile, dans la périphérie de Port-au-Prince. J’ai été chargé d’accueillir et de trier les patients en fonction de la gravité de leurs blessures et des soins qui pouvaient leur être prodigués, de référencer certains patients en urgence, de venir en soutien aux anesthésistes et de prendre directement en charge des soins légers en réalisant une anesthésie locale. Près de quatre cents patients ont été examinés, une centaine ont été anesthésiés pour être ensuite opérés. »
Afin d’inscrire son action dans le temps, A.M.I. participe rapidement au rétablissement du système de prise en charge des soins de santé défini par le ministère haïtien de la Santé publique et de la Population (MSPP). Celui-ci se décline en trois échelons, partant des cliniques mobiles de proximité aux cliniques fixes jusqu’aux centres hospitaliers. « Deux cliniques mobiles de l’association se sont mises à sillonner les zones de Martissant et de Fontamara 29, afin d’assurer la prise en charge des soins de santé primaires (SSP) et le suivi des patients qui avaient subi des interventions chirurgicales, raconte Aurélien. Le nombre des cliniques mobiles a été progressivement porté à quatre unités, couvrant de nouveaux sites de regroupement spontané de populations et s’efforçant d’assurer un suivi plus régulier des personnes examinées. » Après une intervention dans un cadre particulièrement difficile, tant sur le plan physique que psychologique, Aurélien profite d’une période de repos au Cameroun après avoir travaillé sans relâche pendant un mois. Celle-ci est l’occasion pour lui de prendre du recul par rapport à la situation humanitaire encore fragile en Haïti, de réfléchir au sens de son engagement et de se ressourcer en prévision d’un retour sur la mission. « Il était évident pour moi de retourner en Haïti après cette période de repos, souligne-t-il, afin de poursuivre les programmes dont j’avais contribué à poser les bases, et de continuer à venir en aide aux sinistrés. »
Deux mois après le séisme, les activités d’A.M.I. sont redéployées et l’association peut de nouveau projeter ses programmes dans l’avenir. Aurélien reprend en main le programme SOG laissé en suspens. « Le processus de développement du programme de santé a suivi un parcours précis, tient à préciser Aurélien. Dans un premier temps, il s’agit d’identifier un local ou un bâtiment permettant d’accueillir les activités, qui soit suffisamment proche de la population ciblée tout en étant accessible depuis l’extérieur de cette zone vallonnée, notamment pour des questions de référencement d’urgence vers des centres hospitaliers. Parallèlement, il faut préparer les protocoles et fiches de poste pour le recrutement du personnel de la clinique, ainsi que les outils de collecte d’informations et de diagnostics. Dans un deuxième temps, la réhabilitation des locaux est menée conformément au parcours du patient dans le cadre de ses visites ou de ses consultations. Il convient de s’assurer notamment de la présence de portes et couloirs suffisamment larges pour faciliter la circulation des personnes et du matériel, d’accès à l’eau, de systèmes d’évacuation des déchets et d’un incinérateur pour garantir des normes d’hygiène satisfaisantes pour la réalisation d’activités médicales et obstétriques. Dans un troisième temps et lorsque l’état d’avancement du programme est arrivé à hauteur de 40 à 50 %, la population peut commencer à être sensibilisée à l’installation d’un centre de soins dans leur zone d’habitation, par l’intermédiaire des réseaux de travailleurs et d’animateurs communautaires. En conséquence, le recrutement local est lancé. Enfin, en préalable à l’ouverture des activités, le personnel local est formé aux procédures d’intervention et d’organisation des activités propres à A.M.I., au travers d’ateliers interactifs et de simulations de cas cliniques. Toutes ces activités sont menées dans le respect des normes et procédures validées par le MSPP »
En plus de contribuer à l’ensemble du processus de gestation du programme SOG, Aurélien participe à la mise en place du programme « santé Martissant », développé suite au tremblement de terre. Aurélien est venu en appui de l’équipe de coordination et du personnel local des cliniques mobiles oeuvrant dans le cadre du programme, notamment à travers l’établissement des protocoles de prise en charge des patients, en travaillant avec le référent médical en charge des cliniques mobiles. Il a par ailleurs contribué à la consolidation de la stratégie de l’association sur le long terme, au cours de la période d’urgence, en exploitant les évaluations disponibles et en dressant des projections de la consommation de médicaments.
« La situation très difficile en Haïti et le bouleversement des activités qui m’étaient dévolues durant ces quelques mois m’a empêché de m’immerger totalement dans la culture et la société haïtiennes, reconnaît Aurélien. Cependant, l’investissement personnel que j’ai pu apporter à mon travail et les efforts déployés par A.M.I. me donnent le sentiment d’être parvenu à aider Haïti et d’avoir contribué à améliorer à mon échelle les conditions d’existence d’une partie de la population. Ce cataclysme sans précédent dans la région m’a donné, comme à beaucoup d’autres présents lors de la catastrophe, l’obligation morale d’aider les Haïtiens. Il ne pouvait en être autrement. Intervenir en situation de crise n’empêche pas pour autant de prendre conscience de ses propres limites, de celles des organisations ou de chaque personne confrontée à une situation indicible. L’heure est maintenant à la reconstruction du pays et au soutien à apporter à la population dans le rétablissement des fondements sociaux et économiques de la société haïtienne. Haïti a besoin de partenaires, d’individus et de bailleurs financiers qui souhaitent accompagner la renaissance d’une nation, par elle-même et pour elle-même. »
NB : cet entretien a été réalisé le 16 avril dernier. Aujourd’hui, Aurélien Pekezou poursuit son engagement au sein des équipes d’A.M.I., en qualité de coordinateur médical pour le programme mené par l’association au Sud-Kivu (République Démocratique du Congo).
Retrouvez en ligne La Chronique n°96 d’A.M.I.
Alors que se tient actuellement (et jusqu’au 27 juillet) le sommet de Kampala, Julien Potet, responsable de plaidoyer pour Oxfam France revient sur la campagne Non assistance à mère en danger.
La Chronique n° 96
RCA : renforcement des capacités du personnel local en matière de soins obstétricaux et néonataux d’urgence
Entre 350 000 et 500 000 femmes meurent chaque année dans le monde de complications liées à la grossesse ou à l’accouchement. La quasi totalité de ces décès surviennent dans les pays en développement.
Depuis 2007, A.M.I. intervient en République centrafricaine où la situation sanitaire est préoccupante. Ces vingt dernières années, les indicateurs de santé (mortalité infantile, espérance de vie, etc.) se sont détériorés. Le taux de mortalité maternelle a doublé entre 1995 et 2003, passant de 683 à 1 355 décès pour 100 000 naissances vivantes, un des taux les plus élevés au monde.
A.M.I. contribue à la diminution de la mortalité materno-infantile dans la sous-préfecture des Mbrés, zone particulièrement enclavée où vivent 23 360 personnes dont 5 628 femmes en âge de procréer. L’équipe d’A.M.I. met en œuvre un programme de renforcement des capacités du personnel de santé local en matière de soins obstétricaux et néonataux d’urgence dans le centre de santé de référence (CSR) de la sous-préfecture et dans six postes de santé périphériques.
En 2009, Aurélien Pekezou Tchoffo, médecin urgentiste spécialisé en santé reproductive, a passé trois mois sur ce programme en tant que référent médical. Il nous livre un témoignage saisissant de son expérience.
Quelles sont les principales causes de mortalité materno-infantile en RCA ?
La faiblesse des soins explique en grande partie le taux élevé de mortalité materno-infantile. Les accouchements sont effectués dans des conditions d’hygiène déplorables par des matrones dont la majorité ne sont pas formées.
Un autre facteur non négligeable est le problème d’accessibilité aux soins pour les populations. D’une part, l’éloignement des postes de santé, en particulier dans les zones rurales, oblige certaines femmes à accoucher à domicile, ce qui augmente les risques de complications. D’autre part, la pauvreté des ménages limite l’accessibilité financière des femmes enceintes aux soins pré et postnataux et aux soins de qualité dispensés pendant et après l’accouchement dans une maternité.
Les causes directes de morbidité et de mortalité maternelles sont les hémorragies, les infections et l’éclampsie qui se traduit par des crises convulsives suivies d’un état comateux menaçant la vie du fœtus et de la mère. Les avortements pratiqués dans de mauvaises conditions ou les grossesses précoces chez les filles âgées de moins de 15 ans sont également des facteurs de risque considérable en RCA. Si toutes les femmes pouvaient bénéficier de soins de santé maternelle appropriés et être suivies par des sages-femmes qualifiées, bien des décès et complications pourraient être évités.
Quel était votre rôle au sein du programme d’A.M.I. ?
À mon arrivée, j’étais chargé d’évaluer l’état des salles d’opération et de stérilisation dans le centre de santé de référence (CSR) de la sous-préfecture des Mbrés. J’ai été frappé par la vétusté des infrastructures et des équipements qui ne répondaient à aucune des normes sanitaires nationales en vigueur. Dans la salle d’opération, les lits d’accouchement étaient imprégnés de sang séché et de sécrétions, les surfaces (mur, plafond, sol) étaient dégradées et fissurées, ce qui favorisait le dépôt de poussières et le développement des germes microbiens dans la pièce. Elle ne disposait pas de zone de transfert, pourtant essentielle pour éviter l’introduction de bactéries et de parasites dans le bloc opératoire et réduire ainsi les risques de contamination des patients. Les boîtes de chirurgie contenaient du matériel en bon état, mais on ne pouvait pas distinguer le matériel stérile du matériel contaminé. La salle de stérilisation était encrassée, mal organisée au niveau du stockage et les murs étaient noircis par la fumée provenant d’un réchaud à kérosène utilisé pour la stérilisation.
À l’issue de cette première phase d’évaluation, un plan de réhabilitation a été mis en place. Il s’agissait d’améliorer les conditions d’aseptisation pour réduire les risques de maladies nosocomiales. Pour cela, les équipements de prévention de l’infection pour le patient et le personnel ont été renforcés, des zones de transfert ont été aménagées et le bloc opératoire a été équipé de matériel adapté et de mobiliers de stockage.
Le deuxième volet de ma mission était de réaliser une évaluation des pratiques et des compétences des personnels de santé afin de leur proposer une formation pertinente.
Quels sont les acteurs de santé avec lesquels vous avez travaillé et quels types de formations leur avez-vous dispensés ?
Le personnel du CSR a été formé aux soins obstétricaux et néonataux d’urgence. À l’issue de cette formation théorique, chaque soignant doit être capable d’identifier les risques pouvant survenir lors de la grossesse et d’apporter une réponse adaptée à un accouchement difficile.
Ensuite, les matrones du CSR et des postes de santé ont été formées à la maternité à moindre risque. Car si elles sont capables d’assister un accouchement simple, elles rencontrent encore d’énormes difficultés en matière de détection des grossesses à risque et de référencement vers une structure plus adaptée. Toutes les matrones, qui se chargent également d’une part importante des accouchements à domicile, ont été identifiées en vue d’être formées aux consultations prénatales, à l’accouchement, à la reconnaissance et au référencement des grossesses à risque. Elles ont aussi bénéficié d’une initiation à l’usage du partogramme, l’outil de surveillance de la femme en travail d’accouchement qui permet de détecter tout problème et d’intervenir à temps. Enfin, elles ont été sensibilisées aux techniques de prévention de l’infection, comme l’entretien courant du matériel et des locaux.

