PU-AMI : Articles Spéciaux: home - flash info
- VIH/Sida : Au moins 50 000 patients birmans privés de traitement faute d’argent
- Cisjordanie : Distributions en cours pour 5 communautés bédouines
- AFGHANISTAN 10 ans après, les efforts doivent être accentués pour améliorer l’accès à la santé
- INONDATIONS au PAKISTAN : 900 000 personnes en danger dans le district de Khairpur
- PAKISTAN : un an après les inondations, les besoins et les risques encore trop nombreux
- HAITI : 3 381 enfants et jeunes des rues pris en charge par PU-AMI à Port-au-Prince
- Journée Mondiale de l’Action Humanitaire - S’engager avec nous : pourquoi ? comment ?
- République Centrafricaine : Aide d’urgence aux populations victimes de la LRA dans le Sud Est
- Bande de Gaza : « Ne pas être libre de ses mouvements, c’est le plus dur… »
- TCHAD : S’appuyer sur les savoir faire traditionnels pour lutter contre la malnutrition
- Cisjordanie : 470 familles enfin connectées à un réseau d’eau
- Côte d’Ivoire : Les combats ont cessé, pas la crise humanitaire
- Journée Mondiale des Réfugiés : Les premières victimes de crises humanitaires
- IRAK : Aider durablement les familles victimes de plusieurs années de violence
- Corée du Nord : Première Urgence – Aide Médicale Internationale répond à l’urgence alimentaire
- Course des Héros - Portrait de Caroline, engagée 7 jours sur 7
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- Territoire Palestinien : Accompagner les femmes pour qu’elles retrouvent autonomie et confiance en elles
- RCA : Soutenir l’agriculture pour améliorer les conditions de vie des populations
- Côte d’Ivoire - Urgence humanitaire à Abidjan
- Première Urgence - Aide Médicale Internationale
- Lancement officiel du Comité Scientifique d’Aide Médicale Internationale
- Afghanistan : réalisation d’une enquête sur l’impact du magazine de santé Salamati
- Haïti : entretien avec le Dr Jaques Katshitshi, coordinateur des activités médicales
- Thaïlande : entretien avec Fréderic Pascal, ancien chef de mission pour Aide Médicale Internationale
- Afghanistan : lutter contre la malnutrition des femmes et des enfants
- Afghanistan : coordination d’un magazine de formation médicale
- Crise en Libye : Aide Médicale Internationale envoie une équipe médicale à la frontière tunisienne
- Urgence sanitaire en Haïti : Papy Lukeka nous raconte la réponse d’Aide Médicale Internationale au choléra
- Myanmar : témoignage de Philippe Hamel, ancien chef de mission
- République centrafricaine : entretien avec Jens Schumacher, chef de mission pour Aide Médicale Internationale
- Entretien avec Karine Betemps, Chef de mission en Afghanistan
- Yémen : entretien avec Alexandre Schwall, administrateur d’Aide Médicale Internationale
- République centrafricaine : entretien avec Audrey Mahieu, responsable de projet à Mbrés
- Myanmar : entretien avec Charlotte Berthier, responsable de projet dans la région autonome des WA
- Quatre Héros pour la Course des Héros et plus de 1000€ collectés ! Rejoignez-les !
- Entretien avec Evelyne Benats, référente médicale au Yémen
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- Haïti, un an après - Téléchargez notre dossier !
- Aide Médicale Internationale fait part de sa grande tristesse suite aux décès des deux otages au Niger
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- Lancement des activités du Comité scientifique
- Toute l’équipe d’Aide Médicale Internationale vous souhaite une très belle année 2011 !
- Myanmar : entretien avec Denis Broise, coordinateur administratif et financier
- Haïti : réponse du programme « Santé Martissant » à l’urgence due au séisme
- Haïti : la prise en charge médico-sociale des enfants et jeunes des rues après le séisme
- RDC : appui et mise en œuvre des programmes de santé à Kilembwe
- RDC : la coordination d’un projet d’accès aux soins de santé à Kilembwe
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- RDC : enjeux et défis de la logistique dans une mission sanitaire au Sud-Kivu
- Logisticien en Afghanistan : des objectifs clairs, une réalité complexe
- A.M.I. participe au Forum de recrutement Paris pour l’emploi (14 & 15 octobre)
- La formation du personnel médical dans les camps de réfugiés birmans en Thaïlande : un défi permanent
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- Aide Médicale Internationale se dote d’un conseil scientifique
- Campagne non assistance à mère en danger : mobilisation le 18 septembre prochain
- Face à la stagnation de l’aide financière, des ONG mettent en garde contre une crise sanitaire grave au Pakistan
- Haïti : implantation du programme de soins obstétricaux gratuits dans les réseaux communautaires
- Inondations au Pakistan : Aide Médicale Internationale réalise une mission d’évaluation auprès des sinistrés
- Le Rapport annuel 2009 d’Aide Médicale Internationale accessible en ligne
- Yémen : promouvoir la santé, construire le développement
- Haïti : un engagement de long terme auprès de la population
- Retrouvez en ligne La Chronique n°96 d’A.M.I.
- RCA : renforcement des capacités du personnel local en matière de soins obstétricaux et néonataux d’urgence
- RDC : ouverture d’une mission dans la province de l’Équateur
- Haïti : porter la solidarité au-delà de la crise
- Assemblée générale d’Aide Médicale Internationale : élection du conseil d’administration de l’association
- Campagne Non-assistance à mère en danger : interview de Julien Potet (Oxfam France)
- Haïti : ouverture d’une clinique obstétricale à Port-au-Prince
- Haïti : retrouver ses racines, aider un pays à se relever
- A.M.I. au Salon des Solidarités à Paris les 4, 5 et 6 juin 2010
- RDC : renforcer les capacités du système de santé pour préparer la transition
- Afghanistan : adapter le fonctionnement administratif à l’évolution des activités
- RDC : un effort d’adaptation permanent pour promouvoir l’accès aux soins
- Afghanistan : analyser les indicateurs, adapter les programmes
- RCA : les activités de laboratoire, un appui technique essentiel apporté aux structures de soin
- RDC : VIH/Sida, la parole libérée (reportage)
- Yémen : s’ouvrir à l’humanitaire et au monde arabe
- La Chronique 95 d’A.M.I. (dossier spécial Haïti) est parue
- Aide Médicale Internationale : un nouveau logo, un engagement constant
- Exposition 30 ans d’accès aux soins au Sud : Programme des conférences
- Exposition : 30 ans d’accès aux soins au Sud
- Haïti : une réalité indicible
- Haïti : Port-au-Prince, sept semaines après le séisme, état des lieux des programmes d’A.M.I.
- Thaïlande : soutenir et former les réfugiés à la frontière birmane
- Haïti : soins de santé primaires et consultations post-opératoires à Port-au-Prince
- Haïti : participer au renforcement du dispositif global de soins
- Action d’urgence en Haïti : des fondations, entreprises, collectivités et donateurs aux côtés des équipes d’A.M.I.
- Retour sur cinq jours d’interventions chirurgicales à Pétionville
- Haïti, Port-au-Prince : Des cliniques mobiles A.M.I. à Martissant, Fontamara 27 et Deluy
- A Pétionville, dans la banlieue de Port-au-Prince, une équipe chirurgicale d’A.M.I. opère des blessés
- Haïti : six jours après la catastrophe, A.M.I. poursuit son action d’urgence et prépare la suite de son intervention
- Séisme en Haïti : les victimes se comptent en dizaines de milliers à Port-au-Prince
- Haïti : Aide Médicale Internationale auprès des victimes du tremblement de terre
- Haïti : A.M.I. prépare une mission d’urgence après le tremblement de terre du 12 janvier
- Rejoindre les équipes d’Aide Médicale Internationale : téléchargez notre brochure recrutement
- Première mission avec A.M.I. : administrateur pour la mission Yémen
- Yémen : des besoins d’accompagnement importants des personnels de santé
- Tour de France Humanitaire : une étape au cœur du Salon de l’emploi responsable, avec A.M.I.
- Yémen : renforcer les compétences du personnel soignant pour mieux répondre aux enjeux de santé
- Afghanistan : la passation de programmes à d’autres acteurs, une transmission préparée en amont
- Birmanie : former des volontaires à s’engager pour la santé de leur communauté
- Tour de France humanitaire 2009 : A.M.I. partenaire de l’étape parisienne
- RDC : renforcer les capacités du système de santé
- Yémen : agir pour que les communautés s’approprient les projets
- RDC : les communautés au soutien des centres de santé
- RDC : soins de santé primaires et lutte contre le VIH/Sida au Sud-Kivu
- Thaïlande : prévenir et soigner les maladies dans les camps de réfugiés
- Parution de la Chronique n° 93 d’Aide Médicale Internationale
- Haïti : l’éducation, premier pas vers l’autonomie. La fondation d’entreprise Air France et A.M.I. s’associent en faveur des enfants et jeunes des rues à Port-au-Prince.
- Haïti : log-admin pour le programme enfants et jeunes des rues
- RDC : responsable de projet, de la mise en place au suivi des activités
- Le rapport annuel 2008 d’Aide Médicale Internationale accessible en ligne
- Birmanie : associer les communautés aux programmes sanitaires
- RCA : Ajuster les activités aux besoins de la population
- RDC : prise en charge psychosociale des personnes vivant avec le VIH
- Afghanistan : sécurité renforcée pour les équipes d’A.M.I. à l’approche des élections
- 19 août 2009 : 1re Journée humanitaire mondiale
- Thaïlande : entretien avec Cécilie Alessandri, référente de projets santé
- Thaïlande : un soutien logistique indispensable adapté aux contraintes des camps de réfugiés
- Yémen : un programme de développement communautaire pour renouveler la confiance des bénéficiaires dans le système de santé
- Birmanie/Myanmar : des activités en faveur des populations vulnérables et des personnes à risque
- Assemblée générale 2009 d’Aide Médicale Internationale : approbation des comptes 2008 et renouvellement du conseil d’administration
- Indonésie : Sortie du 11e numéro du Health Messenger Pembawa Pesan Kesehatan (PPK) consacré à l’eau, l’hygiène et l’assainissement
- Birmanie/Myanmar : Les séances d’éducation à la santé ont un impact positif sur les connaissances des populations.
- Thaïlande : Un programme en santé mentale avec et pour les réfugiés birmans
- RCA : Mission d’évaluation à l’hôpital de Ndélé
- RDC : Dans le Kimbi-Lulenge, les ressources naturelles ont (aussi) un impact sur les besoins sanitaires.
- Haïti : enfants et jeunes des rues, de la santé à la prise en charge sociale et éducative
- RDC : entre urgence et développement, l’appui aux structures locales au coeur du dispositif d’A.M.I.
- Thaïlande : À Mae La, les activités médicales sont intégrées à la vie du camp
- RDC : sur les Hauts Plateaux, Aide Médicale Internationale s’investit dans le suivi des grossesses à risque
- Yémen : une mission en pleine expansion
- Soudan : libération des deux membres d’Aide Médicale Internationale
- 25 avril 2009 : Journée internationale du paludisme
- Yémen : mise en place d’un nouveau programme de nutrition destiné aux enfants de moins de cinq ans
- Thaïlande : le Health Messenger, une publication pour la formation des personnels de santé dans les camps de déplacés
- Soudan : deux membres de l’équipe expatriée d’Aide Médicale Internationale enlevés à Ed el Fursan (Sud Darfour)
- RDC : Les femmes, leaders dans la lutte contre le VIH/sida
- Birmanie/Myanmar : Gautier Jeannerod, logisticien watsan retrace les étapes de la réalisation d’un programme eau et assainissement dans la région de Yangon.
- Thaïlande : au cœur des camps de réfugiés
- RCA : à Mbrès, les relations avec les populations locales, pierre angulaire de la mission
- Indonésie : le 10e numéro du Health Messenger Pembawa Pesan Kesehatan est paru
- Afghanistan : 18 mois auprès des professionnels et personnels de santé afghans
- RDC : une volonté de pérennité face aux incertitudes des lendemains
- RDC : Homogénéiser et renforcer les procédures, un indispensable travail de fond
- Afghanistan : le 39e numéro du Salamati vient de paraître
- Bordeaux - Exposition Mae La, portrait d’un camp de déplacés au quotidien
- RDC : premiers pas en matière de santé materno-infantile et de participation communautaire dans la zone des Hauts Plateaux
- Afghanistan : Alexandre Parmentier, logisticien
- Soudan : deux membres d’Aide Médicale Internationale tués lors de l’attaque d’un bus de voyageurs
- Afghanistan : le remote, une gestion dynamique de la sécurité au service des activités
- Myanmar : après Nargis, une mission entre urgence et développement
- RDC : des besoins sanitaires très élevés dans les zones reculées au Sud-Kivu
- Birmanie/Myanmar : entretien avec Olivier Cheminat, épidémiologiste
- Indonésie : le Health Messenger nouvelle formule est paru !
- Afghanistan : Thomas Kesteman, responsable médical-chargé des programmes laboratoires
- RCA : Des projets de réhabilitation en étroite collaboration avec les populations locales
- RDC : la mobilisation communautaire au coeur de la santé des populations du Sud Kivu
- Thaïlande : entretien avec Gay Doh Htoo, volontaire du programme VIH au camp de Mae La
- ONG françaises en Afghanistan : une détermination intacte
- Marielle Aulagnier, épidémiologiste, auteur d’une enquête sur « Connaissances, attitudes et pratiques » face au VIH/sida au Sud-Kivu
- Andrea Trevisan, logisticien réhabilitation en République Démocratique du Congo
- Afghanistan : Aide Médicale Internationale relocalise ses équipes expatriées et maintient ses programmes en cours
- Le Salamati sur le contrôle des naissances voit le jour en Afghanistan
- Tour de France humanitaire : Aide Médicale Internationale vous donne rendez-vous sur le parvis de l’hôtel de Ville de Paris les 23 et 24 octobre
- Goi Kornkawan, psychologue superviseuse pour AMI en Thaïlande
- République Centrafricaine : responsable de projet, une mission au plus près des populations
- Afghanistan : les ONG françaises interpellent l’opinion et les pouvoirs publics
- Afghanistan : un programme de contrôle qualité des analyses médicales dans les laboratoires
- Logisticien au Soudan : une expérience professionnelle et humaine forte
- République Centrafricaine : Programme AMI à Ndélé, un impact positif réel sur la qualité de vie de la population
- Le rapport annuel 2007 d’AMI accessible en ligne
- République Démocratique du Congo : AMI ouvre une maternité sur la zone isolée des Hauts Plateaux
- République Centrafricaine : à M’brès, la clinique mobile d’Aide Médicale Internationale permet de porter secours aux victimes d’un accident de la route
- Afghanistan : une bande dessinée au service du Salamati
- Evolution du site Internet AMI
- Afghanistan : deux services de néonatalogie opérationnels à Mehterlam et Asad Abad
- Assemblée générale d’Aide Médicale Internationale : un conseil d’administration étoffé
- République Centrafricaine : accès aux soins de santé primaire et accès à l’information sur le VIH/SIDA dans la préfecture de Bamingui Bangoran
- Le VIH/SIDA en Afrique subsaharienne : la maladie comme facteur déstabilisant pour la société
- Afghanistan : "je suis fier de participer au projet Health Messenger"
VIH/Sida : Au moins 50 000 patients birmans privés de traitement faute d’argent
COMMUNIQUE DE PRESSE 29 novembre 2011
Alors que l’épidémie fait de plus en plus de victimes chaque année en Birmanie, les financements ne suffisent plus à fournir des traitements antirétroviraux à tous les patients éligibles. Une situation plus que préoccupante qui met en péril de nombreuses vies à court terme et offre peu de perspectives de voir l’épidémie se résorber à long terme.
Depuis 2003, Première Urgence – Aide Médicale Internationale (PU-AMI) intervient en Birmanie pour prévenir et prendre en charge les personnes séropositives dans les banlieues défavorisées de Yangon. « Malgré tous les efforts fournis par PU-AMI dans cette région, et par d’autres associations dans le reste du pays, beaucoup de défis sont à relever. La principale difficulté pour les ONG est le manque de financement pour acheter des traitements par antirétroviraux », nous explique Delphine Defrade, chef de mission pour Première Urgence – Aide Médicale Internationale en Birmanie.
Aujourd’hui, selon les chiffres officiels, on estime qu’au minimum 240 000 personnes sont porteuses du VIH/Sida en Birmanie, soit l’équivalent de la population de la ville de Bordeaux. Sur ces 240 000 personnes, au moins 80 000 devraient pouvoir bénéficier d’un traitement antirétroviral [1] et ce chiffre ne fait qu’augmenter mois après mois. On estime qu’il atteindra plus de 100 000 en 2015. Malheureusement seulement 30 000 personnes séropositives sont effectivement sous traitement.
Cette situation s’explique principalement par la baisse année après année des fonds disponibles pour lutter contre le VIH/Sida. Récemment, le Fonds Mondial de lutte contre le Sida, la Tuberculose et le Paludisme a annoncé qu’il supprimait son prochain cycle de financement. Or ce bailleur de fond est un des principaux financeurs de la lutte contre le VIH/Sida en Birmanie et dans le monde. Une situation de crise qui devrait très fortement aggraver la santé des populations birmanes.
« PU-AMI et les autres associations n’ont pas la capacité de prendre en charge tous les séropositifs. Autrement dit, la liste d’attente des patients aptes à prendre des antirétroviraux s’allonge plus vite que la liste des patients traités. Or plus on tarde à fournir le traitement au patient, plus ses chances de survie diminuent
», conclut Delphine.
Contact Presse : Annabel Hervieu ahervieu@pu-ami.org / 01.55.66.99.64 (ou 06.60.75.40.55 en cas d’urgence)
Note aux rédactions : • PU-AMI met en place des activités de prévention et de prise en charge du VIH/Sida dans 3 districts défavorisés proches de Yangon. Les actions de prévention et d’éducation à la santé sont réalisées par des membres de nos équipes mais aussi par les membres des différentes communautés à risque. Des centres accueillent aussi les séropositifs pour leur offrir un espace de repos, d’écoute et de sensibilisation. En parallèle, PU-AMI dispose de 3 cliniques qui offrent le test anonyme et gratuit, les soins pour les patients séropositifs, le traitement par antirétroviraux, des actions de prévention pour limiter le risque de transmission de la mère à l’enfant ainsi qu’un soutien psychosocial et alimentaire. Aujourd’hui PU-AMI prend en charge environ 900 patients dont 520 sont sous traitement par antirétroviraux. • Dans les zones où travaillent plus particulièrement les équipes de PU-AMI, les évaluations menées l’année dernière montrent que 10 % de la population qui a consulté nos centres de santé était atteinte du VIH/Sida. Un chiffre plus qu’alarmant.
Cisjordanie : Distributions en cours pour 5 communautés bédouines
En Cisjordanie les communautés bédouines sont très vulnérables en raison de l’occupation israélienne. Ces populations de bergers et d’éleveurs de bétail, habituées à un mode de vie nomade, sont essentiellement implantées en zone C (sous administration israélienne), en zone militarisée, ou sur des terrains d’expansion des colonies.
Aujourd’hui sédentarisés en raison de la politique de restriction des mouvements, les Bédouins sont régulièrement menacés de déplacement forcé ou d’ordres de démolitions sur leur habitat de fortune, abris d’animaux ou citernes d’eau.
L’accès à l’eau est un réel enjeu pour ces communautés aussi bien pour les personnes que pour leurs animaux, puisqu’aucun réseau d’eau pérenne n’est constructible et que l’accès aux sources est totalement contrôlé par l’administration israélienne.
Parce que l’accès à l’eau est un droit fondamental protégé par le droit international, PU-AMI a distribué, début octobre 2011, des réservoirs d’eau à 100 familles appartenant à 5 communautés bédouines localisées au Nord de la Cisjordanie.
Cette action a été menée après une phase d’enquête de vulnérabilité approfondie conduite auprès de ces 6 communautés, soit plus de 150 familles visitées. En coordination avec les autres acteurs humanitaires en eau et assainissement, l’équipe de PU-AMI s’est aussi assurée que les personnes bénéficiaires de ces réservoirs ont un accès à l’eau suffisant en quantité et en qualité, soit par leurs propres moyens, soit avec l’appui d’autres organisations humanitaires.
Ce projet visant à améliorer les conditions des Bédouins est entièrement financé par le Bureau d’Aide humanitaire et Protection civile de la Commission européenne (ECHO). D’autres volets complémentaires y sont rattachés. En effet, des campagnes de sensibilisation à l’eau et l’hygiène ont été lancées courant novembre en partenariat avec une ONG locale (House of Water and Environnent). Le but est d’encourager les membres des communautés bédouines, surtout les femmes et les enfants, à adopter les bons comportements et les bonnes pratiques afin de se préserver des maladies liées à l’eau. Dans le cadre de cette campagne, des tests de qualité sur l’eau consommée par ces populations vont également être menés.
Par ailleurs, 80 familles ont reçu de la nourriture et vont continuer à en recevoir dans les 5 prochains mois pour couvrir leurs besoins alimentaires de base au cours de la saison hivernale. Les distributions seront faites tous les 2 mois. Ainsi, chaque foyer reçoit farine, pois chiches, huile, sel, lentilles selon les standards nutritionnels quantitatifs et qualitatifs du Programme Alimentaire Mondial (PAM).
Enfin, des vestes d’hiver vont être distribuées dans les semaines à venir aux enfants de moins de 12 ans. Des enfants qui recevront également des vêtements en laine tricotés par des femmes bénéficiant de notre projet « Argent contre Travail » .
AFGHANISTAN 10 ans après, les efforts doivent être accentués pour améliorer l’accès à la santé
Il y a dix ans exactement, les Etats-Unis et leurs alliés intervenaient militairement en Afghanistan. Aujourd’hui la situation des afghans reste très précaire. C’est pourquoi, alors que les armées occidentales ont annoncé leur retrait en 2014 et que la communauté internationale prévoit de se réunir avec les autorités afghanes à Bonn le 5 décembre prochain, Première Urgence-Aide Médicale Internationale (PU-AMI) appelle à ne pas se détourner de la population afghane et à augmenter le soutien aux citoyens afghans.
« Le retrait des troupes ne doit pas aller de pair avec une baisse de l’aide à la reconstruction et de l’aide humanitaire, au contraire. La confusion entretenue entre les activités militaires et les activités humanitaires a longtemps porté préjudice aux actions d’aide. Aujourd’hui si les armées occidentales se retirent, cela ne signifie pas que tout soit réglé. Les afghans ont besoin d’un soutien renouvelé et plus important de la communauté internationale pour poursuivre la reconstruction de leur pays et améliorer l’accès à la santé, un des besoins prioritaires des populations », déclare Frédéric Pascal, responsable des projets de PU-AMI en Asie.
Le système de santé publique est sorti exsangue de ces nombreuses années de conflit. A la chute des Talibans, en décembre 2001, l’accès aux soins pour les populations était désastreux. Les ONG présentes sur place depuis plusieurs décennies travaillaient alors à maintenir une offre minimale de soins aux populations, dans des conditions souvent difficiles. En 2003, le ministère de la Santé, en lien avec les principales institutions internationales, a décidé et mis en place un système de soins de santé essentiels à l’échelle du pays.
A ce jour et depuis plusieurs années, les soins de santé en Afghanistan sont couverts à 80% par des ONG afghanes et internationales. Si les données sont peu précises concernant cet accès aux soins au niveau national, Première Urgence-Aide Médicale Internationale, acteur de la santé depuis les années 80 dans la province de Kunar (Nord-Ouest), peut témoigner des progrès réalisés et des défis à relever. « Certaines pathologies, autrefois considérées comme tabous dans les zones reculées, sont désormais inclus dans le « package » des soins de base : le VIH, la santé mentale et le handicap. Un effort particulier est fourni pour favoriser la présence de femmes parmi les travailleurs de santé. Les femmes ont beaucoup plus facilement accès aux soins et en particulier lors des périodes à risque comme la grossesse et l’accouchement. En 2003 seuls 3% des accouchements étaient réalisés dans des structures de santé, aujourd’hui ce sont 25% des femmes qui bénéficient d’un accompagnement médicalisé lors de l’accouchement. Nous sommes encore bien loin d’une situation satisfaisante mais l’impact de ce système sur la santé des populations en 10 ans est incontestable », déclare Frédéric Pascal.
Il reste de nombreux efforts à fournir. En premier, pour garantir la pérennité du système. La formation des afghans est une étape indispensable pour prévoir un transfert de la gestion des soins de santé des ONG internationales à des organisations locales. Ensuite, pour améliorer la qualité et l’accès aux soins qui restent très variables selon les provinces.
La recrudescence de l’insécurité dans certaines régions du pays a un effet direct sur la santé des populations et sur la qualité des soins fournis. Les structures sont parfois fermées lors de combats, les personnels de santé ne pouvant se rendre sur leur lieu de travail. Certains centres sont parfois directement touchés par des attaques armées. Afin de limiter l’impact sur les populations de cette insécurité grandissante, Première Urgence-Aide Médicale Internationale applique et dans le même temps rappelle les principes qui fondent son action : la neutralité, l’indépendance et l’impartialité vis-à-vis des parties prenantes aux conflits. C’est à leur strict respect que nous devons, depuis plus de 30 ans, de pouvoir mettre en place des actions qui améliorent l’accès aux soins et la santé de populations afghanes parmi les plus vulnérables.
Première Urgence-Aide Médicale Internationale a un seul objectif : permettre aux afghans d’avoir accès à la santé. Pour cela, nous restons vigilants sur l’évolution de la situation dans le pays et surtout sur le degré de soutien qui sera apporté, dans les prochaines années, par la communauté internationale à la reconstruction de ce pays détruit par de nombreuses années de conflit.
Contact Presse : Annabel Hervieu ahervieu@pu-ami.org / 01.55.66.99.64
Note aux rédactions :
• PU-AMI intervient en Afghanistan depuis 1980. Acteur de la santé, l’ONG met en œuvre le système de santé dans la province de Kunar (294 postes et centres de santé qui permettent à 462 000 afghans d’avoir accès aux soins). Elle appuie au développement des laboratoires et pharmacies de deux hôpitaux universitaires de Kaboul et édite le Health Messenger-Salamati, magazine de formation continue des personnels de santé afghans.
• Depuis Avril 2011, Première Urgence et Aide Médicale Internationale, 2 ONG françaises, ont uni leurs forces et leurs compétences pour répondre à l’ensemble des besoins fondamentaux des populations victimes de crises humanitaires. www.pu-ami.org
INONDATIONS au PAKISTAN : 900 000 personnes en danger dans le district de Khairpur
Depuis quelques semaines, le Pakistan est frappé par des pluies torrentielles, provoquant des inondations meurtrières qui affectent plus de 5 millions de personnes à travers le pays. Première Urgence – Aide Médicale Internationale, présente dans le Sud du pays depuis les inondations dévastatrices survenues l’été dernier, intervient en urgence pour venir en aide aux victimes de cette catastrophe annoncée.
Dès le 8 Septembre, nos équipes se sont rendues sur place pour évaluer la situation. Les terres sont encore engorgées après les inondations de 2010, et le niveau des eaux ne baisse pas. Les équipes ont dû emprunter des routes boueuses à peine praticables, puis des pirogues pour pouvoir accéder à la population affectée. Seul 20% du district de Khairpur, dans le Sindh, est accessible pour le moment. Ils ont découvert une population qui vit une situation d’une précarité extrême.
De l’eau et des soins en urgence
« Plus de 900 000 personnes ont dû abandonner leur maison. Elles sont ainsi sans toit, ayant souvent dû tout abandonner avant de partir, vivant sur des îlots secs entourés d’une eau stagnante et noirâtre. Elles n’ont plus accès ni à la nourriture, ni à l’eau potable. Les pompes à eau se trouvent souvent en dessous du niveau de l’eau actuel, et les familles doivent parfois marcher plus de 2 heures avec les récipients qu’elles ont pu récupérer pour accéder à la source la plus proche », témoigne Albert-Philip Burger d’Haem, le chef de mission de Première Urgence – Aide Médicale Internationale (PU-AMI) au Pakistan. La maladie est également une source de grande inquiétude. Avec la saison des pluies, des milliers de moustiques envahissent la région, et avec eux, le paludisme. Les mères tentent de protéger les enfants en écartant les moustiques à l’aide d’éventails de fortune toute la nuit durant, mais les cas suspectés de malaria se multiplient, avec près de 2 600 identifiés. L’environnement, chaud et humide, conjugué aux eaux croupies, est particulièrement mauvais pour les enfants. Une grande majorité souffre de maladies de peau, notamment la gale. Pour faire face à cette situation plus qu’urgente, nos équipes médicales partent dès ce samedi pour déployer des cliniques mobiles, pour pouvoir fournir les premiers soins de santé aux victimes de ces inondations et aussi traiter le paludisme et les maladies de peau. Pendant ce temps, les équipes spécialistes en eau et assainissement préparent le transport d’une unité de traitement de l’eau déjà utilisée suite aux inondations de 2010. PU-AMI pourra ainsi rapidement distribuer de l’eau potable aux populations les plus en difficulté.
Appel à la mobilisation internationale
L’été dernier, des inondations similaires avaient affecté plus de 18 millions de personnes dans ce pays. Cependant la communauté internationale s’était peu mobilisée face à l’ampleur de la catastrophe. De ce fait les réparations des barrages et autres infrastructures limitant les risques d’une nouvelle montée des eaux n’ont pu être menées à leur terme. C’est pourquoi, il y a quelques semaines, soit un an après cette première catastrophe, PU-AMI, comme de nombreuses organisations humanitaires, alertait des risques que courraient encore les populations du Sindh. Aujourd’hui cette catastrophe annoncée est en train de se produire. Première Urgence – Aide Médicale Internationale appelle la communauté internationale et les donateurs à se mobiliser d’urgence pour ces victimes et fournir les fonds nécessaires afin d’éviter que cette catastrophe se reproduise à nouveau. Certains peuvent penser que les crises humanitaires sont trop nombreuses pour y faire face mais c’est en s’engageant dans des actions de plus long terme et de prévention que nous pourrons enrayer ces phénomènes dévastateurs.
Contact Presse : Annabel Hervieu ahervieu@pu-ami.org / 01.55.66.99.64
Note aux rédactions :
• Retrouvez le bilan des actions de PU-AMI au Pakistan, un an après les inondations de 2010 sur http://premiere-urgence.org/index.p…
• Depuis Avril 2011, Première Urgence et Aide Médicale Internationale, 2 ONG françaises, ont uni leurs forces et leurs compétences pour répondre à l’ensemble des besoins fondamentaux des populations victimes de crises humanitaires. www.pu-ami.org
PAKISTAN : un an après les inondations, les besoins et les risques encore trop nombreux
Présentes au Pakistan au début du mois d’Août 2010 au lendemain des inondations qui ont affectées plus de 18 millions de personnes, les équipes de Première Urgence – Aide Médicale Internationale répondent depuis un an aux besoins des victimes de cette catastrophe.
Après leur avoir apporté une aide d’urgence dans les camps de déplacés, l’association accompagne aujourd’hui le retour dans les villages des habitants pour leur garantir un accès à l’eau, à la santé et au logement.
Intervention d’urgence dans le Sindh
7,3 millions de personnes affectées et 500 000 maisons endommagées, voici le terrible bilan des inondations qui ont frappé la province du Sindh au Pakistan il y a un an. Suite à cette catastrophe naturelle d’une ampleur sans précédent, Première Urgence – Aide Médicale Internationale a répondu aux urgences. En effet ce type de crise a plusieurs conséquences sur les populations. Les habitants de la province du Sindh se sont retrouvés du jour au lendemain sans toit, sans accès à l’eau potable et avec des difficultés d’accès à la nourriture. Ils ont aussi perdu de nombreux biens nécessaires pour se laver, cuisiner, dormir… Tout ceci a eu un impact direct sur la santé de ces familles. L’objectif de PU-AMI a donc été de prendre en compte l’ensemble de ces besoins pour améliorer rapidement la situation des victimes des inondations. Pour cela, elle a mis en place un projet transversal afin d’améliorer l’accès à une eau potable, à un environnement sain et à des soins de santé. Nos équipes ont aussi distribué des biens de première nécessité et assuré la gestion d’une trentaine de camps de déplacés afin de faciliter et garantir un accès à l’aide humanitaire pour tous.
Soutenir le retour des déplacés dans leur village d’origine
Plus de 7 mois après les inondations, les familles regroupées dans les camps, principalement paysannes, ont commencé à rentrer chez elles pour pouvoir mener à bien les prochaines récoltes. Afin d’aider les habitants à rentrer chez eux dans de bonnes conditions, Première Urgence – Aide Médicale Internationale a poursuivi et adapté ses projets. Elle a multiplié ses efforts pour améliorer l’accès à l’eau et à l’assainissement en construisant ou réhabilitant des points d’eau et des latrines et en organisant la gestion des déchets dans les villages endommagés par les inondations. Les 3 cliniques mobiles mises en place par l’association dans les camps sillonnent désormais les villages pour soigner principalement les femmes, les enfants. Des équipes mobilisent les communautés locales pour sensibiliser les populations à l’hygiène et aux moyens de limiter la propagation de maladies. Enfin 500 maisons en brique sont en cours de construction, dans des zones non-inondables mais le plus près des villages d’origine, pour fournir un logement à ceux dont la maison a été détruite par cette catastrophe naturelle.
Des besoins et des risques encore trop importants
Aujourd’hui, les camps de déplacés sont fermés et les populations sont rentrées dans leur village, mais dans quelles conditions ? Un an après les inondations, des équipes de PU-AMI ont encore découvert, en juillet dernier, des villages qui n’avaient reçu aucune aide depuis un an. Les populations ne se sont pas encore remises de la catastrophe de l’année dernière et les infrastructures n’ont pas toutes été réparées et renforcées pour faire face à une nouvelle montée des eaux. Bien que les organisations humanitaires comme PU-AMI travaillent à améliorer la situation des victimes des inondations, l’aide promise par la communauté internationale au lendemain de la catastrophe n’a pas été versée en totalité. Or il est nécessaire aujourd’hui de poursuivre des programmes d’urgence mais aussi de développer des projets de préparation aux désastres.
Chiffre clés de notre réponse
Une équipe de 234 collaborateurs nationaux et internationaux Plus de 3.5 millions d’euros d’activité Près de 250 000 personnes affectées ont reçu une aide directe
- 100 consultations médicales / jour soit 20 000 personnes prises en charge
- 95 000 personnes ont suivi des formations à l’hygiène et à la santé
- 16 000 personnes malnutries suivies ou traitées
- Distribution d’eau potable à 30 000 personnes
- 300 points d’eau construits
- 30 000 kits d’urgence et de réinstallation distribués (abris, matelas, couverture, savons, lessive, ustensile de cuisine…)
- Construction de logements pour 35 000 personnes
HAITI : 3 381 enfants et jeunes des rues pris en charge par PU-AMI à Port-au-Prince
La base Jamaïque est située en face de l’aéroport de Port-au-Prince. Des jeunes, entre 10 et 17 ans en moyenne, s’y regroupent pour y survivre. Les bases sont des abris de fortune dans lesquels les enfants s’organisent en micro-société souvent sous la direction d’un leader qui impose des règles de vie.
Première Urgence – Aide Médicale Internationale (PU-AMI) intervient dans 17 bases d’enfants de l’agglomération de Port-au-Prince depuis 2004.
Ces jeunes s’appellent Léon (alias Jumeau), Michel, Islande ou Marie-France. Leurs histoires, ce qui les a amenés à vivre dans la rue, sont souvent tragiquement ressemblantes : mauvais traitements, décès des parents, grande pauvreté familiale… Une relation de confiance s’est installée entre les équipes médicales et éducatives de PU-AMI et les jeunes, appelés communément Enfants et Jeunes des Rues. Ils ont recueillis leurs témoignages.
Marie France a 21 ans, 2 enfants de 7 et 1 ans, et vit dans la rue depuis 10 ans. « Je n’aime pas la rue mais à cause de ma situation de misère, je suis obligée de vivre dans cette galère. Ma mère n’avait pas les moyens de m’aider à aller à l’école. Je connais l’importance de l’école. Je rêvais de devenir une femme d’affaire mais la vie ne me l’a pas permis. J’espère qu’un jour Dieu parlera dans le cœur des dirigeants du pays pour que je sorte enfin de cette situation. Ma plus grande peine, c’est de voir mes enfants vivre cette même tragédie. »
Michel est un bénéficiaire du programme Enfants et Jeunes des Rues de PU-AMI depuis 2006. Il mendie et nettoie les fenêtres des voitures des fidèles du Sacré cœur. Il est jeune et intelligent. Des paroissiens l’ont aidé à intégrer une école presbytérienne. Sa mère est encore vivante, elle habite près de Léogane, une petite ville à une heure de voiture de la capitale. Grâce à ses petits boulots, il peut s’acheter des vêtements, de la nourriture et rapporter un peu d’argent à sa mère. Il lui rend visite quelques heures chaque week end.
Islande a 19 ans et vit dans la rue depuis 5 ans. Orpheline depuis sa petite l’enfance , elle a été élevée par sa tante qui lui faisait subir de mauvais traitements. Elle a du quitter cet enfer familial. Islande avoue qu’elle ne veut pas rester dans la rue. Son plus grand désir, c’est de retrouver sa famille : « Si ma mère avait été là, je n’aurais jamais pris le chemin de la rue, parce qu’ici je suis victime de tous les maux. J’aimerais bien refaire ma vie, apprendre un métier afin que je puisse assurer ma propre survie ».
Aujourd’hui une équipe composée de 4 infirmières, 3 médecins et 5 éducateurs de rues sillonnent régulièrement les bases afin de dispenser des soins à près de 3400 jeunes mais aussi pour leur prêter une oreille attentive et veiller sur leur santé et leur état psychologique. Certains d’entre eux atteints plus gravement sont référés vers des hôpitaux et pris en charge entièrement par PU-AMI.
La priorité pour Première Urgence – Aide Médicale Internationale demeure la prise en charge de ces jeunes mais aussi leur intégration. Placés en marge de la société, ils existent très peu de structures locales pour les accueillir. Les partenariats avec des organismes locaux sont rares, mais sans leur implication, il sera difficile de contrer le phénomène et d’entrevoir une vie meilleure pour ces enfants et ces jeunes.
Crédit photo : Marco Domingo
Journée Mondiale de l’Action Humanitaire - S’engager avec nous : pourquoi ? comment ?

Journée Mondiale de l’Action Humanitaire - S’engager avec nous : pourquoi ? comment ?
Ce vendredi 19 Août est la Journée Mondiale de l’Action Humanitaire, journée dédiée aux travailleurs humanitaires et à leurs actions dans le monde. Ce sont plus de 2700 personnes qui s’engagent à nos côtés tous les jours pour venir en aide aux autres. Voici comment et pourquoi rejoindre nos équipes sur le terrain.
Un grand merci à tous nos collaborateurs pour leur engagement !
Cette journée est tout d’abord l’occasion pour Première Urgence – Aide Médicale Internationale de remercier les 2500 collaborateurs nationaux, 130 expatriés et 50 personnes du siège qui s’engagent tous les jours auprès de PU-AMI pour venir en aide aux populations victimes de crises humanitaires dans le monde !
Etre expatrié pour Première Urgence – Aide Médicale Internationale
Forte de plus de 30 ans d’expérience dans l’action humanitaire, Première Urgence – Aide Médicale Internationale a toujours mis l’humain au cœur de son action. Chaque collaborateur - employé local, expatrié ou permanent au siège - est un acteur de l’aide humanitaire et doit travailler en accord avec nos valeurs d’engagement, de transparence et d’humilité. Partir sur le terrain avec PU-AMI, c’est travailler au plus près et en collaboration avec les communautés. C’est aussi intervenir dans des contextes très divers ; en milieu urbain ou dans des zones rurales isolées, dans des conditions de sécurité volatile et de confort limité… C’est enfin faire preuve d’un engagement professionnel au service des autres et d’une éthique personnelle irréprochable.
Les profils recherchés
La spécificité de Première Urgence – Aide Médicale Internationale est son objectif de répondre à l’ensemble des besoins fondamentaux des populations victimes de crises humanitaires. De ce fait, les métiers de PU-AMI sont multiples parce que complémentaires : santé, sécurité alimentaire, nutrition, eau/assainissement/hygiène, construction/réhabilitation et relance économique. Nous recherchons des profils tout aussi complémentaires pour mettre en œuvre nos projets : des candidats dotés d’une formation et/ou d’une expérience significative en gestion de projets, en gestion financière, en logistique, en agronomie, en génie civil et conduite de travaux, en hydrologie, dans les secteurs de la santé (médical et para-médical), en nutrition, en économie du développement…
Nos critères de recrutement
Première Urgence – Aide Médicale Internationale recherche des personnes qui ont à la fois un métier spécifique aux projets que nous mettons en place mais aussi un état d’esprit en adéquation avec nos valeurs. Pour s’engager avec nous, les candidats doivent avoir au minimum 2 ans d’expérience dans leur domaine de spécialisation, des qualités rédactionnelles, des aptitudes à la gestion de projet, des capacités d’encadrement d’équipe et la maîtrise du français et/ou de l’anglais. Les candidats doivent aussi faire preuve d’éthique personnelle et professionnelle et aussi d’autonomie, d’esprit d’équipe, d’adaptabilité, de rigueur, de résistance au stress et d’ouverture d’esprit.
Quel statut sur le terrain ?
Les expatriés de Première Urgence – Aide Médicale Internationale bénéficient de conditions avantageuses pour leur départ sur le terrain. Tous sont sous Contrat à Durée Déterminée, sauf ceux qui n’ont aucune expérience en solidarité internationale et dont le départ se fait sur la base d’un accord de volontariat de 3 mois, prolongé en CDD sous réserve d’évaluation positive. Les rémunérations s’échelonnent entre 1500 à 2200 euros bruts par mois, auxquelles s’ajoutent des primes cumulables (ancienneté et expérience en solidarité internationale), ainsi que la prise en charge des frais de mission comme le déplacement, l’hébergement, l’allocation de subsistance en mission, la couverture santé, assistance, prévoyance… La mobilité géographique et hiérarchique est fortement encouragée dans le parcours professionnel de l’expatrié avec PU-AMI.
Comment postuler ?
Toutes les offres de missions sur le terrain sont consultables sur le site internet temporaire de Première Urgence – Aide Médicale Internationale (www.pu-ami.org) et de Coordination Sud.
Si une annonce vous semble répondre à votre profil et à votre projet, envoyez votre dossier de candidature (CV et lettre de motivation) à recrutement@pu-ami.org
Si votre profil correspond à ce que nous recherchons, vous serez invité à une session de recrutement pour une présentation de notre association, des tests et un entretien avec notre équipe des Ressources Humaines.
Retrouvez des témoignages de travailleurs humanitaires engagés avec PU-AMI sur notre page Facebook
République Centrafricaine : Aide d’urgence aux populations victimes de la LRA dans le Sud Est
Les violences perpétrées depuis mi 2009 dans le sud-est du pays par la LRA (Lord Resistance Army), rébellion ougandaise dirigée par Joseph Kony et entrée en RCA via la République Démocratique du Congo voisine, ont provoqué d’importants déplacements de population. Ainsi les villes de Rafaï, Agoumar et Dembia ont accueilli, suite aux attaques directes et à la psychose liée à la présence de la LRA dans la zone, près de 6000 personnes issues de 35 villages qui s’y sont installées pour y trouver refuge.
Tant les familles hôtes que les déplacés, ont perdu l’accès à leurs champs en restreignant leurs déplacements. Ainsi, la récolte vivrière de 2010 n’a pas pu être réalisée. Cette perte de production a eu un impact immédiat sur la sécurité alimentaire des familles mais également à plus long terme puisque les familles ne disposaient plus de semences pour la saison agricole 2011.
Première Urgence – Aide Médicale Internationale est présente dans cette zone depuis le premier trimestre 2011. Elle est actuellement l’unique acteur en sécurité alimentaire dans les villes de Rafaï, Agoumar et Dembia, en dehors du Comité International de la Croix Rouge qui réalise les distributions de vivres.
Ne pas créer une dépendance à l’aide
Sur ces sites faisant l’objet d’une aide d’urgence, 2661 famille, dont 1491 sont déplacées, restent confinées à proximité des zones d’habitation par crainte des exactions et des enlèvements. Les derniers incidents durant le mois de mai dernier renforcent ce sentiment d’insécurité. Pour autant, ces populations qui ont perdu leurs moyens de subsistance, aspirent à les recouvrer et non à dépendre de distributions prolongées de vivres.
Malgré de fortes contraintes sécuritaires et logistiques pour accéder à la zone, les équipes de Première Urgence – Aide Médicale Internationale, grâce au soutien de la DG-ECHO, UNICEF et de la FAO, ont pu distribuer des semences et outils à toutes ces familles résidentes et déplacées le long de la frontière congolaise.
Des semences de cultures locales dont le riz, l’arachide ou le gombo ont été distribuées en avril. La préparation des parcelles sur des défriches forestières fut réalisée en avril et en mai grâce aux outils distribués au préalable. Un important travail de facilitation pour l’accès à une parcelle agricole a été conduit par les équipes, en coordination avec les autorités locales et les représentants des déplacés. Les semis ont eu lieu en mai à l’arrivée des pluies et les récoltes débutent en ce moment en juillet.
Cet appui permet ainsi à l’ensemble des familles de retrouver leur capacité de production agricole et donc de couvrir par elles mêmes leurs besoins alimentaires sans dépendre complètement de l’aide alimentaire.
Des bâches ont été distribuées aux familles déplacées pour étanchéifier leur abri pendant la saison des pluies.
Entre réponses d’urgence et aide à long terme
Les récoltes en cours ne permettront toutefois pas la suffisance alimentaire jusqu’à la saison agricole suivante. Etant donné la petite taille des parcelles cultivables, il faut augmenter le nombre de récoltes pour assurer une autonomie alimentaire continue. Pour y parvenir les équipes de PU-AMI préparent d’une part un appui à la production maraîchère durant la saison sèche, d’autre part le renforcement des capacités de production des produits agroalimentaires traditionnels à base de manioc, arachide et riz. En 2012, des semences des principales espèces cultivées localement seront à nouveau distribuées aux familles paysannes afin de poursuivre la restauration des stocks semenciers.
Par ailleurs, la saison des pluies actuelle pousse les équipes de PU-AMI à intervenir d’urgence pour prévenir la dégradation des conditions d’habitat et de santé des familles déplacées. Des bâches pour protéger les abris, des moustiquaires pour limiter le risque de malaria et des articles de première nécessité (jerrycan pour le transport et le stockage de l’eau, savons) sont en cours de distribution.
Ces interventions doivent se compléter par un appui aux personnes retournées dans leur village d’origine dès que la sécurité le permettra. Dans ce cadre, Première Urgence – Aide Médicale Internationale prévoit, via un soutien aux artisans locaux, d’aider à reconstruire les habitations dont l’abandon a causé la dégradation.
Pour découvrir l’ensemble de nos activités en République Centrafricaine http://www.amifrance.org/-Republiqu… et http://premiere-urgence.org/index.p…
Bande de Gaza : « Ne pas être libre de ses mouvements, c’est le plus dur… »
Jehad Abu Hassan, 42 ans, est le responsable de la base de Première Urgence – Aide Médicale Internationale à Gaza, d’où il est originaire, depuis octobre 2010. Ce Franco-Palestinien, au parcours étonnant, témoigne de la situation dans cette région enclavée dans cette région enclavée, aggravée depuis 4 ans par le blocus imposé par Israël. Interview.
Jehad, quel a été ton parcours jusqu’à octobre 2010, date à laquelle tu as rejoins l’équipe de PU-AMI ?
Je suis né à Gaza. Mes parents y sont réfugiés depuis 1948. Arrivés au camp de la plage (Gaza ville), mes parents, analphabètes, se sont vus attribuer par l’UNRWA (Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient) un bout de terre de 100 m2 et petit à petit ont construit une maison.
J’ai donc passé mes jeunes années à Gaza et en 1985-1986, j’ai commencé à étudier le français au Centre culturel français. J’ai obtenu une bourse pour étudier l’agriculture en France. J’ai obtenu un BTS en horticulture et j’ai ensuite travaillé deux ans en France.
Je suis rentré à Gaza en 1994 et j’ai travaillé pendant 2 ans comme professeur de français et comme interprète.
Je suis reparti en France pour étudier à l’Ecole Supérieure d’interprète et de traducteur puis j’ai enchaîné sur une Maîtrise en Langues étrangères appliquées à la Sorbonne puis sur un DESS en économie et un DESS « Crise, intervention humanitaire et action de développement ».
J’ai trouvé mon premier emploi dans l’humanitaire en 2003 au Burundi et depuis j’ai travaillé pour diverses organisations au Soudan, Tchad, Yémen, Jordanie, jusqu’à mon retour à Gaza en 2010.
Qu’est-ce qui a changé à Gaza depuis ton enfance ?
Pour moi il y a l’avant et l’après 1987. Avant 1987, il y avait l’occupation israélienne et les colonies (NDLA : démantelées en 2005), mais les gens avaient du travail. Malgré le couvre-feu, on avait une liberté de mouvement. Les Gazaouis pouvaient travailler en Israël, les agriculteurs exportaient leurs produits vers la Cisjordanie, Israël, les pays limitrophes et même l’Europe. De plus, la diaspora palestinienne aidait financièrement les familles. Les conditions économiques étaient plutôt bonnes.
Après 1987, date du premier soulèvement palestinien, les choses ont commencé à se détériorer. Israël a durci les règles, limité les mouvements des biens et des personnes. Le chômage a augmenté, on n’avait plus de possibilité de travailler en Israël ou d’exporter les produits agricoles.
En 1993, les accords d’Oslo sont signés, avec la mise en place de l’Autorité palestinienne, ce qui a suscité un élan d’espoir pour les Palestiniens. La situation s’est progressivement dégradée et en 2000, la 2e intifada a entraîné un nouveau durcissement et de nouvelles restrictions. De 2000 à 2005, l’Autorité palestinienne et sa composante majoritaire le Fatah ont perdu progressivement la confiance des Palestiniens. En 2006, le Hamas a gagné les élections à Gaza. En février 2007, le Fatah a tenté de faire un Gouvernement d’union nationale mais a échoué et des confrontations ont éclaté faisant beaucoup de victimes. Le Hamas a mis la main sur la bande Gaza par la force.
En juin 2007, Israël imposait un blocus sur Gaza. Quatre ans après qu’en est-il ?
L’avènement du Hamas s’est traduit par des sanctions de la communauté internationale, la fermeture de la frontière de Rafah avec l’Egypte et par un blocus total d’Israël : terrestre, maritime et aérien. La bande frontalière (zone tampon) contrôlée par l’armée israélienne fut aussi élargie de 50 mètres en 1995 à 300 mètres en 2009 à l’intérieur des terres. Mais la zone s’étend de facto à plus de 500 mètres, privant un grand nombre d’agriculteurs d’accès à leurs terres. 2007 a marqué la fin des échanges économiques et l’imposition de restrictions de mouvement sévères. Les Gazaouis sont depuis coupés du monde. Pour contrer ce blocus, les tunnels vers l’Egypte ont été creusés pour acheminer les produits de consommation.
Fin 2008, l’opération militaire « plomb durci », une guerre d’Israël contre le Hamas, a eu des conséquences catastrophiques sur la population civile. On parle de 1400 morts au cours de cette guerre de 22 jours. Les infrastructures ont été détruites. Même les écoles, hôpitaux, usines n’ont pas été épargnés…
Depuis 4 ans, le secteur privé est moribond, le taux de chômage a atteint 43%, 75% des gens vivent sous le seuil de pauvreté, les possibilités de sortir de la Bande de Gaza se résument à quelques cas médicaux graves et les gens dépendent de l’aide humanitaire. Les conditions sont extrêmement difficiles.
Mais depuis le 28 mai dernier, la réouverture de la frontière avec l’Egypte décidée par le gouvernement en transition, a redonné aux Gazaouis l’espoir de sortir, ne serait-ce que pour changer d’air…
Que fait PU-AMI à Gaza ?
Le secteur agricole a été très touché par le conflit et beaucoup de petits agriculteurs ne peuvent plus cultiver leur terre par manque de moyens, d’accès ou à cause de l’augmentation du prix des matières premières. Soutenu financièrement par l’Union Européenne et le Centre de Crise du Ministère français des affaires étrangères et européennes, PU-AMI a réhabilité des terres arables relançant ainsi une centaine d’exploitations maraichères ou fruitières. Nous distribuons aussi des intrants agricoles aux fermiers pour relancer leur production, intrants que nous achetons à Gaza pour soutenir l’économie locale.
Nous intervenons dans la région d’Al Mawasi au Sud de la bande de Gaza. Al Mawasi était aussi une région de pêcheurs. Avec le blocus, la zone de pêche autorisée a été réduite à 3 miles de la côte. Inutile de dire que depuis des années, il n’y plus guère de poissons dans cette zone, très surveillée par les navires israéliens. Il ne reste aujourd’hui qu’une cinquantaine de pêcheurs, les autres se sont trouvés sans emploi et certains se sont tournés vers l’agriculture.
PU-AMI intervient aussi dans la zone tampon à l’est de Gaza. Là, les cultivateurs ont interdiction d’accès à leur terre, alors que 35% des terres arables de la bande de Gaza se trouvent dans cette zone.
Le blocus a-t-il des conséquences directes sur le travail de l’équipe PU-AMI ?
Les conséquences touchent PU-AMI comme toutes les autres ONGs, notamment celles qui travaillent dans la zone tampon, une zone dangereuse à cause des incursions fréquentes des chars israéliens, ou des affrontements entre Hamas et Israël. Comme nos bénéficiaires, on risque d’être pris entre deux feux. On travaille avec les cultivateurs à une distance d’au moins 1 km de la frontière pour être protégés.
Dans l’équipe, nous sommes aussi tous soumis aux restrictions de mouvement. Aucun de nous ne peut aller en Cisjordanie par exemple. Ne pas être libre de ses mouvements, c’est le plus dur… Cela affecte aussi certains expatriés à qui on n’octroie pas les permis d’accès à Gaza. La coordination est difficile dans ce contexte.
Suite à l’opération militaire israélienne qui a débuté le 27 décembre 2008 (opération dite "plomb durci") dans la bande de Gaza, Première Urgence porte assistance aux populations victimes du conflit en fournissant des biens non alimentaires de première nécessité et en soutenant les structures médicales par la distribution de consommables médicaux puis s’est orientée vers des projets de réhabilitation des terres agricoles, de distribution des réservoirs d’eau et kits d’hygiène et de réhabilitation d’un bassin d’eaux usées.
Légende photo : Jehad Abu Hassan est chef de base à Gaza pour PU-AMI depuis octobre 2010.
TCHAD : S’appuyer sur les savoir faire traditionnels pour lutter contre la malnutrition
Depuis 2003, l’Est du Tchad a vu affluer plus de 250 000 réfugiés fuyant les combats au Darfour voisin. Cette augmentation de la population dans une zone qui manquait déjà de ressources, ajoutée au climat d’insécurité dans ces zones frontalières et à de mauvaises récoltes ces dernières années n’ont fait qu’amplifier le dénuement des populations réfugiées et locales.
Dans la région de Hadjer Hadid, à 60km de la frontière, 2 camps accueillent près de 50 000 réfugiés. Ils reçoivent de l’aide pour faire face à leurs besoins primaires : accès à l’alimentation, à l’eau, à l’assainissement, à la santé mais malgré tout, les taux de malnutrition augmentent dangereusement. C’est pour répondre à cette problématique que Première Urgence – Aide Médicale Internationale a développé un projet innovant fondé sur les savoir faire traditionnels des populations.
Un régime alimentaire insuffisamment équilibré
Les dernières enquêtes du Programme Alimentaire Mondial révèlent des taux de malnutrition inquiétants et en augmentation depuis 2 ans chez les populations réfugiées vivant dans les camps. Ces taux atteignent quasiment les seuils d’urgence, alors que les distributions de vivres continuent.
Sur les marchés, la diversité et la disponibilité des produits alimentaires sont faibles. De plus les distributions alimentaires, organisées par les organisations humanitaires, ne concernent que des produits secs, ce qui explique aussi le manque de diversité dans l’alimentation des populations. En conséquence, les familles manquent de certains apports nutritionnels vitaux.
Première Urgence – Aide Médicale Internationale soutient l’agriculture dans cette zone. En distribuant des semences et des outils, elle permet aux producteurs maraîchers de cultiver plus. Les résultats sont là mais l’augmentation des taux de malnutrition montre qu’il y a un autre problème.
En étudiant plus en profondeur le contexte, nos équipes se sont aperçues qu’il y avait une carence dans la transformation des produits agricoles. En effet les fruits et légumes disponibles à la vente sont des produits frais qui se conservent mal.
Traditionnellement les populations de ces régions sèchent les aliments comme les tomates, le gombo ou la mangue. Cette technique évite aux producteurs de perdre une partie de leur production non écoulée et satisfait aussi d’avantage les besoins nutritionnels des populations. Or PU-AMI s’est rendue compte que, depuis leur arrivée dans les camps, les réfugiés ont peu développé ces techniques de transformation.
Un savoir faire traditionnel mis en péril par un manque de moyen et de technicité
Etre réfugié cela signifie fuir, perdre son habitat, ses biens, son travail, son champ ou son bétail mais aussi les capacités de redévelopper son activité ailleurs, installé dans un camp loin de chez soi. Au Tchad, les réfugiés soudanais ne disposent pas des machines nécessaires pour transformer les produits de l’agriculture.
Aujourd’hui le séchage des fruits et légumes se fait à même le sol et de façon inadéquate, entraînant des pertes importantes. A tel point que les familles achètent des produits importés, comme le concentré de tomates, alors qu’il pourrait être produit sur place. En conséquence, les producteurs de tomate perdent 10 à 15% de leur récolte car elle n’est pas transformée à temps.
Depuis Juillet 2010, nos équipes appuient la création d’un centre de transformation accessible aux producteurs.
Ne pas apporter une solution toute faite mais s’appuyer sur des savoir faire traditionnels
Afin de garantir une meilleure alimentation mais aussi de développer une activité économique pour les réfugiés, PU-AMI a choisi de s’appuyer sur les savoir faire traditionnels des populations.
Depuis Juillet 2010, nos équipes appuient la création d’un centre de transformation accessible aux producteurs et regroupant différentes machines : moulin à céréales, décortiqueuse à arachide, presse à huile… Ce soutien matériel s’accompagne de formations techniques permettant aux réfugiés de transformer leurs produits par eux-mêmes.
Grâce à ce projet, les agriculteurs peuvent transformer leurs propres produits et en parallèle d’autres réfugiés peuvent développer une activité de transformation et vendre ces produits à plus forte valeur ajoutée.
Depuis le début du projet, 1 800 personnes ont été formées à ces différentes techniques sur le séchage amélioré, la réalisation de bocaux de tomates, de confiseries, de pâtisseries ou encore de cosmétiques à base de produits agricoles. Autant de produits dont ont besoin les réfugiés qui vivent depuis plus de 6 ans dans des camps.
PU-AMI intervient au Tchad depuis 2004. Elle apporte son assistance aux réfugiés soudanais du Darfour, aux déplacés internes tchadiens ainsi qu’aux familles les accueillant et se concentre sur des programmes de sécurité alimentaire, de distribution non alimentaire, de relance économique, de sensibilisation à l’hygiène et de préservation des ressources naturelles environnantes.
Cisjordanie : 470 familles enfin connectées à un réseau d’eau
Depuis quelques semaines, 470 familles du district de Qalqiliya, ont enfin accès à un réseau d’eau potable. La construction d’infrastructures durables est complexe dans cette zone soumise au bon vouloir des autorités israéliennes mais 3 ans après le début du projet, c’est une réussite et un vrai changement pour les familles palestiniennes.
La construction d’un réseau d’eau en Territoire Occupé
Depuis 2007, les équipes de Première Urgence – Aide Médicale Internationale développent un projet pour améliorer l’accès à l’eau potable dans 2 villages de Cisjordanie, Immatin et Far’ata.
Ce projet s’est déroulé en 3 phases en collaboration avec l’Autorité Palestienne de l’Eau. Tout d’abord, il a fallu relier la source de Mekerot au village d’Immatin, puis à celui de Far’ata. Une station de pompage et un réservoir souterrain de 500 m3 par village ont aussi été installés. Enfin à partir de ces réservoirs, nos équipes ont construit des réseaux d’eau avec des connexions individuelles pour chaque maison.
Ce projet a été développé avec le soutien du Ministère des Affaires Etrangères français, du Service d’Aide Humanitaire de la Commission Européenne et de la Ville de Paris. Les municipalités de Immatin et de Far’ata se sont aussi pleinement impliquées dans le projet autant financièrement que par un soutien concret sur le terrain.
Comme l’explique Lubna Seyam, membre de l’équipe PU-AMI : “Avant, il n’y avait aucun réseau d’eau. Les habitants se faisaient livrer de l’eau pour remplir leur réservoir privé et utilisaient la collecte d’eau de pluie. Mais aujourd’hui, tout le monde peut simplement ouvrir son robinet pour avoir de l’eau”.
Aujourd’hui les 2 villages ont au moins une semaine de réserve d’eau potable. Les 3600 habitants vivant dans des conditions précaires mais aussi les écoles, les structures de santé ont accès à l’eau 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 !
« J’ai enfin assez d’eau pour la vie de tous les jours »
« Ca a changé notre vie d’avoir accès à l’eau dans la maison », témoigne Samira Mohammad Sowwan, 56 ans. Samira vit avec son mari, leurs 5 enfants, sa belle-fille et son petit-fils dans une maison, au Sud du village d’ Immatin. 9 personnes dans une seule maison qui ont besoin d’eau tous les jours !
Avant que les équipes de Première Urgence mènent à bien leur projet, Samira devait aller pomper l’eau dans la citerne de la maison. Il n’y avait jamais assez d’eau ; que ce soit pour laver la maison ou pour arroser le potager. « Quand il n’y avait pas d’électricité, on ne pouvait pas pomper et on devait remonter les seaux d’eau à la force des bras », explique Samira.
Aujourd’hui cette page est tournée. La famille de Samira a une connexion individuelle au réseau d’eau. Tout le monde peut avoir accès plus facilement et rapidement à de l’eau propre. Le nouveau système permet non seulement de réduire le prix de l’eau de moitié : « Nous avons pu économiser de l’argent. Avant ce n’était pas possible parce que nous devions payer la livraison de l’eau par les camions. », mais il a aussi un impact très positif sur la santé, avec une eau de meilleure qualité.
Ce système d’approvisionnement en eau a vraiment changé le quotidien des familles de ce village et celui de Samira : « Maintenant j’ai assez d’eau pour mon utilisation quotidienne : pour la maison, pour me laver, pour faire la vaisselle et les lessives ». Aujourd’hui les familles peuvent faire des choses qui étaient impossible avant : cultiver des légumes dans le jardin, laver les draps plus fréquemment, abreuver leurs moutons…
Aujourd’hui Samira n’a plus à pomper pour avoir de l’eau, juste à ouvrir son robinet.
Depuis 2002, Première Urgence – Aide Médicale Internationale intervient en Cisjordanie notamment dans les districts de Qalqiliya et Salfit, lourdement affectés par la construction du Mur de séparation et l’accroissement des colonies israéliennes. PU-AMI vient en aide aux familles vivant en dessous du seuil de pauvreté en finançant des emplois, en améliorant les services communautaires, en réparant ou construisant les infrastructures villageoises.
Côte d’Ivoire : Les combats ont cessé, pas la crise humanitaire
Début Avril, face à l’intensification des combats en Côte d’Ivoire, une équipe de PU-AMI est envoyée à Abidjan. Un mois plus tard, Laurent Gbagbo est arrêté, la crise est officiellement finie, tout revient à la normale selon les médias internationaux. Fin juin, après l’investiture d’Alassane Ouattara, les conditions de vies des habitants de cette mégalopole sont toujours extrêmement précaires et l’aide peine à leur parvenir.
Bataille d’Abidjan : une population prise au piège pendant plusieurs jours
Le 8 Avril, 3 jours avant l’arrestation de Gbagbo, Eric Laurent, chef de mission pour Première Urgence – Aide Médicale Internationale, décrit une situation de « chaos total » à Abidjan. « Depuis 7 jours, ça tire à tous les coins de rue, c’est la guerre. Les gens sont effrayés. Ceux qui peuvent, évacuent ; les autres ne circulent plus dans la ville. » C’est la pénurie : nourriture, eau, essence… Les centres de santé sont pour la plupart fermés, il n’y a pas de personnels soignants et encore moins de médicaments. La Côte d’Ivoire est à la Une, les organisations internationales se préparent à venir en aide aux victimes civiles de cette crise.
Et soudain, tout irait pour le mieux…
Apparemment avec la fin des combats, la situation des populations, quasi assiégées pendant plusieurs semaines, est revenue à la normale. Mais nos équipes sur place font un constat très différent. « Les chantiers sont nombreux. Une urgence humanitaire ne se règle pas en un jour. Le nouveau gouvernement n’a pas les moyens financiers pour relancer tous les services étatiques à l’arrêt depuis le début de la crise il y a près de 6 mois. Aujourd’hui la situation diffère selon les communes de l’agglomération d’Abidjan. A Yopougon ou Williamsville, par exemple, certaines familles ne font toujours qu’un seul repas par jour. Dépendants du travail journalier, les habitants des “bidonvilles” n’ont pas ou peu travaillé ces derniers mois. En parallèle de ce manque de revenu, les prix des produits de première nécessité ont fortement augmenté. Il faut 2 à 3 fois plus d’argent par jour pour nourrir sa famille.
Les conditions sanitaires, elles aussi, sont déplorables. Dans les quartiers les plus défavorisés, les ordures n’ont toujours pas été ramassées depuis plusieurs mois. Elles s’amoncellent dans les caniveaux et les fossés. Cette situation entraine la prolifération de mouches, de moustiques et de rats et avec eux les risques de maladies. »
Patrick, chargé d’évaluation pour PU-AMI interroge les habitants du bidonville dit « La Paix » à Williamsville sur leurs conditions de vie et leurs besoins.
De la difficulté de maintenir l’attention de la communauté internationale sur la Côte d’Ivoire
Il est bien connu qu’une crise en chasse une autre. Dans le cas de la Côte d’Ivoire, ce constat est criant. Une fois la situation sécuritaire stabilisée, les financements internationaux se sont faits plus timides, moins réactifs.
Première Urgence – Aide Médicale Internationale était une des très rares ONG présentes à Abidjan lors des combats. Profitant d’accalmies, notre équipe a évalué les besoins, tissé un réseau avec les populations locales et les autorités en place, pour pouvoir apporter au plus vite une aide concrète aux habitants pris au piège. Les priorités identifiées : l’accès à la santé et les conditions sanitaires. Alors que nos équipes sont prêtes à intervenir, à ce jour nous n’avons malheureusement pas encore pu mettre en place la majeure partie de notre projet de soutien aux centres de santé, faute de financement de bailleurs internationaux, et ce malgré le soutien de Tulipe, de la Fondation Sanofi Espoir et de donateurs particuliers. Pourtant ce ne sont pas les besoins qui manquent. On estime que seulement un tiers des centres de santé ont pu reprendre leur activité à Abidjan et les stocks de médicaments sont quasiment épuisés depuis la fin du mois de Mars. En parallèle et sans mettre de côté ce projet, nos équipes ont mis en place une autre activité tout aussi importante de prévention des désastres. Par le ramassage et la gestion des déchets, l’aménagement des fossés et des campagnes de sensibilisation à l’hygiène, Première Urgence – Aide Médicale Internationale souhaite améliorer les conditions de vie des habitants des quartiers les plus défavorisés de Williamsville et éviter la propagation de maladies comme le choléra. Ce projet permettra à près de 20 000 personnes de bénéficier de conditions sanitaires satisfaisantes ainsi que d’une rémunération pour leur participation au ramassage.
Dans les quartiers défavorisés, les ordures n’ont pas été ramassées depuis plusieurs mois, menaçant les conditions sanitaires.
Attachée à soutenir les populations les plus vulnérables, surtout celles qui ne font plus la Une, Première Urgence – Aide Médicale Internationale maintient ses efforts pour développer des projets qui permettraient effectivement que la situation revienne à la normale à Abidjan.
Journée Mondiale des Réfugiés : Les premières victimes de crises humanitaires
©Dominic Nahr - RDC
Le 20 Juin 2011 est la Journée Mondiale des Réfugiés, l’occasion de rappeler que, en 2010, 44 millions de personnes à travers le monde ont du fuir leur pays ou leur maison pour survivre. Comme le montre le dernier rapport du Haut Commissariat aux Réfugiés , ce chiffre est en augmentation et 80% de ces réfugiés se trouvent dans les pays en voie de développement. Cette journée est aussi l’occasion de mettre en lumière la situation des populations déplacées. En 2010, leur nombre a atteint un record inégalé depuis 10 ans. Ils sont plus de 27 millions à avoir du quitter leur maison et leur village dans l’urgence suite à un conflit armé ou à une catastrophe naturelle.
Une longue expérience humanitaire auprès des déplacés et des réfugiés
Depuis plusieurs années, Première Urgence – Aide Médicale Internationale (PU-AMI) intervient auprès de ces populations traumatisées obligées de tout quitter du jour au lendemain. Quitter leur maison, leur travail, leur champ, leur bétail, emporter ce qu’on peut prendre sous le bras, pour partir quelque part où il sera possible de survivre quelques jours, mois ou années de plus.
A travers ses différents projets, PU-AMI veille à la fois à améliorer les conditions de vie de ces familles là où elles ont fuit mais aussi à faciliter leur retour chez elles. Selon les contextes, ce retour est plus ou moins envisageable mais il est souvent la priorité des populations.
Dès les premiers jours où les populations fuient, elles ont besoin de soutien pour s’abriter, se nourrir, se soigner et maintenir une hygiène satisfaisante. Une fois installée, l’objectif est de leur permettre de survivre dans des conditions décentes avec des services de base à leur disposition et un minimum de ressources pour faire face à leurs besoins. Les projets de relance économique, agricole, de sécurité alimentaire, de soins de santé, d’hygiène et d’assainissement, sont autant d’initiatives mises en place par les équipes de Première Urgence – Aide Médicale Internationale et permettant d’améliorer le quotidien des familles.
PU-AMI s’attache aussi à soutenir les familles hôtes des populations réfugiées ou déplacées parce qu’elles sont souvent aussi vulnérables mais aussi pour éviter des tensions entre populations déplacées réfugiées et populations d’accueil.

Suite au terrible séisme qui a frappé Haïti, PU-AMI construit des abris transitionnels pour les familles déplacées.
En 2011, plus d’une centaine de projet en faveur des populations réfugiées et déplacées
Première Urgence – Aide Médicale Internationale intervient depuis plusieurs années auprès de familles réfugiées fuyant des contextes politiques et des conflits mettant en péril leur vie : en Thaïlande auprès des réfugiés birmans, en Syrie avec les réfugiés irakiens, au Liban pour soutenir les réfugiés palestiniens, au Cameroun auprès des réfugiés centrafricains et au Tchad avec les populations ayant fui le conflit du Darfour.
Mais PU-AMI intervient aussi auprès de populations déplacées, c’est-à-dire les populations qui fuient leur habitat mais restent dans leur pays parfois à quelques kilomètres de chez eux, souvent suite à des violences comme en République Démocratique du Congo, en République Centrafricaine et en Birmanie.
Plus récemment, PU-AMI est intervenue en urgence pour subvenir aux besoins des populations ayant vu leur environnement anéanti par des catastrophes naturelles en Haïti et au Pakistan.
Dans le camp de Mae La, en Thaïlande, nos équipes apportent des soins aux réfugiés birmans.
Découvrez nos différentes activités dans ces pays, notamment au Pakistan , au Liban et en Thaïlande.
IRAK : Aider durablement les familles victimes de plusieurs années de violence

Depuis près d’un an, Première Urgence – Aide Médicale Internationale (PU-AMI) a développé un nouveau concept en Irak. “Ma maison, mon village” est un projet pilote qui vise à améliorer globalement les conditions de vie des populations vivant en périphérie de Baghdad.
Sortir de la dépendance à l’aide humanitaire Les zones semi-rurales à l’Est et à l’Ouest de Baghdad étaient autre fois les greniers de la capitale. Mais après plusieurs années de violence, auxquelles se sont ajoutées des sécheresses à répétition, l’agriculture est au point mort et les habitants de ces villages vivent dans des conditions très difficiles. Augmentation de la malnutrition et santé des populations fragiles sont le résultat d’un accès à l’eau et à la nourriture restreint. Soutenus en grande partie grâce aux distributions de nourriture faites à l’échelle nationale, les habitants ne peuvent faire face durablement à ces différentes problématiques. Nos équipes ont donc développé un projet pilote pour améliorer sur le long terme leurs conditions de vie en favorisant l’accès à une eau propre, en développant des projets d’agriculture communautaire et en sensibilisant les familles aux questions d’hygiène et de nutrition. Plusieurs mois après le démarrage de ce projet, les premiers résultats sont très encourageants. Les habitants souffrent moins des maladies liées à l’eau, ils disposent d’un panier alimentaire plus conséquent et plus diversifié et, pour certains, ils produisent suffisamment pour pouvoir vendre une partie de leur récolte.

Nos équipes forment aux techniques d’irrigation dans les serres communautaires.
Nasrine*, veuve et sans ressources, du jour au lendemain Au cours de leur visite sur le terrain, nos équipes ont rencontré Nasrine, une femme d’une cinquantaine d’années qui leur a raconté son histoire. Nasrine vivait avec sa famille et ses quatre enfants à Diyalah : 3 grands garçons tous mariés et le petit dernier. Un jour de 2006, son mari et ses 3 grands enfants ont été kidnappés et tués par des groupes armées. Elle s’est ainsi retrouvée seule avec ses belles-filles, son petit-fils et son dernier fils. Elle n’avait aucun revenu et aucun moyen de subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille. Comme vingt autres familles qui ont connu le même drame ce jour là, Nasrine a décidé de quitter son village pour celui de Huzayran. Les habitants du village ont accueilli ces veuves et leurs enfants. Ils ont construits 5 maisons identiques pour les loger. Installées depuis 5 ans dans ce village, les familles vivent principalement de la générosité de leurs voisins.
L’impact positif du projet Depuis près d’un an, la communauté de Huzayran participe au projet “Ma maison, mon village”. Les habitants ont reçu le matériel et les formations nécessaires pour construire et faire fonctionner des serres communautaires. Ces serres permettent de rassembler tous les habitants du village autour d’un projet commun et de produire de la nourriture pour tout le monde, dont la famille de Nasrine. Les hommes du village ont aidé les femmes à labourer la terre et à planter les semences. L’équipe de PU-AMI a accompagné le développement du projet à travers de multiples visites et conseils. Quand la récolte est arrivée, les membres de l’ONG ont été les témoins de l’impact du projet sur le quotidien des familles. Aujourd’hui les veuves et leurs enfants sont bien intégrés dans la communauté, elles sont capables de produire leur propre nourriture et sont en meilleure santé. A travers ce projet, Nasrine retrouve sa dignité et de l’espoir dans le futur.
*Le prénom a été modifié.
Pour en savoir plus sur nos programmes en Irak, cliquez ici
Corée du Nord : Première Urgence – Aide Médicale Internationale répond à l’urgence alimentaire
Depuis le début du mois d’avril, suite à la publication du rapport d’évaluation du Programme Alimentaire Mondial des Nations Unies (PAM) et de l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO) sur les fortes pénuries alimentaires en Corée du Nord, Première Urgence – Aide Médicale Internationale a lancé un programme de distribution de nourriture à des enfants handicapés et des orphelins, particulièrement vulnérables face à cette crise.
La crise alimentaire met en péril une grande partie de la population
Depuis les années 90, la Corée du Nord souffre d’une pénurie alimentaire récurrente. Cette situation s’explique par les difficultés économiques du pays aggravées par des catastrophes naturelles fréquentes. Pour faire face à cette situation, la Corée du Nord est encore aujourd’hui largement dépendante des distributions alimentaires du PAM.
Cette année tout particulièrement, une grave crise alimentaire frappe le pays. Un hiver particulièrement rigoureux a causé la perte d’une grande partie de la production agricole. D’après le rapport du PAM/FAO, 6 millions de personnes sont en forte vulnérabilité alimentaire. Le système de distribution publique mis en place par le gouvernement depuis de nombreuses années ne peut faire face à cette crise.
C’est dans ce contexte que Première Urgence – Aide Médicale Internationale a décidé d’intervenir en urgence, auprès des plus vulnérables qui n’ont plus de quoi se nourrir jusqu’à la prochaine récolte en Septembre.

De la nourriture pour survivre pendant près de cinq mois
Ne pouvant répondre à l’ensemble des besoins non couverts par les autres organisations, nos équipes ont décidé de venir en aide aux plus vulnérables : les enfants orphelins et handicapés. C’est ainsi qu’en Avril ont eu lieu les premières distributions de rations alimentaires dans 7 écoles spécialisées dans deux provinces nord-coréennes.
Ces premières distributions permettront à plus de 1600 bénéficiaires, dont 1300 enfants, de se nourrir pendant les 2 prochains mois. Ces rations d’urgence sont composées de riz, maïs, soja et huile de soja. Une seconde distribution, prévue au mois de Juillet, complètera ces rations pour couvrir les besoins alimentaires des enfants jusqu’à la prochaine récolte, à la fin du mois de septembre.
Des garanties de distribution de l’aide
Dans le contexte particulier de la Corée du Nord, Première Urgence – Aide Médicale Internationale veille à intervenir sous certaines conditions et met notamment en place un suivi de l’aide distribuée. Le chef de mission a accompagné ces premières distributions et a pu constater que toute l’aide a bien été livrée aux écoles ciblées et que la qualité des produits était satisfaisantes. Par ailleurs un contrôle bimensuel des stocks sera effectué par nos équipes.
Présente depuis 2002 en Corée du Nord, Première Urgence – Aide Médicale Internationale est une des rares ONG internationales à intervenir dans ce pays, où les besoins humanitaires sont importants. Notre objectif est d’améliorer la qualité et l’accès aux soins de santé de base et à garantir la sécurité alimentaire des populations à travers des projets d’élevage de lapins.
Course des Héros - Portrait de Caroline, engagée 7 jours sur 7

Caroline est Chargée des Ressources Humaines Expatriées chez Première Urgence – Aide Médicale Internationale depuis un an et demi. En Janvier dernier, elle décide de pousser encore plus loin son engagement auprès de cette ONG et s’inscrit à la Course des Héros pour la soutenir.
La Course des Héros, le défi solidaire de Caroline
Le 26 juin prochain, Caroline se joindra à près de 1000 coureurs lors de la Course des Héros qui aura lieu au Parc de Saint Cloud.
Pour elle, le défi n’est pas tant sportif : « J’ai déjà participé aux 20 kilomètres de Paris et je cours régulièrement. Courir 6 kilomètres un dimanche matin, ça ne me demande pas un gros effort. Ca me semble assez accessible. Mais c’est surtout le concept qui me plait : mobiliser mon entourage pour soutenir l’association pour laquelle je travaille. »
Un engagement humanitaire professionnel et personnel
Caroline est engagée depuis longtemps dans l’humanitaire. « Je ne sais pas trop comment expliquer comment j’ai fait ce choix. Ca m’a semblé une évidence de faire de l’humanitaire, d’avoir une action concrète. » Elle intègre alors une école de commerce spécialisée en développement international et s’oriente vers les Ressources Humaines. « Beaucoup de ce qu’on fait dans l’humanitaire repose sur l’humain, notamment les motivations et la notion d’engagement des personnes qui postulent. Ca me plait de trouver ce type de profil, d’aider aussi ceux qui souhaitent s’engager et de les accompagner tout au long de leur mission. »
Alors la Course des Héros ? Un prolongement de cet engagement pour Caroline. « Je me suis rendue compte que peu de personnes dans mon entourage savaient en quoi consiste travailler dans l’humanitaire et quelles sont les activités de Première Urgence – Aide Médicale Internationale. Alors je me suis dit que c’était aussi un bon moyen d’en parler et de mobiliser mes amis et ma famille. »
« Collecter 300 euros, ce n’est pas si difficile ! »
Caroline a déjà réussi à collecter la somme minimum pour valider son inscription. En neuf dons, elle a collecté 350 euros. « J’ai envoyé un mail à mes amis et ma famille, je les ai relancés une fois. J’ai aussi parlé plusieurs fois de ce défi sur mon profil Facebook. C’est d’ailleurs grâce à ça que j’ai récolté le plus de dons. Aujourd’hui j’ai atteint l’objectif de 300 euros que je m’étais fixé mais je vais essayer d’aller plus loin et relancer mes contacts sur internet. »
Pour aider Caroline à dépasser ses objectifs, faites un don sur http://2011.coursedesheros.fr/carocourtpourami
La Course des Héros, c’est un défi sportif, il faut courir 6km, mais c’est avant tout un défi solidaire : chaque participant doit collecter au moins 300 euros avant la course au profit d’une association. Plus de 800 coureurs se sont déjà mobilisés pour cette deuxième édition, dépassant allègrement les 500 inscrits de l’an dernier, qui avaient réussi à collecter 300 000€ de dons (grâce à 7200 donateurs) ! http://2011.coursedesheros.fr/
Téléchargez la Chronique n°99 !
2011 marquera un profond changement pour les ONG Aide Médicale Internationale et Première Urgence. En effet, depuis le 1er avril, elles ne forment plus qu’une seule et même structure.
Dans cette première Chronique de l’année 2011, vous trouverez donc une présentation de notre nouvelle association, Première Urgence-Aide Médicale Internationale (PU-AMI).
Philippe Ryfman, professeur et chercheur associé, analysera les changements de contextes qui poussent les organisations humanitaires internationales à changer leur organisation ou à élargir leurs champs de compétences et la taille de leurs projets.
Enfin, vous découvrirez l’actualité de nos programmes en République Centrafricaine.
Bonne lecture !
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Territoire Palestinien : Accompagner les femmes pour qu’elles retrouvent autonomie et confiance en elles

Présent sur le Territoire Palestinien Occupé depuis 2002, Première Urgence - Aide Médicale Internationale (PU-AMI) vient en aide aux familles vivant en dessous du seuil de pauvreté en finançant des emplois, en améliorant les services communautaires, en réparant les infrastructures villageoises détruites ou endommagées - réseaux d’eau ou écoles.
Au début de l’année 2011, PU-AMI a donné la priorité aux femmes en développant une activité pilote en Cisjordanie : rémunérer des femmes en échange d’une action sociale. En plus d’offrir un revenu à ces femmes sans emploi, ce projet a pour objectif de leur redonner confiance en elles et de faciliter leur intégration dans la communauté. Dans certains villages, les tensions liées à la construction du Mur de Séparation, aux colonies israéliennes et le poids des traditions ne permettent pas aux femmes de s’épanouir financièrement et socialement.
Ce projet-pilote a été mené entre début Janvier et fin Février avec 94 femmes, identifiées comme particulièrement vulnérables. Fareda est l’une d’entre elles. Elle témoigne.
Fareda Ibrahem Abu Taha, 53 ans, vit avec ses 5 enfants dans le village de Kafr ad Dik, dans le district de Salfit. Tous les jours, pendant près de 6 semaines, avec 8 autres femmes de son village, elle a préparé à manger pour les enfants de l’école et travaillé dans le potager de l’établissement.