Un accent particulier a été mis sur les interventions chirurgicales d’urgence. La salle d’opération du CSR de la sous-préfecture est tenue par un infirmier diplômé d’État. Il est le seul employé qui possède des compétences médicales. Il n’existe ni obstétricien, ni chirurgien, ni anesthésiste. Lors de complications pendant l’accouchement, par exemple quand la tête de l’enfant est trop grosse pour le bassin de la femme ou que le fœtus est en position anormale, la patiente peut avoir besoin d’une césarienne pour assurer sa survie et celle de l’enfant. Cette pratique est rare dans le CSR puisque seulement 2,38 % des accouchements sont réalisés par césarienne, alors que l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) estime que 10 à 15 % des grossesses nécessitent ce type d’intervention. Par ignorance, les matrones conduisent par voie basse des accouchements qui en principe devraient être réalisés par césarienne, ce qui est la cause de nombreux décès et pathologies graves du nouveau-né.
Afin d’assurer l’application des enseignements reçus, une formation pratique a eu lieu sous forme de supervision quotidienne. Les équipes A.M.I. ont assuré la continuité de cette supervision et le compagnonnage des pratiques du personnel de santé formé.
En 2010, face aux nombreux besoins encore non couverts en matière de renforcement des capacités locales, ce programme est poursuivi et renforcé, notamment à travers la formation du personnel soignant aux activités de planning familial et la mise en place d’outils pour assurer le suivi des patients.
A.M.I. soutient la campagne « Non-assistance à mère en danger » initiée par Oxfam France, Médecins du Monde, Action for Global Health et Avocats pour la Santé dans le Monde.
RDC : ouverture d’une mission dans la province de l’Équateur
Depuis 2001, Aide Médicale Internationale (A.M.I.) intervient au Sud-Kivu, une province de la République démocratique du Congo (RDC). Face aux nombreux besoins encore non couverts en matière d’accès aux soins de santé primaires dans le pays, A.M.I. ouvre un programme dans la province de l’Équateur, au nord-ouest de la RDC.
Arnaud Tonnellier, responsable du développement opérationnel, est à l’origine de ce projet. Depuis février 2010, il réalise une veille sur la situation humanitaire du district du Sud-Ubangi (Équateur). Du 16 mars au 7 avril, suite aux alertes émanant d’autres acteurs humanitaires, il s’est rendu sur place. Accompagné d’Eric Assani, adjoint au coordinateur médical de la mission au Sud-Kivu, ils ont identifié les besoins et les zones d’intervention les plus pertinents.
Quel est le contexte actuel en Équateur ?
En 2009, de violents affrontements ont éclaté dans la localité de Dongo entre deux ethnies, les Boba et les Lobala. Un désaccord quant à la propriété d’étangs poissonneux, source de revenus indispensable dans un contexte de crise économique, est à l’origine de ce conflit. Le bilan de ces affrontements est lourd. On compte plusieurs centaines de morts, plus de 200 000 réfugiés au Congo Brazzaville et en République centrafricaine et des dizaines de milliers de déplacés dans les localités environnantes.
Début 2010, même si le contexte sécuritaire tend à se stabiliser, de nombreux problèmes humanitaires corollaires au conflit suscitent l’inquiétude de la communauté internationale. Le système de santé, déjà fragile avant le conflit, s’est considérablement dégradé. Les infrastructures sanitaires sont dépouillées et détruites, et l’accès aux médicaments et au matériel médical est impossible. Le manque d’eau potable et l’absence de personnel soignant entraînent la recrudescence de certaines maladies (paludisme, diarrhées, etc.). Les centres de santé n’ont pas les moyens de répondre à l’urgence actuelle et la population doit faire face à des conditions de vie très difficiles.
Avez-vous identifié le lieu d’intervention d’A.M.I. ?
A.M.I. interviendra dans la zone de santé de Bokonzi, localité du territoire de Kungu dans le district du Sud-Ubangi. Cette zone a été la plus touchée par les conflits. Elle compte environ 170 000 personnes et 16 aires de santé. L’acheminement de l’aide y est rendu très difficile du fait de son enclavement et du mauvais état des routes. Avec une saison des pluies qui s’étend sur la moitié de l’année, celles-ci sont transformées en mares d’eaux sablonneuses et boueuses.
Quelles sont les activités qu’A.M.I. souhaite mettre en place sur cette zone et comment les avez-vous définies ?
Le choix du lieu d’intervention ainsi que des modes d’action découlent de longues concertations avec les autorités sanitaires locales, les personnels des centres de santé et les leaders communautaires et religieux.
A.M.I. viendra en appui à neuf aires de santé, soit 50 000 bénéficiaires directs de ses actions. L’objectif est de renforcer le système de santé existant, sans se substituer à lui, afin de répondre au mieux aux besoins de la population en termes d’accès aux soins de santé primaires. L’intervention d’A.M.I. inclura la réhabilitation de structures de santé, l’approvisionnement en matériel médical et en médicaments et le renforcement des capacités locales par la formation et la supervision du personnel de santé. Si certaines ONG sont venues en aide aux réfugiés et aux déplacés, rien n’a été mis en place pour permettre aux structures sanitaires de la zone de santé de Bokonzi de répondre aux besoins des personnes retournées ou résidentes.
Quelles sont les prochaines étapes avant le démarrage du programme ?
L’ouverture d’une mission nécessite un long travail en amont. Du 6 au 23 juillet prochain, je me rendrai sur place accompagné d’une première équipe composée de deux personnes afin d’organiser et de planifier la mise en œuvre des activités aux niveaux logistique et administratif (transport, communication, habitation, etc.). Il s’agira également d’approfondir les contacts avec les autorités locales, les partenaires de santé, les intervenants nationaux et internationaux de la zone afin d’assurer la coordination de nos activités. Il est essentiel d’établir des contacts fiables afin d’assurer une transmission rapide et efficace des informations liées à la sécurité. Si aujourd’hui la situation semble s’être apaisée sur la majeure partie du secteur, des mouvements insurrectionnels peuvent éclater à tout moment. Aussi, il faut réévaluer les contraintes liées au terrain, trouver des solutions pour les gérer et faire les ajustements nécessaires.
En parallèle, la diffusion de l’information sur la mise en place de ce programme auprès des populations concernées sera amorcée. Pour cela, nous favoriserons l’implication et la mobilisation des acteurs communautaires.
Quel est l’objectif de votre partenariat avec Première Urgence ?
En effet, cette mission sera mise en œuvre dans le cadre d’un consortium opérationnel avec l’organisation humanitaire Première Urgence (PU). Pour ces derniers, il s’agit d’intervenir dans le domaine de la sécurité alimentaire par la distribution d’intrants agricoles (semences et outils) afin de relancer l’activité économique et éviter que les conflits ne ressurgissent. A.M.I. souhaite apporter un appui aux structures médicales et au personnel de santé. Étant donné la crise humanitaire sur cette zone, nous avons la volonté d’apporter, ensemble, une réponse sur deux axes prioritaires, à savoir la santé et la relance agricole.
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Haïti : porter la solidarité au-delà de la crise
300 000 morts. 300 000 blessés. 1,3 million de sans-abri. Les estimations de la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH) viennent rappeler l’ampleur du cataclysme qui a frappé Port-au-Prince et ses environs le 12 janvier dernier. Depuis des années déjà, Haïti se débat dans l’instabilité politique et le marasme économique. La majorité de la population haïtienne vit sous le seuil international de pauvreté, tandis que la fragilité de son système de santé se traduit par des taux de mortalité infantile (54 décès pour 1 000 naissances, en 2008) et maternelle (670 décès pour 100 000 naissances, en 2005) les plus élevés de l’hémisphère nord. Près de trois mois après la conférence des bailleurs de fonds de New York, une cinquantaine de pays donateurs s’efforcent de traduire leurs engagements de 10 milliards de dollars sur cinq ans pour Haïti, en développant un projet de solidarité internationale au-delà de la crise.Administrateur de retour de mission, Alexandre Schwall évoque son expérience en Haïti dans la période de post-urgence, qui a suivi la première phase de recherche et d’assistance aux victimes du séisme. Il relate par la même occasion son parcours au sein d’Aide Médicale Internationale.
Au cours de son Master en gestion des situations de crise suivi à l’Université Paris 1 Panthéon–Sorbonne, Alexandre réalise un stage de six mois au siège d’A.M.I. à Pantin, en tant qu’assistant desk du responsable de programmes sur les missions en Haïti, au Soudan et en Afghanistan. À l’issue de cette première expérience de suivi des activités, il se voit offrir l’opportunité de mettre à profit sur le terrain les compétences de supervision et de reporting qu’il a développé, en partant en mission pour trois mois au Yémen. Administrateur, il est alors chargé d’assurer la gestion administrative de la mission et de former un administrateur local pour le remplacer. Quelques mois après son retour en France, A.M.I. lui propose de participer aux nouvelles activités de l’association en Haïti suite au tremblement de terre du 12 janvier.
Dans les semaines qui suivent la catastrophe, A.M.I. travaille à la consolidation et à la pérennisation des ses activités de soin et de prévention à destination de la population de Port-au-Prince. Une mission de primo-urgence a été menée dans un premier temps pour répondre aux besoins des sinistrés en termes d’interventions chirurgicales. Les activités d’A.M.I., établies depuis de nombreuses années dans la capitale haïtienne, ont été directement affectées par le séisme, en raison du bouleversement de la géographie urbaine et de l’explosion des besoins à couvrir. « Venu en soutien au coordinateur administratif et financier, j’ai été chargé dans un premier temps, explique Alexandre, de regrouper et classifier l’ensemble des données éparpillées par le séisme et qui pouvaient être facilement récupérées dans les décombres des bureaux de l’association. À cela sont venues s’ajouter rapidement la gestion de la trésorerie en collaboration avec le comptable local et la supervision du recrutement d’une trentaine de personnels locaux, afin de faciliter la réorganisation et l’agrandissement de la mission suite à la mise en place de nouvelles activités liées aux événements du 12 janvier. »
Alexandre souligne « qu’il était important de maintenir le fonctionnement administratif de la mission, malgré le contexte difficile qui prévalait. Le soutien apporté à l’infrastructure de la mission a permis une réorganisation rapide et efficace des activités une fois celles-ci adaptées aux nouveaux besoins de la population et aux solutions susceptibles d’être apportées par les équipes d’A.M.I. » Une véritable supervision a pu être mise sur pied entre l’équipe de coordination dirigée par le chef de mission et les bases des programmes en faveur des enfants et jeunes des rues (EJDR) et de soins obstétricaux gratuits (SOG), auxquels est venu s’ajouter le programme « santé Martissant » en réponse au séisme. Dans le cadre de sa mission courte, Alexandre a assuré l’organisation des dossiers administratifs de la mission, la rédaction d’un guide de gestion des tâches administratives et des ressources humaines, ainsi que la formation d’une assistante ressources humaines locale. « Au-delà du traumatisme ressenti par la population haïtienne, A.M.I. a été en mesure de répondre au désir d’investissement et de responsabilisation des Haïtiens, en permettant à certains d’entre eux de collaborer aux programmes de santé développés par l’association, note Alexandre. Pour ma part, j’ai eu le temps de transmettre et d’expliquer les compétences nécessaires à la future assistante ressources humaines. J’ai aussi été amené à expliquer les particularités du travail en milieu humanitaire et les responsabilités propres à cet engagement au reste du personnel haïtien nouvellement recruté. »
« Cette expérience enrichissante m’a permis d’apprécier le volontarisme et le courage dont font preuve bon nombre d’Haïtiens, et de dépasser la vision catastrophiste et misérabiliste véhiculée dans les médias, confie Alexandre. Il n’en est pas moins vrai que la situation humanitaire reste encore très fragile sur place et que nombre de besoins vitaux ne sont pas complètement satisfaits (soins, nourriture, eau, sanitaires, abris). Il a été difficile pour moi de partir au terme de ma mission, au regard des relations nouées avec les équipes face à l’adversité et des besoins immenses sur place. L’impatience exprimée parfois par une frange de la population qui ne semble pas percevoir d’amélioration considérable de leur vie quotidienne me parait compréhensible et doit inciter à redoubler d’efforts. » Il est important de noter que la reconstruction reste un processus long et progressif. Alexandre a ainsi clairement participé à la consolidation et à la redéfinition des activités d’A.M.I. en Haïti. Et c’est fort de cette expérience marquante et éprouvante qu’il poursuit son parcours dans le secteur humanitaire, et notamment sa collaboration avec A.M.I., en retournant sur la mission de l’association au Yémen en tant qu’administrateur.