Avec d’autres femmes du village, Fareda prépare à manger pour les enfants de l’école.
« Je vis avec mes filles, qui étudient à l’université. Nous vivons tous dans la maison de mon aînée et son mari. Parfois je me sens comme un poids pour mes filles parce que je n’ai pas de travail et que je ne peux pas participer aux dépenses de la maison. Mais je n’ai pas non plus les moyens de louer ma propre maison. Du coup, je passe la majorité de mon temps à m’occuper des tâches ménagères. Je sors très rarement. Je ne vois des gens, des voisins ou de la famille que s’ils viennent nous rendre visite. Je n’ai aucune vie sociale.
Mais travailler avec d’autres femmes du village et gagner un revenu a changé ma vie. Cela m’a d’abord permis de passer la journée en dehors de la maison, de m’ouvrir au monde qui m’entoure. J’ai aussi rencontré des femmes que je ne connaissais pas avant. Elles ont été d’un grand soutien. Nous avons beaucoup bavardé, partagé et je pense que grâce à elles je suis plus ouverte d’esprit. D’ailleurs ça me permet de mieux comprendre mes filles, leurs envies. Je suis plus positive.Sur le côté économique, grâce à mon salaire, je peux contribuer un peu au budget familial. J’ai un rôle plus important dans le foyer. Participer à ce projet de Première Urgence - Aide Médicale Internationale a vraiment changé ma vie de tous les jours. »
Les femmes ayant participé à ce projet se sentent toutes plus en confiance depuis. Elles nous ont aussi indiqué que leur famille et leurs amis avaient remarqué un changement positif chez elles : plus sociables, plus responsables et actives. 75% ont pu mettre de l’argent de côté, d’autres ont amélioré leur régime alimentaire ou remboursé leurs dettes.
Vu les résultats encourageants de ce projet-pilote, PU-AMI va renouveler l’expérience cette année dans d’autres villages de Cisjordanie et dans la bande de Gaza.
Pour en savoir plus sur les programmes de PU-AMI en Territoire Palestinien :
Bande de Gaza : http://premiere-urgence.org/index.p…
Cisjordanie : http://premiere-urgence.org/index.p…
RCA : Soutenir l’agriculture pour améliorer les conditions de vie des populations
Présente depuis 2007 en RCA, dans la préfecture de l’Ouham Pendé, aux alentours de la ville de Paoua, Première Urgence a soutenu les populations victimes des conflits entre l’APRD (l’Alliance Populaire Pour la Restauration de la République et de la Démocratie) et les forces gouvernementales. Si ces conflits ont diminué d’intensité en 2008 suite aux accords du Dialogue Politique Inclusif, des combats ont perduré jusqu’en 2009 sur certains axes. La population, à forte majorité agricole qui s’était déplacée en brousse reprend petit à petit une vie normale. Les efforts communs des communautés, des organisations nationales et internationales grâce à l’appui des bailleurs ont permis de relancer l’agriculture en redonnant aux familles leurs moyens de production. Un des aboutissements de ces efforts est l’organisation de la foire agricole de Bozoum, lieu de rencontre de nombreux agriculteurs de la zone qui viennent vendre leurs produits. Première Urgence a participé à cette foire en accompagnant des bénéficiaires appuyés en 2010.
Elizabeth, 32 ans, mariée avec cinq enfants nous explique que la participation à cette foire représente pour elle plus que la possibilité de vendre ses surplus de production, c’est une opportunité d’échanger avec différents groupes de la zone, de découvrir des nouvelles techniques de transformation des produits et de retrouver un sentiment de dignité.
La foire de Bozoum permet de relancer l’agriculture locale mais aussi de créer du lien entre les agriculteurs
En parallèle de ces actions qui s’orientent vers le développement, Première Urgence continue à soutenir les plus vulnérables en situation de crise. Les populations vivant sur un des axes au nord de Paoua ne sont toujours pas rentrés chez eux après plusieurs années de vie en brousse. La crainte de nouvelles attaques et taxations sur l’axe les empêche de reprendre une vie normale avec un accès minimum aux soins de santé et à l’éducation. Grâce à un financement de ECHO (Office humanitaire de la Commission Européenne), Première Urgence va soutenir ces populations en 2011 afin d’améliorer leur production agricole, et de fait leurs conditions de vie.
Des formations sont organisées pour soutenir les agriculteurs et améliorer leur production agricole.
Première Urgence va également réhabiliter des axes routiers qui mène vers Markunda (au nord-est de Paoua) afin d’améliorer les échanges commerciaux, mais également de faciliter l’accès aux acteurs humanitaires qui interviennent dans le domaine de l’eau et l’assainissement, de la santé et de la nutrition.
Aide Médicale Internationale intervient aussi en République Centrafricaine pour renforcer l’accès et la qualité des soins de santé primaire, en particulier pour les femmes et les enfants.
Pour découvrir les activités d’Aide Médicale Internationale en RCA, cliquez sur ce lien. http://www.amifrance.org/-Republiqu…
Pour découvrir les activités de Première Urgence en RCA, cliquez sur ce lien.http://premiere-urgence.org/index.p…
Côte d’Ivoire - Urgence humanitaire à Abidjan
Présent depuis plus d’une semaine à Abidjan, Eric Laurent, chef de mission de l’ONG Première Urgence – Aide Médicale Internationale, témoigne de la situation humanitaire catastrophique dans la capitale.
Le chaos total
Alors qu’il a enfin pu circuler dans les rues d’Abidjan ces deux derniers jours, Eric Laurent décrit une situation de « chaos total ». « Depuis 7 jours, ça tire à tous les coins de rue, c’est la guerre. Les gens sont effrayés. Ceux qui peuvent, évacuent ; les autres ne circulent plus dans la ville. Le matin, quelques-uns osent sortir pour s’approvisionner, mais dès midi la ville est comme morte. »
Sans accès aux soins, ni à la nourriture, la population civile est au bord de la rupture
Au-delà de l’insécurité incontestable dans la ville, l’approvisionnement est une des plus grandes difficultés que rencontrent les populations civiles prises au piège de ce conflit.
Les banques sont fermées, il y a pénurie d’essence, de médicaments et de nourriture. Seuls quelques marchés informels fournissent le matin de rares rations d’oignons, de riz, de manioc… « Tu vois la faim sur le visage des gens. Ceux qui ont de la chance font un repas par jour. D’autres que j’ai rencontrés n’ont pas mangé depuis 2 jours. »
L’autre priorité est l’accès aux soins. « Les femmes enceintes accouchent chez elles en espérant qu’il n’y ait pas de complications. Il est très difficile d’acheminer les blessés dans les hôpitaux, quand ceux-ci ont suffisamment d’équipes et de médicaments pour les soigner. »
L’intervention humanitaire indispensable
« De tout ce que j’ai vécu en 15 ans d’humanitaire, je n’ai jamais vu ça ! Abidjan est une ville plus grande que Paris. Ce sont 7 millions d’habitants qui se retrouvent sans accès aux choses basiques mais essentielles. »
Aujourd’hui pour Première Urgence – Aide Médicale Internationale, il est urgent de distribuer des vivres et des médicaments et de mettre en place des cliniques mobiles pour soigner les blessés et les malades dans les différents quartiers en proie aux violences.
Pour interviewer le chef de mission sur place ou plus d’informations, contactez :
Annabel Hervieu au 01 55 66 99 66
Depuis Avril 2011, Première Urgence et Aide Médicale Internationale, 2 ONG françaises, ont uni leurs forces et leurs compétences pour répondre à l’ensemble des besoins fondamentaux des populations victimes de crises humanitaires. www.pu-ami.org
Pour soutenir l’intervention d’urgence de Première Urgence - Aide Médicale Internationale en Côte d’Ivoire, cliquez ici
Première Urgence - Aide Médicale Internationale
Début avril 2011, deux ONG françaises unissent leurs forces pour devenir une seule et même association, Première Urgence - Aide Médicale Internationale (PU-AMI). Cette nouvelle ONG a un objectif : répondre à l’ensemble des besoins fondamentaux des populations victimes de crises humanitaires.
Un rapprochement inédit
Dans la sphère des ONG françaises, le rapprochement d’une association médicale et d’une association humanitaire d’urgence est une démarche inédite qui va permettre à Première Urgence – Aide Médicale Internationale de répondre plus efficacement aux besoins des populations les plus vulnérables mais aussi de bénéficier d’une voix plus forte pour faire valoir les droits des victimes de crises humanitaires.
Secourir et reconstruire
Les catastrophes naturelles, les conflits armés et les situations d’effondrement économique sont autant de crises qui affectent des millions de personnes, les privant de leurs droits fondamentaux : se soigner, se nourrir, se loger… Grâce aux expertises complémentaires de chaque association, PU-AMI apportera une réponse globale à des populations en situation d’urgence et œuvrera avec elles de la sortie de crise à leur retour à l’autonomie.
Nos actions
PU-AMI intervient aujourd’hui dans 16 pays pour mettre en place des programmes dans les domaines de la santé, la sécurité alimentaire, la nutrition, l’eau et l’assainissement, la gestion de camps, la reconstruction et la relance économique. Tous ces projets permettent de venir en aide à plus de 2 millions de personnes dans le monde.
Notre histoire
Fondée en 1992, Première Urgence a mené des interventions dans plus de 38 pays afin de venir en aide aux populations victimes de conflits et de catastrophes naturelles. Une action directe et concrète qui passe par la mise en œuvre de programmes de distributions, relance agricole et relance économique, eau et assainissement, réhabilitation et reconstruction.
Fondée en 1979, Aide Médicale Internationale est intervenue dans plus de 28 pays afin de rétablir l’accès aux soins des populations exclues de tout système de santé par la mise en œuvre de programmes médicaux (soins de santé primaire et secondaire, PMI, nutrition, VIH, Santé mentale, développement communautaire…) avec le souci permanent de formation des acteurs de santé locaux.
Première Urgence – Aide Médicale Internationale en bref
> Venir en aide à plus de 2 millions de bénéficiaires
> Dans 16 pays, sur 19 missions en Afrique, au Moyen-Orient, dans le Caucase, dans les Caraïbes et en Asie
> Grâce à l’implication de :
Plus de 2 500 collaborateurs nationaux
Environ 130 expatriés
Et 39 salariés au siège
> Pour mettre en œuvre plus de 150 projets
> Budget prévisionnel 2011 de 40 M €
Pour plus d’informations,
contactez le service communication et partenariats
Annabel Hervieu / ahervieu@pu-ami.org
Nathalie Naziri / nnaziri@pu-ami.org
+ 33 (0)1 55 66 99 66
Lancement officiel du Comité Scientifique d’Aide Médicale Internationale
Samedi 19 mars s’est tenue la réunion plénière pour le lancement officiel du Comité Scientifique d’Aide Médicale Internationale où 15 membres ont participé. Cette réunion s’est déroulée à la salle de réunion du Maison des Associations du 2e arrondissement. La création du Comité Scientifique est le résultat d’une longue réflexion ayant pour but de répondre aux exigences croissantes du niveau d’expertise dans nos interventions. Au cours de cette plénière, les membres du Comité ont pu se rencontrer et échanger sur les contraintes internes et externes qui représentent un frein au développement de l’organisation.
Les sujets suivants ont été présentés :
- évolution de la politique de santé et des activités de l’AMI ;
- présentation des objectifs et du rôle du comité ;
- le processus et le fonctionnement du C. S. ;
- le travail de capitalisation d’AMI ;
- la fusion AMI/Première Urgence (Perspectives/ Dynamique).
En conclusion ;
Les membres du Comité Scientifique se sont fixés plusieurs objectifs :
- apporter une approche scientifique au côté opérationnel des missions ;
- mise à disposition d’un groupe d’experts au niveau du siège afin d’améliorer les pratiques d’AMI et la qualité des interventions sur le terrain ;
- mettre en place une réflexion sur la stratégie médicale et les orientations thématiques des missions ;
- renforcer les capacités d’AMI sur de nombreux volets comme la capitalisation, l’innovation et la recherche.
En ce qui concerne le travail de capitalisation des savoir-faire et des méthodologies d’intervention, le Comité Scientifique prévoit la mise en place de procédures qui permettent de mettre à jour continuellement les documents clés conjointement avec les missions.
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Afghanistan : réalisation d’une enquête sur l’impact du magazine de santé Salamati
Après un D.U.T. (diplôme universitaire de technologie) et un master en communication des organisations, Anne-Laure Champagnac a poursuivi sa formation en se spécialisant dans des études d’audit et de conseil en communication des organisations. Elle a ensuite travaillé à Paris jusqu’à ce que sa volonté de partir à l’étranger l’encourage à chercher un emploi dans le milieu humanitaire ou diplomatique. Le destin fait qu’au même moment, Aide Médicale Internationale soit à la recherche de quelqu’un qui correspond parfaitement au profil d’Anne-Laure. Il s’agissait notamment de conduire et de réaliser une enquête sur l’impact du magazine Salamati, une revue médicale publiée par A.M.I. depuis 1994. Le Salamati fournit aux Agents de Santé Communautaire Afghans (Community Health Workers – CHW) un outil de formation à distance reconnu par l’ensemble de la communauté internationale. Rédigé à Kaboul, il est distribué à 25 000 exemplaires sur tout le territoire afghan (34 provinces) en dari/pachtoun, les deux langues officielles et à 1000 exemplaires aux partenaires internationaux (en anglais).
Quel a été l’objectif de cette enquête ?
« A.M.I. a demandé cette enquête dans le but d’évaluer l’impact du magazine sur les principaux bénéficiaires du projet, les agents de santé communautaire (CHWs), et l’adéquation de sa réponse aux besoins en formation. Ce travail a porté notamment sur quatre objectifs spécifiques : • identifier le profil du lectorat • évaluer le processus de distribution sur le territoire • comprendre les usages, les opinions, les besoins et les attentes des CHWs • évaluer l’impact global sur leurs connaissances et leurs pratiques Les résultats que nous avons obtenus nous permettront d’améliorer cet outil de formation et de le rendre plus efficace. »
Comment s’est déroulée l’enquête ?
« L’enquête a eu lieu du 30 novembre au 7 décembre 2010. Pour sa réalisation, l’enjeu le plus grand a été l’organisation de la logistique. Nous avons constitué quatre équipes de trois personnes –un team leader et deux interviewers – afin de couvrir les quatre provinces de Bamyan, Herat, Kunar et Samangan. Pour la réalisation des interviews, nous nous sommes servis de trois méthodologies afin de pouvoir répondre aux caractéristiques de la population : • un questionnaire écrit en dari et pashtou pour 358 agents de santé alphabétisés ; • des entretiens oraux pour 26 agents de santé analphabètes ; • deux groupes de discussion à Kalakan pour 5 agents de santé (3 hommes et 2 femmes).
Nous avons travaillé en partenariat avec les ONG locales qui soutiennent le BPHS/EPHS, la stratégie du ministère de la Santé publique pour l’amélioration du système sanitaire afghan. Les ONG s’occupaient de contacter et de rassembler la population de CHWs dans chaque village afin que nous puissions effectuer les interviews. A la fin de l’enquête, je suis rentrée à la base avec des centaines de questionnaires à analyser et, avec le support d’un logiciel de statistique, j’ai finalisé le rapport d’enquête. »
Quels sont les principaux résultats que vous avez soulignés dans ce rapport ?
« Nous avons découvert que le Salamati représente un outil essentiel pour les CHWs et leurs communautés. Il s’agit en effet de la meilleure source d’information médicale à leur disposition en raison de son accessibilité, en comparaison, par exemple, avec la télévision qui est généralement trop chère. De plus, il faut aussi prendre en compte les difficultés d’accès à l’électricité ou encore le fait que les établissements de santé sont parfois trop éloignés des communautés. Ensuite, le magazine répond très bien aux caractéristiques de la population : la vulgarisation des informations médicales rend le support adéquat à un public plus large, tandis que l’utilisation d’illustrations et d’affiches permet une lecture plus facile pour la population analphabète et donc une meilleure compréhension des messages santé.
En outre, les CHWs ont la possibilité d’archiver et de consulter les numéros précédents lorsqu’il est nécessaire. Enfin, le Salamati est également utilisé par les autres partenaires de santé, ce qui donne une certaine crédibilité à son contenu. Les agents de santé l’utilisent pour améliorer leurs compétences sanitaires et les diffuser au sein des communautés à l’aide des illustrations et des affiches. Ils réalisent notamment des séances d’éducation à la santé et des visites à domicile afin de sensibiliser la population aux bonnes pratiques sanitaires. 95% des CHWs alphabétisés déclarent lire régulièrement le magazine. Ils le font ensuite circuler au sein de la communauté, notamment auprès de leur famille et amis, des enseignants, des Mollahs, etc. Le magazine est également très utilisé par la population analphabète. Ils font circuler des messages sur la santé avec l’aide de leur partenaire CHW ou avec l’aide d’un membre de la famille. Les illustrations et les affiches sont leur outil principal. Ils leur permettent non seulement de comprendre les messages, mais aussi d’actualiser leurs connaissances et de communiquer sur les questions sanitaires auprès de leurs communautés.
Cependant, l’enquête a mis en valeur certains aspects qui nécessitent une amélioration. Le premier point faible concerne le processus de distribution du magazine. En effet, la distribution du Salamati sur le territoire afghan s’est révélée inégale en fonction des différentes provinces, mais aussi au sein d’une même province. La distribution varie surtout selon l’accessibilité de la zone. En outre, 54% des CHWs ne reçoivent pas les Salamati régulièrement et ils aimeraient avoir au moins un exemplaire par personne, soit deux exemplaires de chaque numéro par poste de santé. Afin de résoudre le problème, nous allons entamer un travail de communication avec les ONG et les établissements de santé qui sont censés distribuer le magazine.
Le deuxième aspect négatif souligné par l’enquête concerne les illustrations et les posters. Les CHWs demandent qu’on les mette plus en valeur car il s’agit pour eux d’un outil essentiel. Il faudra donc améliorer la qualité et le nombre d’images et de posters. Par ailleurs, le contenu écrit apparaît satisfaisant, mais selon les CHWs il pourrait être amélioré. Généralement, les sujets sont choisis en accord avec les directives du Ministère de la Santé et en fonction des maladies saisonnières. Cependant, les CHWs souhaiteraient un élargissement du choix des thématiques traitées en accord avec les besoins de leur communauté. Les sujets les plus réclamés concernent la mère et l’enfant, ainsi que les maladies respiratoires, la diarrhée et le paludisme »
Anne-Laure est maintenant repartie en Afghanistan avec A.M.I car elle a accepté de travailler sur le projet Health Messenger Salamati en tant que coordinatrice. Cette position lui permettra de réaliser les 5 prochains numéros tout en cherchant à améliorer l’efficacité de cet outil et à répondre aux besoins exprimés par les communautés.
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Haïti : entretien avec le Dr Jaques Katshitshi, coordinateur des activités médicales
Comment votre parcours professionnel vous a-t-il conduit à travailler pour A.M.I. ?
« J’ai voulu tenter une nouvelle expérience professionnelle. Après 16 ans dans le secteur humanitaire avec le Mouvement International de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, j’avais envie de découvrir les activités des autres acteurs humanitaires. Dans ma recherche, je suis tombé sur Aide Médicale Internationale qui m’a donné l’opportunité de partir en mission en Haïti en tant que coordinateur médical. C’est avec joie que j’ai accueilli cette proposition. »
Pourquoi avez-vous choisi de partir en mission pour Haïti ?
« Partir en mission en Haïti n’est pas le fruit du hasard. Après le séisme du 12 janvier 2010, je n’ai pas eu l’occasion d’aller aider les populations vulnérables qui avaient été affectées par la catastrophe. Ma volonté de porter secours aux populations vulnérables est la seule raison pour laquelle j’ai pris la décision de m’engager. Par ailleurs, la devise d’AMI d’« aller là où les autres ne vont pas » a été déterminante pour moi, car elle se rapproche de ce que j’avais déjà fait dans le passé. Et puis, c’était une occasion de découvrir un nouveau continent. »
En tant que coordinateur médical, quelles sont vos principales fonctions au sein des programmes d’A.M.I. en Haïti ?
« En tant que coordinateur médical d’A.M.I. en Haïti, mon rôle a été de suivre les aspects médicaux des programmes : les activités de soins de santé primaires dans le quartier de Martissant 7 ; les activités de la clinique SOG (soins obstétricaux gratuits) de Martissant 23 ; la prise en charge médico-éducative des enfants et jeunes de rues (programme E.J.D.R.) ; et les activités liées à l’épidémie du Choléra. En ce qui concerne les ressources humaines, j’étais en charge de l’appui et de l’encadrement des équipes médicales : recrutement et formation, organisation des réunions médicales, visite terrain des équipes. Je me suis également occupé de la collecte des données sanitaires, de l’harmonisation des outils médicaux (révision des outils de collecte de données épidémiologiques), de la coordination avec les partenaires (réunion de cluster santé, sous-cluster santé de reproduction, contacts avec les autorités sanitaires de Port-au-Prince et avec les partenaires) ainsi que du reporting des activités. »
Comment se poursuivent les activités face à l’épidémie de choléra ?
« En réponse à l’épidémie de choléra, A.M.I. a choisi une stratégie quelque peu hors du commun : des unités de traitement de choléra (UTC) mobiles, c’est-à-dire volantes. Il s’agit de répondre à l’urgence en formant des équipes mobilisables rapidement en cas de pics dans des zones périurbaines difficiles d’accès où il n’y a pas d’intervenants. Ainsi, les équipes d’A.M.I. se sont déployées dans les montagnes de Laboule 12, Lamarque et 4ème Belle Fontaine. En dehors des UTC volants, A.M.I. s’est lancée dans la prévention du choléra à travers la sensibilisation et la mise en place de Postes de Réhydratation Orale (P.R.O.) en partenariat avec l’ONG Première Urgence. Dans le cadre du programme choléra, les équipes d’A.M.I. ont réalisé de nombreuses activités d’octobre 2010 à fin janvier 2011. Elles ont notamment :
• pris en charge 90 cas (parmi lesquels 70 ont été hospitalisés) dans les UTC de Laboule 12, Lamarque et Belle Fontaine et 865 cas dans les P.R.O. de Fontamara, Martissant et Laboule 12 ;
• sensibilisé près de 12 370 personnes, dont 10 852 à Martissant et 1 518 enfants et jeunes de rue ;
• formé 117 volontaires P.R.O., le staff A.M.I. chargé de la sensibilisation, la tenue des brigades, l’hygiène etc.
Dans le cadre du programme E.J.D.R., les équipes mobiles ont consulté et soigné 3 135 enfants et jeunes de rue et en ont sensibilisé 2 450 sur des thématiques variées, notamment l’hygiène corporelle, la violence, la prévention des IST/VIH/SIDA et du choléra, et l’allaitement maternel. »
Selon vous, quelles sont les perspectives futures de la mission ?
« Aujourd’hui, la mission d’A.M.I. en Haïti est en pleine croissance et a besoin d’un soutien constant. Une réflexion profonde doit être faite sur son avenir, notamment sur la nécessité de sortir de la logique de substitution et de se consacrer au renforcement des capacités des structures de l’Etat pour une meilleure prise de charge des communautés. Ceci serait possible, selon moi, dans des zones périurbaines et rurales où le besoin se fait sentir avec acuité. En outre, le programme E.J.D.R. pourrait inclure des volets axés sur la médiation et la réinsertion familiale des enfants de rue, sur la scolarisation, l’orientation professionnelle, etc. Ces volets pourraient être développés en consortium avec d’autres partenaires ayant les compétences pour gérer des programmes plutôt axés sur le développement que la post-urgence. »
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Thaïlande : entretien avec Fréderic Pascal, ancien chef de mission pour Aide Médicale Internationale
Comment votre parcours professionnel vous a-t-il conduit à travailler pour A.M.I. ?
« Après des études de géographie/aménagement du territoire, un master en ingénierie de programme de coopération et quelques expériences en Afrique et en Asie, j’ai eu envie de mettre mes compétences au service des populations défavorisées au travers de structures associatives à but non lucratif. Les valeurs et principes défendus par AMI ainsi que les projets mis en place correspondaient à mon projet. Malgré des expériences dans des secteurs variés (sécurité alimentaire, développement local, gestion des risques naturels, infrastructures, formation professionnelle, etc.), je n’avais jamais participé à un programme médical. Dans le futur, j’envisage de réaliser un master en santé publique afin d’approfondir mes connaissances dans ce secteur. »
Pourquoi avez-vous choisi de partir en mission en Thaïlande ?
« J’ai effectué deux missions en Thaïlande pour AMI, la première en tant que Responsable de projet en 2007-2008 et la seconde en tant que Chef de mission en 2010-2011. Entre les deux, je suis parti comme Chef de mission au Soudan, également pour AMI. Avec un environnement sécuritaire plutôt stable, la Thaïlande n’en demeure pas moins une mission très pointue du point de vue de la qualité et de la technicité des projets médicaux mis en place. La mission se situe sur la frontière Birmane dans un contexte d’une complexité extrême. Il s’agit d’une des plus anciennes crises au monde, ainsi les évènements récents (reprise des combats dans l’Est de la Birmanie et nouveaux afflux de réfugiés en Thaïlande) nous ont prouvés que nous étions encore loin d’une solution et que l’aide humanitaire était plus que jamais nécessaire. C’est ce contexte qui m’avait poussé à me rendre en Thaïlande la première fois et à y retourner avec AMI, acteur majeur sur la frontière birmane. J’avais alors participé au positionnement et à la mise en œuvre de l’assistance internationale aux populations, avec des stratégies visant la sortie de crise. »
Cela fait désormais 15 ans qu’A.M.I. conduit des programmes sanitaires en Thaïlande. Le programme a pour objectif d’améliorer l’accès aux soins de santé des populations qui vivent dans les camps sur la frontière birmano-thaïlandaise. Sur le long terme, A.M.I. souhaite pérenniser ses actions en les intégrant dans le système sanitaire thaïlandais pour renforcer les capacités des acteurs locaux.
Afin de réaliser cet objectif, quel genre d’activités ont été mises en place pendant votre mission ?
« Je préférerai commencer par parler de la stratégie du programme d’A.M.I. et des activités qui en découlent, mais pendant ma mission le premier challenge qu’il a fallu relever a malheureusement été d’ordre financier. La conjoncture humanitaire actuelle n’échappe pas au contexte global de la crise. Ainsi, les ressources financières institutionnelles disponibles se raréfient, en partie en raison des grandes crises actuelles comme Haïti ou le Pakistan et des difficultés économiques des pays donateurs. Ajoutons à cela d’autres facteurs économiques tels que la forte baisse de l’euro sur le marché des changes ou la hausse des prix des biens alimentaires et des matières premières. Ce scénario de l’année 2010 a poussé les ONG à faire face à de nombreuses difficultés afin de pouvoir assurer le maintien des standards et la continuité de l’aide. La diversification de nos partenaires financiers et l’allongement des cycles de financement ont été la priorité de ma mission. Sur le plan institutionnel, ce travail a été un succès car nous avons obtenu la participation de nouveaux bailleurs de fonds aux côtés d’ECHO et d’UNHCR, tels que BPRM (USA), DFID (UK) et Global Fund. Cela a permis la continuité de toutes les composantes du programme : santé primaire, santé publique, tuberculose, VIH/SIDA et santé mentale.
Cependant, aujourd’hui ce programme a besoin du soutien de plus de partenaires privés. Cela permettrait notamment d’assouplir les contraintes liées à un portefeuille de bailleurs aux procédures et aux cycles différents, ainsi que de faire face aux urgences qui viennent perturber la mise en œuvre du programme. En 2010, par exemple, nous avons lutté contre des épidémies de choléra, dengue, rougeole et H1N1 dans les camps et à des afflux temporaires de réfugiés birmans fuyant les combats entre l’armée et les diverses factions rebelles.
Afin d’optimiser la pertinence et la qualité de l’intervention d’A.M.I. pour nos bénéficiaires, l’équipe s’est attelée au développement d’une stratégie ambitieuse visant à intégrer les programmes de santé mis en œuvre dans les camps au sein du système sanitaire thaïlandais, dans une optique de pérennisation des services. Cela concerne essentiellement les programmes de prévention et lutte contre les épidémies, de lutte contre la tuberculose et de lutte contre le VIH/SIDA. La Thaïlande étant un pays assez avancé dans ce domaine, il s’agit de prouver la haute qualité des programmes d’AMI. Une des composantes principales de cette stratégie est le ciblage des personnes les plus vulnérables et les plus « à risque », à travers notamment le développement d’un réseau communautaire d’éducateurs/accompagnateurs de santé, la formation du personnel de santé dans les camps et une meilleure participation et implication de la population des camps. Cela passe également par une approche de santé publique, plus territoriale et régionale, et le développement d’une collaboration plus efficace et effective avec les autorités locales et les différents partenaires de santé sur ces zones. L’un des enjeux principaux est la création de passerelles entre acteurs pour les transformer en véritables partenaires santé. En parallèle, un gros travail a été entrepris en interne pour renforcer la structure institutionnelle de la mission comprenant entre autres une restructuration de l’organigramme, plusieurs nationalisations de poste, y compris de coordination, l’amélioration du système de suivi-évaluation (réalisation de deux évaluations externes en 2010) et un effort de capitalisation. »
Le travail d’un chef de mission comporte beaucoup de responsabilités et il y a régulièrement des problèmes à résoudre. En Thaïlande, vous avez coordonné un programme réparti sur trois camps de réfugiés, Nupoe, Umpiem et Mae La. Quelles sont les activités que vous avez gérées au quotidien ?
« Au-delà de son rôle général d’encadrement de la mission, le chef de mission est la personne qui fait l’interface entre l’équipe locale, le siège d’A.M.I., les bénéficiaires, les autorités locales, les bailleurs de fonds, les autres ONG et les divers acteurs locaux. Il doit s’assurer que les interactions entre toutes ces parties prenantes permettent la réalisation du mandat d’A.M.I. avec l’impact le plus positif possible sur les bénéficiaires, sur la situation sanitaire locale et, en général, sur tout le contexte. Il est difficile de résumer en quelques mots l’immense charge de travail quotidien d’un chef de mission, disons qu’on n’a pas le temps de s’ennuyer ! »
Comment avez-vous réussi à faire face aux difficultés ? « Ce que je retiens c’est l’extraordinaire professionnalisme des équipes locales, et en particulier leur faculté à faire face à d’incroyables challenges dans des conditions difficiles. Malgré les pressions sur les financements et les questionnements sur la poursuite de certaines activités, et même si certains ont malheureusement dû nous quitter en cours d’année pour faire face à la restructuration, l’équipe a su rester mobilisée et assurer la mise en œuvre du programme. A titre d’exemple, l’épidémie de choléra qui a débutée en mai à Mae La s’est achevée en décembre sans qu’aucun patient ne décède. Les programmes VIH/SIDA et tuberculose, qui ont connu beaucoup d’incertitudes, sont des programmes qui se sont finalement développés. »
Votre mission en Thaïlande s’achève après un an passé sur le terrain. Pouvez-vous faire un bilan final des actions menées pendant cette période ?
« La mission est encore en phase de transition, il est difficile de faire un bilan à ce stade. Disons qu‘au-delà des éléments de contexte qui sont difficiles à maîtriser, la clé du développement va être la poursuite des efforts entrepris cette année sur le plan institutionnel au niveau de la mission mais aussi de l’association dans son ensemble. Le siège a tout fait pour soutenir la mission en 2010 avec des moyens financiers et humains plus que réduits. Aujourd’hui, pour continuer à mettre en place des programmes pertinents à l’impact significatif dans le contexte global et les crises actuelles, il est indispensable de se doter d’une structure solide aux capacités renforcées. Plusieurs projets sont à l’étude en ce moment au siège d’A.M.I. Je souhaite qu’ils soient mis en œuvre, et espère apporter ma pierre à l’édifice. »
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Afghanistan : lutter contre la malnutrition des femmes et des enfants
Mathias Grossiord, nutritionniste, vient juste de rentrer d’une mission en Afghanistan avec Aide Médicale Internationale. Après son départ en décembre 2010, il a passé trois mois à Kaboul dans le cadre d’un programme de lutte contre la malnutrition des enfants de moins de cinq ans et des femmes enceintes ou allaitantes. Aujourd’hui, il nous raconte le travail qu’il a accompli pendant cette mission dans la province afghane de la Kunar.
« Cette expérience en Afghanistan m’a donné une grande satisfaction et a stimulé mon intérêt pour un pays dont la population est très accueillante et cordiale. Le seul bémol de cette mission est l’impossibilité de visiter les programmes sur le terrain pour des raisons de sécurité (la Kunar est une des provinces qui enregistre le plus d’activités insurgées du pays). J’ai passé mes journées à la base de coordination de Kaboul sans pouvoir vérifier le bon déroulement des activités sur le terrain, dans la province de la Kunar. »
Quelles sont les activités mises en place par les équipes de terrain ?
« Dans la Kunar, les équipes travaillent en collaboration avec le ministère afghan de la Santé pour la mise en place du BPHS [2], un programme de soins de santé primaires qui a pour objectif de reconstruire et de renforcer le système sanitaire afghan. En tant que nutritionniste, j’étais en charge du suivi du CMAM [3], un programme intégré au BPHS qui concerne la prise en charge communautaire de la malnutrition aigüe.
Cette approche communautaire consiste à détecter rapidement les cas de malnutrition aiguë dans la communauté. Cela permet de fournir un traitement pour les cas ne présentant pas de complications médicales grâce à l’utilisation de compléments alimentaires prêts à l’emploi. Il s’agit notamment d’aliments thérapeutiques ou d’aliments riches en éléments nutritifs directement préparés à la maison. Associée à une approche en établissement pour les patients souffrant de complications médicales, la gestion communautaire de la malnutrition aiguë se révèle très efficace. Dans la mise en œuvre de ce programme, l’intervention d’A.M.I. se focalise notamment sur les catégories sociales les plus vulnérables : les enfants de 0 à 5 ans, les femmes enceintes ou en âge de procréer et les femmes allaitantes. Actuellement, les activités couvrent une population d’environ un millier de femmes et de 1500 enfants dans la province de la Kunar. Les femmes, suivies mensuellement et surtout pendant l’allaitement, bénéficient de rations alimentaires riches en éléments nutritifs telles que la farine, les haricots, l’huile et le sel iodé, ainsi que d’un kit d’hygiène : savon, dentifrice, brosse à dents, etc.). Des séances d’éducation à la santé sont également organisées. Mises en place par une équipe de CHW [4], des agents de santé communautaire, elles assurent la formation des femmes à des bonnes pratiques nutritives et d’hygiène.
Par ailleurs, la mobilisation des réseaux de santé communautaire des CHW permet un suivi ambulatoire des patients. Les enfants bénéficient d’un traitement hebdomadaire qui consiste en des compléments alimentaires tels que le Plumpy Nut, une pâte énergétique prête à l’emploi sans dilution ni préparation préalable, à base d’arachide et à haute valeur nutritionnelle. Le traitement suit le protocole national, et dure un minimum de deux mois, ou plus, selon la gravité de la maladie. En outre, nous avons mis en place un programme de suivi des patients pendant quatre mois pour éviter leur rechute. »
Quelles ont été vos fonctions de nutritionniste au sein de la mission ?
« Pendant toute la durée de mon séjour, j’ai assuré la formation des équipes d’encadrement et de coordination basées à Kaboul. Les séances se sont déroulées entièrement en langue anglaise. Ensuite, le coordinateur national s’est occupé de former à son tour le reste des équipes en langue locale, le pashtoun : médecins, sages-femmes, infirmières, directeurs des structures sanitaires, agents de santé communautaire et comités de santé villageois. Nous avons ainsi réalisé deux types de formation, une pour les femmes et une pour les hommes car, selon la culture locale, la séparation des sexes est encore fréquente. La formation des femmes a eu lieu en partenariat avec un hôpital de Kaboul qui s’occupe de l’éducation à la santé, et notamment de l’allaitement et d’une alimentation adaptée pour les enfants.
Pendant trois mois, j’étais malheureusement contraint de rester à la base de coordination de Kaboul. En effet, à cause de l’instabilité du contexte sécuritaire en Afghanistan, chaque déplacement représente une énorme prise de risque pour un expatrié. C’est pourquoi je n’ai pas pu me rendre dans la zone d’intervention où se déroulent les activités, ni être en relation directe avec les bénéficiaires du programme et les équipes sur le terrain. Toutes les opérations sont conduites en remote control, c’est-à-dire en contrôle à distance.
Toutefois, mon travail à Kaboul a été globalement très positif. Les séances de formation que j’ai dispensées aux équipes « cadre » ont été largement appréciées et le staff a exprimé une pleine satisfaction. Cela a crée les conditions pour une ambiance de travail très agréable qui a enrichi positivement mon expérience. »
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Afghanistan : coordination d’un magazine de formation médicale
Après avoir travaillé pendant quelques années en tant que photo-journaliste indépendant, Simon a fondé son propre magazine et il en a dirigé la publication avec succès pendant sept ans. « La création d’un magazine était une opportunité pour raconter des histoires et parler des gens. Je voulais que les personnes aient un autre point de vue, une autre vision des choses. Un peu comme une alternative à ce qu’on leur dit. Mais aussi parler de sujets et de personnes qui méritent un éclairage et auxquels il est bon de s’intéresser. », affirme-t-il.
Quelques années après le lancement de son magazine trimestriel, Simon a crée une société de communication et d’arts graphiques afin de montrer qu’édition et communication sont fortement liés. « Fonder une agence de communication a été un nouveau défi et m’a permis de pouvoir diffuser des messages à travers la photographie, le graphisme, et les événements publics. »
Malgré le succès de cette initiative, Simon n’appréciait plus l’aspect mercantile de son travail et a donc décidé de retrouver les valeurs dans lesquels il avait grandi en s’engageant dans le secteur social : « Il était temps pour moi de changer. Je voulais utiliser mes compétences pour les personnes qui en ont besoin plutôt que pour les grandes entreprises. »
C’est ainsi que, le 5 février 2010, Simon s’est envolé pour l’Afghanistan en tant que coordinateur de l’Health Messenger Salamati ("bonne santé" en Dari), un magazine de formation médicale continue conçu par A.M.I. à destination des agents de santé locaux. Publié depuis 1994 à Kaboul, le magazine représente un outil de formation reconnu par l’ensemble des acteurs de la santé en Afghanistan. Il est distribué en 25 000 exemplaires dans 34 provinces d’Afghanistan dont 24 000 copies en bilingue dari/pachtou (langues officielles) et 1000 en anglais.
« Quand j’ai lu l’offre d’emploi, je ne pouvais pas y croire. C’était exactement ce que mon expérience m’avait préparé à faire. Je n’avais jamais pensé que je pouvais utiliser mes capacités dans un pays en guerre et contribuer ainsi à apporter des changements et à aider la population. J’ai été particulièrement heureux de découvrir un pays que je ne connaissais qu’à travers les médias. »
Une fois arrivé à Kaboul, Simon a découvert les programmes gérés par les équipes d’A.M.I. sur le terrain. Ayant pour finalité la reconstruction et le renforcement du système de santé afghan dans le long terme, les programmes ont pour objectif spécifique l’amélioration des services de soins de santé primaires (BPHS – Basic Package of Health Services) et secondaires (EPHS – Essential Package of Hospital Services) en lien avec le programme du Ministère afghan de la Santé. « Avant d’arriver en Afghanistan, je ne savais rien de la santé et des soins de santé. J’ai alors compris que le BPHS est le système de santé spécifique des pays en crise. Depuis 2007, le magazine Salamati s’est réorienté vers le public des Community Health Workers (CHW), ou agents de santé, et il représente aujourd’hui le seul outil disponible pour leur formation médicale. Il les aide notamment à améliorer leurs connaissances sur les messages à diffuser auprès de leurs communautés afin de les sensibiliser aux pratiques sanitaires de base. Par exemple, pour les citoyens européens, il est naturel de se laver les mains avant de manger ou après avoir éternué, mais en Afghanistan les gens ne sont souvent pas conscients de ces pratiques d’hygiène en raison d’un manque de ressources et d’éducation à la santé.
L’objectif principal du Salamati est de rappeler les bonnes pratiques pour prévenir les maladies et d’expliquer pourquoi elles sont si importantes. Il faut souligner également que les agents de santé n’ont pas de formation médicale. Ils sont enseignants, policiers, propriétaires de magasins, mollahs, ce sont des gens ordinaires. Chaque numéro du Salamati a été un vrai défi pour moi car il fallait le rendre accessible à toute la population, et donc plus facile à lire et à comprendre. L’alphabétisation en Afghanistan est en effet très faible, surtout parmi la population féminine. Chaque numéro est testé directement sur le terrain auprès des agents de santé pour s’assurer que le contenu et les images soient compréhensibles. A.M.I. distribue le magazine à 22 000 agents de santé communautaires et 20 millions de personnes se rendent dans des postes de santé. C’est un défi énorme à relever. »
En tant que coordinateur du Salamati, Simon travaille également en étroite collaboration avec le Ministère de la santé publique. En harmonie avec la politique du Ministère, ils définissent ensemble les sujets à traiter dans chaque numéro. Le Salamati devient alors le lien entre le Ministère et les agents de santé, et Simon doit s’assurer que ce lien soit clair et compréhensible. « Lorsque les agents de santé me remercient pour la copie du Salamati qu’ils ont reçu, c’est la plus belle partie de mon travail. »
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Crise en Libye : Aide Médicale Internationale envoie une équipe médicale à la frontière tunisienne
Selon les Nations Unies, plus de 75 000 personnes fuyant les heurts entre les manifestants et le régime ont franchi la frontière avec la Tunisie depuis le 19 février. Près de 40 000 personnes seraient bloquées côté libyen, la situation de surpopulation s’aggravant d’heure en heure. Les combats, qui redoublent d’intensité à l’Ouest de la Libye, font redouter le pire alors même qu’aucun acteur humanitaire ne parvient pour le moment à entrer dans les zones les plus touchées.
Dans le cadre d’un partenariat avec Première Urgence, une équipe A.M.I. se rend dès aujourd’hui en Tunisie dans l’objectif de traverser la frontière et de pouvoir opérer les victimes en Libye. L’équipe évaluera également la situation des réfugiés à la frontière. Pour appuyer le dispositif, nous prévoyons enfin l’envoi de kits de médicaments et de consommables grâce à un partenariat avec Tulipe.
La situation du pays est en constante évolution et nos équipes ajusteront leur réponse afin d’être au plus proche des besoins des populations affectées.
Urgence sanitaire en Haïti : Papy Lukeka nous raconte la réponse d’Aide Médicale Internationale au choléra
La mission d’A.M.I. en Haïti a été récemment frappée par une nouvelle crise sanitaire. La violente épidémie de choléra qui s’est déclenchée sur le pays a en effet bouleversé le démarrage de la phase de reconstruction que l’on pouvait espérer un an après le séisme du 12 janvier 2010. Cette situation a conduit l’organisation à réadapter une nouvelle fois ses actions face à l’urgence, afin de répondre au mieux aux priorités et aux besoins des populations vulnérables.
Papy Lukeka travaille en Haïti depuis un an pour Aide Médicale Internationale en tant que coordinateur logistique. Dans cette interview, Papy nous raconte les difficultés de gestion des problématiques quotidiennes dans le contexte extrêmement instable et imprévisible qui caractérise actuellement le pays.
« Quand l’épidémie de choléra s’est déclenchée en Haïti, toute l’équipe s’est mobilisée pour agir le plus rapidement possible. J’ai alors reçu un appel d’urgence afin que je me dépêche de rentrer en Haïti après une nuit en République Dominicaine. L’équipe sur place avait déjà commencé à établir les contacts avec nos différents partenaires afin d’effectuer les commandes d’urgence. Nous avons alors participé à une première journée de réunion avec les équipes Log et Wash afin d’organiser nos stocks face à cette épidémie. Ensuite nous avons lancé une commande d’ORS (Sérum de Réhydratation Orale) afin de finaliser la transformation de la clinique de Martissant 7 en centre de réhydratation orale. Au début, nous avions prévu de construire un Centre de Traitement du Choléra (CTC) dans le quartier de Martissant afin de mettre à profit notre collaboration avec le Ministère de la Santé Publique et de la Population (MSPP). Cependant, nous n’étions pas dans de bonnes conditions pour obtenir un terrain constructible parce que les déplacés du séisme occupaient déjà une bonne partie des terrains.
Construction d’une Unité de Traitement du Choléra (UTC)
Par ailleurs, les terrains en Haïti sont généralement de propriété privée, ils ne possèdent pas de titre foncier et ne sont donc pas exploitables. A.M.I. a dû alors prendre la décision d’aller là où les autres ne vont pas, c’est-à-dire dans les zones les plus enclavées afin de mettre en place des Unités de Traitement du Choléra (UTC).
Dans le village de Laboule, la Croix-Rouge française ainsi que nos partenaires de WASH (eau et assainissement) nous ont fournis des tentes pour mieux entamer les installations. Ensuite, nous avons pris tout en charge au niveau médical et non médical et l’UTC a été entièrement gérée par une équipe d’A.M.I. L’accessibilité au village est très limitée et il est très difficile de s’installer dans cette zone. Le village se trouve sur une colline accessible uniquement à pied ou en voiture. En tant que coordinateur logistique, je m’occupe de conduire chaque jour l’équipe sur place, d’assurer la livraison des matériels, ainsi que de garantir le respect des mesures de sécurité.
Une clinique de santé mobile à Martissant
La supervision quotidienne est indispensable au bon fonctionnement de ce programme, afin que l’équipe soit confiante et que l’épidémie de choléra soit sous contrôle. Une priorité était d’assurer le traitement de l’eau, indispensable pour le déroulement des activités médicales. Le transport a été très complexe car il n’y avait pas d’accès au site. On a du utiliser un petit tank de 350 litres pour remplir le blader (tank souple) de 5 000 litres d’eau offert par l’UNICEF. D’autres partenaires nous ont aidé à analyser l’eau infectée. Nous l’avons traité avec du chlore afin de pouvoir l’utiliser pour l’UTC. La population, composée d’environ 8 000 personnes éparpillées sur tout le territoire, a accueilli le projet très favorablement et participe avec enthousiasme aux opérations. C’est ainsi qu’environ 70 haïtiens travaillent avec nous pour faire face à l’urgence.
À Port-au-Prince, la capitale du pays, nos activités se concentrent sur Martissant. Dans ce quartier pauvre, les conditions sanitaires des habitants sont très précaires et nous avons beaucoup de travail à faire pour améliorer leur mode de vie. Nos équipes se consacrent à des séances d’éducation à la santé et à la promotion de l’hygiène pour prévenir les maladies contagieuses. Ce qui explique pourquoi mon emploi du temps quotidien est très chargé car je dois assurer un soutien continu aux équipes, m’occuper de leur sécurité sur la mission et prendre en charge la coordination des activités.
Aujourd’hui, la propagation du choléra semble stable et sous contrôle, mais le niveau de vigilance reste élevé. Malgré cela, la situation politique en Haïti est de plus en plus instable et il est impossible de prévoir comment elle évoluera dans le futur. L’aide offerte par la communauté internationale, à mon avis, ne suffit pas à reconstruire un pays qui semble ne pas avoir d’avenir. J’espère qu’en travaillant ensemble, nous arriverons à trouver une solution aux problèmes qui pèsent sur la population haïtienne. »
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Myanmar : témoignage de Philippe Hamel, ancien chef de mission
Aujourd’hui, après deux ans et neuf mois sur le terrain, Philippe Hamel arrive à la fin de sa première expérience avec Aide Médicale Internationale. Démarrée en mars 2008, sa mission s’est déroulée au Myanmar depuis la base de coordination implantée dans la division de Yangon. Après plusieurs expériences passées en tant que responsable de programme, coordinateur de programme et responsable de projet, Philippe est recruté par A.M.I. pour être chef de mission (CDM). Il s’agit d’un poste à forte responsabilité car il comporte notamment la coordination de toutes les activités et la supervision du travail des équipes expatriées.
Au début de votre mission, en 2008, vous avez assisté à une catastrophe naturelle qui a dévasté les zones touchées par le cyclone Nargis. Vous avez également assisté à la fermeture du programme dans le Rakhine en 2009. Au cours de l’année 2010, quelles sont les activités que vous avez menées au Myanmar ?
« En 2010, la mise en œuvre des activités s’est poursuivie sur deux zones d’intervention. Dans la division de Yangon, au sein des Townships de Dala, Seikki Khanaungdho et Twantay, j’ai suivi un programme de prévention et traitement des maladies et des infections sexuellement transmissibles (MIST) dont le VIH/Sida. Les principaux bénéficiaires de ce programme sont les groupes de personnes vivant des situations à risque de contamination : travailleurs/euses du sexe et leurs clients, homosexuels, employés portuaires, travailleurs journaliers, familles des personnes vivant avec le VIH, etc. Nombreuses sont les actions mises en place pour pouvoir réaliser les objectifs du programme. Premièrement, des séances d’éducation à la santé sont organisées par les équipes d’A.M.I. et les éducateurs communautaires de santé. Ces derniers ont un rôle de médiation indispensable car ils représentent le relais entre les structures de santé et les populations de leurs communautés. Pour la sensibilisation de masse, nous organisons des événements publics dans les villages comme la Journée Mondiale du Sida (World Aids Day) qui a lieu le 1er décembre de chaque année.
Cette manifestation a pour objectif de sensibiliser le monde entier aux problématiques liées à la diffusion du VIH. Pour cela, nous avons mis à disposition de nos bénéficiaires des espaces libres afin de les accueillir et les faire se rencontrer. Il s’agit de lieux de partage et d’échange où ils peuvent suivre des activités ou profiter des locaux communs pour dormir ou prendre une douche. Des groupes d’entraide (« self-help groups ») ont été mis en place pour les aider à s’organiser entre eux et à développer des projets pour la mise en place d’activités génératrices de revenus. Ils contribuent ainsi à leur autonomisation progressive. Le programme comprend également le support aux cliniques pour le traitement des MIST, la gestion des centres de dépistage volontaire et le suivi médical des séropositifs qui sont traités avec les ARV. »
Et qu’en est-il des opérations dans l’État Shan, dans la région autonome Wa ?
« La région Wa est un territoire qui présente des caractéristiques très particulières. Dans sa dernière interview, Charlotte Berthier, responsable de ce projet pour A.M.I., a très bien décrit la situation actuelle cf. témoignage Charlotte Berthier. La zone est entièrement gouvernée et contrôlée par l’armée indépendante Wa, en rupture avec le gouvernement central. Dans ce contexte où les besoins sont nombreux, A.M.I. est l’un des principaux acteurs sanitaires. Son challenge est le rétablissement de l’accès aux soins de santé primaires et secondaires avec un accent particulier sur la santé des mères et des enfants. Il s’agit d’un défi de taille car le système sanitaire du Myanmar a été classé au 190ème rang mondial sur 191 pays par l’OMS. Les activités sont orientées vers le soutien de plusieurs structures sanitaires gérées par des équipes nationales. En effet, la nationalisation des postes d’A.M.I. est une stratégie de long terme qui vise à pérenniser ses actions. Nos équipes s’occupent de la formation et de la supervision du personnel national afin de garantir la transmission des activités du programme aux acteurs locaux. À l’instar du programme de Yangon, le renforcement des capacités dans la région Wa passe par la formation d’agents de santé qui assurent l’éducation sanitaire de leur communauté. »
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République centrafricaine : entretien avec Jens Schumacher, chef de mission pour Aide Médicale Internationale
Jens Schumacher, d’origine allemande, est chef de mission pour A.M.I. en République centrafricaine. Depuis la base de coordination installée à Bangui, la capitale, il coordonne et supervise les activités réalisées au sein des programmes sur deux zones d’intervention, la préfecture de Bamingui-Bangoran et la sous-préfecture de M’Brés. Jens se rend régulièrement sur le terrain afin d’assurer le suivi des projets en cours ainsi que des équipes nationales et expatriées.
« Cette expérience directe m’a aidé à mieux comprendre les conditions difficiles dans lesquelles les équipes de terrain mènent leurs activités chaque jour : c’est tout d’abord une sécurité volatile due à la présence de braconniers, de coupeurs de routes et de groupes rebelles centrafricains et étrangers qui caractérisent entre autres le contexte de la République centrafricaine. Au-delà de cet aspect, le pays n’est toujours pas en capacité d’améliorer ses infrastructures, ce qui a un impact direct sur notre travail. Lorsqu’on travaille dans une zone enclavée comme la sous-préfecture de M’Brés, qui n’est pas desservie par les vols PAM (Programme Alimentaire Mondial), tout mouvement est effectué en voiture (4x4) sur des pistes en très mauvais état. En effet, l’Etat n’est toujours pas en mesure de fournir des services de base de qualité à la population. Prenons par exemple le secteur de la santé publique, il est dysfonctionnel et défaillant. Il manque des cadres qualifiés qui ont les compétences pour bien gérer les structures sanitaires, mais aussi de l’équipement et des médicaments essentiels. Avec un indice de développement humain parmi les pires du monde : 172ème sur 179 pays (PNUD 2008) la RCA est frappée par un taux de mortalité qui, au lieu de s’améliorer, ne fait que s’aggraver d’année en année (taux de mortalité maternelle (1 355 pour 100 000 naissances vivantes en 2006), et infantile (176 pour 1 000) d’après les données de l’enquête MICS III réalisée en 2006 par l’UNICEF). Il en est de même du contexte sécuritaire, surtout à la frontière du nord et du nord-est avec la rébellion centrafricaine (Convention des Patriotes pour la Justice et la Paix –CPJP) et étrangère (Front Démocratique du Peuple Centrafricain – FDPC sous l’égide de l’ancien général tchadien Abdoulaye Miskine) ou il y a régulièrement des accrochages entre ces groupes et les forces armées centrafricaines (FACA), mais aussi du sud-est du pays où les rebelles de l’Armée de Résistance du Seigneur (LRA) s’attaquent à la population centrafricaine.
Cependant, cette complexité inhérente au contexte d’intervention constitue pour moi un vrai défi : développement, urgence, post-urgence se mêlent au sein du même pays. J’apprécie particulièrement l’approche d’A.M.I. et je partage la stratégie d’intervention adoptée. Celle-ci repose sur un support direct aux structures sanitaires existantes et sur le renforcement des compétences des acteurs locaux. Elle rentre dans le cadre de la pérennisation des actions et de l’autonomisation du secteur de santé conformément à l’Initiative de Bamako. [5] De plus, les équipes d’A.M.I. travaillent quotidiennement avec le personnel médical des structures sanitaires et les représentants des communautés selon une approche participative que j’estime réellement efficace. En effet, cette démarche a permis d’obtenir des résultats très positifs dans l’amélioration et, finalement, dans la pérennisation du système sanitaire de la sous-préfecture de M’Brés. Ce projet sera bientôt clôturé et, par conséquent, nous avons entamé une période de transition de 4 mois avec pour objectif la prise en charge complète et autonome de toutes nos activités menées dans cette zone depuis plus de 3 ans par les acteurs de santé locaux. La stratégie employée par A.M.I. repose sur l’augmentation progressive de la tarification des soins et sur la fin de la gratuité des médicaments. De cette manière, les structures sanitaires concernées deviennent de plus en plus autonomes puisqu’elles sont capables de couvrir leurs dépenses, de les gérer, de payer leur personnel, d’offrir des soins de qualité et de garantir l’approvisionnement en médicaments essentiels de façon pérenne. Cela permet ainsi d’assurer une continuité dans le fonctionnement du système sanitaire une fois qu’AMI sera partie et donc un meilleur impact sur le long terme.
Enfin, dans le courant du mois de mars une mission d’évaluation d’un mois sera effectuée pour évaluer l’impact des activités réalisées dans la sous-préfecture de M’Brés durant les trois dernières années. Malheureusement, ce modèle de succès ne s’applique pas de la même façon dans la préfecture de Bamingui-Bangoran, donc sur la base de N’Délé, ouverte en 2007, au nord-est du pays. Dans cette zone, A.M.I. a rencontré plusieurs obstacles au bon déroulement de ses activités notamment à cause d’un contexte sécuritaire très instable et de structures sanitaires moins performantes. Aujourd’hui, l’un des objectifs à atteindre est la redynamisation du programme en suivant l’exemple de la méthode utilisée pour M’Brés. A N’Délé, nous travaillons actuellement sur trois des cinq axes routiers principaux initialement appuyés par AMI et qui se situent dans les plus grandes agglomérations. En effet, au delà des agglomérats urbains, c’est ici que se concentre la majeure partie de la population. Les équipes d’A.M.I. apportent un soutien à 2 centres de santé et à 5 postes de santé périphériques. Les trois axes présentent des situations très différentes où des contextes de post-conflit, d’urgence et de développement se mêlent. Depuis la dernière attaque de N’Délé par la CPJP en avril 2010, nous avons entamé une collaboration avec l’association Médecins Sans Frontières (Section Espagne), plus à même d’intervenir dans un contexte d’urgence. Cependant, nous avons mis en place une clinique mobile dans l’axe qui relie N’Délé au village de Krakoma. Celui-ci se trouve dans un contexte qui se caractérise actuellement par une crise humanitaire. Depuis plus que 8 mois, la population est complètement coupée de tout appui par les acteurs humanitaires internationaux. Le village est proche d’une des bases des éléments de la CPJP. Le poste de santé sous responsabilité d’AMI a été pillé en juillet et n’est pas opérationnel. Cette clinique mobile représente, à mon avis, un point de départ pour développer une expertise dans le domaine des interventions sanitaires d’urgence. Personnellement, je pense que les perspectives d’A.M.I. dans ce pays reposent aujourd’hui sur la nécessité de poursuivre des activités à N’Délé, d’ouvrir de nouvelles bases opérationnelles, et de rechercher des nouveaux financements pour le développement de la mission. »
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Entretien avec Karine Betemps, Chef de mission en Afghanistan
Après des études et plusieurs années de travail en France dans le secteur social, ainsi qu’une formation en management, Karine Betemps entame son parcours professionnel dans le milieu humanitaire. Sa première rencontre avec Aide Médicale Internationale remonte à 2005 quand, recrutée en tant que Project Manager, elle part pour une mission de deux ans en Afghanistan, dans la province de Samangan. Ensuite, après une mission d’évaluation de trois mois au Nord-Kivu (RDC), elle devient chef de mission au Yémen de 2008 à 2009, toujours pour A.M.I. Puis, fin 2009, Karine s’engage pour partir à nouveau en Afghanistan en tant que chef de mission (CDM). Aujourd’hui, après un an sur place, elle rend visite au siège pour débriefer avec les différents services.
Son rôle au sein de la mission est très important et complexe. Elle s’occupe, entre autres, de la coordination et supervision de toutes les activités, de la gestion des ressources humaines expatriées et aussi de la sécurité des équipes sur le terrain. De plus, elle représente A.M.I. devant les bailleurs, les autorités nationales, les autres ONG, la population, et tous ceux qui sont impliqués, directement ou indirectement, dans la mission. Elle est également chargée de rechercher des nouveaux projets pour le développement des activités.
« Les projets actuellement mis en place en Afghanistan portent sur trois programmes. Dans la province de la Kunar, nous avons développé un programme de soins de santé primaires selon les directives de la politique sanitaire du Ministère afghan de la santé. Il s’agit de poursuivre les activités du BPHS (Basic Package of Health Services) et de l’EPHS (Essential Package of Hospital Services). Grâce aux financements de la Commission européenne et de la Gavi (Global Alliance for Vaccines and Immunisation), A.M.I. peut gérer 34 centres de santé et l’hôpital provincial de référence, ainsi qu’une clinique mobile qui assure un support médical dans les zones les plus isolées.