Assemblée générale d’Aide Médicale Internationale : élection du conseil d’administration de l’association
Celui-ci est composé comme suit :
Bureau
Président : Dr Philippe Augoyard (president@amifrance.org)
Vice-Président : Geoffroy Malcor
Secrétaire générale : Dr Omolade Alao
Secrétaire générale adjointe : Dr Hélène Tevissen
Trésorier : Benoît Lagente
Trésorier adjoint : Alain Coillot
Administrateurs
Guillaume Huon de Kermadec
Suppléants
Isabelle Bioh-Johnson
Valérie Brunel
Dr Laurent Moreau
Campagne Non-assistance à mère en danger : interview de Julien Potet (Oxfam France)
Julien Potet est responsable de plaidoyer pour Oxfam France. Depuis février dernier, il est chargé, en lien avec des partenaires (MDM, le réseau Action for Global Health et Avocats pour la santé dans le monde) et les soutiens de l’opération (une quinzaine d’ONG dont A.M.I.), de la campagne Non-assistance à mère en danger.
Quels constats sont à l’origine de cette campagne… et pourquoi l’avoir axée précisément sur la santé maternelle ?
Différents éléments nous ont amené à mettre en œuvre cette campagne de sensibilisation. Le premier d’entre eux est que la santé maternelle dans les pays du Sud n’est absolument pas satisfaisante. En effet, entre 350 000 et 500 000 femmes décèdent pendant la grossesse ou l’accouchement. D’autres souffrent de lésions et d’handicaps à vie après avoir donné naissance à un enfant. Et pourtant, la santé maternelle constitue un des huit Objectifs du millénaire pour le développement (OMD). Ce 5e OMD – Améliorer la santé maternelle – comporte deux cibles principales : réduire de trois quarts, d’ici à 2015, le taux de mortalité maternelle observé en 1990, et atteindre, en 2015, l’accès universel à la santé procréative.
Au-delà de ce constat très alarmant, et de notre volonté de mettre cette thématique en haut de l’agenda, ce qui a retenu notre attention est qu’à travers ce sujet, il est possible d’envisager un nombre important de questions de fonds. En partant de cette problématique spécifique, et des réponses à lui apporter, il est nécessaire d’envisager les systèmes de santé des pays du Sud dans leur globalité et d’élargir à la question du droit à la santé.
Qu’en est-il aujourd’hui des financements internationaux destinés à la mise en œuvre de programmes de santé de moyen et long terme ?
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande que les pays du Nord accordent 0,1 % de leur PIB à la santé au Sud. Pourtant en France, seule la moitié de ce pourcentage y est consacrée. C’est la raison pour laquelle la campagne Non-assistance à mère en danger s’adresse aux responsables politiques français, afin qu’il y ait une mobilisation forte et que l’aide en santé soit à la hauteur des besoins.
Cela étant, le financement des programmes d’accès aux soins est un point essentiel, mais pas suffisant. Il faut aussi un engagement fort au Sud sur des actions ciblées mais également sur la structuration même des systèmes de santé. En effet, plus de trente ans après la conférence d’Alma-Ata, qui mettait au cœur des débats les soins de santé primaires, on constate que les financements des programmes de santé délaissent encore trop les zones rurales et se concentrent peu sur les droits sexuels et la planification familiale. Il y a, sur ce dernier point, un manque patent de volontarisme politique.
Justement, de quels efforts concrets dépend l’effectivité du droit à la santé pour les femmes ?
Pour les organisations engagées dans la campagne, trois facteurs sont déterminants pour rendre effectif le droit des femmes à la santé : les financements internationaux, dont nous avons parlé, mais aussi la gratuité des soins et la formation (et la fidélisation) des personnels de santé du Sud.
Il est important de faire quelques rappels sur ces deux derniers points, qui constituent des barrages très forts à l’accès aux soins. Le coût des consultations et des médicaments est ainsi impossible à prendre en charge pour une majorité de familles du Sud. En matière de soins obstétricaux, cette réalité a des conséquences dramatiques, même si certains pays ont réagi en instaurant d’importants dispositifs de prise en charge. Ainsi, la Sierra Leone assure désormais la gratuité des soins pour les femmes enceintes, les femmes allaitantes et les enfants de moins de cinq ans… D’autres initiatives se font jour, comme des mutuelles de santé : dans les zones où ce système est testé, les mutuelles (qui nécessitent une cotisation malheureusement hors d’accès pour les plus pauvres), permettent à des groupes de personnes d’accéder enfin à des soins de qualité. Encore faut-il pour cela que des professionnels de santé exercent en nombre suffisant. C’est là un enjeu majeur, car la pénurie des personnels de santé au Sud est une réalité : pour aller contre, il faut non seulement accentuer la formation initiale mais aussi fidéliser les médecins, sages-femmes et infirmiers en améliorant leurs conditions de travail et leurs conditions de vie. Les grands bailleurs internationaux, comme la Banque mondiale, commencent à s’intéresser à cette problématique, quand bien même les solutions nécessitent des dépenses publiques importantes (qui ne coïncident pas tout à fait avec l’orthodoxie financière prônée par ce type d’institutions…). Le récent rapport de l’Unicef sur la paupérisation de certains des professionnels de santé du Sud témoigne de cette prise de conscience, qu’il faut désormais prolonger par des actions de terrain de grande ampleur…
Quels sont les prochains rendez-vous durant cette campagne ?
La campagne que nous avons initiée en février dernier se déroulera jusqu’en septembre. Les semaines à venir vont être particulièrement riches en événements marquants dont nous espérons que des avancées notables émergeront.
Le premier rendez-vous est le sommet des chefs d’États et de gouvernements européens, qui se tiendra à Luxembourg les 17 et 18 juin, durant lequel devrait se dessiner une stratégie européenne en matière d’OMD. Le deuxième rendez-vous est la réunion du G8 à Huntsville (Canada) les 25 et 26 juin. À cette occasion, un plan relatif aux OMD 4 (réduire la mortalité infantile) et 5 devrait être adopté. Si tel est le cas, une enveloppe spécifique devrait être attribuée pour financer des programmes… la question étant de savoir s’il s’agirait alors de fonds supplémentaires, ou de réaffectations de budgets précédemment alloués à d’autres actions de solidarité. Enfin, après le sommet de l’Union africaine, qui se tiendra du 19 au 27 juillet à Kampala, et sera l’occasion d’aborder les droits des femmes du continent, aura lieu le sommet sur les OMD. Dernière chance de voir des avancées significatives prendre corps, ce sommet, qui se tiendra à New York du 20 au 22 septembre prochain, devrait être l’occasion de relancer les efforts des gouvernements (notamment en matière de formation des personnels de santé et de gratuité de l’accès aux soins) en vue de réaliser les objectifs définis en 2000.
Tous ces rendez-vous internationaux seront l’occasion de mieux faire connaître notre campagne et de promouvoir les sujets liés à la santé dans les pays du Sud. Nous serons présents au sommet du G8 pour suivre les débats et porter la parole de la société civile, notamment celle des pays concernés. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous travaillons en lien avec des Ong africaines. Nous nous efforçons parallèlement de réunir un maximum d’informations, d’analyser les pistes de travail envisagées pour ces différents sommets.
Quels résultats concrets attendez-vous ?
Cette campagne s’achèvera à la fin du mois de septembre, après le sommet de New York. Nous pourrons alors établir un bilan de la mobilisation, et plus largement mesurer l’impact probable des décisions qui auront été prises entre juin et septembre. Quoi qu’il en soit, une chose est malheureusement à peu près certaine : les cibles de l’OMD 5 (améliorer la santé maternelle) ne seront pas atteintes en 2015. Il ne faut pas pour autant être défaitiste, bien au contraire : il reste encore cinq années pour agir, renforcer et multiplier les initiatives, pour passer à une échelle globale de telle sorte que l’on se rapproche le plus possible de l’objectif. Des efforts importants ont été entrepris en matière de lutte contre le VIH/Sida et de lutte contre le paludisme. Les soins de santé primaires, et la santé maternelle notamment, méritent eux aussi une mobilisation forte de la communauté internationale.
Pus d’information sur la campagne Non-assistance à mère en danger sur www.santepourtoutes.org
Haïti : ouverture d’une clinique obstétricale à Port-au-Prince
En Haïti, les données concernant la mortalité infantile et maternelle témoignent de l’insuffisante prise en charge des grossesses. Au 1er janvier 2009, le taux de mortalité infantile était évalué à 59,69 ‰ naissances (contre 3,33 ‰ en France).
Selon le ministère haïtien de la Santé publique et de la Population, 2 900 femmes et jeunes filles meurent chaque année suite à des complications liées à la grossesse et à l’accouchement. Aujourd’hui, un grand nombre de ces décès pourrait être évités. Face à ce constat, les équipes d’A.M.I ont décidé d’agir dans le quartier de Martissant, un bidonville de Port-au-Prince. Les causes de mortalité materno-infantile y sont exacerbées en raison de l’éloignement des centres de santé et du coût trop élevé des soins obstétricaux (consultations, médicaments et déplacement) au regard des capacités financières des habitants.
La mise en place d’une clinique dédiée aux soins obstétriques était initialement prévue pour début 2010, mais le violent tremblement de terre du 12 janvier a conduit les équipes d’A.M.I. à concentrer leurs actions et leurs moyens au rétablissement de l’accès à des soins de santé primaires pour les populations affectées par le séisme. Le programme est aujourd’hui relancé, parallèlement aux activités de post-urgence. Afin de participer à l’effort de diminution de la mortalité materno-infantile à Port-au-Prince, l’un des enjeux majeurs est de renforcer l’accès aux soins de santé maternelle. Accompagnant la politique de santé publique du gouvernement haïtien, A.M.I. propose de fournir des soins obstétricaux à Martissant. À travers la gratuité des soins, ce projet participera, à terme, à l’organisation progressive d’une protection sociale en Haïti.
Le programme, actuellement en cours de mise en œuvre, nécessite un long travail en amont. Après avoir identifié les locaux destinés à la mise en place de la clinique obstétricale, celle-ci est en cours de réhabilitation par les équipes d’A.M.I. Elle sera ensuite approvisionnée en médicaments et en équipements médicaux et devrait être opérationnelle à la fin du mois de juin. Une autre étape importante est de mobiliser la communauté en relayant l’information sur la mise en place de ce programme auprès des associations de quartier, des partenaires locaux et des populations concernées, etc. L’ensemble des acteurs locaux est conscient du besoin réel en matière d’accès à la santé maternelle et est très réceptif à l’ouverture de cette clinique.
Une fois la clinique opérationnelle, les interventions d’A.M.I. s’étendront sur deux axes : des soins préventifs et des soins curatifs qui seront dispensés aux femmes en âge de procréer, aux femmes enceintes et aux enfants de moins de 12 mois. Un accent particulier sera mis sur le renforcement des capacités locales, l’implication et la mobilisation des partenaires locaux et des communautés. Il s’agit de favoriser la pérennisation des résultats, l’appropriation durable des bonnes pratiques sanitaires, hygiéniques et nutritionnelles et l’amélioration de la santé reproductive.
Bénéficiaires indirects : la totalité des habitants des zones de Martissant, soit 100 000 personnes.
Bénéficiaires directs : 30 434 personnes.
Objectifs
Nombre d’accouchements attendus sur une année : 3 825
65 % des femmes enceintes sont prises en charge
40 % des accouchements également
50 % des nourrissons sont vus en consultations post-natales
80 % des femmes en âge de procréer participeront aux activités d’éducation à la santé
A.M.I. soutient la campagne « Non-assistance à mère en danger » initié par Oxfam France, Médecins du Monde, Action for Global Health et Avocats pour la Santé dans le Monde.
Haïti : retrouver ses racines, aider un pays à se relever
Ilot de pauvreté situé au cœur des Caraïbes, Haïti est marqué depuis des années par une instabilité politique chronique et un appareil économique en profonde déliquescence. La majorité de la population haïtienne vit sous le seuil international de pauvreté, tandis que la fragilité de son système de santé se traduit par des taux de mortalité infantile (54 décès pour 1 000 naissances, en 2008) et maternelle (670 décès pour 100 000 naissances, en 2005) les plus élevés de l’hémisphère nord. Alors que la densité croissante de la population haïtienne et la dégradation avancée des infrastructures et de l’environnement avaient déjà rendu le pays particulièrement vulnérable, le tremblement de terre qui a frappé Port-au-Prince et ses environs le 12 janvier dernier est venu ajouter son lot de malheurs et de destructions, avec ses centaines de milliers de victimes, de blessés et de sans-abri.De retour en France après une mission courte d’un mois en Haïti en tant que référent médical, Léoine Pierre nous fait part de son sentiment sur la particularité de participer à une mission humanitaire dans son propre pays d’origine ravagé par une catastrophe sans précédent.
« Infirmière de formation, j’ai validé une Licence en Sciences sanitaires et sociales à Paris, avant de suivre une spécialisation en Santé publique et santé communautaire au sein de l’Institut de formation et d’appui aux initiatives de développement (IFAID) à Bordeaux », rappelle Léoine. Elle a eu par la suite l’opportunité de mettre en application les compétences développées au cours de sa formation dans le cadre d’une mission humanitaire d’un an avec Aide Médicale Internationale au Sud-Kivu, dans l’est de la République démocratique du Congo. Revenue de cette expérience « aussi éreintante que formatrice », Léoine prend le temps de fonder une famille, avant de « réinvestir en France les compétences développées à l’étranger », notamment au sein d’une association locale de lutte contre les addictions et l’alcoolisme en lien avec la municipalité de Nantes. « Toujours désireuse de partir en mission humanitaire, sans forcément sacrifier sa vie de famille », elle retrouve les équipes d’A.M.I. dans les semaines qui suivent le séisme, pour participer à la redéfinition des activités de la mission à Port-au-Prince, où l’association est engagée auprès des enfants et jeunes des rues depuis 2004.
Dans le cadre du dispositif d’urgence et d’adaptation des programmes existants mis en place par A.M.I., Léoine est venue « soutenir l’infirmière d’urgence pour la supervision RH et qualité des cliniques mobiles sillonnant les rues, participer aux discussions et négociations concernant les projets de soutien à des centres de santé et le développement des activités, appuyer le pharmacien dans l’identification des fournisseurs et la gestion des stocks de médicaments, tout en accompagnant la consolidation des activités et la prise en charge de certaines fonctions logistiques ». Cette multiplicité des tâches rendue nécessaire par la gravité de la situation n’a pas été sans entraîner « certaines difficultés d’adaptation pour réussir à trouver son rythme sur une mission d’une durée aussi courte ».
Née dans la commune de Dessalines (Artibonite), nommée en hommage au héros révolutionnaire et premier dirigeant de la République haïtienne, Léoine a quitté l’île au cours de son enfance tout en conservant de la famille à Pétionville, dans la banlieue de Port-au-Prince. Bouleversée par la catastrophe, elle a néanmoins su « convaincre les équipes d’A.M.I. quant à sa capacité à prendre du recul face aux évènements pour réussir à assumer ses nombreuses responsabilités sur le terrain ». Elle confie d’ailleurs s’être sentie dans un premier temps « rassurée concernant l’état apparent des infrastructures dans la capitale haïtienne puisque, malgré l’ampleur de la tragédie humaine, nombreux sont les bâtiments restés debout ». Léoine dit être parvenue à tirer parti de son « rapport ambivalent à la catastrophe haïtienne », puisque son absence du pays lors de la catastrophe lui a permis de « conserver la distance nécessaire à son travail face aux destructions », tandis que sa connaissance de la langue créole et des procédures d’intervention d’A.M.I. l’ont « aidée à être rapidement opérationnelle tout en se faisant accepter plus facilement par une population meurtrie et repliée sur elle-même ». Savoir mettre de côté ses souffrances, sans forcément chercher à les étouffer ou à les exorciser en se tuant à la tâche, lui a permis, explique-t-elle, d’assurer la charge de ses activités sur toute la durée de la mission, et ainsi être en mesure d’apporter, à son échelle, sa contribution au rétablissement de son pays d’origine. Tout au long de sa mission, Léoine s’est efforcée de « ne jamais oublier les besoins de la population haïtienne, tout en ayant conscience de ses propres limites, mais aussi de la patience et de la détermination nécessaires à la reconstruction et au développement d’Haïti pour les années à venir ».
A.M.I. au Salon des Solidarités à Paris les 4, 5 et 6 juin 2010
Fort du succès rencontré lors des éditions précédentes, pour l’édition 2010 ce sont 25 000 visiteurs qui sont attendus pour participer à cet événement de rencontre et de dialogue entre le grand public, les professionnels de la solidarité, les médias et les porteurs de projet. De nombreux secteurs seront représentés et relayés par des animations telles que des conférences, ateliers, débats, expositions, etc.
Venez rencontrer, questionner, dialoguer avec les équipes d’A.M.I. qui vous accueilleront sur le stand, présenteront les activités d’A.M.I. et répondront à vos questions.
Caroline Antoine, référente médicale A.M.I., participera à la conférence « La solidarité, un engagement pour tous » - salle SIRIUS le samedi 5 juin de 11h00 à 12h30.
Plus d’information sur le programme des conférences :
www.salondessolidarites.org/visitez/programme/conferences
Informations générales et pratiques :
www.salondessolidarites.org/accueil
RDC : renforcer les capacités du système de santé pour préparer la transition
La mission d’Aide Médicale Internationale au Sud-Kivu a pour objectifs principaux l’accès des populations les plus vulnérables aux soins de santé primaires, le renforcement des capacités des acteurs de santé locaux, l’amélioration de l’accès aux soins de santé de référence ou spécifiques (pédiatrie, maternité, etc.) et la lutte contre la propagation du VIH/Sida.Anthropologue de formation, Pierre Assenmaker a toujours été très sensible à la différence culturelle. Après avoir travaillé sur un programme de recherche intitulé « gestion environnementale participative en Afrique centrale » (GEPAC) à l’Université Libre de Bruxelles, il a ouvert une mission de lutte contre le VIH/Sida à Maroua, au nord du Cameroun, en tant que coordinateur pour l’association Actions de Solidarité Internationale. Pierre a rejoint les équipes d’A.M.I. en octobre 2009 en tant que responsable de projet en République démocratique du Congo. De passage à Paris après 6 mois passés sur la base opérationnelle de Baraka (Sud-Kivu), il nous livre son regard sur la mission.
En tant que responsable de projet, quel est votre rôle dans les activités d’A.M.I. ?
Mon rôle est de superviser les services administratif et logistique de la base ainsi que le travail qui est fait dans les centres de santé. J’évalue, en collaboration avec le ministère de la Santé, les pratiques du personnel de santé formé. Je m’assure ainsi que les activités qui ont été prévues sont bien mises en œuvre et veille à leur bon déroulement.
L’une des perspectives d’A.M.I. en RDC est de poursuivre le renforcement des capacités du personnel local en vue de permettre sa passation progressive. Qu’en est-il aujourd’hui ?
Pour assurer la pérennité de ses actions, A.M.I. fait le choix de travailler en étroite collaboration avec les autorités sanitaires locales, et notamment le bureau central de la zone de santé (BCZ), émanation locale du ministère de la Santé. L’ensemble des centres de santé appuyés par notre organisation étant sous la responsabilité de ce bureau central, nous nous devons de réfléchir avec eux à des moyens efficaces pour assurer la transition et entamer un processus de reprise progressif. Le gros défi aujourd’hui est de mettre en place un système sanitaire qui fonctionne sur le long terme.
Depuis 2008, A.M.I. a amorcé un processus de désengagement des centres de santé qui ont acquis une autonomie suffisante pour poursuivre seuls les actions amorcées avec notre soutien. Cette démarche doit cependant être organisée par étape. Seul expatrié sur la base de Baraka, j’ai repris le travail initié par mes prédécesseurs afin de préparer la transmission progressive des structures de santé aux acteurs locaux.
Dans cette optique, de nouveaux outils opérationnels sont peu à peu établis. Parmi eux, la mise en place d’une nouvelle grille d’évaluation du personnel de santé plus exigeante doit encourager les acteurs locaux à s’impliquer davantage. Ensuite, un système de recouvrement partiel des coûts permet d’assurer l’autonomisation de l’approvisionnement en médicaments. Pour cela, la gratuité des médicaments assurée jusqu’à présent laissera place à une tarification minime qui s’élève à 20 % de leur prix réel, excepté pour les indigents qui seront pris en charge gratuitement. A.M.I. veille à ce que cette tarification soit adaptée pour conserver les avancées en termes d’accès aux soins. Enfin, le circuit d’approvisionnement des médicaments dans les zones de santé est révisé. L’objectif est que les agents des structures viennent s’approvisionner en médicament auprès de la pharmacie zonale, qui deviendrait le seul maillon d’approvisionnement de chaque zone de santé, et se chargent du transport.