Dans le cadre du BPHS, nous réalisons également un programme de lutte contre la malnutrition des enfants de moins de 5 ans, des femmes enceintes et de celles qui allaitent via une approche communautaire, le CMAM (Community-Based Management of Acute Malnutrition). Il s’agit, en effet, de mobiliser les Community Health Workers (CHW), c’est-à-dire des villageois recrutés et formés par A.M.I. pour prendre le rôle d’éducateurs sanitaires au sein de la communauté. Dans le cadre du programme contre la malnutrition, ils sont chargés de détecter d’abord les cas de malnutrition au sein de populations ciblées, de fournir des séances d’éducation à la santé et à la nutrition et de référer, si besoin, les cas les plus graves de malnutrition au centre de santé le plus proche. L’objectif principal du programme est de détecter les symptômes de la maladie pour pouvoir la soigner, mais surtout de la prévenir.
AMI, en coordination avec le MoPH, est chargé d’assurer l’ensemble des aspects des programmes BPHS et EPHS : recrutement, supervision, formation et évaluation des personnels de santé afin de garantir la qualité des soins prodigués à l’ensemble de la population de Kunar, soit plus de 400 000 habitants.
Le deuxième projet d’A.M.I. est la création et diffusion du Health Messenger/Salamati, une revue médicale destinée principalement aux CHW de tout le territoire afghan dans l’objectif de leur offrir une formation adaptée et continue. Le Salamati est aussi un support complémentaire au magazine Roghtia qui, diffusé par le Ministère pour le personnel sanitaire de tout le pays, est financièrement et techniquement supporté par A.M.I. La diffusion nationale du Salamati est assurée grâce aux agences de distribution et aux nombreuses ONG sur place. Actuellement, nous avons lancé une étude pour vérifier l’impact du Salamati sur la population de quatre provinces afghanes. À l’heure actuelle, environ 400 CHW ont étés interviewés pour la compilation d’un questionnaire et nous attendons les résultats prochainement.
Le troisième et dernier projet porte sur le soutien technique aux laboratoires de deux hôpitaux universitaires de Kaboul. Il a été conçu dans le but d’améliorer la qualité des analyses de laboratoire au moyen de la formation pratique continue des laborantins et des biologistes. Malheureusement, l’engagement des bailleurs du projet labo s’achève en février 2011, mais nous espérons trouver un financement pour les trois prochaines années afin de poursuivre les activités. Une évaluation externe a eu lieu fin 2010 dans le but de mesurer la qualité du projet selon les résultats obtenus grâce à la formation. »
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Yémen : entretien avec Alexandre Schwall, administrateur d’Aide Médicale Internationale
Après un Master en gestion des situations de crise, Alexandre Schwall rejoint l’équipe d’Aide Médicale Internationale au siège en 2009. En tant que stagiaire, il travaille au desk sur les missions en Afghanistan, au Soudan et en Haïti. Un an après, Alexandre accepte de partir en mission au Yémen pour six mois en tant qu’administrateur. A.M.I. s’est rendue au Yémen pour la première fois en 2006, suite à une mission exploratoire, où l’équipe avait identifié des difficultés socio-économiques et sanitaires fortes dans le gouvernorat d’Hodeidah. Alexandre a travaillé au sein de la base opérationnelle qu’A.M.I. a implanté en 2007 à Hodeidah avec le soutien financier du Ministère français des Affaires Etrangères et EuropeAid.
Aide Médicale Internationale a implanté sa mission au Yémen dans le but d’améliorer l’accès aux soins de santé primaires de la population. Aujourd’hui, quel genre d’activités conduisent les équipes sur le terrain ?
« Les activités d’A.M.I. se déroulent dans le gouvernorat d’Hodeidah sur deux zones d’interventions, l’une en milieu rural et l’autre en milieu urbain. La première zone est le district d’Al Hali, où les équipes travaillent principalement sur la santé reproductive afin de réduire le taux de mortalité maternelle et celui des enfants de moins de cinq ans. La deuxième zone est le district d’Al Marawa, où la lutte contre l’insécurité alimentaire représente le volet principal de la mission. Tous les programmes ont pour objectif de rendre les soins de santé primaires accessibles à tous les habitants de la zone. C’est pourquoi A.M.I. s’est engagée à délivrer des soins directs et à renforcer la coopération avec le Ministère de la santé yéménite. Il s’agit d’un travail de supervision et de formation du personnel de santé.
Séance de formation médicale des femmes
Dans les centres de santé, le staff est supervisé par les médecins et les sages-femmes yéménites qui font partie de l’équipe d’A.M.I. Ces derniers sont eux-mêmes supervisés par le référent médical expatrié. Dans la zone d’Al Marawa, A.M.I. a mis un place un système de cliniques mobiles qui sillonnent le district afin d’assurer des soins de santé primaires aux populations les plus isolées. »
File d’attente devant une clinique mobile d’A.M.I.
Pendant les six mois que vous avez passés à Hodeidah, êtes-vous allé voir les projets d’Al Hali et d’Al Marawa ?
« L’un des aspects positifs du travail sur une mission de petite taille est la proximité avec le terrain. J’avais un contact direct avec les équipes qui travaillent sur les deux zones d’intervention, une opportunité unique qui nous a permis d’améliorer la cohésion et la communication entre la base opérationnelle et les projets. Cette proximité était pour moi l’occasion de se connaître et de se faire confiance mutuellement. Ces bons rapports m’ont également aidé à mieux réaliser mon travail et à mieux comprendre le contexte yéménite. En tant qu’administrateur, mon rôle comprenait aussi la gestion administrative quotidienne des ressources humaines, nationales et expatriées, de toutes les zones d’intervention. De plus, je m’occupais de la gestion financière à travers le suivi budgétaire et la comptabilité. Pendant mon séjour au Yémen, je me suis fait une idée plus précise de la situation du pays. En effet, la forte croissance démographique n’est pas soutenue par une croissance économique égale, ce qui entraîne une dangereuse augmentation du chômage. La situation est aggravée par un contexte sécuritaire et économique instable qui offre un terrain fertile pour l’augmentation d’activités liées au terrorisme. En effet, les tensions politiques qui ont succédé aux activités sécessionnistes au Sud du pays en 2009, sont exacerbées aujourd’hui par l’opposition entre les groupes Houthi et les forces gouvernementales au Nord. Cela provoque d’importants mouvements de populations vers les camps de réfugiés qui se retrouvent ainsi surpeuplés. »
Quelques semaines avant la fin de sa mission au Yémen, Alexandre Schwall a commencé à former l’assistant logistique à son poste d’administrateur afin de garantir la continuité de la mission après son départ.
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République centrafricaine : entretien avec Audrey Mahieu, responsable de projet à Mbrés
La mission d’Aide Médicale Internationale en République centrafricaine a inauguré ses activités en 2007, dans la préfecture de la Bamingui-Bangoran. Le village de N’déle devient alors la base opérationnelle de la mission, tandis que la base de coordination est installée à Bangui, la capitale du pays. Quelques mois plus tard, les équipes ouvrent une deuxième base opérationnelle dans le village de Mbrés, situé plus au sud, dans la préfecture de la Nana-Gribizi.
C’est ici qu’Audrey Mahieu travaille actuellement en tant que responsable du projet. Suite à une formation universitaire en relations internationales, Audrey, d’origine belge, effectue différentes expériences professionnelles dans le domaine de la santé publique et du journalisme sur les thèmes de l’actualité internationale. Cependant, elle réalise rapidement que rendre compte des actions d’autrui ne fait pas partie de ses réelles aspirations. Elle choisit alors de s’engager « à la première personne » dans l’humanitaire. Une décision qu’elle a non seulement pas regrettée, mais qui a nourri davantage son enthousiasme pour ce métier difficile.
Fin janvier 2011, le programme de Mbrés sera clos définitivement. Quelle est la stratégie employée par A.M.I. pour garantir la continuité de la mission ?
« En octobre 2010, grâce au financement de la Commission européenne, A.M.I. a pu démarrer un projet de quatre mois pour finaliser la transmission des activités aux acteurs locaux. La stratégie employée repose notamment sur une augmentation progressive de la tarification des soins et la fin de la gratuité des médicaments à partir du 18 octobre 2010. Il s’agit d’une méthode de recouvrement des coûts qui pousse les structures sanitaires vers une totale autonomie de gestion. L’objectif est de garantir à la population une meilleure qualité des soins et l’approvisionnement en médicaments. Cette décision a été prise avec le consensus de toute la communauté suite à des séances de sensibilisation et d’information sur le sujet. Nous sommes partis d’un petit prix pour l’augmenter progressivement.
Au sein de chaque centre de santé, les comités de gestion (COGES) composés de 8 volontaires veillent à cet aspect financier pour garantir une bonne utilisation de l’argent et lutter contre la corruption. Elus par la population, les membres du COGES sont une interface entre les structures sanitaires et la communauté. Formés par A.M.I., ils s’assurent du bon fonctionnement des structures de santé et peuvent prendre des mesures correctrices s’il y a des manquements. »
En tant que responsable de la gestion du projet à Mbrés, vous êtes chargée de la programmation et du suivi des activités. Quel genre d’actions réalisent les équipes sur place ?
« Le programme de Mbrés comprend deux volets d’activités : le volet médical et celui du développement communautaire. Nous proposons, notamment, un soutien à des centres et postes de santé pour garantir l’accès de la population aux soins de santé primaires. Par exemple, nous avons mis en place un bloc chirurgical dédié aux petites urgences, tandis que les cas plus complexes sont traités à l’hôpital de référence. Nous offrons également des services de soins pour les mères et les enfants afin de prévenir la transmission du Sida et soutenir les centres de vaccination. Quant au deuxième volet du programme, son objectif principal est le renforcement des compétences des acteurs locaux. La formation des partenaires sanitaires d’A.M.I. est essentielle car ils prendront le relais des activités après la fermeture du programme. Pendant les six derniers mois, j’ai pu constater un investissement grandissant de toute la communauté dans la gestion des soins de santé primaires. C’est surtout ce dernier aspect qui me rend optimiste sur la réussite du projet et le développement futur de la zone. Je pense que Mbrés est un programme qui fonctionne vraiment, où la participation de la population est très élevée. Nos activités ont obtenu un grand succès au sein de la communauté. »
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Myanmar : entretien avec Charlotte Berthier, responsable de projet dans la région autonome des WA
Après une formation en Sciences Politiques et gestion de projets de développement, Charlotte Berthier entame sa vie professionnelle dans le domaine de l’humanitaire en tant que salariée au sein d’une ONG française qui soutient des partenaires locaux principalement en Amérique centrale et en Afrique, où Charlotte effectue des missions de courte durée. Ensuite, en novembre 2009, elle décide de se spécialiser dans le secteur de la santé et de partir avec Aide Médicale Internationale pour une mission de longue durée (13 mois) au Myanmar.
Sur quel projet s’est déroulée ta mission au Myanmar ?
« Je suis partie en mission en tant que responsable du projet de soutien sanitaire au sein de la Région autonome Wa, dans l’État Shan. Il s’agit d’un territoire très enclavé qui est contrôlé et gouverné par une armée indépendantiste. La population Wa est particulièrement vulnérable surtout en termes d’accès aux soins de santé. Durant ces deux dernières années, l’armée indépendantiste Wa a refusé d’être intégrée à l’armée birmane. En préparation des élections du 7 novembre 2010, le gouvernement birman a donc adopté une stratégie d’isolement qui a consisté en une fermeture des écoles, des hôpitaux et des centres de santé, ainsi que d’importantes restrictions d’accès à la zone. Dans le même temps, les contrats-cadre avec les organismes humanitaires présents dans la zone n’ont pas été renouvelés. »
Quelles étaient tes fonctions au sein de la mission ?
« En tant que responsable de projet (RDP), ma principale fonction était la gestion du projet dans la Région Wa. Je m’occupais, entre autres, de la mise en place des activités, de la coordination de l’équipe et de la gestion financière. Etant donné la complexité du contexte, je veillais à la sécurité du personnel et des équipements avec le coordinateur logistique. »
Quelles sont les activités développées par A.M.I. ?
« Trois cliniques mobiles ont été mises en place afin de se substituer aux structures sanitaires fermées. Cinq centres de santé A.M.I. sont restés ouverts. Ici les équipes travaillent afin d’assurer l’accès aux soins de santé primaires, en veillant tout particulièrement à la santé materno-infantile, et aux soins de santé secondaires ou spécifiques en assurant les référencements vers l’hôpital de Kengtung qui se trouve à l’extérieur de la Région Wa. Dans les villages, A.M.I. a créé un réseau d’une centaine de volontaires de santé et de seize comités de santé villageois. Cela permet d’assurer la présence de soins de santé primaires et materno-infantiles dans la zone, ainsi que d’organiser des sessions d’éducation à la santé afin de sensibiliser la population aux bonnes pratiques sanitaires. De plus, la formation et supervision des volontaires de santé par le personnel national permet de renforcer les capacités du réseau de santé communautaire.
Aujourd’hui, la présence d’A.M.I. dans la Région Wa est aléatoire. Une des priorités pour l’année 2011 est donc de renforcer l’organisation communautaire et de concevoir une stratégie de communication efficace afin de faire connaître les actions d’A.M.I. sur place. Il est aussi essentiel de renforcer et d’adapter le système de collecte des données et d’informations afin d’améliorer l’évaluation et le monitoring des activités. À partir de janvier, le poste de Responsable de Projet sera nationalisé.
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Quatre Héros pour la Course des Héros et plus de 1000€ collectés ! Rejoignez-les !
La Course des Héros, c’est un défi sportif, qui consiste à courir ou marcher 6km, mais c’est avant tout un défi solidaire.
Pour sa deuxième édition La Course aura lieu le 26 juin 2011, sur l’Île de Monsieur (Métro Pont de Sèvres, ligne 9)
Pour participer, c’est très simple :
1/Inscrivez-vous sur le site officiel de La Course des Héros www.coursedesheros.fr
2/ Choisissez Aide Médicale Internationale dans la liste des associations à soutenir.
3/Mobilisez 300€ minimum de dons auprès de vos amis via le web et les réseaux sociaux.
300€ est le minimum à collecter pour pouvoir courir, mais vous pouvez fixer l’objectif de collecte que vous souhaitez.
Il est possible de s’inscrire en individuel ou de créer une équipe (avec vos amis ou votre entourage par exemple)
Dès sa première édition le 6 juin 2010, la Course des Héros a mobilisé 7200 donateurs pour collecter un total de 300 000€.
Réveillez l’instinct sportif en vous, surprenez votre entourage et devenez un Héros ! Vous contribuez à soutenir A.M.I. de manière moderne, sportive et originale !
Tous les fonds collectés serviront à soutenir les missions d’Aide Médicale Internationale
Pour s’inscrire et pour plus d’informations :
www.coursedesheros.fr
http://www.facebook.com/coursedesheros
Entretien avec Evelyne Benats, référente médicale au Yémen
Aide Médicale Internationale a débuté ses premières activités au Yémen en 2007 dans le gouvernorat d’Hodeidah. C’est ici qu’Évelyne Benats effectue actuellement sa mission pour l’A.M.I. en tant que référente médicale. Infirmière spécialisée en santé publique et communautaire et en maladies tropicales, Évelyne a démarré sa mission au Yémen en juin 2010 pour une durée de 12 mois.
« Aide Médicale Internationale développe un programme de renforcement de l’accès aux soins de santé primaires dans les districts d’Al Hali et d’Al Marawa, au sein du gouvernorat d’Hodeidah. Les activités portent principalement sur l’appui aux structures de santé gouvernementales et sur la lutte contre la malnutrition. Deux fois par semaine, je travaille à Al Marawa dans deux centres de santé préexistants où A.M.I. a mis en place un programme de nutrition afin de lutter contre les carences alimentaires. Il s’agit de dispenser des soins à tous les enfants mal nourris qui se trouvent dans une tranche d’âge entre 6 mois et 5 ans. Les infirmières commencent souvent par leur administrer un complément alimentaire prêt à la consommation à base d’arachide, le « Plumpy Nut », conçu pour le traitement de la malnutrition aiguë sévère chez les enfants de plus de 6 mois. Cette pâte peut également être utilisée pour traiter la malnutrition modérée, pour les enfants, les femmes enceintes. Je supervise personnellement le travail des infirmières afin d’améliorer la qualité des soins dispensés aux enfants.
Ensuite, avec le soutien du référent communautaire, j’organise la formation des volontaires yéménites aux activités de promotion de la santé communautaire ou CBHC (Community Based Health Care). Cette équipe de volontaires a été constituée dans le but de compléter le programme « nutrition » : ces volontaires organisent le screening des enfants dans les villages et mettent en place des activités d’éducation à la santé. Les volontaires réalisent également un travail de screening des enfants mal nourris par le biais d’une enquête porte à porte. Ils vont notamment de maison en maison à la rencontre des familles afin de détecter les cas de malnutrition et les référer au personnel spécialisé d’A.M.I. Nous offrons aussi un soutien financier et une supervision technique au Ministère yéménite de la santé qui est chargé de la formation du personnel sanitaire du pays. Il s’agit d’un volet essentiel pour A.M.I. car il participe au renforcement des capacités des acteurs locaux et, dans le long terme, à l’autonomisation du pays dans la gestion de son système sanitaire. Un dernier élément de mon rôle de référente médicale est la gestion de la pharmacie. Je m’occupe d’assurer l’approvisionnement des treize centres de santé dans lesquels nous travaillons et des deux cliniques mobiles qu’A.M.I. a mis en place dans le district d’Al Marawa, en collaboration avec un pharmacien local.
Finalement, cette mission au Yémen est une expérience extrêmement enrichissante et intéressante pour moi, aussi bien sur le plan personnel que professionnel. Pendant les six premiers mois sur le terrain, j’ai pu apprendre la gestion de la pharmacie et approfondir mes connaissances dans le domaine de la malnutrition. Globalement, je suis très satisfaite des activités réalisées par A.M.I. et j’espère que le Ministère de la santé yéménite prendra le relais ensuite afin d’assurer la continuité des projets commencés ensemble. Suite à des échanges avec les managers des centres de santé, j’ai pu constater que la perception de notre travail par le personnel national est très positive. Discuter directement avec la population permet à A.M.I.de toujours améliorer ses activités et de les rendre plus efficaces. »
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Téléchargez la Chronique n°98 d’A.M.I.
Avec plus de 18 millions de personnes touchées, les inondations au Pakistan constituent une des catastrophes majeures de l’année passée. Vous trouverez plus d’informations sur la mission menée par nos équipes expatriées et staffs locaux en réponse aux immenses besoins de la population.
Par ailleurs, à l’occasion de la journée mondiale de lutte contre le Sida, la Chronique examine la problématique de l’accès aux soins et du manque de financement des bailleurs et des États.
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Haïti, un an après - Téléchargez notre dossier !
Suite au séisme du 12 janvier 2010, la situation sanitaire d’Haïti s’est terriblement détériorée, entraînant la réorganisation de la structure de la mission d’Aide Médicale Internationale. Aujourd’hui, Aide Médicale Internationale poursuit son programme d’accompagnement médico-éducatif en faveur des enfants et des jeunes en situation de rue. De plus, un nouveau projet destiné à améliorer la santé materno-infantile a été mis en place, avec l’ouverture d’une clinique de soins obstétricaux gratuits. Suite à l’épidémie de choléra survenue en octobre 2010, A.M.I. a dû réadapter une nouvelle fois ses activités pour répondre aux besoins des Haïtiens. Ainsi, un an après le séisme, l’urgence demeure. Plus d’un million de personnes sont encore sans-abris et vivent dans des conditions sanitaires déplorables. La reconstruction du pays est loin d’être achevée et promet d’être difficile.
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Aide Médicale Internationale fait part de sa grande tristesse suite aux décès des deux otages au Niger
Pantin, le 09 janvier 2011
C’est avec une immense tristesse que nous avons appris le décès d’Antoine de Léocour, responsable de programmes en République Centrafricaine depuis 6 mois pour notre association. Antoine était en congés et s’était rendu au Niger pour son mariage qui devait avoir lieu dans une semaine.
Nos pensées vont tout particulièrement à sa famille et à ses proches en France et au Niger. Elles vont également à la famille et aux proches de son ami, Vincent Delory. Nous nous souviendrons de l’engagement fort d’Antoine dans les programmes de solidarité menés au sein de notre association et dans d’autres structures humanitaires.
Bien qu’Aide Médicale Internationale ne mène pas actuellement de programmes au Niger, nous sommes solidaires des personnels humanitaires qui travaillent dans ce pays, où les besoins des populations en accès aux services essentiels sont d’une acuité particulière.
Philippe Augoyard, Président d’Aide Médicale Internationale
Soutenez A.M.I. en participant à La Course des Héros 2011 !
La Course des Héros, c’est un défi sportif, qui consiste à courir ou marcher 6km, mais c’est avant tout un défi solidaire.
Pour sa deuxième édition La Course aura lieu le 26 juin 2011, sur l’Île de Monsieur (Métro Pont de Sèvres, ligne 9)
Pour participer, c’est très simple :
1/Inscrivez-vous sur le site officiel de La Course des Héros www.coursedesheros.fr
2/ Choisissez Aide Médicale Internationale dans la liste des associations à soutenir.
3/Mobilisez 300€ minimum de dons auprès de vos amis via le web et les réseaux sociaux.
300€ est le minimum à collecter pour pouvoir courir, mais vous pouvez fixer l’objectif de collecte que vous souhaitez.
Il est possible de s’inscrire en individuel ou de créer une équipe (avec vos amis ou votre entourage par exemple)
Dès sa première édition le 6 juin 2010, la Course des Héros a mobilisé 7200 donateurs pour collecter un total de 300 000€.
Réveillez l’instinct sportif en vous, surprenez votre entourage et devenez un Héros ! Vous contribuez à soutenir A.M.I. de manière moderne, sportive et originale !
Tous les fonds collectés serviront à soutenir les missions d’Aide Médicale Internationale
Pour s’inscrire et pour plus d’informations :
www.coursedesheros.fr
http://www.facebook.com/coursedesheros
Lancement des activités du Comité scientifique
Le 10 Décembre, une équipe restreinte de coordination du Comité scientifique AMI (C.S.) a marqué, avec sa première réunion, le lancement des activités du C.S.
Cette équipe restreinte composée de 6 personnes se réunira une fois toutes les 6 semaines pour échanger sur les thématiques qui touchent au cœur de métier de l’AMI.
Cette équipe sera chargée de coordonner et de solliciter les autres membres du C.S., constitués de professionnels expérimentés engagés sur différents champs d’étude : pédiatrie, épidémiologie, santé publique, nutrition, VIH/Sida, tuberculose, santé mentale (liste non exhaustive).
A ce jour, 19 personnes ont soumis leurs candidatures pour faire partie du comité scientifique.
Actuellement, AMI recherche encore des personnes expérimentées sur les thématiques suivantes : la nutrition, la pharmacie, la gynécologie, la tuberculose et l’économie de la santé.
Objectif principal du Comité scientifique
Amélioration de la qualité des interventions d’AMI
Objectifs spécifiques
>Apporter un appui d’expertise au niveau du siège et ponctuellement sur les missions afin d’améliorer les pratiques de l’AMI sur les terrains d’intervention
>Proposer la stratégie médicale et les orientations thématiques des missions
>Renforcer les capacités d’AMI sur de nombreux volets comme la capitalisation et l’innovation
Résultat attendus du C.S.
>Appui à la mise en place des évaluations des programmes AMI
>Appui d’expertise sur des questions techniques (siège, terrain)
>Appui à la formation (tous les niveaux, personnel de santé, personnel local, expatriés, siège,…)
>Participation à la révision de la politique de santé AMI
>Propositions de chantiers stratégiques (traitement VIH, pérennité, désengagement, recouvrement des coûts, etc.)
>Participation à des forums d’experts en représentation d’AMI
>Appui à la mise en place d’une démarche continue de capitalisation de nos actions
>Amener AMI à se positionner sur des thématiques de santé sur la scène internationale, notamment sur la santé publique (participation à des colloques internationaux)
>Développer une stratégie de recherche scientifique/opérationnelle
L’équipe de coordination se réunira le 20 janvier 2011 pour organiser et décider la date du lancement de la plénière du comité scientifique.
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Toute l’équipe d’Aide Médicale Internationale vous souhaite une très belle année 2011 !
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Myanmar : entretien avec Denis Broise, coordinateur administratif et financier
Aide Médicale Internationale est arrivée pour la première fois au Myanmar, ex-Birmanie, en 1983 lorsqu’une équipe de deux médecins et d’une infirmière se sont rendus auprès des populations Karen pour créer un dispensaire et former des infirmiers. Aujourd’hui, les programmes d’A.M.I. sont déployés sur deux zones d’intervention, les banlieues de la Division de Yangon et la région WA dans l’État Shan. Les activités portent, entre autres, sur le rétablissement de l’accès aux soins de santé des populations, l’éducation à la santé mais aussi sur la prévention et le traitement des infections sexuellement transmissibles (IST), en particulier le VIH/Sida.
Denis Broise, ayant été formé en expertise comptable et commissariat aux comptes, vient d’achever sa mission au Myanmar en tant que coordinateur administratif et financier (CAF). Denis a découvert le travail des ONG lors d’une expérience professionnelle au sein d’un cabinet d’audit légal. Intéressé par le milieu humanitaire, il a décidé de postuler en tant que CAF pour une mission à l’étranger. Il est recruté par A.M.I. en 2010 et sa mission au Myanmar démarre en mars pour une période de neuf mois. Aujourd’hui, sa mission terminée, il nous présente les caractéristiques de son travail et nous donne ses impressions sur cette expérience.
« Pendant ces neuf mois, j’étais basé au bureau de coordination A.M.I. de Yangon et, à quelques reprises, j’ai eu la chance d’aller sur les bases opérationnelles pour pouvoir observer directement les activités des équipes. Mon rôle de CAF comprenait un important volet de gestion des ressources humaines. Avec mon équipe, je m’occupais à la fois du suivi administratif du personnel expatrié et national de la mission Myanmar, en portant une attention particulière à la politique salariale. En même temps, je devais monter les dossiers de demandes de déplacements auprès du gouvernement. Ces documents (TA - Travel Authorization), sont obligatoires et permettent de se déplacer dans des zones délicates comme la région Wa dans l’État Shan. Malheureusement, le ministère de tutelle du Myanmar ne nous en a jamais délivrés sur la durée de ma mission, obligeant notamment la responsable de projet Wa à travailler à distance depuis Yangon en ne communiquant avec son équipe que via internet et téléphone. En plus, j’étais chargé de faire les demandes de visas d’entrée au Myanmar pour les expatriés afin qu’ils puissent venir travailler dans le pays pendant la durée de leur contrat. Obtenir ce document n’était pas toujours simple et les temps d’attente étaient parfois très longs (environ 3 à 4 mois).
Un deuxième volet de mon travail était centré sur la gestion du protocole d’accord, ou « Memorandum of Understanding ». Il s’agit d’un accord entre A.M.I. et les ministères de tutelle qui autorise AMI à mener ses activités. Il sert à fixer un cadre d’intervention qui trace les grandes lignes des devoirs et engagements de chacun en vue de pouvoir mettre en œuvre nos activités. Le dernier volet de mon travail concernait tous les aspects financiers de la mission. La création de nouveaux budgets (en collaboration avec le chef de mission et les responsables de projet), le suivi des dépenses des différents budgets, ainsi que la rédaction des rapports aux bailleurs de fonds et la gestion du cash. Ce dernier point était assez lourd car, au Myanmar, les cartes bancaires, les chèques et les virements sont très peu utilisés et les administrateurs doivent jongler avec plusieurs monnaies : Kyat Birman, FEC (monnaie créée pour les étrangers), Dollar Américain, Yuan Chinois (monnaie utilisée chez les Wa) et aussi Baht Thaïlandais et, bien sûr, l’Euro.
Au-delà de mes engagements contractuels, cette mission au Myanmar a été pour moi une expérience merveilleuse et très enrichissante d’un point de vue aussi bien professionnel que culturel et humain. Ma plus grande surprise a été la grande facilité que j’ai eu à m’intégrer et à travailler avec le personnel national. Cette harmonie a favorisé la communication et l’échange conférant une meilleure fluidité dans la circulation de l’information. Je pense que, dans le milieu humanitaire où les conditions de travail sont parfois contraignantes, le fait de pouvoir entretenir de bonnes relations humaines est un aspect essentiel. Cela nous permet de mieux gérer le stress et les tensions.
De cette expérience je retiens aussi la bonne ambiance au sein de l’équipe et le travail reconnu des équipes médicales sur nos deux zones d’intervention. »
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Haïti : réponse du programme « Santé Martissant » à l’urgence due au séisme
Nutritionniste et diététicien de formation et congolais d’origine, Mwenelwata Wilondja Christophe a une maîtrise en santé publique et une spécialisation comme coordinateur de projets, ainsi que plusieurs années d’expérience dans le domaine de l’humanitaire à son actif. Ses expériences l’amènent à devenir coordinateur des œuvres médicales et, ainsi, gestionnaire de structures sanitaires. C’est à cette occasion que Christophe fait sa première rencontre avec les équipes d’A.M.I. Après six mois sur le terrain, il achève aujourd’hui sa mission en Haïti pour Aide Médicale Internationale en tant que responsable du programme « Santé Martissant ».
En quoi consiste plus précisément le programme « Santé Martissant » ?
« Il s’agit d’un dispositif intégré composé de cliniques fixes et de quatre équipes mobiles qui sillonnent le quartier de Martissant et ses environs afin de faciliter l’accès à des soins de santé primaire aux populations affectées par le séisme. Au-delà de la première phase d’urgence, l’objectif est l’implantation pérenne de structures de santé de qualité. Ce programme intègre également un dispositif de soins obstétricaux gratuits (SOG), initié à la fin de l’année 2009. La mise en place d’une clinique SOG, initialement prévue au début de l’année 2010, s’est brusquement interrompue le 12 janvier 2010. Le séisme a conduit les équipes d’A.M.I. à concentrer leurs actions et tous leurs moyens au rétablissement de l’accès aux soins de santé primaire des populations affectées. La clinique obstétrique n’est donc opérationnelle que depuis le 2 août 2010. Le personnel local, formé et encadré par A.M.I., est à l’oeuvre, en lien avec les réseaux communautaires pour permettre aux femmes du quartier d’accoucher dans des conditions sanitaires acceptables. Tous les jours nous enregistrons six à huit accouchements. Avec une douzaine de lits, la clinique a une capacité insuffisante à contenir une demande de plus en plus élevée. Pour cette raison nous avons réduit les activités de sensibilisation mises en place pour faire connaître le programme SOG aux futures mères. Par ailleurs, un réseau de treize matrones (accoucheuses traditionnelles) a signé un partenariat avec A.M.I. pour qu’elles référencent à la clinique les grossesses à terme. Cette stratégie vise à réduire les accouchements à domicile étant donné que nous n’avons pas de garantie sur les conditions dans lesquelles ils se font. Nous avons également prévu des séances de sensibilisation pour que les matrones puissent suivre les femmes à domicile dans la phase qui précède l’accouchement. »
Au sein de ce programme, quel est votre rôle et quelles sont vos responsabilités ?
« En tant que responsable du programme « Santé Martissant » je suis garant de la bonne mise en œuvre du projet sur l’ensemble de son cycle. Je surveille, notamment, la planification, l’exécution et le suivi de toutes les activités. Deuxièmement, je m’occupe de la coordination avec l’équipe A.M.I., les partenaires et les bailleurs de fonds et de la gestion des ressources humaines locales. L’objectif de mon poste est donc d’harmoniser le travail de l’ensemble du personnel impliqué dans le programme. Vers la fin de ma mission, une forte épidémie de choléra a touché les départements de l’Artibonite et du Plateau Central. La planification des activités du programme « Santé Martissant » a été encore une fois bouleversée par les événements. Nous avons organisé des activités de sensibilisation de la population pour éviter la propagation de la maladie. Nous sommes en train de mettre en place une Unité de Traitement du Choléra avec le Ministère de la Santé Publique et de la Population. Pour que l’Unité soit opérationnelle et efficace, la priorité actuelle est la formation de personnel médical. En tant que congolais je connais très bien le choléra, maladie qui avait complètement disparue d’Haïti. Mais le personnel haïtien est paniqué et ne sait pas comment faire face au problème. C’est pour cette raison qu’AMI, comme d’autres organisations humanitaires, met l’accent sur la formation du staff national et sur la sensibilisation communautaire.
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Haïti : la prise en charge médico-sociale des enfants et jeunes des rues après le séisme
Après une formation de deux ans en géologie et sociologie, Baptiste Hanquart prend son sac à dos et choisit de partir. En tant que bénévole, il travaille deux ans aux Philippines pour les enfants des prisons. Rentré en France, il suit une formation en gestion de projet à l’institut Bioforce et il participe ensuite à des programmes très vastes, focalisés sur les réfugiés politiques au Tchad et en Géorgie avec l’ONG Première Urgence. Recruté initialement par A.M.I. comme responsable pour le programme « Enfants et jeunes des rues » (EJDR) en Haïti, Baptiste a été promu chef de mission depuis octobre 2010. Après six mois sur le terrain, aujourd’hui il rend visite au siège pour différents débriefings.
Depuis janvier 2004, les équipes d’A.M.I. en Haïti travaillent au soutien médico-social des EJDR dans la zone urbaine de Port-au-Prince. Des unités médico-sociales mobiles, composées d’un médecin, un infirmier et deux éducateurs, vont à la rencontre des EJDR directement dans les rues en proposant une prise en charge médicale des soins de santé primaires, un suivi médical adapté aux différents besoins, une éducation à la santé et le référencement des cas critiques à d’autres structures plus spécialisées. Le projet appuie six structures partenaires d’accueil ouvert, de formation professionnelle et de soutien psychologique et se coordonne avec elles. Cette démarche est préalable à leur intégration dans un dispositif psychosocial et éducatif qui consiste à évaluer la motivation des enfants et préparer leur insertion dans des structures d’accompagnement social ou professionnel. Ensuite, le personnel d’A.M.I. organise régulièrement des ateliers de sensibilisation sur les comportements sexuels, la consommation de drogues et le dépistage afin de lutter contre la propagation du VIH/SIDA.
« Généralement, les EJDR sont divisés en groupes disloqués sur environ seize ‘bases’, explique Baptiste. Ils fonctionnent tous autour d’un chef, comme une micro organisation sociale assez structurée. L’objectif principal du programme est de faciliter l’accès à des soins de santé primaire pour cette population très vulnérable, et plus généralement, contribuer à leur bien-être psychophysique. Dans ce contexte, les éducateurs ont un rôle très important. Ils discutent avec les EJDR pour les encourager à rejoindre les centres d’accueil où ils peuvent manger, se laver, suivre des activités et faire des jeux, mais aussi recevoir un soutien éducatif qui les aide à se stabiliser. Au bout d’un an, certains d’entre eux réussissent à sortir de la rue. ».
Qui sont précisément les enfants et jeunes des rues ?
« Les enfants et jeunes des rues ont de 0 à 21 ans et ils vivent 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 dans la rue. Ils sont soit acteurs soit victimes de leur condition. Ils peuvent être accompagnés par les familles, elles aussi en situation de rue, ou non accompagnés pour différentes raisons : ayant été mis dehors ou ayant fui à cause d’actes de violence subis. Des fois il s’agit d’un départ volontaire par influence de la rue. En effet, la plupart des jeunes haïtiens travaillent dans la rue la journée et rentrent chez la famille la nuit ou le week-end. C’est à ce moment là que, au contact des jeunes et enfants des rues, certains rentrent dans un processus d’exclusion plus ou moins rapide. Cela explique l’importance d’un volet prévention auprès de ces enfants et jeunes pour éviter qu’ils soient attirés par la rue. Cependant, aujourd’hui un appui aux familles vulnérables reste le seul instrument efficace de prévention à leur départ. Vers la fin du mois de décembre, nous comptons publier un rapport sur la situation des EJDR selon les données collectées en 2010. »
Depuis le 20 octobre 2010, une forte épidémie de choléra s’est déclenchée dans certains départements d’Haïti en faisant plusieurs morts. Comment allez vous répondre à cette nouvelle problématique ?
« Pour le moment, le plus grand nombre de victimes a été enregistré dans le département de l’Artibonite et dans le Plateau central, principaux foyers de l’épidémie de choléra. La capitale n’a pas encore été touchée, mais nous sommes en train de nous préparer à l’arrivée de la maladie à travers la mise en place d’activités de prévention et de pré positionnement de matériel. Nous avons également mis à niveau nos centres d’accueil pour les patients suspects et nous avons entrepris la formation du personnel médical. Ce dernier point est essentiel, car le choléra n’existait pas en Haïti et le personnel soignant est peu familiarisé avec le travail des Centres de Traitement du Choléra (CTC). De plus, nous prévoyons un centre de traitement choléra en coordination avec la cellule de crise du département sanitaire de l’ouest, la Fédération Internationale de la Croix-Rouge, Médecins Sans Frontières, Médecins Du Monde. Un réseau de prise en charge a été planifié et sera peut être déployé en fonction des besoins sur toute l’agglomération de Port-au-Prince. »
Quelles sont les priorités actuelles pour le programme EJDR d’A.M.I. ?
« Aujourd’hui, la mission d’A.M.I. en Haïti a plus que triplé que ce soit en termes budgétaires ou en termes de ressources humaines, en raison notamment des interventions médicales d’A.M.I. dans le quartier de Martissant en réponse au tremblement de terre du 12 janvier 2010, mais aussi de l’implication de l’A.M.I. dans l’accès à des soins obstétriques gratuits pour les populations les plus vulnérables. Dans les mois prochains, A.M.I. pourra initier une vraie capitalisation des connaissances et des compétences sur les EJDR afin de consolider les pratiques et les activités. Nous sommes en train de réfléchir par ailleurs à une stratégie efficace de passation afin que les acteurs locaux prennent le relais de nos actions. En coopération avec d’autres organismes présents sur le terrain, on est en train de concevoir un plan de formation médicale pour transférer nos compétences et nos connaissances. En partenariat avec l’UNICEF, nous avons fait du plaidoyer pour que les associations locales prennent le relais et que les EJDR de Port-au-Prince soient inclus dans des programmes internationaux plus vastes. La formation du personnel médical est essentielle pour le transfert des compétences et des connaissances aux acteurs locaux. Forts de ces constats, nous avons donc créé, avec différentes organisations, un groupe de travail pour les enfants et jeunes des rues (GTEJDR) avec de nombreux objectifs : recueillir et analyser les informations pour une meilleure compréhension de la situation ; identifier, évaluer et coordonner les structures locales et internationales travaillant auprès des EJDR ; appuyer les structures locales identifiées ; informer/former les acteurs locaux et internationaux sur le travail auprès des EJDR ; plaidoyer et témoigner sur la situation et les besoins des EJDR. Le groupe a graduellement acquis un rôle d’expertise et de consultance et, aujourd’hui, il constitue un important point de repère pour les EJDR qui désirent sortir de la rue. Enfin, pour juin 2011, le GTEJDR a prévu la construction d’écoles pour les éducateurs. »
Par ailleurs, A.M.I. prévoit de renforcer son implication médicale dans l’accès à des soins de santé primaires, et notamment des soins obstétriques gratuits pour les EJDR, mais aussi pour toutes les personnes en situation de grande vulnérabilité.
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RDC : appui et mise en œuvre des programmes de santé à Kilembwe
Caroline de Cramer a fait sa première connaissance du milieu humanitaire à l’age de dix-sept ans au Mali. Pendant ce voyage, elle rend visite à certains dispensaires locaux où elle fait la connaissance des religieuses responsables des centres. Fascinée par leur travail, elle entame des études d’infirmière en Belgique en se spécialisant en psychiatrie et en médecine tropicale. Au cours de cette dernière formation elle fait la connaissance d’A.M.I. et s’engage à partir pour une mission d’un an et demi dans la base opérationnelle de Kilembwe en République démocratique du Congo. A.M.I. est présente dans la province du Sud-Kivu depuis juillet 2001. Son objectif principal est de restructurer et réorganiser un système de santé profondément affaibli par un conflit qui a tué 4 millions de personnes à la fin des années 90. Les équipes d’A.M.I. travaillent aussi bien auprès des populations qu’avec les professionnels de santé du Sud-Kivu pour que tous puissent participer directement à la définition et à la réalisation des dispositifs d’accès aux soins. Pour contribuer à l’autonomisation des structures et du personnel de santé, les équipes expatriées pratiquent peu la médecine de substitution mais s’attachent avant tout à la formation du personnel de santé local. Inscrite dans le long terme, cette démarche a pour objectif l’ancrage des actions dans la réalité sociale et sanitaire du Sud-Kivu à travers l’implication des bénéficiaires.
De passage à Paris pour un break après un an sur le terrain, Caroline rend visite aujourd’hui au siège d’A.M.I. pour différents débriefings. Elle nous parle ici de son travail.
En tant que référent médical, quel est votre rôle principal au sein du centre A.M.I. à la base de Kilembwe ?
« En étroite collaboration avec la responsable de projet et sous sa responsabilité directe, je m’occupe principalement de la mise en œuvre de la stratégie globale des actions dans la zone de santé de Kilembwe. En particulier, je rends visite régulièrement aux centres de santé et à l’hôpital de la zone. Cela me permet de superviser le planning des équipes, de gérer la pharmacie et de suivre de près les activités médicales. Auprès de chaque structure de santé, je rassemble les données liées aux activités et je les analyse selon une grille d’indicateurs. Suite à ça, je peux effectuer une évaluation précise de la situation pour pouvoir atteindre les résultats prévus. De cette manière, je peux mieux identifier les problèmes et apporter des solutions concrètes en collaboration avec le coordinateur médical et la responsable de programme de A.M.I. Ensuite, je suis chargée de l’encadrement et de la supervision du personnel médical, du suivi de leurs activités et du débriefing des visites sur le terrain. Il s’agit d’un rôle extrêmement délicat pour lequel il faut savoir respecter la hiérarchie et les différences culturelles de chacun.
En général, je m’occupe de la supervision du « paquet minimum d’activités », c’est-à-dire les soins curatifs et préventifs sur les dix-sept centres de santé appuyés, mais également des activités des hôpitaux qui se focalisent sur l’accès aux soins de santé secondaires : la prise en charge des victimes de violences sexuelles, la lutte contre le VIH/SIDA et le choléra, l’appui d’urgence aux grossesses à risque, etc. Après tout ce travail de supervision et d’analyse, le staff de Kilembwe et moi rédigeons des comptes-rendus afin que l’équipe de coordination A.M.I. basée à Bukavu puisse compléter la planification et la mise en œuvre de la stratégie générale. »
Aujourd’hui, l’un des objectifs principaux d’A.M.I. est de mettre en oeuvre ses projets et les transmettre aux acteurs locaux afin d’assurer une continuité aux programmes. Comment cette volonté ce traduit-elle au Sud-Kivu ?
« Effectivement, cet aspect fait partie d’une stratégie de formation et de compagnonnage qui constitue un volet essentiel du programme d’A.M.I. en RDC. Un objectif très important pour l’association est l’implantation progressive, dans le long terme, de ses actions dans le contexte d’intervention. Cela passe par le renforcement des capacités et compétences des acteurs locaux, du personnel médical et soignant et des autorités sanitaires. Récemment, un nouveau système d’évaluation des compétences a été conçu. Celui-ci, plus efficace, comporte notamment l’attribution de primes selon les résultats obtenus par chacun. De cette manière, le personnel est généralement plus motivé et encouragé à développer ses compétences pour enrichir la qualité de son travail. De plus, chaque centre de santé est assujetti au paiement de 20% des frais liés à l’achat de médicaments, une formule qui vise progressivement à les rendre financièrement autonomes. Ce système permet d’investir davantage sur l’évaluation à posteriori plutôt que sur la supervision directe du staff ».
Selon vous, quelles sont les activités à poursuivre pour que le programme, dans le long terme, ait un impact majeur sur le contexte ?
« Pour que les programmes aient un impact majeure sur la situation du Sud-Kivu, je pense que trois actions principales pourraient être développées. Premièrement, la formation du personnel local. La stratégie de formation que je considère la plus efficace est un binôme entre connaissances théoriques et capacités techniques. En effet, grâce à la supervision et à l’encadrement du staff local, j’ai pu observer une évolution très positive en matière d’hygiène et d’organisation. Un progrès qui est surtout évident au sein des hôpitaux et, dans une moindre mesure, dans les centres de santé. Ici, le travail à faire demande davantage de temps à cause de l’isolement de ces zones. En deuxième lieu, je considère essentielle la collaboration entre A.M.I. et les CODESA, les Comités de développement des aires de santé chargés, entre autre, de l’éducation à la santé. Les Comités représentent un lien important entre populations et structures de santé, et ils peuvent donc soutenir les actions d’A.M.I. en matière de formation. Dernièrement, j’aimerais souligner l’importance de partager et de faire circuler les informations entre tous les acteurs présents sur le terrain et la nécessité de discuter avec tous ceux qui, au sein des communautés locales, ont un rôle clé (représentants de stations et de réseaux de radios, leaders religieux, chefs de village, etc.) ».
Aujourd’hui Caroline profite de ses deux semaines de repos avant de retourner à Kilembwe pour six mois. Pour elle, les prochains six mois sur le terrain représenteront une opportunité précieuse pour consolider son travail et atteindre ses objectifs.
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RDC : la coordination d’un projet d’accès aux soins de santé à Kilembwe
Pourquoi avez-vous choisi de travailler en RDC avec les équipes d’A.M.I. ?
« Je désirais travailler dans un endroit qui se trouve au centre de l’Afrique et c’est pour ça que j’ai choisi la RDC. En 2004, je suis partie pour une mission de cinq ans avec le Secours Catholique sur des projets de développement et de protection des enfants. Cette expérience m’avait donné envie de travailler dans des situations de post-urgence pour essayer de comprendre les problèmes de développement de ce pays qui semblaient être liés aux interventions durant les urgences. Quand j’ai découvert A.M.I., j’ai trouvé très pertinent son travail de remise en place des systèmes de santé et sa stratégie d’étroite collaboration avec les acteurs locaux et la participation active de la communauté. Pour cette raison j’ai choisi de partir pour une mission d’un an et demi dans la base opérationnelle de Kilembwe, au Sud-Kivu. Ici A.M.I. intervient depuis 2003 pour renforcer les capacités des dix-sept centres de santé de la zone ainsi que de l’hôpital de référence. »
Au sein de cette mission, quelles sont vos principales fonctions ?
« Je suis chargée de la coordination de toute la zone de santé du Kimbi Lulengue. Je travaille à Kilembwe, la plus grande base d’A.M.I. dans toute la province du Sud-Kivu. En tant que responsable de projet, ma fonction principale est d’assurer le bon déroulement des actions en coordonnant les activités des dix-sept centres de santé et de l’hôpital général de référence. Je m’occupe, en particulier, de suivre et analyser les indicateurs, comme le taux de fréquentation des centres, le nombre de médicaments distribués, les données épidémiologiques, etc. Ce travail est essentiel afin de garantir le bon fonctionnement des activités et pour pouvoir atteindre les objectifs prévus par la stratégie globale. Par ailleurs, je travaille en équipe avec le coordinateur administratif au suivi budgétaire. Je transmets des commandes au coordinateur logistique qui assure l’envoi du matériel et des médicaments nécessaires à la base. Une partie de son rôle est d’assurer la sécurité pendant les déplacements qui, au Sud-Kivu, sont particulièrement compliqués. Surtout à Kilembwe, car la base est située dans une zone très reculée et d’accès difficile. Parfois, les véhicules que nous utilisons pour le transport sont attaqués par des groupes armés qui peuvent nous empêcher de poursuivre le chemin et mettent en danger la vie des équipes. Quelques temps après, j’ai compris que, au sein de la communauté, il manquait un système efficace pour l’échange des informations. Un instrument efficace pour discuter des problèmes et trouver des solutions ensemble. »
Et comment avez-vous répondu devant ce défi ?
« Mon équipe et moi avons créé une cellule de communication constituée de personnes élues par la population et réparties en groupes thématiques. La fonction principale de cette cellule est de trouver des solutions locales aux problèmes de toute la communauté. Chaque mois, elle se rassemble pour examiner la situation encours et pour définir les objectifs du mois suivant. Suite à cette réunion, les participants rédigent un compte-rendu et l’envoient à une importante mailing liste qui comprend toute la communauté humanitaire de la province du Sud-Kivu, les autorités locales et même OCHA, le Bureau de coordination des affaires humanitaires. Chacun trie les informations qui concernent son domaine d’intervention et analyse les problèmes pour trouver des solutions. Par exemple, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a envoyé 30 tonnes de semences, tandis que Oxfam Grand Bretagne construira des latrines et des douches pour le Kimbi Lulengue. J’ai voulu développer cette idée parce que je considère la communication un outil très efficace dans la réussite d’un projet qui dépend de l’engagement de multiples acteurs. »
Quelles autres activités avez-vous réalisées pendant ces 12 mois ?
« Cette année a été pour moi très intense. Nous avons envoyé un proposal au Pooled Fund - un mécanisme de financement commun créé à l’initiative de bailleurs de Fonds en République Démocratique du Congo depuis 2005 – pour construire une piste d’atterrissage à Kilembwe. J’espère dans une réponse positive pour démarrer ce projet dans les six prochains mois. En juin, nous avons lancé un programme avancé de prévention de la transmission mère enfant et des centres de dépistage volontaire (CDV). Il s’agit de dispositifs mobiles qui couvrent tous les centres de santé. En septembre, nous avons achevé la construction d’un CDV fixe à Misisi. Depuis janvier à septembre 2010 dans la zone du Kimbi Lulengue, nous avons constaté une augmentation des cas de transmission du VIH. La diffusion de la maladie est liée à plusieurs facteurs. D’un côté, la vaste circulation des militaires et la fermeture administrative des mines qui a provoqué une migration épouvantable vers les campagnes. De l’autre, on observe un faible taux d’utilisation d’une méthode contraceptive au sein de toute la communauté. Une stratégie efficace pour la maîtrise du phénomène pourrait être la vente des moyens contraceptifs à petit prix par des associations locales.
Ensuite, nous avons fait un audit en janvier et un état des lieux pour réorganiser la formation et élaborer une nouvelle stratégie. Aujourd’hui, nous pouvons constater une sérieuse amélioration surtout au niveau de l’hygiène et de l’organisation des centres de santé. La stratégie consiste à offrir une prime de 100 $ pour les centres de santé les plus accueillants. Cette prime sera donnée à Noël et sera est choisie en étroite collaboration avec les autorités sanitaires locales, notamment le bureau central de la zone de santé (BCZ) et le médecin central de zone (MCZ). Pour évaluer la qualité du travail, nous avons conçu une nouvelle grille différenciée par métier, une formule qui permet ainsi l’individualisation de la prime. »
Quels moyens avez-vous utilisé pour faciliter l’intégration au sein de l’équipe et au sein de la communauté ?
« Nous avons programmé une soirée cinéma tous les samedi soirs avec une toile blanche accrochée à deux arbres. Cela nous offre l’opportunité de partager des bons moments avec la population et avec les autres acteurs humanitaires de la zone. La semaine dernière, nous avons projeté le film documentaire de Yann Arthus-Bertrand ‘HOME’, ce qui a suscité un grand débat entre les équipes d’A.M.I., IRC (International Rescue Committee) et OXFAM. Quelque fois, nous projetons les spectacles du théâtre de rue sur la sensibilisation contre le SIDA. »
Dans quelques jours vous aller rentrer en RDC. Quelles seront vos priorités pendant les six prochains mois ?
« Tout d’abord, la réhabilitation de la zone de santé du Kimbi Lulengue. Par exemple, il faudra rééquiper l’hôpital avec des lits et des matelas. Suite à des réunions avec les superviseurs de la santé communautaire, nous faisons une évaluation de la situation globale pour décider le type de formation qui répond le plus aux besoins actuels. Ensuite, nous allons former les accoucheuses sur les principes de nutrition des enfants de 0 à 5 ans. Le choix est fait sur les accoucheuses car elles seront capables de donner des conseils aux mères qui participent aux consultations préscolaires (CPS). Notre objectif sera alors de redynamiser les CPS pour en augmenter le taux de fréquentation. Un autre important défi des prochains mois sera la lutte contre le SIDA où nous allons travailler surtout dans le cadre d’une sensibilisation massive. »
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Téléchargez la Chronique n°97 d’A.M.I.
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RDC : enjeux et défis de la logistique dans une mission sanitaire au Sud-Kivu
En République démocratique du Congo, A.M.I. travaille depuis neuf ans dans la province du Sud-Kivu. Ses équipes mettent en place un programme avec pour objectif la reconstruction d’un système de santé très affaibli. Aux objectifs à court terme, comme fournir un meilleur accès aux soins de santé primaires pour toute la population, s’ajoute un travail de renforcement des compétences des acteurs locaux. Une démarche conçue pour donner une majeure durabilité au projet. Au fil du temps, A.M.I. a installé trois bases opérationnelles supervisées depuis la base principale de Bukavu, capitale de la province. Aujourd’hui son intervention est répartie sur sept différentes zones de santé.
C’est de Bukavu que Paul Arnaudin a coordonné les opérations pendant un an en tant que coordinateur logistique et sécurité de la mission. Après une carrière militaire de trente-trois ans, Paul choisit de s’engager en 2008 dans le domaine humanitaire en participant, au sein d’une association, à un programme de parrainage d’enfants dans deux camps de réfugiés tibétains en Inde. C’est en octobre 2009 que Paul est recruté par A.M.I. pour une mission d’un an au Sud-Kivu. « Cette mission a représenté pour moi un nouveau défi, dans une zone de l’Afrique que je ne connaissais pas. Cela m’a amené à faire la connaissance rapide d’un milieu où les opérations logistiques sont très difficiles, où l’aspect sécuritaire est très « volatile » et constitue le problème principal à prendre en considération pour chaque déplacement ». Son rôle se révèle très vite complexe et lui impose imagination et adaptation permanente pour réussir chaque mission. Responsable de la gestion de la sécurité des équipes – 125 collaborateurs locaux et 10 expatriés – et de la supervision logistique sur l’ensemble de la mission, Paul doit assurer une organisation efficace pour garantir l’approvisionnement des biens et des ressources (particulièrement les médicaments) sur toutes les bases opérationnelles d’A.M.I.
En matière de sécurité des personnes et des matériels de l’association, le travail du coordinateur logistique est crucial dans le processus décisionnel. Il comporte un plan d’actions définies pour préserver l’intégrité et la pérennité de la mission vingt-quatre heures sur vingt-quatre et sept jours sur sept. Paul était donc chargé de s’assurer que toute l’équipe réalise son travail en sécurité et dans le respect des règles de sécurité de la mission. Parfois le coordinateur logistique est obligé de prendre des décisions qui ont un impact important sur le chronogramme de la mission et sur le travail de toute l’équipe. « Par exemple, il m’est arrivé de devoir décaler une livraison d’une semaine », explique Paul. Chaque décision est prise en concertation avec les responsables des projets (RdP) sur le terrain qui ont une connaissance plus précise de leurs zones.
Il est donc fondamental de développer un esprit d’écoute, de concertation et d’analyse qui permet de comprendre le contexte d’intervention dans les moindres détails. Cette compétence est utile pour collecter et trier les informations nécessaires pour concevoir une stratégie de prévention et de résolution des problématiques. « La diffusion de la bonne information devient stratégique dans une mission humanitaire, mais dans un pays comme la RDC la tâche est très complexe. Il faut savoir filtrer les rumeurs. Ce ‘tri sélectif’ est plus efficace quand on partage les informations avec tous les acteurs présents sur le terrain (personnels de santé, ONG locales et internationales, etc.) ». Par ailleurs, les acteurs locaux représentent une importante source d’information grâce à leur connaissance intime du contexte et de ses enjeux. Avant de prendre toute décision, Paul examine tous les facteurs clés qui pourraient entraver le succès d’une action. « Avant de donner un feu vert pour un déplacement je considère toujours l’état des routes et des moyens de transport, les compétences des transporteurs, les coûts des opérations, jusqu’aux conditions météorologiques. Il s’agit d’une chaîne d’éléments fortement interdépendants dans laquelle une seule erreur peut engendrer la rupture totale d’un équilibre fragile. Malgré toutes ces considérations, je n’oublie jamais l’importance d’assurer l’approvisionnement de médicaments », souligne-t-il.
Un autre aspect important pour le bon déroulement d’une mission c’est la relation qu’on établi avec les acteurs locaux. La négociation est souvent essentielle. Elle permet de communiquer les objectifs de l’ONG pour les partager avec la population et les autorités sanitaires. « En présence de chaque interlocuteur il est nécessaire de justifier constamment, sur la base de nos réalisations, la présence d’A.M.I. dans la région », précise-t-il.
Malgré les difficultés à travailler dans un pays comme la RDC, Paul est satisfait de la motivation et de l’engagement des équipes locales. Au cours d’une année il a pu observer des progrès réels surtout dans les structures de santé. Pourtant, aujourd’hui il faut poursuivre l’effort dans certaines zones plus isolées pour atteindre les objectifs spécifiques d’A.M.I. sur l’ensemble de la province du Sud-Kivu. Pour Paul, il serait également intéressant « de développer des partenariats avec des ONG intervenant dans des domaines complémentaires aux soins de santé primaires comme l’assainissement, le traitement de l’eau, etc. ». Au terme de cette première expérience humanitaire, Paul a le sentiment « d’avoir vécu une mission certes difficile mais très motivante car vitale à une population isolée et très démunie. Une belle expérience humaine, où il dit se sentir simplement utile et vivant ».
Après quelques semaines de repos qui suivront son retour de mission, Paul poursuivra son parcours dans le secteur humanitaire en intégrant un programme d’eau et assainissement pour deux mois dans un petit village dans l’état de Chattisgarh, en Inde centrale au camp de réfugiés Mainpat.
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Logisticien en Afghanistan : des objectifs clairs, une réalité complexe
Voilà sept mois qu’Anthony Dutemple est logisticien pour A.M.I. en Afghanistan. À 28 ans, il s’agit de la première mission humanitaire de ce logisticien, qui dispose d’une solide expérience professionnelle acquise en milieu industriel.
Après son baccalauréat, Anthony entreprend un BTS en commerce international qu’il prolonge par une licence dans le même domaine avant de compléter cette formation par un master en logistique internationale. Pendant ses études, il s’engage dans différents mouvements associatifs, démarche qu’il poursuit durant les premières années de sa vie professionnelle.
« Depuis mes années de lycée, j’avais le souhait de m’engager un jour dans une mission humanitaire, sans savoir quelle forme cet engagement pourrait prendre. J’ai eu le sentiment, lorsque j’étais étudiant en logistique, que les savoirs que l’on m’enseignait, en matière douanière, de fret, d’export, etc. pouvaient être utiles, exportables dans de nombreux secteurs d’activité, dont l’humanitaire. Cela étant, j’ai choisi de faire mes premières expériences dans des milieux plus ‘traditionnels’ pour les logisticiens que sont la grande-distribution et l’industrie métallurgique.
En cinq années de travail, qu’il vit comme une façon de compléter son apprentissage universitaire, Anthony acquiert de nouvelles compétences dans des milieux où l’exigence est élevée. « Il s’agit de milieux professionnels assez durs, où les services logistiques sont constamment sollicités pour résoudre rapidement et efficacement les problèmes qui surgissent et menacent de ralentir l’activité de toute l’entreprise. La contrepartie, dans ces milieux où la pression est constante, est que les relations professionnelles qui se tissent sont riches et durables. Ainsi, je suis resté en relation avec certain des contacts qui étaient les miens dans le milieu du fret ou de la douane… Ce réseau professionnel m’est aujourd’hui très utile… Il y a quelques semaines par exemple, j’avais besoin du code douanier de l’aéroport de Kaboul avant d’organiser un fret pour la mission : j’ai contacté une connaissance chez un grand transitaire qui m’a rapidement transmis cette info. Il m’arrive aussi de solliciter d’autres contact pour être à jour des récents accords douaniers, ou demander des références pour m’assurer du professionnalisme de certains prestataires (transporteurs, etc.). Ce qui est très appréciable est que ces petites aides ponctuelles sont faites gracieusement, sans contrepartie : toutes ces personnes, avec lesquelles j’ai travaillé plusieurs années, sont heureuses de savoir que leur aide est utile à une mission humanitaire… »
Anthony résume parfois son activité en quelques mots simples : « la logistique, c’est mettre un matériel à la disposition de la bonne personne, au bon endroit, au bon moment… et au moindre coût. » Cet axiome simple à énoncer n’est pas toujours facile à mettre concrètement en œuvre. En effet, de nombreuses barrières administratives, culturelles ou matérielles peuvent ralentir ou entraver la logistique, avec des conséquences plus ou moins graves. « Aujourd’hui, à l’aune des situations que je rencontre, je relativise les problèmes qui étaient les miens dans mes expériences professionnelles précédentes. Bien évidemment, je ne minimise pas la pression et le stress qui ont cours dans les milieux professionnels dans lesquels j’ai évolué… mais disons qu’aujourd’hui, les problèmes auxquels l’équipe logistique est confrontée sont véritablement vitaux pour des populations : lorsque des médicaments doivent être acheminés, il importe de respecter les délais, malgré les imprévus qui ne manquent jamais de survenir. » Chaque étape de la chaîne logistique dépend la bonne réalisation de la précédente. « Par exemple, précise Anthony, de la délivrance d’un certificat ou d’une attestation administrative dépend le passage de frontière d’un container, puis la confirmation de la réservation d’un camion, puis son chargement, son trajet, son déchargement, etc. Dans le contexte de l’Afghanistan se greffent aussi des considérations en matière de sécurité : la possibilité de circuler est toujours en suspens, sujette à caution… »
Heureusement, plus de trente personnes sont mobilisées pour assurer la logistique de la mission : chauffeurs, radio opérateurs, gardes (non armés), informaticien, ou responsable maintenance. Anthony est chargé d’organiser, d’animer et de superviser le travail de l’équipe. « Sans le logisticien projet et le logisticien base (qui travaillent l’un sur la logistique des activités dans la Kunar et l’autre sur celle de la base) ainsi que l’équipe logistique basée sur notre base Kunar, il me serait impossible d’assumer correctement mes fonctions. Tous sont très impliqués et assurent un travail de grande qualité. D’une manière générale, tous les membres afghans de l’équipe logistique témoignent d’un profond attachement à A.M.I. et sont fiers de travailler pour une ONG médicale française. »
De l’engagement, il en faut pour mener à bien toutes les activités logistiques. « Ces derniers mois, nous nous sommes engagés sur un important chantier de réhabilitation de centres de santé dans la province de la Kunar. Début mai, j’ai pu me rendre sur place, avec un autre expatrié de la mission et des équipes afghanes, pour évaluer l’état des constructions de l’hôpital provincial d’Asadabad, de différents centres de santé ainsi que de la base d’A.M.I. et de son stock de médicaments. L’objectif pour moi était alors de vérifier les inventaires, d’identifier les besoins en réhabilitation sur les éléments fondamentaux : murs, incinérateurs, fosses à déchets, fosses septiques, accès à l’eau, générateurs, etc. À Asadabad par exemple, certaines pièces de l’hôpital sont insalubres, il manque aussi une salle d’attente… Après cette évaluation, nous avons sélectionné des artisans et des fournisseurs, qui ont débuté leurs travaux au mois d’août. Le travail s’est achevé il y a quelques jours, mi-septembre, à Asadabad… et se poursuit dans 15 centres de santé, avec notamment la réhabilitation des salles d’accouchement et la construction de salles d’attente, d’incinérateurs à déchets. Il s’agit véritablement d’un projet d’équipe, important et enthousiasmant, sur lequel s’engagent ingénieurs, artisans, équipes logistique et médicales… Lorsqu’il sera achevé, nous allons débuter un autre projet, tout aussi passionnant : l’aménagement d’une salle destinée aux patients souffrant de pathologies mentales… La santé mentale est un sujet délicat, en Afghanistan comme dans nombre d’autres pays. C’est la raison pour laquelle l’équipe logistique est très attentive, une fois encore, à mener son travail en lien avec tous les autres services de la mission. »
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A.M.I. participe au Forum de recrutement Paris pour l’emploi (14 & 15 octobre)
A.M.I. compte en effet parmi les 450 entreprises, collectivités et associations qui seront représentées pour présenter ses activités et rencontrer des candidats désireux de prendre part à une mission humanitaire.
Vous pourrez rencontrer les chargées de recrutement d’A.M.I. ainsi que d’anciens expatriés au stand C102, de 9h00 à 18h00.
À noter : l’entrée au forum est libre et gratuite sans pré-inscription.
Accès :
Plus d’informations sur le Forum Paris pour l’emploi sur : www.parisemploi.org
La formation du personnel médical dans les camps de réfugiés birmans en Thaïlande : un défi permanent
Pouvez-vous nous décrire le contexte dans lequel Aide Médicale intervient ?
En Thaïlande, Aide Médicale Internationale intervient depuis plus de 20 ans pour soutenir les populations qui fuient la Birmanie, essentiellement des villageois des régions de minorités ethniques le long de la frontière birmano-thaïlandaise : Karens, Karennis, Kachin, Shan, Hmongs… Depuis quelques années, à cette population, viennent s’ajouter des Birmans d’autres régions, attirés par l’espoir de perspectives meilleures en Thaïlande, l’accès aux services essentiels assurés dans les camps, ou par la perspective de l’accueil dans un pays tiers (depuis 2005, dans le cadre d’une politique de migration, les États-Unis, mais aussi le Canada, l’Australie, le Japon et les pays scandinaves ont accueilli plus de 60 000 réfugiés des 9 camps situés en Thaïlande). Bien souvent donc, les camps de la frontière, et en particulier celui de Mae La (le plus grand de tous avec 45 000 personnes, où A.M.I. fournit des soins de santé primaires), sont devenus des lieux de transit pour ces populations vulnérables. Ainsi, à Mae La, nous avons calculé que tous les 2 ans, c’est un tiers de la population qui est renouvelé.
De nombreux défis sont posés par cette perméabilité, y compris l’éducation à la santé puisqu’il faut bien souvent réitérer les messages pour cibler les nouveaux arrivants. Des risques spécifiques pour la santé sont également posés puisque nous ne connaissons pas toujours le « statut sanitaire » des nouveaux venus. Nous ne savons pas, par exemple, quels vaccins ils ont reçus, et s’ils sont de fait vulnérables à des maladies transmissibles comme la rougeole. De plus, les allers et retours dans des zones endémiques de paludisme ou de dengue peuvent "importer" des épidémies dans les camps. Un des enjeux majeurs dans ce contexte de départs vers les pays d’accueil est le besoin constant de renouveler les personnels de santé. Ceux-ci sont en effet des candidats privilégiés au départ vers les pays d’accueil, du fait de leur bon niveau d’éducation, de leur connaissance de l’anglais et de leur qualification, autant de points positifs pour leur intégration. Ainsi, durant plusieurs mois en 2009-2010, de nombreux employés ont quitté les structures de santé gérées par A.M.I. dans les trois camps de la province de Tak (Mae La, Umpiem et Nupoe).
Quelles mesures ont pu être mises en place pour pallier ce départ de personnel qualifié ?
Pour pallier ces départs, il faut offrir des opportunités de formation adaptée pour reconstituer les ressources humaines nécessaires à la dispensation de soins de santé de qualité et maintenir le niveau de qualification du personnel plus ancien.
Ainsi, en 2008-2009 et 2009-2010, AMI a offert la possibilité à 50 jeunes femmes et hommes de suivre une formation initiale de 14 mois afin d’obtenir la qualification de "medics", une catégorie de personnel spécifique aux camps de la frontière, capable de dispenser des soins infirmiers ainsi que de poser un diagnostic et d’offrir un traitement pour les maladies les plus courantes. Nous avons aussi organisé en 2009 une session de formation de 5 mois pour 31 "infirmières", d’un niveau un peu supérieur à celui de nos aides-soignants, qui inclut une série de 13 procédures de soin (telles que les injections, le suivi de la croissance, la vaccination, les pansements, la nutrition, etc.). D’autres personnels reçoivent des formations initiales lorsque le besoin se présente, comme les techniciens de laboratoire : nous en avons formé 15 au début de l’année, parmi 63 candidats.
Au-delà des formations initiales, il faut aussi rafraîchir en permanence les connaissances et les compétences des personnels, grâce à un soutien continu offert par les référents médicaux ("on-job training") ou par l’organisation de sessions de recyclage. Ainsi, en 2010, nous avons créé un poste de responsable de la formation. Le Dr. Hla Hla Cho, qui était auparavant formatrice des "medics", a pu conduire une évaluation des besoins de formation des "medics", par le biais de questionnaires, sur le modèle de ce que nos équipes faisaient en Afghanistan. Avec l’aide de la coordinatrice médicale, nous avons ainsi établi une liste de 23 sujets à revoir en priorité, qui seront abordés de façon hebdomadaire par le Dr. Hla Hla Cho ou les autres référents médicaux au cours de l’année.
Pour revenir à la formation initiale des "medics", comment s’organise-t-elle ? Quelles sont les exigences en matière de qualification à l’issue de la formation ?
Nous suivons un curriculum de formation standard à A.M.I. en Thaïlande : 6 mois de formation dite théorique, 6 mois de formation pratique et 2 mois d’internat, l’objectif étant d’atteindre un niveau de connaissances et de compétences qui permette aux "medics" de mettre en application le manuel de soin de référence pour toute la frontière, le "Burmese Border Guideline – BBG".
Chaque promotion est formée par un formateur unique, birman, recruté à plein temps pour la durée de la formation. La formation théorique couvre les matières de base de la médecine : biologie, physiologie, anatomie, pathologies (signes, symptômes, traitement, éducation à la santé et prévention). Nous faisons intervenir des spécialistes pour certaines problématiques comme la santé mentale, ou le VIH/SIDA, les statistiques et l’épidémiologie. Les étudiants ont aussi la possibilité de suivre des cours d’anglais.
La formation pratique a lieu essentiellement dans les structures de santé gérées par A.M.I. et couvre les aspects de consultation avec le patient, incluant l’histoire médicale, l’examen, et l’éducation à la santé. Nous avons aussi des partenariats avec d’autres organismes médicaux, comme SMRU, qui dispense les soins de santé maternelle à Mae La, ou Handicap International. Ces deux structures accueillent ainsi des étudiants pour des périodes courtes en vue d’une "initiation" à d’autres types de soins.
La formation est validée par un système de contrôle continu et il faut obtenir 50% des « crédits » de formation pour pouvoir progresser d’une phase à l’autre. Cependant, il faut dire que nous offrons la possibilité à tous de se "rattraper". Il ne faut pas oublier que les gens que nous formons sont eux-mêmes des réfugiés, avec des conditions de vie et des histoires difficiles, et qu’ils n’étudient pas dans les meilleures conditions. De plus, du fait de leur appartenance à des minorités ethniques, l’accès à l’éducation était limitée en Birmanie, et le niveau initial est donc plutôt bas (équivalent fin de collège) au moment de l’accès à la formation.
Vous ne parlez que de Maela, est-ce que vous formez seulement des étudiants de ce camp ? N’y a-t-il pas de besoin dans les autres camps ?
Nous formons en effet indifféremment des étudiants des 3 camps de la province de Tak, mais pour des raisons pratiques, nous centralisons la formation dans le camp de Maela. Là, nous disposons d’un centre de formation avec 2 salles de cours, un dortoir, une salle commune, une cuisine et des sanitaires. C’est d’ailleurs un défi en soi car ça peut être compliqué d’obtenir des autorisations pour que les résidents d’un camp puissent voyager et être accueillis dans un autre camp. Mais c’est à Mae La que la structure de santé permet le meilleur apprentissage pratique, du fait du nombre important de patients (plus de 90 000 par an) en ambulatoire et en hospitalisation.
L’organisation pratique de la formation est une collaboration logistique entre A.M.I. (qui assure les transports, les locaux, les produits d’hygiène et verse une indemnité pour combler le manque à gagner pour ces étudiants qui ne peuvent pas travailler pendant la durée de la formation), TBBC (Thailand-Burma Border Consortium ), qui fournit un repas de base, et les comités de gestion des camps, qui financent un cuisinier pour les étudiants d’Umpiem et Nupoe en pension à Mae La.
Quelles sont les perspectives en matière de formation ? A.M.I. va-t-elle continuer à former dans ces camps ?
Tant que les départs continuent, A.M.I. doit pouvoir fournir du personnel de santé qualifié dans les structures placées sous sa responsabilité. Au-delà de ça, comme le souligne l’OMS (voir la déclaration de Dhaka relative au renforcement des personnels médicaux dans les pays du Sud-est asiatique et la résolution SEA/RC 59/R6) c’est toute la capacité des communautés à prendre en charge leur santé de façon autonome qui est mise à mal par le manque de ressources humaines qualifiée. Nous avons donc déposé un projet à la Commission Européenne en Juillet 2010 qui inclut un nouveau cycle de formation pour des "medics".
Cependant, il faut noter que de nombreux enjeux sont liés à l’organisation de ces formations, en particulier celle des "medics". Nous cherchons à en améliorer la durabilité, grâce à une reconnaissance du certificat que nous délivrons, que ce soit dans un pays d’accueil, en présentant brièvement le contenu de la formation et en permettant de consulter le site Internet d’AMI, ou en Thaïlande. C’est le plus difficile, pour des raisons politiques, et nous travaillons au niveau national avec le Comité de Coordination pour les Services aux Personnes Déplacées en Thaïlande (CCSDPT – on compte, parmi les membres du CCSDPT, les organisations médicales intervenant le long de la frontière :Maltheser International, ARC, IRC, etc.) afin de standardiser le contenu de la formation et explorer les possibilités d’obtenir une reconnaissance du diplôme de la part des autorités thaïlandaises. Une consultance commanditée par le CCSDPT est d’ailleurs en cours afin de proposer des modules de formation standard adaptés au BBG. Dans le cadre d’une intégration possible en Thaïlande, les étudiants devront aussi apprendre le Thaï, ce que nous devrions bientôt proposer.
L’activité de formation menée par A.M.I. n’est-elle pas un éternel recommencement ?
C’est vrai que cela peut être frustrant de former des étudiants pendant 5 ou 14 mois et de les voir partir dans les mois qui suivent, parce qu’ils sont accueillis dans un pays tiers, ou parce qu’ils ont décidé de retourner en Birmanie. Ce qui importe cependant est que cette formation leur soit utile et soit utile aux autres, où qu’ils soient. De plus, c’est pour eux une des rares occasions qu’ils ont d’obtenir un diplôme. Nous avons aussi vu du personnel qui a progressé en interne grâce aux formations : une infirmière par exemple qui devient "medic". Ceux-ci représentent un espoir pour toute leur communauté. C’est grâce à eux qu’il est possible de dispenser des soins de qualité de façon continue dans les camps.
Pays du Sud : il est urgent d’investir dans les personnels de santé
Dix ans après leur lancement, cinq ans avant leur échéance, les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) feront l’objet d’une évaluation exhaustive par l’Assemblée générale des Nations unies réunie à New York à partir du 20 septembre 2010. Ces OMD visent à réduire la pauvreté dans le monde, promouvoir l’éducation, favoriser l’égalité des sexes, réduire les mortalités maternelle et infantile, combattre le VIH/SIDA et les autres maladies. Les objectifs relatifs à la santé accusent un retard considérable, notamment ceux qui concernent la santé maternelle et infantile.
L’Afrique subsaharienne affiche des taux de mortalité maternelle scandaleux, avec près de 1 décès pour 100 grossesses, cent fois plus élevé que dans les pays riches. L’absence de soins représente la première cause du décès en couches ou dans les jours qui suivent l’accouchement.
C’est pourquoi en tant que médecins, pour la plupart impliqués dans des programmes de santé à international, nous lançons un appel d’urgence à tous les décideurs et financeurs : cessons de considérer les ressources humaines en santé comme un simple fardeau pour les dépenses publiques. La santé est avant tout un droit humain fondamental et tout investissement aujourd’hui est profitable pour l’avenir. La santé reste l’un des principaux piliers du développement humain.
Pour l’Organisation mondiale de la santé (OMS), il manque aujourd’hui en Afrique subsaharienne un million de médecins, sages-femmes et infirmiers exerçant auprès des populations les plus défavorisées.
Paradoxalement, dans de nombreuses capitales africaines, de jeunes professionnels de santé qualifiés restent des années sans affectation, conséquence des politiques de restriction budgétaire mises en place dans les années 1980 pour geler les recrutements des personnels de santé dans la fonction publique.
Nous pensons qu’il est possible, par une délégation des tâches bien préparée et accompagnée, de mieux répartir la charge de travail entre médecins et paramédicaux, par exemple en facilitant la prescription, directement par les sages-femmes, du traitement antirétroviral pour les femmes enceintes vivant avec le VIH. Mais dans les zones rurales les plus isolées, les premières affectées par la pénurie de personnel médical, on observe plutôt un "glissement" des tâches qui met en danger la sécurité des patients : dans de nombreuses structures de santé, en l’absence de médecins en poste, les soins médicaux sont confiés à des infirmiers, et les soins infirmiers à des aides-soignants insuffisamment encadrés.
Les conditions de travail des personnels de santé sont très précaires et leurs salaires demeurent dérisoires dans le secteur public. Une rémunération mensuelle d’à peine 200 euros pour un jeune médecin du Sahel ne peut refreiner légitimement sa tentation de se diriger vers la pratique privée ou vers un emploi sous-qualifié à l’étranger. De telles conditions expliquent que la désertification médicale ne cesse de progresser dans les pays les plus pauvres.
UN CODE ETHIQUE INTERNATIONAL
La réponse internationale, aujourd’hui, se focalise sur la formation de plus d’agents de santé dans le Sud et sur les moyens de limiter les migrations des personnels soignants au Nord. L’OMS a adopté en mai dernier un code éthique international de recrutement des professionnels de santé. Ces actions indispensables restent insuffisantes. Des mesures de fidélisation du personnel médical et paramédical dans les pays en développement sont nécessaires et doivent inclure : une augmentation des titularisations dans le secteur public, une amélioration décente des salaires des personnels de santé du secteur public, des processus de partenariat et d’accompagnement permettant l’installation pérenne de médecins en première ligne, des incitations financières spécifiques à exercer en zone isolée, une formation continue de qualité sur le lieu d’exercice, une valorisation des carrières des professionnels de santé, un équipement des centres de santé adapté.
Professionnels de santé, nous appelons à la mobilisation de tous – des bailleurs internationaux comme des gouvernements des pays du Sud et du Nord : investir dans les personnels de santé est une urgence de santé publique et doit constituer une des priorités de l’aide internationale en santé.
Philippe Augoyard, président d’Aide médicale internationale ; Etienne-Emile Baulieu, président du Conseil scientifique d’Equilibre et populations, professeur honoraire au Collège de France ; Olivier Bernard, président de Médecins du monde ; Awa-Marie Coll-Seck, directrice Executive du Partenariat mondial contre le paludisme, ancien ministre (Sénégal) ; Bintou Dembele, directrice d’ARCAD-Sida (Mali) ; Dapa A. Diallo, directeur général du Centre de recherche et de lutte contre la drépanocytose (Mali) ; Ogobara Doumbo, directeur du centre de recherche et de formation sur le paludisme (Mali) ; Youssoufou Joseph Drabo, président des Réseaux africains de formations (Burkina Faso) ; Xavier Emmanuelli, président fondateur du Samu social international, ancien secrétaire d’Etat ; Guy Farnarier, président de Santé sud ; Carine Favier, présidente du Mouvement français pour le planning familial ; Antoine Flahault, professeur de santé publique ; Marc Gentilini, président honoraire de l’Académie de médecine ; Jean-François Girard, conseiller d’Etat, président de Sorbonne paris cité ; Pierre-Marie Girard, directeur de l’Institut de médecine et d’épidémiologie appliquée (IMEA) ; Lamine Gueye, directeur de l’UFR des sciences de la santé de l’Université Gaston Berger de Saint-Louis ; Daniel Henrys, ancien ministre de la santé (Haïti) ; Hakima Himmich, présidente de l’Association de lutte contre le sida (ALCS) (Maroc) ; Christine Katlama, présidente de Solthis ; Michel Kazatchkine, directeur du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme ; Dominique Kerouedan, expert indépendant en santé internationale, maître de conférences à Sciences Po ; Charles Kouanfack, chef de service de l’hôpital de jour à l’hôpital central de Yaoundé (Cameroun) ; Jean-François Mattei, président de la Croix rouge française, ancien ministre ; Denis Mukwege, directeur de l’hôpital de Panzi de Bukavu (RDC) ; Thérèse N’Dri Yoman, doyen honoraire de l’UFR des sciences médicales d’Abidjan, présidente d’Aconda-VS-CI (Côte d’Ivoire) ; Karamoko Nimaga, président de l’Association des médecins de campagne (AMC) (Mali) ; Maminirina Jean-Michel Rabenoavy, président de l’Association des médecins de campagne (AMC-Mad) (Madagascar) ; Willy Rozenbaum, président du Conseil national du sida ; Roger Salamon, directeur honoraire de l’Institut de santé publique, d’épidémiologie et de développement (ISPED).
Aide Médicale Internationale se dote d’un conseil scientifique
Avec pour objectif d’améliorer toujours la qualité de ses interventions, l’association entend renforcer ses capacités sur de nombreux volets comme la capitalisation et l’innovation, l’évaluation de projets ou les réponses transversales aux questionnements essentiels que sont la pérennité, le recouvrement des coûts, le désengagement, la formation de formateur, l’éducation à la santé, le développement communautaire, etc.
Pour toutes ces contributions à l’activité de l’association, le conseil scientifique aura un rôle consultatif : évaluant et interrogeant les pratiques en cours, ses membres formuleront des avis et recommandations sur un volet d’activité, un programme dans son ensemble ou des priorités à initier. Il pourra aussi soutenir la formation des personnels du siège et des missions.
Les thèmes d’étude seront identifiés par le siège et les terrains, ou suggérés par le conseil d’administration. Le conseil scientifique pourra également proposer un thème, avec l’accord du responsable médical. Pour certaines questions ponctuelles, le conseil scientifique pourra faire appel à des contributions extérieures, tout en gardant la maîtrise et la responsabilité du thème de recherche.
Le conseil scientifique sera constitué de professionnels expérimentés engagés sur différents champs d’étude ou d’action : pédiatrie, épidémiologie, santé publique, nutrition, VIH/Sida, tuberculose, santé mentale (liste non exhaustive). Le conseil scientifique comprendra en son sein une équipe restreinte de coordination, composée d’un secrétaire et de plusieurs animateurs, et reliée directement au responsable médical. Cette équipe restreinte aura notamment pour mission de coordonner, solliciter et animer le conseil scientifique.
La participation au conseil scientifique sera bénévole. Seules pourront être rémunérées des missions ponctuelles. Les membres du conseil scientifique privilégieront un engagement pérenne, afin de contribuer à la réflexion d’A.M.I. sur un temps long.
Les personnes souhaitant soumettre leur candidature pour participer à ce conseil scientifique doivent adresser un courrier et un curriculum vitae à responsable.med@amifrance.org avant le vendredi 22 octobre 2010. Les candidatures seront examinées par le Dr Hani Fares, responsable médical d’A.M.I., et le conseil d’administration de l’association.
Le conseil scientifique d’Aide Médicale Internationale sera constitué à la fin du mois d’octobre 2010.
Campagne non assistance à mère en danger : mobilisation le 18 septembre prochain
Durant ce sommet, qui se tiendra à New York du 20 au 22 septembre, d’importantes décisions vont être prises pour atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement. Après des mois de mobilisation, les membres de la campagne "Non-assistance à mère en danger" convient le public à une flashmob le 18 septembre prochain dans plusieurs villes en France. À Paris, cette mobilisation sera organisée le 18 septembre aux fontaines du Trocadéro (RDV à 13h30), en partenariat avec la coalition Action Mondiale contre la Pauvreté (AMCP) et la campagne du Millénaire des Nations unies.
Un rappel : le risque pour une mère de mourir de complications liées à la grossesse est 250 fois plus élevé dans les pays en développement que dans les pays développés.
Plus d’informations sur : www.santepourtoutes.org/accueil
Et sur : www.santepourtoutes.org/agenda/43-18-septembre-flashmob-avant-le-sommet-de-nations-unies
Face à la stagnation de l’aide financière, des ONG mettent en garde contre une crise sanitaire grave au Pakistan
La forte augmentation des maladies en moins de trois semaines témoigne de la nécessité d’augmenter l’aide financière.
A la veille de la réunion des ministres des affaires étrangères à Bruxelles le 10 septembre 2010, Oxfam France, ACTED, CARE France, Handicap International, Première Urgence et Aide Médicale Internationale alertent sur le fait qu’une importante crise de santé publique pèse aujourd’hui sur le Pakistan, frappé par des inondations destructrices depuis plus d’un mois et demandent à la France d’augmenter le montant de ses contributions.
Ces organisations soulignent que les financements ont stagné ces dernières semaines, alors que le nombre de malades, de personnes déplacées et de personnes affectées par les inondations continue d’augmenter chaque jour.
L’appel initial de l’ONU lancé pour pallier les besoins immédiats des six millions de Pakistanais a été financé à hauteur de 67 %, avec une augmentation de seulement 10 % ces deux dernières semaines. Au cours de cette même période, le nombre de cas de diarrhée aiguë, de maladies de peau, d’infections respiratoires graves et de potentielles infections au paludisme ont tous triplé.
Les maladies de peau sont passées de 260 000 à 860 000 cas, la diarrhée aiguë de 200 000 à 610 000 cas et les infections respiratoires graves de 200 000 à 670 000 cas.
L’appel de l’ONU a été préparé dans l’urgence, au début de la catastrophe et ne reflète plus les besoins actuels. Depuis qu’il a été lancé, le nombre de personnes touchées par les inondations est passé de 14 à 21 millions, dont dix millions de déplacés et huit millions de Pakistanais nécessitant une aide immédiate, les eaux ayant atteint le Sud et inondé une grande partie des provinces du Pendjab et de Sindh.
Les organisations présentes sur place soulignent que les deux secteurs les plus importants pour la prévention des maladies et les soins sont les moins financés. Le secteur de l’eau et de l’hygiène n’a été financé qu’à hauteur de 30 %, et celui de la santé à hauteur de 50 %. Rien que la semaine dernière, le nombre de personnes touchées par les inondations a augmenté de trois millions, alors que les taux de financements sont restés inchangés.
Jusqu’à présent, seulement 2,5 millions de personnes ont été approvisionnées en eau potable, indispensable pour empêcher la propagation de la maladie. Le manque de financement empêche les organisations de poursuivre leur travail sur place. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) avertit que si la population affectée n’a pas un accès immédiat en eau potable et a du matériel d’hygiène, plus de six millions de nouveaux cas de diarrhée aiguë peuvent apparaitre dans des régions touchées par les inondations.
L’appel de l’ONU doit être actualisé la semaine prochaine. L’appel initial est susceptible d’être triplé, ce qui le porterait à 459.7 millions de dollars.
Les ministres européens doivent discuter de la crise au Pakistan lors d’une réunion, le 10 septembre à Bruxelles. Bien que quelques pays donateurs européens aient été généreux, d’autres sont en retard. Le Royaume Uni a répondu à l’appel initial en versant une aide de plus de 50 millions d’euros, et l’Allemagne 15 millions d’euros. Aucun autre pays européen ne dépasse les 10 millions d’euros et la France a quant à elle versé moins de deux millions d’euros.
Neva Khan, représentante d’Oxfam au Pakistan, explique : « Même en comptabilisant les engagements pris en dehors de l’appel de l’ONU, l’argent de l’aide ne représente que 40 dollars par personne sinistrée. En revanche, après le tremblement de terre qui a touché le Cachemire en 2005, les promesses de dons s’élevaient à 570 dollars par personne sinistrée le premier mois. »

Notes aux rédactions :
1. Les statistiques initiales pour le financement et la maladie sont respectivement issues du ‘WASH Cluster Bulletin’ du 21août 2010 et du ‘Financial Tracking System de l’OCHA’ du 9 septembre 2010. Ce communiqué compare les chiffres initiaux à ceux rapportés par les mêmes sources deux semaines et demie après, le 6 septembre.
2. Les dernières évaluations indiquent que sur les 21 millions de personnes affectées par les inondations, 8 millions ont besoin d’une aide humanitaire. Plus de 1,8 millions de maisons ont été détruites. Le nombre officiel de morts a atteint les 1 752 personnes. Plus de 3,4 millions d’hectares de récoltes ont été perdus.
3. Oxfam et ses partenaires interviennent dans trois provinces du Pakistan - Khyber Pakhtoonkkhwa (autrefois NWFP), Sindh et Pendjab. Oxfam fournit de l’eau potable, de la nourriture et des kits d’hygiène à environ 600 000 personnes. Nous prévoyons d’augmenter notre aide pour atteindre les 1,1 million de personnes.
ACTED est présente dans les provinces du Khyber Pakhtoonkkhwa (KPK) et Punjab (DG Khan et Minwali principalement) et couvre les besoins immédiats en eau potable et nourriture d’environ 128 000 personnes. ACTED a déjà lancé de vastes campagnes de nettoyage de débris, employant plus de 10 000 personnes, qui sont graduellement étendues. Nous prévoyons de distribuer des kits ménagers, d’abris et d’hygiène dans ces deux provinces à environ 50 000 personnes, avec qui seront construits des abris transitionnels.
CARE et ses partenaires sont opérationnels dans les provinces du Khyber Pakhtunkhwa (KP), du Punjab et du Sindh. La première phase d’intervention a permis d’atteindre plus de 90 000 personnes à travers le déploiement de cliniques mobiles et de centre de santé temporaires, la mise en place de session de formation à l’hygiène et à la santé . De plus CARE a distribué des abris, des biens de première nécessité, des sachets de purifications d’eau et gère 12 camps dans le Sindh. CARE prévoit de venir en aide à 300 000 personnes sur 18 mois.
Présente auprès des réfugiés dès les premières inondations, Handicap International, qui s’appuie désormais sur une équipe d’urgence de 300 personnes dont 10 expatriés, a déjà apporté une aide significative à plus de 100 000 personnes (distribution de kits d’urgence, accès à l’eau potable, développement d’un projet de nettoyage impliquant les populations locales). Elle déploie depuis quelques jours ses équipes également dans le Sind (au sud du pays), pour assurer la distribution de l’eau potable aux sinistrés.
Première Urgence et ses partenaires sont présents dans la province du Sindh. La première phase d’intervention permet à 30 000 personnes déplacées et vivant dans les camps de la cité de Larkana d’avoir accès à une eau potable grâce à la mise en place d’une station d’épuration d’eau. Afin d’assurer le suivi du fonctionnement de cette station, les volontaires d’une ONG locale ont été formés par notre partenaire Veolia. En outre, dans les prochains jours, des jerrycans seront distribués à 600 familles présentes dans le camp. Première Urgence prévoit de mettre en œuvre un projet d’ampleur pour améliorer la qualité de l’eau et des conditions de vie de 50 000 déplacés sur l’ensemble du district dans le domaine de l’hygiène et de l’assainissement.
Aide Médicale Internationale a mené du 16 août au 2 septembre une mission d’évaluation dans la province du Sindh et prévoit d’apporter une aide médicale d’Urgence et de reconstruction dans les districts de Sukkur et de Larkana pour répondre aux besoins des sinistrés
4. Valerie Amos, sous-secrétaire générale des Nations unies pour les affaires humanitaires et coordinatrice de l’aide d’urgence est actuellement au Pakistan. Elle a visité des régions affectées dans la province de Khyber Pakhtunkhwa (KPK) et Sindh.
5. Les chiffres des dons des pays européens en réponse aux inondations sont énumérés ci-dessous. Source : Financial Tracking Service (9 septembre 2010). Le tableau montre l’ensemble des engagements humanitaires compris ou non dans l’appel de l’ONU. Les chiffres couvrent les sommes engagées et n’incluent pas les promesses.
Suède : € 13,307,201 / Danemark : € 9,152,117 / Luxembourg : € 834,906 / Finlande : € 4,471,592 / Royaume-Uni : € 50,219,041 / Pays-Bas : € 9,012,707 / Irlande : € 1,840,795 / Belgique : € 2,185,175 / Espagne : € 5,524,852 / Allemagne : € 14,728,102 / Italie : € 3,324,751 / France : € 1,902,387
Contacts presse
- Oxfam France : Magali Rubino : mrubino@oxfamfrance.org / 01 56 98 24 45 / 06 30 46 66 04
- ACTED : Adrien Tomarchio / Responsable communication et développement / adrien.tomarchio@acted.org / 01 42 65 33 33
- CARE France : Fabienne Pouyadou / pouyadou@carefrance.org / 01 53 19 89 89
- Handicap International : Sylvain Ogier / 04 72 76 12 64
- Première Urgence : Constance Martin / 00 33 1 55 66 99 66 / cmartin@premiere-urgence.org
- AMI : Frédéric Mar / communication@amifrance.org / : 33 (0)1 41 50 59 90
Haïti : implantation du programme de soins obstétricaux gratuits dans les réseaux communautaires
Diplômée de l’IEP de Toulouse, Sophie s’est spécialisée en ingénierie des services urbains en réseaux dans les pays en développement à l’IEP de Rennes. Elle a effectué un stage au Mexique sur un programme « eau et assainissement », puis s’est rendue à Douala (Cameroun) pendant deux ans et demi sur un projet du même type avec la GTZ (coopération allemande). En février 2010, elle a rejoint les équipes d’A.M.I. comme responsable du développement communautaire pendant quatre mois en Haïti.Sur quel programme avez-vous travaillé et quel était l’objectif de votre mission ?
Je suis intervenue dans la phase de démarrage du programme de soins obstétricaux gratuits mis en place par A.M.I. à Martissant, un bidonville de Port-au-Prince. Accompagnant la politique de santé publique du gouvernement haïtien (accès à des soins gratuits et de qualité pour tous), les équipes d’A.M.I. ont construit une clinique obstétricale qui est opérationnelle depuis fin juillet.
Mon rôle était d’élaborer une stratégie d’implantation de ce programme dans les réseaux communautaires. Afin de favoriser la compréhension et l’adhésion des populations à ce projet, A.M.I. privilégie l’approche participative et concertée en associant étroitement les populations locales dans la conception et la gestion de ses activités. J’ai donc formé des « habitants relais » ou « animateurs communautaires » qui seront parties prenantes dans la diffusion des messages de sensibilisation, de prévention et d’éducation à la santé et à l’hygiène ainsi que d’autres pratiques de mobilisation sociale (concertation, approche participative, etc.).
Quelles ont été les différentes étapes de mise en place de cette stratégie de développement communautaire ?
J’ai d’abord cherché à mieux comprendre le quartier de Martissant, son identité et le fonctionnement de son système de santé. Pour cela, j’ai fait de nombreuses recherches bibliographiques avant d’aller à la rencontre d’acteurs locaux associatifs, communautaires et publics.
J’ai ensuite formé des animateurs communautaires à l’élaboration d’études CAP (connaissances, attitudes, pratiques). Cet instrument participatif de planification et d’évaluation stratégiques permettra d’analyser les pratiques en santé materno-infantile, de construire une base de données des bénéficiaires visés et d’identifier les priorités en termes de sensibilisation et de prévention. Le fait que ces enquêtes soient réalisées par les équipes haïtiennes nous assure une plus grande fiabilité des résultats. Elles seront chargées d’interroger les femmes de leur quartier sur divers thèmes comme les pratiques d’allaitement, l’hygiène, la santé, la nutrition, etc.
Une autre étape importante de ma mission était d’établir des partenariats solides avec les structures de santé existantes, les agents de santé locaux et les autres acteurs humanitaires présents sur la zone. Avant mon départ, j’ai organisé une réunion avec les 17 ONG présentes à Martissant et ses alentours. L’objectif était d’établir des contacts, d’en savoir davantage sur l’organisation de chacun et de voir par quels moyens nous pourrions améliorer la coordination de nos actions et organiser notre travail en complémentarité. J’ai également identifié les réseaux d’accoucheuses avec lesquels nous seront amenés à collaborer.
Avez-vous amorcé le travail d’information sur l’ouverture de la clinique ?
Le 9 mai dernier, une réunion a eu lieu avec 65 notables - considérés comme les « sages », les conseillers des quartiers - et les élus locaux. Celle-ci a permis d’amorcer le travail de diffusion de l’information sur l’ouverture de la clinique. Beaucoup de questions ont été posées sur A.M.I., son positionnement, ses projets et plus particulièrement sur son programme de soins obstétricaux gratuits. Ils se sont montrés très réceptifs. Cela étant, nous préférons attendre que la clinique obstétricale soit en mesure d’accueillir les patients avant de relayer l’information auprès des associations de quartier et des populations concernées.
Les travaux de construction de la clinique obstétricale sont terminés. Un médecin obstétricien est parti sur la mission début d’août pour assurer le recrutement et la formation du personnel local. Sophie a rejoint la mission pour deux mois supplémentaires dès le 10 août dernier afin de mettre en pratique la stratégie qu’elle a élaborée durant ces quatre premiers mois.
Inondations au Pakistan : Aide Médicale Internationale réalise une mission d’évaluation auprès des sinistrés
Afin de mieux connaître les besoins sanitaires dans la province du Sindh, une équipe d’A.M.I. part pour le Pakistan à compter d’aujourd’hui.
L’évaluation des besoins des sinistrés, conduite par le responsable du développement opérationnel, le référent médical du siège et un coordinateur logistique, a pour objectif de mesurer les risques épidémiques (choléra notamment), les besoins en vaccination et soins de santé primaires ainsi que la possibilité de mettre en œuvre des cliniques mobiles et des infrastructures d’eau et d’assainissement.
Une équipe d’évaluation de l’ONG Première Urgence (PU) a rejoint l’équipe A.M.I. le 27 août. L’objectif des deux organisations est de préparer une réponse intégrée aux besoins des populations dans les districts de Sukkur et Larkana (A.M.I. mettant en œuvre des programmes sanitaires, PU assurant des distributions de produits alimentaires, couvertures, tentes et kits d’hygiène).
Le Rapport annuel 2009 d’Aide Médicale Internationale accessible en ligne
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Yémen : promouvoir la santé, construire le développement
Dans la péninsule arabique, le Yémen est un pays marqué par une très grande pauvreté. Son économie est directement affectée par la baisse continue de sa production de pétrole depuis des années, alors que sa production agricole ne permet pas au pays d’assurer son autosuffisance alimentaire. Le Yémen accuse un important retard en terme de développement humain par rapport au reste de la péninsule. Selon le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), 47 % de la population vit sous le seuil de pauvreté (2 $ par jour), 34 % de la population n’a pas accès à l’eau potable, tandis que l’illettrisme touche 41 % de la population âgée de plus de 15 ans. Les maladies contagieuses et la malnutrition constituent les premières causes de mortalité et de morbidité, particulièrement dans les zones rurales qui concentrent près de 70 % de la population.Alternant activités cliniques en France et missions humanitaires en tant que médecin, Valentine Grangeon, référent médical de retour de sa mission au Yémen, explique comment Aide Médicale Internationale participe à la promotion des soins de santé primaires (SSP) dans le gouvernorat d’Hodeïdah.
Au cours de ses études de médecine généraliste à Grenoble, Valentine participe à une première mission humanitaire en partant soutenir un projet local d’assistance aux camps de réfugiés tibétains situés aux marges nord de l’Inde. Par la suite, elle parvient à développer une expérience clinique de plusieurs mois au sein d’un cabinet médical et d’une structure hospitalière. La mission humanitaire qu’elle mène six mois durant au Libéria en tant que référent médical lui permet ensuite de consolider sa connaissance des programmes de SSP. Elle confirme cette orientation en suivant une spécialisation en médecine tropicale et santé publique internationale à l’Institut de Médecine Tropicale (IMT) d’Anvers et a alors l’opportunité de mettre à profit ses compétences nouvellement acquises dans un contexte de développement en prenant part à la mission d’A.M.I. au Yémen. Dans le gouvernorat d’Hodeïdah, situé sur les rives de la mer Rouge, l’association travaille depuis plusieurs années à améliorer la prise en charge des SSP, de la santé materno-infantile et de la malnutrition.
Valentine a été chargée, dans le cadre de sa mission d’un an, de la supervision du programme de soins de santé primaires. Celui-ci repose sur trois équipes mobiles, comprenant chacune un médecin et une sage-femme locaux, accompagnés parfois d’une technicienne de laboratoire. Les équipes mobiles assurent des consultations hebdomadaires dans treize centres de santé, les activités curatives étant dévolues aux médecins, tandis que les sages-femmes assurent les activités préventives. Valentine note que « la persistance de traditions locales fortes oblige à veiller à une nette séparation des hommes et des femmes dans le cadre des activités et des consultations médicales. C’est la raison pour lesquelles seules des femmes sont habilitées à examiner les femmes yéménites, à réaliser les consultations gynécologiques, de même que la prévention et le traitement des maladies sexuellement transmissibles. Ces affections restent d’ailleurs largement ignorées et passées sous silence au Yémen, ce qui nécessite d’user de patience et de discrétion plus importantes encore concernant ces sujets sensibles. » La technicienne de laboratoire vient en soutien à sept Health Centers, couvrant une zone de 15 000 habitants.
La supervision des structures de santé locales par les personnels yéménites d’A.M.I. passe par le suivi des consultations, l’étude des procédures et la formation continue, afin d’améliorer leurs capacités de diagnostic et de prescription d’un traitement adapté. Valentine souligne que « ce travail de formation prépondérant a pu être progressivement renforcé par la constitution d’un ouvrage de référence répertoriant avec précision les procédures à appliquer en cas de maladie. Ce recueil couvre des sujets aussi larges et essentiels que la définition de la maladie, l’observation des signes cliniques, l’observation des signes biologiques, la gestion des équipes médicales, la mise en place des traitements curatifs et enfin les mesures de prévention à mettre en œuvre pour réduire la fréquence des maladies ». Étant donné le développement relativement récent des activités d’A.M.I. au Yémen, le travail de référent médical englobe aussi de nombreuses composantes comme les relations avec les autorités sanitaires locales, la mise en œuvre et le suivi des programmes, ainsi que la coopération éventuelle avec d’autres organisations humanitaires. »
« Le Yémen reste un pays largement isolé et ignoré sur le plan humanitaire, dominé par la pauvreté et l’insalubrité, fait remarquer Valentine. Ces difficultés structurelles impliquent de se donner suffisamment de temps pour la formation, l’assimilation et l’appropriation des outils par le personnel local. En dépit de capacités de développement économique limitées, la population parvient à s’investir dans des programmes de prévention et de supervision exigeants. En ce sens, les sages-femmes avec lesquelles j’ai été amenée à travailler ont largement démontré leurs capacités d’initiative et d’autonomie dans le cadre de leurs activités, alors qu’une partie importante de mon temps a été consacré à l’encadrement des médecins généralistes. » Valentine s’est efforcée d’instaurer un climat de confiance avec ses équipes, en leur garantissant notamment une autonomie importante dans le cadre de leurs activités de supervision, après qu’elle ait élaboré les formations. Cette expérience au sein d’A.M.I. l’a convaincue de l’importance « d’élargir la gamme des soins dispensés à la population et de contribuer ainsi au développement de la société yéménite ».
Haïti : un engagement de long terme auprès de la population
Le tremblement de terre qui a frappé Port-au-Prince et ses environs le 12 janvier dernier est venu ajouter son lot de malheurs et de destructions à un pays marqué pas des années d’instabilité chronique et de faillite économique. Avant le séisme, la majorité de la population haïtienne vivait déjà sous le seuil international de pauvreté, tandis que la fragilité de son système de santé se traduisait par des taux de mortalité infantile (54 décès pour 1 000 naissances, en 2008) et maternelle (670 décès pour 100 000 naissances, en 2005) les plus élevés de l’hémisphère nord. Selon la Mission des Nations unies en Haïti (MINUSTAH), le cataclysme qui s’est abattu sur l’île aurait entraîné la mort de près de 300 000 personnes, auxquels viendraient s’ajouter plus de 300 000 blessés et 1,3 million de sans-abri. Plusieurs mois après, pays donateurs et organisations humanitaires s’efforcent d’aider le gouvernement haïtien et sa population à rétablir les fondements socio-économiques du pays.Médecin urgentiste d’origine camerounaise spécialisé dans la santé reproductive, Aurélien Pekezou revient sur sa mission en Haïti, entamée peu avant le tremblement de terre du 12 janvier. Aurélien a suivi des études de médecine à l’université de Kinshasa en République démocratique du Congo (RDC), où il a développé « une sensibilité aux enjeux de l’action humanitaire eu égard à la situation intérieure du pays ». Il est ensuite retourné au Cameroun réaliser des consultations comme médecin de campagne pendant quatre ans. Fort de plusieurs années de pratique clinique, il poursuit sa formation académique en suivant un Master en urgence et soins essentiels hospitaliers en Italie, puis des études de troisième cycle en santé reproductive en Suisse. Il réalise sa première mission humanitaire avec Aide Médicale Internationale en République centrafricaine (RCA), pendant laquelle il participe au programme de soins obstétricaux d’urgence et à la réhabilitation d’un centre chirurgical dans la sous-préfecture des Mbrés. Par la suite, il repart avec A.M.I. en tant que référent médical sur la mission en Haïti, où l’association est présente depuis de nombreuses années auprès des enfants et jeunes des rues (EJDR) de Port-au-Prince. Chargé de la mise en oeuvre du nouveau programme de soins obstétricaux gratuits (SOG) initié à la fin de l’année 2009, Aurélien arrive sur le terrain quatre jours avant le séisme. En raison des bouleversements consécutifs à cet événement, le programme SOG ne démarrera pas à la date prévue.
En effet, à la suite au tremblement de terre, Aurélien est directement confronté à la destruction des locaux d’A.M.I. et à l’émergence de besoins médicaux immenses avec les centaines de milliers de victimes et de blessés de la capitale haïtienne et des environs. Il réalise dans l’urgence, à l’ambassade de France, des consultations médicales et des pansements permettant de soigner les blessures légères d’une centaine de sinistrés. Il participe ensuite à la mission de primo-urgence mise en place dès les premiers jours par A.M.I., avec le concours de l’anesthésiste, Didier Peillon, et du chirurgien et ancien président de l’association, Jacques Bérès. « Pendant plusieurs jours, précise-t-il, nous avons réalisé de nombreuses interventions chirurgicales à l’hôpital Lambert de Pétionvile, dans la périphérie de Port-au-Prince. J’ai été chargé d’accueillir et de trier les patients en fonction de la gravité de leurs blessures et des soins qui pouvaient leur être prodigués, de référencer certains patients en urgence, de venir en soutien aux anesthésistes et de prendre directement en charge des soins légers en réalisant une anesthésie locale. Près de quatre cents patients ont été examinés, une centaine ont été anesthésiés pour être ensuite opérés. »
Afin d’inscrire son action dans le temps, A.M.I. participe rapidement au rétablissement du système de prise en charge des soins de santé défini par le ministère haïtien de la Santé publique et de la Population (MSPP). Celui-ci se décline en trois échelons, partant des cliniques mobiles de proximité aux cliniques fixes jusqu’aux centres hospitaliers. « Deux cliniques mobiles de l’association se sont mises à sillonner les zones de Martissant et de Fontamara 29, afin d’assurer la prise en charge des soins de santé primaires (SSP) et le suivi des patients qui avaient subi des interventions chirurgicales, raconte Aurélien. Le nombre des cliniques mobiles a été progressivement porté à quatre unités, couvrant de nouveaux sites de regroupement spontané de populations et s’efforçant d’assurer un suivi plus régulier des personnes examinées. » Après une intervention dans un cadre particulièrement difficile, tant sur le plan physique que psychologique, Aurélien profite d’une période de repos au Cameroun après avoir travaillé sans relâche pendant un mois. Celle-ci est l’occasion pour lui de prendre du recul par rapport à la situation humanitaire encore fragile en Haïti, de réfléchir au sens de son engagement et de se ressourcer en prévision d’un retour sur la mission. « Il était évident pour moi de retourner en Haïti après cette période de repos, souligne-t-il, afin de poursuivre les programmes dont j’avais contribué à poser les bases, et de continuer à venir en aide aux sinistrés. »
Deux mois après le séisme, les activités d’A.M.I. sont redéployées et l’association peut de nouveau projeter ses programmes dans l’avenir. Aurélien reprend en main le programme SOG laissé en suspens. « Le processus de développement du programme de santé a suivi un parcours précis, tient à préciser Aurélien. Dans un premier temps, il s’agit d’identifier un local ou un bâtiment permettant d’accueillir les activités, qui soit suffisamment proche de la population ciblée tout en étant accessible depuis l’extérieur de cette zone vallonnée, notamment pour des questions de référencement d’urgence vers des centres hospitaliers. Parallèlement, il faut préparer les protocoles et fiches de poste pour le recrutement du personnel de la clinique, ainsi que les outils de collecte d’informations et de diagnostics. Dans un deuxième temps, la réhabilitation des locaux est menée conformément au parcours du patient dans le cadre de ses visites ou de ses consultations. Il convient de s’assurer notamment de la présence de portes et couloirs suffisamment larges pour faciliter la circulation des personnes et du matériel, d’accès à l’eau, de systèmes d’évacuation des déchets et d’un incinérateur pour garantir des normes d’hygiène satisfaisantes pour la réalisation d’activités médicales et obstétriques. Dans un troisième temps et lorsque l’état d’avancement du programme est arrivé à hauteur de 40 à 50 %, la population peut commencer à être sensibilisée à l’installation d’un centre de soins dans leur zone d’habitation, par l’intermédiaire des réseaux de travailleurs et d’animateurs communautaires. En conséquence, le recrutement local est lancé. Enfin, en préalable à l’ouverture des activités, le personnel local est formé aux procédures d’intervention et d’organisation des activités propres à A.M.I., au travers d’ateliers interactifs et de simulations de cas cliniques. Toutes ces activités sont menées dans le respect des normes et procédures validées par le MSPP »
En plus de contribuer à l’ensemble du processus de gestation du programme SOG, Aurélien participe à la mise en place du programme « santé Martissant », développé suite au tremblement de terre. Aurélien est venu en appui de l’équipe de coordination et du personnel local des cliniques mobiles oeuvrant dans le cadre du programme, notamment à travers l’établissement des protocoles de prise en charge des patients, en travaillant avec le référent médical en charge des cliniques mobiles. Il a par ailleurs contribué à la consolidation de la stratégie de l’association sur le long terme, au cours de la période d’urgence, en exploitant les évaluations disponibles et en dressant des projections de la consommation de médicaments.
« La situation très difficile en Haïti et le bouleversement des activités qui m’étaient dévolues durant ces quelques mois m’a empêché de m’immerger totalement dans la culture et la société haïtiennes, reconnaît Aurélien. Cependant, l’investissement personnel que j’ai pu apporter à mon travail et les efforts déployés par A.M.I. me donnent le sentiment d’être parvenu à aider Haïti et d’avoir contribué à améliorer à mon échelle les conditions d’existence d’une partie de la population. Ce cataclysme sans précédent dans la région m’a donné, comme à beaucoup d’autres présents lors de la catastrophe, l’obligation morale d’aider les Haïtiens. Il ne pouvait en être autrement. Intervenir en situation de crise n’empêche pas pour autant de prendre conscience de ses propres limites, de celles des organisations ou de chaque personne confrontée à une situation indicible. L’heure est maintenant à la reconstruction du pays et au soutien à apporter à la population dans le rétablissement des fondements sociaux et économiques de la société haïtienne. Haïti a besoin de partenaires, d’individus et de bailleurs financiers qui souhaitent accompagner la renaissance d’une nation, par elle-même et pour elle-même. »
NB : cet entretien a été réalisé le 16 avril dernier. Aujourd’hui, Aurélien Pekezou poursuit son engagement au sein des équipes d’A.M.I., en qualité de coordinateur médical pour le programme mené par l’association au Sud-Kivu (République Démocratique du Congo).
Retrouvez en ligne La Chronique n°96 d’A.M.I.
Alors que se tient actuellement (et jusqu’au 27 juillet) le sommet de Kampala, Julien Potet, responsable de plaidoyer pour Oxfam France revient sur la campagne Non assistance à mère en danger.
La Chronique n° 96
RCA : renforcement des capacités du personnel local en matière de soins obstétricaux et néonataux d’urgence
Entre 350 000 et 500 000 femmes meurent chaque année dans le monde de complications liées à la grossesse ou à l’accouchement. La quasi totalité de ces décès surviennent dans les pays en développement.
Depuis 2007, A.M.I. intervient en République centrafricaine où la situation sanitaire est préoccupante. Ces vingt dernières années, les indicateurs de santé (mortalité infantile, espérance de vie, etc.) se sont détériorés. Le taux de mortalité maternelle a doublé entre 1995 et 2003, passant de 683 à 1 355 décès pour 100 000 naissances vivantes, un des taux les plus élevés au monde.
A.M.I. contribue à la diminution de la mortalité materno-infantile dans la sous-préfecture des Mbrés, zone particulièrement enclavée où vivent 23 360 personnes dont 5 628 femmes en âge de procréer. L’équipe d’A.M.I. met en œuvre un programme de renforcement des capacités du personnel de santé local en matière de soins obstétricaux et néonataux d’urgence dans le centre de santé de référence (CSR) de la sous-préfecture et dans six postes de santé périphériques.
En 2009, Aurélien Pekezou Tchoffo, médecin urgentiste spécialisé en santé reproductive, a passé trois mois sur ce programme en tant que référent médical. Il nous livre un témoignage saisissant de son expérience.
Quelles sont les principales causes de mortalité materno-infantile en RCA ?
La faiblesse des soins explique en grande partie le taux élevé de mortalité materno-infantile. Les accouchements sont effectués dans des conditions d’hygiène déplorables par des matrones dont la majorité ne sont pas formées.
Un autre facteur non négligeable est le problème d’accessibilité aux soins pour les populations. D’une part, l’éloignement des postes de santé, en particulier dans les zones rurales, oblige certaines femmes à accoucher à domicile, ce qui augmente les risques de complications. D’autre part, la pauvreté des ménages limite l’accessibilité financière des femmes enceintes aux soins pré et postnataux et aux soins de qualité dispensés pendant et après l’accouchement dans une maternité.
Les causes directes de morbidité et de mortalité maternelles sont les hémorragies, les infections et l’éclampsie qui se traduit par des crises convulsives suivies d’un état comateux menaçant la vie du fœtus et de la mère. Les avortements pratiqués dans de mauvaises conditions ou les grossesses précoces chez les filles âgées de moins de 15 ans sont également des facteurs de risque considérable en RCA. Si toutes les femmes pouvaient bénéficier de soins de santé maternelle appropriés et être suivies par des sages-femmes qualifiées, bien des décès et complications pourraient être évités.
Quel était votre rôle au sein du programme d’A.M.I. ?
À mon arrivée, j’étais chargé d’évaluer l’état des salles d’opération et de stérilisation dans le centre de santé de référence (CSR) de la sous-préfecture des Mbrés. J’ai été frappé par la vétusté des infrastructures et des équipements qui ne répondaient à aucune des normes sanitaires nationales en vigueur. Dans la salle d’opération, les lits d’accouchement étaient imprégnés de sang séché et de sécrétions, les surfaces (mur, plafond, sol) étaient dégradées et fissurées, ce qui favorisait le dépôt de poussières et le développement des germes microbiens dans la pièce. Elle ne disposait pas de zone de transfert, pourtant essentielle pour éviter l’introduction de bactéries et de parasites dans le bloc opératoire et réduire ainsi les risques de contamination des patients. Les boîtes de chirurgie contenaient du matériel en bon état, mais on ne pouvait pas distinguer le matériel stérile du matériel contaminé. La salle de stérilisation était encrassée, mal organisée au niveau du stockage et les murs étaient noircis par la fumée provenant d’un réchaud à kérosène utilisé pour la stérilisation.
À l’issue de cette première phase d’évaluation, un plan de réhabilitation a été mis en place. Il s’agissait d’améliorer les conditions d’aseptisation pour réduire les risques de maladies nosocomiales. Pour cela, les équipements de prévention de l’infection pour le patient et le personnel ont été renforcés, des zones de transfert ont été aménagées et le bloc opératoire a été équipé de matériel adapté et de mobiliers de stockage.
Le deuxième volet de ma mission était de réaliser une évaluation des pratiques et des compétences des personnels de santé afin de leur proposer une formation pertinente.
Quels sont les acteurs de santé avec lesquels vous avez travaillé et quels types de formations leur avez-vous dispensés ?
Le personnel du CSR a été formé aux soins obstétricaux et néonataux d’urgence. À l’issue de cette formation théorique, chaque soignant doit être capable d’identifier les risques pouvant survenir lors de la grossesse et d’apporter une réponse adaptée à un accouchement difficile.
Ensuite, les matrones du CSR et des postes de santé ont été formées à la maternité à moindre risque. Car si elles sont capables d’assister un accouchement simple, elles rencontrent encore d’énormes difficultés en matière de détection des grossesses à risque et de référencement vers une structure plus adaptée. Toutes les matrones, qui se chargent également d’une part importante des accouchements à domicile, ont été identifiées en vue d’être formées aux consultations prénatales, à l’accouchement, à la reconnaissance et au référencement des grossesses à risque. Elles ont aussi bénéficié d’une initiation à l’usage du partogramme, l’outil de surveillance de la femme en travail d’accouchement qui permet de détecter tout problème et d’intervenir à temps. Enfin, elles ont été sensibilisées aux techniques de prévention de l’infection, comme l’entretien courant du matériel et des locaux.