Quelles seront les priorités lors de votre retour à Baraka ?
Tout d’abord, il est nécessaire de lancer les négociations avec le BCZ pour la signature d’un nouveau protocole d’accord qui redéfinirait les modalités d’attribution de la prime de performance allouée au personnel local. Selon les nouvelles modalités, le versement de cette prime sera subordonné à la qualité du travail et à l’implication de chacun. Ce nouveau système de prime a pour but de créer une motivation supplémentaire pour que les collaborateurs locaux donnent le meilleur d’eux-mêmes et qu’ils soient incités à assimiler des automatismes, en particulier au niveau de l’hygiène.
Ensuite, l’une des priorités est d’assurer la pérennité de l’acheminement des médicaments et du matériel médical sur la presqu’île d’Ubwari. Actuellement, assuré par les équipes d’A.M.I. via une pirogue, cet acheminement devra être géré directement par les centres de santé. Un système de transport en pirogues a été mis en place par l’association pour permettre au comité de gestion local d’orienter les femmes présentant une grossesse à risque vers des centres de soins adaptés situés hors de la presqu’île. À terme, ce réseau de pirogues devra également supporter l’acheminement des médicaments. Pour cela, il faut amorcer des réflexions avec le BCZ, la communauté et le personnel des centres de santé afin de les sensibiliser et de les impliquer dans la gestion opérationnelle et financière de ces pirogues.
En tant qu’anthropologue, avez-vous réfléchi à des moyens plus particuliers pour renforcer l’impact des actions d’A.M.I. sur les communautés ?
Les activités de prévention et de sensibilisation portant sur la propagation du VIH/Sida et sur la santé materno-infantile (santé génésique, consultations pré et post-natales, etc.) représentent un volet important des actions développées par A.M.I.
En tant qu’anthropologue, je cherche aussi à appréhender de nouvelles méthodes de communication plus adaptées à la culture locale afin de renforcer l’impact de nos actions de sensibilisation. J’ai notamment réfléchi, avec un infirmier du personnel A.M.I., à une méthode d’enquête sur les rites d’initiations qui marquent l’accession des femmes à la maturité (le mariage par exemple). Lors de ces rites de passage, plusieurs informations concernant le comportement sanitaire des femmes sont transmises entre les générations. On pourrait donc envisager d’intégrer à ces rituels des messages de sensibilisation sur les enjeux de la santé publique.
Pour Pierre, cette démarche s’inscrit dans la volonté de voir les activités d’A.M.I. s’implanter durablement dans les habitudes de la communauté et ainsi permettre, à terme, la passation aux acteurs locaux.
Afghanistan : adapter le fonctionnement administratif à l’évolution des activités
Arrivée au terme de sa mission en Afghanistan, Marie-Gabrielle Bozzoni nous éclaire sur l’importance de la gestion des tâches administratives, dans le cadre de l’adaptation du fonctionnement de la mission à l’évolution des activités.Diplômée d’une école de commerce, Marie-Gabrielle a eu l’opportunité de prendre un congé de solidarité internationale (CSI) de six mois au sein de l’entreprise privée pour laquelle elle travaillait depuis six ans. Elle a pu ainsi participer à une mission d’entraide à l’étranger et assouvir son envie de connaître, de l’intérieur, le monde de l’humanitaire. Marie-Gabrielle a décidé de mettre à profit ses compétences administratives au sein d’Aide Médicale Internationale, en tant que coordinatrice administratif et financier (CAF) sur la mission Afghanistan. Présente depuis trente ans dans le pays, l’association participe depuis 2003 au rétablissement du système de santé amorcé par le ministère afghan de la Santé (MoPH), notamment à travers la mise en œuvre du Basic Package of Health Services (BPHS) et de l’Essential Package of Hospital Services (EPHS) dans la province de la Kunar (nord-est).
« Rattaché directement au chef de mission, auquel il rend compte de ses activités et fait valider les procédures et décisions importantes, le CAF est responsable de la gestion administrative et financière de la mission », rappelle Marie-Gabrielle. Durant la première moitié de sa mission, elle a été « chargée de la finalisation de la passation à d’autres acteurs humanitaires des programmes menés dans les provinces du Laghman et de Samangan, au niveau administratif et financier ». Ce transfert d’activités préparé largement en amont s’est concrétisé entre septembre et octobre 2009.
Marie-Gabrielle précise que « la transmission des projets d’A.M.I. dans le Laghman et à Samangan à des organisations déjà engagées dans le processus gouvernemental de mise en œuvre du BPHS et de l’EPHS avait pour objectif de maintenir le niveau d’accès et la qualité des soins pour la population. Le service a travaillé à la bonne transmission du matériel et des stocks aux nouveaux acteurs du BPHS/EPHS, assuré la clôture des rapports financiers auprès des bailleurs de fonds et recommandé le personnel local d’A.M.I. auprès d’autres organisations humanitaires. »
Dans la province rurale de la Kunar, région frontalière avec les zones tribales du Pakistan, où la mise en place de structures sanitaires pérennes doit encore être consolidée, A.M.I. poursuit actuellement son action. Pour ce faire, ce ne sont pas moins de sept expatriés et 50 personnels locaux qui travaillent à Kaboul, auxquels s’ajoutent une équipe de supervision de près de 45 ‘staffs nationaux’ dans la Kunar. Ces derniers encadrent, forment et supervisent les quelques 300 personnels des 31 structures de santé et les 500 agents de santé communautaire bénévoles. Tâches administratives quotidiennes et travail de fond sont donc menés de concert. Marie-Gabrielle souligne que « le service administratif de la base de coordination à Kaboul a travaillé aussi bien à la rédaction de rapports d’activités et de rapports financiers destinés aux bailleurs, à la supervision du budget du programme mené dans la Kunar et à la révision des procédures en collaboration avec l’ensemble des services, qu’à l’évolution du système de gestion de la paye sur la mission ».
Dans un contexte difficile, Marie-Gabrielle a été amenée à intégrer les contraintes sécuritaires inhérentes au travail en Afghanistan, pour pouvoir mener à bien ses activités, en dépit des restrictions de déplacement et des couvre-feux temporaires. Mais ce qu’elle retient surtout de sa mission, c’est la collaboration avec le personnel local, comme « ces deux jours de formation au logiciel de tableur Excel dispensés au staff local, qui ont été une très bonne expérience et ont démontré le soucis de progression et d’amélioration de l’ensemble du personnel local ». Le travail de Marie-Gabrielle aura ainsi servi à consolider un peu plus le fonctionnement administratif de la mission.
RDC : un effort d’adaptation permanent pour promouvoir l’accès aux soins
Dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, le contexte sécuritaire est toujours instable malgré la présence des 20 000 casques bleus et policiers de la MONUC (Mission des Nations unies en République démocratique du Congo). Les affrontements qui éclatent dans le cadre des opérations militaires menées par les forces régulières congolaises (FARDC) s’accompagnent de déplacements de populations. Dans les zones rurales du Sud-Kivu, les acteurs sanitaires se font rares et l’accès aux soins difficile, alors que les populations vivent dans une situation d’urgence chronique.De retour en France après une mission de dix-sept mois en République Démocratique du Congo (RDC), Romain Cliquet revient ici sur la nécessité d’adapter de façon permanente les activités sanitaires au contexte de la province du Sud-Kivu.
Infirmier de formation, Romain Cliquet, a participé à quelques programmes de solidarité en Afrique du Nord, avant d’effectuer une spécialisation en médecine tropicale à Anvers et un perfectionnement aux soins obstétriques. C’est en 2008 qu’il rejoint la mission d’Aide Médicale Internationale au Sud-Kivu, où l’association travaille depuis juillet 2001 au renforcement du système de santé de la province.
En tant que référent médical sur la base d’Uvira, une des trois bases opérationnelles d’A.M.I., Romain a été partie prenante durant 17 mois des activités de soins de santé primaires, de l’approvisionnement en médicaments des infrastructures de santé et de la formation continue du personnel de santé local, activités menées en lien avec les Bureaux centraux des zones de santé (BCZ) soutenus par A.M.I. Référent médical, il était aussi en charge de l’évaluation des besoins sanitaires en cas d’urgence (épidémie de choléra ou affrontements par exemple) et participait au plaidoyer auprès des bailleurs internationaux pour que puissent être rapidement déployés des dispositifs nouveaux, comme ce fut le cas à la mi-juillet 2009. « En pleine saison sèche, les opérations militaires "Kimia 2" lancées par les forces congolaises (FARDC) contre les rebelles rwandais (FDLR) réfugiés dans l’est du pays ont entraîné d’importants affrontements au cœur de la ville et de la zone de santé de Lemera, relate Romain. Les combats ont entraîné le déplacement de dizaines de milliers de personnes (entre 35 000 et 50 000) privées d’assistance médicale, dans des régions relativement accessibles. Les équipes d’A.M.I. se sont rapidement mobilisées pour identifier les besoins de santé en menant sur place une mission d’évaluation conjointe avec les autorités sanitaires et d’autres ONG, en interpellant les bailleurs internationaux sur l’urgence de la situation, tout en assurant un approvisionnement en médicaments des centres de santé éloignés. Le soutien en kits de médicaments apporté par les agences des Nations unies (OMS et UNICEF) et l’organisation d’aide aux réfugiés International Rescue Committee (IRC) a ainsi permis d’apporter un appui médical aux populations déplacées souhaitant retourner chez elles. » A.M.I. avait la responsabilité de superviser la prise en charge médicale gratuite des réfugiés dans les centres de santé identifiés, et de surveiller l’émergence d’épidémies éventuelles. Pour Romain, « la forte réactivité d’A.M.I. » a contribué de manière décisive à la mise en œuvre de ce programme, « qui a permis de venir rapidement en aide à des populations soumises aux aléas des affrontements armés ».
Plus généralement, un des enseignements majeurs qu’il tire de son expérience est la nécessité d’adapter régulièrement le travail à l’évolution du contexte local. Cela passe par exemple, comme il le rappelle, par « une réunion de supervision organisée tous les mois par le BCZ, dans lequel A.M.I. appuie l’analyse des activités médicales récemment menées et la lecture des indicateurs de santé et des données épidémiologiques obtenus sur la zone de santé. Les priorités d’action sont ensuite fixées en collaboration avec les infirmiers titulaires responsables des centres de santé ».
Romain souligne que « sans le travail des ONG comme A.M.I., les populations doivent assumer la totalité de la prise en charge (locaux, médicaments, transports, salaires du personnel soignant, etc.) en cas de maladie. Parallèlement, les équipes médicales locales sont amenées à s’adapter à l’insuffisance des dépenses de santé de l’État central, à la pauvreté endémique de la population ainsi qu’à d’autres contingences plus techniques ou logistiques, comme l’absence de centrale d’achat de médicaments. Pour pallier ces difficultés, le renforcement des compétences du personnel local et le fort engagement de la communauté constituent des éléments déterminants, l’un comme l’autre nécessitant un effort soutenu de coordination. » Dans un tel contexte, la notion de confiance est, comme le rappelle Romain, au cœur des activités : « la bonne implémentation des activités de formation du personnel et de supervision des centres de santé passe par une attention toute particulière accordée au dialogue avec les équipes sur le terrain, souvent éloignées de leur famille ou conduites à travailler dans des régions isolées et soumises à des conditions climatiques rigoureuses, comme sur les Hauts Plateaux ». Pour Romain, cette démarche, faite de respect et d’écoute mutuels, « s’intègre à la nécessité d’une vision à long terme, pour préparer suffisamment en amont le désengagement des équipes médicales des ONG, et ne pas cultiver l’assistanat ».
Afghanistan : analyser les indicateurs, adapter les programmes
Un récent rapport du Haut commissariat de l’ONU aux droits de l’homme montre que deux tiers des Afghans vivent dans une pauvreté extrême. Seuls 23% des habitants ont accès à l’eau potable et seuls 24% de la population âgée de plus de 15 ans sait lire et écrire, précise le même document. Selon des données statistiques de l’UNICEF datant de 2008, le pays présente les taux de mortalité infantile, juvénile et maternelle parmi les plus élevés au monde : un sixième des nourrissons (165 sur 1 000) ne survivent pas plus d’un an, un quart des enfants afghans (257 sur 1 000) meurent avant leur cinquième anniversaire, et 55 femmes décèdent en moyenne chaque jour de complications liées à une grossesse (1 600 femmes pour 100 000 naissances).Arrivé à mi-chemin de sa mission d’un an en Afghanistan, Luis Rosa Sosa profite de son passage en France pour nous expliquer comment l’association travaille à accroître l’efficacité des programmes de santé qu’elle mène, grâce à un suivi rigoureux des indicateurs sanitaires sur le terrain.
Après des études de médecine générale en République dominicaine, Luis a vécu une première expérience humanitaire avec la Croix Rouge avant une spécialisation en santé publique en Israël. À l’issue d’une formation universitaire à Bordeaux, il a souhaité partir à l’étranger dans un cadre humanitaire pour mettre à profit ses compétences épidémiologiques nouvellement acquises. C’est la raison pour laquelle Luis a rejoint, en juin 2009, la mission d’Aide Médicale Internationale en Afghanistan, où l’association est présente depuis 1980 et participe depuis 2003 au rétablissement du système de santé amorcé par le ministère afghan de la Santé (MoPH).
« En tant qu’épidémiologiste sur la base de coordination de la mission à Kaboul, je suis chargé de l’analyse de la situation sanitaire de la province de la Kunar », explique-t-il. Dans cette région située au nord-est du pays, A.M.I. assure la mise en œuvre du Basic Package of Health Services (BPHS) et de l’Essential Package of Hospital Services (EPHS) en partenariat avec le MoPH. Cela passe par le soutien des activités de centres de santé de différents niveaux (1 hôpital, 31 dispensaires et environ 240 postes de santé), l’approvisionnement des différentes structures en médicaments et matériel, le recrutement et la formation de l’ensemble du personnel des structures de santé de la province, le renforcement du réseau communautaire d’agents de santé et l’intégration de nouvelles composantes de la politique de santé nationale (handicap, santé mentale, prévention du VIH/sida, transfusion sanguine, soins en milieu carcéral).
L’épidémiologie permet d’étudier les facteurs qui influent sur la santé et les maladies des populations, dans le cadre d’une politique de santé publique. C’est pourquoi le travail de Luis « repose principalement sur le recueil des informations et indicateurs de santé à l’échelle d’une province, l’analyse des données et l’étude des facteurs de variable, et sur l’évaluation des structures de santé tous les quatre mois. L’objectif, rappelle-t-il, est de mesurer l’évolution de la situation sanitaire dans la province de la Kunar suite aux activités d’A.M.I., de trouver des explications logiques à l’évolution des indicateurs de santé et d’adapter les activités et programmes en cours afin d’améliorer leurs effets positifs sur la population. »
Une des principales sources d’informations sanitaires dans son travail est le Health Management Information System (HMIS), une base de données nationale mise en place par le ministère afghan de la Santé qui centralise, de manière mensuelle et trimestrielle, l’ensemble des statistiques cliniques issues des structures de santé d’une province. Pour Luis, « la comparaison des indicateurs de santé à un an d’écart permet de déceler certains changements, concernant le nombre de pathologies diagnostiquées ou d’examens complémentaires réalisés ». Il s’agit alors de « trouver les raisons logiques à l’origine de cette variation ». Après une vérification préalable de la fiabilité des données reçues, l’épidémiologiste étudie l’influence potentielle d’une campagne de sensibilisation à la santé, de la propagation de maladies, de la diffusion de moyens de prévention, de l’évolution du matériel médical utilisé, du contexte économique ou environnemental, etc.
Luis relève que c’est à l’épidémiologiste que revient « la lourde tâche de décrypter et synthétiser les divers rapports émis par le MoPH, pour ensuite confronter ces données générales aux informations recueillies par les centres de santé supervisés par A.M.I., sur des périodes plus courtes allant d’un à trois mois ». Luis a par ailleurs pu achever la rédaction d’un important rapport épidémiologique pour A.M.I., Health state of three provinces (réduit à la seule province de la Kunar suite au retrait des provinces du Samangan et du Laghman à l’automne 2009), fruit de six mois de travail de recherche et de synthèse de ressources nationales et internationales : « Cet outil important permettra ainsi d’avoir une vision plus claire des besoins sanitaires sur le terrain, en dressant un véritable état des lieux de la situation locale, afin d’adapter les programmes menés par A.M.I. en conséquence. » Malgré l’apparence fastidieuse et rébarbative d’une telle somme de travail, Luis considère sa mission comme une « expérience extrêmement enrichissante en terme d’études épidémiologiques ». L’Afghanistan représente ainsi à ses yeux « un véritable laboratoire de santé publique », où chaque programme doit être adapté en permanence pour améliorer durablement les conditions d’existence de la population.
RCA : les activités de laboratoire, un appui technique essentiel apporté aux structures de soin
En quoi ont consisté vos activités sur les deux bases de Mbrés et Ndélé ?
Je suis intervenu sur le laboratoire de biologie clinique du centre de santé de référence de Mbrés ainsi que sur l’hôpital préfectoral de Ndélé. Mon rôle consistait à apporter un soutien aux activités de laboratoire et de transfusion sanguine par des formations continues et du compagnonnage. J’ai ainsi formé un technicien de laboratoire et un aide de laboratoire sur Mbrés ainsi que deux laborantins sur Ndélé.
Lors de ma mission en RDC en 2003 avec A.M.I., j’avais déjà mis en place différents modules de formation, que j’ai appliqués ici en RCA. Ces formations portent notamment sur l’hématologie, la bactériologie, l’immunologie, la cytologie, le diagnostic des maladies tropicales en laboratoire, la transfusion sanguine en milieu isolé. L’objectif est d’adapter au mieux les techniques et les pratiques au contexte local, en sachant qu’A.M.I. apporte notamment un soutien à des postes de santé éloignés.
Justement, quels sont les contraintes et les enjeux locaux concernant les activités que vous avez menées ?
L’un des objectifs des activités de laboratoire est d’apporter aux personnels soignants un élément de diagnostic via les analyses médicales. Les résultats des tests aident les médecins à établir un traitement adapté. Dans un pays durement touché notamment par le paludisme, le test biologique éclaire le médecin lorsque celui-ci soupçonne un cas de parasitose.
Les pratiques que j’ai enseignées sont conçues pour être adaptées au terrain, pour des structures dépourvues de matériels permettent des tests de dépistage automatisés. Les formations portent donc sur des techniques manuelles. L’objectif dans le cas de la transfusion sanguine est d’obtenir des transfusions sécurisées, en analysant l’état clinique du donneur, son groupe sanguin, en réalisant les tests immunologiques (VIH, hépatites B et C, syphilis, etc).
La transfusion sanguine est en effet la thérapeutique la plus dangereuse qui soit, il est donc impératif de prévenir tous les risques inhérents à cette pratique, en particulier dans un contexte de pénurie sanitaire et de sous-équipement, et alors que sévit l’épidémie de VIH/Sida. En effet, les médecins sont fortement tentés d’y recourir, car elle provoque un effet immédiat, qui peut sembler quasiment miraculeux. L’effet est particulièrement notable chez les enfants, qui sont par ailleurs nombreux à souffrir de malnutrition. Mais la transfusion comporte des risques, et il faut toujours mettre en balance le risque lié à la transfusion et le risque vital. C’est pourquoi j’intègre à mes formations, outre les aspects purement techniques, les règles sur le recours de cette thérapeutique de la transfusion. La règle principale étant : toute transfusion qui n’est pas formellement indiquée est formellement contre-indiquée.
Par quels moyens sensibiliser à une utilisation mesurée et raisonnée de la transfusion sanguine ?
Le module a été validé par la préfecture sanitaire, et donc par l’État centrafricain. Lors du séminaire de formation sur la transfusion sanguine en milieu isolé, j’invite toutes les personnes de la préfecture sanitaire : cliniciens, infirmiers, techniciens de laboratoire, et le médecin de la préfecture. L’objectif de cette mobilisation est que les « guidelines » exposées dans ce module de formation restent un document de référence, intégrées éventuellement dans les formations nationales.
Cet entretien avec Gilles Bastard a été mené en décembre 2009. Depuis lors, les personnels des postes de transfusion sanguine (PTS) formés par Gilles poursuivent leur travail de manière autonome.
RDC : VIH/Sida, la parole libérée (reportage)
Ce film présente, en près de 15 minutes, les activités menées par A.M.I. et ses partenaires en matière de lutte contre l’infection à VIH. Il montre l’importance de mener des programmes « intégrés » de lutte contre le VIH, articulant différentes actions, depuis l’information et la sensibilisation du public jusqu’à l’accompagnement psychosocial des patients atteints de la maladie, en passant par le dépistage et le suivi médical.
Ce film a été réalisé pour Aide Médicale Internationale par So On Pictures dans le cadre d’un partenariat avec la Mairie de Paris.
Yémen : s’ouvrir à l’humanitaire et au monde arabe
Situé à la pointe sud de la péninsule arabique, le Yémen connaît une situation socio-économique plus comparable aux États fragiles de la Corne de l’Afrique qu’aux puissances pétrolifères du monde arabe, en raison de la faiblesse de ses ressources en hydrocarbures et de sa faible productivité. La population yéménite, forte de 23 millions d’habitants, se distingue ainsi du reste de la péninsule par un important retard en terme de développement humain. Selon le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), 47 % de la population vit sous le seuil de pauvreté de 2 $ par jour, 34 % de la population n’a pas accès à l’eau courante, tandis que l’illettrisme touche 41 % de la population âgée de plus de 15 ans. Les maladies contagieuses et la malnutrition constituent les premières causes de mortalité et de morbidité, particulièrement dans les zones rurales qui concentrent près de 70 % de la population. Par ailleurs, le pouvoir central est ébranlé par les velléités sécessionnistes de l’ancien Yémen du Sud et la rébellion houthiste du nord. Une trêve fragile a récemment été trouvée avec les insurgés nordistes, permettant la fin des hostilités qui ont éclaté depuis 2004 et auraient fait plusieurs milliers de victimes et 350 000 déplacés.