Un accent particulier a été mis sur les interventions chirurgicales d’urgence. La salle d’opération du CSR de la sous-préfecture est tenue par un infirmier diplômé d’État. Il est le seul employé qui possède des compétences médicales. Il n’existe ni obstétricien, ni chirurgien, ni anesthésiste. Lors de complications pendant l’accouchement, par exemple quand la tête de l’enfant est trop grosse pour le bassin de la femme ou que le fœtus est en position anormale, la patiente peut avoir besoin d’une césarienne pour assurer sa survie et celle de l’enfant. Cette pratique est rare dans le CSR puisque seulement 2,38 % des accouchements sont réalisés par césarienne, alors que l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) estime que 10 à 15 % des grossesses nécessitent ce type d’intervention. Par ignorance, les matrones conduisent par voie basse des accouchements qui en principe devraient être réalisés par césarienne, ce qui est la cause de nombreux décès et pathologies graves du nouveau-né.
Afin d’assurer l’application des enseignements reçus, une formation pratique a eu lieu sous forme de supervision quotidienne. Les équipes A.M.I. ont assuré la continuité de cette supervision et le compagnonnage des pratiques du personnel de santé formé.
En 2010, face aux nombreux besoins encore non couverts en matière de renforcement des capacités locales, ce programme est poursuivi et renforcé, notamment à travers la formation du personnel soignant aux activités de planning familial et la mise en place d’outils pour assurer le suivi des patients.
A.M.I. soutient la campagne « Non-assistance à mère en danger » initiée par Oxfam France, Médecins du Monde, Action for Global Health et Avocats pour la Santé dans le Monde.
RDC : ouverture d’une mission dans la province de l’Équateur
Depuis 2001, Aide Médicale Internationale (A.M.I.) intervient au Sud-Kivu, une province de la République démocratique du Congo (RDC). Face aux nombreux besoins encore non couverts en matière d’accès aux soins de santé primaires dans le pays, A.M.I. ouvre un programme dans la province de l’Équateur, au nord-ouest de la RDC.
Arnaud Tonnellier, responsable du développement opérationnel, est à l’origine de ce projet. Depuis février 2010, il réalise une veille sur la situation humanitaire du district du Sud-Ubangi (Équateur). Du 16 mars au 7 avril, suite aux alertes émanant d’autres acteurs humanitaires, il s’est rendu sur place. Accompagné d’Eric Assani, adjoint au coordinateur médical de la mission au Sud-Kivu, ils ont identifié les besoins et les zones d’intervention les plus pertinents.
Quel est le contexte actuel en Équateur ?
En 2009, de violents affrontements ont éclaté dans la localité de Dongo entre deux ethnies, les Boba et les Lobala. Un désaccord quant à la propriété d’étangs poissonneux, source de revenus indispensable dans un contexte de crise économique, est à l’origine de ce conflit. Le bilan de ces affrontements est lourd. On compte plusieurs centaines de morts, plus de 200 000 réfugiés au Congo Brazzaville et en République centrafricaine et des dizaines de milliers de déplacés dans les localités environnantes.
Début 2010, même si le contexte sécuritaire tend à se stabiliser, de nombreux problèmes humanitaires corollaires au conflit suscitent l’inquiétude de la communauté internationale. Le système de santé, déjà fragile avant le conflit, s’est considérablement dégradé. Les infrastructures sanitaires sont dépouillées et détruites, et l’accès aux médicaments et au matériel médical est impossible. Le manque d’eau potable et l’absence de personnel soignant entraînent la recrudescence de certaines maladies (paludisme, diarrhées, etc.). Les centres de santé n’ont pas les moyens de répondre à l’urgence actuelle et la population doit faire face à des conditions de vie très difficiles.
Avez-vous identifié le lieu d’intervention d’A.M.I. ?
A.M.I. interviendra dans la zone de santé de Bokonzi, localité du territoire de Kungu dans le district du Sud-Ubangi. Cette zone a été la plus touchée par les conflits. Elle compte environ 170 000 personnes et 16 aires de santé. L’acheminement de l’aide y est rendu très difficile du fait de son enclavement et du mauvais état des routes. Avec une saison des pluies qui s’étend sur la moitié de l’année, celles-ci sont transformées en mares d’eaux sablonneuses et boueuses.
Quelles sont les activités qu’A.M.I. souhaite mettre en place sur cette zone et comment les avez-vous définies ?
Le choix du lieu d’intervention ainsi que des modes d’action découlent de longues concertations avec les autorités sanitaires locales, les personnels des centres de santé et les leaders communautaires et religieux.
A.M.I. viendra en appui à neuf aires de santé, soit 50 000 bénéficiaires directs de ses actions. L’objectif est de renforcer le système de santé existant, sans se substituer à lui, afin de répondre au mieux aux besoins de la population en termes d’accès aux soins de santé primaires. L’intervention d’A.M.I. inclura la réhabilitation de structures de santé, l’approvisionnement en matériel médical et en médicaments et le renforcement des capacités locales par la formation et la supervision du personnel de santé. Si certaines ONG sont venues en aide aux réfugiés et aux déplacés, rien n’a été mis en place pour permettre aux structures sanitaires de la zone de santé de Bokonzi de répondre aux besoins des personnes retournées ou résidentes.
Quelles sont les prochaines étapes avant le démarrage du programme ?
L’ouverture d’une mission nécessite un long travail en amont. Du 6 au 23 juillet prochain, je me rendrai sur place accompagné d’une première équipe composée de deux personnes afin d’organiser et de planifier la mise en œuvre des activités aux niveaux logistique et administratif (transport, communication, habitation, etc.). Il s’agira également d’approfondir les contacts avec les autorités locales, les partenaires de santé, les intervenants nationaux et internationaux de la zone afin d’assurer la coordination de nos activités. Il est essentiel d’établir des contacts fiables afin d’assurer une transmission rapide et efficace des informations liées à la sécurité. Si aujourd’hui la situation semble s’être apaisée sur la majeure partie du secteur, des mouvements insurrectionnels peuvent éclater à tout moment. Aussi, il faut réévaluer les contraintes liées au terrain, trouver des solutions pour les gérer et faire les ajustements nécessaires.
En parallèle, la diffusion de l’information sur la mise en place de ce programme auprès des populations concernées sera amorcée. Pour cela, nous favoriserons l’implication et la mobilisation des acteurs communautaires.
Quel est l’objectif de votre partenariat avec Première Urgence ?
En effet, cette mission sera mise en œuvre dans le cadre d’un consortium opérationnel avec l’organisation humanitaire Première Urgence (PU). Pour ces derniers, il s’agit d’intervenir dans le domaine de la sécurité alimentaire par la distribution d’intrants agricoles (semences et outils) afin de relancer l’activité économique et éviter que les conflits ne ressurgissent. A.M.I. souhaite apporter un appui aux structures médicales et au personnel de santé. Étant donné la crise humanitaire sur cette zone, nous avons la volonté d’apporter, ensemble, une réponse sur deux axes prioritaires, à savoir la santé et la relance agricole.
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Haïti : porter la solidarité au-delà de la crise
300 000 morts. 300 000 blessés. 1,3 million de sans-abri. Les estimations de la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH) viennent rappeler l’ampleur du cataclysme qui a frappé Port-au-Prince et ses environs le 12 janvier dernier. Depuis des années déjà, Haïti se débat dans l’instabilité politique et le marasme économique. La majorité de la population haïtienne vit sous le seuil international de pauvreté, tandis que la fragilité de son système de santé se traduit par des taux de mortalité infantile (54 décès pour 1 000 naissances, en 2008) et maternelle (670 décès pour 100 000 naissances, en 2005) les plus élevés de l’hémisphère nord. Près de trois mois après la conférence des bailleurs de fonds de New York, une cinquantaine de pays donateurs s’efforcent de traduire leurs engagements de 10 milliards de dollars sur cinq ans pour Haïti, en développant un projet de solidarité internationale au-delà de la crise.Administrateur de retour de mission, Alexandre Schwall évoque son expérience en Haïti dans la période de post-urgence, qui a suivi la première phase de recherche et d’assistance aux victimes du séisme. Il relate par la même occasion son parcours au sein d’Aide Médicale Internationale.
Au cours de son Master en gestion des situations de crise suivi à l’Université Paris 1 Panthéon–Sorbonne, Alexandre réalise un stage de six mois au siège d’A.M.I. à Pantin, en tant qu’assistant desk du responsable de programmes sur les missions en Haïti, au Soudan et en Afghanistan. À l’issue de cette première expérience de suivi des activités, il se voit offrir l’opportunité de mettre à profit sur le terrain les compétences de supervision et de reporting qu’il a développé, en partant en mission pour trois mois au Yémen. Administrateur, il est alors chargé d’assurer la gestion administrative de la mission et de former un administrateur local pour le remplacer. Quelques mois après son retour en France, A.M.I. lui propose de participer aux nouvelles activités de l’association en Haïti suite au tremblement de terre du 12 janvier.
Dans les semaines qui suivent la catastrophe, A.M.I. travaille à la consolidation et à la pérennisation des ses activités de soin et de prévention à destination de la population de Port-au-Prince. Une mission de primo-urgence a été menée dans un premier temps pour répondre aux besoins des sinistrés en termes d’interventions chirurgicales. Les activités d’A.M.I., établies depuis de nombreuses années dans la capitale haïtienne, ont été directement affectées par le séisme, en raison du bouleversement de la géographie urbaine et de l’explosion des besoins à couvrir. « Venu en soutien au coordinateur administratif et financier, j’ai été chargé dans un premier temps, explique Alexandre, de regrouper et classifier l’ensemble des données éparpillées par le séisme et qui pouvaient être facilement récupérées dans les décombres des bureaux de l’association. À cela sont venues s’ajouter rapidement la gestion de la trésorerie en collaboration avec le comptable local et la supervision du recrutement d’une trentaine de personnels locaux, afin de faciliter la réorganisation et l’agrandissement de la mission suite à la mise en place de nouvelles activités liées aux événements du 12 janvier. »
Alexandre souligne « qu’il était important de maintenir le fonctionnement administratif de la mission, malgré le contexte difficile qui prévalait. Le soutien apporté à l’infrastructure de la mission a permis une réorganisation rapide et efficace des activités une fois celles-ci adaptées aux nouveaux besoins de la population et aux solutions susceptibles d’être apportées par les équipes d’A.M.I. » Une véritable supervision a pu être mise sur pied entre l’équipe de coordination dirigée par le chef de mission et les bases des programmes en faveur des enfants et jeunes des rues (EJDR) et de soins obstétricaux gratuits (SOG), auxquels est venu s’ajouter le programme « santé Martissant » en réponse au séisme. Dans le cadre de sa mission courte, Alexandre a assuré l’organisation des dossiers administratifs de la mission, la rédaction d’un guide de gestion des tâches administratives et des ressources humaines, ainsi que la formation d’une assistante ressources humaines locale. « Au-delà du traumatisme ressenti par la population haïtienne, A.M.I. a été en mesure de répondre au désir d’investissement et de responsabilisation des Haïtiens, en permettant à certains d’entre eux de collaborer aux programmes de santé développés par l’association, note Alexandre. Pour ma part, j’ai eu le temps de transmettre et d’expliquer les compétences nécessaires à la future assistante ressources humaines. J’ai aussi été amené à expliquer les particularités du travail en milieu humanitaire et les responsabilités propres à cet engagement au reste du personnel haïtien nouvellement recruté. »
« Cette expérience enrichissante m’a permis d’apprécier le volontarisme et le courage dont font preuve bon nombre d’Haïtiens, et de dépasser la vision catastrophiste et misérabiliste véhiculée dans les médias, confie Alexandre. Il n’en est pas moins vrai que la situation humanitaire reste encore très fragile sur place et que nombre de besoins vitaux ne sont pas complètement satisfaits (soins, nourriture, eau, sanitaires, abris). Il a été difficile pour moi de partir au terme de ma mission, au regard des relations nouées avec les équipes face à l’adversité et des besoins immenses sur place. L’impatience exprimée parfois par une frange de la population qui ne semble pas percevoir d’amélioration considérable de leur vie quotidienne me parait compréhensible et doit inciter à redoubler d’efforts. » Il est important de noter que la reconstruction reste un processus long et progressif. Alexandre a ainsi clairement participé à la consolidation et à la redéfinition des activités d’A.M.I. en Haïti. Et c’est fort de cette expérience marquante et éprouvante qu’il poursuit son parcours dans le secteur humanitaire, et notamment sa collaboration avec A.M.I., en retournant sur la mission de l’association au Yémen en tant qu’administrateur.
Assemblée générale d’Aide Médicale Internationale : élection du conseil d’administration de l’association
Celui-ci est composé comme suit :
Bureau
Président : Dr Philippe Augoyard (president@amifrance.org)
Vice-Président : Geoffroy Malcor
Secrétaire générale : Dr Omolade Alao
Secrétaire générale adjointe : Dr Hélène Tevissen
Trésorier : Benoît Lagente
Trésorier adjoint : Alain Coillot
Administrateurs
Guillaume Huon de Kermadec
Suppléants
Isabelle Bioh-Johnson
Valérie Brunel
Dr Laurent Moreau
Campagne Non-assistance à mère en danger : interview de Julien Potet (Oxfam France)
Julien Potet est responsable de plaidoyer pour Oxfam France. Depuis février dernier, il est chargé, en lien avec des partenaires (MDM, le réseau Action for Global Health et Avocats pour la santé dans le monde) et les soutiens de l’opération (une quinzaine d’ONG dont A.M.I.), de la campagne Non-assistance à mère en danger.
Quels constats sont à l’origine de cette campagne… et pourquoi l’avoir axée précisément sur la santé maternelle ?
Différents éléments nous ont amené à mettre en œuvre cette campagne de sensibilisation. Le premier d’entre eux est que la santé maternelle dans les pays du Sud n’est absolument pas satisfaisante. En effet, entre 350 000 et 500 000 femmes décèdent pendant la grossesse ou l’accouchement. D’autres souffrent de lésions et d’handicaps à vie après avoir donné naissance à un enfant. Et pourtant, la santé maternelle constitue un des huit Objectifs du millénaire pour le développement (OMD). Ce 5e OMD – Améliorer la santé maternelle – comporte deux cibles principales : réduire de trois quarts, d’ici à 2015, le taux de mortalité maternelle observé en 1990, et atteindre, en 2015, l’accès universel à la santé procréative.
Au-delà de ce constat très alarmant, et de notre volonté de mettre cette thématique en haut de l’agenda, ce qui a retenu notre attention est qu’à travers ce sujet, il est possible d’envisager un nombre important de questions de fonds. En partant de cette problématique spécifique, et des réponses à lui apporter, il est nécessaire d’envisager les systèmes de santé des pays du Sud dans leur globalité et d’élargir à la question du droit à la santé.
Qu’en est-il aujourd’hui des financements internationaux destinés à la mise en œuvre de programmes de santé de moyen et long terme ?
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande que les pays du Nord accordent 0,1 % de leur PIB à la santé au Sud. Pourtant en France, seule la moitié de ce pourcentage y est consacrée. C’est la raison pour laquelle la campagne Non-assistance à mère en danger s’adresse aux responsables politiques français, afin qu’il y ait une mobilisation forte et que l’aide en santé soit à la hauteur des besoins.
Cela étant, le financement des programmes d’accès aux soins est un point essentiel, mais pas suffisant. Il faut aussi un engagement fort au Sud sur des actions ciblées mais également sur la structuration même des systèmes de santé. En effet, plus de trente ans après la conférence d’Alma-Ata, qui mettait au cœur des débats les soins de santé primaires, on constate que les financements des programmes de santé délaissent encore trop les zones rurales et se concentrent peu sur les droits sexuels et la planification familiale. Il y a, sur ce dernier point, un manque patent de volontarisme politique.
Justement, de quels efforts concrets dépend l’effectivité du droit à la santé pour les femmes ?
Pour les organisations engagées dans la campagne, trois facteurs sont déterminants pour rendre effectif le droit des femmes à la santé : les financements internationaux, dont nous avons parlé, mais aussi la gratuité des soins et la formation (et la fidélisation) des personnels de santé du Sud.
Il est important de faire quelques rappels sur ces deux derniers points, qui constituent des barrages très forts à l’accès aux soins. Le coût des consultations et des médicaments est ainsi impossible à prendre en charge pour une majorité de familles du Sud. En matière de soins obstétricaux, cette réalité a des conséquences dramatiques, même si certains pays ont réagi en instaurant d’importants dispositifs de prise en charge. Ainsi, la Sierra Leone assure désormais la gratuité des soins pour les femmes enceintes, les femmes allaitantes et les enfants de moins de cinq ans… D’autres initiatives se font jour, comme des mutuelles de santé : dans les zones où ce système est testé, les mutuelles (qui nécessitent une cotisation malheureusement hors d’accès pour les plus pauvres), permettent à des groupes de personnes d’accéder enfin à des soins de qualité. Encore faut-il pour cela que des professionnels de santé exercent en nombre suffisant. C’est là un enjeu majeur, car la pénurie des personnels de santé au Sud est une réalité : pour aller contre, il faut non seulement accentuer la formation initiale mais aussi fidéliser les médecins, sages-femmes et infirmiers en améliorant leurs conditions de travail et leurs conditions de vie. Les grands bailleurs internationaux, comme la Banque mondiale, commencent à s’intéresser à cette problématique, quand bien même les solutions nécessitent des dépenses publiques importantes (qui ne coïncident pas tout à fait avec l’orthodoxie financière prônée par ce type d’institutions…). Le récent rapport de l’Unicef sur la paupérisation de certains des professionnels de santé du Sud témoigne de cette prise de conscience, qu’il faut désormais prolonger par des actions de terrain de grande ampleur…
Quels sont les prochains rendez-vous durant cette campagne ?
La campagne que nous avons initiée en février dernier se déroulera jusqu’en septembre. Les semaines à venir vont être particulièrement riches en événements marquants dont nous espérons que des avancées notables émergeront.
Le premier rendez-vous est le sommet des chefs d’États et de gouvernements européens, qui se tiendra à Luxembourg les 17 et 18 juin, durant lequel devrait se dessiner une stratégie européenne en matière d’OMD. Le deuxième rendez-vous est la réunion du G8 à Huntsville (Canada) les 25 et 26 juin. À cette occasion, un plan relatif aux OMD 4 (réduire la mortalité infantile) et 5 devrait être adopté. Si tel est le cas, une enveloppe spécifique devrait être attribuée pour financer des programmes… la question étant de savoir s’il s’agirait alors de fonds supplémentaires, ou de réaffectations de budgets précédemment alloués à d’autres actions de solidarité. Enfin, après le sommet de l’Union africaine, qui se tiendra du 19 au 27 juillet à Kampala, et sera l’occasion d’aborder les droits des femmes du continent, aura lieu le sommet sur les OMD. Dernière chance de voir des avancées significatives prendre corps, ce sommet, qui se tiendra à New York du 20 au 22 septembre prochain, devrait être l’occasion de relancer les efforts des gouvernements (notamment en matière de formation des personnels de santé et de gratuité de l’accès aux soins) en vue de réaliser les objectifs définis en 2000.
Tous ces rendez-vous internationaux seront l’occasion de mieux faire connaître notre campagne et de promouvoir les sujets liés à la santé dans les pays du Sud. Nous serons présents au sommet du G8 pour suivre les débats et porter la parole de la société civile, notamment celle des pays concernés. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous travaillons en lien avec des Ong africaines. Nous nous efforçons parallèlement de réunir un maximum d’informations, d’analyser les pistes de travail envisagées pour ces différents sommets.
Quels résultats concrets attendez-vous ?
Cette campagne s’achèvera à la fin du mois de septembre, après le sommet de New York. Nous pourrons alors établir un bilan de la mobilisation, et plus largement mesurer l’impact probable des décisions qui auront été prises entre juin et septembre. Quoi qu’il en soit, une chose est malheureusement à peu près certaine : les cibles de l’OMD 5 (améliorer la santé maternelle) ne seront pas atteintes en 2015. Il ne faut pas pour autant être défaitiste, bien au contraire : il reste encore cinq années pour agir, renforcer et multiplier les initiatives, pour passer à une échelle globale de telle sorte que l’on se rapproche le plus possible de l’objectif. Des efforts importants ont été entrepris en matière de lutte contre le VIH/Sida et de lutte contre le paludisme. Les soins de santé primaires, et la santé maternelle notamment, méritent eux aussi une mobilisation forte de la communauté internationale.
Pus d’information sur la campagne Non-assistance à mère en danger sur www.santepourtoutes.org
Haïti : ouverture d’une clinique obstétricale à Port-au-Prince
En Haïti, les données concernant la mortalité infantile et maternelle témoignent de l’insuffisante prise en charge des grossesses. Au 1er janvier 2009, le taux de mortalité infantile était évalué à 59,69 ‰ naissances (contre 3,33 ‰ en France).
Selon le ministère haïtien de la Santé publique et de la Population, 2 900 femmes et jeunes filles meurent chaque année suite à des complications liées à la grossesse et à l’accouchement. Aujourd’hui, un grand nombre de ces décès pourrait être évités. Face à ce constat, les équipes d’A.M.I ont décidé d’agir dans le quartier de Martissant, un bidonville de Port-au-Prince. Les causes de mortalité materno-infantile y sont exacerbées en raison de l’éloignement des centres de santé et du coût trop élevé des soins obstétricaux (consultations, médicaments et déplacement) au regard des capacités financières des habitants.
La mise en place d’une clinique dédiée aux soins obstétriques était initialement prévue pour début 2010, mais le violent tremblement de terre du 12 janvier a conduit les équipes d’A.M.I. à concentrer leurs actions et leurs moyens au rétablissement de l’accès à des soins de santé primaires pour les populations affectées par le séisme. Le programme est aujourd’hui relancé, parallèlement aux activités de post-urgence. Afin de participer à l’effort de diminution de la mortalité materno-infantile à Port-au-Prince, l’un des enjeux majeurs est de renforcer l’accès aux soins de santé maternelle. Accompagnant la politique de santé publique du gouvernement haïtien, A.M.I. propose de fournir des soins obstétricaux à Martissant. À travers la gratuité des soins, ce projet participera, à terme, à l’organisation progressive d’une protection sociale en Haïti.
Le programme, actuellement en cours de mise en œuvre, nécessite un long travail en amont. Après avoir identifié les locaux destinés à la mise en place de la clinique obstétricale, celle-ci est en cours de réhabilitation par les équipes d’A.M.I. Elle sera ensuite approvisionnée en médicaments et en équipements médicaux et devrait être opérationnelle à la fin du mois de juin. Une autre étape importante est de mobiliser la communauté en relayant l’information sur la mise en place de ce programme auprès des associations de quartier, des partenaires locaux et des populations concernées, etc. L’ensemble des acteurs locaux est conscient du besoin réel en matière d’accès à la santé maternelle et est très réceptif à l’ouverture de cette clinique.
Une fois la clinique opérationnelle, les interventions d’A.M.I. s’étendront sur deux axes : des soins préventifs et des soins curatifs qui seront dispensés aux femmes en âge de procréer, aux femmes enceintes et aux enfants de moins de 12 mois. Un accent particulier sera mis sur le renforcement des capacités locales, l’implication et la mobilisation des partenaires locaux et des communautés. Il s’agit de favoriser la pérennisation des résultats, l’appropriation durable des bonnes pratiques sanitaires, hygiéniques et nutritionnelles et l’amélioration de la santé reproductive.
Bénéficiaires indirects : la totalité des habitants des zones de Martissant, soit 100 000 personnes.
Bénéficiaires directs : 30 434 personnes.
Objectifs
Nombre d’accouchements attendus sur une année : 3 825
65 % des femmes enceintes sont prises en charge
40 % des accouchements également
50 % des nourrissons sont vus en consultations post-natales
80 % des femmes en âge de procréer participeront aux activités d’éducation à la santé
A.M.I. soutient la campagne « Non-assistance à mère en danger » initié par Oxfam France, Médecins du Monde, Action for Global Health et Avocats pour la Santé dans le Monde.
Haïti : retrouver ses racines, aider un pays à se relever
Ilot de pauvreté situé au cœur des Caraïbes, Haïti est marqué depuis des années par une instabilité politique chronique et un appareil économique en profonde déliquescence. La majorité de la population haïtienne vit sous le seuil international de pauvreté, tandis que la fragilité de son système de santé se traduit par des taux de mortalité infantile (54 décès pour 1 000 naissances, en 2008) et maternelle (670 décès pour 100 000 naissances, en 2005) les plus élevés de l’hémisphère nord. Alors que la densité croissante de la population haïtienne et la dégradation avancée des infrastructures et de l’environnement avaient déjà rendu le pays particulièrement vulnérable, le tremblement de terre qui a frappé Port-au-Prince et ses environs le 12 janvier dernier est venu ajouter son lot de malheurs et de destructions, avec ses centaines de milliers de victimes, de blessés et de sans-abri.De retour en France après une mission courte d’un mois en Haïti en tant que référent médical, Léoine Pierre nous fait part de son sentiment sur la particularité de participer à une mission humanitaire dans son propre pays d’origine ravagé par une catastrophe sans précédent.
« Infirmière de formation, j’ai validé une Licence en Sciences sanitaires et sociales à Paris, avant de suivre une spécialisation en Santé publique et santé communautaire au sein de l’Institut de formation et d’appui aux initiatives de développement (IFAID) à Bordeaux », rappelle Léoine. Elle a eu par la suite l’opportunité de mettre en application les compétences développées au cours de sa formation dans le cadre d’une mission humanitaire d’un an avec Aide Médicale Internationale au Sud-Kivu, dans l’est de la République démocratique du Congo. Revenue de cette expérience « aussi éreintante que formatrice », Léoine prend le temps de fonder une famille, avant de « réinvestir en France les compétences développées à l’étranger », notamment au sein d’une association locale de lutte contre les addictions et l’alcoolisme en lien avec la municipalité de Nantes. « Toujours désireuse de partir en mission humanitaire, sans forcément sacrifier sa vie de famille », elle retrouve les équipes d’A.M.I. dans les semaines qui suivent le séisme, pour participer à la redéfinition des activités de la mission à Port-au-Prince, où l’association est engagée auprès des enfants et jeunes des rues depuis 2004.
Dans le cadre du dispositif d’urgence et d’adaptation des programmes existants mis en place par A.M.I., Léoine est venue « soutenir l’infirmière d’urgence pour la supervision RH et qualité des cliniques mobiles sillonnant les rues, participer aux discussions et négociations concernant les projets de soutien à des centres de santé et le développement des activités, appuyer le pharmacien dans l’identification des fournisseurs et la gestion des stocks de médicaments, tout en accompagnant la consolidation des activités et la prise en charge de certaines fonctions logistiques ». Cette multiplicité des tâches rendue nécessaire par la gravité de la situation n’a pas été sans entraîner « certaines difficultés d’adaptation pour réussir à trouver son rythme sur une mission d’une durée aussi courte ».
Née dans la commune de Dessalines (Artibonite), nommée en hommage au héros révolutionnaire et premier dirigeant de la République haïtienne, Léoine a quitté l’île au cours de son enfance tout en conservant de la famille à Pétionville, dans la banlieue de Port-au-Prince. Bouleversée par la catastrophe, elle a néanmoins su « convaincre les équipes d’A.M.I. quant à sa capacité à prendre du recul face aux évènements pour réussir à assumer ses nombreuses responsabilités sur le terrain ». Elle confie d’ailleurs s’être sentie dans un premier temps « rassurée concernant l’état apparent des infrastructures dans la capitale haïtienne puisque, malgré l’ampleur de la tragédie humaine, nombreux sont les bâtiments restés debout ». Léoine dit être parvenue à tirer parti de son « rapport ambivalent à la catastrophe haïtienne », puisque son absence du pays lors de la catastrophe lui a permis de « conserver la distance nécessaire à son travail face aux destructions », tandis que sa connaissance de la langue créole et des procédures d’intervention d’A.M.I. l’ont « aidée à être rapidement opérationnelle tout en se faisant accepter plus facilement par une population meurtrie et repliée sur elle-même ». Savoir mettre de côté ses souffrances, sans forcément chercher à les étouffer ou à les exorciser en se tuant à la tâche, lui a permis, explique-t-elle, d’assurer la charge de ses activités sur toute la durée de la mission, et ainsi être en mesure d’apporter, à son échelle, sa contribution au rétablissement de son pays d’origine. Tout au long de sa mission, Léoine s’est efforcée de « ne jamais oublier les besoins de la population haïtienne, tout en ayant conscience de ses propres limites, mais aussi de la patience et de la détermination nécessaires à la reconstruction et au développement d’Haïti pour les années à venir ».
A.M.I. au Salon des Solidarités à Paris les 4, 5 et 6 juin 2010
Fort du succès rencontré lors des éditions précédentes, pour l’édition 2010 ce sont 25 000 visiteurs qui sont attendus pour participer à cet événement de rencontre et de dialogue entre le grand public, les professionnels de la solidarité, les médias et les porteurs de projet. De nombreux secteurs seront représentés et relayés par des animations telles que des conférences, ateliers, débats, expositions, etc.
Venez rencontrer, questionner, dialoguer avec les équipes d’A.M.I. qui vous accueilleront sur le stand, présenteront les activités d’A.M.I. et répondront à vos questions.
Caroline Antoine, référente médicale A.M.I., participera à la conférence « La solidarité, un engagement pour tous » - salle SIRIUS le samedi 5 juin de 11h00 à 12h30.
Plus d’information sur le programme des conférences :
www.salondessolidarites.org/visitez/programme/conferences
Informations générales et pratiques :
www.salondessolidarites.org/accueil
RDC : renforcer les capacités du système de santé pour préparer la transition
La mission d’Aide Médicale Internationale au Sud-Kivu a pour objectifs principaux l’accès des populations les plus vulnérables aux soins de santé primaires, le renforcement des capacités des acteurs de santé locaux, l’amélioration de l’accès aux soins de santé de référence ou spécifiques (pédiatrie, maternité, etc.) et la lutte contre la propagation du VIH/Sida.Anthropologue de formation, Pierre Assenmaker a toujours été très sensible à la différence culturelle. Après avoir travaillé sur un programme de recherche intitulé « gestion environnementale participative en Afrique centrale » (GEPAC) à l’Université Libre de Bruxelles, il a ouvert une mission de lutte contre le VIH/Sida à Maroua, au nord du Cameroun, en tant que coordinateur pour l’association Actions de Solidarité Internationale. Pierre a rejoint les équipes d’A.M.I. en octobre 2009 en tant que responsable de projet en République démocratique du Congo. De passage à Paris après 6 mois passés sur la base opérationnelle de Baraka (Sud-Kivu), il nous livre son regard sur la mission.
En tant que responsable de projet, quel est votre rôle dans les activités d’A.M.I. ?
Mon rôle est de superviser les services administratif et logistique de la base ainsi que le travail qui est fait dans les centres de santé. J’évalue, en collaboration avec le ministère de la Santé, les pratiques du personnel de santé formé. Je m’assure ainsi que les activités qui ont été prévues sont bien mises en œuvre et veille à leur bon déroulement.
L’une des perspectives d’A.M.I. en RDC est de poursuivre le renforcement des capacités du personnel local en vue de permettre sa passation progressive. Qu’en est-il aujourd’hui ?
Pour assurer la pérennité de ses actions, A.M.I. fait le choix de travailler en étroite collaboration avec les autorités sanitaires locales, et notamment le bureau central de la zone de santé (BCZ), émanation locale du ministère de la Santé. L’ensemble des centres de santé appuyés par notre organisation étant sous la responsabilité de ce bureau central, nous nous devons de réfléchir avec eux à des moyens efficaces pour assurer la transition et entamer un processus de reprise progressif. Le gros défi aujourd’hui est de mettre en place un système sanitaire qui fonctionne sur le long terme.
Depuis 2008, A.M.I. a amorcé un processus de désengagement des centres de santé qui ont acquis une autonomie suffisante pour poursuivre seuls les actions amorcées avec notre soutien. Cette démarche doit cependant être organisée par étape. Seul expatrié sur la base de Baraka, j’ai repris le travail initié par mes prédécesseurs afin de préparer la transmission progressive des structures de santé aux acteurs locaux.
Dans cette optique, de nouveaux outils opérationnels sont peu à peu établis. Parmi eux, la mise en place d’une nouvelle grille d’évaluation du personnel de santé plus exigeante doit encourager les acteurs locaux à s’impliquer davantage. Ensuite, un système de recouvrement partiel des coûts permet d’assurer l’autonomisation de l’approvisionnement en médicaments. Pour cela, la gratuité des médicaments assurée jusqu’à présent laissera place à une tarification minime qui s’élève à 20 % de leur prix réel, excepté pour les indigents qui seront pris en charge gratuitement. A.M.I. veille à ce que cette tarification soit adaptée pour conserver les avancées en termes d’accès aux soins. Enfin, le circuit d’approvisionnement des médicaments dans les zones de santé est révisé. L’objectif est que les agents des structures viennent s’approvisionner en médicament auprès de la pharmacie zonale, qui deviendrait le seul maillon d’approvisionnement de chaque zone de santé, et se chargent du transport.
Quelles seront les priorités lors de votre retour à Baraka ?
Tout d’abord, il est nécessaire de lancer les négociations avec le BCZ pour la signature d’un nouveau protocole d’accord qui redéfinirait les modalités d’attribution de la prime de performance allouée au personnel local. Selon les nouvelles modalités, le versement de cette prime sera subordonné à la qualité du travail et à l’implication de chacun. Ce nouveau système de prime a pour but de créer une motivation supplémentaire pour que les collaborateurs locaux donnent le meilleur d’eux-mêmes et qu’ils soient incités à assimiler des automatismes, en particulier au niveau de l’hygiène.
Ensuite, l’une des priorités est d’assurer la pérennité de l’acheminement des médicaments et du matériel médical sur la presqu’île d’Ubwari. Actuellement, assuré par les équipes d’A.M.I. via une pirogue, cet acheminement devra être géré directement par les centres de santé. Un système de transport en pirogues a été mis en place par l’association pour permettre au comité de gestion local d’orienter les femmes présentant une grossesse à risque vers des centres de soins adaptés situés hors de la presqu’île. À terme, ce réseau de pirogues devra également supporter l’acheminement des médicaments. Pour cela, il faut amorcer des réflexions avec le BCZ, la communauté et le personnel des centres de santé afin de les sensibiliser et de les impliquer dans la gestion opérationnelle et financière de ces pirogues.
En tant qu’anthropologue, avez-vous réfléchi à des moyens plus particuliers pour renforcer l’impact des actions d’A.M.I. sur les communautés ?
Les activités de prévention et de sensibilisation portant sur la propagation du VIH/Sida et sur la santé materno-infantile (santé génésique, consultations pré et post-natales, etc.) représentent un volet important des actions développées par A.M.I.
En tant qu’anthropologue, je cherche aussi à appréhender de nouvelles méthodes de communication plus adaptées à la culture locale afin de renforcer l’impact de nos actions de sensibilisation. J’ai notamment réfléchi, avec un infirmier du personnel A.M.I., à une méthode d’enquête sur les rites d’initiations qui marquent l’accession des femmes à la maturité (le mariage par exemple). Lors de ces rites de passage, plusieurs informations concernant le comportement sanitaire des femmes sont transmises entre les générations. On pourrait donc envisager d’intégrer à ces rituels des messages de sensibilisation sur les enjeux de la santé publique.
Pour Pierre, cette démarche s’inscrit dans la volonté de voir les activités d’A.M.I. s’implanter durablement dans les habitudes de la communauté et ainsi permettre, à terme, la passation aux acteurs locaux.
Afghanistan : adapter le fonctionnement administratif à l’évolution des activités
Arrivée au terme de sa mission en Afghanistan, Marie-Gabrielle Bozzoni nous éclaire sur l’importance de la gestion des tâches administratives, dans le cadre de l’adaptation du fonctionnement de la mission à l’évolution des activités.Diplômée d’une école de commerce, Marie-Gabrielle a eu l’opportunité de prendre un congé de solidarité internationale (CSI) de six mois au sein de l’entreprise privée pour laquelle elle travaillait depuis six ans. Elle a pu ainsi participer à une mission d’entraide à l’étranger et assouvir son envie de connaître, de l’intérieur, le monde de l’humanitaire. Marie-Gabrielle a décidé de mettre à profit ses compétences administratives au sein d’Aide Médicale Internationale, en tant que coordinatrice administratif et financier (CAF) sur la mission Afghanistan. Présente depuis trente ans dans le pays, l’association participe depuis 2003 au rétablissement du système de santé amorcé par le ministère afghan de la Santé (MoPH), notamment à travers la mise en œuvre du Basic Package of Health Services (BPHS) et de l’Essential Package of Hospital Services (EPHS) dans la province de la Kunar (nord-est).
« Rattaché directement au chef de mission, auquel il rend compte de ses activités et fait valider les procédures et décisions importantes, le CAF est responsable de la gestion administrative et financière de la mission », rappelle Marie-Gabrielle. Durant la première moitié de sa mission, elle a été « chargée de la finalisation de la passation à d’autres acteurs humanitaires des programmes menés dans les provinces du Laghman et de Samangan, au niveau administratif et financier ». Ce transfert d’activités préparé largement en amont s’est concrétisé entre septembre et octobre 2009.
Marie-Gabrielle précise que « la transmission des projets d’A.M.I. dans le Laghman et à Samangan à des organisations déjà engagées dans le processus gouvernemental de mise en œuvre du BPHS et de l’EPHS avait pour objectif de maintenir le niveau d’accès et la qualité des soins pour la population. Le service a travaillé à la bonne transmission du matériel et des stocks aux nouveaux acteurs du BPHS/EPHS, assuré la clôture des rapports financiers auprès des bailleurs de fonds et recommandé le personnel local d’A.M.I. auprès d’autres organisations humanitaires. »
Dans la province rurale de la Kunar, région frontalière avec les zones tribales du Pakistan, où la mise en place de structures sanitaires pérennes doit encore être consolidée, A.M.I. poursuit actuellement son action. Pour ce faire, ce ne sont pas moins de sept expatriés et 50 personnels locaux qui travaillent à Kaboul, auxquels s’ajoutent une équipe de supervision de près de 45 ‘staffs nationaux’ dans la Kunar. Ces derniers encadrent, forment et supervisent les quelques 300 personnels des 31 structures de santé et les 500 agents de santé communautaire bénévoles. Tâches administratives quotidiennes et travail de fond sont donc menés de concert. Marie-Gabrielle souligne que « le service administratif de la base de coordination à Kaboul a travaillé aussi bien à la rédaction de rapports d’activités et de rapports financiers destinés aux bailleurs, à la supervision du budget du programme mené dans la Kunar et à la révision des procédures en collaboration avec l’ensemble des services, qu’à l’évolution du système de gestion de la paye sur la mission ».
Dans un contexte difficile, Marie-Gabrielle a été amenée à intégrer les contraintes sécuritaires inhérentes au travail en Afghanistan, pour pouvoir mener à bien ses activités, en dépit des restrictions de déplacement et des couvre-feux temporaires. Mais ce qu’elle retient surtout de sa mission, c’est la collaboration avec le personnel local, comme « ces deux jours de formation au logiciel de tableur Excel dispensés au staff local, qui ont été une très bonne expérience et ont démontré le soucis de progression et d’amélioration de l’ensemble du personnel local ». Le travail de Marie-Gabrielle aura ainsi servi à consolider un peu plus le fonctionnement administratif de la mission.
RDC : un effort d’adaptation permanent pour promouvoir l’accès aux soins
Dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, le contexte sécuritaire est toujours instable malgré la présence des 20 000 casques bleus et policiers de la MONUC (Mission des Nations unies en République démocratique du Congo). Les affrontements qui éclatent dans le cadre des opérations militaires menées par les forces régulières congolaises (FARDC) s’accompagnent de déplacements de populations. Dans les zones rurales du Sud-Kivu, les acteurs sanitaires se font rares et l’accès aux soins difficile, alors que les populations vivent dans une situation d’urgence chronique.De retour en France après une mission de dix-sept mois en République Démocratique du Congo (RDC), Romain Cliquet revient ici sur la nécessité d’adapter de façon permanente les activités sanitaires au contexte de la province du Sud-Kivu.
Infirmier de formation, Romain Cliquet, a participé à quelques programmes de solidarité en Afrique du Nord, avant d’effectuer une spécialisation en médecine tropicale à Anvers et un perfectionnement aux soins obstétriques. C’est en 2008 qu’il rejoint la mission d’Aide Médicale Internationale au Sud-Kivu, où l’association travaille depuis juillet 2001 au renforcement du système de santé de la province.
En tant que référent médical sur la base d’Uvira, une des trois bases opérationnelles d’A.M.I., Romain a été partie prenante durant 17 mois des activités de soins de santé primaires, de l’approvisionnement en médicaments des infrastructures de santé et de la formation continue du personnel de santé local, activités menées en lien avec les Bureaux centraux des zones de santé (BCZ) soutenus par A.M.I. Référent médical, il était aussi en charge de l’évaluation des besoins sanitaires en cas d’urgence (épidémie de choléra ou affrontements par exemple) et participait au plaidoyer auprès des bailleurs internationaux pour que puissent être rapidement déployés des dispositifs nouveaux, comme ce fut le cas à la mi-juillet 2009. « En pleine saison sèche, les opérations militaires "Kimia 2" lancées par les forces congolaises (FARDC) contre les rebelles rwandais (FDLR) réfugiés dans l’est du pays ont entraîné d’importants affrontements au cœur de la ville et de la zone de santé de Lemera, relate Romain. Les combats ont entraîné le déplacement de dizaines de milliers de personnes (entre 35 000 et 50 000) privées d’assistance médicale, dans des régions relativement accessibles. Les équipes d’A.M.I. se sont rapidement mobilisées pour identifier les besoins de santé en menant sur place une mission d’évaluation conjointe avec les autorités sanitaires et d’autres ONG, en interpellant les bailleurs internationaux sur l’urgence de la situation, tout en assurant un approvisionnement en médicaments des centres de santé éloignés. Le soutien en kits de médicaments apporté par les agences des Nations unies (OMS et UNICEF) et l’organisation d’aide aux réfugiés International Rescue Committee (IRC) a ainsi permis d’apporter un appui médical aux populations déplacées souhaitant retourner chez elles. » A.M.I. avait la responsabilité de superviser la prise en charge médicale gratuite des réfugiés dans les centres de santé identifiés, et de surveiller l’émergence d’épidémies éventuelles. Pour Romain, « la forte réactivité d’A.M.I. » a contribué de manière décisive à la mise en œuvre de ce programme, « qui a permis de venir rapidement en aide à des populations soumises aux aléas des affrontements armés ».
Plus généralement, un des enseignements majeurs qu’il tire de son expérience est la nécessité d’adapter régulièrement le travail à l’évolution du contexte local. Cela passe par exemple, comme il le rappelle, par « une réunion de supervision organisée tous les mois par le BCZ, dans lequel A.M.I. appuie l’analyse des activités médicales récemment menées et la lecture des indicateurs de santé et des données épidémiologiques obtenus sur la zone de santé. Les priorités d’action sont ensuite fixées en collaboration avec les infirmiers titulaires responsables des centres de santé ».
Romain souligne que « sans le travail des ONG comme A.M.I., les populations doivent assumer la totalité de la prise en charge (locaux, médicaments, transports, salaires du personnel soignant, etc.) en cas de maladie. Parallèlement, les équipes médicales locales sont amenées à s’adapter à l’insuffisance des dépenses de santé de l’État central, à la pauvreté endémique de la population ainsi qu’à d’autres contingences plus techniques ou logistiques, comme l’absence de centrale d’achat de médicaments. Pour pallier ces difficultés, le renforcement des compétences du personnel local et le fort engagement de la communauté constituent des éléments déterminants, l’un comme l’autre nécessitant un effort soutenu de coordination. » Dans un tel contexte, la notion de confiance est, comme le rappelle Romain, au cœur des activités : « la bonne implémentation des activités de formation du personnel et de supervision des centres de santé passe par une attention toute particulière accordée au dialogue avec les équipes sur le terrain, souvent éloignées de leur famille ou conduites à travailler dans des régions isolées et soumises à des conditions climatiques rigoureuses, comme sur les Hauts Plateaux ». Pour Romain, cette démarche, faite de respect et d’écoute mutuels, « s’intègre à la nécessité d’une vision à long terme, pour préparer suffisamment en amont le désengagement des équipes médicales des ONG, et ne pas cultiver l’assistanat ».
Afghanistan : analyser les indicateurs, adapter les programmes
Un récent rapport du Haut commissariat de l’ONU aux droits de l’homme montre que deux tiers des Afghans vivent dans une pauvreté extrême. Seuls 23% des habitants ont accès à l’eau potable et seuls 24% de la population âgée de plus de 15 ans sait lire et écrire, précise le même document. Selon des données statistiques de l’UNICEF datant de 2008, le pays présente les taux de mortalité infantile, juvénile et maternelle parmi les plus élevés au monde : un sixième des nourrissons (165 sur 1 000) ne survivent pas plus d’un an, un quart des enfants afghans (257 sur 1 000) meurent avant leur cinquième anniversaire, et 55 femmes décèdent en moyenne chaque jour de complications liées à une grossesse (1 600 femmes pour 100 000 naissances).Arrivé à mi-chemin de sa mission d’un an en Afghanistan, Luis Rosa Sosa profite de son passage en France pour nous expliquer comment l’association travaille à accroître l’efficacité des programmes de santé qu’elle mène, grâce à un suivi rigoureux des indicateurs sanitaires sur le terrain.
Après des études de médecine générale en République dominicaine, Luis a vécu une première expérience humanitaire avec la Croix Rouge avant une spécialisation en santé publique en Israël. À l’issue d’une formation universitaire à Bordeaux, il a souhaité partir à l’étranger dans un cadre humanitaire pour mettre à profit ses compétences épidémiologiques nouvellement acquises. C’est la raison pour laquelle Luis a rejoint, en juin 2009, la mission d’Aide Médicale Internationale en Afghanistan, où l’association est présente depuis 1980 et participe depuis 2003 au rétablissement du système de santé amorcé par le ministère afghan de la Santé (MoPH).
« En tant qu’épidémiologiste sur la base de coordination de la mission à Kaboul, je suis chargé de l’analyse de la situation sanitaire de la province de la Kunar », explique-t-il. Dans cette région située au nord-est du pays, A.M.I. assure la mise en œuvre du Basic Package of Health Services (BPHS) et de l’Essential Package of Hospital Services (EPHS) en partenariat avec le MoPH. Cela passe par le soutien des activités de centres de santé de différents niveaux (1 hôpital, 31 dispensaires et environ 240 postes de santé), l’approvisionnement des différentes structures en médicaments et matériel, le recrutement et la formation de l’ensemble du personnel des structures de santé de la province, le renforcement du réseau communautaire d’agents de santé et l’intégration de nouvelles composantes de la politique de santé nationale (handicap, santé mentale, prévention du VIH/sida, transfusion sanguine, soins en milieu carcéral).
L’épidémiologie permet d’étudier les facteurs qui influent sur la santé et les maladies des populations, dans le cadre d’une politique de santé publique. C’est pourquoi le travail de Luis « repose principalement sur le recueil des informations et indicateurs de santé à l’échelle d’une province, l’analyse des données et l’étude des facteurs de variable, et sur l’évaluation des structures de santé tous les quatre mois. L’objectif, rappelle-t-il, est de mesurer l’évolution de la situation sanitaire dans la province de la Kunar suite aux activités d’A.M.I., de trouver des explications logiques à l’évolution des indicateurs de santé et d’adapter les activités et programmes en cours afin d’améliorer leurs effets positifs sur la population. »
Une des principales sources d’informations sanitaires dans son travail est le Health Management Information System (HMIS), une base de données nationale mise en place par le ministère afghan de la Santé qui centralise, de manière mensuelle et trimestrielle, l’ensemble des statistiques cliniques issues des structures de santé d’une province. Pour Luis, « la comparaison des indicateurs de santé à un an d’écart permet de déceler certains changements, concernant le nombre de pathologies diagnostiquées ou d’examens complémentaires réalisés ». Il s’agit alors de « trouver les raisons logiques à l’origine de cette variation ». Après une vérification préalable de la fiabilité des données reçues, l’épidémiologiste étudie l’influence potentielle d’une campagne de sensibilisation à la santé, de la propagation de maladies, de la diffusion de moyens de prévention, de l’évolution du matériel médical utilisé, du contexte économique ou environnemental, etc.
Luis relève que c’est à l’épidémiologiste que revient « la lourde tâche de décrypter et synthétiser les divers rapports émis par le MoPH, pour ensuite confronter ces données générales aux informations recueillies par les centres de santé supervisés par A.M.I., sur des périodes plus courtes allant d’un à trois mois ». Luis a par ailleurs pu achever la rédaction d’un important rapport épidémiologique pour A.M.I., Health state of three provinces (réduit à la seule province de la Kunar suite au retrait des provinces du Samangan et du Laghman à l’automne 2009), fruit de six mois de travail de recherche et de synthèse de ressources nationales et internationales : « Cet outil important permettra ainsi d’avoir une vision plus claire des besoins sanitaires sur le terrain, en dressant un véritable état des lieux de la situation locale, afin d’adapter les programmes menés par A.M.I. en conséquence. » Malgré l’apparence fastidieuse et rébarbative d’une telle somme de travail, Luis considère sa mission comme une « expérience extrêmement enrichissante en terme d’études épidémiologiques ». L’Afghanistan représente ainsi à ses yeux « un véritable laboratoire de santé publique », où chaque programme doit être adapté en permanence pour améliorer durablement les conditions d’existence de la population.
RCA : les activités de laboratoire, un appui technique essentiel apporté aux structures de soin
En quoi ont consisté vos activités sur les deux bases de Mbrés et Ndélé ?
Je suis intervenu sur le laboratoire de biologie clinique du centre de santé de référence de Mbrés ainsi que sur l’hôpital préfectoral de Ndélé. Mon rôle consistait à apporter un soutien aux activités de laboratoire et de transfusion sanguine par des formations continues et du compagnonnage. J’ai ainsi formé un technicien de laboratoire et un aide de laboratoire sur Mbrés ainsi que deux laborantins sur Ndélé.
Lors de ma mission en RDC en 2003 avec A.M.I., j’avais déjà mis en place différents modules de formation, que j’ai appliqués ici en RCA. Ces formations portent notamment sur l’hématologie, la bactériologie, l’immunologie, la cytologie, le diagnostic des maladies tropicales en laboratoire, la transfusion sanguine en milieu isolé. L’objectif est d’adapter au mieux les techniques et les pratiques au contexte local, en sachant qu’A.M.I. apporte notamment un soutien à des postes de santé éloignés.
Justement, quels sont les contraintes et les enjeux locaux concernant les activités que vous avez menées ?
L’un des objectifs des activités de laboratoire est d’apporter aux personnels soignants un élément de diagnostic via les analyses médicales. Les résultats des tests aident les médecins à établir un traitement adapté. Dans un pays durement touché notamment par le paludisme, le test biologique éclaire le médecin lorsque celui-ci soupçonne un cas de parasitose.
Les pratiques que j’ai enseignées sont conçues pour être adaptées au terrain, pour des structures dépourvues de matériels permettent des tests de dépistage automatisés. Les formations portent donc sur des techniques manuelles. L’objectif dans le cas de la transfusion sanguine est d’obtenir des transfusions sécurisées, en analysant l’état clinique du donneur, son groupe sanguin, en réalisant les tests immunologiques (VIH, hépatites B et C, syphilis, etc).
La transfusion sanguine est en effet la thérapeutique la plus dangereuse qui soit, il est donc impératif de prévenir tous les risques inhérents à cette pratique, en particulier dans un contexte de pénurie sanitaire et de sous-équipement, et alors que sévit l’épidémie de VIH/Sida. En effet, les médecins sont fortement tentés d’y recourir, car elle provoque un effet immédiat, qui peut sembler quasiment miraculeux. L’effet est particulièrement notable chez les enfants, qui sont par ailleurs nombreux à souffrir de malnutrition. Mais la transfusion comporte des risques, et il faut toujours mettre en balance le risque lié à la transfusion et le risque vital. C’est pourquoi j’intègre à mes formations, outre les aspects purement techniques, les règles sur le recours de cette thérapeutique de la transfusion. La règle principale étant : toute transfusion qui n’est pas formellement indiquée est formellement contre-indiquée.
Par quels moyens sensibiliser à une utilisation mesurée et raisonnée de la transfusion sanguine ?
Le module a été validé par la préfecture sanitaire, et donc par l’État centrafricain. Lors du séminaire de formation sur la transfusion sanguine en milieu isolé, j’invite toutes les personnes de la préfecture sanitaire : cliniciens, infirmiers, techniciens de laboratoire, et le médecin de la préfecture. L’objectif de cette mobilisation est que les « guidelines » exposées dans ce module de formation restent un document de référence, intégrées éventuellement dans les formations nationales.
Cet entretien avec Gilles Bastard a été mené en décembre 2009. Depuis lors, les personnels des postes de transfusion sanguine (PTS) formés par Gilles poursuivent leur travail de manière autonome.
RDC : VIH/Sida, la parole libérée (reportage)
Ce film présente, en près de 15 minutes, les activités menées par A.M.I. et ses partenaires en matière de lutte contre l’infection à VIH. Il montre l’importance de mener des programmes « intégrés » de lutte contre le VIH, articulant différentes actions, depuis l’information et la sensibilisation du public jusqu’à l’accompagnement psychosocial des patients atteints de la maladie, en passant par le dépistage et le suivi médical.
Ce film a été réalisé pour Aide Médicale Internationale par So On Pictures dans le cadre d’un partenariat avec la Mairie de Paris.
Yémen : s’ouvrir à l’humanitaire et au monde arabe
Situé à la pointe sud de la péninsule arabique, le Yémen connaît une situation socio-économique plus comparable aux États fragiles de la Corne de l’Afrique qu’aux puissances pétrolifères du monde arabe, en raison de la faiblesse de ses ressources en hydrocarbures et de sa faible productivité. La population yéménite, forte de 23 millions d’habitants, se distingue ainsi du reste de la péninsule par un important retard en terme de développement humain. Selon le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), 47 % de la population vit sous le seuil de pauvreté de 2 $ par jour, 34 % de la population n’a pas accès à l’eau courante, tandis que l’illettrisme touche 41 % de la population âgée de plus de 15 ans. Les maladies contagieuses et la malnutrition constituent les premières causes de mortalité et de morbidité, particulièrement dans les zones rurales qui concentrent près de 70 % de la population. Par ailleurs, le pouvoir central est ébranlé par les velléités sécessionnistes de l’ancien Yémen du Sud et la rébellion houthiste du nord. Une trêve fragile a récemment été trouvée avec les insurgés nordistes, permettant la fin des hostilités qui ont éclaté depuis 2004 et auraient fait plusieurs milliers de victimes et 350 000 déplacés.
Clinique mobile dans le district d’Al Marawa
Après une formation en secrétariat, Fabienne Alcaraz s’est lancée très tôt dans la vie active, multipliant les expériences professionnelles, avant de devenir responsable administrative et comptable dans une société de transport de voyageurs. Issue d’une mère d’origine malgache, elle souhaite depuis longtemps se consacrer à un projet de développement local à Madagascar. Elle quitte le monde de l’entreprise après 7 années de carrière, pour suivre une formation d’administrateur de 9 mois à l’institut Bioforce. Au terme de nombreuses démarches, Fabienne connaît sa première expérience humanitaire en rejoignant les équipes d’A.M.I. pour 3 mois, en tant qu’administratrice sur la mission Yémen.
Depuis 2007, les équipes d’A.M.I. viennent renforcer les capacités organisationnelles, techniques et matérielles de huit structures de santé gouvernementales, situées dans les districts d’Al Marawa (zone rurale) et d’Al Hali (zone urbaine), dans le gouvernorat d’Hodeïdah (côte ouest). En collaboration avec le ministère de la Santé, A.M.I. concentre ses activités sur la prise en charge des soins de santé materno-infantile, le traitement des épidémies, et la lutte contre l’insécurité alimentaire. Fabienne est venue en soutien aux trois expatriés présents sur la mission – un chef de mission et deux référents médicaux –, pour assurer la gestion des tâches administratives courantes et former un administrateur local.
« Un temps d’adaptation a été nécessaire pour que je parvienne à me familiariser avec le monde de l’humanitaire, le fonctionnement de la mission et le mode de vie au Yémen, reconnaît-elle. Durant un mois et demi, j’ai dû engranger rapidement une somme importante d’informations, concernant les procédures RH appliquées aux expatriés et personnels locaux, la gestion de la trésorerie, la répartition des tâches et l’encadrement des équipes au quotidien. J’ai été amenée à m’adapter au rythme de vie au Yémen, en privilégiant les démarches extérieures et les formalités administratives le matin, puisque banques et administrations sont fermées l’après-midi, en partie en raison du rituel du khat. » (Originaire d’Afrique de l’Est, la culture des feuilles de khat s’est également étendue à la péninsule arabique. Comme chez son voisin somalien, le rituel du khat est un facteur important de sociabilité au Yémen, puisque sa consommation en réunion est propice à de longues heures de discussion et de négociation.)
Un mois durant, Fabienne a aussi été chargée de la formation d’un administrateur local, afin qu’il soit en mesure de lui succéder et d’assumer la responsabilité de l’ensemble des tâches administratives sur la mission. « Travailler avec un jeune homme doté d’une courte expérience et âgé seulement d’une vingtaine d’années passait nécessairement par un important effort de communication, fait-elle remarquer. Cette phase de transmission de compétences, mais aussi d’échange et de partage entre deux personnes issues de cultures différentes, a été particulièrement enrichissante pour moi. Un véritable climat de confiance a d’ailleurs fini par s’instaurer entre nous. De manière générale, le personnel local témoigne d’une grande curiosité concernant les activités et le personnel expatrié de la mission. »
En raison du manque d’accès à l’enseignement et de la faiblesse du niveau d’instruction des langues étrangères, l’arabe demeure la langue de communication prédominante au Yémen. Les personnes anglophones sont rares dans le pays. Fabienne souligne à quel point « les traducteurs sont indispensables aux équipes d’A.M.I., pour permettre aux expatriés de se faire comprendre de la quinzaine de collaborateurs, de l’ensemble de la population et des autorités locales si nécessaire. C’est à l’administrateur que revient la supervision du travail des deux traductrices et l’organisation de leur planning. Celles-ci sont aussi utiles à la traduction des lettres officielles, des plaquettes pédagogiques et d’autres types de documentation, qu’à l’accompagnement d’expatriés lors de sessions de formation. Les traductrices sont incitées à faire preuve de précision et d’attention, notamment dans l’usage du vocabulaire médical, pour ne pas altérer le sens de certaines prescriptions. Lorsque "repas" devient "alimentation", le message véhiculé par les équipes chargées des programmes de nutrition peut devenir plus confus pour les populations. »
En dépit de la durée limitée de sa mission, Fabienne a eu l’opportunité de développer un certain contact avec la population et le travail de terrain, en prenant le temps d’observer les traditions locales : « Il était plus facile pour moi de m’intégrer progressivement à la population d’une ville régionale de taille moyenne comme Hodeïdah, par rapport à la capitale du pays, même si la langue reste une barrière difficilement surmontable en si peu de temps. Il n’est pas forcément évident de trouver sa place lorsque l’on est une femme occidentale qui travaille dans l’humanitaire, au sein d’une société où l’autorité masculine est très marquée. Néanmoins, le fait d’être une femme permet d’estomper en partie la réserve de la population yéménite à son encontre, et des femmes en particulier. J’ai d’autre part eu la chance de sortir de ma bulle quotidienne, en partie éloignée des difficultés rencontrées par la population dans le reste du Yémen, pour me rendre sur un centre de santé d’Al Marawa et découvrir le travail des équipes d’A.M.I. sur le terrain. De manière générale, cette première mission humanitaire a été une expérience riche d’enseignements à tous les niveaux. Et elle me permet maintenant d’envisager d’une manière différente le projet que je souhaite entreprendre à Madagascar. »
La Chronique 95 d’A.M.I. (dossier spécial Haïti) est parue
Vous y trouverez un dossier spécial sur Haïti, plus de 2 mois après le séisme qui a frappé le pays. Dans ce pays, il importe, comme le rappelle Erwan Le Grand, délégué général d’A.MI., de réussir la transition entre extrême urgence et reconstruction… ce que s’emploient à faire, comme les autres humanitaires présents sur place, les équipes d’Aide Médicale Internationale.
A l’occasion du 30e anniversaire de l’association, cette Chronique revient aussi sur l’engagement d’A.M.I. en Afghanistan, de 1980 à nos jours…
Aide Médicale Internationale : un nouveau logo, un engagement constant
Rapidement, A.M.I. fait le choix de former des personnels de santé locaux. Si la crainte de ne pouvoir revenir dans ces régions difficiles d’accès motive tout d’abord cette démarche, la formation deviendra rapidement un élément fondamental de l’approche opérationnelle d’A.M.I. Le choix de privilégier l’accompagnement et le soutien aux structures et acteurs locaux aura dès lors pour objectif premier de bâtir, avec les personnels des pays d’intervention, des dispositifs pérennes et autonomes.
Trente années ont passé, qui ont vu le monde changer, toujours traversé de soubresauts, toujours frappé, en certaines régions, par des conflits ou des catastrophes naturelles. En 30 ans, avec pour finalité de permettre à des populations vulnérables et oubliées d’accéder à des soins de qualité, A.M.I. aura mené des missions dans 33 pays et régions du monde. Trente années de missions, d’engagement, d’échanges, de partage, de réussites, mais aussi d’interrogations, de questionnements…
Aujourd’hui, à l’occasion de son 30e anniversaire, et de l’organisation de l’exposition 30 ans d’accès aux soins au Sud, A.M.I. change de logo.
Si l’identité visuelle d’A.M.I. est renouvelée, l’engagement fort de l’association en faveur du rétablissement de l’accès aux soins à travers le monde est, lui, inchangé.
Exposition 30 ans d’accès aux soins au Sud : Programme des conférences
PROGRAMME DES CONFÉRENCES ET PROJECTIONS-DÉBATS
HÔPITAL ROBERT-DEBRÉ
VENDREDI 26 MARS
> Conférence « Enfants et jeunes en situation de rue : prise en charge médicale et accompagnement psychosocial »
10h – 11h30 / Amphithéâtre Etienne Vilmer, Hôpital Robert-Debré
Tous publics
(plus d’informations sur cette conférence)
LUNDI 29 MARS
> Conférence « Maternité en milieu difficile et grossesses à risque »
9h – 10h30 / Amphithéâtre Etienne Vilmer, Hôpital Robert-Debré
Public professionnel
(plus d’informations sur cette conférence)
> Conférence et ateliers « S’investir dans l’humanitaire : engagement et professionnalisme »
14h-16h / Amphithéâtre Etienne Vilmer, Hôpital Robert-Debré
Tous publics
(plus d’informations sur cette conférence)
MERCREDI 31 MARS
> Conférence « Les enjeux de la pérennisation des programmes de lutte contre le VIH/Sida dans les pays du Sud »
10h – 12h / Amphithéâtre Etienne Vilmer, Hôpital Robert-Debré
Tous publics
(plus d’informations sur cette conférence)
> Conférence « La faim dans le monde : des enjeux globaux aux programmes intégrés de lutte contre la malnutrition »
14h – 15h30 / Amphithéâtre Etienne Vilmer, Hôpital Robert-Debré
Tous publics
(plus d’informations sur cette conférence)
JEUDI 1er AVRIL
> Conférence « Violences faites aux femmes en contexte de guerre »
10h – 12h / Amphithéâtre Etienne Vilmer, Hôpital Robert-Debré
Tous publics
(plus d’informations sur cette conférence)
MARDI 6 AVRIL
> Conférence « Paludisme : Maladie de la pauvreté ? Maladie négligée ?
10h – 11h30 / Amphithéâtre Etienne Vilmer, Hôpital Robert-Debré
Public professionnel
(plus d’informations sur cette conférence)
MERCREDI 7 AVRIL
> Projection-débat, tous publics
10h - 11h / Amphithéâtre Etienne Vilmer, Hôpital Robert-Debré
Projection du film Kahololo – 2951 m, la route de la santé
(film documentaire de 28 minutes réalisé en mars 2009 au Sud-Kivu, République Démocratique du Congo)
Débat avec Typhaine Hoenner, responsable de programmes pour la République Démocratique du Congo
(plus d’informations sur cette conférence)
JEUDI 8 AVRIL
> Conférence « Particuliers et entreprises : nouvelles formes et nouveaux modes de financement de la solidarité »
10h - 12h / Amphithéâtre Etienne Vilmer, Hôpital Robert-Debré
Tous publics
(plus d’informations sur cette conférence)
Exposition : 30 ans d’accès aux soins au Sud
À l’occasion de son 30e anniversaire Aide Médicale Internationale organise, du 25 mars au 9 avril 2010 une grande exposition multimédia on et off-line et initie une plateforme d’échanges et d’animations autour du thème de l’accès aux soins au Sud.
C’est dans un espace de 600 m2, composé de coursives sur 3 étages et habillé aux couleurs d’A.M.I., que l’association propose une découverte de ses activités et des enjeux de l’accès aux soins, tous les jours, de 10h00 à 18h00, dans le jardin d’hiver de l’Hôpital Robert-Debré.
Composée de reconstitutions en volume et de supports multimédia (photographies, vidéos, jeux interactifs, …), cette exposition vise, à travers ses ambiances sonores et sa circulation par métiers, par pays et par programme, à plonger le visiteur dans l’univers et les terrains d’intervention d’A.M.I.
Cette exposition se veut avant tout une plateforme de réflexion : en présentant ses programmes et son fonctionnement opérationnel, A.M.I. souhaite illustrer les enjeux de son engagement en faveur de l’accès aux soins et mettre en perspective ses pratiques et celles de l’ensemble des acteurs qui oeuvrent en ce sens.
Un programme de visites et d’animations spécifiques, organisé avec les partenaires d’A.M.I. et de l’Hôpital Robert-Debré, permettra de faire vivre cet espace et d’adapter sa découverte aux différents publics : scolaires et jeunes, étudiants des secteurs médico-social et humanitaire, professionnels de santé, mais aussi patients de l’hôpital et publics de tous les horizons.
Parallèlement à l’exposition, A.M.I. propose une dizaine de conférences-débats pour approfondir différentes thématiques que recouvrent les champs du droit à la santé et de l’accès aux soins au Sud.
Découvrez le planning des conférences
Plus d’informations sur http://www.amifrance.org/30ans/
Haïti : une réalité indicible
Yves Bourny a assuré pendant cinq semaines les fonctions de coordonnateur des programmes d’urgence d’A.M.I. en Haïti. Aujourd’hui de retour de mission, alors qu’un nouvel expatrié assure désormais ces fonctions, Yves nous livre quelques impressions sur le contexte actuel de la capitale haïtienne.
"Nous sommes bloqués depuis plus d’une heure dans les embouteillages. Nous avons bien essayé de quitter les axes principaux mais toutes les rues secondaires sont obstruées par les gravats ou des tentes. Le peu d’espace entre les bâtiments effondrés est occupé et les rues sont envahies par les campements provisoires. Par centaines de milliers, les gens dorment encore dehors, sous des tentes igloos familiales pour les plus chanceux, sous de simples bâches pour d’autres. Le centre de Port-au-Prince est devenu un immense bidonville. La saison des pluies arrive avec sa menace de nouvelles catastrophes. Les drains qui canalisaient tant bien que mal les eaux de ruissellement ont tous été rompus par le séisme du 12 janvier. Les glissements de terrain risquent d’être beaucoup plus importants cette année, ce qui fait craindre qu’ils causent un nombre important de victimes. Une deuxième catastrophe risque de succéder à celle du début d’année.

- Jeunes enfants se présentant à une séance de vaccination
L’état de santé de ceux qui sont restés se dégrade. On le voit bien au niveau des cliniques mobiles d’A.M.I. Les infections respiratoires et les maladies diarrhéiques sont beaucoup plus fréquentes. Les soins des traumatismes du séisme ont désormais laissé la place à la prise en charge des pathologies communes à la pauvreté et la précarité. Cinq équipes médicales haïtiennes assurent tous les jours des consultations gratuites sur des sites repérés à l’avance. Tous les matins, les équipes se retrouvent dans notre centre médico-social de Martissant pour faire le point et préparer la tournée du jour. Nous devons d’ailleurs les rejoindre à 8h00 ce matin, ce qui nécessite patience et organisation… Comme A.M.I. travaille sur cette proche banlieue depuis 2004, nos contacts locaux, comités ou groupements informels, nous aident à déployer nos activités de soins là où c’est le plus urgent. Grâce à eux, nous pouvons intervenir dans des conditions acceptables : des tentes sont installées à l’avance, parfois, nous utilisons une maison encore debout prêtée par son propriétaire. La solidarité dont ont fait montre les Haïtiens a été une belle leçon. Tout le monde prévoyait des pillages et des émeutes. Rien de tout cela malgré quelques incidents isolés montrés en boucle dans les médias internationaux. Les Haïtiens ont relevé la tête courageusement et ont fait bloc.
La situation est tellement indicible. Plus de 300 000 morts et au moins autant de blessés. La réalité, derrière ces chiffres, dépasse tout ce qu’on peut imaginer. Beaucoup de cadavres restent encore sous les décombres. Quant aux survivants, ils sont plus d’un million et demi de sans-abri. Leurs besoins sont colossaux, et y répondre est une tâche d’une ampleur sans précédent. Il faut parer au plus urgent, protéger, nourrir et soigner ceux qui n’ont plus rien. Il va falloir aussi détruire les milliers de bâtiments qui menacent de s’écrouler. Et déblayer l’équivalent d’une ville en béton et fers tordus. Je pense à ce type qui m’expliquait qu’il avait construit une maison l’an dernier. Il va continuer à payer toute sa vie pour cette maison… qui n’existe plus."
Haïti : Port-au-Prince, sept semaines après le séisme, état des lieux des programmes d’A.M.I.
Sept semaines après le séisme (qui a frappé Haïti le 12 janvier dernier), les organisations humanitaires sont toujours à pied d’œuvre auprès des habitants de Port-au-Prince et des environs. Les conditions de vie des Haïtiens victimes de la catastrophe sont toujours particulièrement difficiles et les besoins sanitaires comptent parmi leurs préoccupations premières.

- Vue du quartier de Granravine
L’action d’urgence repose essentiellement sur le travail de cliniques mobiles qui sillonnent le quartier de Martissant, où vivent près de 250 000 personnes. Initialement au nombre de deux, les cliniques mobiles A.M.I. sont, depuis le 23 février, au nombre de six. Le renfort de nouveaux expatriés et de personnel haïtien a permis le développement du dispositif. Les six équipes mobiles, composées de cinq personnes chacune, assurent des soins de santé primaires et des vaccinations. L’objectif fixé, en coordination avec le ministère haïtien de la Santé, est de vacciner 20 000 personnes, notamment des enfants de moins de sept ans (contre la rubéole, la rougeole, la coqueluche, etc.) et des enfants de plus de sept ans. Les séances de vaccination sont aussi l’occasion de distribuer vitamines et vermifuge et, aux mères, de donner du lait enrichi afin de lutter contre la malnutrition des jeunes enfants.
Le programme enfants et jeunes des rues (en cours depuis 2004) a été fortement impacté par le séisme. L’équipe du programme a rapidement voulu reprendre contact avec les enfants. Si le contexte a rendu cette démarche difficile, désormais, une des cliniques mobiles se rend dans des centres d’accueil pour enfants (Lacay, Gantier, Lakou, Kafa, etc.) et dans certaines « bases » (lieux de rassemblement de ces jeunes : base cimetière, et – dans les jours à venir – bases aéroport, carrefour, clercine).
Enfin, le programme SOG, qui avait tout juste débuté en début d’année, se poursuit. Un travail d’identification des acteurs engagés sur l’accompagnement des femmes enceintes a été entrepris afin de savoir si le séisme avait désorganisé les réseaux de matrones, mambos, etc. présents sur la zone. Si la population de Martissant est stabilisée (à savoir, s’il n’y a pas trop de déplacements d’habitants), une étude connaissances attitudes pratiques va être menée auprès des femmes en âge de procréer avant d’enclencher les premières actions d’information et de sensibilisation sur la grossesse et l’accouchement.
Anne Dutrey-Kaiser, responsable programme au siège, le rappelle : « Au-delà des actions d’urgence que nos équipes mènent, nous travaillons à adapter les actions qui préexistaient (programme enfants des rues et programmes SOG) au nouveau contexte. Notre objectif est que l’ensemble de nos interventions soient complémentaires les unes des autres ». Ainsi, l’essentiel des actions se déroule dans Martissant (le travail auprès des enfants des rues conduit cependant les équipes à se rendre dans d’autres zones de la capitale haïtienne). « Par ailleurs, ayant constaté que le nombre de cliniques fixes opérationnelles dans la zone est extrêmement réduit (deux ou trois), nous allons proposer au ministère de la Santé d’aménager le centre médico-social du programme enfants et jeunes des rues pour le transformer en clinique de niveau 2 » (pour mémoire, dans le cadre de l’Emergency Medical Response, le ministère haïtien de la Santé a opéré une classification des structures de santé en 3 niveaux, depuis l’équipe mobile légère jusqu’à la structure hospitalière de référence). La volonté des équipes, sept semaines après la catastrophe, est d’adapter les actions pour répondre au plus près aux besoins des populations.
Thaïlande : soutenir et former les réfugiés à la frontière birmane
Depuis 1984, des milliers de personnes fuient le territoire du Myanmar (Birmanie), pour trouver refuge en Thaïlande. Aujourd’hui, plus de 150 000 personnes, principalement issues des ethnies Karen, Karenni et Mon, vivent dans neuf camps proches de la frontière birmane. La Thaïlande n’ayant pas ratifié la Convention de Genève (1951), ces hommes, femmes et enfants sont privés du statut de réfugié et disposent de droits extrêmement limités, en termes d’activité professionnelle et de déplacement. Ces populations sont donc extrêmement dépendantes du soutien des organisations de solidarité internationale.
Anna Paul a intégré les équipes d’Aide Médicale Internationale, engagées auprès des populations des camps de la frontière depuis 1995, pour participer à un programme d’assistance médicale bénéficiant à une population de 91 000 personnes. Cette ancienne étudiante en relations internationales et droit humanitaire, à Aix-en-Provence, avait réalisé auparavant des missions d’encadrement et de suivi d’activités de plusieurs mois pour différentes organisations humanitaires, en particulier au Tchad et en République centrafricaine. « La situation sécuritaire en Thaïlande était beaucoup plus stable qu’au Tchad, où les expatriés tendent à s’habituer à un climat d’insécurité chronique et finissent par ne plus réussir à juger de la dangerosité d’une situation », reconnaît-elle.
Au cours de sa mission d’un an dans la province de Tak (nord-ouest), Anna a été responsable de la gestion de l’ensemble des activités sanitaires dans le camp de réfugiés de Mae La, un des trois camps dans lesquels A.M.I. mène des programmes de soins et de formation, le long de la frontière birmane.
Le camp de Mae La a une double particularité par rapport à ses deux voisins de Nu Poe et Umpiem. D’une part, il couvre une population de bénéficiaires (44 000 personnes) aussi importante que celle des deux autres camps réunis. D’autre part, des soins de santé préventive, notamment destinés aux femmes enceintes et jeunes enfants (vaccinations, nutrition, soins post-natals, éducation à la santé et suivi démographique), sont dispensés en plus du volet curatif (consultations généralistes, examens médicaux, consultations spécialisées). Le spectre des soins à prodiguer, comme des tâches à accomplir, est donc considérable.
Assurant régulièrement des liaisons entre la base de coordination de la mission à Mae Sot et le camp de Mae La, distant d’une quarantaine de kilomètres, Anna devait s’occuper de l’encadrement des équipes (dont 280 personnels locaux), du monitoring des programmes, de l’application de la stratégie et du reporting destiné aux bailleurs de fonds.
« Une des principales difficultés de ma mission a été de savoir gérer les priorités au vu de l’ampleur des activités implémentées. Il a fallu s’adapter à l’évolution permanente du contexte, notamment à l’afflux de nouveaux réfugiés, mais également au départ de membres locaux de nos équipes ayant été relocalisés à l’étranger », confie la responsable de projet. Le processus de relocalisation (resettlement) initié par le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) a en effet permis à plus de 40 000 habitants des camps de quitter la Thaïlande pour des pays tiers depuis début 2004. Ceux-ci privilégiant l’immigration de personnes qualifiées, A.M.I. est confrontée au départ régulier de son personnel de santé local ayant reçu une formation pour participer au développement communautaire. Ce phénomène est d’autant plus important que le processus de relocalisation s’est intensifié au cours des dernières années et qu’il s’est focalisé sur les trois camps où l’association est implantée. Cela renforce la nécessité de produire un effort accru d’accompagnement et de renforcement des compétences des personnels de santé locaux : sages-femmes, médecins, infirmières, techniciens de laboratoire, etc.
« Les équipes d’A.M.I. s’efforcent de former du personnel de santé local pour qu’il soit en mesure d’aider la communauté. A plus long terme, il serait d’ailleurs intéressant de renforcer les initiatives locales à travers les Community base organisations (CBO). Mais cela reste particulièrement complexe de mener un travail d’autonomisation auprès de populations désoeuvrées, coupées de la société thaïlandaise et prises en charge de manière discontinue par les autorités du pays », ajoute Anna.
Même si son travail de coordination ne l’a pas amenée à être toujours en contact direct avec les bénéficiaires, il lui a permis d’avoir de très nombreuses responsabilités et de relever autant de défis nécessaires pour mener à bien les activités d’A.M.I.. Et c’est avec une expérience humanitaire aussi riche que variée qu’Anna s’apprête à préparer des concours administratifs pour travailler dans la fonction publique.
Haïti : soins de santé primaires et consultations post-opératoires à Port-au-Prince
C’est auprès de 72 000 personnes, dans les « sous-quartiers » de Fontamara 27, Deluy, Sud-Martissant, Capoie la Mort, La Belair que deux équipes médicales mobiles sont à l’œuvre. Pour permettre au plus grand nombre d’habitants d’être informés du passage de ces équipes, des plannings d’intervention de 15 jours ont été réalisés en concertation avec les chefs de quartier, qui sont chargés de prévenir la population. De plus, les lieux et dates des consultations assurées par les cliniques mobiles sont communiqués par Radio France Internationale (RFI), qui diffuse quotidiennement des émissions radiophoniques d’informations pratiques à destination des Haïtiens.
À l’œuvre depuis le 23 janvier, chacune des deux équipes mobiles assure désormais entre 60 et 100 consultations par jour. L’une d’entre elle se focalise sur les soins post-opératoires (nettoyage des plaies, changement des bandages, renouvellement des pansements, référencement de certains patients vers les quelques structures de prise en charge spécialisées opérationnelles). L’équipe chargée des soins de santé primaires dispense des consultations généralistes et assure des consultations prénatales à l’occasion desquelles une sensibilisation aux avantages que présentent, les accouchements en structures de soins pour les jeunes mères et leurs nouveaux-nés est assurée. Cependant, en raison du manque de structures de soins obstétricaux, des « kits d’accouchement », comprenant une feuille de plastique, une lame de rasoir et une ficelle stérile pour le cordon ombilical, ainsi que des gants et du savon pour l’accoucheuse, sont distribués aux autres femmes ayant atteint leur neuvième mois de grossesse. Lorsque des accouchements potentiellement à risque sont détectés, les consultations prénatales sont l’occasion d’encourager les femmes à se rendre dans des centres de soins adaptés.
Face à l’ampleur des besoins en soins de santé primaires, A.M.I. devrait mettre en place, d’ici à la fin du mois, trois cliniques mobiles supplémentaires pour étendre la zone d’intervention actuelle. Une équipe mobile spécialisée en santé infantile devrait renforcer le dispositif dans le même temps.
Haïti : participer au renforcement du dispositif global de soins
Dans la banlieue sud de Port-au-Prince, une première clinique mobile d’A.M.I. couvre les consultations générales liées aux soins de santé primaires. Le personnel médical doit notamment traiter de très nombreux cas de diarrhée, qui pourraient être liés au manque d’accès à l’eau potable ou d’évacuation des eaux usées, comme à l’exposition aux intempéries et au froid la nuit. Une partie du travail d’A.M.I. est ainsi consacré à la sensibilisation aux règles d’hygiène (le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA) estime que seulement 292 latrines ont été construites sur les 7 000 que la situation sanitaire exige). Dans le même temps, une deuxième équipe est chargée du suivi des interventions médicales en procurant les soins et les pansements nécessaires.
Les deux équipes parviennent actuellement à couvrir plusieurs zones amenées à s’étendre, et qui aujourd’hui comprennent Martissant, Fontamara 27, Deluy, Capois la Mort, La Belaire, Grande Ravine, Cité Charité, Madangano, Lakou Mango et Fort Mercredi.
Les équipes d’A.M.I. ont récemment bénéficié de l’envoi de nouveaux kits de médicaments et de matériel médical, dont certains ont été fournis par Promesse (OMS), permettant pour chaque unité de réaliser 1 000 consultations. Des kits Tulipe ont aussi été massivement envoyés, pour être partagés entre A.M.I. et la Chaîne de l’Espoir, en fonction des besoins spécifiques à chaque organisation.
Le travail des cliniques mobiles intervenant sur les sites d’hébergements spontanés constitue le premier échelon d’un système médical de réponse d’urgence, amené à être mis en place prochainement par le ministère de la Santé publique et de la population (MSPP). Les autorités sanitaires comptent ainsi réquisitionner l’ensemble des cliniques toujours en état de fonctionner et disposant d’un personnel suffisamment large (nurse, médecin, laborantin, auxiliaire de santé), afin qu’elles puissent prendre en charge à n’importe quel moment les personnes référencées par les cliniques mobiles, notamment pour des accouchements. Quant aux hospitalisations durables et aux situations assorties de complications médicales, elles devraient normalement être assumées par des hôpitaux de référence qui constitueraient le dernier échelon de ce vaste dispositif de prise en charge des malades et blessés.
Dans ce cadre, les équipes d’A.M.I. ont déjà réalisé une évaluation des besoins et moyens à mettre en œuvre dans la clinique Saint-Michel, à Fontamara 27, près de Martissant. L’organisation pourrait y apporter un soutien technique et financier, après signature d’un partenariat avec le MSPP. À partir de ce centre de soins, il est par ailleurs envisagé que deux nouvelles cliniques mobiles soient rendues opérationnelles pour couvrir les besoins de 5 sites de santé communautaire déjà existants, auxquels viendraient s’ajouter 5 autres sites afin d’assurer la couverture la plus homogène possible de la zone.
Action d’urgence en Haïti : des fondations, entreprises, collectivités et donateurs aux côtés des équipes d’A.M.I.
Pour répondre aux besoins immenses des Haïtiens, les efforts à fournir aux côtés de la population nécessiteront du temps et des moyens conséquents. C’est pourquoi le moment n’est pas venu de cesser la mobilisation en faveur des survivants du séisme.
Cela étant, les équipes d’Aide Médicale Internationale souhaitent dès aujourd’hui adresser leurs plus vifs remerciements à toutes celles et ceux, qui par leurs dons, leur permettent de mener des programmes sanitaires d’urgence à Port-au-Prince. Ces contributions sont essentielles à la réalisation de nos activités actuelles et le seront tout autant pour les programmes de plus long terme qui seront prochainement mis en œuvre.
Nos remerciements vont particulièrement :
- aux membres et donateurs d’A.M.I.
- au Conseil général des Hautes Pyrénées
- au Crédit Coopératif et à ses collaborateurs
- à la Fondation de France
- à la Fondation Grand Orient de France
- à la Fondation Tulipe
- à la Fondation Air France, au Groupe Air France et à ses collaborateurs
- au Groupe sanofi aventis et à ses collaborateurs,
- aux Laboratoires MSD-Chibret et leurs collaborateurs
- à la Mairie de Tarbes
- à la Société Schering-Plough et à ses collaborateurs
Nous remercions également le portail Internet MSN actions solidaires, le site jeveuxaider.com et le site du Tour de France humanitaire pour avoir relayé notre appel aux dons pour le financement des interventions d’urgence en Haïti.
Nous établirons, dans les semaines à venir, un bilan opérationnel et financier des actions entreprises par A.M.I. pour porter secours aux victimes du tremblement de terre du 12 janvier en Haïti.
Retour sur cinq jours d’interventions chirurgicales à Pétionville
Jacques Bérès, chirurgien et ancien président d’A.M.I., est arrivé à Port-au-Prince le 15 au matin. Avant de retrouver les membres de l’équipe présents dans la capitale haïtienne, il rejoint, avenue Delmas où les destructions sont massives, un groupe d’Haïtiens qui s’emploient à dégager des blessés incarcérés sous les décombres. Après deux heures d’efforts, quatre personnes, toutes blessées, en sont extraites. Il accompagne deux d’entre elles à l’hôpital de La Paz. Accueilli chaleureusement par des chirurgiens cubains qui travaillaient déjà dans cette structure avant le séisme, il effectue deux premières interventions : deux amputations.
Le soir, rendez-vous est donné avec l’équipe d’A.M.I. sur la pelouse de la résidence de l’ambassadeur de France. Après une exploration menée le 16 janvier auprès de plusieurs hôpitaux, où des blessés graves se comptent par dizaines, c’est le 17 qu’il se rend à Pétionville, dans la clinique Lambert, établissement privé construit quelques mois plus tôt. Là, l’équipe soignante est dirigée par le docteur Maggy Desgand, s’est mise depuis les heures qui ont suivi le séisme à la disposition de la population. Pendant les 48 premières heures, quatre chirurgiens et deux anesthésistes haïtiens n’ont quasiment pas cessé d’opérer. Jacques Bérès est accueilli par cette équipe durement éprouvée. Il mène huit opérations, principalement des amputations et une vingtaine de consultations. Un autre chirurgien français, arrivé de Toulouse, dont l’épouse assure la gestion des comptes-rendus opératoires, renforce l’équipe médicale de la clinique.
Le 18 janvier Didier Peillon, anesthésiste, et Virgile Debu, responsable logistique d’A.M.I. arrivent eux aussi à la clinique Lambert. Coordonnant leur travail avec celui mené par un chirurgien espagnol et un infirmier de bloc opératoire, arrivés le même jour et travaillant pour une autre organisation humanitaire, les interventions se succèdent. Le lendemain, l’équipe d’A.M.I. assure 12 opérations, puis 16 le 20 janvier, alors que des médecins américains renforcent à leur tour l’équipe de la clinique.
Le 20 janvier au soir, la phase de primo-urgence de l’intervention d’A.M.I. prend fin. Au total, l’équipe d’urgence aura assuré 46 opérations sous anesthésie générale et huit sous anesthésie locale, grâce à l’accueil professionnel et amical des praticiens de la clinique Lambert de Pétionville.
(sur la base du rapport de fin de mission du Dr Jacques Bérès)
Haïti, Port-au-Prince : Des cliniques mobiles A.M.I. à Martissant, Fontamara 27 et Deluy
Alors que l’intervention des organisations humanitaires auprès de victimes du tremblement de terre en Haïti se poursuit, le travail des équipes d’Aide Médicale Internationale entre dans une nouvelle phase. Après huit jours de chirurgie à la clinique Lambert de Petionville, le dispositif se concentre désormais sur les soins à apporter quotidiennement aux survivants.

- Le docteur Cassion, membre de l’équipe d’A.M.I., assure des consultations auprès des blessés
Ainsi, comme le rapporte Annalisa Lombardo, chef de mission en Haïti, deux cliniques mobiles sillonnent désormais différents quartiers de Port-au-Prince depuis le 23 janvier, l’une assurant des soins de santé primaires, l’autre des soins aux blessés.
C’est auprès de regroupements de survivants de 3 000 personnes chacun dans les « arrondissements » de Martissant et Fontamara 27, que l’équipe de la première clinique mobile assure, sous tente, des soins de santé primaires. L’équipe de la deuxième clinique mobile se rend quant à elle depuis trois jours dans le quartier de Deluy pour dispenser des soins aux blessés.
Le travail de ces cliniques mobiles, qui doit s’étendre à de nouvelles zones dans les jours à venir, s’inscrit dans la stratégie d’urgence des autorités sanitaires haïtiennes qui préconisent que des médicales volantes se rendent dans les quartiers au plus près des habitants de Port-au-Prince.
A Pétionville, dans la banlieue de Port-au-Prince, une équipe chirurgicale d’A.M.I. opère des blessés
L’équipe médicale d’urgence, qui a rejoint la mission A.M.I. présente à Port-au-Prince, participe activement aux soins dispensés aux victimes du tremblement de terre.

- L’équipe médicale opère une jeune enfant blessée à la tête
L’équipe médicale d’urgence, composée d’un chirurgien et d’un anesthésiste, qui ont a rejoint Haïti les 15 et 16 janvier dernier, travaille actuellement, avec le médecin de la mission déjà présent sur place, à la clinique Lambert de Pétionville.
Depuis bientôt une semaine, ils sont à pied d’œuvre, aux côtés de personnels soignant haïtiens et d’autres organisations humanitaires, pour opérer des patients sortis des décombres et victimes de traumatismes graves.

- Aux abords de la clinique
Dans le même temps, les autres membres de l’équipe travaillent à la coordination de l’aide humanitaire, assurent le soutien logistique aux activités en cours et à la préparent les actions à venir.
Demain, une infirmière et un coordinateur logistique partiront pour Port-au-Prince afin de renforcer l’équipe.
Haïti : six jours après la catastrophe, A.M.I. poursuit son action d’urgence et prépare la suite de son intervention
Des camps de sans-abri se constituent spontanément ; les familles dont les habitations ont été détruites se réunissant dans les espaces non bâtis de la ville, parcs, terrains de sport, grandes avenues. Quelques hôpitaux de campagne sont installés, et les structures de soins encore en fonctionnement reçoivent des blessés en nombre, choqués, victimes de fractures et traumatismes.
C’est dans le bloc opératoire de l’une de ces structures, la clinique Lambert, qu’une équipe A.M.I. est à pied d’œuvre. Aux côtés d’autres praticiens, Jacques Bérès, chirurgien et ancien président de l’association, y opère sans relâche depuis vendredi dernier, épaulé depuis samedi par un anesthésiste et le médecin d’A.M.I. présent à Port-au-Prince avant que la catastrophe survienne. Une partie du personnel médical qui travaillait dans le cadre du programme enfants des rues d’A.M.I., qui avaient d’abord porté secours aux habitants de leurs voisinages et à leurs familles, a aussi rejoint l’équipe à l’œuvre.
En parallèle à ces interventions d’urgence, et pour mieux organiser la suite cette intervention et la suite qui lui sera donnée, Annalisa Lombardo, chef de mission pour A.M.I. en Haïti, participe depuis jeudi dernier aux réunions thématiques de coordination sur les questions sanitaires, les distributions de biens de premières nécessité (tentes, kits d’hygiène, jerricans, etc.), ou l’organisation logistique. En lien avec les agences des Nations Unies et différentes organisations humanitaires, elle organise le travail des équipes de la mission. Elle doit également mener, aujourd’hui 18 janvier, une évaluation précise des besoins sanitaires à Martissant, où est implanté la mission A.M.I. depuis 2004. En effet, seul un centre de santé est opérationnel dans ce quartier de la capitale haïtienne où vivent 100 000 personnes. L’objectif de l’évaluation est de préparer la mise en place d’une clinique mobile pour se rendre auprès des blessés dans l’impossibilité de se déplacer.
La responsable administrative et le logisticien haïtien de la mission, que le responsable logistique du siège a rejoint samedi, s’occupent de l’organisation matérielle des opérations : réception et stockage des kits médicaux d’urgence arrivés en fin de semaine dernière, identification d’une nouvelle base de travail (les bureaux d’A.M.I. ayant été endommagés lors du séisme et les véhicules de la mission n’étant pas utilisables pour l’heure) et organisation des moyens de déplacement.
Une nouvelle équipe de renfort, composée d’un coordinateur d’urgence, d’un coordinateur logistique, d’un médecin et d’une infirmière, doit quitter Paris pour Haïti cette semaine.
Pour soutenir cette action d’urgence, Aide Médicale Internationale lance un appel aux dons.
Si vous souhaitez contribuer à cette action et venir en aide aux victimes du tremblement de terre en Haïti, vous pouvez envoyer vos dons, assortis de la mention « urgence Haïti », à :
Aide Médicale Internationale, 1 rue du Pré Saint-Gervais – 93500 Pantin
Vous pouvez également effectuer un don en ligne sur notre espace sécurisé.
Par avance, nous vous remercions pour votre soutien.
Depuis fin 2003-début 2004, A.M.I. met en œuvre un programme de suivi médical et psychosocial auprès de 1 500 enfants et jeunes des rues de Port-au-Prince et a débuté, au début de l’année 2010, un programme de soins obstétricaux gratuits.
Séisme en Haïti : les victimes se comptent en dizaines de milliers à Port-au-Prince
Les images de destructions de bâtiments publics et d’habitations, d’hommes, femmes et enfants blessés déambulant, hagards, dans les rues de Port-au-Prince, de cadavres et décombres jonchant les rues ont tristement attesté de la violence du tremblement de terre. S’il n’est aujourd’hui pas possible de dénombrer avec précision les victimes de cette catastrophe naturelle, il est malheureusement probable que morts et disparus se comptent par dizaines de milliers. Dans un pays comme Haïti, le plus pauvre de la région, la destruction des quelques infrastructures sanitaires laisse craindre que le bilan humain déjà très lourd s’aggravent dans les jours à venir.
Alors que communauté internationale et opinions publiques, prenant conscience de l’ampleur du drame et des besoins aigus des habitants de la capitale, se sont rapidement mobilisées, Aide Médicale Internationale, présente en Haïti depuis 1984, et à Port-au-Prince depuis 2004, a décidé de renforcer son équipe pour répondre aux besoins sanitaires immédiats.
Haïti : Aide Médicale Internationale auprès des victimes du tremblement de terre
Lors d’un contact téléphonique établi dans les minutes qui ont suivi le séisme, Annalisa Lombardo, chef de mission en Haïti, nous a fait part des premières constatations établies par notre équipe sur place. Selon ses premières informations, les dégâts matériels étaient importants dans le quartier de Martissant où la mission est implantée.
Jointe cet après-midi (13 janvier) par téléphone, la coordinatrice administrative de la mission, nous confirmait l’ampleur des destructions et « la nécessité de mener une action sanitaire immédiate ».
C’est pourquoi une équipe d’urgence va rejoindre, d’ici la fin de la semaine, la capitale haïtienne. Le Dr Jacques Bérès, chirurgien et ancien président d’A.M.I., partira demain 14 janvier pour Port-au-Prince et sera suivi le lendemain d’un médecin anesthésiste et du responsable logistique d’A.M.I. L’objectif prioritaire est d’assurer des interventions chirurgicales pour soigner les victimes les plus gravement atteintes. Ce travail sera complété par une évaluation préparatoire à la poursuite des actions, qui devraient consister en la mise en place de cliniques mobiles pour sillonner différents quartiers de Port-au-Prince et dispenser des soins au plus près de la population. Une équipe de l’ONG Première Urgence s’associera très prochainement à A.M.I. pour compléter le dispositif de secours.
Pour soutenir cette action d’urgence, Aide Médicale Internationale lance un appel aux dons.
Si vous souhaitez contribuer à cette action et venir en aide aux victimes du tremblement de terre en Haïti, vous pouvez envoyer vos dons, assortis de la mention « urgence Haïti », à :
Aide Médicale Internationale, 1 rue du Pré Saint-Gervais – 93500 Pantin
Vous pouvez également effectuer un don en ligne sur notre espace sécurisé.
Par avance, nous vous remercions pour votre soutien.
Depuis fin 2003-début 2004, A.M.I. met en œuvre un programme de suivi médical et psychosocial auprès de 1 500 enfants et jeunes des rues de Port-au-Prince et a débuté, au début de l’année 2010, un programme de soins obstétricaux gratuits.
Haïti : A.M.I. prépare une mission d’urgence après le tremblement de terre du 12 janvier
Annalisa Lombardo, chef de la mission A.M.I. auprès des enfants des rues de Port-au-Prince, est parvenue à joindre le siège par téléphone quelques minutes après cette secousse. Alors que les quatre membres de l’équipe expatriée, qui n’avaient pas été blessés, s’activaient pour obtenir des nouvelles des plus de 60 membres de l’équipe haïtienne, ils constataient les importants dégâts causés par le séisme.
A.M.I. prépare actuellement une réponse d’urgence pour venir en aide aux victimes.
Rejoindre les équipes d’Aide Médicale Internationale : téléchargez notre brochure recrutement
Vous souhaitez rejoindre une ONG médicale et vous vous posez des questions sur les profils recherchés et les compétences demandées. Pour vous aider à répondre à ces interrogations, nous vous invitons à prendre connaissance de notre brochure recrutement.
Vous y découvrirez les métiers A.M.I., les compétences que nous recherchons et les valeurs communes à l’ensemble des équipes.
La brochure comprend également des informations sur les statuts des expatriés, le départ en mission et sa préparation.
N’hésitez pas également à vous référer à la foire aux questions RH en ligne sur ce site et à consulter régulièrement les offres d’emploi publiées sur ce site.
Première mission avec A.M.I. : administrateur pour la mission Yémen
Après un stage desk au siège d’A.M.I., Alexandre Schwall a fait ses premiers pas sur le terrain en tant qu’administrateur, à Hodeidah.
Alexandre Schwall, ancien stagiaire assistant desk au siège d’Aide Médicale Internationale, revient de sa première expérience sur le terrain. Une mission de trois mois en renfort sur le poste d’administrateur au Yémen, où A.M.I. appuie des centres de santé dans le gouvernorat d’Hodeidah, l’un des plus pauvres du pays. Présente depuis 2007, A.M.I. y agit pour l’accès aux soins de qualité de plus de 142 500 personnes. En trois mois de mission, Alexandre aura pu découvrir tous les volets d’une mission A.M.I. et contribuer concrètement au fonctionnement de celle-ci.