Clinique mobile dans le district d’Al Marawa
Après une formation en secrétariat, Fabienne Alcaraz s’est lancée très tôt dans la vie active, multipliant les expériences professionnelles, avant de devenir responsable administrative et comptable dans une société de transport de voyageurs. Issue d’une mère d’origine malgache, elle souhaite depuis longtemps se consacrer à un projet de développement local à Madagascar. Elle quitte le monde de l’entreprise après 7 années de carrière, pour suivre une formation d’administrateur de 9 mois à l’institut Bioforce. Au terme de nombreuses démarches, Fabienne connaît sa première expérience humanitaire en rejoignant les équipes d’A.M.I. pour 3 mois, en tant qu’administratrice sur la mission Yémen.
Depuis 2007, les équipes d’A.M.I. viennent renforcer les capacités organisationnelles, techniques et matérielles de huit structures de santé gouvernementales, situées dans les districts d’Al Marawa (zone rurale) et d’Al Hali (zone urbaine), dans le gouvernorat d’Hodeïdah (côte ouest). En collaboration avec le ministère de la Santé, A.M.I. concentre ses activités sur la prise en charge des soins de santé materno-infantile, le traitement des épidémies, et la lutte contre l’insécurité alimentaire. Fabienne est venue en soutien aux trois expatriés présents sur la mission – un chef de mission et deux référents médicaux –, pour assurer la gestion des tâches administratives courantes et former un administrateur local.
« Un temps d’adaptation a été nécessaire pour que je parvienne à me familiariser avec le monde de l’humanitaire, le fonctionnement de la mission et le mode de vie au Yémen, reconnaît-elle. Durant un mois et demi, j’ai dû engranger rapidement une somme importante d’informations, concernant les procédures RH appliquées aux expatriés et personnels locaux, la gestion de la trésorerie, la répartition des tâches et l’encadrement des équipes au quotidien. J’ai été amenée à m’adapter au rythme de vie au Yémen, en privilégiant les démarches extérieures et les formalités administratives le matin, puisque banques et administrations sont fermées l’après-midi, en partie en raison du rituel du khat. » (Originaire d’Afrique de l’Est, la culture des feuilles de khat s’est également étendue à la péninsule arabique. Comme chez son voisin somalien, le rituel du khat est un facteur important de sociabilité au Yémen, puisque sa consommation en réunion est propice à de longues heures de discussion et de négociation.)
Un mois durant, Fabienne a aussi été chargée de la formation d’un administrateur local, afin qu’il soit en mesure de lui succéder et d’assumer la responsabilité de l’ensemble des tâches administratives sur la mission. « Travailler avec un jeune homme doté d’une courte expérience et âgé seulement d’une vingtaine d’années passait nécessairement par un important effort de communication, fait-elle remarquer. Cette phase de transmission de compétences, mais aussi d’échange et de partage entre deux personnes issues de cultures différentes, a été particulièrement enrichissante pour moi. Un véritable climat de confiance a d’ailleurs fini par s’instaurer entre nous. De manière générale, le personnel local témoigne d’une grande curiosité concernant les activités et le personnel expatrié de la mission. »
En raison du manque d’accès à l’enseignement et de la faiblesse du niveau d’instruction des langues étrangères, l’arabe demeure la langue de communication prédominante au Yémen. Les personnes anglophones sont rares dans le pays. Fabienne souligne à quel point « les traducteurs sont indispensables aux équipes d’A.M.I., pour permettre aux expatriés de se faire comprendre de la quinzaine de collaborateurs, de l’ensemble de la population et des autorités locales si nécessaire. C’est à l’administrateur que revient la supervision du travail des deux traductrices et l’organisation de leur planning. Celles-ci sont aussi utiles à la traduction des lettres officielles, des plaquettes pédagogiques et d’autres types de documentation, qu’à l’accompagnement d’expatriés lors de sessions de formation. Les traductrices sont incitées à faire preuve de précision et d’attention, notamment dans l’usage du vocabulaire médical, pour ne pas altérer le sens de certaines prescriptions. Lorsque "repas" devient "alimentation", le message véhiculé par les équipes chargées des programmes de nutrition peut devenir plus confus pour les populations. »
En dépit de la durée limitée de sa mission, Fabienne a eu l’opportunité de développer un certain contact avec la population et le travail de terrain, en prenant le temps d’observer les traditions locales : « Il était plus facile pour moi de m’intégrer progressivement à la population d’une ville régionale de taille moyenne comme Hodeïdah, par rapport à la capitale du pays, même si la langue reste une barrière difficilement surmontable en si peu de temps. Il n’est pas forcément évident de trouver sa place lorsque l’on est une femme occidentale qui travaille dans l’humanitaire, au sein d’une société où l’autorité masculine est très marquée. Néanmoins, le fait d’être une femme permet d’estomper en partie la réserve de la population yéménite à son encontre, et des femmes en particulier. J’ai d’autre part eu la chance de sortir de ma bulle quotidienne, en partie éloignée des difficultés rencontrées par la population dans le reste du Yémen, pour me rendre sur un centre de santé d’Al Marawa et découvrir le travail des équipes d’A.M.I. sur le terrain. De manière générale, cette première mission humanitaire a été une expérience riche d’enseignements à tous les niveaux. Et elle me permet maintenant d’envisager d’une manière différente le projet que je souhaite entreprendre à Madagascar. »
La Chronique 95 d’A.M.I. (dossier spécial Haïti) est parue
Vous y trouverez un dossier spécial sur Haïti, plus de 2 mois après le séisme qui a frappé le pays. Dans ce pays, il importe, comme le rappelle Erwan Le Grand, délégué général d’A.MI., de réussir la transition entre extrême urgence et reconstruction… ce que s’emploient à faire, comme les autres humanitaires présents sur place, les équipes d’Aide Médicale Internationale.
A l’occasion du 30e anniversaire de l’association, cette Chronique revient aussi sur l’engagement d’A.M.I. en Afghanistan, de 1980 à nos jours…
Aide Médicale Internationale : un nouveau logo, un engagement constant
Rapidement, A.M.I. fait le choix de former des personnels de santé locaux. Si la crainte de ne pouvoir revenir dans ces régions difficiles d’accès motive tout d’abord cette démarche, la formation deviendra rapidement un élément fondamental de l’approche opérationnelle d’A.M.I. Le choix de privilégier l’accompagnement et le soutien aux structures et acteurs locaux aura dès lors pour objectif premier de bâtir, avec les personnels des pays d’intervention, des dispositifs pérennes et autonomes.
Trente années ont passé, qui ont vu le monde changer, toujours traversé de soubresauts, toujours frappé, en certaines régions, par des conflits ou des catastrophes naturelles. En 30 ans, avec pour finalité de permettre à des populations vulnérables et oubliées d’accéder à des soins de qualité, A.M.I. aura mené des missions dans 33 pays et régions du monde. Trente années de missions, d’engagement, d’échanges, de partage, de réussites, mais aussi d’interrogations, de questionnements…
Aujourd’hui, à l’occasion de son 30e anniversaire, et de l’organisation de l’exposition 30 ans d’accès aux soins au Sud, A.M.I. change de logo.
Si l’identité visuelle d’A.M.I. est renouvelée, l’engagement fort de l’association en faveur du rétablissement de l’accès aux soins à travers le monde est, lui, inchangé.
Exposition 30 ans d’accès aux soins au Sud : Programme des conférences
PROGRAMME DES CONFÉRENCES ET PROJECTIONS-DÉBATS
HÔPITAL ROBERT-DEBRÉ
VENDREDI 26 MARS
> Conférence « Enfants et jeunes en situation de rue : prise en charge médicale et accompagnement psychosocial »
10h – 11h30 / Amphithéâtre Etienne Vilmer, Hôpital Robert-Debré
Tous publics
(plus d’informations sur cette conférence)
LUNDI 29 MARS
> Conférence « Maternité en milieu difficile et grossesses à risque »
9h – 10h30 / Amphithéâtre Etienne Vilmer, Hôpital Robert-Debré
Public professionnel
(plus d’informations sur cette conférence)
> Conférence et ateliers « S’investir dans l’humanitaire : engagement et professionnalisme »
14h-16h / Amphithéâtre Etienne Vilmer, Hôpital Robert-Debré
Tous publics
(plus d’informations sur cette conférence)
MERCREDI 31 MARS
> Conférence « Les enjeux de la pérennisation des programmes de lutte contre le VIH/Sida dans les pays du Sud »
10h – 12h / Amphithéâtre Etienne Vilmer, Hôpital Robert-Debré
Tous publics
(plus d’informations sur cette conférence)
> Conférence « La faim dans le monde : des enjeux globaux aux programmes intégrés de lutte contre la malnutrition »
14h – 15h30 / Amphithéâtre Etienne Vilmer, Hôpital Robert-Debré
Tous publics
(plus d’informations sur cette conférence)
JEUDI 1er AVRIL
> Conférence « Violences faites aux femmes en contexte de guerre »
10h – 12h / Amphithéâtre Etienne Vilmer, Hôpital Robert-Debré
Tous publics
(plus d’informations sur cette conférence)
MARDI 6 AVRIL
> Conférence « Paludisme : Maladie de la pauvreté ? Maladie négligée ?
10h – 11h30 / Amphithéâtre Etienne Vilmer, Hôpital Robert-Debré
Public professionnel
(plus d’informations sur cette conférence)
MERCREDI 7 AVRIL
> Projection-débat, tous publics
10h - 11h / Amphithéâtre Etienne Vilmer, Hôpital Robert-Debré
Projection du film Kahololo – 2951 m, la route de la santé
(film documentaire de 28 minutes réalisé en mars 2009 au Sud-Kivu, République Démocratique du Congo)
Débat avec Typhaine Hoenner, responsable de programmes pour la République Démocratique du Congo
(plus d’informations sur cette conférence)
JEUDI 8 AVRIL
> Conférence « Particuliers et entreprises : nouvelles formes et nouveaux modes de financement de la solidarité »
10h - 12h / Amphithéâtre Etienne Vilmer, Hôpital Robert-Debré
Tous publics
(plus d’informations sur cette conférence)
Exposition : 30 ans d’accès aux soins au Sud
À l’occasion de son 30e anniversaire Aide Médicale Internationale organise, du 25 mars au 9 avril 2010 une grande exposition multimédia on et off-line et initie une plateforme d’échanges et d’animations autour du thème de l’accès aux soins au Sud.
C’est dans un espace de 600 m2, composé de coursives sur 3 étages et habillé aux couleurs d’A.M.I., que l’association propose une découverte de ses activités et des enjeux de l’accès aux soins, tous les jours, de 10h00 à 18h00, dans le jardin d’hiver de l’Hôpital Robert-Debré.
Composée de reconstitutions en volume et de supports multimédia (photographies, vidéos, jeux interactifs, …), cette exposition vise, à travers ses ambiances sonores et sa circulation par métiers, par pays et par programme, à plonger le visiteur dans l’univers et les terrains d’intervention d’A.M.I.