- Arrivée d’une clinique mobile pour une séance de consultations
Votre stage au sein d’Aide Médicale Internationale était votre premier contact avec le monde de l’humanitaire, d’où vous est venu l’engouement pour ce milieu ?
J’étais étudiant à l’Institut d’Etudes du Développement Economique et Social (IEDES) en Master « Gestion des situations de crise ». Cette formation couvrait l’ensemble des situations de crise qui peut exister (catastrophes naturelles, conflits armés, etc.) et m’a amené à découvrir les problématiques liées à la gestion des conflits armés. Il existe plusieurs manières d’agir dans ce domaine et je savais que l’humanitaire était une porte d’entrée possible pour découvrir l’ensemble des acteurs de l’aide internationale. J’ai donc effectué des recherches sur différentes ONG. Je n’avais pas en tête un domaine d’intervention précis (médical, droits de l’homme, etc.), c’est la démarche opérationnelle d’A.M.I. qui m’a séduit : les programmes répondent aux besoins immédiats des populations, en matière de soins par exemple, tout en posant les bases pour l’après en visant l’autonomie des populations. C’est une position particulière de l’association à laquelle j’ai rapidement adhéré, parce qu’elle s’applique à intégrer « Urgence » et « Développement » dans son approche opérationnelle.
L’avantage d’une structure comme A.M.I., quand on découvre le fonctionnement d’une ONG comme moi c’est qu’on a rapidement une vision d’ensemble. La taille de l’association (et les gens qui y travaillent !) en fait un endroit convivial, où il y est plus facile de s’y intégrer professionnellement.
Vous avez effectué votre stage au sein du desk 2 en charge des missions Soudan, Afghanistan et Haïti. Vous assistiez à la fois la chargée de gestion financière sur le suivi budgétaire des missions, et la responsable des opérations dans la rédaction de propositions d’opérations ou de rapports à remettre aux bailleurs. Votre passage au siège vous a-t-il permis d’avoir une meilleure compréhension des enjeux du terrain ?
Outre mon envie de découvrir le milieu de l’humanitaire, j’espérais également pouvoir compléter mon passage au siège par une expérience de terrain. De ce point de vue, je peux dire que je n’ai pas été déçu : mon passage au siège m’a donné une vision plus nette des différents corps de métiers de l’humanitaire, au-delà de l’opérationnel, comme le travail du service médical ou du service communication. À l’issue de mon stage, je suis parti en renfort sur le terrain pendant trois mois en tant qu’administrateur au Yémen.
C’est une mission typique d’A.M.I. puisqu’il s’agit d’appuyer des centres de santé. Dans le gouvernorat d’Hodeidah. A.M.I. est présente dans le district urbain d’Al Hali et dans le district rural d’Al Marawa. Dans le premier, les soins de santé primaires s’accompagnent d’une attention particulière portée à la santé reproductive. Dans le district rural, en consortium avec Triangle GH (qui s’occupe du développement agricole) A.M.I. développe des activités de nutrition en plus des aspects habituels de supervision, d’approvisionnement en médicaments et mobiliers, de formation et de suivi épidémiologique.
Quel était votre rôle au sein de la mission et comment avez-vous appréhendé les nouvelles responsabilités qui vous étaient confiées ?
Je suis parti en renfort sur le poste d’administrateur, pendant 3 mois pour pallier le départ du précédent administrateur local, en recruter un nouveau et le former. Je suis arrivé trois semaines après le départ de l’administrateur et j’ai dû apprendre vite. Il me fallait à la fois me familiariser avec la mission, comprendre les tâches qui m’étaient confiées, et à la fois me mettre au travail tout de suite : il y avait déjà près d’un mois de comptabilité à mettre à jour. J’ai dû comprendre, apprendre et faire en même temps, ce qui n’est pas forcément évident au début, mais permet de rentrer dans le vif du sujet surtout sur une mission courte comme la mienne.
Mon travail quotidien consistait globalement à suivre les dépenses de la mission : assurer le suivi et la validation des factures, entrer toutes ces données dans le logiciel sur lequel j’ai été formé au cours de mon stage. C’est beaucoup de responsabilité car la réalisation des activités repose en grande partie sur une bonne gestion. Il y a également tout un volet ressources humaines avec lequel j’étais le moins familier au départ et qu’il m’a fallu apprendre sur le tas, soutenu par le chef de mission. Je suis notamment arrivé dans une équipe où j’étais le plus jeune et je me suis parfois retrouvé à demander à des professionnels plus âgés et plus expérimentés de me rendre des comptes, ce qui n’est pas forcément évident au début. J’étais par exemple, celui qui tenait la fiche de présence le matin, faisait pointer le personnel et devait rappeler à l’ordre les retardataires.
Au-delà de la comptabilité de la mission, l’administrateur est également le garant du règlement intérieur de la mission. C’est à lui qu’incombe la tâche de vérifier la validité des contrats, les salaires du personnel, les demandes de congés et d’être en relation avec les autorités locales pour des questions de sécurité sociale du personnel local, par exemple. Le travail d’administrateur demande beaucoup de rigueur, à la fois personnelle et professionnelle. Apprendre à gérer son temps de travail est essentiel car les petites tâches à faire s’accumulent assez rapidement et l’on a vite fait d’être pris par le quotidien.
Cette expérience vous a-t-elle donné une vision plus précise du milieu humanitaire et permis de préciser vos perspectives professionnelles ?
C’est une expérience très formatrice que j’aimerais beaucoup renouveler. Le poste d’administrateur m’a donné une vision d’ensemble du projet car la nature des tâches qui m’étaient confiées impliquait de travailler en collaboration étroite avec les autres services.
Aujourd’hui, j’aimerais repartir sur ce type de poste car il m’a appris beaucoup en très peu de temps. J’aimerais, à terme, mettre à profit les compétences concrètes acquises grâce à mon expérience de terrain en management ou en suivi budgétaire dans la gestion de projet, en rapport avec la culture de la paix.
Yémen : des besoins d’accompagnement importants des personnels de santé
Au Yémen, Aide Médicale Internationale travaille à renforcer les capacités des structures de santé pour améliorer la qualité de la prise en charge des populations. Valentine Grangeon, médecin diplômée d’un post graduat en médecine tropicale et de santé internationale, est partie sur la mission comme référente médicale. Elle témoigne de l’importance des besoins de support en termes de formation des personnels de santé.
Un certain nombre d’activités menées depuis 2007 consistent à appuyer différents centres de santé pour renforcer leurs capacités, et à suivre et évaluer les pratiques du personnel médical. « Des visites dans les structures que nous appuyons sont organisées trois ou quatre fois par semaine, explique Valentine. Le but est d’accompagner le personnel médical. Je supervise une équipe de sept personnes, toutes issues du personnel de santé local, qui effectuent ces visites régulières dans les structures. Il y a trois médecins, trois sages-femmes, et un technicien de laboratoire. »
Selon leurs compétences, les membres de cette équipe encadrent, forment, accompagnent certaines catégories de personnel. « Nos médecins supervisent les activités des médecins quand il y en a dans la structure visitée, ou des infirmiers qui assurent des consultations curatives. Nos sages-femmes accompagnent quant à elles les sages-femmes ou les infirmières de la structure pour le suivi de la grossesse, le planning familial, les consultations post-natales et parfois les accouchements qui ont lieu dans le centre de santé. De plus, certains centres de santé ne disposent pas d’infirmières capables de dispenser des soins curatifs aux femmes. La supervision, assurée par le médecin de l’équipe A.M.I., permet alors de former la sage-femme du centre à traiter les maladies générales de la femme. Ainsi ce type de prise en charge peut être assuré au sein même de la structure. »
Certains centres de santé disposent d’un laboratoire, et requièrent donc l’expertise du superviseur technicien de laboratoire A.M.I. « La supervision mise en place vise à s’assurer que les bonnes pratiques dans la réalisation des tests sont respectées », explique Valentine.
Le projet mis en place par A.M.I. comprend notamment l’accès aux soins de santé primaires. Dans ce cadre, A.M.I. apporte un appui au programme national de lutte contre le paludisme. Les activités de laboratoire sont ici nécessaires, pour améliorer et contrôler la qualité du diagnostic de la maladie. « Les diagnostics se font par microscope, explique Valentine, et la supervision du technicien de laboratoire permet de s’assurer que ceux-ci sont réalisés dans de bonne conditions. Il faut notamment s’assurer que le laboratoire est maintenu dans un état de propreté satisfaisant, que les réactifs utilisés sont stockés à l’abri de la lumière, et que les produits qui en ont besoin sont conservés au froid. Le rôle des superviseurs consiste notamment à rappeler aux personnels des centres l’importance du respect des règles de base (par exemple, par manque d’argent, les techniciens de laboratoire des structures de santé vont parfois être tentés de conserver les produits au-delà de la date limite). La supervision permet aussi d’effectuer un contrôle de qualité (rigueur dans la lecture de la lame, etc.), d’encadrer, mais aussi de guider et de renforcer les compétences de personnels qui ne bénéficient pas d’une aide technique par ailleurs. »
Le travail de supervision permet également de guider le personnel soignant dans la prescription d’un traitement adapté. « La tendance naturelle du médecin est de vouloir le meilleur pour son patient, analyse Valentine, mais ce qu’il y a de mieux n’est pas toujours d’opter pour le dernier traitement mis sur le marché, souvent plus cher. De même, dans certains cas, il n’est pas nécessaire de recourir à un traitement médicamenteux, pour une simple pharyngite par exemple, qui implique des effets secondaires et un coût complémentaire et inutile chez des patients aux ressources financières limitées. L’accompagnement des médecins dans leur pratique apporte des possibilités d’échanges sur la meilleure façon de traiter une maladie ou de prendre en compte le bien-être des patients, d’un point de vue physiologique, mais aussi psychologique et social. »
Les supervisions s’appuient sur des outils qui sont créés pour les centres de santé. Nous élaborons des guides de diagnostics et de traitements en arabe, sur lesquels les personnels de santé peuvent s’appuyer en cas d’incertitude. Outre le travail réalisé dans les structures de santé, Valentine supervise les activités de clinique mobile, développées depuis juin. « Des consultations gratuites sont ainsi assurées une fois par semaine dans deux villages dépourvus de centres de santé. Un médecin, une sage-femme et un pharmacien, membres de l’équipe locale d’A.M.I., dispensent ainsi des soins préventifs et curatifs pour femmes enceintes, et des dépistages pour le paludisme et la malnutrition chez les enfants. J’accompagne parfois ces visites, qui sont réalisées dans une école ou une maison inhabitée. »
Alors que dans les centres, l’équipe A.M.I. accompagne sans se substituer au personnel soignant, la clinique mobile consiste à assurer directement des consultations. Mais ces activités sont réalisées en attente de l’ouverture de centres de santé dans chaque village. « Ces activités sont temporaires, explique Valentine. L’objectif est de préparer l’installation des centres et de l’équipe médicale nationale. Les populations s’habituent ainsi aux consultations, et elles sont sensibilisées à certaines questions de santé, comme la prise en charge des enfants malnutris. Et puis le principe est d’impliquer dès le départ l’équipe du futur centre de santé. D’ores et déjà, une sage-femme, qui travaillera dans l’un des centres une fois construit, accompagne notre équipe. Elle est ainsi introduite à la communauté et apprend à connaître la population locale. »
Pour Valentine, la nécessité d’accompagner et d’encadrer le personnel soignant est évidente, car « les besoins sont immenses ici dans le secteur de la santé. Quand on travaille dans des conditions difficiles, comme c’est le cas du personnel de santé local, il faut parfois dépenser beaucoup d’énergie, notamment pour respecter les bonnes pratiques, observe Valentine. Les supervisions permettent de guider les compétences du personnel local. Il s’agit d’encadrer mais aussi de former et de motiver en échangeant sur des questions médicales. »
Tour de France Humanitaire : une étape au cœur du Salon de l’emploi responsable, avec A.M.I.
Karima Fontenelle, responsable des ressources humaines d’A.M.I., participera à la conférence « Les métiers de la solidarité », organisée jeudi 10 décembre de 13h30 à 14h30. Elle y présentera les possibilités d’engagement au sein de l’association.
Professionnels, jeunes diplômés, ou tout simplement intéressés par les métiers de la solidarité, ne ratez pas ce grand rendez-vous ! Venez échanger avec des professionnels qualifiés et concrétiser votre volonté d’engagement.
Accès :
METRO - Ligne 3 : Station Porte de Champerret ou Louise Michel
RER - Ligne C : Station Péreire
BUS - Lignes n°84-92-93-163-164-165 et PC : Station Porte de Champerret
En voiture : Accès direct au parking de 1460 places dont 30 places PMR, par le périphérique nord et sud.
Sortie Porte de Champerret.
Informations et réservations :
www.lemploi-responsable.com
www.tdf-humanitaire.net
Yémen : renforcer les compétences du personnel soignant pour mieux répondre aux enjeux de santé
Sabrina Clément vient d’achever une mission comme référente médicale au Yémen pour Aide Médicale Internationale. Infirmière pédiatrique de formation, elle est intervenue auprès de 11 centres de santé soutenus par A.M.I. dans les districts d’Al Marawa et d’Al Hali.
Le Yémen est un pays particulièrement pauvre (40 % de sa population vit au-dessous du seuil de pauvreté) et les yéménites ont difficilement accès à des centres de santé dont les ressources sont insuffisantes. Dans ce contexte, le rôle des deux référents médicaux sur le terrain est d’intervenir pour une meilleure prise en charge des populations, en particulier au sein des centres de santé. Sabrina explique les actions qui ont été les siennes afin de répondre à cet objectif.
Quel a été votre rôle afin d’améliorer la qualité des soins dispensés dans les centres de santé ?
L’une de mes missions était de promouvoir la décontamination et la stérilisation du matériel médical utilisé pour les soins. Les centres manquent cruellement de moyens, néanmoins quelques mesures d’hygiène essentielles pourraient éviter bon nombre d’infections engendrées par l’utilisation d’un matériel non stérilisé : outils chirurgicaux, aiguilles, etc. Pour cela, un protocole en arabe a notamment été élaboré et affiché dans les centres. Il rappelle la nécessité pour les personnels soignants de s’assurer de quelques gestes simples comme par exemple ne pas laisser le matériel usagé et les déchets sur les tables, jeter les aiguilles ayant servi dans les boîtes prévues à cet effet.
Les actions qui ont été menées concernant les règles d’hygiène applicables aux déchets s’inscrivent dans le cadre d’un management plus global. Ainsi, il faut trouver des solutions viables, selon les ressources disponibles, pour savoir quoi faire du matériel à jeter.
La mise en place de boîtes à aiguilles fait partie des outils nécessaires à une meilleure hygiène, mais il faut aussi prévoir le moyen de se débarrasser des déchets. Deux des centres ont des incinérateurs qui peuvent être utilisés, mais il a fallu parfois imaginer d’autres solutions, comme l’enfouissement sécurisé.
Par ailleurs, en fournissant du matériel médical (notamment des aiguilles), A.M.I. évite que le manque de moyens des centres soit un frein au respect de ces règles d’hygiène.
L’un des enjeux de santé essentiels au Yémen est la malnutrition dont souffre un grand nombre d’enfants. Un programme de lutte contre l’insécurité alimentaire est ainsi mené par A.M.I. dans le district d’Al Marawa, en partenariat avec l’ONG Triangle Génération Humanitaire. Comment ce problème peut-il être pris en charge ?
Notre intervention porte sur la prévention de la malnutrition, sur la prise en charge des enfants malnutris ainsi que sur leur traitement. En effet, il est important d’intervenir en amont sur les causes de la malnutrition. Celle-ci est dans un certain nombre de cas liée à la pauvreté dont souffrent les familles, mais pas seulement. Nous avons constaté que dans une partie des cas, les parents composent les repas des enfants avec des aliments inappropriés à l’équilibre nutritionnel : des gâteaux secs et du thé par exemple. Ou bien, au lieu de lait maternisé, il est donné aux enfants en bas âge le même lait qu’aux adultes. Lorsque nous demandons aux parents pourquoi ils ne donnent pas à leurs enfants les mêmes aliments qu’eux-mêmes consomment, comme des œufs, une nourriture équilibrée, certains nous ont répondu « parce qu’ils refusent de les manger ».
À ce niveau, le travail de mobilisation communautaire permet de sensibiliser et d’informer les membres de la communauté et les parents à la nutrition, afin d’amener les communautés à détecter les problèmes et les inciter à changer leurs pratiques. Lorsqu’un enfant est repéré comme souffrant de malnutrition, il est référé par les centres de santé ou par les parents afin de bénéficier d’un programme adapté à son état.
Concrètement, comment s’organise la prise en charge mise en place ?
Le programme de nutrition comporte différents volets afin d’orienter les enfants vers la solution la plus appropriée à chaque cas. Ceux qui présentent des complications médicales sont référés dans un centre pour y être accueillis en continu dans le cadre du TFC (Therapeutic Feeding Center). Les malnutris sévères qui ne présentent pas ces complications sont orientés vers le OTP (Out Patient Therapeutic care program), dans le cadre duquel ils se rendent toutes les semaines dans un centre pour un suivi régulier.
Afin d’améliorer les compétences du personnel soignant dans le domaine de la malnutrition, j’ai assuré une formation destiné à quatre assistants médicaux travaillant dans le centre OTP d’Al Marawa soutenu par A.M.I. J’ai formé également 3 sages-femmes et 3 docteurs yéménites ayant intégré l’équipe AMI. L’un des docteurs en particulier est amené à devenir le point de référence en matière de nutrition et à former à son tour d’autres personnels de santé.
L’enjeu est que petit à petit les équipes de santé locales soient à même de repérer les cas de malnutrition, dont on a constaté qu’ils n’alertent pas suffisamment leurs entourages.
Afghanistan : la passation de programmes à d’autres acteurs, une transmission préparée en amont
Depuis 1980, Aide Médicale Internationale est présente en Afghanistan. En 29 ans, ses équipes sont intervenues dans de nombreuses zones dans différentes provinces, selon l’acuité des besoins locaux. Depuis 2003, A.M.I. a renforcé ses actions dans la province de la Kunar mais aussi dans celles du Laghman et de Samangan, où elle s’est engagée, auprès du ministère de la Santé afghan, pour la mise en place du programme gouvernemental de soins de santé primaires (BPHS – Basic Package of Health Services) et secondaires (EPHS - Essential Package of Health Services). Aujourd’hui, les projets menés dans le Laghman et à Samangan entrent dans une phase de stabilité et de consolidation, c’est pourquoi A.M.I. a décidé de transmettre les activités à d’autres acteurs. Elise Audras, administratrice chez A.M.I., a ainsi travaillé à l’organisation du transfert des projets à deux autres ONG. Préparer une passation de qualité implique différentes étapes qu’Elise nous retrace, afin de garantir une continuité des efforts accomplis pour maintenir un accès aux soins.
« La passation à d’autres acteurs, et donc notre retrait, se préparent largement en amont », souligne avant tout Elise. C’est en anticipant ce moment qu’A.M.I. a par exemple mis en place une mobilisation communautaire importante. « L’objectif est d’ancrer les programmes sanitaires au cœur des communautés, celles-ci étant en fin de compte destinatrices des projets et amenées à les soutenir. Impliquer la population est un principe d’intervention spécifique d’A.M.I., qui consiste à agir au-delà des activités menées dans les centres de santé, en vue de pérenniser ce que l’intervention a apporté. » À terme, c’est le gouvernement afghan qui est amené à reprendre les centres de santé. « A.M.I. a toujours contribué à préparer cette étape, note Elise, et l’organisation des structures est conçue dans cette perspective : les guidelines pour les centres de santé (nombre de personnel, types de soins à apporter, etc.), notamment, sont celles du ministère de la Santé. Respecter les standards nationaux n’empêche pas, par ailleurs, de proposer des projets complémentaires à ceux initialement prévus par le ministère, afin d’être force de proposition dans l’amélioration du système sanitaire. »
Pour l’heure, c’est à deux ONG que les projets A.M.I. sont transférés. « Ces ONG vont continuer le travail de supervision dans les centres de santé jusqu’ici gérés par A.M.I., explique-t-elle. Il s’agit du Swedish Comity for Afghanistan (SCA) pour le BPHS dans les provinces de Samangan et du Laghman et de Healthnet TPO pour le EPHS dans le Laghman (Hopital de Mehterlam). SCA est une ONG de taille importante et fortement implantée en Afghanistan. Les deux ONG repreneuses des projets gèrent déjà d’autres provinces sanitaires et sont engagées dans le processus gouvernemental de mise en œuvre du BPHS et du EPHS (en Afghanistan, ce sont les ONG qui mettent en œuvre ce programme en partenariat avec le gouvernement). Il était important que celles-ci interviennent comme A.M.I. sur les soins de santé primaires et secondaires, la reprise devant s’effectuer sans dégradation de l’accès aux soins pour la population, y compris la plus vulnérable, ni baisse la qualité des soins. »
Au moment de mettre en œuvre concrètement le retrait d’A.M.I., Elise est intervenue pour préparer et organiser la passation. « J’ai travaillé avec l’équipe de coordination et nous nous sommes accordés sur le contenu des tâches à effectuer. Ensemble, nous avons élaboré une trame de gestion de projet, une sorte de planning afin qu’aucun détail ne soit oublié. Il faut en effet mettre à jour tous les dossiers afin de faciliter la prise en main par les successeurs. À savoir : achever le suivi des contrats avec les bailleurs (il existe de nombreux contrats dits « secondaires », pour des financements moins importants), préparer les inventaires logistiques ou médicaux (recenser notamment les équipements, le mobilier), etc. »
Elise le reconnaît, avec le retrait du Laghman et de Samangan, « c’est la fin de quelque chose ». Mais c’est aussi l’occasion pour les équipes afghanes de constater les progrès accomplis. « À Samangan en particulier, il y avait à notre arrivée en 2003 des résultats médiocres, souligne Elise. Alors qu’aujourd’hui, Samangan est classée deuxième des 34 provinces selon les résultats publiés par l’université John Hopkins, qui conduit annuellement une évaluation sur la mise en œuvre du BPHS au niveau national ! » De bons résultats qui laissent espérer l’entrée de la province dans une phase de stabilisation et de développement. « En attendant, rappelle Elise, la reprise par le ministère de la Santé lui-même, qu’il ne faut jamais perdre de vue. » A.M.I. poursuit par ailleurs ses activités dans la Kunar, zone frontalière avec le Pakistan, où le processus de renforcement des capacités sanitaires nécessite encore un appui important.
Note : Parallèlement à l’intervention pour la mise en oeuvre du BPHS dans les provinces sanitaires, A.M.I. est présente à Kaboul, où un appui au développement des laboratoires et pharmacies de deux hôpitaux de la capitale est apporté. AMI publie également un magazine trimestriel diffusé à travers tout le pays et à destination des personnels médicaux et communautaires.
Birmanie : former des volontaires à s’engager pour la santé de leur communauté
Eva est référente de développement communautaire (Community Development and Health Promotion Advisor) en Birmanie pour Aide Médicale Internationale. Après neuf mois passés sur le terrain, elle expose les outils dont l’équipe se sert pour agir au sein des communautés, notamment dans le domaine de l’éducation à la santé. Ces outils, l’équipe les transmet à des travailleurs communautaires et à des volontaires locaux, afin que la communauté prenne peu à peu en charge certaines problématiques de santé.
Loin d’une simple connaissance théorique des méthodes propres aux « community health promotion advisors », son témoignage est riche en illustrations permettant de comprendre la portée concrète de la démarche communautaire.
En Birmanie, A.M.I. développe depuis 2001 différents programmes : soins de santé primaires, accès à l’eau, éducation à la santé et à l’hygiène, prévention et traitement des infections sexuellement transmissibles, santé reproductive, etc. Quels acteurs issus des communautés sont mobilisés pour leur mise en œuvre ?
D’abord, A.M.I. renforce le réseau déjà existant de santé communautaire, en formant des agents de santé communautaires, les community health workers (CHW). A.M.I. a également appuyé la création et le développement d’autres réseaux, comme les village health comities. Ces comités de santé, mis en place dans l’État du Rakhine et chez les Was (deux régions d’intervention d’A.M.I.), sont composés de villageois volontaires formés par les équipes A.M.I. afin de conduire localement des actions de santé, en fonction d’un état des lieux qui a servi à identifier les besoins de chaque village. A.M.I. intervient pour soutenir la création de ces réseaux et suivre les premiers temps de leur action. Par ailleurs, dans le cadre des activités d’eau et d’assainissement, l’installation de structures d’eau (latrines, puits, bassins, etc) s’assortit de la création de comités de gestion et de maintenance de l’eau. L’objectif est d’amener la communauté à gérer elle-même ses structures d’eau et à prendre en charge les questions de santé prédominantes.
Dans le domaine de l’éducation à la santé, des health educators A.M.I. (éducateurs en santé) sont formés, qui à leur tour formeront des travailleurs communautaires éducateurs en santé (voir le principe du Training of trainers dans le témoignage de Sophie Benoliel). Ces derniers sont des volontaires prêts à intervenir auprès de leur communauté afin de diffuser des informations et des messages de sensibilisation sur des questions de santé.
Avec l’équipe de coordination médicale dont je fais partie, nous avons notamment organisé depuis le mois de mars de nombreux workshops, qui sont des activités de formation menées sur une semaine sur une thématique de santé spécifique. La première session portait sur les maladies contagieuses comme le paludisme, la diarrhée, et la gestion de ces maladies. Nous avons ainsi formé une équipe de health educators (membres de l’équipe A.M.I.), afin qu’ils assurent au mieux la formation des différents réseaux communautaires, community health workers (CHW), Traditional Birth Attendances (TBA, accoucheuses traditionnelles) et Auxiliairy Midwives (AMW, sages femmes auxiliaires).
Que doit-on enseigner sur la façon d’assurer des séances avec les populations, en matière d’éducation à la santé notamment, ou de gestion de l’eau ? Quels sont les outils et les méthodes ?
L’important est de savoir recourir à des outils participatifs lors de ces séances. La méthode PHAST notamment est un système de monitoring et d’évaluation utilisable par les volontaires issus des communautés et qui permet d’impliquer le public des séances. Cette approche permet à la communauté d’améliorer les comportements en matière d’hygiène, d’empêcher la propagation des maladies diarrhéiques et d’encourager la gestion communautaire des installations d’approvisionnement en eau et d’assainissement. Vivante et favorisant la discussion, elle permet aussi d’identifier des croyances erronées sur les maladies (voir à nouveau l’interview de Sophie Benoliel).
Par exemple, lors du travail participatif que nous avons mis en place sur la question du paludisme, les populations exprimaient certaines croyances sur la manière de contracter la maladie qu’il était important de déceler pour les rectifier. Ainsi, pour certains, le paludisme pouvait se transmettre en mangeant des bananes, ou bien lorsque l’on se baigne. Ils ne savaient pas que la maladie est liée au moustique, dont il est important de se prémunir, en utilisant des moustiquaires ou en portant des manches longues.
L’animation de séances d’éducation à la santé nécessite également de trouver les supports adéquats. Toujours dans une optique participative, nous avons employé lors de certaines séances un support d’images avec des « smileys ». Les participants devaient associer à chaque image (présentant une certaines attitude d’hygiène ou de santé, comme se laver les mains, etc.) un « smiley » (content/mécontent/neutre). Ce dispositif très simple est utilisé par A.M.I. notamment lorsque des latrines ou une installation d’eau sont mises en place, dans le cadre de séances d’éducation à la santé qui visent à faire évoluer les pratiques hygiéniques. Cela permet d’ouvrir la discussion en abordant différentes questions (hygiène personnelle, lieu réservé à la défécation, protection de l’eau contre les contaminations, etc.). et de se faire une idée des pratiques qui ont cours.
Cette méthode participative est-elle applicable à d’autres thématiques ?
Oui, de la même manière, lors d’un workshop sur la santé materno-infantile, nous avons utilisé des outils très simples, que les volontaires éducateurs en santé peuvent fabriquer eux-mêmes : ainsi, des dessins représentant des bébés bien ou mal nutris, un thermomètre fabriqué en papier ou avec un crayon, etc.
Nous avons également réalisé un workshop sur l’analyse participative des besoins. Notamment en matière de gestion de l’eau et d’assainissement, A.M.I. met en place des « pocket chart voting », qui servent à évaluer les ressources en eau d’un village et les pratiques des habitants (où vont-ils chercher l’eau notamment). Ce workshop portait sur la démarche à employer afin de recueillir des informations de toute la communauté lors de séances participatives, en réalisant un plan du village avec les habitants.
Comment peut-on évaluer la plus-value de la démarche communautaire et ses effets ?
La façon la plus objective est sans doute de mener des évaluations de projet. À mon arrivée, j’ai justement participé à l’évaluation d’un programme démarré il y a deux ans, le « peer education programm ». Ce sont des volontaires birmans formés par A.M.I. à la conduite de séances d’éducation à la santé, sur les thèmes du VIH/Sida et de la santé reproductive.
Il faut savoir qu’à la différence des « community health workers » évoqués précédemment, le réseau communautaire « peer education » (éducation par les pairs) n’entre pas dans le cadre des guidelines posées par le gouvernement birman. Il est donc plus informel, car les séances ne sont pas soumises aux règles gouvernementales, mais il est structuré par des guidelines A.M.I., construites dans l’optique de favoriser l’éducation par les pairs, en sorte que le volontaire s’adresse aux membres de sa communauté.
L’évaluation à laquelle j’ai participé a montré non seulement des résultats positifs auprès des populations bénéficiaires des séances, en termes d’intégration des messages sur la santé, mais aussi sur les « peer educators » eux-mêmes. Ceux-ci ont témoignés à cette occasion d’un changement au plan personnel, d’une plus grande sensibilisation aux questions de santé, et d’un souhait de continuer des activités qui leur font jouer un rôle essentiel au sein de la communauté.
Tour de France humanitaire 2009 : A.M.I. partenaire de l’étape parisienne
Cet évènement, organisé par l’institut Bioforce (formations pour professionnels de l’humanitaire et de la solidarité) est l’occasion pour le public d’aller à la rencontre de professionnels du secteur, de connaître les possibilités d’engagement en tant que salarié, volontaire, stagiaire ou bénévole.
Des membres du siège d’A.M.I. ainsi que d’anciens expatriés vous accueilleront sur le stand de l’association pour échanger sur leur expérience, les profils recherchés, les possibilités d’orientation et pourquoi pas, faire naître de nouvelles vocations…
Plus d’informations sur :
> www.tdf-humanitaire.net
> www.cidj.com
RDC : renforcer les capacités du système de santé
Damien Chevillard achève sa mission en République Démocratique du Congo, où il était référent médical depuis septembre 2008 sur la base de Kilembwe. En juin dernier, il avait témoigné sur les besoins sanitaires de sa zone d’intervention (la zone de santé du Kimbi-Lulenge), sur les enjeux et l’organisation de sa mission (voir : Dans le Kimbi-Lulenge, les ressources naturelles ont (aussi) un impact sur les besoins sanitaires). Damien revient aujourd’hui sur la manière dont il est possible de favoriser l’accès aux soins de santé primaires sans se substituer au personnel de santé local.
Lors de notre précédent entretien, vous expliquiez que votre rôle n’était pas de dispenser directement les soins, mais de venir en appui aux centres de santé locaux. Comment cette démarche se traduit-elle dans les faits ?
Sur la zone de santé du Kimbi-Lulenge, A.M.I. intervient pour renforcer les centres de santé de la zone ainsi que l’hôpital de référence. Pour cela, l’intervention s’effectue en collaboration avec le BCZ (Bureau Central de Zone, autorité sanitaire locale). Mon rôle est notamment d’organiser la supervision et le compagnonnage des centres, en collaboration avec le Bureau Central de la Zone de santé.
La supervision est mise en œuvre par des agents expérimentés, appelés Infirmiers superviseurs. Ceux-ci se rendent régulièrement dans les structures de santé pour travailler en compagnonnage avec le personnel soignant, notamment afin de renforcer les capacités des Infirmiers Titulaires, qui sont responsables des centres de santé. Le travail s’effectue sur des points précis, et afin de définir ensemble les problématiques qui feront l’objet des visites à venir, une réunion se tient tous les mois. À cette occasion, nous préparons des objectifs prioritaires selon les structures visitées, en fonction des indicateurs de santé établis pour la zone. Par exemple, il sera décidé d’intervenir ici pour améliorer le déroulement des consultations prénatales, et ailleurs d’intervenir spécifiquement sur un autre enjeu de santé primaire, comme la gestion des médicaments.
Le déroulement d’une séance de supervision peut par exemple prévoir dans un premier temps un briefing à tout le personnel de santé du centre, avant que des échanges individuels soient menés avec les agents les plus concernés par l’objectif de la visite. Il s’agit avant tout pour les superviseurs de privilégier la mise en pratique et de « faire avec », plutôt que de dispenser simplement des conseils.
Pour définir les objectifs des visites avec les superviseurs, quels sont les indicateurs disponibles ?
Le BCZ est chargé tous les mois de collecter pour sa zone des indicateurs qui alimentent le SNIS (système national d’information sanitaire) : taux de fréquentation des centres, nombre de médicaments distribués, données épidémiologiques, etc. Le recueil de ces données sanitaires fait également l’objet d’un appui par les équipes A.M.I. Nous vérifions les données par le biais des superviseurs, et nous les analysons. Ce travail participe de l’appui apporté au BCZ, en même temps que l’information collectée est indispensable à notre travail.
A.M.I. appuie parallèlement les structures de santé communautaires constituées pour chaque aire de santé d’un CODESA (comité de développement sanitaire), et de plusieurs structures bénévoles chapeautées par ce comité. Quel est votre rôle à ce niveau et quel est l’enjeu de l’appui apporté à ces structures ?
Mon rôle est d’assurer le développement de la santé communautaire. En effet, A.M.I. aide à l’organisation des élections qui ont lieu tous les trois ans dans les CODESA et en forme les membres. Les CODESA, composés d’une quinzaine de volontaires issus de la communauté, assurent une mission de promotion de la santé et de sensibilisation, et sont chargés de la gestion des centres de santé. L’objectif est qu’ils participent à la gestion administrative et financière des centres en collaboration avec le BCZ.
En effet, les membres des structures communautaires locales sont très actives pour certaines missions d’appui aux centres, en particulier pour aller chercher les donations en médicaments qu’A.M.I. assure tous les mois, afin d’éviter que le personnel de santé des centres soit mobilisé à cette tâche souvent longue. Plus profondément, les CODESA sont destinés à veiller aux intérêts communautaires pour la santé (par exemple, en matière d’assainissement du milieu, lorsqu’il s’agit d’effectuer la chloration d’un puits d’eau pour lutter contre le choléra). Ils sont amenés, en se développant, à devenir les partenaires essentiels de l’administration sanitaire congolaise, en permettant de créer un relais entre les populations et les structures de santé.
Yémen : agir pour que les communautés s’approprient les projets
Ce n’est pas la première fois qu’El Hadji Ba, responsable de développement communautaire au Yémen pour Aide Médicale Internationale, travaille au contact direct des populations. En effet, il avait auparavant travaillé pour une ONG française au Sénégal, et l’appui apporté au système éducatif supposait déjà de mobiliser la communauté. Revenu d’une mission de deux mois au Yémen, il raconte en quoi consiste le développement communautaire, quelles sont les difficultés de la démarche, mais aussi les sources de satisfaction.
Quelle définition peut-on donner du développement communautaire ?
C’est assez large, car le développement communautaire peut s’appliquer à des activités très diverses : santé, éducation, agriculture… Il peut se définir comme une stratégie d’intervention qui mise sur le potentiel des individus, des réseaux sociaux, des collectivités et des groupes communautaires à trouver des solutions aux difficultés rencontrées par les communautés, en sorte qu’elles pourvoient elles-mêmes à leurs besoins. Cette stratégie suppose de prendre appui sur une dynamique locale, notamment les associations locales (comme les associations de femmes, de jeunes), les collectivités, etc. Cela permet de mieux étudier les attentes des communautés et de les impliquer dans le processus, afin qu’elles s’approprient le projet et qu’elles en deviennent les principaux acteurs.
Comment se traduit cette approche au Yémen ?
Il faut savoir qu’au Yémen A.M.I. apporte un appui au système de santé en soutenant des centres de santé à Al Hali (zone périurbaine d’Hodeidah) et Al Marawa (une zone rurale mais toujours dans le gouvernorat d’Hodeidah). Le travail de développement communautaire doit notamment servir à s’attaquer au problème du faible taux de fréquentation des centres par les populations. Il s’agit de rétablir une confiance réduite dans ces centres aussi bien que dans le système de santé lui-même. Aussi, nous nous efforçons d’apporter un soutien en matériel, en médicament, car les centres manquent cruellement de moyens, et de former les staffs des centres. Le deuxième volet de formation concerne les relais communautaires. Ceux-ci appartiennent à la communauté, ils ont été choisis au sein des villages dans lesquels A.M.I. intervient, et ils se portent volontaires pour intervenir dans le domaine de l’éducation à la santé.
L’étape qui a été menée pour le moment a consisté à les sélectionner. Nous avons rencontrés les chefs de village, les « akels », afin qu’ils proposent parmi les villageois des personnes capables de devenir relais, à partir de critères que nous leur avons soumis, et nous avons tous discuté. Aux akels, nous avons expliqué l’importance pour nous de travailler avec la communauté. Ce sont les personnes les plus influentes de la communauté, les représentants, même si leur autorité n’est pas institutionnelle. Ils sont essentiels dans la dynamique locale dont je parlais tout à l’heure, et ils peuvent véritablement mobiliser les communautés.
Pourquoi faire intervenir des relais communautaires ?
Par exemple, à Al Marawa où A.M.I. a mis en place un programme de nutrition, certains enfants ne se rendent pas ou pas régulièrement aux rendez-vous fixés dans le centre de santé pour qu’ils reçoivent un suivi nutritionnel. Les enfants du district y reçoivent des compléments nutritionnels et un traitement curatif en fonction du niveau de sévérité de la maladie, du plumpeanut. Le rôle des relais communautaires, au nombre de deux par village, sera d’inciter les parents à les conduire au centre de référencement pour les faire bénéficier de ces soins. Également, ils interviennent en matière de Health Education (éducation à la santé) sur différents sujets liés aux soins de santé primaires et à la nutrition.
Quel était ton rôle pendant ces deux mois ? À quelle étape de tous ces projets de développement communautaire a correspondu ta mission ?
Les activités communautaires sont nouvellement développées par A.M.I. au Yémen. Ma mission principale était la formation d’une superviseur locale pour la mise en œuvre des activités. Avec elle, nous avons conduit diverses activités préparatoires, comme le processus de désignation de relais communautaires par les populations, l’organisation d’une session de formation pour les staffs des centres de santé et des relais communautaires, ou la sensibilisation des populations pour les inciter à fréquenter les centres de soins.
Et puis, s’agissant de la formation du staff dans les centres de santé, une évaluation a été menée pour estimer les besoins en formation en matière d’éducation à la santé. En effet, il faut savoir qu’au Yémen cette activité fait partie de leurs responsabilités. A.M.I. pourra intervenir afin de les outiller et d’améliorer leur pratique.
Quelles difficultés peuvent se poser à l’implication des communautés ?
Parfois, les populations sont un peu attentistes, c’est à nous de les amener à participer. Par exemple, je peux citer le cas d’un village où les activités d’un centre de santé ne pouvaient commencer en raison d’un problème d’eau. Dans le village, la population se demandait si A.M.I., ou l’État, allait faire l’aménagement nécessaire. L’équipe de développement communautaire ou CBHC (Community Based Health Care) est allée voir le akel du village pour lui exposer le problème et lui expliquer notre souhait de voir la population s’impliquer. Le akel a donné sa promesse que le problème serait résolu, ils ont creusé, mis les tuyaux, etc., et l’eau est arrivée dans le centre.
Que penses-tu du fait de faire participer les communautés ?
J’ai trouvé personnellement cette mission très enrichissante. Je suis un « communautaire ». J’aime aller vers les communautés, réfléchir avec elles, cibler des problèmes et chercher les solutions ensemble. Les communautés ont un grand rôle à jouer. Leur participation à la vie des projets est importante et nécessaire pour la continuité des actions entreprises. Car si les populations ne se mobilisent pas en amont, lorsque A.M.I. partira les projets risquent d’être laissés à l’abandon. AMI mise donc sur l’implication des communautés pour rendre les actions entreprises pérennes.
RDC : les communautés au soutien des centres de santé
Après une formation d’infirmière en France et une licence en sciences de l’éducation, Caroline Antoine a accumulé différentes expériences dans le milieu associatif parallèlement à sa pratique d’infirmière en milieu hospitalier. Caroline a effectué un stage dans un dispensaire au Sénégal avant de partir en mission pour Aide Médicale Internationale en tant que référente médicale.
Dans quel contexte se déroule la mission d’A.M.I. à Baraka ?
Baraka est une des trois bases opérationnelles avec Uvira et Kilembwe. Bukavu est la base de coordination mais nous n’y soutenons pas de centres de santé. La totalité des centres de santé d’A.M.I. sont situés sur ces trois bases et à Baraka, Aide Médicale Internationale prend en charge l’appui de 24 centres.
Comme dans toutes les missions d’A.M.I., nous apportons notre appui et notre expertise pour aider les centres de santé à procurer des soins de santé primaires de qualité à l’ensemble de la population couverte. Nous fournissons aussi les centres de santé en médicaments, car chaque centre de santé a sa propre pharmacie.
Sur la base de Baraka, il y a également un programme de prévention de la transmission du VIH avec des possibilités de dépistage et le suivi des femmes enceintes séropositives est mis en place. A.M.I. appuie également les centres de transfusion sanguine dont un médecin assure un suivi spécifique.
Quel est votre rôle dans l’organisation des ces activités ?
AMI a pour objectif que la population ait accès à des soins de santé primaires de qualité, pour ce faire je travaille à deux niveaux : le centre de santé et la communauté.
En effet, je gère une équipe d’infirmiers superviseurs qui se rendent mensuellement dans les centres de santé de la zone pour s’assurer, par exemple, que les médicaments sont utilisés à bon escient, conseiller les agents de santé dans leur pratique et leurs gestes, et assurer une formation continue par l’intermédiaire du compagnonnage.
L’autre aspect important est le travail en collaboration avec les CODESA (Comités de développement sanitaire). Ce sont des personnes élues par la population. Ce comité est un partenaire du centre de santé, il a un rôle d’interface entre les services de santé et la communauté, c’est-à-dire qu’il amène la population vers les services de santé et les services de santé vers la population.
Dans le cadre de cette activité, je gère une équipe de superviseurs de santé communautaires. Ils accompagnent le CODESA dans leurs activités de sensibilisation et vérifie que la gestion financière du centre de santé est saine selon les normes régies par le pays.
D’autre part, j’organise le travail de l’équipe pharmacie qui est chargée de l’approvisionnement en médicaments des centres de santé.
De plus, sur Baraka AMI est point focal pour le choléra : nous recevons des intrants de l’UNICEF et de l’OMS et les répartissons en cas d’épidémie.
Je suis également en charge de l’analyse sanitaire de nos deux zones d’intervention. Le but est de suivre les indicateurs et d’en tirer des conclusions quant aux orientations de notre action sur le terrain.
Par exemple, lorsqu’on observe un très faible taux d’accouchement assisté, nous allons, en collaboration avec le CODESA, orienter les thèmes de sensibilisation en rapport avec ce sujet.
Au préalable, un travail d’investigation est nécessaire pour comprendre pour quelles raisons les femmes ne viennent pas accoucher au centre de santé et ensuite nous réfléchissons avec les services de santé et le CODESA aux réponses appropriées que nous pouvons mettre en place.
En ce moment, il y a beaucoup de déplacements de populations dans Sud-Kivu, où A.M.I. a ses activités. Avez-vous prévu des procédures spéciales pour accueillir ces personnes ?
Il est vrai qu’en ce moment il y a beaucoup de déplacements de populations dans les deux provinces du Kivu (le nord et le sud). Nous avons déjà pris en charge les soins des personnes rapatriées de Tanzanie. Ce sont des personnes de nationalité congolaise qui ont fui en Tanzanie. Un programme du Haut Commissariat aux réfugiés les aide à rentrer en RDC. Dans ces cas là, ils peuvent se présenter aux centres de santé soutenus par A.M.I. et se faire soigner gratuitement. Le CODESA nous transmet au préalable la liste des rapatriés identifiés sur l’aire de santé et nous remboursons aux centres les frais engagés.
Nous menons aussi des opérations de sensibilisation auprès de ces personnes pour qu’elles soient au courant de cette possibilité de se faire soigner gratuitement. Ensuite, nous travaillons à transmettre les mesures d’hygiène habituelles : se laver les mains, utiliser les latrines, mettre en place des règles spéciales de prise en charge des malades en cas d’épidémie de choléra, etc.
Si le flux de déplacés augmente dans la zone de santé suite aux violences entre les forces armées et les rebelles, nous avons établi un plan de contingence en concertation avec d’autres ONG pour prévoir et répondre le plus rapidement possible aux situations d’urgence. Le plan prévoit en outre, quels acteurs de la zone de santé interviendront dans quelle partie du territoire, le nombre de personnes que nous sommes en mesure de prendre en charge, ainsi que l’organisation des soins.
Les activités d’A.M.I. dans la zone de santé, et en particulier à Baraka, sont un soutien précieux pour apporter une solution à des problématiques rencontrées dans la région : la difficulté de s’approvisionner en médicaments, l’insuffisance de personnels de santé qualifiés, la transmission des consignes d’hygiène et certainement la prise en charge médicales de l’afflux de personnes déplacées dans la région. Les équipes d’A.M.I. interviennent dans un contexte d’isolement où l’ONG est souvent la seule à approvisionner en médicaments des centres de santé parfois situés à plus de six heures de marche en montagne.
RDC : soins de santé primaires et lutte contre le VIH/Sida au Sud-Kivu
Depuis juillet 2001, A.M.I. participe à la reconstruction du système de santé dans le Sud-Kivu (RDC), totalement détruit par six années de guerre (1996-2002). A.M.I. œuvre à améliorer l’accès aux soins des populations par un programme de réhabilitation et de formation. Comment s’organise la mission pour mettre en œuvre les objectifs d’A.M.I. en RDC ? Sara Caillère, responsable de projet à Kilembwé (Sud Kivu), et Cécile Maurer, Administratrice à Bukavu, la « capitale » provinciale, apportent des éclairages croisés.
Sara est en poste sur une des bases opérationnelles reculées, au plus proche du terrain, tandis que Cécile intervient en base de coordination. « Etre en coordination sur les questions administratives et financières, cela signifie être en appui aux bases opérationnelles (Uvira, Baraka, Kilembwé) », explique-t-elle. À travers ses activités de support, en matière de ressources humaines notamment, elle a joui d’une vision globale de l’organisation de la mission.
Ainsi explique-t-elle comment se déroule l’appui apporté par A.M.I. aux centres de santé : « Des infirmiers superviseurs recrutés par A.M.I. interviennent dans les centres du système de soins congolais, auprès des infirmiers titulaires. Le travail de supervision qu’a mis en place A.M.I. consiste à se rendre dans les différents centres de santé, observer le fonctionnement de ces structures et identifier les problèmes éventuels, et assurer un compagnonnage des personnels. Cela porte sur la qualité des soins rendus, par exemple en matière de protocoles de soin à respecter, ou d’hygiène. Si l’un des aspects de la prise en charge des patients peut être amélioré, les superviseurs apportent leur soutien et leur expertise aux infirmiers titulaires. Voilà l’un des aspects par lesquels A.M.I. participe à l’amélioration du système de santé congolais. »
Cécile participe aux recrutements de personnel médical local nécessaires à ces activités. Elle raconte comment sont organisées les ressources humaines mobilisées par A.M.I. : « En coordination, nous recrutons du personnel local, notamment des médecins et des infirmiers. Recruter du personnel médical n’est pas difficile en RDC, compte tenu du système éducatif relativement bon. Dans les trois bases opérationnelles, il y a à chaque fois un référent médical expatrié et un médecin congolais. Le référent expatrié est en charge des questions de soins de santé primaires. Il a sous sa hiérarchie une équipe d’infirmiers superviseurs, lesquels vont intervenir dans les centres. Le médecin congolais, lui, est en charge d’activités spécifiques, correspondant à divers programmes menés par A.M.I. : lutte contre le VIH/Sida ou contre le choléra, soutien aux victimes d’agression sexuelles… Il est également le supérieur hiérarchique d’infirmiers superviseurs travaillant sur ces questions spécifiques. »
L’appui aux centres de santé passe également par l’approvisionnement en matériel et médicaments. À terme, il est prévu que cet approvisionnement soit assuré par des acteurs locaux. Sara Caillère, responsable de projet à Kilembwé, l’une des trois bases opérationnelles, raconte : « L’objectif est que l’approvisionnement soit repris par une pharmacie zonale créée à cet effet, gérée par le bureau central de la zone de santé (BCZ), émanation locale du ministère de la Santé. Dans ce processus d’autonomisation de l’approvisionnement, la gratuité des médicaments assurée jusqu’à présent fera place à une tarification. A.M.I. veille à ce que cette tarification soit adaptée pour conserver les avancées en termes d’accès aux soins ; certains médicaments doivent par exemple être mis hors tarification pour les personnes vulnérables (déplacés, rapatriés, indigents, etc.). »
En ce moment, l’opération « Kimia 2 » déclenchée à l’encontre des FDLR (Forces Démocratiques de Libération du Rwanda) constitue un contexte particulier. À Kilembwé, où les FDLR sont très présents, Sara et le référent médical de la base, tous deux expatriés, ont quitté temporairement la base, ainsi que certains membres du staff local, par mesure de précaution. En attendant, l’approvisionnement des centres de santé est assuré par une équipe restreinte restée sur le terrain, constituée d’une partie staff local essentielle au fonctionnement minimum de la base (superviseur logisticien, médecin, chauffeurs, etc.). « Nous avons préparé un stock de médicaments en prévision de deux mois, raconte Sara. Au cas où la situation se dégraderait, l’équipe restreinte restée sur place, responsable de ces stocks, pourra faire une donation aux centres. »
Outre l’appui aux centres de santé, favoriser l’accès des populations aux soins de santé primaires implique aussi de porter une attention particulière aux grossesses et aux accouchements. Des structures spécifiques sont conçues pour intervenir sur la problématique de la santé materno-infantile, un enjeu essentiel dans la région. La construction d’une maternité d’attente est en cours à proximité de l’hôpital de Kilembwé, raconte Sara : « Ce projet s’inscrit dans le cadre du programme de lutte contre la mortalité maternelle et les risques liés à la maternité. Les femmes présentant des difficultés dans leur grossesse pourront être prises en charge en attente de l’accouchement tout près de l’hôpital. » Des maternités de ce type sont en train d’être construites à proximité de plusieurs centres hospitaliers des zones où intervient A.M.I. Bientôt, elles pourront accueillir des femmes qui bénéficieront d’un suivi avant leur accouchement dans un lieu médicalisé et à proximité de l’hôpital, plutôt que d’accoucher dans de mauvaises conditions chez elles ou d’être transportées en urgence, souvent trop tard, à la suite de complications.
Sara et Cécile rendent compte également de la mise en œuvre du programme concernant le VIH/Sida : « la lutte contre le VIH au Sud-Kivu passe par la mise en place d’un certain nombre de structures, dit Cécile : 14 centres de PTME d’une part (Prévention de la Transmission de la Mère à l’Enfant), 4 CDV d’autre part (Centres de Dépistage Volontaire). » Elle décrit les aspects positifs du fonctionnement mis en place : « on observe qu’à partir du moment où les femmes ont fait la démarche du dépistage dans un centre PTME, et qu’elles viennent chercher des résultats qui s’avèrent positifs, celles-ci souhaitent recevoir la prise en charge que leur propose A.M.I. au sein des centres PTME. C’est-à-dire que dès lors que les femmes sont au courant de leur séropositivité, elles osent aller au bout de la démarche pour recevoir un suivi pendant leur grossesse. » Or la prise en charge des femmes enceintes est essentielle, car il existe des solutions pour les femmes enceintes afin de réduire les risques de transmission de la maladie à l’enfant. Notamment, en mettant en place un accouchement médicalisé avec ARV (antirétroviraux). Puis, après l’accouchement, en donnant des conseils aux femmes sur l’allaitement afin de réduire les risques de transmission du VIH par le lait maternel, comme le sevrage brutal de l’enfant à 6 mois. A.M.I. fournit aux mères du lait maternisé pour remplacer le lait maternel. Pour assurer un tel suivi, les équipes se mobilisent pour inciter les femmes à continuer de fréquenter les centres de santé après l’accouchement, certaines souhaitant quitter le programme à ce stade pour éviter les soupçons de leur entourage.
Ainsi, qu’il s’agisse des structures dédiées à la lutte contre le VIH/Sida, des maternités d’attente, ou de l’ensemble des activités mises en place par A.M.I. (appui aux centres de santé mais aussi lutte contre le choléra, prise en charge des victimes de violences sexuelles, etc.), l’objectif défendu par les équipes sur place est d’organiser les conditions d’une prise en charge sur le long terme des populations, et d’assurer une continuité et un suivi, en préparant la passation à des acteurs locaux.
Thaïlande : prévenir et soigner les maladies dans les camps de réfugiés
Dans les camps de réfugiés en Thaïlande, A.M.I. est la principale ONG médicale présente. Son activité permet la prise en charge des patients en consultation interne et externe, et contribue à prévenir et limiter les épidémies au sein des camps. Les activités de prévention et les protocoles de préparation aux pandémies sont ainsi un élément clé de la santé des réfugiés au sein des camps.
Anna Paul a mené ses études dans un institut d’études politiques avant de poursuivre par une spécialisation en master d’action humanitaire à l’université d’Aix-en-provence. Après des stages au sein d’organisations de protection des droits humains fondamentaux, Anna a vécu ses premières missions en tant que responsable de projet au Tchad et en République centrafricaine. Désormais, Anna est responsable de projet pour Aide Médicale Internationale dans le camp de réfugiés de Mae La, qui est, avec plus de 45 000 personnes, un des plus gros des neufs camps situés à la frontière birmano-thaïlandaise.
Quelles sont les activités que vous gérez au quotidien en tant que responsable de projet ?
Je coordonne les activités de santé menées par les équipes d’A.M.I. dans le camp de Mae La. Comme il s’agit d’un très grand camp, cette mission requiert beaucoup d’organisation à tous les niveaux. J’assure les fonctions habituelles des responsables de projet d’A.M.I. : suivi des objectifs, reporting, gestion des équipes, qui sont assez conséquentes eu égard au nombre de personnes vivant dans le camp. L’équipe comprend en effet 280 personnes, composée de réfugiés qui sont formés par A.M.I. à la mise en place et au déroulement quotidien des activités de soin. Nous avons en plus une équipe sur Mae Sot (la base de coordination générale) composée de médecins et de formateurs qui apportent un soutien aux équipes des camps, composées notamment de medics en charge des soins de santé primaires. Les médecins leur viennent en appui pour les décisions médicales complexes et pour les référencements vers l’hôpital général de Mae Sot.
Par ailleurs, d’un point de vue plus global, je participe avec toute l’équipe d’A.M.I. à la réflexion concernant l’évolution des programmes. Nous travaillons pour proposer une stratégie conçue pour rester en constante adéquation avec les besoins de la population. Par exemple, on analyse l’opportunité de prendre davantage en charge certaines activités et de confier entièrement d’autres projets aux autorités sanitaires locales. Ainsi, il est envisagé de reprendre l’activité de prévention et de traitement de la tuberculose qu’une autre ONG a cessé récemment.
En plus des activités de soins préventifs et curatifs auprès des réfugiés, existe-t-il des activités plus spécifiques à la région ?
Nous avons mis en place des protocoles pour faire face de manière efficace à une épidémie de grippe aviaire (la promiscuité et la présence de volailles au sein du camp nous ont amené à prendre des mesures très concrètes). En effet, en cas de grippe aviaire, nous pouvons craindre un taux de mortalité assez élevé (plus qu’en cas de grippe A, pourtant davantage médiatisée aujourd’hui), ce qui nous a amené à prévoir un protocole spécifique. Il faut savoir qu’officiellement, les réfugiés ne sont pas autorisés à posséder des volailles car ils n’ont pas le droit d’avoir des activités génératrices de revenus. À cela s’ajoute le fait que les autorités ont peur de la contamination. Dans ce contexte, mettre en place un programme de prévention est assez délicat. Cela étant, nous assurons une surveillance aux niveaux humain et aviaire. Notre objectif est de créer des outils de surveillance et des protocoles d’action clairs et précis pour le cas où l’on rencontrerait des cas suspects de mort de volailles. Pour ce faire, nous invitons donc les habitants à signaler les morts suspectes de volailles à l’équipe sanitaire. Ensuite A.M.I. s’occupe d’informer les autorités sanitaires locales et d’opérer les tests spécifiques requis. Selon les résultats, l’intervention peut être plus générale. Il nous faut faire preuve de force de persuasion car les réfugiés ont peur qu’en déclarant les morts suspectes, la totalité des volailles soient tuées par mesure de prévention.
Concernant le volet humain, la maladie est sous surveillance constante : les medics disposent d’une liste de symptômes auxquels ils doivent prêter une attention particulière, et doivent faire une déclaration sous 24 heures s’ils les observent chez un patient. Une fois le cas déclaré aux autorités sanitaires, le nécessaire est fait pour isoler le plus rapidement possible la personne du reste du camp et la référencer sur l’hôpital de Mae Sot. En complément, des actions sont menées en amont, au niveau de la communauté pour diffuser des messages de prévention et d’hygiène, notamment sur le lavage des mains ou l’utilisation de cages pour les volailles.
Après votre break en France, vous retournez en Thaïlande pour la suite de votre mission. Quels sont les chantiers pour votre retour ?
Bien entendu, je vais continuer toutes mes activités en tant que responsable de projet. Nous recevons également la visite du référent médical terrain du siège qui vient en mission pour nous appuyer dans notre travail en apportant un regard extérieur indispensable sur les activités. Le référent médical va nous aider à compiler les données médicales et épidémiologiques, participer aux réunions, travailler sur les indicateurs qui serviront sur les futurs projets. Il prendra également part aux sessions de formation du staff à la gestion du H1N1 dans le camp. Nous allons aussi nous pencher sur l’amélioration de l’accueil dans les patient house, qui sont des structures qu’A.M.I. met à disposition pour les personnes référencés vers l’hôpital de Mae Sot pour qu’elles y passent la nuit en allant ou en revenant de consultation. L’accueil du patient, comme la qualité des soins est en effet un élément important de notre action.
Parution de la Chronique n° 93 d’Aide Médicale Internationale
Au-delà de ce retour important sur le budget d’A.M.I., La Chronique n° 93 opère un éclairage sur le programme Health Messenger – édition et distribution de magazines de formation médicale à destination des personnels et professionnels de santé – mené dans trois pays d’intervention : Afghanistan, Indonésie et Thaïlande.
La formation des personnels compte en effet parmi les axes prioritaires des actions d’A.M.I., et le magazine Health Messenger s’inscrit au cœur de cette démarche. Les propos de Chloé Forette et Anne Broggi, anciennement en charge de la version indonésienne du magazine rejoignent ceux de Corinne Bocquet, responsable de publication en Afghanistan : le Health Messenger est un formidable outil pour actualiser et renforcer les connaissances des personnels de santé. À ce titre, il contribue à l’amélioration de la qualité des soins dispensés aux populations vulnérables et s’inscrit pleinement dans le processus d’autonomisation des acteurs et systèmes de santé locaux.
> Dossier spécial : Health Messenger
Indonésie : le Health Messenger, un magazine au service de la santé
3 questions à Corinne Bocquet, responsable de publication en Afghanistan
Thaïlande : Substance Abuse, Drugs and Addictions Guidebook
> Dans les camps de réfugiés en Thaïlande : de la santé à la dignité
> Rapport financier 2008
> Bilan et compte d’emploi des ressources 2008
Découvrez l’intégralité de La Chronique n° 93 d’Aide Médicale Internationale en format pdf.
Haïti : l’éducation, premier pas vers l’autonomie. La fondation d’entreprise Air France et A.M.I. s’associent en faveur des enfants et jeunes des rues à Port-au-Prince.
« Alors que notre métier est de réduire les distances et de rapprocher les hommes, nous sommes particulièrement sensibles aux inégalités et aux injustices. » explique Pierre-Henri Gourgeon, directeur général d’Air France. Afin de réduire ces déséquilibres, le groupe Air France a créé en 1992 une fondation d’entreprise et a choisi de s’engager pour l’enfance en difficulté, en soutenant des projets dans deux domaines d’activité principaux : l’éducation et la formation, outils indispensables pour sortir les enfants et jeunes de situations de précarité et d’exclusion. Pour 2009-2010, la fondation a décidé de s’associer au projet médico-éducatif en faveur des enfants et jeunes des rues de Port-au-Prince et fait confiance à l’expérience et l’expertise d’A.M.I.
Ces enfants et jeunes en situation de rue sont livrés à eux-mêmes et particulièrement enclins aux comportements à risque : drogues, violence, mendicité, prostitution, etc. Pour répondre à leurs besoins spécifiques, l’équipe A.M.I. a mis en place un programme de soutien depuis 2004 qui combine activités médicales et socio-psychologiques.
Plus d’informations sur le programme Haïti
Le soutien de la fondation Air France permettra de renforcer les actions menées directement dans la rue et au centre médico-social de proximité de Martissant. L’équipe A.M.I., composée de personnels locaux et de personnels expatriés, sera en mesure d’étendre ses actions, d’aller à la rencontre de plus d’enfants et de jeunes en difficultés, et d’améliorer le suivi dans la construction de leurs projets personnels.
Plus d’informations sur la fondation d’entreprise Air France
Haïti : log-admin pour le programme enfants et jeunes des rues
Charlène Lacraz est titulaire d’un master 2 en coopération internationale de l’Université de Grenoble. Ses premières expériences dans le domaine de l’humanitaire ont eu lieu en Équateur, au Mali et au Burkina Faso pour des missions ayant trait à la Santé publique. Charlène travaille pour Aide Médicale Internationale en tant qu’administratrice logisticienne en Haïti.Quel est votre rôle sur le terrain ?
En tant qu’administratrice-logisticienne, je suis en charge de l’administration, des ressources humaines et du suivi budgétaire de la mission. La gestion financière de la mission Haïti est une tâche importante car le financement du projet, assuré par plusieurs bailleurs, est complexe.
Avec qui travaillez-vous ?
Je travaille directement avec un comptable, un logisticien et un assistant administrateur-logisticien pour Martissant, et de manière indirecte avec un assistant logisticien, six gardiens, quatre chauffeurs et deux femmes de ménage.
Les équipes partent du bureau le matin pour se rendre sur les bases de Port-au-Prince avec les cliniques mobiles. Leur but est d’apporter les soins médicaux aux enfants et jeunes des rues mais aussi de faire de la médiation médicale et éducative pour rencontrer les enfants, les référencer, les soigner. Les relations sont généralement bonnes entre les équipes et les enfants et jeunes des rues, qui cherchent souvent à établir le contact, viennent dire bonjour etc.
Du point de vue de la logistique, quels sont les principaux enjeux ?
Nos préoccupations logistique et sécurité ont essentiellement trait à nos moyens techniques, et notamment nos véhicules. En effet, la logistique (comme par exemple l’entretien des véhicules qui doit être assuré continuellement) nécessite un travail constant ; et tout comme l’administration, elle est une dimension importante du programme. C’est pourquoi l’une et l’autre doivent être menées avec attention.
RDC : responsable de projet, de la mise en place au suivi des activités
Aurélie Baumel a fait une école de commerce à Marseille, puis une spécialisation en école supérieure de publicité. Après une expérience dans le secteur de la publicité, Aurélie a décidé de mettre ses compétences en communication et en information en Équateur au service de l’UNESCO, puis en Indonésie pour la publication du Health Messenger d’Aide Médicale Internationale.
Aurélie a été, de novembre 2008 à juillet 2009, responsable de projet sur la base d’Uvira pour la mission d’Aide Médicale Internationale en République Démocratique du Congo.
Pouvez-vous nous parler des activités en cours de réalisation sur la base d’Uvira ?
Différentes activités sont en cours depuis la base d’Uvira. Parmi celles-ci, nous mettons en œuvre des programmes de prise en charge des maternités à haut risque ainsi qu’un projet de lutte contre le VIH.
S’agissant de la prise en charge des maternités à risque, il faut savoir que le taux de mortalité est très élevé en ce qui concerne les nouveaux nés. Le taux de césarienne avoisine 20 % des accouchements qui ont lieu à la maternité de Katanga, car les grossesses à risque ne sont pas décelées à temps.
C’est pourquoi les équipes d’A.M.I. sur les Hauts Plateaux organisent des formations sur la maternité à moindre risque. Ces formations sont destinées au personnel soignant des centres de santé, c’est-à-dire aux infirmiers, aux infirmiers assistants et aux matrones (ce sont des accoucheuses traditionnelles).
Nos équipes forment aussi des leaders de villages qui font partie des Codesa (comités de développement des aires de santé) et des relais communautaires pour sensibiliser le plus grand nombre de personnes possible afin que les mères se rendent au centre de consultation pré-natal et qu’elles puissent être référencées en cas de besoin. Les distances sont très grandes et les futures mamans peuvent avoir besoin de deux jours de marche pour se rendre à la maternité. L’idée est donc de mettre à la disposition des femmes des maternités d’attente pour qu’elles puissent y vivre le dernier mois de leur grossesse (voir également le témoignage de Cécile sur les maternités d’attente).
Le projet VIH concerne la formation des médecins de l’hôpital général de référence de Lemera pour les traitements antirétroviraux et la prise en charge des infections opportunistes, pour que le traitement soit opérationnel. C’est le centre de dépistage qui fait le counselling et réfère directement à l’hôpital.
Nous avons aussi mis l’accent sur la prise en charge psychosociale des personnes qui vivent avec le VIH en proposant une formation à toutes les personnes qui s’occupent des PTME (programmes de prévention de la transmission du VIH de la mère à l’enfant) et des associations locales qui travaillent dans ce secteur.
Ouverture d’un centre PTME (prévention de la transmission du VIH de la mère à l’enfant)
Quel est votre rôle dans ces activités en tant que responsable de projet ?
Les projets sont rédigés sur le terrain suite à une veille régulière des besoins et au gré des possibilités de financement. Après avoir été validé par le siège et accepté par le bailleur, nous mettons en œuvre les activités qui ont été décidées et nous veillons à leur bon déroulement.
Outre l’aspect projet, mon rôle comprend également la gestion et l’animation des équipes, le suivi financier, le côté administratif et la supervision des aspects logistiques et sécuritaires. La base d’Uvira compte le responsable de projet, un logisticien expatrié et un référent médical ainsi que 35 personnes de l’équipe d’A.M.I. locale et des travailleurs journaliers. De plus, nous servons de base de transit et d’achat pour d’autres bases d’A.M.I. qui sont moins faciles d’accès.
Vous êtes également impliquée sur le suivi des activités et des projets. Comment cela prend-il forme ?
Il s’agit ici de la mise en place des activités par rapport aux objectifs qui ont été préalablement définis. Il faut aussi analyser les résultats et assurer le suivi des indicateurs.
Pour mettre en place une nouvelle activité, nous commençons par recruter des personnes qualifiées pour assurer la formation des personnels locaux. Par exemple, dans les équipes d’A.M.I., l’infirmier superviseur accoucheur forme le personnel de santé sur des aspects très techniques, tandis que le superviseur de santé communautaire forme les leaders de communauté qui sensibiliseront ensuite les villageois (Codesa, relais communautaires, communauté villageoise).
Ensuite nous prévoyons les dates de déroulement des sessions et allons sur le terrain pour lancer les invitations, réserver les salles où auront lieu les formations, préparer le matériel et les outils de sensibilisation.
L’étape suivante est le suivi, à savoir comment s’est passée la formation : nous organisons des tests avant et après la formation. Il est important de disposer d’indicateurs pour évaluer les retombées de la formation, mais cela prend du temps et il est difficile de mesurer l’influence directe de ces formations sur le taux de mortalité materno-infantile par exemple.
Évaluer les retombées de nos activités de formation et de sensibilisation dès le début des activités n’est pas chose aisée. Cependant, le rôle de responsable de projet permet d’accompagner le cycle de vie du projet de sa mise en place sur le terrain en collaboration avec la communauté, au suivi des retombées et des indicateurs sur l’amélioration de la prise en charge notamment des grossesses à risque sur les Hauts Plateaux.
Le rapport annuel 2008 d’Aide Médicale Internationale accessible en ligne
Le rapport annuel 2008 d’Aide Médicale Internationale est accessible en ligne, en téléchargement libre. Ce document, structuré en cinq parties (Action et engagement, Rapport financier, Missions, Magazines Health Messenger, Communication et partenaires) présente l’ensemble des programmes et activités menés durant l’année 2008 ainsi que les comptes annuels de l’association.
Télécharger le Rapport annuel 2008 d’Aide Médicale Internationale
Birmanie : associer les communautés aux programmes sanitaires
Sophie Benoliel revient d’un an et demi de mission dans le Rakhine (Birmanie), où elle était responsable de projet. Enthousiaste, elle confie que des trois missions humanitaires qu’elle a effectuées, celle-ci a été la plus enrichissante, par le travail mené avec l’équipe locale auprès des populations. Ancienne étudiante en gestion de projets territoriaux (un DESS Management international des projets territoriaux) et en droit international, elle estime que la réflexion menée avec le staff local pour faire évoluer le programme lui a beaucoup apporté. Elle raconte le travail d’approfondissement de la mobilisation communautaire qui a été mené sur sa base, et ce qui a été accompli durant sa mission auprès des villageois et des personnels de santé locaux. Le développement communautaire répondant à un objectif essentiel : pérenniser les activités initiées par Aide Médicale internationale.
Sur la zone d’intervention du Rakhine, quelles sont les activités mises en œuvre par A.M.I. en matière d’accès aux soins de santé primaires ?
Pour ce qui est des activités de soins de santé primaires, le programme mené met l’accent sur la santé materno-infantile. Les infirmières et les sages-femmes de la base, employées localement par A.M.I., assurent des consultations au sein des cliniques mobiles. Les consultations accueillent ainsi les femmes enceintes, celles qui ont accouché, les femmes qui souhaitent un moyen de contraception, et les enfants de moins de 5 ans. Par ailleurs, un appui est apporté au réseau des travailleurs de santé communautaire, notamment par la formation en matière de santé materno-infantile.
En Birmanie, certains travailleurs communautaires sont reconnus par le gouvernement et sont formés dans les hôpitaux pendant six mois. Ils apprennent des techniques basiques concernant l’accouchement et la santé materno-infantile, puis retournent dans leur village. Avec l’accord du gouvernement birman, A.M.I. forme des travailleurs communautaires pour qu’ils représentent le focus plan médical dans leur village. La formation délivrée leur permet d’effectuer des consultations, de prescrire quelques médicaments de base, et quand cela s’avère nécessaire de référer des patients vers des hôpitaux. Une énorme partie du programme est ainsi consacrée à la formation de ces personnes grâce auxquelles des soins de santé primaires peuvent être assurés au sein même des villages.
L’objectif d’A.M.I. est à terme que les femmes enceintes, qui aujourd’hui se rendent plutôt chez les accoucheuses traditionnelles, ne se tournent plus uniquement vers elles. Même si ces accoucheuses sont entraînées par A.M.I., l’enjeu pour l’avenir est que les femmes s’en remettent à des travailleurs communautaires véritablement formés aux pratiques médicales basiques.
Plus largement, quelles autres activités sont développées pour améliorer les conditions de santé des populations ?
Un aspect essentiel du programme mis en œuvre dans le Rakhine est l’éducation à la santé. Il existe au sein du staff local d’A.M.I. des Health educators, c’est-à-dire des éducateurs en santé. A.M.I. leur dispense des formations courtes afin qu’ils intègrent les connaissances médicales basiques. Ce ne sont pas des médecins ; il faut savoir que dans le Rakhine, la population appartient à une minorité musulmane qui ne peut accéder à certaines études, notamment celles permettant d’accéder aux métiers de la santé. Le travail des medics après les formations A.M.I. consiste à délivrer à leur tour des connaissances et des messages sur des questions de santé essentielles dans les villages. De plus, ils forment des éducateurs de santé communautaires : c’est le « training of trainers ».
Les éducateurs en santé communautaire sont des volontaires, et ne font donc pas partie du staff d’A.M.I. Ce sont des villageois qui ont souhaité s’investir pour améliorer la santé dans leur village. Ils n’assureront aucun soin, à la différence des travailleurs communautaires évoqués plus haut. Mais ils détiendront des informations sur des points précis, et les diffuseront au sein de la population d’un village : pourquoi se laver les mains et à quel moment de la journée, comment savoir que l’on a la malaria, comment se prémunir de l’infection, comment utiliser la moustiquaire imprégnée, quelle est la manière la plus hygiénique de nettoyer sa maison, etc.
Comment se passe la formation de ces volontaires communautaires afin qu’ils délivrent des messages de santé de qualité ?
Nous avons défini un certain nombre de points sur lesquels porteront ces messages : malaria, tuberculose, hygiène personnelle, etc. On les entraîne à délivrer un certain nombre de messages sur ces sujets en leur donnant des outils (jeux, chanson, démonstration). L’un de ces outils est le « flip chart » : il s’agit d’un livret utilisé pour expliquer des notions de santé en public, avec une face illustrée servant de support au discours de l’éducateur en santé communautaire. Sur la face tournée vers lui, ce dernier peut lire au besoin un petit rappel des points qu’il a assimilé.
Un autre outil est une méthode d’éducation dite « méthode PHAST », basée sur la participation communautaire. L’idée est de faire parler les gens, à travers différents outils, de leur village, de leur situation de santé, de ce qu’ils aimeraient voir évoluer. Ce qu’il y a d’intéressant dans cette méthode est qu’elle est très proactive, permettant d’impliquer les gens plutôt que d’attendre d’eux qu’ils appliquent des messages comme une leçon. L’application de ce qui aura été dit sera ainsi plus naturelle.
Par ailleurs, grâce à cette méthode participative, on découvre que certaines croyances sont à l’origine de certains problèmes de santé. Par exemple, dans le Rakhine, les us et coutumes veulent qu’une femme enceinte ne mange pas de tout, ce qui a des conséquences néfastes et provoque des cas de malnutrition. Les séances participatives sont utiles pour se rendre compte de certaines mauvaises habitudes.
Comment le développement communautaire a évolué pendant votre mission ?
Le programme au Rakhine est mené depuis 2004, mais nous avons dans un premier temps effectué des activités d’urgence, comme avec les cliniques mobiles. Ces huit ou neuf derniers mois, nous avons beaucoup axé le programme sur le développement communautaire. Aujourd’hui, nous essayons d’orienter davantage le projet sur la participation des communautés. L’idée est d’inscrire nos activités dans un cadre plus pérenne. Par exemple, former des volontaires permet que les messages essentiels concernant la santé puissent être diffusés sans qu’A.M.I. soit là. Pour favoriser la pérennité des actions, il faut en effet que les populations puissent à terme se passer de nos équipes. Cette partie du travail m’a beaucoup apporté, car j’ai travaillé avec une équipe motivée. J’étais la seule expatriée sur ma base, en contact avec une centaine de staffs locaux, et les relations de travail que j’ai eues m’ont énormément enrichie. L’équipe s’est beaucoup impliquée pour réfléchir au moyen de faire évoluer le programme en renforçant les aspects communautaires. Et de voir se mettre en place des relais communautaires aux actions d’A.M.I. est extrêmement satisfaisant, car ce que nous avons accompli est destiné à se prolonger au-delà de nos missions.
RCA : Ajuster les activités aux besoins de la population
Pouvez-vous nous présenter les activités d’Aide Médicale Internationale à Ndélé ?
Depuis septembre 2008, A.M.I. a décidé d’apporter son appui à huit postes périphériques primaires dont l’activité est destinée à couvrir l’ensemble de la population et l’ensemble de la palette de soins de santé primaires. Il a été décidé de soutenir des centres de santé sur quatre axes qui permettent de couvrir des zones géographiques avec la plus grande densité de population possible dans leur périmètre. Les bénéficiaires disposeront à terme d’un accès à un centre de santé dans un rayon de 120 km au maximum.
Pour l’instant, dans le déroulement du projet, nous sommes en mesure d’en soutenir quatre.
Quel est votre rôle dans l’organisation de ces activités ?
Au quotidien, le responsable de projet supervise les aspects administratifs, logistiques et financiers, assure le suivi des indicateurs et le management des équipes pour permettre le bon déroulement des activités. Je pense que le plus important est de toujours agir en respectant les compétences de chaque individu pour que chacun puisse travailler dans les meilleures conditions possibles.
A.M.I. privilégie la formation et le compagnonnage avec des infirmiers superviseurs locaux pour montrer, accompagner, et non se substituer au personnel local des structures de santé. Malheureusement, le personnel que nous formons souffre beaucoup de l’insécurité matérielle qui prévaut à Ndélé et les plus diplômés préfèrent exercer à Bangui, la capitale.
Comment le soutien d’A.M.I. est-il relayé par la population ?
C’est effectivement une question cruciale. La République Centrafricaine est un pays dont le contexte sécuritaire et sanitaire souffre d’instabilité chronique. Dans ce contexte, il est délicat de mobiliser de façon pérenne la population pour une implication communautaire dans l’amélioration de l’accès aux soins de santé. C’est pourquoi les équipes d’A.M.I. doivent travailler constamment pour maintenir sa participation aux activités mises en place. Paradoxalement, c’est dans les villages les plus isolés qu’on trouve les communautés les plus actives !
Or, la mobilisation communautaire est une composante indispensable dans le soutien que les ONG apportent pour satisfaire les besoins sanitaires vitaux en République Centrafricaine.
RDC : prise en charge psychosociale des personnes vivant avec le VIH
Amina N’GOM est référente psychosociale pour le programme de lutte contre le VIH d’Aide Médicale Internationale en RDC. Amina a complété des études en travail social par un master en économie sociale et solidaire spécialisé dans le management de projet et de compétences et un diplôme inter-universitaire en santé humanitaire avant de travailler en France (MDM mission France, Conseil Général des Bouches-du-Rhône) et à l’étranger pour des missions avec des associations locales en Inde (réhabilitation, abris temporaires et éducation à la santé), au Kenya (éducation à la santé), et pour des projets culturels en Croatie et en Belgique.
Ce poste de référente psychosociale pour le programme de lutte contre le VIH est récent. Pour quelles raisons a-t-il été créé ?
C’est un nouveau projet qui a été mis en place en janvier 2009, suite à une évaluation qui avait été menée en 2007 par une assistante sociale.Le constat était que la prise en charge médicale était bien présente mais que la prise en charge psychologique (santé mentale) et sociale étaient souvent oubliées.
Ce poste est basé à Bukavu, mais il est destiné à couvrir l’ensemble des trois bases dans lesquelles A.M.I. intervient dans le Sud Kivu, c’est-à-dire Kilembwe, Uvira et Baraka.
En arrivant, je me suis rendue dans ces trois bases pour évaluer les besoins et tenter de comprendre comment obtenir l’adhésion des populations au projet. Ce qui est valable dans une ville ne l’est pas forcément dans une autre et les messages, quels qu’ils soient doivent être adaptés au contexte.
Le VIH est un fléau sur le continent africain et la RDC n’y échappe malheureusement pas. Le travail le plus important à mon sens est la sensibilisation communautaire. Il faut expliquer aux populations ce qu’est le VIH, ses modes de transmission et ses modes de préventions.
Il est parfois difficile de faire comprendre aux gens que c’est une maladie sexuellement transmissible mais pas seulement, que l’on peut aussi contracter le virus par voies sanguines mais qu’il peut également être transmis de la mère à l’enfant pendant la grossesse et que donc par conséquent il faut se protéger et protéger les autres. D’où l’importance de la prévention, du dépistage précoce et de la prise en charge médicale, sans oublier la prise en charge psychosociale.
Certaines ethnies du Sud-Kivu sont polygames, d’autres nient la maladie, parfois il y a même des transfusions sanguines qui sont faites hors des lieux de santé sans que le sang soit testé préalablement. Ces trois situations sont des facteurs de risque très important dans la propagation de la maladie. Au-delà de l’information préalable, nous sommes attentifs à la situation des personnes malades dans leur environnement social.
Ces personnes sont prises en charge au niveau du dépistage et du traitement, mais il a semblé important qu’elles fassent aussi l’objet d’une prise en charge au niveau social et psychologique. Le VIH est une maladie qui conduit parfois à la discrimination, la stigmatisation et au rejet, il faut donc prendre en compte ces facteurs pour pouvoir proposer une aide globale aux personnes vivant avec le VIH (PVV).
Avec qui travaillez-vous pour ce projet ?
Le programme s’appuie sur trois intervenants principaux : les associations locales, les centres PTME (prévention de la transmission du VIH de la mère à l’enfant) et les CCDV (centres de conseil et de dépistage volontaire).
A.M.I. soutient ces trois partenaires à plusieurs niveaux. Nous leur fournissons du matériel de bureau, ainsi que des outils de communication et de sensibilisation. Nous les formons à la structuration associative, mais aussi à l’accompagnement psychosocial avec comme outils les différents types de counselling (individuel, de groupe, familial) ainsi qu’aux visites à domicile et à la médiation familiale. Nous leur apportons des notions théoriques sur le traumatisme, l’autonomisation et la hiérarchisation des besoins. Cette formation est organisée par un organisme de formation Burundais HealthNet TPO en collaboration avec A.M.I.
Nous travaillons également en collaboration avec des organismes congolais comme les Bureau Centraux de Zone (BCZ) mais aussi avec le Programme National Multi-sectoriel de Lutte contre le SIDA (PNMLS) qui s’occupe de la coordination des associations locales oeuvrant dans le domaine du VIH/SIDA
Quels sont les activités et les outils que vous avez imaginé pour ce programme de prise en charge psychosociale du VIH ?
J’ai pensé à mettre en place de 4 outils pour mener à bien ce projet.
- Le premier est une cellule d’évaluation des besoins, elle est composée de personnes qui travaillent autour ou avec les PVV, c’est-à-dire, une PVV, le chargé de projet VIH d’A.M.I., un représentant de chaque association, ainsi que des représentants des PTME et des CCDV. Les membres de cette cellule se retrouvent tous les mois pour échanger et essayer d’apporter des réponses aux demandes des PVV. La cellule peut proposer aux personnes des orientations ou bien des référencements ou leur proposer occasionnellement une aide financière, cette dernière demeurant exceptionnelle car nous pensons qu’il est préférable de résoudre les problèmes autrement que par l’argent pour ne pas générer une forme d’assistance. Cette enveloppe financière a surtout vocation à aider les personnes pour qu’elles puissent se déplacer pour suivre leur traitement, pour s’alimenter, pour payer l’hospitalisation ou pour aider les orphelins du VIH à financer leur scolarité (le budget est d’environ 200 $ par base et par mois).
- Le deuxième outil est une réunion d’analyse de la pratique. À cette occasion, les trois partenaires se rencontrent tous les mois pour parler des difficultés rencontrées dans leur prise en charge quotidienne avec les PVV. Cette réunion est distincte de la réunion de la cellule, car ici les personnes qui interviennent dans la prise en charge des PVV se retrouvent pour parler d’elles-mêmes (ressentis, affects…). Il nous a paru nécessaire de mettre en place ce groupe de parole pour les assistants psychosociaux qui assistent les autres, et nous pensons qu’une personne qui écoute doit aussi pouvoir être écoutée. C’est une condition sinéquanone pour la pérennité de ce type de prise en charge.
- Le troisième outil de travail est la création d’une rencontre entre les associations de PVV du Sud-Kivu ainsi que le PVV qui souhaitent se regrouper en association. Cela permet aux personnes malades qui ne savent pas forcément vers qui se tourner de recevoir des informations et de disposer d’un lieu d’échange. Nous sommes partis du principe que les PVV doivent aussi être des acteurs de leur prise en charge. En RDC, la séropositivité est souvent un tabou. Il s’agit donc d’aider ces personnes à accepter leur maladie et comme on dit ici, à « sortir de la clandestinité ».
- Enfin, des permanences d’associations locales sont désormais organisées (ou en cours d’implantation, selon les bases) dans les centres de santé qui accueillent l’activité PTME ainsi qu’au sein des CCDV.
D’un point de vue général, le problème est que les personnes ne reviennent pas au centre de santé systématiquement après avoir fait le test de dépistage. Nous tentons de dédramatiser la prise en charge psychosociale et de l’enclencher dès que les personnes se présentent pour la première fois au dépistage, pour qu’en cas de résultat positif, elles sachent vers qui se tourner et comment agir.
D’un point de vue fonctionnel, comment gérez-vous les activités ?
En plus de la création et de la mise en place des outils que je viens de citer, je m’occupe du suivi, de l’accompagnement, des supervisions et du compagnonnage. En effet, j’ai la chance de travailler avec des chargés de projet très compétents, qui pour la plupart travaillent avec A.M.I. depuis de nombreuses années. Ces chargés de projet VIH sont sur le terrain (à raison d’un au sein de chaque base) et ils sont chargés de l’accompagnement au quotidien.
Pour ce qui est de mon poste, je vais recruter une personne sur place avec laquelle je vais travailler pour peut-être, dans un futur proche lui laisser la gestion du projet, c’est-à-dire nationaliser le poste.
Afghanistan : sécurité renforcée pour les équipes d’A.M.I. à l’approche des élections
À l’approche des élections présidentielles en Afghanistan, la sécurité des équipes travaillant dans le cadre des activités sanitaires mises en œuvre par A.M.I. fait l’objet d’attentions particulières. Comme le rappelle Anthony Damma, coordinateur logistique en Afghanistan de retour de mission, le contexte actuel a un impact sur l’atmosphère qui règne dans le pays. « Ces six derniers mois, j’ai passé 80 % du temps à Kaboul et j’ai eu le temps de ressentir l’atmosphère se tendre significativement à l’approche des élections. Cela se manifeste par des attaques plus opportunistes et plus actives. C’est un moment important avec une attention toute particulière des médias sur ce qui se passe. Des sites web relaient des informations, parfois vraies, parfois fausses, sur les attentats et font état de revendications pour certains d’entre eux. La population a un regard assez défaitiste sur les élections, car les Afghans ont l’impression que, quel que soit leur résultat, cela ne changera rien à leur situation. »
Si les résultats de l’élection sont imprévisibles, ils n’entraîneront pas forcément la violence, même si « on ne s’attend pas à ce que l’annonce se fasse dans une atmosphère pacifique », comme le souligne Anthony. C’est pourquoi les mesures de sécurité portent tant sur les équipes expatriées que sur les équipes afghanes et que tous les mouvements sont limités au maximum.
« S’agissant des expatriés d’A.M.I., ceux-ci travaillent actuellement en remote pour une période indéterminée, rappelle Anthony. Nous avons mis en place un ‘arbre de sécurité’, qui est un système qui permet de répercuter de la manière la plus fiable et la plus rapide les informations et les consignes précises de sécurité selon les évènements et les incidents ». Par ailleurs, puisqu’ils assurent la poursuite des programmes d’A.M.I. au plus près des bénéficiaires, « la sécurité des membres des équipes afghanes est l’objet d’une grande attention et nous veillons à prendre les mesures nécessaires pour qu’ils puissent poursuivre les activités de soins dans les centres de santé dans de bonnes conditions de sécurité ».
Dans ce contexte, A.M.I. s’est formellement prononcée contre la mesure prise par le gouvernement afghan de réquisitionner certains des centres de santé dans lesquels travaillent ses équipes (environ 10 % des centres sont concernés) pour servir de bureaux de vote. Il semblait en effet peu opportun, et dangereux pour nos personnels et pour les patients, que des lieux de soins puissent être assimilés – ne serait-ce que pour le temps des élections – avec des lieux de vote, étant données les menaces qui pèsent sur ceux-ci à l’occasion des élections. De plus, Aide Médicale Internationale est une ONG de santé, qui a vocation à rendre accessible à tous les bénéficiaires d’une zone déterminée les soins de santé primaires. Son mandat, dans le cadre de sa mission en Afghanistan comme dans toutes ses autres missions, est de respecter une stricte neutralité politique. L’amalgame – même temporaire – entre centres de santé et bureaux de vote semblait difficilement conciliable avec ce positionnement. C’est la raison pour laquelle, mais aussi pour assurer la sécurité des personnels soignants et des patients, les activités de santé qui seront maintenues le temps des élections seront assurées dans d’autres lieux d’accueil que les centres de santé réquisitionnés.
19 août 2009 : 1re Journée humanitaire mondiale
Cette année aura lieu le 19 août la première Journée humanitaire mondiale initiée par l’Office de coordination humanitaire des Nations Unies (OCHA) sur une décision de l’Assemblée Générale des Nations Unies.
Une date significative
Le choix de cette date a été arrêté en mémoire de 22 membres des Nations Unies tués le 19 août 2003 à Bagdad lors de l’explosion de bombes devant un bâtiment officiel de l’ONU. Le décès de ces 22 personnes, parmi lesquelles le Haut commissaire aux droits de l’Homme et représentant des Nations Unies en Irak, Sergio Vieira de Mello, qui avait consacré sa carrière, au sein des Nations Unies, à la protection des personnes dans les conflits armés, a marqué un tournant dans l’appréciation globale de la situation des travailleurs humanitaires à travers les continents.
Cette date, estime l’ONU, marque le point de départ de violences plus fréquentes à l’encontre des travailleurs humanitaires : incidents de sécurité, blessures, enlèvements et assassinats.
Objectifs de la journée
Si elle doit contribuer à attirer l’attention du public sur la situation des travailleurs humanitaires et à expliquer les tenants et les aboutissants des activités humanitaires à travers le monde, cette Journée poursuit trois objectifs :
- honorer ceux et celles des humanitaires qui ont perdu leur vie dans l’exercice de leurs fonctions et rendre hommage à celles et ceux qui ont été mis en danger ou sont disparus dans le cadre de leurs activités humanitaires ;
- exprimer la reconnaissance pour le travail que les humanitaires accomplissent à travers le monde ;
- attirer l’attention sur les besoins humanitaires à travers le monde.
Tandis que la Journée humanitaire de 2009 est avant tout dédiée à la mémoire des travailleurs humanitaires et à l’hommage à leur travail, un thème spécifique sera choisi chaque année à compter de 2010.
En cette première Journée mondiale, Aide Médicale Internationale tient à saluer la mémoire de trois membres de son équipe locale décédés en Birmanie au printemps 2008, des deux jeunes femmes bénéficiaires et collaboratrices du programme A.M.I. en Haïti décédées en septembre 2008, ainsi que la mémoire des deux collaborateurs soudanais tués en février 2009 lors de l’attaque d’un bus de voyageurs dans lequel ils se trouvaient après avoir assuré des consultations.
Cette journée est aussi l’occasion pour A.M.I. de rappeler que de nombreuses personnes à travers le monde n’ont toujours pas accès à des soins de santé adaptés et de qualité.
Cette première journée mondiale tend à mettre en relief quelques chiffres :
Selon la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’agriculture et l’alimentation), le nombre de personnes souffrant de la faim devrait atteindre un record historique en 2009 en concernant plus d’un milliard de personnes.
Le nombre de réfugiés et de déplacés est en constante augmentation avec plus de 15 millions de personnes réfugiées (personnes qui vivent hors des frontières de leur pays pour en raison de conflits armés) et plus de 26 millions de personnes déplacées (personnes qui sont parties de chez elles mais restent à l’intérieur du territoire).
Les enfants sont très vulnérables face aux conflits armés, aux catastrophes naturelles et aux maladies épidémiques. En 2008, les Nations Unies estiment que 9 millions d’enfants dans le monde meurent avant d’atteindre l’âge de cinq ans.
Site officiel de la journée humanitaire mondiale
Site de la fondation Sergio Vieira de Mello
Thaïlande : entretien avec Cécilie Alessandri, référente de projets santé
Cécilie Alessandri achève une mission dans les trois camps de réfugiés dans lesquels Aide Médicale Internationale intervient. Elle revient sur les difficultés et les réussites rencontrées dans les camps dans le domaine de la santé mentale, l’un des programmes qu’elle supervisait, et de l’avancée des activités mises en place pour une meilleure prise en charge et compréhension des problèmes qui y sont liés.À Mae Sot en Thaïlande, A.M.I. intervient auprès de populations au statut particulier, car les habitants des camps sont pour la plupart des déplacés qui ont fuit la Birmanie, sans pour autant être reconnus comme réfugiés au sens de la Convention de Genève par le gouvernement thaïlandais. Pouvez-vous nous raconter comment se déroule l’intervention dans ce contexte particulier ?
Les réfugiés birmans ne sont tolérés que dans les camps. On ne parle d’ailleurs pas de « camps de réfugiés » mais de temporary shelter, ce qui désigne un abris temporaire. Ces lieux sont clos, et il faut une autorisation pour y entrer et intervenir auprès des populations. Une longue liste d’interdictions encadre la vie dans les camps. Tous ces éléments contribuent à créer un contexte et une atmosphère de confinement assez pesants.
Seul horizon pour ces populations, l’espoir de bénéficier enfin du programme de « relocalisation » mis en place par l’UNHCR (Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés). Ce programme a permis à environ 30 000 d’entre eux de migrer vers différents pays d’accueil. Mais beaucoup restent sur place et les camps ne désemplissent pas, de nouveaux arrivants continuant à affluer, pour certains attirés par ce programme.
Dans les camps, il y a beaucoup de dépressions, un fort taux de suicide et d’alcoolisme. Mon travail de coordination impliquait, pour le volet santé mentale, de superviser les équipes qui interviennent au niveau de ce programme spécifique.
Une partie du staff est recrutée sur place, dans les camps. Comment cela se passe-t-il ?
Certains membres du staff sont des réfugiés, qui ont postulé pour intégrer l’équipe A.M.I. Ils sont formés pour devenir Psycho Care Givers (PCG) : ils ont pour rôle de lutter contre le stress et l’anxiété des habitants des camps, et animent des activités telles que la relaxation ou le yoga. Eux-mêmes vivent dans les camps. C’est quelque chose de compliqué : soigner des gens qui sont dans la même situation que soi, lorsque l’on partage les mêmes conditions de vie difficiles.
Quelles sont les avancées du programme ? Qu’est-il possible de faire encore contre le mal-être dans les camps ?
Les avancées les plus récentes concernent les partenariats. Différentes ONG interviennent auprès des réfugiés et permettent d’animer la vie dans les camps, comme l’a déjà fait « clowns sans frontières » par exemple. Dépressions, insomnies : pour les réfugiés, qui sont sans travail, sans famille, l’ennui est pesant. Le fait d’avoir accès à des activités participe à une prise en charge globale de leur mal-être. Des accords peuvent être institués avec les différentes ONG initiant diverses activités ; ainsi, un partenariat a été noué dernièrement avec Shanti Volunteer Association (SVA), une association japonaise qui a amorcé depuis l’an 2000 des activités autour de la lecture auprès des réfugiés en Thaïlande.
Par ailleurs, dans le même souci d’apporter des activités au sein des camps, une semaine d’Art Thérapie se déroulera du 17 au 22 août 2009. Celle-ci sollicite des intervenants extérieurs thaïlandais dans l’optique de découvrir d’autres types d’activités auxquels pourraient avoir recours les Psycho Care Givers (PCG), l’objectif étant de diversifier les techniques de soutien. Organisée à Mae La, cette semaine comprendra deux jours de musicothérapie et arts plastiques, deux jours d’expression corporelle, deux jours sur le massage.
Outre l’organisation d’activités et d’animations, un autre type d’évènement a été mis en place par la précédente responsable de projet en santé mentale expatriée et une psychologue superviseuse thaïlandaise, Goi : la semaine de la santé mentale. Celle-ci vise à présenter les différentes activités développées dans le cadre du programme santé mentale et à amener chacun à mieux comprendre quels peuvent être les troubles psychologiques dont souffrent les patients auprès desquels nous intervenons. Il s’agit donc de promouvoir le programme, de permettre à chacun de mieux comprendre quel type d’aide il peut trouver auprès des Psycho Care Givers, et de réduire la stigmatisation des personnes souffrant de troubles. Celle-ci aura lieu en octobre prochain.
Hormis les activités relatives à la santé mentale, quelles sont les avancées concernant les autres programmes mis en œuvre ?
Pour le programme formation, deux sessions de seize mois sont actuellement en place pour former des réfugiés à devenir medics. L’objectif est de faire en sorte que ceux-ci puissent prendre en charge le minimum nécessaire des soins pour la communauté. Ces sessions permettent de renforcer la formation continue, laquelle est adressée par les superviseurs à tous les réfugiés membres du staff A.M.I. : medics mais aussi Psycho Care Givers pour le programme santé mentale ou VCT counsellors, qui conseillent et informent les réfugiés qui le souhaitent sur le HIV et les accompagnent dans leur démarche de dépistage.
Concernant le VIH/SIDA, le programme pour la prise en charge et le suivi des patients suit son cours. En juin dernier, 99 patients sur les 160 séropositifs suivis dans les trois camps étaient sous traitement ARV. Un gros travail est fait afin de mieux identifier les patients et de prévenir les transmissions, et diverses campagnes sont mises en place par les équipes VCT.
L’un des enjeux est de lutter contre la discrimination et de permettre une meilleure intégration des personnes vivant avec le VIH au sein de la communauté. Une grande campagne sera organisée à l’occasion de la journée mondiale contre le SIDA le 1er décembre, journée actuellement en préparation par toutes les équipes VCT des trois camps. Enfin, à plus large échelle, Jacqueline Nopno ARAKTHARA, responsable du programme VCT (Voluntary Counseling and Testing) représentera A.M.I. au 9e congrès international sur le SIDA en Asie et dans le Pacifique qui se tiendra à Bali du 9 au 13 août, afin de présenter notre programme de prise en charge des patients.
Thaïlande : un soutien logistique indispensable adapté aux contraintes des camps de réfugiés
Après une formation à l’école supérieure de commerce de Marseille, Olivia Pelegrin a commencé ses missions dans le domaine humanitaire avec Aide Médicale Internationale au Soudan, puis Handicap International au Pakistan et au Népal, Solidarités en Afghanistan, avant de revenir au sein d’A.M.I. pour occuper le poste de coordinateur logistique en Thaïlande.
Quel est le rôle du coordinateur logistique ? Y-a-t-il des particularités dues au travail dans des camps de réfugiés ?
Mon rôle est d’intervenir en tant qu’appui et soutien pour les camps gérés par les bases d’Umphang et Maesot, qui ont en charge les programmes en cours dans les camps d’Umpiem, Nupoe et Maela. Je travaille depuis Mae Sot avec une équipe composée d’un acheteur et d’un « logisticien camp » en lien direct avec l’équipe logistique du camp de Mae La (le camp le plus étendu et qui compte le plus grand nombre de réfugiés soit environ 45 000 personnes) et je suis en lien technique et fonctionnel avec un logisticien basé à Umphang qui supervise les équipes logistiques des deux autres camps.
Comme nous intervenons dans des camps, le travail est marqué par le contexte. Par exemple, nous devons demander au préalable des autorisations aux autorités locales pour que les personnes employées par A.M.I. dans les camps puissent se déplacer ou bien pour livrer du matériel nécessaire à nos activités à l’intérieur du camp. Cela ne gêne pas les activités, il faut juste prendre cette circonstance en compte car A.M.I. travaille avec beaucoup de réfugiés vivant dans les camps, et un camp est un espace clos, pour lequel il faut tout apporter de l’extérieur.
Le travail est aussi marqué par la réalité sociologique des camps.
Lors des réunions, il y a l’équipe expatriée qui est française et parle en anglais, puis il faut tout traduire en thaïlandais, en birman et en karen (c’est la principale ethnie dans les camps). Cela peut donner lieu à des situations cocasses où chaque proposition doit être traduite dans quatre langues différentes et fait le tour de la salle avant d’être retraduite.
Cela étant, c’est une particularité que j’aime beaucoup dans mon travail. C’est très enrichissant de travailler avec des personnes d’origine différentes.
Quelles sont les activités que vous devez gérer au quotidien ?
Tout d’abord, il y a des activités liées au transport, pour les trois camps, qui se situent environ à 1h30 des bases d’A.M.I. Nous transportons des équipes d’A.M.I., des patients qui ont été personnes déplacées qui travaillent pour A.M.I. et se rendent ponctuellement dans d’autres camps pour y être formées) et enfin du matériel.
Pour ce faire, nous disposons d’une dizaine de chauffeurs et de neuf véhicules à Mae Sot, et quatre à Umphang. Il est important d’organiser la maintenance des véhicules et le planning des chauffeurs.
Ensuite, je gère les achats de médicaments, en lien avec le coordinateur médical et le pharmacien. Ce sont souvent des grosses commandes qu’il faut bien préparer tout en respectant scrupuleusement les procédures. Après cela, nous recevons, rangeons, conservons et envoyons les médicaments selon les besoins dans les camps. La logistique s’occupe aussi d’achats plus réguliers concernant les fournitures de bureau et le matériel courant nécessaire au bon fonctionnement de la base.
Le volet maintenance et réhabilitation est aussi très important car toutes les constructions dans les camps sont non définitives, y compris les structures de santé. De fait, ces structures sont d’une stabilité relative et il faut constamment les entretenir en changeant le bambou, les plaques de contreplaqué ou de tôle, les toits en feuille ou encore des morceaux de structures en bois.
La logistique dans les missions d’A.M.I. permet d’assurer le bon déroulement de toutes les activités, en assurant l’approvisionnement, la sécurité et la possibilité de se déplacer pour tous les intervenants dans des contextes parfois difficiles. C’est en cela que la coordination logistique est un rouage indispensable de la mission d’A.M.I. en Thaïlande.
Yémen : un programme de développement communautaire pour renouveler la confiance des bénéficiaires dans le système de santé
Virginie Nadeau a occupé le poste de responsable du programme de développement communautaire. Après des expériences dans le privé comme formatrice et plusieurs missions dans le domaine humanitaire aux Comores, à Madagascar et en Haïti, Virginie a rejoint les équipes d’Aide Médicale Internationale sur la base d’Hodéidah au Yémen.
Depuis son ouverture en 2007, la mission d’A.M.I. au Yémen porte sur l’amélioration de l’accès aux soins de santé primaires de la population. L’appui des équipes d’A.M.I. se concentre essentiellement sur les centres de santé qui ont une forte activité en soins curatifs, mais également en prévention et en vaccination. C’est dans ce cadre que Virginie est intervenue pour faire une évaluation afin de préparer la future mise en place du programme communautaire dans deux districts du gouvernorat d’Hodéidah (neuf zones dans le district d’Al Marawa et quatre zones dans le district d’Al Hali).
Quel soutien apporte actuellement A.M.I. sur le terrain avant le démarrage prochain du programme communautaire ?
Il est vrai que la mise en place d’un programme communautaire n’a pas eu lieu dès le démarrage des activités d’A.M.I. à Hodéidah au début de l’année 2007. Il s’est avéré nécessaire de rétablir le niveau de soin dans les centres de santé avant d’inciter les bénéficiaires à revenir les fréquenter. A.M.I. soutient neuf centres de santé en zone rurale et quatre en zone urbaine. Nous soutenons également trois nouvelles localités avec des cliniques mobiles en attendant la construction de centres de santé supplémentaires par le ministère de la Santé. Dans ces cliniques mobiles, nous dispensons des soins curatifs et préventifs (surveillance des femmes enceintes et « supplémentation » en fer, vaccinations, etc.). L’aspect préventif a également été développé avec des séances d’éducation à la santé et un volet de lutte contre la malnutrition.
Que vise le programme communautaire pour lequel vous avez fait une évaluation ?
Le but de ce programme communautaire sera de rétablir le lien entre les centres de santé et la communauté et d’introduire des sessions d’éducation à la santé pour prévenir les pathologies les plus courantes et améliorer la prise en charge des malades.
Le programme communautaire est conçu directement en collaboration avec les communautés et les centres de santé déjà en place. Il est primordial que les communautés se sentent concernées en tant qu’acteurs de leur santé. Une réelle implication est nécessaire de leur part car les bénéficiaires doivent venir dans le centre de santé, avoir confiance dans le personnel soignant et dans la qualité des soins qui sont proposés, car à l’heure actuelle, les personnes sont souvent méfiantes et critiques à l’égard du système de santé.
Il faut aussi comprendre et désamorcer certaines fausses croyances très répandues, comme par exemple que le thé est un fortifiant, alors qu’il est en cause dans de nombreuses carences en fer, notamment chez les femmes enceintes et les enfants.
Mon rôle par rapport à ce programme communautaire a donc été de le préparer en amont et d’analyser les retombées possibles pour assurer que les activités mises en place par A.M.I. soit pérennes et aient des bases solides pour perdurer après le départ des équipes.
Concrètement, comment évaluez-vous un programme communautaire ?
Ma mission d’évaluation a débuté par la collecte d’informations pour faire un état des lieux et avoir une idée précise de ce qui avait été fait avant. Cela a permis de bien connaître la situation existante et de savoir ce qu’il est possible de faire ou non avec les communautés. J’ai donc été attentive à tout ce qui avait d’ores et déjà été mis en place par l’équipe d’A.M.I., les associations locales et les autorités sanitaires locales. Je me suis aussi informée sur d’autres projets en termes d’éducation à la santé et d’approche communautaire.
Le travail de sensibilisation sera assuré par des bénévoles issus des communautés. Le processus de recrutement de ces bénévoles sera appuyé par la coordinatrice locale A.M.I. du projet. Le rôle de chaque acteur dans le programme communautaire, ainsi que la stratégie et les étapes du programme sont en cours de définition.
Le plus important pour s’assurer de la pérennité du programme, de l’implication et de la motivation des acteurs sur le long terme (pour une partie à titre bénévole) est de leur demander une contribution raisonnable, et de créer des interdépendances, afin que ces acteurs aient besoin et un intérêt dans le travail des uns et des autres pour une motivation mutuelle.
Le déroulement du programme communautaire sera basé sur une approche participative. Il faut donc que nous mobilisions des agents sensibilisateurs légitimes aux yeux de la population. Ils seront donc choisis si possible via un processus d’élection.
Quant au contenu des messages de sensibilisation, nous les définirons avec le ministère de la Santé, tout en impliquant la communauté pour identifier ses propres besoins.
Peu de temps après le démarrage proprement dit du programme communautaire, nous envisageons de conduire une première évaluation des résultats pour analyser de quelle manière passe le message auprès de la population dans une zone pilote parmi les 13 que couvre la mission d’A.M.I. Nous allons commencer le projet par une phase de test dans une zone pilote (parmi les 13 zones cibles de la mission A.M.I.), qui bénéficiera d’un suivi-évaluation rigoureux avant l’extension du programme à toutes les zones concernées.
Ce programme communautaire vise à redonner confiance aux bénéficiaires dans leur système de santé, les inciter à adopter certains comportements préventifs et à se rendre rapidement dans un centre de santé, peu de temps après la déclaration d’une maladie pour y recevoir à temps un traitement efficace et adéquat.
Birmanie/Myanmar : des activités en faveur des populations vulnérables et des personnes à risque
Ingénieur aéronautique de formation, Samuel Monet a multiplié les expériences humanitaires en Afrique (au Tchad et en République Centrafricaine, à l’occasion de plusieurs missions) avant de rejoindre les équipes d’Aide Médicale Internationale pour devenir responsable de projet à Dala, au Myanmar.
Pouvez-vous expliquer votre rôle en tant que responsable de projet pour Aide Médicale Internationale ?
Le rôle du responsable de projet est de coordonner les activités au niveau régional et de superviser les aspects logistiques et administratifs. Nous travaillons sur la stratégie en collaboration avec le chef de mission. J’ai ainsi assuré le démarrage des projets eau et assainissement sur deux nouveaux townships dans lesquels nous intervenons (Kahwmu et Kongchangone) ainsi que le suivi des projets en cours (eau et assainissement et HIV sur les townships de Dala, Twantay et Sekky khanuangdho).
En tant que responsable de projet, je devais également gérer les activités en collaboration avec les autorités locales, organiser des réunions de coordination entre les équipes et préparer les rapports d’activités pour les bailleurs de fond. Il faut faire preuve de transparence et rendre compte régulièrement de nos activités.
Quels sont les projets que vous supervisez actuellement ?
Dans les deux townships de Kahwmu et Kongchangone, les activités ne portent que sur des projets en eau et assainissement, avec une partie technique et une partie d’éducation à la santé liée à l’hygiène. Nous ciblons les populations les plus vulnérables en termes de logement, de revenu et d’accès à l’eau. Environ 13 700 ménages en sont bénéficiaires.
Le travail des ingénieurs vise à assurer un accès à l’eau et à l’assainissement dans les écoles et les centres de santé. Nous installons et rénovons des collecteurs d’eau, des châteaux d’eau, des puits, et des forages peu profonds. Nous distribuons aussi des containers d’eau, des latrines familiales, et réhabilitons des ponds (ce sont des mares communautaires artificielles dont l’eau est protégée de toute contamination externe et équipée de pompes à eau).
Pour chacun des puits creusés et des ponds, un comité de gestion de l’eau est créé pour entretenir les installations et assurer la gestion de l’eau au niveau communautaire.
Tous les bénéficiaires reçoivent des séances d’information à l’hygiène par l’intermédiaire de plus de 150 voluntaries health promoters (VHP) formés et supervisés par A.M.I. Les VHP sont des volontaires identifiés de la communauté qui reçoivent un kit d’éducation à la santé pour ensuite dispenser à leur tour des sessions d’éducation à la santé dans la communauté.
Quelles sont les autres activités d’A.M.I. dans la région ?
Nous avons aussi un programme VIH qui s’adresse spécifiquement aux populations les plus vulnérables, c’est-à-dire les homosexuels, les travailleurs du sexe, les personnes ayant des conduites ou vivant des situations à haut risque (les chauffeurs routiers, les employés portuaires, les travailleurs journaliers, les familles des personnes vivant avec le VIH/sida…). Les taux de prévalence pour ces populations sont énormes : jusqu’à 60 %de personnes séropositives dans certaines catégories de populations à risque. Le programme est constitué de deux composantes : la partie préventive et la partie clinique.
Pour les activités de prévention, nous avons constitué une équipe de douze health educators qui dispensent des sessions d’éducation à la santé relatives au VIH et aux maladies sexuellement transmissibles, soit directement, soit par l’intermédiaire des pairs éducateurs membres des communautés identifiées à risque qui sont formés et suivis régulièrement par les équipes d’A.M.I. Il s’agit de faire de la prévention, de sensibiliser leurs communautés aux problématiques de prévention du VIH et des MST, de les informer de la présence des cliniques A.M.I. et de réduire la stigmatisation autour du VIH.
Les activités cliniques consistent à dépister et traiter les MST. Nous facilitons le dépistage du VIH par l’intermédiaire des Voluntary Confidential Counselling and Testing, qui sont des centres dédiés au dépistage du sida, où les personnes peuvent obtenir un résultat rapide et des séances de conseil et d’orientation. Nous assurons les suivis des personnes vivant avec le VIH/Sida en fournissant le traitement antirétroviral et le cas échéant, les médicaments contre les maladies opportunistes. Il y a environ 260 patients sous ARV et 800 personnes vivant avec le VIH suivies de manière continue dans les cliniques de Dala, Seikki, Khanuangdho et Twantay (périphérie de Yangon).
Comme les personnes vivant avec le VIH/Sida ont des carences alimentaires, nous assurons, en collaboration avec le Programme alimentaire mondial, la distribution de rations alimentaires (12 kilos de riz, 1,5 kilo de légumineuses, 1 litre d’huile et 150 grammes de sel par mois).
Êtes vous en mesure de déterminer si ces activités ont un impact sur la santé des populations ?
L’impact est limité aux personnes dont les domiciles ne sont pas trop éloignés des cliniques, en raison des contraintes de transport. La majorité des personnes qui se présentent au centre de santé vivent dans le quartier ou aux alentours des bases d’A.M.I.
Les relations d’A.M.I. avec la population sont bonnes car nous travaillons dans la région depuis sept ans. Nous avons tissé des liens avec la communauté grâce au programme eau et assainissement, et l’impact de nos activités est reconnu par l’ensemble de la population. La qualité de ces relations permet à nos programmes de s’ancrer dans la réalité des habitants et de contribuer effectivement à l’amélioration de leur situation sanitaire.
Assemblée générale 2009 d’Aide Médicale Internationale : approbation des comptes 2008 et renouvellement du conseil d’administration
De plus, le conseil d’administration de l’association a été partiellement renouvelé, conformément aux statuts. Le CA d’Aide Médicale Internationale est désormais composé comme suit :
> Bureau
Docteur Philippe Augoyard, Président
Docteur Omolade Alao, Vice-présidente
Docteur Catherine Bilger, Secrétaire générale
Docteur Hélène Tevissen, Vice-secrétaire-générale
Geoffroy Malcor, Trésorier
Benoît Lagente, Vice-trésorier
> Administrateurs
Marie Amélie Degail
Eliane Lapeyronnie
> Suppléante Valérie Brunel
Indonésie : Sortie du 11e numéro du Health Messenger Pembawa Pesan Kesehatan (PPK) consacré à l’eau, l’hygiène et l’assainissement
Ce magazine, un outil d’information et de formation médicale des professionnels de santé de la province d’Aceh voit la sortie de son 11e numéro.
Ce 11e numéro du Health Messenger PPK se propose d’aborder, dans un grand dossier, le sujet de l’eau, de l’hygiène et de l’assainissement, en expliquant notamment les principales maladies, comme la diarrhée et le choléra, qui se transmettent directement au contact d’une eau souillée, mais aussi de maladies qui sont favorisées par les eaux stagnantes comme le paludisme et la typhoïde.
Le thème de l’eau, de l’hygiène et de l’assainissement est aussi évoqué du point de vue de la logistique (construire des puits pour protéger l’eau), du droit (les droits fondamentaux qui sont couverts par l’accès à une eau de qualité) et de la Santé Publique (un mode de vie sain pour une eau de qualité) et un exemple concret tel que l’hygiène maternelle durant la grossesse.
L’eau n’est pas seulement celle que l’on boit, c’est aussi celle qui permet de se laver, de faire la cuisine. Cela constitue des opportunités supplémentaires à des vecteurs de maladie de se propager et de frapper durement les populations.
La 11e édition du Health Messenger PPK comprend également ses autres rubriques habituelles (news, événements : la journée mondiale de la santé 2009, l’ouverture du PIDA, etc…)
NB : la mission d’A.M.I. en Indonésie a été fermée à l’automne 2009.
Birmanie/Myanmar : Les séances d’éducation à la santé ont un impact positif sur les connaissances des populations.
Après un DESS en mathématiques appliqués et en informatique, et des expériences professionnelles en marketing, Olivier Cheminat a accompli plusieurs missions humanitaires en tant que statisticien et épidémiologiste, notamment au Niger, en Afghanistan et en République Démocratique du Congo avant de rejoindre Aide Médicale Internationale en tant qu’épidémiologiste. Lors de son dernier passage à Paris, Olivier avait fait état de deux projets d’études sur l’impact des sessions d’éducation à la santé sur le comportement et la santé des individus (voir son témoignage du 26 janvier 2009 à mi-mission).Comment avez-vous mené ces études ?
Les études ont été menées afin de mesurer l’impact des sessions d’éducation à la santé dans la région du Rakhine et à Dala. Notre objectif est de mesurer les connaissances, les attitudes et les pratiques des personnes à partir d’un échantillon de la population. Nous menons cette étude sur quatre sujets qui sont le paludisme, l’hygiène, les diarrhées, et le VIH.
Pour mesurer la réussite du projet, on mène normalement une enquête sur l’état de la situation avant le démarrage des activités. Dans le cas de ce projet, il n’y avait pas eu d’enquête préliminaire, il n’était donc pas possible de comparer les connaissances des personnes ciblées avant et après. Pour y remédier, j’ai donc constitué deux groupes de 265 personnes chacun. Dans un groupe, les gens n’avaient jamais assisté aux séances d’éducation à la santé tandis que les membres de l’autre groupe y avaient assisté. On a posé les mêmes questions et comparé les réponses. J’ai établi le questionnaire avec le responsable du développement communautaire du Rakhine. Le type de questions qui peuvent être posées porte sur la connaissance des symptômes, du mode de transmission d’une maladie ou d’un virus, et ensuite on réunit les résultats sous forme de pourcentage.
Une employée birmane d’A.M.I. a assuré la formation et le suivi des enquêteurs sur le terrain pendant les deux semaines qu’a duré le recueil des données. Ensuite, nous avons saisi les données, analysé, rédigé le rapport et fait une présentation des résultats aux équipes. L’objectif de ces études est de voir si les activités conduites par les équipes d’A.M.I. sont utiles à la population. Elles servent également à rendre compte aux bailleurs de fonds de l’intérêt des nos programmes et permettent d’ajuster les activités si on se rend compte qu’elles n’ont pas suffisamment d’impact sur les personnes.
Quels sont les résultats de vos études ?
Les résultats obtenus sont bons, on remarque un impact notable des sessions d’éducation à la santé sur le niveau des connaissances des personnes interrogées. Ces séances sont efficaces au niveau des connaissances car les personnes sont capables de répondre correctement aux questions qui leur sont posées. En revanche, il est très difficile de changer les comportements car davantage de facteurs entrent en compte. Pour vous donner un exemple, on explique aux gens que le paludisme est transmis par les moustiques, et qu’il faut utiliser des moustiquaires pour dormir la nuit. Les gens le savent désormais, mais pour qu’ils en utilisent, c’est plus compliqué. Il faut que le produit soit disponible, que le coût soit abordable, et que les utilisateurs adhèrent à cet objet.
Comment les projets vont-ils s’inscrire dans la durée ?
J’étais responsable d’une équipe de deux personnes que j’ai formées et supervisées. Au cours de ces formations, j’ai présenté l’épidémiologie et comment mettre en place des indicateurs de suivi et d’impact. Nous organisons des sessions de formation pour aider à rendre plus autonome les équipes dispersées dans les bases opérationnelles, celles qui recueillent les données au quotidien. Nous présentons aussi l’échantillonnage, c’est-à-dire la manière dont on va choisir les personnes à interroger pour essayer d’avoir un échantillon représentatif de la population ciblée.
D’une manière globale, on peut observer que la majorité des personnes viennent très volontiers aux séances d’éducation à l’hygiène, ce qui est un point positif pour l’évolution et l’impact des projets menés par A.M.I.
Thaïlande : Un programme en santé mentale avec et pour les réfugiés birmans
Raphaële Catillon travaille comme psychologue pour Aide Médicale Internationale depuis six mois dans les camps de réfugiés birmans à majorité karen en Thaïlande. À l’occasion d’un break à Paris, elle raconte la vie du camp et son travail avec les populations qui y vivent.
Après un master en psychopathologie clinique et des missions courtes menées parallèlement à ses études, Raphaële s’est spécialisée dans la psychologie liée à la maltraitance infantile et aux violences familiales. Elle a déjà effectué des missions en Inde à Calcutta pour venir en aide aux enfants des rues et aux personnes en fin de vie, et en Argentine dans un hôpital de Buenos Aires.
À partir de la base de Maesot, Raphaële met en place et supervise les activités en santé mentale dans les trois camps de la région de Tak où A.M.I. travaille : Maela, Umpiem, et Nupoe.
Quels sont les objectifs du programme de soutien psychologique d’A.M.I. ?
Je travaille en collaboration avec une psychologue thaïlandaise du nom de Goi, spécialisée dans l’eastern psychology, qui est une approche de la psychologie assez différente de celle que l’on pratique en France.
L’eastern psychology vise à accepter l’instant présent. On ne parle pas en termes de symptômes cliniques, et les pathologies mentales ne sont pas classifiées comme on le fait en psychologie clinique (celle pratiquée généralement dans les pays occidentaux). Nous pratiquons donc les deux (eastern psychology et psychologie clinique), la rencontre de ces deux écoles de pensée de la psychologie est enrichissante et permet une complémentarité intéressante dans notre approche de la population des camps.
Ensemble, nous supervisons trois équipes de psychocare givers réparties sur les trois camps. Nous menons beaucoup d’activités de formation et de training car les psychocare givers sont des réfugiés birmans formés par A.M.I. au soutien psychologique. Goi se charge de donner confiance en eux aux psychocare givers pour qu’ils soient suffisamment « solides » avant d’intervenir auprès des bénéficiaires. Il faut qu’ils sachent mettre une distance entre leur vie présente et leur vie passée et c’est précisément le but de l’eastern psychology.
Je les accompagne pour voir les patients de manière ponctuelle toujours dans un objectif d’appui, de transmission, et surtout de former la personne. Lors des entretiens, j’apporte un éclairage sur la situation avec un regard clinique. On forme beaucoup, on gère les équipes des trois camps et mon rôle est également de superviser Goi.
Quels sont les besoins en soutien psychologique des personnes déplacées qui vivent dans les camps ?
Les réfugiés sont souvent dans des états de stress post-traumatique avec des problèmes de dépression, une anxiété généralisée, des troubles du sommeil et de l’appétit. Ils n’ont pas l’habitude de se tourner vers des psychologues.
Les angoisses liées au passé et à l’avenir ressurgissent avec la possibilité de partir dans des pays tiers, notamment aux États-Unis, en Australie, en Suède et en Norvège. Les personnes qui souhaitent s’inscrire dans ce processus doivent présenter une candidature pour obtenir un numéro des Nations Unies et ensuite pouvoir postuler au départ. C’est souvent un facteur de stress car il y a beaucoup de séparations de familles, des maris qui partent sans savoir s’ils réussiront un jour à regrouper leur famille dans le pays d’arrivée.
Nous faisons beaucoup d’activités de sensibilisation, notamment sur le problème du suicide. Eu égard aux conditions de vie très dures des camps de réfugiés, il y a un fort taux de suicide et de tentatives de suicide. Nous essayons donc de faire connaître notre présence et notre disponibilité aux personnes qui en ont besoin. Un autre problème très prégnant dans le camp est lié à l’alcool. De fait, des problématiques sous-jacentes à la consommation d’alcool apparaissent : les violences sexuelles, les violences domestiques, la dépression. C’est pourquoi nous orientons autant que possible les activités de prévention contre l’abus d’alcool.
Avec Goi, nous souhaitons mettre en place de la thérapie par l’art et des groupes de paroles, mais cela prend du temps car nous formons les réfugiés du camp. Les psychocare givers animent également des séances de relaxation et de yoga pour tenter d’apaiser la tension chez les gens et libérer les maux. Mais cette activité prend du temps à mettre en place car il y a beaucoup de renouvellement dans le personnel local d’A.M.I. et il faut donc à chaque fois former de nouvelles personnes.
Vous nous expliquiez qu’aller voir un psychologue n’est pas dans les habitudes des personnes, comment parvenez vous à les rencontrer ?
Nous ne voulons pas imposer notre vision de la psychologie occidentale, ce que nous souhaitons c’est que les réfugiés sachent que nous sommes disponibles pour les écouter et les recevoir. Comme ce sont les équipes locales formées par A.M.I. qui apportent le soutien psychologique et animent les groupes de parole, ils peuvent expliquer leur travail et aller à la rencontre des gens de manière très naturelle. Tout passe par la sensibilisation. L’inconnu fait peur. Donc il faut toujours expliquer notre présence aux personnes. Nous organisons chaque année la semaine de la santé mentale en octobre, qui est une semaine de sensibilisation aux problèmes mentaux. Nous leur expliquons dans quelle mesure le programme d’A.M.I. peut soulager leur souffrance.
Nous faisons aussi de la sensibilisation au niveau du staff des camps, car il ne faut pas oublier qu’ils ont eux-mêmes des réfugiés. Des groupes de discussion sont régulièrement organisés pour les soutenir. Au niveau du staff médical d’A.M.I., on essaie de travailler directement avec les medics (personnel médical composé de réfugiés formés aux soins médicaux) ainsi que les nurses (infirmiers), pour qu’ils aient le réflexe de référencer les personnes en état de souffrance psychique, comme des personnes en fin de vie, ou les personnes qui les ont consultés après des violences familiales ou une tentative de suicide.
Vous êtes à la moitié de votre mission, pouvez-vous nous dresser un petit bilan de votre activité ?
Je pense que le programme se révèle efficace pour les gens car ils reviennent nous voir et parfois nous expriment directement leur satisfaction. Nous pratiquons des visites à domicile pour éviter les ruptures de prise en charge. Les gens nous disent qu’ils vont mieux, qu’ils arrivent à dormir. Bien sur ce n’est pas un acquis définitif car la vie des camps est très rude. C’est pour cela que j’apprécie l’eastern psychology : on accepte de vivre le moment présent en éloignant les angoisses du passé et le stress de la vie future. Ce qui ressort de cette expérience est un bel échange, je suis là pour former les gens mais je reçoit énormément au niveau professionnel et humain.
RCA : Mission d’évaluation à l’hôpital de Ndélé
Marie Brihier, médecin et gériatre, a déjà effectué des missions au Liban pour le Croissant Rouge palestinien et au Pakistan pour la Croix Rouge française. Forte de ces expériences, Marie est partie en République Centrafricaine avec Aide Médicale Internationale pour une mission d’évaluation de deux mois à l’hôpital préfectoral de Ndélé.
Dans quel contexte sanitaire se trouve actuellement la République Centrafricaine ?
La République Centrafricaine (RCA) est actuellement dans une situation préoccupante : le taux de mortalité augmente, alors même qu’il est en diminution dans tous les pays voisins. Il est difficile de donner avec certitude le taux de mortalité en RCA (établi à 17,84 %) car les familles enterrent les morts elles-mêmes et ne préviennent souvent pas la mairie. Ainsi, les tendances sont établies d’après la mortalité observée dans les structures de santé. Les maladies les plus mortelles sont le VIH/sida (qui est très peu dépisté pour des raisons culturelles), les infections respiratoires basses, le paludisme et les diarrhées. On déplore également beaucoup de décès périnataux.
La RCA est un pays très pauvre et une faible part des fonds publics est allouée à la santé. Le ministère de la Santé forme peu de professionnels : seulement une cinquantaine de médecins chaque année (0,1 médecin / 1 000 habitants en République Centrafricaine contre 3,4 en France). Le pays ne dispose actuellement par exemple que d’un gastro-entérologue et d’un cardiologue, et de très peu d’infirmiers. Les personnes qui assurent le plus de soins sont des infirmiers secouristes, c’est-à-dire des personnes qui se présentent avec la volonté d’aider mais sans compétences approfondies dans le domaine médical (ces personnes reçoivent une formation de six mois dans les hôpitaux).
Les postes de santé périphériques ne sont pas tous pourvus en soignants, les gens parcourent jusqu’à 120 ou 150 km pour se rendre à l’hôpital et consulter un infirmier ou un médecin. Les personnes référées à l’hôpital pour des examens approfondis doivent s’y rendre à pied. Dans ce cas, il arrive que les personnes trop souffrantes ne se déplacent pas ou meurent sur la route qui mène à l’hôpital. A.M.I. conçoit actuellement un système de transport qui faciliterait les référencements.
Un contexte général de violence dans le pays s’ajoute à ces difficultés : les conflits récurrents et les exactions conduisent à la fuite du personnel formé vers Bangui, la capitale, ou à l’étranger. Le personnel de santé est réticent à travailler sur Ndélé car c’est une zone de conflit, je pense qu’il n’y a pas réellement d’insécurité telle qu’elle est décrite, ce sont plutôt des rumeurs qui s’imposent. Par conséquent, les personnes qui sont mutées refusent d’y aller et plus personne ne veut aller à Ndélé pour former des agents.
Pour quelles raisons avez-vous effectué cette mission d’évaluation ?
A.M.I. est présente en RCA et à Ndélé depuis 2007. Les programmes sont tous centrés sur l’amélioration de l’accès aux soins de santé primaires de la population avec notamment, à Ndélé, la présence d’un hôpital préfectoral et de centres de santé périphériques. Pourtant, nous avons constaté un taux de mortalité très élevé dans l’hôpital. De plus, l’hôpital est un endroit qui draine beaucoup de patients ; on compte entre 60 et 100 consultations par jour, alors que les centres de santé n’en réalisent qu’une dizaine). C’est la raison pour laquelle je suis partie en mission d’évaluation. Les problèmes que j’ai observés à l’hôpital sont des difficultés de prise en charge des patients, un manque de personnel, des erreurs dans les procédures concernant, par exemple, la stérilisation des instruments et du matériel, et une bonne hygiène des mains. Pour vous donner une idée de la situation à l’hôpital de Ndélé, j’ai observé que tous les bâtiments sont en mauvais état et nécessitent une réhabilitation, un nouveau bloc opératoire est construit depuis six mois mais toujours pas inauguré et n’est de ce fait pas utilisé, il manque des lits, des tables d’opérations, un accès à l’eau (l’hôpital n’est fourni en eau que deux heures par jour, et comme les réserves dans les jerricans viennent à manquer rapidement, il faut faire la queue pendant 45 minutes pour avoir accès au puits). Il y a des activités en chirurgie, en pédiatrie, en maternité et en médecine interne. Du fait de la présence d’un seul médecin, toutes les consultations sont assurées par un infirmier. Heureusement, les médicaments sont fournis par A.M.I. et distribués par l’hôpital à qui en sus on reverse une prime pour la manque à gagner du fait de la gratuité des médicaments.
Comment s’est déroulée votre mission d’évaluation ?
Tous les jours je me suis rendue à l’hôpital où je visitais les patients avec le seul médecin de l’hôpital (qui en est aussi le directeur). J’ai évalué une problématique différente chaque jour pendant un mois. Puis le deuxième mois, j’ai concentré mon travail sur la rédaction d’un rapport comprenant le constat de la situation actuelle et les recommandations sur les actions à mener pour une amélioration de la prise en charge des patients. Ce rapport doit servir de base à la mise en place effective des nouvelles procédures et protocoles. Ceux-ci portent surtout sur les indications pour réaliser une bonne stérilisation, bien s’habiller au bloc, prescrire les médicaments adéquats, bien utiliser les antibiotiques, compléter des feuilles d’observation des patients, faire suivre les cahiers de transmission. De premières procédures avaient été définies par A.M.I. et on remarque que pour qu’elles soient appliquées, il faut en réalité un compagnonnage à temps plein.
Quelles sont selon vous les pistes de travail à suivre ?
À l’issue de ma visite, je vais communiquer un rapport qui permettra aux équipes sur place d’appliquer des protocoles, portant à la fois sur les précautions liées à l’usage du matériel médical, sur les actes effectués lors des consultations et des opérations (notamment la prescription médicamenteuse, la posologie, l’hygiène, le suivi) et la formation du personnel. Avec des efforts conjoints, la situation peut s’améliorer car la population est très accueillante, apprécie la présence des ONGs, surtout à Ndélé où seule A.M.I. est présente (d’autres ONGs interviennent dans la région près de Ndélé avec des cliniques mobiles) et demeure très demandeuse de nos programmes. Les comités de gestion (COGES) qui existent depuis de nombreuses années sont également un bon espoir. Ils ont été crées en 1978 afin que des personnes de la communauté gèrent l’argent au niveau périphérique et prennent part à la formation et à l’achat de médicaments. C’est un bon moyen d’impliquer la communauté dans la recherche de solutions. Il y a actuellement de nouvelles élections pour les COGES et des agents communautaires qui cherchent des candidats très motivés pour faire évoluer la situation au sein de l’hôpital. Il s’agit d’une bonne voie à suivre pour continuer à améliorer l’accès aux soins à Ndélé et sa région.
RDC : Dans le Kimbi-Lulenge, les ressources naturelles ont (aussi) un impact sur les besoins sanitaires.
Damien Chevillard travaille en République Démocratique du Congo depuis septembre 2008 sur la base de Kilembwe. Infirmier de formation, il est parti en mission avec Aide Médicale Internationale en tant que référent médical. De passage à Paris, il nous explique les différences de contexte d’intervention au sein d’une même zone de santé. Dans le Kimbi-Lulenge, trois programmes principaux sont en cours : le programme d’accès aux soins de santé primaires, le programme de prévention contre le VIH et le programme de prévention de la santé materno-infantile.
Pouvez vous expliquer votre travail au sein de la base de Kilembwe ?
Dans le Sud-Kivu, A.M.I. compte trois bases opérationnelles qui gèrent sept zones de santé et des dizaines de centres de santé. La zone de santé du Kimbi-Lulenge est une zone de santé entièrement rurale située à l’Ouest de Baraka au cœur de la forêt. En tant que référent médical, je suis responsable des soins de santé primaires (il s’agit d’un paquet minimum d’activités, c’est-à-dire les soins curatifs et préventifs sur les 16 centres de santé appuyés), de la gestion de la pharmacie (gestion des médicaments et du matériel médical pour toutes les structures, c’est-à-dire les 16 centres de santé et l’hôpital général de référence), et de la santé communautaire (la sensibilisation et la promotion à la santé, la gestion administrative et le financement des centres de santé, par l’intermédiaire des structures communautaires locales).
En fait, mon travail n’est pas de dispenser les soins directement, mais d’encadrer des superviseurs qui appuient et renforcent les superviseurs fonctionnaires de la zone dans le contrôle des structures de soins. Les superviseurs sont en quelque sorte des inspecteurs de la santé. Je décide de priorités, soutiens les demandes de financement, et suis en charge de l’évaluation des formations et de la supervision des projets d’un point de vue médical. Je suis en relation directe avec le médecin de base local, qui assure le suivi des autres activités médicales.
La réussite des activités tient avant tout au travail d’équipe qui est mené au sein d’A.M.I. entre les expatriés et les personnels locaux. Nous essayons de créer des relais pour communiquer nos savoirs aux acteurs locaux. Nous tentons de toujours maintenir un lien et une collaboration avec nos partenaires étatiques et la population.
Comment se répartissent les besoins sanitaires des populations de la zone de santé ?
La situation de la RDC est paradoxale car c’est un pays très riche au niveau des ressources du sol et du sous-sol, mais il souffre quand même de malnutrition. L’agriculture est très peu développée, alors que la RDC jouit de 80 millions d’hectares de terres arables, dont à peine 10 % sont mises en valeur. (La RDC occupe la deuxième place mondiale après le Brésil en terme de terres cultivables).
La population pâtit notablement d’une insuffisance de moyens (les structures, le personnel qualifié, les transports et axes routiers font souvent défaut). Les populations manquent aussi d’éducation à la santé et en conséquence, elles ne sont pas conscientes de leurs besoins.
D’une manière générale dans le Kimbi-Lulenge, le paludisme est le problème le plus préoccupant : il concerne 60 % de tous les diagnostics qui sont faits sur l’ensemble de la zone.
Il faut noter que cette zone est caractérisée par trois particularités : elle s’étend sur un territoire extrêmement vaste, elle est très isolée (du fait de sa situation géographique et de l’état désastreux des axes routiers), et sa population représente une très grande diversité. Pour mieux comprendre on peut diviser schématiquement cette zone de santé en deux parties selon les problèmes sanitaires auxquels sont confrontées les populations.
La partie du Kimbi (appuyée par la sous-base A.M.I. à Lulimba) est une zone de prospection aurifère habitée par un grand nombre de gens jeunes, riches, mais aussi de passage. Il y a donc une plus grande propension des jeunes personnes à être infectées par le virus du VIH à cause de la prostitution et des comportements à risque des chercheurs d’or. Ces personnes souvent très mobiles sont susceptibles de véhiculer le virus partout dans la région. Il y a plus de problèmes de santé dans les villes de ce secteur et les freins à l’éducation à la santé sont nombreux bien que la population ait davantage de moyens financiers. Cette partie de la zone de santé est la plus concernée par le programme VIH. Il y a un programme PTME (programme de prévention de la transmission du VIH de la mère à l’enfant) et CDV (centre de dépistage volontaire) qui voit le jour.
La partie du Lulenge (appuyée par la base de Kilembwe) regroupe une population encore plus isolée, plus pauvre, mais un peu plus sensibilisée et mieux prise en charge au niveau de la santé car A.M.I. a débuté dans ce secteur il y a six ans. La proximité de l’hôpital général de référence améliore aussi le potentiel curatif. La priorité de nos interventions porte sur la santé materno-infantile.
Dans l’ensemble de la zone de santé, il est très difficile de sensibiliser les gens car l’accès à l’éducation est restreint et les us et coutumes culturelles et tribales sont fortement ancrées et vont souvent à l’encontre de la médecine scientifique moderne. De fait, toutes les activités qui n’ont pas de rendement direct pour la population et les acteurs de la santé locaux, c’est-à-dire dont les gens ne tirent pas un bénéfice mesurable immédiatement comme un soin ou des médicaments ou de l’argent (une prime pour les agents de santé), sont acceptées avec plus de réticence. Etant donné la grande pauvreté des familles, les gens pensent à l’amélioration de leurs conditions de vie actuelles et non à leur avenir sur le moyen et long terme. Il faut donc savoir convaincre les gens pour qu’ils s’impliquent. Heureusement, nous avons de bons rapports avec la population qui est reconnaissante du travail que les équipes d’A.M.I. assurent, ce qui nous aide dans nos efforts de mobilisation.
Comment vous organisez vous pour vous adapter aux spécificités de la zone ?
A.M.I. travaille en étroite collaboration avec le bureau central de la zone de santé (BCZ) qui est notre principal partenaire institutionnel, après avoir contribué à sa mise en place depuis 2003. Nous opérons une collaboration étroite. Une fois par mois a lieu la réunion dite « de soins de santé primaires », à cette occasion se rencontrent les équipes médicales du BCZ (notamment les infirmiers superviseurs) et les équipes d’A.M.I. La réunion porte sur les soins de santé primaires mais englobe aussi toutes les préoccupations sanitaires de la zone. Nous analysons ensemble les problématiques et définissons les priorités pour la mise en place des activités. Depuis peu, nous avons décidé de faire deux réunions « soins de santé primaires », c’est-à-dire une pour les infirmiers qui travaillent dans le Kimbi (dont la sous-base opérationnelle est Lulimba), et une pour ceux qui sont du côté du Lulenge (dont la base opérationnelle est Kilembwe) pour que les infirmiers les plus éloignés qui mettent plusieurs jours à se rendre aux réunions, souvent à pied ou à vélo, ne soient plus obligés d’être absents trop longtemps de leurs centres de santé. Nous préférons organiser plusieurs réunions pour lesquelles nous nous déplaçons plutôt que de demander aux personnels locaux de parcourir de grandes distances. Il faut savoir que pour se rendre de Kilembwe à la sous-base de Lulimba, qui se situe à 120 km, en empruntant la route en 4X4, nous devons parfois compter jusqu’à 12 heures de voyage ! Les routes de la zone n’ont jamais été entretenues et sont maintenant impraticables. Nous devons donc nous inscrire dans une démarche permanente d’adaptation de nos actions aux réalités des contextes locaux.
Haïti : enfants et jeunes des rues, de la santé à la prise en charge sociale et éducative
Après de nombreuses missions menées depuis 1999 au Kosovo, en Albanie, en Irak, en Iran, au Soudan et au Sri Lanka, Annalisa a choisi il y a un an de devenir chef de mission en Haïti pour Aide Médicale Internationale. Elle veille notamment au bon déroulement des activités sur le terrain et contribue à la recherche de nouveaux fonds pour financer les programmes. À Port-au-Prince, Annalisa a la responsabilité de définir la stratégie à adopter et surtout de trouver un consensus satisfaisant entre les besoins, les réponses les plus adaptées et ce qu’il est possible de réaliser compte tenu des contours du mandat d’A.M.I. (pour exemple, la scolarisation ou la distribution alimentaire ne font pas partie du mandat de l’ONG).
Le programme en Haïti est particulier car c’est le seul d’A.M.I. à ne pas être uniquement médical, pouvez vous nous en expliquer la teneur ?
Le programme d’A.M.I. en Haïti se concentre totalement sur la problématique des enfants et jeunes des rues (EJDR). Ce programme vise à fournir des soins de santé primaires aux enfants des rues. Compte tenu de la complexité du problème qui a des ramifications sociales et ne peut être résolu seulement par des soins de santé, nous avons parallèlement développé un programme d’accompagnement éducatif pour faciliter cette prise en charge médicale.
Nous sommes partis de la réflexion selon laquelle rendre les soins accessibles à ces enfants ne suffisait pas. Encore faut il que les enfants respectent les rendez-vous, le personnel, le matériel, et prennent leurs traitements comme il le leur a été indiqué. Il est nécessaire qu’ils apprennent à se respecter eux-mêmes pour leur propre bien-être. La plupart de ces enfants ont grandi dans un milieu très violent. En 2004, le contexte était presque celui d’une guerre civile après la chute du président Jean-Bertrand Aristide. Les EJDR ont été instrumentalisés par les gangs qui s’affrontaient et depuis, ils sont victimes d’une forte stigmatisation de la part du reste de la société.
Précisément, qui sont ces enfants de rue ?
Les profils des enfants évoluent, et on observe des changements de leurs caractéristiques et des raisons pour lesquelles les EJDR sont à la rue. Il faut savoir que la déstructuration sociale est très ancrée dans la société haïtienne. Environ 1500 enfants de rue sont déjà connus d’A.M.I. Nous connaissons les « bases » (ce sont des points de rassemblement et des lieux de vie) où se regroupent les EJDR pour cohabiter au quotidien et se protéger en groupe. Malheureusement, nous manquons de visibilité car les enfants nouvellement arrivés ne vont pas nécessairement dans les bases.
Environ 12 % des enfants auprès desquels nous travaillons ont moins de cinq ans (filles et garçons confondus), 16 % ont entre 6 et 12 ans, et 41 % d’entre eux entre 13 et 18 ans. Nous prenons en charge dans nos programmes les enfants jusqu’à 25 ans. La plupart de ces EJDR sont des garçons (environ 80 %).
Comment est organisée la mission et comment répondez-vous aux besoins des EJDR ?
En Haïti, les raisons de la présence d’enfants dans la rue sont le décès des parents, l’abandon ou la monoparentalité. Chaque jour, une clinique mobile se déplace dans les rues (avec à son bord un médecin, une infirmière, un éducateur et un chauffeur). De plus, une équipe médicale travaille dans un centre fixe à Martissant. À l’étage de ce centre, une équipe d’éducateurs travaille avec les filles enceintes, les parents d’enfants de moins de cinq ans (eux aussi jeunes de rue), et les enfants de moins de quinze ans. L’année dernière nous avons beaucoup formé de personnel médical à une approche syndromique [6] (cette approche vise à simplifier et accélérer la prise en charge des patients en évitant les diagnostiques différentiels classiques qui nécessitent des examens en laboratoires et en misant sur la description et l’observation des symptômes). Ainsi, selon des constats cliniques, on répond et on traite tous les symptômes identifiés sans examen de laboratoire. Cela permet de répondre dans la journée aux besoins des enfants sans leur demander de revenir pour des résultats d’examen ou de laboratoires. Nous faisons aussi beaucoup de référencements (c’est-à-dire que nos équipes réfèrent aux hôpitaux les cas relevant des soins de santé secondaires et les suivis de grossesse qui nécessitent d’être pris en charge avec d’avantage de moyens techniques). Nous effectuons aussi des activités de planning familial car les grossesses en Haïti sont souvent très rapprochées, notamment en raison des pratiques sexuelles non protégées dans les rues. Il est important de connaître les réalités de ces personnes et leur quotidien au lieu de les juger et de simplement leur dire de « ne pas faire ». Nous essayons de changer les comportements car les croyances vaudou sont très ancrées dans l’esprit populaire. Et pour que notre travail soit effectif, il faut travailler sur ces croyances qui font partie de la culture locale. Il s’agit de les connaître et les relativiser afin d’en neutraliser les méfaits potentiels, sans remettre en cause la dignité de la religion vaudou. Pour illustrer cela, je vais vous raconter une anecdote ; récemment, nous avons rencontré une mère qui avait vu un chat la nuit, et elle s’était rendue chez un prêtre vaudou pour que celui-ci conjure le mauvais sort sur son bébé, qui devait suivre l’apparition du chat. L’enfant a attrapé la diarrhée après avoir bu le « traitement » recommandé par le prêtre vaudou. Il a fallu que le coordonnateur médical tente de faire comprendre à la mère que ce n’était pas le chat qui était en cause dans la maladie de son fils, mais que le breuvage absorbé pouvait être la cause, tout cela sans mépris des croyances de la jeune femme.
Autour de quelles activités le volet social et éducatif du programme s’organise-t-il ?
Au niveau du programme social et éducatif, nous disposons d’une équipe d’éducateurs mobiles pour approcher les EJDR, les enfants de moins de 15 ans, les filles enceintes, les jeunes touchés par les IST et le VIH. Dans un premier temps on propose à chacun de se faire dépister mais surtout aux femmes enceintes. Puis tous sont invités à se rendre au centre médico-social de proximité (à Martissant). Là, il est alors possible de proposer une prise en charge éducative dans le but de leur faire prendre conscience de leur situation et de leurs possibilités. L’équipe éducative essaie d’éveiller les EJDR aux obligations qu’ils auront en tant qu’adulte, par exemple, de la nécessité de gérer un budget. L’objectif de cette démarche est l’autonomisation et la stabilisation comportementale. Nous instaurons des groupes de parole, organisons des jeux et la participation à des chantiers (qui durent maximum deux semaines). Ils portent sur des travaux de menuiserie, l’aménagement des centres et ils sont payés. Nous mettons en place des services communautaires, qui ont une durée maximale de trois mois. Ce temps est mis à profit par le bénéficiaire pour réfléchir et construire un projet d’autonomisation : le jeune renforce sa capacité à s’engager dans des activités pratiques pour une bonne gestion de sa famille et pour développer un esprit d’ouverture et d’écoute aux besoins des autres. Pour cela, A.M.I. privilégie les services dans l’animation, la prévention, la cuisine, et l’hygiène.
Par rapport à ces activités d’intégration par le travail, y a-t-il des groupes que vous ciblez en priorité ?
Ces services communautaires font partie intégrante de la démarche sociale. Ils nécessitent de la part des enfants un engagement en faveur des autres EJDR qui développe le sens des responsabilités vis-à-vis d’eux-mêmes et des autres. Ils ont le pouvoir de changer les choses. Nous ciblons en priorité les jeunes filles enceintes avec ou sans enfants qui participent déjà à des activités dans des programmes médico-éducatifs. Nous avons développé un programme avec les éducateurs qui fixent des objectifs avec les bénéficiaires et que ces derniers s’engagent à suivre. Cela peut être du travail en cuisine (nous servons 40 repas par jour), ou du ménage qui est encadré par une professionnelle de l’éducation à hygiène ou encore organiser des animations pour les autres jeunes à l’occasion d’activités pour la petite enfance. Ils reçoivent des indemnités chaque mois pour leur apprendre à gérer leur argent. Leur revenu s’élève à environ 4000 gourdes par mois (soit 100 $). Douze de nos anciennes stagiaires ont réussi à épargner et à se constituer un petit capital pour commencer une activité lucrative (exemple : vendre des cartes de téléphone, des pâtés qu’elles font elles-mêmes).
Avec la poursuite d’activités anciennes et la mise en œuvre de dispositifs complémentaires, comme certains de ceux que j’ai évoqués, on note aujourd’hui, une augmentation notable du volume des activités mises en place au centre fixe de Martissant.
RDC : entre urgence et développement, l’appui aux structures locales au coeur du dispositif d’A.M.I.
Jean Baptiste Guyomar est à mi-chemin de sa mission de coordinateur logistique en République Démocratique du Congo pour Aide Médicale Internationale. Présent sur le terrain depuis plus de six mois, il fait part de son expérience sur la base de coordination de Bukavu.
Dans quel contexte se déroule votre mission au Sud-Kivu ?
Les besoins humanitaires sont très importants. Il semble que l’on soit dans une période de transition entre l’urgence et le développement. L’urgence reste une réalité forte dans certains endroits marqués par des mouvements de populations, qui fuient des combats. Cela étant, la relative stabilité que l’on observe en d’autres lieux laisse espérer – si elle se prolonge – que l’on puisse à l’avenir s’engager sur des actions de développement.
Comment peut s’opérer, justement, cette transition ?
La transition ne peut s’effectuer qu’à la faveur de la conjonction d’éléments contextuels favorables et de volontarisme des acteurs présents. Le concours que peut apporter A.M.I. à cette dynamique est le renforcement des qualifications du personnel local et de l’implication des populations dans les dispositifs d’accès aux soins pour que ceux-ci deviennent pérennes. A.M.I. manifeste une réelle volonté d’autonomisation et d’appui, par un travail en collaboration avec les ONG locales. La transition peut donc signifier pour partie la gestion autonome de certaines structures après un retrait progressif d’A.M.I. C’est ainsi que depuis quelques mois, le désengagement de certains centres de santé qui ont acquis une certaine autonomie s’amorce. L’objectif est de pouvoir mobiliser les équipes et les moyens de notre organisation pour appuyer d’autres centres dans des zones plus difficiles d’accès, comme celle des Hauts Plateaux.
Quel est votre rôle de coordinateur logistique au sein de la mission ?
La gestion de la sécurité est une part importante de cette fonction. Outre ce volet, la partie logistique consiste à s’assurer que les approvisionnements répondent le plus possible aux besoins du terrain, dans des temps respectables, qu’il s’agisse de médicaments, de matériels, de nourriture, etc. En résumé, mon travail consiste à faire en sorte que tout se passe pour le mieux en amont, pour que la mission de l’ensemble de l’équipe puisse se dérouler dans les meilleures conditions possibles. Beaucoup d’échanges ont lieu avec le terrain, en particuliers avec les responsables de projets, des briefs pour les nouveaux arrivants, etc.
Vous évoquiez l’importance de la gestion de la sécurité au sein de votre mission. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Il faut être à l’écoute en permanence des différentes sources d’informations : celles qui remontent des terrains, des autres ONG, des Nations Unies, etc. Des rumeurs aussi, sans pour autant s’alarmer, mais il est fondamental de rester attentifs. Je pense que le danger le plus important est la routine qui pousse à ne plus faire attention. La tension est latente, toujours. Fin 2008-début 2009, des tensions se sont ravivées au Nord-Kivu et des mouvements de troupes ont été observés jusqu’au Sud-Kivu. Dans ce type de contexte, plusieurs scénarios sont possibles, qu’il convient d’envisager pour prévoir les conduites à tenir. Ces derniers temps, les tensions qui se sont faites sentir étaient consécutives à des conflits pour des enjeux locaux. Nous devons prendre les précautions nécessaires lorsque des équipes sont envoyées dans des zones très isolées, et être à l’écoute des différentes informations qui remontent du terrain. Cette photographie de l’environnement sécuritaire ne doit pourtant pas être dramatisée. Généralement, les choses se passent plutôt bien. Tout est fait en amont pour que cela soit le cas.
Autre volet important du programme, dans la démarche d’A.M.I., la formation. Quelle part prenez-vous dans cette transmission des compétences ?
Je pense que la formation est particulièrement importante, surtout dans un but de pérennité. Je participe à la formation des assistants des responsables de projets sur le volet logistique. Il s’agit de compagnonnage. Entretenir de bonnes relations avec l’autre est nécessaire : la formation peut être de bonne qualité si l’on comprend la manière de penser et de travailler de la personne à qui l’on apprend. L’idéal serait que ces conseils soient rassemblés de manière synthétique dans des guides théoriques écrits, afin de l’homogénéiser. Un de mes objectifs au retour de mon « break » est de rassembler l’ensemble des logisticiens pour discuter et débattre de leur manière d’envisager leur travail, dans un but de formation continue.
Quels sont vos autres projets à votre retour à Bukavu ?
Un atelier sur la sécurité m’attend, ainsi qu’une remise à jour du plan de sécurité : de nouvelles personnes sont présentes et, de fait, les risques sont différents, et les règles à revoir. De plus, il me semble que le côté supervision de la mission va prendre plus d’ampleur, ce qui demandera de prendre plus de temps pour réfléchir à d’autres formations, plus techniques, afin de la perfectionner.
Thaïlande : À Mae La, les activités médicales sont intégrées à la vie du camp
Le Dr Robert Brioude a été référent médical pour Aide Médicale Internationale en Thaïlande du 1er juillet 2008 au 1er mai 2009 dans le camp de réfugiés de Mae La. Auparavant, il avait effectué plusieurs missions courtes pendant cinq ans au Vietnam et en Arabie Saoudite.
La mission d’A.M.I. en Thaïlande se concentre sur trois des neuf camps de réfugiés situés le long de la frontière entre la Birmanie et la Thaïlande. Mae La est le camp le plus important en nombre de personnes. Ouvert depuis 19 ans, il est composé de personnes d’origines ethniques différentes dont un grand nombre de Karen.
Quelles sont les particularités de votre travail au sein du camp ?
À Mae La, où vivent environ 50 000 personnes réfugiées, nous disposons à l’intérieur même du camp, d’infrastructures sanitaires, et notamment d’un hôpital qui compte 150 lits et de deux dispensaires.
En tant que référent médical, j’avais la charge de surveiller la qualité de toutes les activités de santé qui sont dispensées dans le camp. Une part importante des activités médicales à l’intérieur du camp est assurée par des medics, ce sont des personnes choisies parmi les réfugiés du camp par A.M.I. qui reçoivent une formation ad hoc. Ils sont en mesure d’établir des diagnostics et de référer les cas vers des hôpitaux de référence. Nous travaillons actuellement avec une trentaine de medics et on peut estimer à 50 le nombre de consultations externes assurées par chacun d’eux quotidiennement.
En plus des activités liées à l’amélioration des soins de santé primaires, il y a aussi des activités spécifiques portant sur le VIH, la psychologie, les consultations dentaires et ophtalmologiques, les consultations pour les maladies chroniques, la tuberculose et la lèpre.
Ces programmes avaient été mis en place il y a quelques années par une autre ONG d’urgence et à son départ du camp, A.M.I. a développé ces activités en collaboration avec le personnel local.
Étant donné qu’A.M.I. a assuré la formation de toutes les équipes soignantes à l’intérieur du camp, la communication est bonne au sein des équipes et cela permet une grande efficacité dans la mise en œuvre des activités. La présence durable d’A.M.I. dans la région est un atout car les personnes connaissent bien l’association et acceptent donc facilement notre intervention et le dialogue avec nos équipes.
Comment se passe la prise en charge des patients du camp ?
Concernant les activités médicales au sein du camp, elles revêtent trois formes.
Les activités curatives sont assurées dans l’hôpital du camp. Il s’agit d’une activité de soins primaires permettant d’accueillir les malades et de les soigner ou de les référer à l’hôpital thaïlandais, situé hors du camp à 60 km de l’In Patient Department (IPD, service de consultation à l’intérieur du camp). Cela demande donc de l’organisation pour les transporter après stabilisation des situations d’urgence.
La seconde mission consiste à surveiller les maladies transmissibles, le paludisme par exemple, et dépister les débuts d’épidémies : la grippe aviaire, la grippe A, la rougeole, la polio, le choléra, etc., en tenant a jour les « contingencies plan ». Ces maladies se transmettent très rapidement compte tenu de la promiscuité dans laquelle les déplacés vivent à l’intérieur du camp.
Nous recueillons quotidiennement les données épidémiologiques, c’est-à-dire le nombre de cas de malades suspectés par le référent médical de chaque camp et nous signalons la moindre suspicion au ministère thaïlandais de la Santé. Nous avons connu une grosse épidémie de choléra d’octobre 2008 à janvier 2009 pour laquelle nous avons ouvert un centre de traitement (CTC) à Mae La afin d’isoler les patients et de les traiter en toute sécurité par rapport au reste de la population du camp. Il s’agit ainsi, dans le cas de maladies transmissibles comme celle-ci, de prévenir toute transmission aux soignants. Lorsque nous avons rencontré des cas de méningite, il a été possible d’isoler les malades, de les traiter et de prévenir toute transmission au personnel soignant.
Nous menons également des activités de prévention extrêmement fortes, c’est-à-dire des campagnes de vaccination, du counseling et de l’information à l’hygiène.
La troisième possibilité de l’offre de soins consiste à référencer les malades non traitables sur place à l’hôpital général de Mae Sot. A.M.I. prend en charge le transport et le coût des soins donnés à l’hôpital (les consultations, les soins, les médicaments, les opérations chirurgicale, etc.). En cas d’urgence, cet hôpital est quand même à 60 km de la sortie du camp, mais les routes sont en bon état à l’extérieur du camp et le département logistique donne la possibilité par nos propres véhicules de transporter nos patients.
Enfin, il est utile de rappeler que nous ne notons pas de problème de dénutrition notable chez les enfants, sauf pour ceux qui ne sont pas allaités à la naissance. La localisation géographique et le climat tropical de la région donnent accès à beaucoup de denrées à bas coût.
RDC : sur les Hauts Plateaux, Aide Médicale Internationale s’investit dans le suivi des grossesses à risque
La mission en République Démocratique du Congo compte trois bases opérationnelles sur lesquelles est répartie soixante centres de santé appuyés par Aide Médicale Internationale. Le principal programme porte sur l’amélioration de l’accès aux soins de santé primaires (formation, compagnonnage du personnel dans les centres de santé et approvisionnement gratuit en médicaments). A cela s’ajoute un volet consacré à la lutte contre le VIH/SIDA, et un dernier volet est consacré spécifiquement à la réduction des risques liés à la maternité.
Cécile est assistante chef de mission en RDC dans le Sud-Kivu. Après deux expériences en mission courte au Togo et au Sénégal, elle est partie en septembre 2008 rejoindre les équipes d’A.M.I. sur la base de coordination de Bukavu. Elle s’occupe des relations avec les bailleurs de fonds et en particulier, de s’assurer que leurs exigences en termes de rapports et de procédures sont respectées. « Mon travail consiste à rédiger les rapports pour les bailleurs. Ceci nécessite d’être en contact régulier avec les bases afin de recueillir les informations sur le déroulement des missions pour rédiger des rapports narratifs sur l’évolution des projets, et parfois de les visiter. J’ai aussi eu à organiser des audits externes de nos projets en fin de réalisation. Ces audits sont exigés par les bailleurs de fonds, mais nous permettent aussi de montrer la transparence de nos opérations. »
Toutes les activités d’A.M.I. sont orientées pour améliorer l’accès aux soins de santé primaires de santé de la population couverte par une zone de santé. Dans ce cadre, d’autres programmes plus spécifiques sont élaborés en concertation avec les autorités sanitaires locales.
Cécile relate ici la réalisation d’un projet d’A.M.I. : la mise en place de lieux d’accueil à proximité de certains hôpitaux, pour les femmes enceintes vivant une grossesse à risques qui habitent trop loin pour s’y rendre rapidement en cas de problème.
A.M.I. met en place dans 4 zones de santé (Fizi, Lemera, Kimbi Lulenge et les Hauts Plateaux d’Uvira), des maternités d’attente pour que les femmes disposent d’un espace pour se reposer et attendre sereinement le jour de l’accouchement. Cela permet de réduire les risques liés à un accouchement à domicile, ou les fatigues qui résultent de longues journées de marche lorsque les femmes décident tardivement de se rendre à l’hôpital. Enfin, cela permet surtout aux femmes d’être déjà à proximité de l’hôpital au moment de l’accouchement, pour le cas où celui-ci se présenterait mal. Les contraintes du terrain sont importantes : « La région des Hauts Plateaux est particulièrement difficile d’accès en raison du relief, du climat, et du peu de routes praticables. Les matériaux pour la construction des maternités d’attente sont transportés par des porteurs à pieds ».
Cécile explique la particularité de ces structures : « Ces maternités d’attente sont destinées aux femmes qui présentent une grossesse à haut risque. Des consultations pré natales ont lieu dans tous les centres de santé dirigés par des infirmiers. Lorsqu’ils détectent une grossesse à haut risque qu’ils ne pourront prendre en charge dans leur centre en raison des complications éventuelles, ils réfèrent la patiente vers l’hôpital où elle sera traitée par un médecin. Seulement lorsque la distance à parcourir est trop importante pour qu’elle puisse s’y rendre au moment de l’accouchement, elle renonce souvent à s’y rendre en avance, faute d’endroit où loger. C’est pourquoi des maternités d’attente ont été créées pour permettre d’accueillir les femmes enceintes un ou deux mois avant le terme de leur grossesse et de leur assurer un accès à l’hôpital. Pour les femmes dont la grossesse se déroule bien, elles sont accueillies pour l’accouchement au centre de santé. »
Sur les Hauts Plateaux d’Uvira, l’acceptation de ces structures nécessite des explications préalables. En effet, certaines croyances traditionnelles incitent les femmes à cacher leur grossesse, et à ne plus sortir une fois que celle-ci devient visible. En conséquence, si elles viennent à la première consultation prénatale, en tout début de grossesse, il est rare qu’elles acceptent un suivi jusqu’à leur terme. De plus, la médecine traditionnelle a une très grande influence dans cette région, et il n’est pas rare que les femmes fassent plus confiance aux maisons de prières qu’aux centres de santé. Mais ces maisons ne présentent pas les compétences médicales nécessaires pour un accouchement qui présenterait des complications. Pour remédier à cela, A.M.I. tente d’agir au niveau de la connaissance des villageois : « On met en place une sensibilisation au niveau communautaire par les CODESA (les comités de développement sanitaire). A.M.I. forme ces comités ainsi que les infirmiers des centres de santé à la sensibilisation et à la maternité à moindre risque. Les CODESA sont des relais communautaires qui sensibilisent à leur tour la population ».
La prise en charge des grossesses à risques par les équipes d’A.M.I. ne se limite pas à la seule période de l’accouchement. Elle s’accompagne aussi d’une action de lutte contre le VIH/Sida. Pour les femmes qui présentent des risques de séropositivité, A.M.I. met en place des programmes de prévention de la transmission de la mère à l’enfant (PTME) : « On gère en tout 14 centres de PTME sur toutes les zones de santé. Les femmes sont sensibilisées au moment des consultations prénatales (avec un infirmier formé dans ce but), la finalité de cette démarche étant qu’elles acceptent le counselling et un dépistage si elle est séropositive. La femme est suivie pendant toute sa grossesse : on soigne les maladies opportunistes afin que la mère soit en meilleure santé possible durant sa grossesse, ainsi que les infections sexuellement transmissibles et toutes les lésions qui pourraient causer la transmission du virus de la mère à l’enfant lors de l’accouchement. La femme est mise sous antirétroviraux (traitements contre le VIH). On lui conseille également d’allaiter (un allaitement exclusif, qui n’est associé à aucune autre nourriture) pendant six mois, puis de sevrer l’enfant. Ensuite on lui fournit du lait de substitution pour les mois suivants. »
Lorsque les femmes, à l’issue de la consultation prénatale acceptent le counselling sur le VIH, il y a de fortes probabilités qu’elles acceptent aussi le dépistage, mais il y a un gros risque qu’elles ne viennent pas chercher le résultat. Le nouveau protocole de dépistage mis en place permet de réduire ce risque, car il rend les résultats accessibles dans la journée. Une fois que les femmes ont accompli le trajet pour venir jusqu’au centre de santé, elles obtiennent leurs résultats dans la journée et ne sont pas contraintes de revenir. Cela limite le risque qu’elles ignorent leur statut sérologique et permet aux équipes d’A.M.I. d’envisager un suivi. Par la suite, le nouveau né sera dépisté à neuf et dix-huit mois.
Sur les Hauts Plateaux du Sud-Kivu, A.M.I. assure le suivi de la grossesse des femmes en facilitant leur accès aux structures de santé. Les équipes surmontent les obstacles qui se présentent à l’accomplissement du programme les uns après les autres, en s’adaptant aux particularités géographiques, aux difficultés de déplacement des femmes et à la diversité culturelle de la région.
Yémen : une mission en pleine expansion
Karine Betemps, de passage à Paris, est chef de mission au Yémen pour Aide Médicale Internationale. Après avoir travaillé pendant 6 ans en France dans le secteur social, puis au Soudan et une première fois au Yémen, elle a effectué, pour A.M.I., des missions en Afghanistan et en République Démocratique du Congo. Elle livre son regard sur les programmes de l’ONG dans ce pays oublié de la péninsule arabique.La mission au Yémen est une des dernières nées d’A.M.I. Ouverte depuis environ deux ans, elle commence à s’ancrer dans le paysage local. « Je suis arrivée en septembre 2008, raconte Karine. Le volet opérationnel avait déjà été mis en place depuis le mois de février 2007. Il y a eu un délai d’un an entre la mission exploratoire et l’ouverture. On peut dire que le programme est effectif depuis deux ans. Je suis la deuxième chef de mission. C’est celui qui m’a précédé, Cédric Fleury, qui en a fait l’ouverture. ». Les équipes d’A.M.I. sont basées dans le gouvernorat d’Hodeïda, bordé par la Mer Rouge. « C’est une petite mission. Nous avons deux programmes, l’un en zone urbaine, à Al Hali, dans lequel nous soutenons quatre centres de santé, et l’autre en zone rurale, à Al Marawa, où nous avons prévu, au total, de soutenir neuf centres de santé, et d’installer une clinque mobile. En plus de ces activités traditionnelles d’A.M.I., ce deuxième programme comprend un volet sur la nutrition. Nous travaillons en consortium avec l’ONG française Triangle sur ce projet, qui s’occupe de tout ce qui touche à l’agriculture et l’élevage, tandis que nous nous attelons à la dimension sanitaire du programme, avec le soutien d’UNICEF, axée sur une approche communautaire du traitement de la malnutrition. ». L’équipe expatriée est assez réduite : « L’équipe au complet comprend un chef de mission et deux référents médicaux. À ceux-là, on peut ajouter la venue d’expatriés en missions d’appui ponctuelles. La dernière à être venue, Florence Tonnoir, est nutritionniste. Elle est restée pendant six mois. La mission fonctionne surtout avec les équipes locales. Une quinzaine de personnes sont employées par A.M.I. Il est nécessaire de bien former ces équipes, pour qu’elles puissent transmettre à leur tour ces connaissances dans les centres de santé. ». La formation de personnel médical permet que cette transmission soit étendue le plus possible, avec une sorte d’effet boule de neige.
A.M.I. est présente dans la région en soutien aux centres de santé, ainsi que pour l’établissement d’une clinique mobile. « Ces actions de soutien sont ce que j’appelle le "paquet A.M.I". Dans un premier temps, avant de débuter notre soutien à un centre de santé, nous organisons, avec le représentant du ministère de la Santé sur le district et le directeur du centre en question, une réunion d’information auprès des chefs de communautés. Cette réunion a pour but d’expliquer la démarche AMI et de délimiter ce que nous pouvons faire et ne pas faire. Elle a également pour objectif d’obtenir l’adhésion des chefs de communauté au soutien d’A.M.I., la participation des habitants à certains travaux de réhabilitation, et surtout d’encourager les habitants à utiliser les services de santé, notamment ceux délivrés en direction des femmes enceintes et des enfants.
Dans un second temps, nous faisons un état des lieux du centre à soutenir, en matière de réhabilitation et d’équipements (médicaux et non médicaux).
Une fois les travaux de réhabilitation exécutés et les équipements installés, nous commençons alors le soutien régulier A.M.I., à savoir l’approvisionnement mensuel en médicaments essentiels et consommables médicaux, la supervision et la formation des personnels médicaux, ainsi que la collecte et l’analyse des informations sanitaires du centre.
L’objectif de ce soutient est d’améliorer les compétences du personnel soignant, qui permettrait une augmentation de la fréquentation de ces centres de santé par les bénéficiaires. Au milieu de tout cela, mon rôle se situe tant sur le plan opérationnel, avec un soutien au staff local A.M.I., que sur le plan des relations avec les bailleurs et les autorités. »
Les deux programmes se font en collaboration avec les autorités sanitaires locales, et en soutien au ministère de la Santé yéménite. La mission n’a pas connu un démarrage des plus faciles, notamment en raison de son implantation : « Il n’y a pas de réelle culture des ONG au Yémen. ». Aller là où les autres ne vont pas nécessite un temps d’adaptation, quand les ONG sont assimilées par les populations locales à des organismes de don pur qu’à un véritable travail en partenariat. Les programmes ont été un peu freinés par l’ancrage de ces représentations. Aujourd’hui, les choses rentrent dans l’ordre. Les contacts avec les différents interlocuteurs sont établis, et portent leurs fruits. « On arrive à travailler avec le ministère de la Santé, pour soutenir les centres. Si on veut arriver à une pérennité des actions menées, une réelle implication du Ministère et des communautés est indispensable, pour accompagner les programmes, et pour que la mission obtienne de réels résultats. Par ailleurs, plus le temps passe, plus nous avons une connaissance fine de l’environnement dans lequel nous travaillons, les compréhensions mutuelles s’améliorent, et nous discernons les limites de la mission, ce qui est essentiel pour son bon déroulement : cela ne sert à rien de tenter de faire telle ou telle action qui ne peut pas marcher. Il y a, maintenant, un réel intérêt à travailler ensemble. ».
La pertinence de la mission se situe dans l’idée, à terme, d’une passation avec le ministère de la Santé. L’accent est donc mis sur la transmission des compétences et des connaissances. « La formation est, dans le programme, ce que je trouve le plus pertinent. C’est ce qui permet de pérenniser les avancées. C’est pourquoi je pense qu’elle est à renforcer de plus en plus. Nos actions se déroulent toujours dans un but d’autonomisation et de durabilité. Il en va de même pour la clinique mobile. Bien qu’elle semble être de l’ordre de l’éphémère, elle est installée à un endroit où le Ministère prévoit de construire un centre de santé dans un futur proche. ».
Les projets à venir sont dans la continuité de ce qui a débuté depuis deux ans. « On arrive en ce moment à une période d’aboutissement effectif de pas mal de choses. Il nous reste quatre centres de santé à soutenir sur les neuf, en zone rurale. La clinique mobile devrait être opérationnelle fin avril début mai. Le programme sur la nutrition prend de plus en plus d’importance. Nous réfléchissons à l’avenir, pour voir comment transformer et pérenniser le plus possible ce qui a déjà été fait. »
Retrouvez Karine Betemps en interview vidéo
Soudan : libération des deux membres d’Aide Médicale Internationale
Bien qu’éprouvées par leur captivité, Stéphanie et Claire semblent en bonne santé.
Les programmes d’accès aux soins menés par A.M.I. au Sud Darfour, interrompus depuis le 5 avril 2009, restent suspendus avant qu’il soit statué sur la possibilité de les poursuivre.
Aide Médicale Internationale rappelle que les atteintes portées aux travailleurs humanitaires mettent en péril les populations vulnérables auprès desquelles ils oeuvrent pour répondre à leurs besoins essentiels.
Aide Médicale Internationale exprime le profond soulagement que cet heureux dénouement lui inspire.
Aide Médicale Internationale exprime le souhait que la vie privée de Stéphanie et Claire et de leurs familles soit respectée.
Pantin, le 30 avril 2009
25 avril 2009 : Journée internationale du paludisme
La Journée mondiale du paludisme offre l’opportunité de faire état de la situation dans le monde, des avancées en matière de recherche médicale et de mobiliser les citoyens autour de cette maladie et des problématiques qui y sont liées. Le paludisme est une maladie parasitaire qui se transmet d’humain à humain par l’intermédiaire d’un moustique vecteur (l’anophèle femelle). Une fois le parasite (plasmodium) transmis à une personne, les symptômes les plus fréquents de la maladie sont successivement frissons, chaleurs et sueurs. Le paludisme peut être traité efficacement s’il est diagnostiqué à temps. La plupart des traitements dispensés sont à base d’artémisinine, employée en combinaison (ACT).
Les moustiques vecteurs du parasite sont surtout présents dans les régions humides et chaudes. Il y a un risque d’exposition à l’infection soit de manière continue, « l’endémie palustre », pour les populations qui vivent en permanence dans des régions humides, des zones de marécages ou d’eau stagnante, soit de manière saisonnière, ce sont les « saisons du paludisme » lors de la saison des pluies. Ces moustiques sont présents surtout au crépuscule et pendant la nuit. De plus, les épidémies de paludisme peuvent être déclenchées par les conditions climatiques et aggravées par des déplacements de populations et des inondations.
Une localisation géographique qui tend à évoluer
Le paludisme touche principalement les régions situées en Afrique subsaharienne et en Asie. Dans ces régions, entre 350 et 500 millions de personnes sont infectées chaque année . C’est pour cette raison que cette maladie passe souvent inaperçue aux yeux du grand public dans les pays du Nord. Selon l’Organisation mondiale de la santé, c’est une maladie endémique dans 109 pays. Plus de la moitié de la population de la planète, soit 3,3 milliards d’êtres humains sont susceptibles d’être atteints. Le paludisme est l’une des premières causes de mortalité dans les pays en développement (avec la tuberculose et le VIH/sida). Le paludisme présente la particularité d’être guérissable. Il est donc tout à fait possible de réduire la mortalité et la morbidité dues au paludisme dans les pays où la maladie est endémique en agissant notamment à deux niveaux : la prévention et le traitement. Aide Médicale Internationale est d’ores et déjà engagée sur ces deux fronts d’action. _ Un problème majeur est que le traitement du paludisme peut entraîner des pharmacorésistances, soit parce que la personne infectée a déjà pris le traitement, soit parce que le traitement a été mal utilisé auparavant et qu’une partie de la population y devient résistante sans même l’avoir déjà pris (l’erreur de diagnostic la plus fréquente consiste à administrer des antipaludiques à une personne dès qu’elle présente des symptômes cliniques qui s’apparentent à ceux du paludisme, par exemple la fièvre).
Le paludisme est longtemps resté une préoccupation des pays au climat chaud et humide, or un des effets du réchauffement climatique est l’apparition de maladies dans des régions jusqu’à lors épargnées. Il n’est pour l’instant pas possible d’assurer que le réchauffement climatique a un effet potentiel sur la propagation du paludisme en raison d’une hausse de la température dans des régions tempérées d’Europe et d’Asie (en revanche, il pourrait y avoir un lien avec le niveau de précipitations), mais il est évident que le paludisme peut se propager dans des lieux jusqu’à lors exempts par les voyageurs et la mondialisation des échanges de marchandises.
Les femmes enceintes et les enfants, des groupes plus touchés par le paludisme
Certaines catégories de la population sont plus vulnérables au paludisme. Il existe un risque accru pour les femmes enceintes à la fois pour la mère et pour l’enfant. Lorsqu’une femme enceinte contracte le paludisme, elle risque de faire une fausse couche, mais également dans 10 % à 50 % des cas (selon la gravité de la crise) de décéder. Les autres conséquences peuvent être un retard de croissance du fœtus, ou la mort du nouveau né (estimée à 200 000 par an). Il est donc important que toutes les femmes enceintes vivant dans des pays où le paludisme est endémique aient à disposition un traitement préventif.
Outre les traitements médicamenteux, la prévention du paludisme peut être faite à partir de moyens simples comme la distribution de moustiquaires imprégnées de répulsif et la pulvérisation d’insecticide à effet rémanent à l’intérieur des habitations (recommandation de l’OMS) .
Un impact sanitaire et économique qui nuit au développement
Outre les conséquences sanitaires de la maladie, il existe aussi des conséquences économiques qui peuvent conduire à un retard de croissance et à un manque à gagner annuel des pays touchés. La pauvreté est une cause du paludisme et le paludisme à son tour génère de la pauvreté en affectant économiquement les systèmes et en limitant les réponses du secteur de la santé en termes de traitement de l’infection. Ainsi, dans les pays qui connaissent la plus forte prévalence, plus de la moitié des dépenses de santé publique, des hospitalisations et des consultations externes sont consacrées à des cas de paludisme. On voit bien à quel point le paludisme est un fardeau économique pour les populations des PED. Il génère même un retard de croissance économique de 1,3 % (soit 12 milliards de pertes par an en Afrique). Les populations ont besoin d’être dans les meilleures conditions de vie et de santé pour avoir des chances optimales de se développer.
Tant que des maladies telles que le paludisme, qui sont guérissables et évitables en grande partie, continueront d’accaparer les ressources financières et sanitaires des PED, elles constitueront un frein au développement. Pourtant il est possible d’éliminer, voir d’éradiquer le paludisme, comme ce fut le cas en Tunisie, aux Emirats arabes unis et aux Maldives.
Les besoins estimés pour les prochaines années pour le contrôle et l’élimination du paludisme sont de 6,2 milliards de dollars pour 2009 et 2010. Mais ces chiffres seront décroissants dans les années à venir pour arriver à une moyenne de 1,5 milliards de dollars par an d’ici 2040 . Il s’agit donc de consentir un gros effort financier aujourd’hui pour que le paludisme ne soit plus un problème récurrent pour les générations de demain.
Le paludisme tue aujourd’hui plus qu’il y a 40 ans, pourtant tous ces décès sont évitables. Un million de personnes (dont 80 % sont des enfants de moins de 5 ans) décède chaque année des suites d’une crise de paludisme. Cela a inspiré la création de la journée mondiale du paludisme qui se déroule chaque année le 25 avril. Cette journée qui avait lieu auparavant uniquement sur le continent africain est depuis deux ans mondiale. Cela marque la nécessité de prendre conscience au niveau international de la gravité de cette infection autant en terme de population touchée que de conséquences sur le développement des pays.
Bibliographie :
Plan d’action mondial contre le paludisme, Partenariat Faire reculer le Paludisme (Roll Back Malaria), Genève 2008.
Paludisme, Aide mémoire n°94, Organisation mondiale de la santé, janvier 2009.
Eliminer la pauvreté, Objectifs pour le millénaire 2015, Objectif n°6 : Combattre le VIH/sida, le paludisme et d’autres maladies, fiche d’information, septembre 2008.
Roll Back Malaria, Surveillance et évaluation. Stratton L., O’Neill M., Kruk M., Bell M., « The persistent problem of malaria : Addressing the fundamental causes of a global killer », Social Science and Medicine 67 (2008).
Sites Internet :
Coalition contre le paludisme : http://www.coalitionpaludisme.org
Partenaire faire reculer le paludisme/ Roll Back Malaria : http://www.rbm.who.int
Notes :
1. Plan d’action mondial contre le paludisme, Partenariat Faire reculer le Paludisme (Roll Back Malaria), Genève 2008.
2. Suite à l’utilisation selon les recommandations de l’OMS de moustiquaires imprégnées et de combinaison ACT , la mortalité due au paludisme au Rwanda a diminuée de 50% ces dernières années. L’OMS estime à 250 millions le nombre de moustiquaires qui devraient être distribuées en Afrique, tandis qu’actuellement, les fonds ne permettent d’en distribuer que 100 millions, malgré leur prix à la pièce de 5 euros.
3. Ces estimations chiffrées sont extraites du Plan d’action mondial contre le paludisme, les données sources sont en dollars, Plan d’action mondial contre le paludisme, Partenariat Faire reculer le Paludisme (Roll Back Malaria), Genève 2008
4. Stratton L., O’Neill M., Kruk M., Bell M., « The persistent problem of malaria : Addressing the fundamental causes of a global killer », Social Science and Medicine 67 (2008).
Yémen : mise en place d’un nouveau programme de nutrition destiné aux enfants de moins de cinq ans
Au Yémen, la situation sanitaire est bien plus grave qu’elle n’y paraît à première vue. Si la plupart des enfants ne présentent pas les symptômes les plus flagrants de la malnutrition (œdèmes et maigreur), beaucoup d’entre eux souffrent de carences sévères. C’est sur la base de ce constat que Florence Tonnoir est partie en mission au Yémen avec Aide Médicale Internationale (A.M.I.) pendant six mois, pour assurer la mise en place d’un programme de nutrition pour les enfants du district d’Al Marawa dans le gouvernorat d’Hodeidah, dans lequel A.M.I. assure un appui à neuf centres de santé. Ingénieur agroalimentaire et santé depuis 2007, c’est en qualité de nutritionniste que Florence a assuré cette enrichissante première mission.
Les équipes d’A.M.I. fournissent des médicaments, supervisent le personnel de santé et ont commencé à initier un programme communautaire dans le cadre duquel s’insère le programme nutritionnel (programme de sécurité alimentaire pour lequel A.M.I. travaille en consortium avec Triangle Génération Humanitaire).

La première activité de Florence a consisté à réaliser une enquête sur 17 jours pour évaluer le taux de malnutrition des enfants de moins de 5 ans dans la région. Les données recueillies ont permis d’identifier les besoins des enfants et de rassembler les éléments matériels destinés à appuyer les recommandations qui ont accompagné la remise du rapport. Ce document de synthèse, élaboré avec les éléments relevés par Florence, a donc permis de poser les jalons du nouveau programme A.M.I. Celui-ci, appelé le « Community Therapeutic Care » programme (CTC), se décline en quatre volets :
A.M.I. a, dès le début du programme, recruté des superviseurs, médecins et sages-femmes, dont la mission est de s’assurer que le travail du personnel médical des cliniques respecte les procédures établies pour le suivi des enfants malnutris. Pour cela, ces professionnels s’appuient sur des checklists préétablies par A.M.I. Florence rappelle combien « il est important de vérifier que les consultations sont bien menées dans les cliniques, c’est-à-dire que les mesures anthropométriques des enfants sont bien effectuées (poids, taille et circonférence brachiale). Dans le cadre de leur travail routinier de supervision, les équipes assurent ce travail et vérifient également la bonne gestion des approvisionnements en médicaments, la préservation de leur qualité par de bonnes conditions matérielles de conservation, etc. ». L’importance de ce ces activités a conduit l’équipe d’A.M.I. à former les superviseurs au programme CTC. Florence précise : « le but de cette sensibilisation était de transmettre de manière claire et précise l’information pour que le message soit ensuite relayé aux personnels des cliniques et aux communautés. »
S’agissant de ces dernières et de leur participation aux activités de lutte contre la malnutrition, Florence commente : « la population est sympathique, accueillante et en demande de soins. Il n’y a pas eu de problème pour effectuer les mesures anthropométriques sur les enfants, même s’il était délicat de s’isoler avec les mamans et leurs enfants sans heurter les sensibilités. Cela étant, les gens acceptaient très bien l’équipe d’A.M.I. et étaient contents de notre venue ».
Grâce à la mise en œuvre de ce nouveau programme nutritionnel, dans lequel Florence s’est fortement impliquée, la prise en charge des enfants du district d’Al Marawa souffrant de malnutrition pourra être, dans les prochains mois, menée au plus près de leurs besoins.
Thaïlande : le Health Messenger, une publication pour la formation des personnels de santé dans les camps de déplacés
Augustin Remay revient d’une mission d’un an en Thaïlande. Responsable de publication de l’édition thaïlandaise du Health Messenger, il fait part des spécificités de ce magazine à destination des professionnels de la santé dans les camps de déplacés.Le Health Messenger est une publication d’Aide Médicale Internationale à destination des personnels de santé locaux, édité pour répondre à une volonté de formation continue et de pérennité des savoirs et savoir-faire. Diffusé dans trois pays, en Afghanistan, Indonésie et Thaïlande, ce magazine spécifique est adapté aux besoins rencontrés dans chacune de ces régions du globe. La version thaïlandaise est distribuée dans les neuf camps de déplacés parsemés le long de la frontière entre la Birmanie/Myanmar et la Thaïlande. « Le HM Thaïlande est destiné aux travailleurs de santé, explique Augustin. Le contenu y est précis et technique. » Cette spécificité est due à la particularité du travail dans les camps, et plus encore à la nouvelle problématique induite par la relocalisation, initiée depuis quelques années : certains déplacés sont choisis pour émigrer dans d’autres pays prêts à les accueillir, comme l’Australie, le Canada ou les États-Unis. « La priorité est donnée aux personnes qui sont déjà formées, dans l’enseignement, ou la médecine par exemple. De ce fait, de nombreux membres des équipes locales formés par A.M.I. ont été choisis pour ces départs. Les organisations non gouvernementales perdent ainsi une partie de leur staff local. Cette opportunité est réellement bonne pour ceux qui partent, mais ceux qui restent ne bénéficient plus d’une qualité de soin égale. En effet, entre les anciens médicaux, formés depuis plusieurs années, qui disposent de compétences techniques et pratiques précises et rodées, et les nouveaux, dont la formation théorique est certes pointue, mais à qui l’expérience manque, la différence est palpable. Les HM parus en 2008 avaient pour but de tenter de combler ces lacunes : ils sont composés de fiches techniques sur différents points pratiques. Le premier a eu un très bon accueil, nous avons donc décidé d’en faire en deuxième pour aller plus loin et le compléter, car un seul numéro ne suffit pas à envisager toutes les thématiques et répondre aux manques. ».

Le HM Thaïlande est destiné à tous les personnels de santé des neuf camps de déplacés, même si A.M.I. n’intervient que dans trois d’entre eux. « Son contenu est établi en concertation avec des représentants des autres camps où nous ne sommes pas directement, pour être sûr que les sujets évoqués sont bien adaptés à la réalité. Le magazine est rédigé en grande partie par du staff A.M.I., tant expatrié que local, ainsi que par d’autres contributeurs extérieurs, c’est-à-dire d’autres organisations humanitaires ou des organismes privés. L’équipe du HM Thaïlande se compose de ces contributeurs, d’un chauffeur distributeur, d’un éditeur médical et d’un project manager. C’est ce rôle qui m’était imparti. Ma mission consistait à superviser l’ensemble du processus, de la conception à la distribution, d’assurer le reporting aux bailleurs, et de représenter A.M.I. lors de rencontres entre les ONG destinées à mettre en commun les problématiques de travail afin de capitaliser nos savoirs et d’avancer au mieux. »
D’autres supports sont utilisés pour diffuser des savoirs en matière d’éducation à la santé : « Nous avons édité un livret "Patient manual" pour les grosses structures de soins qui se trouvent dans les camps de déplacés. Il prend en compte les habitudes culturelles dans une volonté d’information sur les règles de conduite à tenir dans un hôpital. Il ne se contente pas d’énoncer une série de règles, mais les explique, du point de vue de l’hygiène par exemple. En plus de son côté pédagogique, il étoffe le nombre de publications, peu nombreuses, en langue karen. ».
D’autres projets encore ont été réalisés, avec des modes de diffusion différents. « Avec le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, nous travaillons sur différentes problématiques, comme la prévention de la transmission du VIH de la mère à l’enfant (PTME), ou une série de posters sur le VIH. Un HM Junior a été financé par cette agence, diffusé à Dala en Birmanie/Myanmar et en Thaïlande. Ce numéro était axé sur les problématiques liées à l’adolescence et au VIH, c’est-à-dire tout ce qui touche à l’éducation sexuelle ou encore à la prévention et la réduction des stigmatisations liées à la maladie. Un autre projet, le "Sada (Substance abuse drugs and addiction) guide book" est en cours. Il peut être vu comme un petit mémento des mises en garde sur les risques liés à la consommation des drogues. Il sera normalement diffusé dans les neuf camps de déplacés. D’autres publications de sensibilisation sur le même thème sont à venir : une série de posters avec différents messages concernant les addictions : les dangers de l’alcoolisme chronique, qui insiste sur le volet social de cette dépendance, la déformation de la réalité qu’induit la prise de substances, etc. ».
Malgré l’acuité des besoins de formation, le HM Thaïlande est difficile à financer. Les bailleurs d’urgence ne sont, le plus souvent, que peu sensibles à cette publication, qui prend en compte une dimension de formation, et qui peut donc plus s’apparenter à une action de développement. « Je suis arrivé à un moment particulier de l’histoire du HM en Thaïlande. En 2006/2007, le magazine était financé en grande partie par ECHO (Office d’aide humanitaire de la Commission européenne), avec une parution régulière, tous les trimestres. Quand je suis arrivé, en 2008, un seul numéro était prévu. L’une de mes missions était donc de trouver l’argent nécessaire à son financement, ou plus largement d’imaginer d’autres moyens de diffuser une formation à la santé dans les camps. C’est ce que nous sommes parvenus à faire avec l’ensemble de l’équipe. ».
> Aujourd’hui, Paul Duke est désormais project manager du HM Thaïlande, à la suite d’Augustin Remay
Soudan : deux membres de l’équipe expatriée d’Aide Médicale Internationale enlevés à Ed el Fursan (Sud Darfour)
Dans la nuit du 4 au 5 avril 2009, deux membres de l’équipe expatriée d’Aide Médicale Internationale basés à Ed el Fursan (Sud Darfour) ont été enlevés par des hommes armés non identifiés.
Aide Médicale Internationale dénonce avec vigueur cet enlèvement dirigé contre des membres de son équipe, qui œuvre au quotidien pour préserver la santé des populations locales.
Présente au Darfour depuis la fin de l’année 2004, Aide Médicale Internationale est implantée à Khor Abache et Ed el Fursan (la coordination est assurée depuis une base à Nyala). Ses équipes contribuent à l’accès aux soins des populations rurales du Darfour, notamment en soutenant des cliniques et centres de santé (réhabilitation, formation du personnel, approvisionnement en médicaments et matériel médical), et en assurant des activités de prévention.
Télécharger le communiqué :
NB : la mission d’A.M.I. au Soudan a été fermée à l’automne 2009.
RDC : Les femmes, leaders dans la lutte contre le VIH/sida
À l’occasion de la dernière journée mondiale contre le VIH/sida, les équipes d’A.M.I. en charge du programme en RDC (Sud Kivu) ont organisé plusieurs manifestations de sensibilisation autour du thème « Stop sida, tenir ses promesses ». Au cœur de celles-ci, un message fort, qui place les femmes en position de leaders dans ce combat a été diffusé à la radio. Aurélie Baumel, responsable de projet à Uvira, et Bernadette Ngengele, infirmière superviseur PTME, expliquent les grandes lignes de ce message qui tend à donner aux femmes une place toute particulière dans la prévention et l’action contre la pandémie.« En 2007, 1,8 million de femmes étaient infectées par le VIH. Chaque jour, près de cinq mille femmes sont contaminées par le virus dans le monde, remarque Aurélie. La majorité des enfants séropositifs naissent dans les pays en développement, car 95 % des femmes séropositives vivent dans ces pays. Pour faire face à la pandémie, les femmes doivent être impliquées dans toutes les activités de lutte contre le sida, quelque soit leur statut social. »

Le choix de placer les femmes au cœur de cette bataille est teinté en arrière-plan des représentations sur son positionnement et son rôle à jouer dans la famille et dans l’éducation. Les femmes sont vues comme des mères, des éducatrices privilégiées, dont la parole, dotée d’un poids important, est celle de la médiation : « Les femmes s’entretiennent souvent avec leurs famille et la communauté quand elles prennent des décisions se rapportant à la santé, explique Bernadette. C’est pourquoi la promotion de l’implication des femmes est au cœur de nos préoccupations dans la lutte contre le VIH/sida cette année. » Cette image de femme-mère, de celle qui donne la vie avant tout, est étendue à la communauté tout entière : « Promouvoir les femmes, c’est sauver la collectivité car elles constituent la base fondamentale de toutes les activités vitales de la communauté. » Faire passer les messages par ces médiatrices privilégiées, et donc les informer en premier lieu, s’avère particulièrement important. « Dans ce cadre, la prévention et la diffusion d’informations est primordiale pour les femmes, à tous les niveaux. Si elles ne sont pas séropositives, on appuie les actions de prévention de l’infection. Si elles le sont, on prévient les grossesses non désirées. Si elles sont enceintes et séropositives, on s’attache tout particulièrement aux programmes de prévention de la transmission de la mère à l’enfant, qui ont une place particulière dans les missions d’A.M.I. » Le message à diffuser varie selon la personne à qui il est adressé. Ces différences sont prises en compte pour agir au mieux.
De nombreuses études ont montré que les femmes sont plus vulnérables que les hommes face à la transmission sexuelle du VIH (voir notamment un rapport de l’UNAIDS en novembre 2004, disponible en anglais). Elle est entre deux à quatre fois plus élevée chez elles. On peut expliquer ce phénomène par deux grandes réalités. D’une part une vulnérabilité biologique plus élevée chez les femmes : pour diverses raisons (fragilité des muqueuses, infections sexuellement transmissibles se manifestant tardivement, mauvais traitements sexuels ou encore fréquence plus élevée de transfusion sanguine, pour cause de maternité), le virus a plus de facilités et d’occasion de pénétrer le corps féminin que le corps masculin. D’autre part une vulnérabilité sociale, liée à la domination masculine. Dans cette optique, le VIH/sida n’est plus seulement une question de santé publique mais apparaît en tant que symptôme de l’inégalité sous-jacente qui existe entre les genres. La lutte contre la maladie n’a que peu de chances d’aboutir si cette dimension n’est pas prise en compte. C’est ce que remarque Aurélie : « À cause d’une vulnérabilité économique, due à une dépendance financière ou matérielle, les femmes peuvent se livrer à des relations sexuelles dangereuses (prostitution, servage sexuel, etc.). Les violences sexuelles dont elles sont victimes, hors ou dans le mariage, sont aussi à prendre en compte. On peut ajouter à tout cela le manque d’informations dont elles disposent, provoqué par la discrimination des femmes en matière d’éducation et de conditions sociales. »
Avec une telle toile de fond, placer les femmes au centre du combat anti-sida peut être vu comme un balbutiement de lutte émancipatrice. La relation entre pouvoir et savoir est établie. Comment se protéger si on ignore tout du mode de transmission et des caractéristiques de la maladie ? Comment partager son expérience quand la peur de la stigmatisation est particulièrement présente ? « La peur de la honte et de la discrimination envers les gens vivant avec le VIH au sein des familles ou des communautés décourage certaines femmes de prendre des mesures de précautions pouvant considérablement réduire le risque de transmission du VIH. Elles ont peur de se voir rejetées par leur familles et leurs communautés si l’on sait ou l’on pense qu’elles sont séropositives. ». Dans cette optique, les interventions passent par un soutien social, pour que les femmes soient le plus possible en mesure de prendre des décisions de manière indépendante, quant à leur statut VIH, mais aussi par la diffusion accrue d’informations sur la maladie.
En donnant accès à ce savoir, on place les femmes en leaders dans la lutte contre ce virus. Elles deviennent un pivot pour atteindre de plus grandes populations.

Outre ces idées diffusées par le biais des messages radios (à Uvira, Lemera et Ruzizi) ou dans les centres de santé, les équipes d’A.M.I. ont organisé diverses actions de sensibilisation, pour la journée du 1er décembre dernier. Une conférence sur le même thème, où 90 femmes ont participé, a été organisée à Kiliba. Un match de football, réunissant professionnelles du sexe contre étudiantes de l’institut technique d’enseignement médical, ainsi qu’une marche à Uvira ont également eu lieu.
Birmanie/Myanmar : Gautier Jeannerod, logisticien watsan retrace les étapes de la réalisation d’un programme eau et assainissement dans la région de Yangon.
En 2002, Aide Médicale Internationale initie un programme en eau et assainissement afin de garantir à la population un accès à une eau de qualité et en quantité suffisante. C’est en octobre 2008 que Gautier Jeannerod est parti en mission en Birmanie/Myanmar pour quatre mois en tant que logisticien watsan afin d’effectuer pour A.M.I. un document de capitalisation des données dans les trois townships de Dala, Seikki et Twantay, et de lancer un nouveau programme dans les townships de Kawhmu et Kungyangon pour remédier aux destructions consécutives au passage de Nargis.Votre mission s’est articulée autour de deux activités, pouvez-vous nous parler de la phase de capitalisation qui a porté sur le programme watsan déjà mis en place ?
Lors de cette première phase de mes activités, j’ai compilé dans un document des données recueillies sur le terrain, prélevé des échantillons d’eau pour faire des tests de contrôle de la qualité et visité les sites d’approvisionnement en eau déjà implantés dans les zones d’intervention. Le but d’A.M.I. était de disposer d’un document de synthèse comportant des données récentes pour comparer les prélèvements effectués au début des programmes watsan et les miens. Mon travail a aussi consisté à identifier les besoins des villageois et les paramètres du terrain à prendre en compte pour préparer l’ouverture d’un nouveau programme dans la région. Pour les programmes déjà mis en place, nous avons vérifié leur adéquation au contexte actuel et, le cas échéant, fait des ajustements. Un autre aspect de ma mission a été d’apporter un point de vue extérieur et global de la situation, avec mon analyse personnelle, basée sur les observations de terrain.
J’espère que ce document d’étude servira aussi à faire des propositions pour de nouveaux programmes ou de support de référence pour d’autres ONGs qui souhaitent s’engager dans un projet semblable dans la région.
Cette première phase de votre mission vous a-t-elle permis de préparer le lancement du nouveau programme dans la région de Yangon ?
En effet, la deuxième partie de ma mission consistait au lancement d’un nouveau programme à Kawhmu et Kungyangon et au suivi de sa réalisation en tant que référent watsan. Pendant trois semaines, nous nous sommes rendus dans les centres de santé pour voir ce qu’il était nécessaire de faire dans ces nouveaux townships. Dans le cycle de projet, la phase d’identification consiste à évaluer les besoins de la population et les moyens d’y parvenir. Il s’agissait donc de centrer le programme autour de l’accès à l’eau potable et de l’eau à usage domestique, ainsi qu’aux latrines. Pour l’eau potable, les sources étant souterraines, elles sont souvent trop salées ou trop ferreuses et donc impropres à la consommation directe. Pour assurer aux villageois l’accès à une eau potable non contaminée, on a réhabilité des puits et des mares villageoises pour recueillir l’eau de pluie pendant la saison des moussons.

Cette eau pourra servir pendant les cinq mois que compte la saison sèche. Pour l’usage domestique, c’est-à-dire le lavage des mains, les douches, la cuisine et la vaisselle, les villageois peuvent utiliser l’eau souterraine, pour peu qu’elle ne soit pas trop concentrée (en fer et en sel), étant entendu que les normes sanitaires sont moins strictes, puisqu’elle n’est pas destinée à être bue. On a également diagnostiqué où pourraient être placé l’ensemble des infrastructures comprenant des réservoirs d’eau, un mini réseau de distribution de l’eau dans les centres de santé quand cela est possible, des nouvelles latrines, des pompes électriques et des pompes à main.
L’identification des centres de santé (à trois niveaux : township hospital, station hospital et rural centers) où sont installées des pompes est un travail de terrain. Nous nous rendons dans chacun des centres de santé et retenons ceux qui répondent à nos trois critères de sélection, à savoir qu’il n’y a pas d’ONG travaillant déjà dans le centre, que les infrastructures sont hors d’usage ou détruites par le passage du cyclone Nargis et que nous disposons de l’accord des référents médicaux locaux pour apporter leur collaboration au projet. Nous travaillons actuellement dans 13 centres de santé.
A.M.I. compte beaucoup sur la collaboration et le partenariat avec la population locale, comment cela s’est-il manifesté dans le cadre de vos activités ?
Les familles sont bien intégrées dans la vie des villages, il y a des écoles, des infrastructures communautaires, et des comités d’eau que nous mettons en place. Les comités sont créés dans un soucis de pérennité, c’est-à-dire pour former des personnes dans chaque village à la maintenance de l’infrastructure en général, des pompes, à la tenue d’une comptabilité dans le cas où ils seraient amenés à acheter des pièces de rechange, et des grillages autour des réserves d’eau pour éviter leur contamination (par les habitants qui puisent l’eau sans se servir des pompes et par les animaux qui s’y abreuvent). Le tout fonctionne plutôt bien et est suivi par des équipes d’A.M.I. pendant un an, le temps du programme. Dans les centres de santé, la mise en place d’un comité d’eau n’est pas réellement nécessaire car il y a déjà un watchman en place (c’est un vigile local en charge de la surveillance des installations), mais nous le faisons dans toutes les écoles. Ensuite, nous tentons de mettre en place des séances d’éducation à l’hygiène des enfants et des villageois. Les séances d’éducation sont adressées aux représentants des différentes communautés et sont très interactives, basées sur la participation des bénéficiaires. L’idée sous-jacente est que les représentants prennent par eux-mêmes conscience des enjeux liés à l’hygiène au cours de ces séances pour répandre l’information et le message par la suite aux autres habitants dans leurs propres termes.
Maintenant que votre mission est achevée, quel regard portez vous sur le programme auquel vous avez participé et ses résultats ?
Je suis satisfait de la pertinence du programme mis en place, nous avons pris le temps d’analyser ce qui avait déjà été fait avant de se lancer dans un nouveau programme. Je suis convaincu que ce celui-ci va permettre aux communautés de disposer d’une eau à la fois de bonne qualité et en quantité suffisante et de systèmes d’assainissement adéquats. Le résultat est satisfaisant dès lors que nous avons l’opportunité de protéger l’eau par des grillages ou par des pompes et que nous prévenons ainsi toute contamination. Ma seule frustration a été que les délais pour la mise en place ont été plus importants que prévus et que de fait je n’ai pas pu participer à la réalisation du nouveau programme dans sa totalité alors que j’avais participé à sa préparation. Malgré cela, j’ai vécu une expérience enrichissante et j’ai pu perfectionner par de nouvelles connaissances techniques mes compétences en eau et assainissement.
Thaïlande : au cœur des camps de réfugiés
Cécilie ALESSANDRI est référente de projets santé en Thaïlande. Diplômée de psychologie interculturelle et de sciences de l’éducation, elle revient sur certains des programmes d’A.M.I. dans les trois camps de réfugiés où l’ONG est présente, Maela, Nupoe, et Umpiem.A.M.I. intervient dans des camps de réfugiés à proximité de la frontière birmane. Pouvez-vous nous décrire les particularités du contexte dans lequel s’inscrit cette mission ?
Les réfugiés présents dans ces camps viennent majoritairement de la Birmanie/Myanmar, qu’ils ont fuie. Les premiers camps thaïlandais sont apparus dans les années 80. Avant cela, les réfugiés étaient dans des camps situés en Birmanie. Depuis quelques années, l’UNHCR (Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés) a mis en place une politique de relocalisation, c’est-à-dire de vagues d’émigrations initiées par différents pays d’accueil. Petit à petit, les camps sont passés de lieu de vie à lieu de passage. Depuis la création de ce projet, plus de 30 000 réfugiés ont émigré et ont été remplacés par de nouveaux arrivants. La plupart de ces derniers n’envisagent pas de rester longtemps, ces camps étant pour eux un lieu de transit, comme un hall d’aéroport, en attendant d’être réorientés vers un autre pays. Pourtant, dans la réalité, ce n’est pas le cas : beaucoup arrivent en pensant repartir assez vite, mais il n’y a aucune garantie ou certitude de départ, et les démarches sont lourdes et longues. Beaucoup attendent encore de franchir la première étape, qui est l’enregistrement sur la liste des personnes intéressées par la relocalisation. Encore une fois, cette éventualité n’est pas évidente. Ce n’est pas un droit acquis, contrairement à ce que semblent penser certains réfugiés qui ne comprennent ni les mesures et les contraintes, ni la durée des procédures ou encore la possibilité que la relocalisation puisse leur être refusée. Beaucoup viennent ici dans l’espoir de pouvoir partir aux États-Unis. Mais le rêve américain n’est bien souvent qu’une utopie. Ces illusions perdues créent des frustrations chez les réfugiés, à cause de ce hiatus entre leurs attentes et l’expérience réelle. L’alcoolisme et la dépression, s’ils existaient déjà avant pour des problèmes liés au confinement, semblent s’être aggravés avec ces nouvelles problématiques.
Les migrants vivant dans ces camps sont d’origines diverses. Les camps sont des mosaïques de petites communautés différentes ce qui créé parfois un manque de cohésion pouvant également être à l’origine de certains mal-êtres. On peut ajouter à cela le fait que la grande majorité des personnes présentes sur les camps, ainsi que la plupart des associations locales, sont Karens, ce qui peut parfois créer, chez les minorités, un sentiment de mise à l’écart et une difficulté d’accès à certains services, entre autre à cause de la barrière de la langue, qui est souvent le principal obstacle.
C’est sur cet arrière plan, éprouvant psychologiquement pour ces populations, que se déroule la mission d’A.M.I..
L’un des volets des programmes d’A.M.I. en Thaïlande est la santé mentale. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Si la santé physique reste la principale de nos préoccupations, les conditions de vie que je viens d’évoquer donnent une place importante aux problèmes liés à la santé mentale. Il faut ajouter à cela l’expérience migratoire qui n’est jamais facile, encore moins lorsque partir n’a pas été un choix.
L’une des plus grosses tâches des équipes d’A.M.I. dans ce domaine a été de destigmatiser la santé mentale, avec un travail important sur l’image des pathologies qui y sont liées. Elles ne sont pas une tare, et peuvent concerner tout le monde, à des moments particuliers, à la suite d’un deuil par exemple, ou lors d’une rupture. À ces éléments s’ajoute la situation de déplacé, qui est source de dépression par elle-même, et la problématique de la relocalisation, particulièrement anxiogène. Les personnels de santé mentale sont appelés « psycho care givers » : cette appellation n’est pas chargée de connotations négatives, elle sous-entend plus l’aide et l’assistance qu’une réelle demande de soins médicaux. Cela participe à dédramatiser les soins de santé mentale.
Dans le cadre de ce programme, des groupes de paroles, des entretiens individuels, des activités avec les enfants, des séances de relaxation sont organisés. Nos équipes, fortes et bien formées, sont issues des populations locales. Elles sont reconnues par les acteurs des autres associations. Leur travail est valorisé, et les relations sont généralement très bonnes.

Les équipes d’A.M.I. ont organisé la semaine de la santé mentale au début du mois d’octobre dernier, à l’occasion de la journée mondiale de la santé mentale. Comment s’est-elle déroulée ?
Bien. Elle a été organisée conjointement par Coralie (qui a depuis été remplacée par Raphaele), psychologue expatriée, Goi, psychologue superviseuse, et le reste de l’équipe des « psycho care givers ». Ils ont mis sur pied cette semaine de la santé mentale simultanément dans les trois camps de réfugiés dans lesquels A.M.I. intervient. Le message global était encore une fois la destigmatisation des problématiques liées à la santé mentale, telle que je l’expliquais tout à l’heure. Des concerts, des cours de yoga, des groupes de paroles ont été organisés, des questionnaires basés sur l’échelle du bonheur ont été distribués, des ateliers mis en place avec les enfants… Nous voulions faire cette manifestation de manière ludique, en dédramatisant l’approche de la santé mentale, et surtout en soulignant le fait que tout le monde, y compris les travailleurs sociaux et médicaux que nous comptons dans nos équipes et au sein des équipes des autres organisations, internationales aussi bien que locales, parfois eux-mêmes déplacés, peuvent être concernés.
Autre volet du programme A.M.I. en Thaïlande, la lutte contre le VIH/sida. La journée mondiale a eu lieu le 1er décembre dernier. Quelles actions particulières avez-vous mises en place ?
Il s’agissait d’une part de parler de prévention, de valoriser le dépistage, et d’autre part de tenter, comme pour la santé mentale, de lutter contre les discriminations des personnes atteintes du sida. Pour aller dans ce sens, des groupes de paroles ont été organisés, afin que les personnes malades puissent faire part de leur expérience et de la réalité de leur quotidien. Les VCT counsellors (voluntary conselling and testing) étaient présents et ont animé cette journée.
Cette journée a également été l’occasion d’organiser une campagne visant à sensibiliser les populations à propos du don du sang. Nous ne disposons pas d’une banque du sang comme en France, mais d’une liste de donneurs potentiels, appelés en cas de besoin. Il est donc important que cette liste soit la plus fournie possible. Cette campagne visait à mieux informer les personnes sur l’importance du don du sang et à les inciter à s’inscrire sur cette liste de donneurs potentiels, et cette dernière s’est étoffée.
La journée s’est bien déroulée, toujours en mêlant sensibilisation sur un sujet grave et apprentissage ludique.

Quels sont les projets à venir ?
Un travail de fond est nécessaire auprès des jeunes, en matière de prévention du VIH/sida : cette classe d’âge, à risque, se renouvelle sans cesse. La diffusion d’informations sur les moyens de transmissions du virus, la sensibilisation et la prévention sont donc à recommencer systématiquement. Nous mettons en place des actions de prévention dans les écoles, organisons des concours de cuisine, des concerts qui nous permettent de les sensibiliser mais aussi de limiter les discriminations envers les personnes atteintes du sida. Enfin, plus généralement, nous tentons d’attirer l’attention sur l’utilisation du préservatif et la réduction des comportements à risque.
Nous tentons aussi d’intensifier la collaboration entre A.M.I. et les autres ONGs présentes, l’idée étant d’offrir aux populations une aide et un soutien qui soient les plus simples et les plus complets possible, en évitant les duplications et en s’assurant que les messages diffusés par les divers acteurs sont similaires et cohérents.
Le travail commun entre nos équipes de « psycho care givers » et d’autres ONGs présentes tend à être renforcé. Par exemple avec Handicap International, qui s’occupe, entre autres, des destigmatisations liées à l’infirmité. Des échanges ont déjà eu lieu, l’idée étant de travailler conjointement tant sur l’aspect physique du handicap que sur sa dimension psychologique, et de renforcer les compétences et connaissances, tant des équipes AMI que de celles d’Handicap International, à travers diverses formations.
Un autre projet est de travailler à la rédaction d’un guide concernant les abus de drogue et d’alcool, à destination des travailleurs sociaux et médicaux, en collaboration avec différentes associations qui seraient impliquées dans le travail avec les personnes dépendantes. Ces actions menées en commun permettent de s’apporter mutuellement des compétences, de véhiculer les mêmes informations et donc de gagner en efficacité.
RCA : à Mbrès, les relations avec les populations locales, pierre angulaire de la mission
Koffy Kouacou, de passage à Paris avant de se réenvoler pour la République Centrafricaine, fait partager son expérience de travailleur humanitaire dans cette région du monde. Responsable de projet sur la base de Mbrès, cet ingénieur en agronomie a déjà effectué plusieurs missions avant celle-ci pour Aide Médicale Internationale.Le programme ouvert par A.M.I. en République Centrafricaine courant 2007 est encore jeune. Après la mise en place d’une première base à N’délé, une autre a vu le jour à Mbrès courant 2008. C’était l’une des missions confiées à Koffy durant l’année passée. « Mon année de mission, qui se prolonge de six mois, a vu l’ouverture de la base de Mbrès, avec un soutien au centre de santé de Mbrés devenu aujourd’hui un centre de référence, à quatre postes de santé en milieu rural et plusieurs cliniques mobiles dans toute la sous-préfecture. Au total, 23 042 habitants sont pris en charge dans cette zone. Au sein de cette mission, mon rôle de responsable de projet consiste à appuyer les référents médicaux, pour coordonner les actions au sein du programme. ». Cette mission est tournée vers une amélioration de l’accès aux soins de santé primaire. « Dans un premier temps, l’accent a été mis sur un accès aux soins pour tous par la redynamisation du centre de santé de Mbrés, du point de vue de l’équipement, tant matériel que pharmaceutique mais aussi par la formation du personnel soignant. Nous commençons à mener des petites réhabilitations sur des structures déjà existantes. Nous ne construisons pas, nous ne faisons que réorganiser ou remettre en état des bâtiments qui n’étaient pas initialement construits pour abriter des centres de santé. »

Le but n’est pas de faire jaillir de terre des constructions, mais de réutiliser ce qui est déjà là, sans perdre de vue les spécificités des populations locales. Pour Koffy, les relations avec les bénéficiaires et les populations locales sont la pierre angulaire du métier qu’il exerce : « Les contacts avec les bénéficiaires ou avec les comités de gestion (CoGes) sont très bons, même s’ils sont parfois difficiles, à cause d’une carence de financements. Quelque part, ce manque de matériel et de moyens est frustrant : la demande est immense, et nous ne pouvons pas répondre à l’intégralité des besoins. Mais quoi qu’il en soit, je pense que les bonnes relations que l’on entretient avec les populations sont le B-A-BA du travail que l’on fait. Il est essentiel de prendre en compte les spécificités sociales et culturelles qui leur sont propres. »
Cette proximité avec les populations locales se ressent aussi dans la volonté de formation, chère aux principes d’A.M.I. « En plus des programmes liés aux soins de santé primaire, nous mettons en place des sessions de formation continue. Les équipes expatriées ont entre autres un rôle de support, de supervision et d’appui aux centres de santé existants. Nous menons aussi des programmes d’information, éducation et communication, sur la santé. Il s’agit d’une sensibilisation sur les problématiques liées aux maladies, à l’hygiène ou aux épidémies, par exemple sur la méningite, dernièrement. Nous allons sur les marchés pour discuter avec les populations locales, sur l’alimentation ou d’autres sujets liés à la prévention, comme l’importance des moustiquaires pour lutter contre le paludisme. Nous tentons d’être au plus proche de ces populations, par l’intermédiaire d’agents de développement communautaires, qui relaient les informations entre les centres de santé appuyés par A.M.I. et les populations locales. ». La dimension de prévention passe aussi par la mise en place d’un programme élargi de vaccination (PEV). « Les vaccins sont fournis par UNICEF (Fonds des Nations unies pour l’enfance). Pour cette campagne, les équipes d’A.M.I. vaccinent les populations, dans les postes de santé, mais se déplacent aussi dans les villages pour lesquels l’accès aux postes de santé est difficile voire impossible. Nous tentons ainsi de faire en sorte de le maximum de personnes bénéficient d’un accès aux soins de santé primaire. ».
Pour que la mission se déroule au mieux, le travail se fait en collaboration avec différentes entités liées à la santé. « Nous travaillons de paire avec le Comité International de la Croix Rouge, sur la partie eau et assainissement des centres de santé, pour la mise en place ou la réhabilitation de douches et de latrines. De plus, la gestion des centres de santé se fait en coopération avec les autorités sanitaires locales : les équipes d’A.M.I. appuient des structures hospitalière existantes. Enfin, nous nous réunissons, avec les autres organisations non gouvernementales présentes sur la zone, pour des plateformes de discussion afin de coordonner nos actions, nos stratégies, et faire en sorte que le travail se déroule dans la concertation. ».
L’arrière-plan contextuel de la mission est marqué par une dégradation des conditions de sécurité. « À l’échelle du pays, les conditions de sécurité se détériorent. Mais dans la zone où nous sommes, nous pouvons continuer à travailler correctement. Il y a néanmoins une multiplication d’incidents de sécurité entre le gouvernement, les populations et les groupes rebelles, etc. Mais je pense que ce contexte fait partie intégrante de notre travail. Il amène à prendre des décisions rapidement, à être réactif, et à faire des choix. ».
Le programme à Mbrès continue son expansion et prend de plus en plus forme. « À mon retour, plusieurs projets m’attendent. Nous tentons d’une part de passer d’une stratégie de cliniques mobiles, qui se déplacent dans la zone, à une stratégie fixe de postes de santé, tout en gardant la même couverture pour les populations locales. Mais ce type de changements nécessite plus de moyens. D’autre part, nous continuons la formation des équipes locales. De plus, au sein de notre laboratoire, un poste de transfusion sanguine d’urgence en milieux isolés va peut-être voir le jour. Enfin, mon travail comporte aussi une partie d’évaluation des réalisations, qui se fera sur les six derniers mois, afin d’ajuster les programmes aux besoins. ». Ainsi, la mission reste au plus proche des populations locales, avec une volonté de pérenniser les avancées obtenues en matière de soins de santé primaires.
Indonésie : le 10e numéro du Health Messenger Pembawa Pesan Kesehatan est paru
A la suite du tsunami qui avait frappé le pays en décembre 2004, Aide Médicale Internationale a assuré en Indonésie plusieurs projets médicaux à compter de 2005. Aux réhabilitations de centres de santé (les « puskesmas ») et projets psycho-sociaux a succédé l’édition du Health Messenger Pembawa Pesan Kesehatan. Alors que les deux premiers projets ont été transmis aux acteurs locaux qui assurent la poursuite des activités de manière autonome, A.M.I. continue d’assurer en Indonésie la publication du Health Messenger dans la province d’Aceh, qui compte environ 4 millions d’habitants.
Après une maîtrise en Langues étrangères appliquées au commerce international, un master en communication internationale, et deux années de volontariat de solidarité internationale au Cambodge, Anne Broggi est partie en Indonésie en tant que responsable de publication pour A.M.I.
Le Health Messenger Pembawa Pesan Kesehatan est une publication destinée aux professionnels de santé (médecins, infirmières, assistants médicaux, etc.) distribuée dans environ 330 centres de santé. Sa conception est entièrement assurée par une équipe locale qui travaille sous la coordination d’Anne, responsable de publication, et de la chef de projet d’A.M.I. en Indonésie. Alors que le premier numéro du HM est paru en décembre 2005, le magazine continue de paraître à un rythme trimestriel. Le 10e numéro, portant sur les maladies non infectieuses, aujourd’hui imprimé à 11 000 exemplaires est en cours de distribution. Cette nouvelle édition devrait être lue par plus de 28 000 personnes (jouissant d’une forte réputation auprès des professionnels de santé, un seul exemplaire du Health Messenger est souvent lu par plusieurs personnes).
Les activités d’Anne en tant que responsable de publication sont très variées : « ma mission consiste à gérer et organiser le contenu du magazine, à définir la thématique en collaboration avec le medical editor (un médecin local qui se consacre au projet),à établir un premier planning pour l’avancement du numéro, définir les contributeurs, identifier les professionnels de santé susceptibles de rédiger les articles, commander les articles, les corriger, organiser le magazine, faire traduire en anglais et en bahasa (la langue parlée majoritairement dans la région d’Aceh). Ensuite, je fais valider le contenu médical et effectue quelques recherches iconographiques quand cela est nécessaire. La dernière phase consiste enfin en la mise en page et les dernières relectures ».

Les bénéfices de la publication du magazine s’étendent à un nombre très large de personnes, Anne explique : « Les bénéficiaires directs du programme sont les professionnels de santé, les infirmières, dans toutes les structures de types ONG, hôpitaux, dispensaires, etc. Quant aux bénéficiaires indirects, ils sont très nombreux puisqu’il s’agit de toutes les personnes qui ont recours à des soins de santé et qui bénéficient donc des connaissances du personnel de santé ». Confortée par l’accueil toujours très favorable fait au magazine, Anne mesure avec intérêt les impacts positifs du Health Messenger Pembawa Pesan Kesehatan sur la santé des habitants de la province.
NB : la mission d’A.M.I. en Indonésie a été fermée à l’automne 2009.
Afghanistan : 18 mois auprès des professionnels et personnels de santé afghans
Après sa formation à Science Po Paris, puis un Master en santé publique à la London School of Hygiene and Tropical Medecine, et deux missions courtes à Johannesbourg, dont une la conduit à réaliser une évaluation sur des programmes de santé publique menés dans des bidonvilles, Malourène Cordier rejoint Aide Médicale Internationale en août 2007. Durant 18 mois, cette jeune femme s’est investie ardemment au sein de l’équipe, assurant plusieurs missions successives au sein du dispositif mis en œuvre par A.M.I.
« Mes premières fonctions, d’août à octobre 2007, ont principalement consisté en la rédaction de rapports. Dans un deuxième temps, de novembre 2007 à avril 2008, j’ai été en charge d’une importante étude de santé publique initiée par A.M.I. et intitulée « Getting ready for birth ». Menée sur les deux provinces afghanes de l’est dans lesquelles A.M.I. est implantée, le Laghman et la Kunar, cette étude était motivée par un constat simple, et problématique : peu de femmes enceintes se rendaient dans les cliniques pour des consultations pré- et post-natales et pour les accouchements. L’objectif qui nous animait, rappelle Malourène, était d’identifier les barrières à la fréquentation des services de santé reproductive afin de les dépasser et de faire en sorte que davantage de femmes accèdent aux consultations. » Une étude qualitative, principalement axées autour d’entretiens, est entreprise. « Les huit membres de l’équipe mobilisée sur ce projet que je coordonnais se sont entretenus avec des femmes de moins de 35 ans, des femmes de plus de 35 ans (les « belles-mères », qui sont des relais importants d’information et de véritables « piliers décisionnels »), des maris, des agents de santé communautaire et des Shurah (assemblées communautaires). Sur la base de questionnaires préparés en amont, les questions portaient sur la grossesse, l’accouchement, étant entendu qu’il nous fallait composer avec la grande pudeur des Afghans sur ces thèmes, explique Malourène. » En effet, la grossesse est perçue comme une « maladie » (le même mot est utilisé pour désigner une femme enceinte et un malade) et ce phénomène explique pour partie qu’un grand nombre d’accouchements se déroulent à domicile.
Une cinquantaine d’entretiens sont réalisés ; Malourène, assistée d’un traducteur, se rendant auprès des hôpitaux provinciaux des provinces dans lesquelles A.M.I. est active, les six enquêteurs afghans travaillant pour leur part dans des zones plus reculées. « Les principaux résultats nous ont permis d’apprendre que les services assurées dans les cliniques étaient bien perçus, qu’il n’y avait pas d’appréhension, notamment parce que le personnel soignant était composé de femmes. En revanche, l’intérêt des consultations prénatales n’était pas perçu, sauf chez les femmes qui y avaient déjà eu recours parce qu’ayant vécu une grossesse problématique. » D’autres points de blocage à l’accès des femmes aux cliniques ont été identifiés, et ont donné lieu à la rédaction d’un document de synthèse de l’étude et d’une recommandation d’action.
La fin de l’étude, en mai 2008, coïncide avec l’ouverture d’un poste de responsable de santé communautaire sur les trois provinces dans lesquelles A.M.I. travaille. Ainsi, après avoir remis ses recommandations aux partenaires de l’association, Malourène candidate pour ce poste qui, « d’une ampleur supérieure au travail qu’elle avait précédemment réalisé, comprenait des dimensions qui faisait écho à [ses] activités précédentes ». Coordonnant une équipe composée d’un alter ego afghan, d’un coordinateur par province, de « points focaux », de 70 superviseurs (1 par clinique) et de près de 1 200 agents de santé communautaire, Malourène est en charge de l’animation de ce réseau de santé (en lien avec les comités locaux de santé et des comités villageois de santé), de l’organisation de formations (sur les soins de base, l’éducation à la santé, le référencement vers les cliniques, etc.). « En qualité de responsable de ce programme, j’étais également en relation directe avec des représentants du ministère afghan de la Santé, avec lesquels les échanges étaient libres et riches. Ainsi, nous (l’équipe santé communautaire) pouvions être force de proposition auprès des autorités sanitaires. » Après avoir impulsé la création et l’homogénéisation d’outils destinés aux agents de santé communautaire et de certaines de leurs pratiques, Malourène s’investit sur la supervision des équipes, via notamment des visites terrain, auprès des bases provinciales notamment. « En temps normal, le poste que j’occupais devait m’amener à passer deux tiers de mon temps sur le terrain ; cependant les risques en matière de sécurité qui ont été identifiés ne m’ont pas permis d’aller partout où je le souhaitais. Heureusement, les collaborateurs afghans pouvaient se rendre auprès de l’ensemble de nos interlocuteurs et assurer le travail de supervision. »
En août 2008, le contexte local nécessite que les expatriés soient rassemblés à Kaboul, et un nouveau mode de fonctionnement, adapté à cette nouvelle situation est mis en place. Toujours en charge du programme santé communautaire, Malourène s’investit également sur des activités reporting, ressources humaines et représentation. « Bien qu’elles n’aient pas initialement été conçues dans cet esprit, les nouvelles procédures mises en place entre septembre et novembre 2008 nous ont permis de réaliser ultérieurement un ‘remote’ des équipes dans un pays tiers dans des conditions satisfaisantes, explique-t-elle. Le dernier temps de ma mission, durant le mois de janvier 2009, aura été l’occasion de mettre en place ce ‘remote’ et de travailler sur le programme BPHS (Basic Package of Health Services, programme de soins de santé primaire) qui constitue le volet essentiel des activités d’A.M.I. en Afghanistan. Au final, j’ai eu la chance d’occuper quatre postes différents, tous articulés les uns aux autres, qui m’ont permis d’avoir une vision assez étendue des actions d’Aide Médicale Internationale en Afghanistan. Cette progression dans les responsabilités qui m’ont été confiées m’a permis d’élargir mon champ de compétences et de compréhension des questions de santé dans ce pays.
De cette mission longue, riche et intense, menée dans un contexte parfois éprouvant, Malourène garde un fort attachement au pays et à sa population. Alors que la fin de sa mission n’a pas coïncidé avec la fin des programmes sur lesquels elle était investie (il s’agit de projets longs, aujourd’hui transmis à d’autres membres de l’équipe), son désir de connaître leurs prochains développements reste vif. Forte de cette expérience, elle repartira prochainement pour A.M.I. en Asie du Sud-Est, comme responsable de développement communautaire, tout en gardant un regard attentif sur la mission d’A.M.I. en Afghanistan.
RDC : une volonté de pérennité face aux incertitudes des lendemains
Sophie Nalet revient d’une mission d’un an en République Démocratique du Congo (RDC) pour Aide Médicale Internationale, en tant que coordinatrice médicale. Cette jeune femme, pour qui la vocation de médecin remonte à l’adolescence, était auparavant partie en mission pour A.M.I. en Afghanistan. Elle fait part de ses impressions et de ses ressentis sur sa dernière expérience.
Quel était le contexte de votre mission en RDC ?
A.M.I. est présente en RDC (Sud-Kivu) depuis 8 ans. Elle tente d’y remettre en place les fondements d’un système de soins, pour permettre aux populations locales l’accès à des soins de base. Le travail se fait en collaboration avec les autorités sanitaires du pays.
Selon les zones où A.M.I. est présente, les problématiques géographiques sont différentes. Sur les rives des Grands Lacs, à Uvira et Ruzizi, les lieux sont facilement accessibles. A.M.I. y est depuis longtemps. Ces derniers temps, elle tente de se désengager des soins de santé primaires, pour mettre l’accent sur le volet VIH/sida du programme. Dans la zone des Hauts Plateaux, où l’engagement est plus récent et l’appui aux centres de santé commence à peine, l’accès est plus difficile, du fait de la géographie de cette zone montagneuse.
Le contexte d’intervention est un peu particulier, avec l’actualité au Nord Kivu, qui menace de s’embraser à tous moments. Cela se ressent dans le pessimisme des populations locales : l’idée de pérennité n’est pas particulièrement présente dans les mentalités, à cause de ce contexte. Il est difficile pour elles d’envisager un avenir proche, et de s’engager dans quelque chose de durable lorsqu’elles ont le sentiment qu’elles peuvent tout perdre du jour au lendemain. Le travail se fait néanmoins, malgré ces circonstances délicates.
Quel était votre rôle de coordinatrice au sein de ce programme ?
Mon rôle était de gérer et de coordonner les projets sur tous les aspects médicaux (au niveau des soins de santé primaire, du VIH/sida, de la formation, de l’appui aux bases, etc). Le but était de tenter d’harmoniser les outils de suivi, et de faire en sorte que la communication soit la plus importante possible entre chaque base. On peut résumer ma mission en trois mots : validation, appui et contrôle. Je veillais également à ce que les formations réalisées se passent bien, à tous les niveaux. Cette dimension est importante : nous tentons le plus possible de travailler en collaboration avec les autorités sanitaires locales (inspections provinciales de santé, bureaux centraux des zones de santé) dans le but de pérenniser nos actions.