Cette exposition se veut avant tout une plateforme de réflexion : en présentant ses programmes et son fonctionnement opérationnel, A.M.I. souhaite illustrer les enjeux de son engagement en faveur de l’accès aux soins et mettre en perspective ses pratiques et celles de l’ensemble des acteurs qui oeuvrent en ce sens.
Un programme de visites et d’animations spécifiques, organisé avec les partenaires d’A.M.I. et de l’Hôpital Robert-Debré, permettra de faire vivre cet espace et d’adapter sa découverte aux différents publics : scolaires et jeunes, étudiants des secteurs médico-social et humanitaire, professionnels de santé, mais aussi patients de l’hôpital et publics de tous les horizons.
Parallèlement à l’exposition, A.M.I. propose une dizaine de conférences-débats pour approfondir différentes thématiques que recouvrent les champs du droit à la santé et de l’accès aux soins au Sud.
Découvrez le planning des conférences
Plus d’informations sur http://www.amifrance.org/30ans/
Haïti : une réalité indicible
Yves Bourny a assuré pendant cinq semaines les fonctions de coordonnateur des programmes d’urgence d’A.M.I. en Haïti. Aujourd’hui de retour de mission, alors qu’un nouvel expatrié assure désormais ces fonctions, Yves nous livre quelques impressions sur le contexte actuel de la capitale haïtienne.
"Nous sommes bloqués depuis plus d’une heure dans les embouteillages. Nous avons bien essayé de quitter les axes principaux mais toutes les rues secondaires sont obstruées par les gravats ou des tentes. Le peu d’espace entre les bâtiments effondrés est occupé et les rues sont envahies par les campements provisoires. Par centaines de milliers, les gens dorment encore dehors, sous des tentes igloos familiales pour les plus chanceux, sous de simples bâches pour d’autres. Le centre de Port-au-Prince est devenu un immense bidonville. La saison des pluies arrive avec sa menace de nouvelles catastrophes. Les drains qui canalisaient tant bien que mal les eaux de ruissellement ont tous été rompus par le séisme du 12 janvier. Les glissements de terrain risquent d’être beaucoup plus importants cette année, ce qui fait craindre qu’ils causent un nombre important de victimes. Une deuxième catastrophe risque de succéder à celle du début d’année.

- Jeunes enfants se présentant à une séance de vaccination
L’état de santé de ceux qui sont restés se dégrade. On le voit bien au niveau des cliniques mobiles d’A.M.I. Les infections respiratoires et les maladies diarrhéiques sont beaucoup plus fréquentes. Les soins des traumatismes du séisme ont désormais laissé la place à la prise en charge des pathologies communes à la pauvreté et la précarité. Cinq équipes médicales haïtiennes assurent tous les jours des consultations gratuites sur des sites repérés à l’avance. Tous les matins, les équipes se retrouvent dans notre centre médico-social de Martissant pour faire le point et préparer la tournée du jour. Nous devons d’ailleurs les rejoindre à 8h00 ce matin, ce qui nécessite patience et organisation… Comme A.M.I. travaille sur cette proche banlieue depuis 2004, nos contacts locaux, comités ou groupements informels, nous aident à déployer nos activités de soins là où c’est le plus urgent. Grâce à eux, nous pouvons intervenir dans des conditions acceptables : des tentes sont installées à l’avance, parfois, nous utilisons une maison encore debout prêtée par son propriétaire. La solidarité dont ont fait montre les Haïtiens a été une belle leçon. Tout le monde prévoyait des pillages et des émeutes. Rien de tout cela malgré quelques incidents isolés montrés en boucle dans les médias internationaux. Les Haïtiens ont relevé la tête courageusement et ont fait bloc.
La situation est tellement indicible. Plus de 300 000 morts et au moins autant de blessés. La réalité, derrière ces chiffres, dépasse tout ce qu’on peut imaginer. Beaucoup de cadavres restent encore sous les décombres. Quant aux survivants, ils sont plus d’un million et demi de sans-abri. Leurs besoins sont colossaux, et y répondre est une tâche d’une ampleur sans précédent. Il faut parer au plus urgent, protéger, nourrir et soigner ceux qui n’ont plus rien. Il va falloir aussi détruire les milliers de bâtiments qui menacent de s’écrouler. Et déblayer l’équivalent d’une ville en béton et fers tordus. Je pense à ce type qui m’expliquait qu’il avait construit une maison l’an dernier. Il va continuer à payer toute sa vie pour cette maison… qui n’existe plus."
Haïti : Port-au-Prince, sept semaines après le séisme, état des lieux des programmes d’A.M.I.
Sept semaines après le séisme (qui a frappé Haïti le 12 janvier dernier), les organisations humanitaires sont toujours à pied d’œuvre auprès des habitants de Port-au-Prince et des environs. Les conditions de vie des Haïtiens victimes de la catastrophe sont toujours particulièrement difficiles et les besoins sanitaires comptent parmi leurs préoccupations premières.

- Vue du quartier de Granravine
L’action d’urgence repose essentiellement sur le travail de cliniques mobiles qui sillonnent le quartier de Martissant, où vivent près de 250 000 personnes. Initialement au nombre de deux, les cliniques mobiles A.M.I. sont, depuis le 23 février, au nombre de six. Le renfort de nouveaux expatriés et de personnel haïtien a permis le développement du dispositif. Les six équipes mobiles, composées de cinq personnes chacune, assurent des soins de santé primaires et des vaccinations. L’objectif fixé, en coordination avec le ministère haïtien de la Santé, est de vacciner 20 000 personnes, notamment des enfants de moins de sept ans (contre la rubéole, la rougeole, la coqueluche, etc.) et des enfants de plus de sept ans. Les séances de vaccination sont aussi l’occasion de distribuer vitamines et vermifuge et, aux mères, de donner du lait enrichi afin de lutter contre la malnutrition des jeunes enfants.
Le programme enfants et jeunes des rues (en cours depuis 2004) a été fortement impacté par le séisme. L’équipe du programme a rapidement voulu reprendre contact avec les enfants. Si le contexte a rendu cette démarche difficile, désormais, une des cliniques mobiles se rend dans des centres d’accueil pour enfants (Lacay, Gantier, Lakou, Kafa, etc.) et dans certaines « bases » (lieux de rassemblement de ces jeunes : base cimetière, et – dans les jours à venir – bases aéroport, carrefour, clercine).
Enfin, le programme SOG, qui avait tout juste débuté en début d’année, se poursuit. Un travail d’identification des acteurs engagés sur l’accompagnement des femmes enceintes a été entrepris afin de savoir si le séisme avait désorganisé les réseaux de matrones, mambos, etc. présents sur la zone. Si la population de Martissant est stabilisée (à savoir, s’il n’y a pas trop de déplacements d’habitants), une étude connaissances attitudes pratiques va être menée auprès des femmes en âge de procréer avant d’enclencher les premières actions d’information et de sensibilisation sur la grossesse et l’accouchement.
Anne Dutrey-Kaiser, responsable programme au siège, le rappelle : « Au-delà des actions d’urgence que nos équipes mènent, nous travaillons à adapter les actions qui préexistaient (programme enfants des rues et programmes SOG) au nouveau contexte. Notre objectif est que l’ensemble de nos interventions soient complémentaires les unes des autres ». Ainsi, l’essentiel des actions se déroule dans Martissant (le travail auprès des enfants des rues conduit cependant les équipes à se rendre dans d’autres zones de la capitale haïtienne). « Par ailleurs, ayant constaté que le nombre de cliniques fixes opérationnelles dans la zone est extrêmement réduit (deux ou trois), nous allons proposer au ministère de la Santé d’aménager le centre médico-social du programme enfants et jeunes des rues pour le transformer en clinique de niveau 2 » (pour mémoire, dans le cadre de l’Emergency Medical Response, le ministère haïtien de la Santé a opéré une classification des structures de santé en 3 niveaux, depuis l’équipe mobile légère jusqu’à la structure hospitalière de référence). La volonté des équipes, sept semaines après la catastrophe, est d’adapter les actions pour répondre au plus près aux besoins des populations.
Thaïlande : soutenir et former les réfugiés à la frontière birmane
Depuis 1984, des milliers de personnes fuient le territoire du Myanmar (Birmanie), pour trouver refuge en Thaïlande. Aujourd’hui, plus de 150 000 personnes, principalement issues des ethnies Karen, Karenni et Mon, vivent dans neuf camps proches de la frontière birmane. La Thaïlande n’ayant pas ratifié la Convention de Genève (1951), ces hommes, femmes et enfants sont privés du statut de réfugié et disposent de droits extrêmement limités, en termes d’activité professionnelle et de déplacement. Ces populations sont donc extrêmement dépendantes du soutien des organisations de solidarité internationale.
Anna Paul a intégré les équipes d’Aide Médicale Internationale, engagées auprès des populations des camps de la frontière depuis 1995, pour participer à un programme d’assistance médicale bénéficiant à une population de 91 000 personnes. Cette ancienne étudiante en relations internationales et droit humanitaire, à Aix-en-Provence, avait réalisé auparavant des missions d’encadrement et de suivi d’activités de plusieurs mois pour différentes organisations humanitaires, en particulier au Tchad et en République centrafricaine. « La situation sécuritaire en Thaïlande était beaucoup plus stable qu’au Tchad, où les expatriés tendent à s’habituer à un climat d’insécurité chronique et finissent par ne plus réussir à juger de la dangerosité d’une situation », reconnaît-elle.
Au cours de sa mission d’un an dans la province de Tak (nord-ouest), Anna a été responsable de la gestion de l’ensemble des activités sanitaires dans le camp de réfugiés de Mae La, un des trois camps dans lesquels A.M.I. mène des programmes de soins et de formation, le long de la frontière birmane.
Le camp de Mae La a une double particularité par rapport à ses deux voisins de Nu Poe et Umpiem. D’une part, il couvre une population de bénéficiaires (44 000 personnes) aussi importante que celle des deux autres camps réunis. D’autre part, des soins de santé préventive, notamment destinés aux femmes enceintes et jeunes enfants (vaccinations, nutrition, soins post-natals, éducation à la santé et suivi démographique), sont dispensés en plus du volet curatif (consultations généralistes, examens médicaux, consultations spécialisées). Le spectre des soins à prodiguer, comme des tâches à accomplir, est donc considérable.
Assurant régulièrement des liaisons entre la base de coordination de la mission à Mae Sot et le camp de Mae La, distant d’une quarantaine de kilomètres, Anna devait s’occuper de l’encadrement des équipes (dont 280 personnels locaux), du monitoring des programmes, de l’application de la stratégie et du reporting destiné aux bailleurs de fonds.
« Une des principales difficultés de ma mission a été de savoir gérer les priorités au vu de l’ampleur des activités implémentées. Il a fallu s’adapter à l’évolution permanente du contexte, notamment à l’afflux de nouveaux réfugiés, mais également au départ de membres locaux de nos équipes ayant été relocalisés à l’étranger », confie la responsable de projet. Le processus de relocalisation (resettlement) initié par le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) a en effet permis à plus de 40 000 habitants des camps de quitter la Thaïlande pour des pays tiers depuis début 2004. Ceux-ci privilégiant l’immigration de personnes qualifiées, A.M.I. est confrontée au départ régulier de son personnel de santé local ayant reçu une formation pour participer au
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