- Le centre de santé de Kahololo sur les Hauts Plateaux
L’un des volets des programmes d’A.M.I. en RDC concerne le VIH/sida. Quelles sont les actions menées sur ce point ?
Le programme sur le VIH/sida prend de plus en plus d’ampleur dans le Sud-Kivu. En 2008, nous sommes passés de sept centres PTME (prévention de la transmission de la mère à l’enfant) appuyés à 14, et d’un centre de dépistage volontaire à quatre. La journée mondiale contre le VIH/sida, le premier décembre dernier, a été l’occasion pour nos équipes d’organiser de multiples manifestations, sur les différentes bases. Elles ont repris le message international, qui met en avant l’importance du leadership. C’est le rôle des femmes, ici, qui a été au centre de ce message. À Kilembwe et à Uvira, des matchs de foot ont eu lieu. Nos équipes y ont mené des campagnes de sensibilisation sur le VIH/sida et sur l’utilisation du préservatif, tout comme à Baraka. Une marche et des distributions de préservatifs ont également été organisées.
Parce que ce programme sur les changements de comportements n’a un impact que sur le long terme, les évolutions positives ne sont pas encore observables concrètement. À terme, on devrait observer une diminution de la prévalence, mais nous manquons de données précises pour l’affirmer. Marielle Aulagnier, notre ancienne épidémiologiste, avait réalisé une enquête sur les connaissances, attitudes et pratiques face au VIH/sida en RDC. Cette étude sera reconduite dans deux ans, ce qui permettra d’évaluer l’ampleur des actions menées.
Vous évoquiez votre rôle dans la formation du personnel local. Pouvez-vous en dire plus ?
La formation se fait à différents niveaux : celle que nous faisons auprès des BCZ (bureau centraux de zones) en renforcement de leurs capacités, afin de les appuyer dans la gestion de leur zone de santé (management, analyse sanitaire, informatique, etc.) et celle auprès des centres de santé qui concerne l’ensemble du personnel afin de les appuyer au niveau de leurs connaissances médicales mais aussi dans la gestion (pharmaceutique et financière) de leur centre de santé.
Pour résumer, la formation se fait selon deux méthodes différentes. D’une part les formations élémentaires, initiales, qui concernent l’ensemble d’une zone de santé. Elles durent au minimum 5 jours (formations VIH, vaccination, gestion d’une pharmacie zonale, maternité à moindre risque, management en soins de santé primaires, etc.), et sont organisées en collaboration avec les instances sanitaires. Et d’autre part les compagnonnages avec les recyclages. Cela fait partie des supervisions formatives. Lors de ces sessions, nos infirmiers superviseurs détectent des faiblesses liées à un manque de connaissances sur un sujet donné. Ils organisent alors un petit cours d’une demi journée afin de remédier à ce déficit du personnel d’un centre de santé.
Il nous arrive aussi, lorsque l’on constate un besoin de remise à jour pour plusieurs centres de santé, d’organiser des recyclages de deux à trois jours en fonction du thème en réunissant les personnes concernées de tous ces centres.
Nous tentons de garder le plus possible à l’esprit l’objectif de pérennisation. L’organisation, pour les formations théoriques initiales, est faite avec l’IPS (inspection provinciale de santé), toujours dans l’idée de ne jamais se substituer aux instances locales, mais d’être là comme un support.
Ce travail en collaboration n’est pas des plus faciles (pour des raisons contextuelles, de financements, etc.), mais je le trouve beaucoup plus intéressant que d’arriver, tout construire soi-même et repartir sans rien laisser derrière soi.
Quels sont les problèmes rencontrés dans cette volonté de pérennisation ?
Nous rencontrons des difficultés vis-à-vis de la viabilité des évolutions induites par les programmes d’A.M.I. et de l’autonomisation. Ce type de missions nécessite plus de moyens. Sans apport de subventions extérieures, un centre de santé n’est pas viable en ne comptant que sur ses propres bénéfices. Comme je le disais plus haut, nous tentons de nous désengager des soins de santé primaires, petit à petit, dans certaines zones les plus accessibles, où le niveau socio-économique des populations est relativement viable. Mais ce désengagement est difficile si aucune autre infrastructure, soit humanitaire soit gouvernementale, ne prend le relais à notre départ.
RDC : Homogénéiser et renforcer les procédures, un indispensable travail de fond
« Mes deux premiers mois de mission ont été assez intenses, puisque j’ai assuré un intérim qui s’est ajouté à mes fonctions premières, rappelle Frédéric. Une fois cette première phase passée, je me suis concentré sur les procédures logistiques et les outils de suivi. » L’approvisionnement, les achats et la gestion des stocks ont un impact direct sur l’ensemble d’une mission. Qu’il s’agisse de consommables informatiques, de matériel de formation, de fournitures ou de la nourriture destinée aux équipes, tous ces biens relèvent de la responsabilité des équipes logistique. « L’appui en médicaments, qui nécessite des compétences spécifiques sont est donc réalisé avec le pharmacien de la mission » précise Frédéric.
S’engage alors pour lui durant un mois une « tournée » des quatre bases d’A.M.I. en RDC (les trois bases opérationnelles et la base de coordination), où il y rencontre les responsables de projets, les équipes logistique (souvent composées de collaborateurs locaux : superviseur logistique, logisticien-achats et magasinier) afin de dresser un état des lieux de l’existant. « Je souhaitais, au travers de ces échanges et de ces discussions, identifier les points d’amélioration ou de blocage relatifs à la gestion de nos approvisionnements. S’agissant des achats, un des enjeux principaux était d’améliorer nos capacités d’anticipation des commandes, afin d’éviter les ruptures de stocks, dans un pays où la durée d’acheminement des biens peut être longue, en raison notamment de l’état des voies de communication ». Si la dimension réglementaire liées aux procédures d’achats compte parmi ses priorités, Frédéric s’intéresse également à l’archivage des dossiers d’achats : « il était nécessaire de bien homogénéiser entre toutes les bases les modes de classement des pièces, afin que ceux-ci ne répondent pas à la logique d’un tel ou d’un tel mais suivent des façons de faire communes à tous, intégrant aux mieux les procédures de suivi des programmes des bailleurs. En effet, A.M.I. édicte des procédures en la matière, qui intègrent notamment les procédures de bailleurs comme ceux issus de la Commission européenne, mais d’autres bailleurs ont des procédures légèrement différentes, et je souhaitais mettre en place un mode de classement qui les prenne en considération ».
L’homogénéisation est un des maîtres mots du travail entrepris, puisqu’elle porte aussi sur la formation et l’encadrement des personnels. « Les formations dispensées aux équipes locales, notamment celles chargées de la logistique, sont menées depuis longtemps, mais en raison des renouvellements de personnels, il est nécessaire de les renouveler ou de les compléter de façon régulière, en veillant à ce que les pratiques soient communes à tous ».
Ce sont enfin les modes de gestion des stocks qui ont fait l’objet de cet état des lieux. « Les procédures d’enregistrement des entrées et des sorties de stocks étaient déjà très bien balisées, et il m’a semblé que nous pouvions nous appuyer sur cette force pour améliorer nos capacités d’anticipation, préoccupation dont je faisais état précédemment ».
Les deux mois qui suivent cet état des lieux sont principalement consacrés à la préparation et à la rédaction des formulaires et outils. « Bien évidemment, il s’est agi d’un travail d’équipe, mené notamment en lien avec le coordinateur logistique, le chef de mission et le siège. Nous nous sommes attachés à actualiser les documents de procédure existants et à bien y intégrer des notices explicatives détaillant leur mode d’utilisation, précise Frédéric. Parmi ces outils, les deux plus importants ont été le document d’évaluation de l’état des besoins, permettant d’estimer, deux mois à l’avance, les besoins de commandes et de préciser sur quelles lignes de financements elles seront affectées, et le document de demande d’achat. Son usage intervient au terme du circuit de procédure d’achat et requiert la validation du coordinateur administratif et du coordinateur logistique, en complément des demandes de devis, du tableau de comparaison des offres et des contrats d’achats. »
Une fois ces supports établis, Frédéric s’est à nouveau rendu auprès des bases afin de les présenter et de former les équipes logistiques à leur utilisation, dernier temps de sa mission. Des sessions de formation collective, destinées aux responsables de projets, et membres des équipes logistiques ont été organisées, complétées par des formations individuelles pour les superviseurs logistiques, les logisticiens-achats et les magasiniers, puis par des briefs destinés à l’ensemble du personnel… Comme je le disais précédemment, la logistique concerne tous les membres des équipes et chacun peut contribuer à l’amélioration des pratiques. »
À l’aune de ces explications, on comprend le caractère essentiel de la mise en œuvre, de l’actualisation et de l’amélioration constantes de procédures ; et s’il estime que son travail peut être considéré comme « rébarbatif a priori », Frédéric l’a mené comme une activité « au service de l’efficacité du programme ». Dans une telle dynamique, « il est toujours possible de peaufiner, d’améliorer les procédures, mais ce qui importe surtout, c’est de s’assurer qu’elles sont adaptées aux personnels qui devront les suivre, de vérifier que chacun les comprend et en comprend l’utilité, et se les approprie. Leur mise en œuvre demande donc de former au mieux les équipes ». Cette démarche de formation, de transmission de savoirs et de savoir-faire, qui est l’essence des programmes d’A.M.I., Frédéric l’a faite sienne durant les six mois de sa mission…
Afghanistan : le 39e numéro du Salamati vient de paraître
Retrouvez bientôt le Salamati 39 en intégralité en ligne
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Bordeaux - Exposition Mae La, portrait d’un camp de déplacés au quotidien
Issus d’un reportage photographique réalisé en 2006, les clichés de l’exposition rendent compte de la vie des dizaines de milliers de personnes regroupées dans des camps de déplacés implantés sur la frontière birmano-thaïlandaise et du soutien qui leur est apporté par les équipes A.M.I.
Informations pratiques :
La boutique Alter Mundi est située au 16 rue des Bahutiers et est ouverte au public du mardi au samedi de 11h30h à 19h.
L’exposition se déroulera à Bordeaux jusqu’au 4 avril 2009.
Plus de renseignements sur nos partenaires :
www.dominiquedavid.com et
www.altermundi.com
Plus d’informations sur la mission d’A.M.I. en Thaïlande

RDC : premiers pas en matière de santé materno-infantile et de participation communautaire dans la zone des Hauts Plateaux

Quelle a été l’attitude des populations locale pour ce projet de réhabilitation de maternité ?
La mobilisation des populations locales pour ce projet n’a pas été immédiatement évidente. C’était tout d’abord la première fois que la participation communautaire était recherchée dans l’aire de santé de Katanga, dans la zone de santé des Hauts Plateaux. L’engagement d’A.M.I. dans cette région du Sud-Kivu est toute récente : elle n’y est présente que depuis une année. Le travail de sensibilisation y est mené depuis, mais ses conséquences sont réellement concrètes à plus long terme. De plus, les ethnies présentes dans cette zone, les Bafulero et les Banyamulenge, vivent nécessairement de travaux agricoles. Ces populations ne sont donc pas habituées à des travaux de ce type, tels que le transport de matériel, qui était demandé. Signalons aussi le problème de territoire : comme le projet s’est réalisé sur une colline habitée essentiellement par l’ethnie Banyamulenge, les Bafulero se sont tout d’abord méfiés du projet, disant qu’il appartenait aux « autres ». On peut aussi souligner la difficulté de cette participation : les matériaux, lourds, devaient être transportés sur de longues distances, et sur des surfaces en fortes pentes, dans une zone où les routes sont quasi inexistantes. Les populations n’avaient pas pris conscience de l’importance de l’implication communautaire avant le démarrage du projet. Ces difficultés se retrouvent assez fréquemment quand il s’agit de participation communautaire.
Quelles actions avez-vous mises en place pour remédier à cette situation ?
Nous avons essayé de nombreuses méthodes avant de parvenir à une mobilisation.
Dans un premier temps, nous avons organisé une assemblée générale des relais communautaires de l’aire de santé de Katanga, pour nous aider à mobiliser les populations.
Nous avons aussi mis en place des ateliers de sensibilisation auprès des jeunes femmes et des filles, en insistant sur les bénéfices qu’apporteraient une maternité et la présence d’un personnel de santé qualifié. Toujours à ce sujet, des comités locaux de sensibilisation ont été créés dans chaque village, où étaient présents le chef de village, une représentante des femmes, un(e) représentant(e) des jeunes, un leader religieux et un relais communautaire. Cette sensibilisation se déroulait aussi dans les chorales de jeunes filles.
De plus, nous avons organisé une réunion communautaire pour essayer de comprendre pourquoi l’importance de la participation communautaire n’avait pas été perçue par les populations locales, avec les principaux leaders locaux (chefs de villages, religieux, représentantes des femmes, représentants des jeunes, préfet et directeurs des écoles, relais communautaire, etc.). Le but de ces réunions était aussi d’intégrer ces importants acteurs locaux dans la sensibilisation à l’importance des services de santé.
Nous avons également tenté de nous inspirer de l’expérience et des stratégies mises en place dans les autres aires de santé : visite interCodesa (le CODESA - comité de développement sanitaire des aires de santé - de Magunda a visité celui de Katanga) et de sensibiliser les populations des aires de santé adjacentes pour soutenir ce projet. Mais la plupart du temps, ces tentatives n’obtenaient pas autant de réponses positives qu’espéré.
Pourquoi, à votre avis ?
Outre les raisons que j’expliquais plus haut, on peut revenir sur la manière de concevoir et d’aborder la maternité. La plupart des femmes de la zone de santé accouchent à domicile, avec l’aide d’une accoucheuse traditionnelle. Au cours des réunions de sensibilisation ayant lieu lors des CPN (consultations prénatales), on a remarqué qu’aucune femme présente n’avait accouché dans une structure sanitaire. À partir de là, il est difficile de partager et de conseiller une expérience inconnue pour la plupart d’entre-elles et de démystifier la maternité. Si les populations ne voyaient pas l’intérêt d’accoucher dans un centre de santé, elles envisageaient encore moins l’utilité de transporter des matériaux afin de réhabiliter une structure sanitaire adaptée. Un travail de fond était donc nécessaire à ce sujet : la réhabilitation d’une maternité est le premier pas pour l’amélioration des conditions d’accouchement. Pour que le changement ait lieu sur le long terme, et que cette réhabilitation ne soit pas inutile, la sensibilisation des populations à ce type de pratiques va de paire avec les réalisations matérielles. Cette tâche est au centre de nos préoccupations.
Quelle solution avez-vous finalement trouvée ?
Nous avons réussi à sensibiliser la jeunesse sportive de Magunda à la participation à ce projet. Cette stratégie a été très bénéfique : la motivation de ces jeunes à permis de mobiliser ceux du Katanga. Nous avons organisé des matchs de football entre équipes de Magunda et Katanga. Les rencontres sportives étaient l’occasion d’effectuer du transport des matériaux et d’avancer le travail communautaire. Les jeunes venaient en nombre : à peu près une centaine de chaque côté. Après le travail communautaire, c’était la rencontre sportive et à la fin de chaque match, un autre programme de participation communautaire était confié aux jeunes selon le besoin du chantier. De ce fait, le travail a vite avancé.
Cette dernière méthode a été largement fructueuse. En effet, en plus d’avoir mobilisé un grand nombre de jeunes pour le projet communautaire, elle a été l’occasion d’échanges sportifs qui n’avaient pas eu lieu de longue date. Les jeunes du Katanga, majoritairement Banyamulenge, et ceux du Magunda, dans l’ensemble Bembe et Fuliro, ne s’étaient pas rencontrés depuis longtemps, suite aux hostilités. Le sport a permis de voir s’ériger une maternité, et de recréer une cohésion qui n’existait plus.
Afghanistan : Alexandre Parmentier, logisticien
Comment s’est déroulée votre mission en Afghanistan ?
Je suis arrivé en Afghanistan en octobre 2007. J’étais installé à Jalalabad, qui n’est pas un centre de projet, mais juste une base d’A.M.I. (les projets auxquels je contribuais sont menés dans les provinces limitrophes de la Kunar et du Laghman). De ce fait, pendant 6 mois, j’étais le seul expatrié présent à cet endroit, en immersion totale avec les équipes locales. L’arrière plan sur lequel s’est déroulé ma mission est le développement du BPHS (Basic Package of Health Services), c’est-à-dire faire des deux hôpitaux régionaux des hôpitaux provinciaux, et faire fonctionner correctement les centres de santé de ces deux provinces (26 dans le Laghman et 24 dans la Kunar).
Cette mission s’inscrit dans le développement de l’accès aux soins de santé primaires. Le cahier des charges est fixé par le ministère de la Santé afghan, avec qui A.M.I. travaille en collaboration, dans la perspective de pérennisation des actions. L’un des objectifs de l’ONG était l’ouverture d’un service de santé mentale et un autre de néo-natalité. Pour cela, il fallait remettre en état des bâtiments délabrés. On est parti d’une pièce en très mauvais état pour en faire une structure propre, adaptée à des fins médicales.
Quel était votre rôle au sein de ce programme ?
En tant que logisticien, mon rôle est de permettre aux autres membres de l’équipe de travailler dans les meilleures conditions possibles, au regard du contexte dans lequel nous menons nos projets. Cela passe par plusieurs points : les commandes de matériels, l’entretien et la remise en état des centres de santé, la veille des conditions de sécurité… Si un médecin me dit qu’il a besoin de telle ou telle chose, le but est d’assurer que cette demande soit satisfaite dans les plus brefs délais et dans les meilleures conditions.
La surveillance des conditions de sécurité représente une grosse part du travail. Il est nécessaire d’être à l’écoute 24h sur 24. La recherche de ces informations était facilitée par les bonnes relations entretenues avec le staff local : je vivais avec eux, la communication était plus que bonne, et les échanges allaient au-delà du registre professionnel. C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles cette mission a été particulièrement enrichissante : être réellement sur le terrain, au contact de ce qui se passe. Cette relation de confiance leur permettait de me confier des informations qu’ils avaient entendues, dont ils n’auraient pas nécessairement fait part dans d’autres circonstances. Grâce à cela, je ne me suis pas senti une seule fois en danger. En tant que personnel expatrié, nous ne subissons pas les mêmes pressions que les équipes locales.
L’équipe expatriée d’A.M.I. a été relocalisée depuis peu, pour des questions de sécurité justement. Selon vous, qu’est-ce que cela va apporter à la mission ?
Il est difficile pour moi de prendre du recul sur cette relocalisation qui est, à l’heure où je vous parle, très récente. Je pense que les mécanismes mis en place lorsque j’y étais seront dépassés d’ici quelques semaines. Cette nouveauté est en cours de rodage. L’installation se déroule en ce moment, avec l’accueil des nouvelles équipes et l’arrivée des anciens expatriés de l’Afghanistan.
Je pense que cette nouvelle étape va constituer un véritable challenge pour la mission en Afghanistan. La gestion des projets dans ce contexte doit être très intéressante, même si personnellement, je préfère être sur le terrain. J’ai besoin de voir ce qui se passe pour envisager les problèmes dans leur globalité. Dans le cas précis, l’un des défis sera de réussir à comprendre le fonctionnement sans le voir concrètement.
Un des défis va être de trouver un moyen de créer des liens avec les personnels locaux, sans se voir quotidiennement. Mais ces derniers sont habitués à voir passer des équipes différentes, donc je ne m’en fais pas pour cette dimension. Quelque part, cette relocalisation inscrit réellement la mission d’A.M.I. en Afghanistan dans l’un de ses principes : « aidons les à se passer de nous ». Les équipes locales devront être temporairement en mesure de gérer les programmes avec l’appui à distance des expatriés qui supervisent et qui seront là juste de temps en temps. Cela tend à une réelle autonomisation.
Enfin, la relocalisation des équipes va induire une nouvelle façon de travailler pour le personnel expatrié, qui se retrouve un peu, vis-à-vis des équipes locales, comme un siège vis-à-vis de ses missions. Cette dimension sera réellement une plus-value pour la mission, lorsque l’équipe expatriée reviendra de manière pérenne en Afghanistan.
Soudan : deux membres d’Aide Médicale Internationale tués lors de l’attaque d’un bus de voyageurs
Samedi 21 février, deux membres soudanais de l’équipe d’Aide Médicale Internationale au Darfour ont été tués par balles tandis qu’ils se trouvaient à bord d’un bus de voyageurs. Alors qu’il circulait sur l’axe reliant Khor Abache à Kurunji, le bus, ainsi qu’un camion de transport de marchandises qui le précédait, ont été arrêtés par une vingtaine d’hommes armés chevauchant des chameaux. Les bandits ont ouvert le feu, faisant deux morts et quatre blessés.
Un infirmier prescripteur et un éducateur en santé, qui revenaient d’une clinique soutenue par A.M.I., ont été tués. Un troisième collaborateur d’A.M.I., qui les accompagnait, n’a heureusement pas été blessé. Rapidement informés de l’attaque, d’autres membres de l’équipe d’Aide Médicale Internationale au Soudan ont pu secourir les voyageurs blessés, rapatriés vers un centre de santé et la base de Nyala.
Bien que n’étant pas spécifiquement visée par cet acte de banditisme, Aide Médicale Internationale dénonce ces agissements crapuleux dont ont été victimes deux de ses collaborateurs soudanais, dont l’engagement dans la conduite des programmes de santé d’A.M.I. était plein et entier. Toutes nos pensées vont aux familles des victimes, à leurs amis et communautés, ainsi qu’aux équipes d’A.M.I. au Soudan.
Les programmes d’A.M.I. au Darfour seront suspendus durant les huit jours à venir pour que les familles et les équipes puissent honorer la mémoire des deux disparus.
Présente au Darfour depuis la fin de l’année 2004, Aide Médicale Internationale contribue à l’accès aux soins des populations rurales du Darfour, notamment en soutenant des cliniques et centres de santé (réhabilitation, formation du personnel, approvisionnement en médicaments et matériel médical), et en assurant des activités de prévention.
Plus d’informations sur nos activités au Soudan
NB : la mission d’A.M.I. au Soudan a été fermée à l’automne 2009.
Afghanistan : le remote, une gestion dynamique de la sécurité au service des activités
Pour Mabrouka M’Barek, qui a assuré une mission courte pour réaliser les premières démarches d’ouverture de cette mission relocalisée, « le remote est un challenge intéressant […] qui entraîne un engagement fort de la part de l’ensemble des personnels mobilisés et la mise en place de nouveaux flux d’échanges d’informations entre les différentes personnes ressources ». Alors que l’équipe afghane est géographiquement éloignée de l’équipe expatriée, ce qui a d’emblée paru indispensable à Mabrouka est « le recours systématique à des échanges réguliers entre les uns et les autres, des appels téléphoniques, des mails, etc. pour maintenir une relation continue écartant toute zone d’ombre ou d’incompréhension ». Pour faciliter les collaborations, il est souvent important de rencontrer ses interlocuteurs et si cela n’est pas toujours possible entre équipes afghane et expatriée, « les échanges se font réguliers, intenses entre les uns et les autres, chacun éprouvant ainsi la réalité de l’appartenance à une même équipe, bien que géographiquement dispersée… un peu comme un siège d’ONG et ses différentes missions sur le terrain » remarque Mabrouka.
En plus de la nécessaire rigueur qui doit accompagner la mise en place des procédures, le remote a ceci d’intéressant « qu’il induit une cohésion renforcée entre les membres de l’équipe » estime-t-elle. En effet, alors que quelques allers-retours jusqu’à la capitale afghane sont possibles, tous (responsable du programme laboratoires, responsable du Salamati ou chargé du programme BPHS) ne peuvent s’y rendre en même temps et cherchent ainsi à « harmoniser, à coordonner les interventions des uns et des autres ». Cela génère « beaucoup d’échanges entre les membres de l’équipe expatriée et renforce spontanément la cohésion de l’équipe, chacun adaptant ses pratiques et son style de travail à ce contexte. Si celui-ci n’est pas idéal, tous cherchent à en tirer le meilleur parti ». Mabrouka retient notamment de ses deux mois de mission que « travailler en remote demande de la finesse d’esprit, de l’intelligence car poursuivre les activités en étant éloigné du terrain exige d’être créatif, de développer de nouveaux outils de travail afin d’être toujours proactif, d’anticiper, d’aller chercher l’information avant qu’une question soit soulevée ou un problème survienne », ce que les nouveaux process de travail mis en place par l’équipe contribuent à faire.
Cela étant, « il faut garder à l’esprit que l’expérience actuelle de remote d’Aide Médicale Internationale n’est pas généralisable, transposable à toute ONG dans tout pays, relève Mabrouka, […] je ne prétends pas que le remote tel que nous le mettons en œuvre est adapté à toutes les situations, tous les types de programmes. Notre méthode de travail fonctionne notamment grâce à la maturité de la mission, à l’expérience et l’investissement fort des équipes locales. D’une certaine façon, alors que la décision d’A.M.I. de relocaliser l’équipe expatriée a été dictée par des contraintes extérieures, elle nous permet de mesurer que la démarche de notre organisation, qui est de renforcer les capacités et l’autonomie des équipes locales est efficace. Certes, la contribution d’A.M.I. et de ses équipes expatriées reste nécessaire, et nous restons fortement engagés, de façon pérenne, aux côtés des équipes afghanes, mais nous constatons que les savoirs et savoir-faire qui leur ont été transmis ont été bien intégrés aux nouvelles pratiques ». Cette réalité, dans un contexte difficile, est un profond motif de satisfaction, puisqu’elle permet le maintien des programmes au niveau de qualité que la situation sanitaire des bénéficiaires afghans requiert.
Myanmar : après Nargis, une mission entre urgence et développement
Marie Le Duc et Renaud Debergh reviennent tous les deux d’une mission au Myanmar. Mobilisés dans le cadre du programme d’urgence d’Aide Médicale Internationale consécutif au passage du cyclone Nargis, ils livrent, à travers leurs regards croisés, leurs impressions sur ce programme particulier.
La mission Urgence commence suite au cyclone Nargis, qui s’abat sur le Myanmar le 2 mai 2008. Les conséquences de ce cyclone sont désastreuses en termes humanitaires, dans un pays où les habitants souffraient déjà de conditions sanitaires rudimentaires. On compte jusqu’à 140 000 morts, des milliers de disparus et de déplacés, des routes coupées, des habitations détruites, des inondations. L’ampleur de cette catastrophe naturelle la fait comparer au tsunami qui a frappé les côtes de l’Indonésie au lendemain de Noël en 2004.
La mission de nos deux humanitaires commence dans ce paysage désolé. Ils ont été envoyés sur place en appui aux équipes d’A.M.I. déjà présentes dans le pays depuis 2001. Les conditions d’intervention diffèrent de celles des missions que l’ONG a l’habitude de mener : d’un travail de fond et de développement, les équipes ont été amenées à s’adapter à un travail d’urgence. « Je n’ai pas vu l’extrême urgence car je suis arrivée en juillet, donc deux mois après le passage du cyclone, rapporte Marie, responsable de projet urgence pendant quatre mois. Pour autant, le contexte restait celui d’une situation d’urgence. Le tiraillement entre les deux logiques, d’urgence et de développement, se faisait sentir sur nos programmes. Nous devions être opérationnels très rapidement, et surtout nous devions répondre aux besoins urgents par des distributions rapides et par l’aide directe, alors que la politique habituelle d’A.M.I. est de faire participer le plus possible les populations locales pour qu’elles s’autonomisent petit à petit. Nos logiques d’intervention changeaient… ». Passer de la formation à la distribution, changer ces logiques ancrées dans la manière de faire d’A.M.I. pour s’adapter au contexte, tel était le mot d’ordre. « Le premier temps de ma mission consistait d’une part à l’organisation de la distribution des soins primaires, à travers la mise en place de cliniques mobiles, l’appui aux centres de santé déjà existants, et d’autre part à la réhabilitation d’infrastructures d’eau et d’assainissement, mises à mal par le cyclone. », explique-t-elle.
Renaud, administrateur support, venait lui pour une mission courte de trois mois. « J’ai repris le rôle d’administrateur sur le programme urgence, pour alléger la charge de travail du coordinateur administratif. Nous nous sommes répartis le travail. La plus grosse tâche concernait la gestion des ressources humaines : l’urgence a fait que, pour être efficace, nous avons eu besoin d’un grand nombre de personnels. Pour les staffs locaux, nous faisions face à une hémorragie vers les ONGs anglo-saxonnes, qui sont plus généreuses en termes de salaires. »
Cela étant, le travail ne peut se faire correctement sans le concours des staffs locaux. « Les gens sont respectueux, ont un niveau d’éducation, de formation et d’implication très élevé, sourit Renaud. C’est surtout leur volontarisme dans les programmes qui est génial. J’ai tant d’exemples en tête qu’il ne m’est pas possible d’en choisir un en particulier. Les relations avec eux sont excellentes, il s’agit vraiment d’échange, de discussions qui font avancer les choses, d’un point de vue opérationnel. Cette relation de confiance est réellement agréable, et permet de développer des projets sur le long terme. » Cet avis est partagé par Marie : « Nous avons un staff compétent, des liens se sont créés. Nargis a entraîné l’arrivée d’un nombre important d’ONGs sur place, et un certain renouvellement de notre staff. Le fait qu’AMI soit présente depuis quelques années déjà nous donne une bonne visibilité dans nos zones d’intervention. Les populations locales, mais aussi les autorités locales, nous connaissent et savent pourquoi nous sommes là. Ça nous permet de développer de nouveaux programmes. » Les staffs locaux, qui font le lien entre les équipes expatriées et les bénéficiaires, ont un grand rôle à jouer au sein du dispositif d’AMI.
Les populations locales sont incluses dans les programmes de reconstruction, sous forme de participation communautaire. Celle-ci est plus ou moins forte, selon la région et le groupe auquel elle s’adresse. « Dans la zone périurbaine de Yangon, où AMI s’est implantée en premier, la mosaïque ethnique et religieuse qui compose ces populations d’un ancien bidonville est éclatée. Cette multiplicité d’appartenances fait qu’il y a peu de sentiment collectif, explique Marie. La mobilisation est plus difficile. En revanche, dans d’autres zones plus rurales, le sentiment communautaire est plus présent. Ce sentiment d’appartenance commun renforce la solidarité et donc la volonté de participation aux projets d’AMI. »
Le travail de l’ONG a dû être adapté à la conjoncture du pays. « Les autorités entendent surveiller les moyens de communication et les déplacements des étrangers, rapporte Renaud. Les premières interventions ont été ralenties par manque d’autorisations. » Nargis aura pourtant permis un désenclavement et une ouverture des autorités envers les ONGs : « Le positionnement des autorités a changé, après Nargis, remarque Marie. Elles ont compris qu’elles avaient besoin de notre aide, pour pallier la situation d’urgence. Notre position, définie au niveau de la santé et des besoins primaires uniquement, et non pas avec un arrière plan politique, a permis cette ouverture. Les autorités ont admis que nous n’étions pas là pour dénoncer quoique ce soit, mais pour aider des populations sinistrées. »
La mission débouchera peut-être sur l’ouverture de nouveaux programmes au Myanmar. « Après les trois premiers mois pour pallier la situation d’urgence, le reste de ma mission était consacré à l’évaluation des besoins pour de nouveaux programmes, relève Marie. Il s’agissait de faire le point sur ce qui avait été fait, et sur ce qu’il reste encore à faire, sur les trois zones ou nous travaillons déjà, et peut-être sur deux nouvelles, si les bailleurs donnent leur accord. L’un des principaux problèmes reste le manque de financements des bailleurs internationaux, pour développer de nouveaux programmes, ou pérenniser ceux qui existent déjà, dans l’ensemble du pays, y compris les zones qui n’ont pas été touchées par Nargis, où la demande est, même si elle est moins visible, criante. »
RDC : des besoins sanitaires très élevés dans les zones reculées au Sud-Kivu
La base de Kilembwe, implantée dans la zone de santé de Kimbi-Lulenge, est située dans un environnement forestier à 700 mètres d’altitude, à proximité des Moyens et des Hauts-Plateaux. Cette zone de santé compte près de 158 000 habitants et s’étend sur 4 939 km².
L’équipe expatriée se compose de deux personnes : un responsable de projet et un référent médical, qui travaillent avec une équipe de 37 collaborateurs nationaux (personnels médicaux : un médecin et des infirmiers, une équipe chargée des activités de réhabilitation et du personnel support pour la logistique et l’administration notamment). En qualité de responsable de projet, j’étais en relation directe avec le référent médical (responsable des activités de soins de santé primaires), le médecin chargé des activités spécifiques (activités laboratoires, prise en charge des victimes d’agressions sexuelles, soins de santé de référence et activités médicales de lutte contre le VIH/Sida), avec le chargé de projet VIH/Sida (responsable de la sensibilisation, de la prise en charge psycho-sociale et de la structuration des ONG locales dans le cadre du programme VIH/Sida), le superviseur logistique/sécurité, avec un agent administratif et avec un logisticien-réhabilitation. J’organisais des réunions régulières avec chacun d’eux, qui travaillent tous avec des équipes dédiées.
En quoi consistait votre mission ?
Responsable de projet à Kilembwe, au Sud-Kivu, j’étais, en tant que tel, responsable des activités d’A.M.I. sur la zone d’intervention couverte par cette base. Ainsi, en lien avec l’ensemble des équipes, j’étais garant de la mise en œuvre et du suivi des programmes médicaux, de la logistique (approvisionnements, gestion des parcs - informatique et automobile, et sécurité) et de l’administration (gestion, comptabilité, ressources humaines) de la base. J’assurais par ailleurs la représentation d’A.M.I. auprès des autorités locales (autorités administratives et autorités sanitaires du bureau central de zone). Pour sa part, le référent médical est plus spécifiquement en charge des activités soins de santé primaire, de la pharmacie et de la santé communautaire.
L’intérêt d’un poste comme celui que j’ai occupé pendant un peu plus d’une année est que l’on gère un projet dans son ensemble, dans toutes ses composantes…
Comment s’organisent les relations avec les autorités sanitaires locales ?
Le bureau central de zone (BCZ) est un interlocuteur incontournable pour A.M.I. En effet, toutes nos activités et les modalités de leur mise en oeuvre sont définies conjointement avec le BCZ et font l’objet d’un protocole d’accord avec lui. Il faut avoir à l’esprit que l’ensemble des centres de santé appuyés par A.M.I. sont sous la responsabilité du bureau central, qui à terme (lorsque le programme d’A.M.I. sera achevé), poursuivra seul les actions de formation et de compagnonnage que nous avons initiées. Si ce moment-là n’adviendra pas dans un avenir immédiat, nos activités prennent en compte cet objectif et nos équipes travaillent notamment à former les membres du BCZ au management et à la formation.
Au-delà de cela, une véritable collaboration est à l’œuvre : nous organisons ainsi, conjointement avec le BCZ, une réunion mensuelle sur les soins de santé primaire avec les représentants des centres de santé. Nous déterminons au préalable avec le bureau les messages à diffuser, travaillons ensemble sur les indicateurs pour analyser la réalité de la zone de santé, et examinons de concert les problèmes de certains centres de santé pour y remédier au mieux. De manière plus informelle, nous leur apportons un soutien quotidien pour les questions qui ont trait aux problèmes sanitaires de la zone de santé et la mise en place d’actions concrètes (comme pour la gestion d’épidémies de choléra par exemple).
Quelles ont été les réalisations les plus notables auxquelles vous avez participé ?
La base de Kilembwe était déjà opérationnelle avant mon arrivée, et un important travail avait été réalisé. Ainsi, un hôpital général de référence et 15 centres de santé étaient appuyés. Nous avons poursuivi le travail avec ces centres et l’avons prolongé avec l’ouverture d’un 16e centre de santé à Lubitchako. Dans le cadre d’un projet financé par le Pooled Fund, nous avons construit de nouveaux bâtiments pour le centre de santé (CS) de Kilembwe, comprenant notamment une maternité. À Makola, nous avons assuré la réhabilitation du bâtiment abritant le centre et avons construit une maternité.
Une des réalisations les plus marquantes a été l’ouverture du programme VIH/Sida à Kilembwe, avec la mise en place d’une activité PTME (prévention de la transmission de la mère à l’enfant).

La prochaine étape de ce programme sera l’ouverture d’une PTME et d’un CDV au CS de Missisi. La localité de Missisi est une importante zone aurifère, ce qui rend les activités de prévention et de dépistage très importantes, car la concentration de chercheurs d’or dans la zone s’accompagne de la présence de travailleuses du sexe et d’une tendance à la banalisation des conduites sexuelles à risques.
Quelles sont les perspectives du projet et les enjeux auxquels il doit répondre ?
De nouveaux projets ont été initiés depuis peu de temps et débuteront très prochainement. C’est notamment le cas du projet « d’appui d’urgence à la maternité à moindre risque » qui a fait l’objet de travaux préparatoires peu de temps avant la fin de ma mission. Comme son nom l’indique, ce projet a pour objectif de réduire les risques sanitaires pesant sur les femmes enceintes. A.M.I. va ainsi construire une maternité d’attente à l’HGR (hôpital général de référence) de Nakiliza pour que les femmes dont on a diagnostiqué une grossesse à risques puissent s’y rendre quelque temps avant la date prévue de l’accouchement. En parallèle, il s’agira de renforcer la formation sur la détection de ces grossesses et sur le référencement et d’expliquer aux femmes enceintes, dans le cadre des activités de « santé communautaire », l’intérêt des consultations prénatales et du référencement dans une structure secondaire si nécessaire.
Au-delà de cette seule thématique, ce que l’on appelle « santé communautaire », c’est-à-dire la participation des populations à la gestion des centres de santé, et plus largement, l’implication des communautés dans les programmes sanitaires est un enjeu très important. Ceci nécessite un long préalable d’explication, de sensibilisation et d’information pour que les communautés perçoivent précisément les contours des dispositifs prévus et l’intérêt qu’elles ont à participer à la mise en place de structures de soins adaptées et efficaces.
La zone de santé du Kimbi-Lulenge, dans laquelle intervient A.M.I., est une zone très isolée, et il est difficile d’y faire venir des professionnels de santé issus d’autres zones de la province. Ainsi, un des défis qu’il nous faut relever est de lutter contre le manque de personnel sanitaire, car c’est précisément dans des zones comme celle-ci, reculées, peu accessibles, que les besoins sanitaires des populations sont les plus forts.
Birmanie/Myanmar : entretien avec Olivier Cheminat, épidémiologiste
Nous sommes présents sur trois bases, avec différents types de programmes. Sur deux bases, situées dans l’État du Rakhine et dans la région des Wa, nous tentons d’améliorer l’accès aux soins de santé primaire et l’autonomisation des populations à ce niveau. Cela passe notamment par la mise en place de programmes d’éducation à la santé.
À Dala, près de Yangon, nous mettons en œuvre un programme d’amélioration de l’accès à une eau de qualité et nous menons aussi un programme de lutte contre le VIH/SIDA. Ce programme passe par la prévention du virus auprès des populations à risque, le dépistage et le traitement des patients (patients sous antirétroviraux et traitement des maladies opportunistes). Nous cherchons d’ailleurs à élargir la couverture de soins et donc à permettre à d’autres personnes d’accéder aux traitements antirétroviraux (ART).
Quel est votre rôle en particulier au sein du programme ?
Je suis épidémiologiste, en charge de la cellule Monitoring & Evaluation (Suivi & Evaluation), composée notamment d’une personne en charge du suivi des indicateurs des programmes et d’une autre spécialisée en enquêtes et base de données. Nous avons aussi une personne en charge de la compilation des données dans l’état du Rakhine et un agent de saisie pour la base de données de suivi de patients séropositifs.
Dans le cadre du suivi (tant quantitatif que qualitatif) des programmes, de nombreuses données sont collectées sur le terrain. Nous sommes chargés de les compiler dans une base de données et d’en assurer l’analyse. Pour les programmes de santé primaire, par exemple, nous recensons le nombre de cas par pathologie. Pour les programmes d’éducation à la santé, nous relevons les sujets évoqués, les lieux, le nombre de personnes qui y ont participé. Nous créons des fichiers de données qui servent à renseigner des tableaux de bord demandés par les bailleurs de fonds. Ces données nous permettent d’analyser l’évolution de nos activités et des pathologies observées sur le terrain.
Nous intervenons aussi au niveau de l’évaluation des programmes. Par exemple, pour l’éducation à la santé, deux enquêtes CAP (Connaissances, Attitudes et Pratiques) peuvent être réalisées : une avant le début du programme et une autre après afin de définir l’impact qu’ont eu les sessions d’éducation à la santé. Il y a une différence entre savoir qu’il faut se laver les mains avant de manger et le faire.
Pour le programme VIH/sida, la collecte de données est importante : elle permet le suivi des personnes venant passer le test et des patients et permet par exemple de savoir quelles sont les maladies opportunistes les plus présentes (la tuberculose notamment) et quels sont les comportements des patients sous ARV (antirétroviraux) à leur traitement. La collecte et l’analyse de ces données permettent l’ajustement des activités et des stocks de médicaments.

Comment se déroule votre travail ?
Je supervise une équipe de deux collaborateurs nationaux, dans le travail de suivi et d’évaluation. Nous sommes en relation avec les équipes médicales qui travaillent sur le terrain, locales également. La collaboration se passe bien, il s’agit d’échanges mutuels, fondés sur des besoins réciproques : nous avons besoin d’eux pour les données qui remontent du terrain et ils ont besoin de nous pour les résultats des enquêtes, qui vont leur permettre d’identifier les attentes et d’ajuster les programmes en conséquence.
La collecte des données n’est pas toujours évidente : dans les structures publiques, ces données ne sont pas toujours répertoriées, ou du moins pas directement accessibles. Il n’est par ailleurs pas évident de retrouver tous les patients qui ont été suivis. Il faut ajouter à cela la nécessité qu’il y a pour nous de planifier nos déplacements à l’avance. Une fois ces données récoltées, le travail se déroule à partir de deux méthodes qui s’enrichissent l’une l’autre : quantitative (mise en forme et de l’analyse des données statistiques) et qualitative (perception des programmes par les bénéficiaires).
Quels sont les projets à venir, en ce début d’année ?
Deux projets s’inscrivent à mon agenda pour les prochains mois.
L’un concerne l’impact des sessions d’éducation à la santé dispensées dans la région du Nord Rakhine. Les analyses qui seront menées permettront de déterminer l’impact de ces sessions sur les bénéficiaires, de voir si un changement a eu lieu dans leur comportement après l’acquisition de ces nouvelles connaissances.
Un autre porte sur la santé reproductive à Dala : une enquête avait été réalisée en 2005, une autre en 2008. Cette dernière reste à être analysée, et les deux seront comparées. Cette mise en regard permettra de définir si un changement a eu lieu, et si notre manière d’intervenir a été pertinente ou non.
Dans tous les cas, les résultats des enquêtes nous permettront d’adapter nos actions aux besoins du terrain, pour des programmes au plus proche des populations locales.
Enfin, en ce début d’année 2009, nous faisons le tour des activités prévues pour le 1er semestre 2009 afin de voir de quelle manière nous pouvons améliorer le suivi et l’évaluation des programmes de manière à planifier notre activité pour les six prochains mois.
Indonésie : le Health Messenger nouvelle formule est paru !
La parution de la 9e édition du Health Messenger Pembawa Pesan Kesehatan s’est accompagnée d’une refonte de la maquette et de la structure de ce magazine unique de formation continue des professionnels de santé de la province d’Aceh. Composé de différentes rubriques (news, zoom, événements, etc.), le HM comprend un dossier spécial de près de 50 pages consacré pour cette édition à la santé mentale.
Comme le relève Ibu Heni, infirmière et sage-femme au Puskesmas Meuraxa, à Banda Aceh, ce dossier « n’est pas seulement une succession d’histoires, mais […] délivre des faits et des chiffres sur la santé mentale, […] sujet intéressant [qui ne] doit plus être un tabou ». Pour sa part, le Dr. Eko, médecin généraliste à l’hôpital Jantho, estime que « la variété d’articles sur la santé mentale qui composent ce HM9 est impressionnante et intéressante […] et qu’en tant que médecin généraliste, cela [lui] fournit une information précise et accessible sur ce domaine ainsi que sur différents aspects de la médecine ».

Rehaussés par une nouvelle maquette, plus aérée et plus colorée, les articles sont davantage illustrés, ce qui renforce, pour ces deux lecteurs, l’attractivité du magazine, et valorise le contenu. Désormais, les versions anglaises et bahasa des articles cohabitent sur une même page, invitant le lecteur à renforcer sa pratique de la langue anglaise tout en prenant connaissance des informations médicales contenues dans le magazine. Enfin, le HM, conçu comme un outil pratique, comprend un glossaire à la fin du magazine pour faciliter la compréhension du contenu des textes.
Depuis quelques jours, le Health Messenger n° 9 est distribué à plus de 28 000 travailleurs de santé exerçant à travers l’ensemble du territoire de la province de Banda Aceh.
En savoir plus sur le Health Messenger Pembawa Pesan Kesehatan
Téléchargez la dernière édition du Health Messenger Pembawa Pesan Kesehatan :
NB : la mission d’A.M.I. en Indonésie a été fermée à l’automne 2009.
Afghanistan : Thomas Kesteman, responsable médical-chargé des programmes laboratoires
A.M.I. met en œuvre un important programme d’appui et de développement des pharmacies et laboratoires de deux centres hospitalo-universitaires de Kaboul : Maïwand et Ali Abad. À cette activité s’ajoute le travail mené auprès des laboratoires de chacun des hôpitaux provinciaux des trois provinces dans lesquelles A.M.I. est implantée, et l’appui aux laboratoires des différentes cliniques « périphériques » qui s’y trouvent. Au total, notre action s’étend à une cinquantaine de laboratoires et mobilise environ 70 personnes (une équipe de coordination de quatre personnes, dont je fais partie, 25 personnes réparties sur les labos des deux centres hospitaliers de Kaboul, un superviseur par province, entre deux et cinq personnes dans les hôpitaux provinciaux et une dans chacun des laboratoires périphériques).
Concrètement, l’activité consiste dans l’ensemble des labos en de la supervision des équipes locales, de l’aide à la supervision et de l’appui technique. À Kaboul, où nous initions beaucoup de nouvelles activités, nous dispensons également des enseignements et assurons des sessions de formation.
Depuis quelques mois, vous êtes, en plus de responsable du programme laboratoires, responsable médical, pouvez-vous revenir en quelques mots sur cette activité ?
A.M.I. est engagée sur un programme sanitaire de grande ampleur, le BPHS (Basic Package of Health Services – programme de soins de santé primaire) sur trois provinces afghanes : le Laghman, la Kunar et Samangan. Dans ce cadre, nos équipes soutiennent de nombreux centres de santé et hôpitaux, assurent l’approvisionnement en médicaments et matériels, le recrutement et la formation des personnels et s’investissent sur le renforcement du réseau d’agents de santé communautaires.
Le responsable médical expatrié a pour mission de travailler avec l’équipe afghane de coordination pour assurer le soutien technique à la gestion de ces activités médicales, et plus largement pour définir et adapter la stratégie médicale d’A.M.I., notamment face à des épidémies (choléra, malaria) ou à des problèmes sanitaires récurrents (tuberculose ou mortalité materno-infantile, par exemple).

L’équipe expatriée d’A.M.I. a été relocalisée en Inde à la fin du mois de novembre, comment se déroule le travail désormais ?
Alors qu’il ne nous a pas été facile de quitter – même temporairement – le territoire afghan, nous avons bien évidemment dû adapter nos procédures à cette nouvelle réalité. Cela étant, cette nouvelle organisation n’a pas été trop difficile à mettre en œuvre, essentiellement grâce au nombre très important de personnels afghans (plus de 1 000) qui travaillent au quotidien sur les programmes de santé confiés à A.M.I. Depuis plusieurs mois déjà, les membres de l’équipe expatriée ne pouvaient plus se rendre dans les provinces et toutes les activités donnaient lieu à comptes-rendus très réguliers et des réunions de coordination à Kaboul avec les superviseurs afghans qui pouvaient se rendre sur place et assurer le « reporting » auprès de nous. Le rôle des expatriés est essentiellement d’assurer un travail de coordination, de supervision ; et ce rôle-là, nous parvenons aujourd’hui à le poursuivre depuis l’Inde… ce qui ne nous empêche pas de souhaiter revenir en Afghanistan dès que cela sera possible.
Alors que l’équipe expatriée dont vous faites partie a été relocalisée à Dehli, en Inde, vous venez de passer dix jours en Afghanistan fin décembre. Quels étaient les objectifs de cette mission ?
Une semaine de coordination médicale nationale était organisée à Kaboul par A.M.I. pour le personnel de coordination médicale des trois provinces dans lesquelles nous travaillons. C’est donc en qualité de responsable médical expatrié de la mission que j’ai pris part aux échanges. J’ai par ailleurs consacré deux journées de travail aux activités de santé communautaire et me suis aussi rendu dans les deux laboratoires de Maïwand et Ali Abad auprès des équipes afghanes qui poursuivent le programme.
Quelles sont les perspectives des programmes d’Aide Médicale Internationale en Afghanistan ?
Nous avons récemment déposé, auprès de bailleurs de fonds, des propositions de projets dont certains volets portent sur l’activité labos que nous souhaiterions étendre encore. En effet, les équipes afghanes d’A.M.I. sont très expérimentées et bien formées (certains ont d’ailleurs suivi des formations en France), et nous pouvons nous appuyer sur leurs compétences et leurs capacités pour renforcer et développer notre implication. En plus, nous disposons de réelles capacités de formation, au travers de personnels afghans appuyés par les expatriés ; et la reconnaissance dont nous disposons peut nous inciter à accroître les activités de renforcement des compétences locales.
A.M.I. travaille en Afghanistan, avec des équipes afghanes, depuis bientôt trente années. Si des avancées ont été réalisées (dans l’appui à la restructuration des systèmes de santé, la formation des personnels, au travers notamment des programmes en cours), d’autres missions restent à accomplir, et A.M.I. souhaite y contribuer.
RCA : Des projets de réhabilitation en étroite collaboration avec les populations locales
AMI intervient surtout pour la remise en place du système de santé. Cela passe par la réhabilitation de structures de santé. Par exemple, à N’délé, préfecture plus grande que la région PACA, nous avons remis en marche un hôpital préfectoral quasiment abandonné : en deux ans, et avec ces réhabilitations, les consultations sont passées d’entre 20 et 50 à environ 1500 par mois, auxquelles s’ajoutent une à deux opérations chirurgicales par jour. Au total, la préfecture compte 24 structures de santé (centres de santé et postes de santé), dont 15 sont appuyées par AMI.
Dans la sous-préfecture de Mbrés, quatre postes sont en projet de réhabilitation. Une clinique mobile et un centre de référence (dont les activités sont à peu près équivalentes à celles de l’hôpital de N’délé) sont déjà opérationnels.
L’appui aux soins de santé passe aussi par la prise en charge du coût des médicaments et des opérations. Les médicaments sont gratuits pour tous. L’hôpital préfectoral pratique des césariennes et d’autres opérations à faibles tarifs (de valeur symbolique) pour ne pas déstructurer le fonctionnement du système. Pour les soins curatifs, une faible tarification est également mise en place.
Enfin, le travail de prévention passe par des campagnes de vaccination. Les centres de programme élargis de vaccination (PEV), au nombre de 11 à N’délé, disposent de réfrigérateurs pour conserver les vaccins et permettent de vacciner régulièrement les populations.
Quel est plus particulièrement votre rôle de coordinateur logistique au sein de ce programme ?
Pour que la mission fonctionne correctement et se passe au mieux, un travail en amont est nécessaire. C’est l’un des rôles du coordinateur logistique : les équipes médicales ont besoin de moyens de communication, de véhicules, de logements, de nourriture, de matériel médical ou autre… Je m’occupe de gérer ces commandes pour que la vie et la mission sur place se déroulent correctement. En RCA, ce poste était inexistant jusqu’à mon arrivée, il y a six mois. Il y avait donc un besoin de remise à plat et d’homogénéisation au niveau de la mission.
En plus de cela, je m’attache à suivre les réhabilitations et les constructions des structures de santé, en relation avec les populations locales, et la sécurité des équipes.
Justement, comment se passent les relations entre les équipes d’AMI et les populations locales ? Nous travaillons le plus possible en collaboration avec les populations locales et les chefs de villages. Pour nos programmes, la participation communautaire est essentielle. Nous expliquons la situation et nos attentes aux chefs de villages mais aucune décision n’est prise sans que leur accord ne soit donné. Nous tentons de faire en sorte que les idées et les initiatives viennent le plus possible des populations locales.
AMI a plus un rôle de complément, d’aide, qui comble les brèches de ce qui ne peut pas être fait. Par exemple, pour les réhabilitations, les villages procurent le plus de matériel possible ainsi que la main d’œuvre (pour les transports entre autres). AMI ajoute à cela ce qui n’a pas pu être fourni, comme des outils et mobilise des techniciens tels que des maçons ou des charpentiers.
Tout cela fonctionne très bien, les relations avec les populations locales sont excellentes.

Vous évoquiez tout à l’heure votre rôle dans la gestion de la sécurité des équipes. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?
Le pays est enclavé et bénéficie de peu d’investissements. Nous sommes dans une zone relativement calme, mais nous restons très attentifs, en nous renseignant sur la situation auprès des autres ONGs ou des populations locales. Nous avons conscience que la situation peut évoluer très rapidement.
C’est un travail continu de se maintenir informé auprès de nos différents contacts, notamment à propos des mouvements de rebelles, plus au Nord. Ces derniers temps, on a vu s’alterner accords de paix, reprises des combats, arrêts… il est difficile, même pour quelqu’un d’initié, de s’y retrouver, ou de comprendre la composition de ces groupes qui s’allient, se divisent et se réorganisent en permanence.
L’extrême pauvreté du pays pousse, en plus de ces luttes armées, à des actes de banditisme, de brigandage ou de braconnage. Entre mai et juin dernier, par exemple, l’absence d’électricité a plongé les rues de la capitale dans le noir, ce qui a entraîné une augmentation des violences, favorisées par l’obscurité. Mais, dans l’ensemble, ces obstacles ne ternissent pas nos relations avec les populations locales et n’entravent pas notre travail.
Quels sont les projets à venir pour les prochains mois ?
En cette fin d’année, il s’agit surtout de revoir les budgets. Nous devrons nous attacher aussi à mettre en place et concrétiser des outils de classement, pour organiser plus parfaitement notre travail et notre mission.
Nous nous attacherons également à poursuivre les programmes entamés : continuer les réhabilitations, notamment à Mbrés. Mais, au regard des besoins sur le terrain, nous devons faire face à des difficultés pour financer nos programmes. Dernièrement, nous avons eu peur de voir fermer le centre de N’délé, à cause de cette insuffisance de la mobilisation de la communauté internationale. Cette fermeture a pu être évitée, et heureusement, car cet hôpital correspond tout à fait, à mes yeux, aux valeurs et à l’identité d’AMI.
RDC : la mobilisation communautaire au coeur de la santé des populations du Sud Kivu
Pour bien comprendre ce contexte, il faut savoir comment le système sanitaire de la République Démocratique du Congo (RDC) est organisé. La RDC est divisée, au niveau sanitaire, en provinces, elles-mêmes scindées en districts, qui regroupent plusieurs zones de santé, dans lesquelles la plus petite unité est l’aire de santé. Ces dernières sont censées, en théorie, regrouper au maximum 10 000 habitants en milieu rural, qui ne doivent pas être éloignés de plus de 5 à 8 kilomètres du centre de santé (même si la réalité sur le terrain est parfois différente de cet idéal).
Au-delà de ce découpage géographique, le système sanitaire, qui implique la participation de la population, est assez complexe : des élections sont organisées à différents niveaux. Au niveau communautaire, pour commencer, des groupements de dix à quinze ménages élisent des représentants qui constituent des relais communautaires (ReCo). Le rôle de ces relais, qui sont très proches des populations, est de veiller à la fréquentation du centre de santé, à la qualité des traitements dispensés, au respect des référencements. Ils sont aussi en charge de la prévention (en relayant notamment de l’information sur des campagnes de vaccination) et de la promotion de la santé (par la diffusion de messages en relation avec les problèmes sanitaires locaux).
Les différents relais communautaires élisent à leur tour des cellules d’animation communautaire. Ces cellules (une par village) centralisent les informations données par les relais (sur les maladies observées, ou les commentaires des usagers sur les structures de santé par exemple).
Enfin, les cellules d’animation communautaire élisent le comité de développement sanitaire des aires de santé (CODESA, dont les membres sont bénévoles) qui est chargé de la co-gestion des centres de santé avec le personnel de ces centres.
Avec lesquelles de ces entités AMI travaille-t-elle ?
AMI travaille plus particulièrement avec les comités de développement sanitaire (CODESA). Ce comité est divisé en trois sous-commissions : la sous-commission « paquet minimum d’activités », la sous-commission de gestion des ressources et la sous-commission de mobilisation sociale locale.
La sous-commission « paquet minimum d’activités » est, à l’échelon de l’aire de santé, en charge des activités promotionnelles et sociales, tout comme les ReCo le sont au niveau très local. Le rôle d’AMI au sein de ces sous commissions est de veiller à la qualité de la prise en charge des individus (qualité de l’accueil, détermination du bon tarif des soins, médicaments à gratuité, etc.).
La commission « gestion des ressources » est quant à elle en charge de la gestion du personnel, des médicaments et de la gestion financière. AMI travaille essentiellement avec cette sous-commission : en effet, l’appui à la gestion de ces ressources par le transfert de compétences permet de poser les jalons de la pérennisation de ces centres de santé.
Enfin, la commission « mobilisation sociale locale » s’occupe de mobiliser la population à la conduite d’actions sanitaires (prises au sens large, comme l’entretien des centres de santé, le forage de puits, la collecte de déchets, ou la construction de centres de santé pour lesquels la population fournit du sable, des pierres, des briques). La motivation et le volontarisme des populations locales est variable : c’est pourquoi il importe toujours de bien nous faire connaître des populations et d’expliquer notre démarche.
Concrètement, quelles sont les actions que vous menez avec les Comités de développement sanitaire ?
À ce jour, je travaille avec 10 superviseurs de santé communautaire, qui eux-mêmes assurent différentes missions auprès des CODESA. Ils dispensent ainsi des sessions de formation initiale sur le volet « rôles et tâches », le volet gestion des médicaments et le volet gestion financière. Ils assurent par la suite le compagnonnage d’une partie des personnels sur ces différentes questions.
Par ailleurs, ils mènent des enquêtes trimestrielles (enquêtes sur la tarification), afin de déterminer si les tarifs définis par les bureaux centraux de zones et par AMI pour les différentes zones de santé sont bien respectés (les tarifs diffèrent selon les réalités socio-économiques des zones).
Ils supervisent également la participation communautaire, vérifiant que le travail des CODESA est bien mené afin de pallier les défaillances après vérification. Ces vérifications se font sur un rythme trimestriel, alternant un mois d’enquête (au cours duquel les faiblesses sont identifiées) et deux mois de compagnonnage (durant lesquels, dans le cadre d’un véritable accompagnement, les superviseurs travaillent à renforcer les capacités des CODESA sur les points faibles préalablement identifiés)
Les évaluations portent également sur la prise en charge des vulnérables (indigents, rapatriés, retournés, déplacés, réfugiés). En effet, AMI assume le coût de la prise en charge de ces personnes reçues par les centres de santé pour assurer un accès gratuit aux soins aux populations. Ce sont les ReCo qui déterminent trimestriellement, auprès de leurs ménages, les personnes qui doivent en bénéficier. Nous veillons donc à la bonne tenue des listes qui répertorient les patients reçus.

Quelles sont les missions qui vous attendent dans les mois à venir ?
Quatre chantiers s’inscrivent à mon agenda des prochains mois : un travail sur la promotion de la santé, un autre sur la prévision budgétaire dans les centres de santé, un travail en collaboration avec le HCR sur la prise en charge des rapatriés, retournés, déplacés et réfugiés ; et enfin la « mise à plat » de la formation initiale des comités de développement sanitaire (CODESA).
La mission sur la promotion de la santé, menée en collaboration avec un service spécifiquement dédié à cette thématique au sein de l’Inspection Provinciale de la Santé, est le chantier le plus important. Il s’agit d’éditer un guide composé de fiches pratiques sur les démarches à suivre face à telle maladie ou telle épidémie (quelles sont les personnes relais à interpeller, les messages à diffuser, quelles techniques de mobilisation employer, etc.). Ce guide sera diffusé auprès des équipes des centres de santé et des CODESA ; des formations seront dispensées pour préparer les personnels à son utilisation. Ce projet de promotion de la santé s’inscrit pleinement dans les valeurs d’AMI qui privilégie l’action à long terme.
À cette mission s’ajoute un travail sur la prévision budgétaire, en collaboration notamment avec l’économiste de l’inspection provinciale de Bukavu. Il s’agit de préparer au mieux les équipes locales à la gestion des centres de santé en prévision d’un désengagement à moyen terme des équipes d’AMI. Nos programmes comprennent la prise en charge des rapatriés, retournés, déplacés, et réfugiés. AMI rembourse les soins de ces catégories et les SSC vont trimestriellement vérifier ces listes dans les centres de santé. Nos informations seront dorénavant recoupées avec celles du HCR, et des ONG locales et internationales, qui travaillent avec ces populations, pour permettre une meilleure prise en charge.
Enfin, un dernier chantier concerne la mise à plat de la formation initiale dans les Comités de développement sanitaire. En effet, ces formations sont dispensées dans différents endroits et ne sont pas toutes les mêmes. Il s’agit de les homogénéiser et de constituer un référentiel pédagogique commun pour chaque journée composant la formation initiale. Cette unification permettra la création d’un outil d’évaluation, pour le suivi des Codesa, qui est en cours de validation par l’Inspection Provinciale de la Santé.
Le travail ne manque donc pas pour les mois à venir, mais les objectifs identifiés et l’impact des programmes sur la santé des populations constituent un facteur de mobilisation forte de l’ensemble des équipes.
Thaïlande : entretien avec Gay Doh Htoo, volontaire du programme VIH au camp de Mae La
Quelles sont vos fonctions au sein d’Aide Médicale Internationale ?
Je suis « VCT counselor » dans le camp de Mae La. Je travaille dans l’équipe d’Aide Médicale Internationale depuis juin 2007.
Pouvez-vous nous expliquer ce que signifie « VCT counselor » ?
VCT est l’acronyme de « Voluntary Counseling and Testing », soit « volontaire conseil et dépistage ». Lorsqu’un habitant du camp se pose des questions sur le HIV ou s’inquiète de son éventuelle séropositivité, il peut se rendre dans un centre de conseil et de dépistage pour y recevoir une information sur les modes de transmission de la maladie et la prévention.
Notre travail s’effectue dans le respect le plus strict de la confidentialité et se fonde sur la démarche volontaire des patients : bien évidemment nous n’obligeons jamais personne à faire un dépistage. Nous expliquons l’intérêt du dépistage et les raisons qui peuvent amener une personne à y recourir.
Cette partie de mon travail est ce que l’on appelle le « pré-dépistage ». Dans un second temps, si la personne le souhaite, nous prélevons un échantillon de sang pour réaliser un test de dépistage. Lorsque nous remettons le résultat, nous fournissons à nouveau une information : c’est ce qu’on appelle le « post-dépistage ». Si la personne est séronégative, nous insistons sur la prévention, nous expliquons comment prévenir la transmission à d’autres personnes et comment vivre avec le VIH.
Un autre pan du travail consiste à accompagner les personnes atteintes du VIH. Nous essayons notamment de lutter contre la discrimination et la stigmatisation dont elles souffrent au sein de leur communauté. Nous mettons en place des activités de groupe et un support individuel afin de renforcer, chez les personnes malades, une approche positive de la vie.
Avez-vous relevé des changements dans le camp de Mae La depuis que vous travaillez en qualité de « VCT counselor » ?
Oui, des évolutions sont apparues dans la communauté, notamment en ce qui concerne la compréhension de la maladie. Les gens connaissent mieux le VIH et les modes de transmission, et les personnes vivant avec le VIH souffrent moins de discrimination. De plus, les malades sont de plus en plus parties prenantes dans les activités que nous mettons en œuvre, et cela traduit un profond changement d’attitude vis-à-vis de la maladie.
La Journée mondiale de lutte contre le VIH/sida a été célébrée le 1er décembre dernier, et pour la deuxième année consécutive, divers événements ont été organisés dans les camps. Pouvez-vous nous raconter en quoi ils ont consisté ?
Pour préparer cette deuxième année de manifestations, nous avons invité des personnes de différentes organisations à rencontrer le personnel d’AMI. Deux réunions ont été consacrées aux préparatifs, à la suite de quoi l’équipe des VCT s’est consacrée aux préparatifs d’aménagements des différents lieux utilisés pour les événements du 1er décembre : des scènes ont été aménagées et décorées avec des dessins, des fleurs (fournies par le comité de la santé du camp). Nous avons fait de notre mieux pour que les événements soient attractifs.
Quels types d’activités avez-vous organisés ?
Nous avons tout d’abord organisé un concours de chansons relatives au VIH, entre quatre équipes. Composés d’élèves de différentes classes, ces équipes ont assuré l’ouverture de la journée mettant ainsi l’accent sur les messages d’information et de prévention.
Par la suite, différentes activités avaient été organisées afin d’attirer un maximum de personnes et de renforcer la connaissance de la maladie : expositions (de peintures et de dessins illustrant la prévention et la lutte contre la discrimination), jeux (de questions/réponses notamment), témoignages de personnes malades, etc.
Nous avons également installé un stand pour informer sur le don du sang et recruter des donneurs. Nous souhaitions sensibiliser sur l’importance du don du sang.
À qui ces activités étaient-elles destinées ?
Un grand nombre de jeunes et d’enfants ont assisté aux événements de cette journée, et beaucoup d’entre eux étaient accompagnés par des adultes. Je tiens à remercier les malades qui ont tenu à présenter leurs témoignages pour que le VIH/sida et sa prévention soient mieux compris.
Au total, nous avons distribué 1 500 rubans, et je sais que beaucoup de personnes qui ont assisté aux manifestations n’ont pas pu en recevoir.
Enfin, plus de 150 personnes ont laissé leurs coordonnées afin d’être contactées pour effectuer des dons du sang.
Quels ont été les perceptions, les commentaires des destinataires de ces événements ?
Les habitants ont fait part de leur satisfaction d’avoir appris sur la maladie tout en passant un bon moment. En effet, les chansons, les expositions, les jeux, les discussions étaient à la fois riches en informations et agréables à suivre. L’intérêt et l’attention de tous ont été, pour l’ensemble de l’équipe, un motif de grande satisfaction.
Quels résultats concrets attendez-vous de cette journée ?
Il me semble que ce type d’événement peut réellement renforcer une prise de conscience de la maladie, permettre une meilleure connaissance du VIH/sida et contribuer à lutter contre les discriminations et la stigmatisation.
Je pense aussi que ce travail encouragera un plus grand nombre de personnes à se rendre dans les centres de conseil et de dépistage pour y chercher davantage d’informations.
Quels sont les projets en matière de développement des acticités des « VCT counselors » ?
L’année passée, nous nous étions concentrés sur les adolescents, et l’année prochaine nous allons poursuivre notre action pour renforcer la prise de conscience chez les jeunes. Nous souhaitons par ailleurs nous adresser spécifiquement aux hommes adultes et aux comportements de réduction des risques. Enfin, nous réfléchissons déjà à l’organisation de la journée mondiale de lutte contre le sida en 2009.
ONG françaises en Afghanistan : une détermination intacte
Télécharger le texte du communiqué inter-ong :
Marielle Aulagnier, épidémiologiste, auteur d’une enquête sur « Connaissances, attitudes et pratiques » face au VIH/sida au Sud-Kivu
Le VIH/SIDA est aujourd’hui une pandémie et un véritable problème de santé publique en Afrique et en particulier en Afrique subsaharienne, qui reste la région du monde la plus gravement touchée par le VIH/Sida.
En RDC, le pourcentage d’adultes vivant avec le VIH/SIDA est estimé entre 3 et 5%. C’est plus de 10 fois supérieur à la séroprévalence observée en Europe Occidentale.
Ce pourcentage pourrait même être bien supérieur dans certaines zones en conflit et en particulier au Sud Kivu où intervient AMI. Dans cette zone, les années de guerre ont eu pour conséquence des déplacements massifs de population, la destruction du système de santé, ainsi qu’une recrudescence des violences faites aux femmes, qui ont contribué à une accélération de la pandémie.
Quelles sont les attitudes de la population locale face à la maladie ?
Le VIH/Sida est une maladie qui fait très peur et ce d’autant plus qu’elle est encore mal connue de la population. De nombreuses rumeurs ou fausses croyances circulent sur le VIH et ses modes de contamination. L’enquête réalisée en juillet 2008 a montré par exemple que près d’un tiers de la population pense que les moustiques peuvent être des vecteurs de la maladie ou qu’il s’agit d’un châtiment de Dieu.
Ce manque de connaissances explique également les attitudes discriminatoires très fortes envers les personnes vivant avec le VIH/Sida en RDC.
Ces attitudes d’intolérance sont préoccupantes dans la mesure où elles peuvent aggraver la marginalisation des personnes malades qui sont déjà particulièrement vulnérables et/ou constituer des obstacles à l’efficacité de la prévention du VIH en dissuadant par exemple la population générale de réaliser des dépistages par peur du résultat et de la stigmatisation.

Le préservatif est-il utilisé par les populations locales ?
Le préservatif est un moyen de prévention qui est reconnu par la population mais son usage est malheureusement encore très peu répandu. Il souffre d’une très mauvaise image aux yeux de la population : plus d’un quart des personnes interrogées lors de l’enquête considèrent qu’il incite au « vagabondage sexuel » ou prétendent qu’il procure des maladies.
La population a donc tendance à valoriser des stratégies de prévention qui limitent les risques de transmission, telles que l’abstinence ou la fidélité, mais ne sont pas adaptées à toutes les personnes susceptibles d’être exposées à la maladie. L’enjeu à l’heure actuelle des programmes mis en place consiste à banaliser l’usage du préservatif.
Quels sont les projets actuels d’AMI en RDC pour lutter contre le VIH/Sida ?
AMI a intégré la lutte contre le VIH/Sida dans ses programmes en RDC depuis 2003.
L’objectif du programme est de permettre un accès anonyme et gratuit au dépistage pour les personnes le souhaitant, car il est essentiel que les personnes connaissent leur statut sérologique.
Ce programme s’adresse aux femmes enceintes - à travers un programme de réduction de la transmission materno-infantile dans les centres de santé (Prévention de la Transmission du VIH de la Mère à l’Enfant, ou PTME) - et à la population générale par l’appui à 4 centres de dépistage volontaire anonyme et gratuit (CDV) dans les zones de santé ou nous intervenons.
Le programme de AMI vise également à promouvoir toutes les actions pouvant aboutir à un changement des comportements de la population et réduire ainsi la prévalence du VIH dans les zones d’intervention.
Comment ces interventions sont-elles accueillies par les populations ? Comment lutter contre la « diabolisation » de la maladie et la stigmatisation des personnes vivant avec le VIH ?
Ces interventions sont très bien accueillies par la population. En particulier, les femmes enceintes, qui se rendent dans les centres de santé, acceptent en grande majorité le dépistage du VIH. Malheureusement, certaines d’entre elles ne reviennent pas toujours chercher leurs résultats et préfèrent accoucher dans l’ignorance de leur statut sérologique par peur ou honte du résultat. Ceci met en évidence, encore une fois, le poids de la stigmatisation.
La lutte contre ce phénomène passe par l’amélioration des connaissances de la population sur le VIH/Sida, car ces connaissances conditionnent les comportements et les attitudes des populations vis-à-vis de la maladie.
Il convient donc d’appuyer ou de mettre en place des campagnes de sensibilisation auprès de la population, d’y associer les leaders religieux, les relais communautaires… et également les personnes vivant avec le VIH car de nombreuses études ont montré qu’elles figuraient parmi les meilleurs promoteurs de la prévention du VIH.
Andrea Trevisan, logisticien réhabilitation en République Démocratique du Congo
La maternité, financée par le Pooled Fund est opérationnelle depuis cet été, et plusieurs accouchements ont pu s’y dérouler dans des conditions matérielles et d’hygiène satisfaisantes. Nous cherchons désormais à renforcer l’appui au sein de cette maternité.

Plus globalement, où en est, à ce jour, le programme de réhabilitation ?
Depuis six mois, nous avons poursuivi ce programme, financé par ECHO (Office d’aide humanitaire de la Commission européenne), qui va se poursuivre durant le début de l’année 2009. Deux centres, qui ne nécessitaient que peu de réhabilitation ont ouverts récemment, et nous concentrons actuellement nos efforts sur six autres centres, pour lesquels de gros travaux de réhabilitation ou de construction sont nécessaires. Nous nous attachons, avec la participation des communautés locales, à réaliser des constructions en semi-durable, en utilisant des matériaux multiples : ciment pour les dalles des bâtiments, bambous et planches de bois pour les séparations des pièces, tôles pour les toitures. Ces choix nous permettent de réaliser des centres pérennes et de solliciter des ressources locales (bois notamment) qui réduisent énormément les coûts et délais d’acheminement.
Nous travaillons également à construire des « kits sanitation » composés d’incinérateurs à déchets, de fosses à ordures, de fosses à placenta (pour les déchets organiques), mais également de latrines et de douches. En effet, les conditions d’hygiène sont souvent déplorables, alors qu’il s’agit là d’un enjeu extrêmement important.
Nous sommes enfin attentifs à l’accès à l’eau, qui est parfois problématique dans les centres de santé situés à une altitude plus élevée que les cours d’eau. Nous commençons donc à mettre en place des réservoirs pour la captation de l’eau de pluie. En parallèle, nous menons un plaidoyer pour que des ONG spécialisées en WatSan (Water and Sanitation) initient des programmes d’envergure.

La réhabilitation s’articule pour partie avec le programme de lutte contre le VIH/sida, pouvez-nous nous en dire davantage ?
Effectivement, nous intégrons les problématiques spécifiques liées au dépistage de la maladie et à l’accompagnement des malades aux réhabilitations. Si tous les centres ne sont pas concernés, nous travaillons notamment auprès de l’hôpital de Lemera, et réhabilitons, dans la zone de santé de Lemera, des centres de PTME (prévention de la transmission de la mère à l’enfant) et des centres de counselling.
Dans certains centres, des salles sont adaptées aux consultations VIH. Nous prenons en compte le « circuit du patient » dans le centre, nous veillons à assurer le respect de la confidentialité des consultations en choisissant avec soin l’implantation des portes, en posant des rideaux aux fenêtres, etc. La logistique et la réhabilitation se mettent au service de l’accompagnement du patient.
La mission rencontre-t-elle des difficultés en raison du conflit qui embrase actuellement la RDC ?
L’une des plus grosses difficultés vient de l’association, dans l’esprit des populations, entre la MONUC (Mission des Nations Unies pour la République Démocratique du Congo) et les différentes ONGs présentes sur place. Du fait du manque d’information, les populations locales mélangent les deux. La MONUC était parfois la cible de vives contestations des habitants et ceux-ci formulent parfois dans la foulée des reproches à l’égard des ONGs. Dans ce contexte, la situation est plutôt positive pour AMI : le fait qu’elle soit bien implantée dans la région, mais aussi que nos équipes travaillent au contact des populations et en collaboration avec elles, nous a permis de développer un réseau de connaissances sur le terrain, avec nos personnels et les patients, ce qui réduit le risque de ce type d’amalgame. Notre politique de visibilité permet de poursuivre le travail correctement.
De plus, le fait d’être dans des zones « vierges » (les Hauts Plateaux, par exemple, où aucune autre ONG n’est présente) limite ce type de confusion. Cela nous laisse une plus grande liberté : nous sommes plus facilement reconnus comme humanitaires et non pas assimilés à d’autres forces d’interventions.
N’ayant pas été sur place durant les deux dernières semaines, je ne connais pas dans les détails l’évolution toute récente sur le terrain.
Le conflit n’a donc pas entravé le bon déroulement des missions d’AMI…
Le travail continue à se faire correctement. Les combats se déroulent dans le Nord Kivu, et nous sommes implantés dans le Sud. Il y a une frontière géographique et « psychologique » entre les deux provinces. Bien sûr, nous sommes en ce moment particulièrement attentifs et plus à l’écoute de certains signaux et nous nous sommes préparés à la possibilité d’une dégradation de la situation, même s’il est très difficile de prévoir l’évolution des conflits.
Nos interrogations ont porté sur les membres des familles de l’équipe locale : beaucoup d’entre eux vivent à Goma, qui se situe au sud du Nord Kivu et a été dernièrement touchée par les conflits. Les membres du staff local étaient très inquiets du sort de leurs proches. Cependant, l’équipe a fait preuve de beaucoup de professionnalisme et a poursuivi son travail avec volontarisme, malgré le stress qu’elle subissait.
Justement, quelles conséquences pouvez-vous observer par rapport aux populations locales ?
On a observé peu de mouvements de populations du Nord vers le Sud Kivu : comme je le disais tout à l’heure, il y a comme une « frontière » entre les deux provinces, ce qui les limite. Lorsque cela arrive, les déplacés restent plus dans l’extrême nord du Sud Kivu, et nous n’avons pas relevé de mouvements de populations significatifs dans les zones dans lesquelles nous travaillons.
Vous repartez pour six mois au Sud Kivu, quelle est votre mission ?
Tout simplement, je vais continuer à travailler, avec toute l’équipe, sur le programme de réhabilitation dans la zone des Hauts Plateaux, et mener, je l’espère, cette première phase importante jusqu’à son terme.
Afghanistan : Aide Médicale Internationale relocalise ses équipes expatriées et maintient ses programmes en cours
Présente en Afghanistan depuis 1980, et investie aujourd’hui sur d’importants programmes de santé, Aide Médicale Internationale (AMI), relocalise temporairement ses équipes expatriées et maintient ses programmes en cours dans le pays.
Aujourd’hui, les équipes d’AMI sont mobilisées en Afghanistan sur des programmes de grande envergure pour répondre au plus près des besoins sanitaires des Afghans. Elles assurent ainsi, en étroite collaboration avec les autorités sanitaires afghanes :
la restructuration du système de santé de trois provinces (Laghman, Kunar et Samangan) dans le cadre du programme de soins de santé primaire (Basic Package of Health Services – BPHS) depuis 2003,
l’appui aux pharmacies et laboratoires des centres hospitalo-universitaires de Maïwand et Ali Abad à Kaboul,
l’édition et la distribution du Salamati (magazine de formation continue destiné aux agents de santé communautaire, imprimé à 26 000 exemplaires).
La mise en œuvre de ces programmes se fait grâce à l’implication forte des personnels afghans d’Aide Médicale Internationale. En effet, plus de 1 500 Afghans (professionnels de santé, agents de santé, personnels administratifs, etc.) dont un nombre important de cadres, oeuvrent pour assurer la conduite des activités.
La dégradation progressive des conditions de sécurité (depuis septembre 2008, les équipes expatriées ont été regroupées à Kaboul) a conduit à définir depuis plusieurs mois une nouvelle organisation du travail, fondée sur une implication accrue des personnels afghans. De nouvelles procédures de travail à distance ont été arrêtées pour assurer le suivi des activités menées dans des zones très reculées.
Les derniers événements survenus à Kaboul ont conduit Aide Médicale Internationale à décider la relocalisation temporaire, dans un autre pays de la région, des équipes expatriées à compter de ce jour. Cette décision, qui répond à la volonté de ne pas surexposer les équipes expatriées, n’obère pas la poursuite des activités en cours. En effet, alors que l’ampleur des besoins des populations afghanes rend nécessaire le maintien des programmes de santé, les méthodes de travail mises en œuvre ces derniers mois permettront aux équipes expatriées de maintenir, depuis leur nouveau pays d’implantation, le lien avec les équipes afghanes. Celles-ci demeurent mobilisées sur les trois volets de la mission d’AMI, et poursuivent leur travail sur l’ensemble des activités et zones d’intervention (BPHS, appui aux pharmacies et laboratoires, édition et distribution du Salamati). Les modalités nouvelles de poursuite des activités permettront, grâce au volontarisme des équipes locales, le maintien des programmes au niveau de qualité que la situation sanitaire des bénéficiaires requiert.
Aide Médicale Internationale rappelle son respect et sa considération pour le peuple afghan dont les besoins (notamment sanitaires) nécessitent la mobilisation continue de la communauté internationale et le maintien des programmes de solidarité ; et exprime son souhait d’un retour rapide à une situation sécuritaire apaisée qui permettra à ses équipes expatriées de revenir dans les meilleurs délais sur le sol afghan.
Dr Philippe Augoyard,
Président d’Aide Médicale Internationale
Le Salamati sur le contrôle des naissances voit le jour en Afghanistan
L’Afghanistan possède un des taux de maternité maternelle les plus élevés du monde, faisant de sa réduction la priorité du ministère afghan de la santé publique. La perception de la population vis-à-vis de la contraception évolue peu à peu, et les différentes campagnes de communication sur les bénéfices quotidiens de la régulation des naissances poussent les familles afghanes à passer outre certaines mauvaises habitudes.
Au-delà des conséquences désastreuses de naissances multiples sur la santé des mères, les grossesses précoces et le manque de soutien de la part des maris et d’autres membres de la communauté ne sont que quelques-uns des problèmes de la santé reproductive en Afghanistan.
L’objectif du magazine Salamati est d’enseigner aux agents de santé communautaire comment éduquer leur peuple à adopter les bons réflexes sanitaires. En s’attaquant au thème épineux du lien entre la contraception et l’Islam, Salamati leur donne également les outils pour convaincre leur communauté de la meilleure façon.
Tour de France humanitaire : Aide Médicale Internationale vous donne rendez-vous sur le parvis de l’hôtel de Ville de Paris les 23 et 24 octobre
C’est dans le cadre du Salon de l’emploi responsable qu’est organisé ce nouveau rendez-vous. Des équipes d’Aide Médicale Internationale, et notamment des membres du service ressources humaines, vous accueilleront au stand AMI pendant les deux journées.
Plus d’informations sur :
http://www.lemploi-responsable.com
http://www.tdf-humanitaire.net
Goi Kornkawan, psychologue superviseuse pour AMI en Thaïlande
Agée de 34 ans, Goi Kornkawan est psychologue. Depuis un an et demi, cette jeune thaïlandaise travaille en qualité de psychologue superviseuse au sein de l’équipe d’Aide Médicale Internationale basée dans trois des neufs camps de déplacés implantés à la frontière birmano-thaïlandaise. Ses principales fonctions consistent à animer, encadrer les psycho care givers (issus de différentes minorités ayant fui la Birmanie, les psycho care givers (PCG) vivent auprès des leurs dans les camps de déplacés à la frontière et assurent un accompagnement des personnes souffrant de troubles psychologiques). S’appuyant sur sa formation en philosophie et psychologie, elle forme les PCG à renforcer leur capacité à accompagner et conseiller les personnes qui ont besoin d’un soutien psychosocial. Elle assure également le suivi de quelques patients, et notamment ceux présentant les symptômes les plus graves.
Elle revient ici sur l’organisation de la Semaine de la santé mentale qui s’est déroulée du 6 au 10 octobre dernier.
Comment est née l’idée d’organiser la Semaine de la santé mentale, qui s’est déroulée du 6 au 10 octobre ?
Cette idée a germé à l’occasion de discussions au sein de l’équipe AMI (entre Coralie Marini, ancienne responsable du programme santé mentale, les psycho care givers et moi). Nous souhaitions présenter les activités du programme santé mentale à la communauté et lui faire prendre conscience de ce que sont réellement les pathologies mentales. Nous souhaitions également, en échangeant et communiquant avec les uns et les autres, renforcer les capacités de chacun à vivre positivement.
Comment s’est déroulée l’organisation de cet évenment ?
Cela fait maintenant six mois que nous avons décidé de l’organisation de la Semaine de la santé mentale. Toute l’équipe s’est fortement impliquée dans son organisation pour qu’elle soit intéressante et attractive. Nous avons d’abord réfléchi collectivement, avec les PCG, afin de définir nos objectifs et les meilleures façons de les atteindre. Nous avons fait réaliser des sacs, des T-shirts, des stylos, des autocollants avec un logo spécifique pour cette opération.
La dimension logistique du travail a été très importante, puisque la Semaine se déroulait simultanément dans les trois camps où, pour annoncer cet événement, nous avons accroché de grandes bannières, des tableaux de présentations et avons distribués des dépliants. Durant une semaine, dans plusieurs lieux de chacun des camps (implantés à une, deux et quatre heures de la base de Mae Sot) ont été organisés des animations. Il nous fallait bien intégrer les contraintes liées à cette réalité.
Enfin, la phase finale de la préparation a débuté aux alentours du 10 septembre, et nous avons alors fortement impliqué pendant un mois les membres de l’équipe programme santé mentale, mais également, les équipes administratives et logistiques.

Quelles activités ont eu lieu durant toute cette semaine ?
Les activités étaient très nombreuses afin de répondre aux attentes et besoins de chacun. Nous avons ainsi organisé des groupes de parole, des ateliers de dessin (notamment pour les jeunes enfants), des séances de yoga, des consultations individuelles, etc. Nous avons distribué des questionnaires composés de questions simples concernant la situation générale des participants, qui pouvaient ainsi évaluer sur une échelle où ils se situaient, en matière de bien-être, et de bien identifier les difficultés auxquelles ils étaient confrontés. Ce questionnaire avait aussi pour but de mesurer la capacité de chacun à aimer et respecter les autres (et à se respecter soi-même), et d’aider à renforcer la capacité à profiter du moment présent, malgré la situation difficile dans laquelle les habitants des camps vivent…
Qui étaient les destinataires de ces activités ?
La plupart des personnes qui sont venues assister ou participer aux activités sont des déplacés vivant dans les camps. Bien évidemment, l’ensemble du staff AMI (medics, infirmiers, visiteurs à domicile, etc.) sont venues voir les différentes manifestations qui ont eu lieu, tout comme bon nombre des personnels des autres ONG travaillant dans les camps. De plus, des membres des organisations locales ont répondu présent à notre invitation, comme par exemple les autorités du camp (camp committee, camp leader, etc.), et des représentants des autorités thaïes (camp officer).
Quel a été l’accueil des habitants des camps, comment ont-ils perçu cet événement ?
Les gens ont été très intéressés par les activités que nous avons organisées, et ont en grand nombre répondu aux questionnaires que nous avons distribués ainsi qu’aux séances de yoga. Beaucoup de personnes ont également participé aux groupes de parole. D’une manière générale nous avons eu de très bons retours sur les activités qui ont été mises en œuvre.
Autre point positif, nous avons renforcé la compréhension de nos activités par les habitants des camps, ainsi que la confiance dans notre démarche et les liens avec les autres organisations qui travaillent dans les camps.
Pensez-vous organiser à nouveau un tel événement ?
Bien sûr que oui. Les réactions des participants et destinataires des activités que nous avons organisées ont été très positives, et cela aura un impact favorable sur les programmes que nous menons tout au long de l’année. À cette occasion, nous avons pu mesurer une fois de plus à quel point les habitants des camps attendent du soutien pour faire face aux problèmes de leur vie quotidienne. Je voudrais ajouter que les patients qui se rendent dans les structures de santé ne sont pas les seuls à souffrir de traumas, mais que cette triste réalité concerne beaucoup plus d’habitants des camps, sinon tous. Et chacun peut améliorer la connaissance et la conscience qu’il a de sa situation pour améliorer sa vie personnelle, familiale et sociale. Les psycho care givers peuvent soutenir et soigner tous ceux qui ont besoin d’un accompagnement psychologique, et pas seulement les patients hospitalisés.
Propos recueillis par Cécilie Alessandri, Référente projets santé AMI en Thaïlande
Plus d’informations sur le programme santé mentale
République Centrafricaine : responsable de projet, une mission au plus près des populations
Après une formation d’ergothérapeute, Sylvain Rouaud choisit de s’investir sur des programmes de solidarité internationale en Roumanie, en Serbie puis au Pakistan. Riche de ces expériences, c’est en qualité de responsable de projet qu’il part en mission pour Aide Médicale Internationale à N’Délé en République Centrafricaine.
Vous avez assuré les fonctions de responsable de programme à N’Délé, en quoi consiste ce travail ?
Le poste de responsable de projet (RdP) est un poste de gestion d’une base avancée sur le terrain. Mon activité s’est organisée autour de quatre axes principaux. J’ai ainsi assuré :
la gestion du projet : il s’agit d’être le garant de la mise en place des activités définies dans les documents de projets, de rendre compte des avancées du travail (rédaction et diffusion des rapports bailleurs et internes), de proposer de nouvelles actions (nouveaux projets, nouveaux financements) en fonction des besoins identifiés. Ce travail se fait en étroite collaboration avec les techniciens médicaux ;
la gestion administrative : gestion de l’équipe (nationaux et expatriés), comptabilité générale ;
la gestion logistique : un bon suivi logistique permet de faciliter la mise en place des activités. Il est primordial d’assurer un suivi qualitatif des outils (matériels, consommables, etc.) permettant de faire fonctionner une base et ses projets. On dit souvent que la logistique est au service des projets, il n’y a rien de plus vrai !
la veille sécuritaire, notamment avec l’élaboration d’un plan sécu. Dans un contexte instable, la première des priorités est de veiller à la sécurité de tous. Il faut obtenir des informations, les vérifier, les analyser et agir en conséquence. Le principe de précaution prévaut dans tous les cas et peut conduire à réduire les déplacements, à « hiberner », voire même à décider d’une évacuation.
J’ai tendance à dire que le poste de responsable de projet s’apparente à celui de chef d’entreprise, car une base est une véritable entreprise, et doit être gérée globalement !
Quels sont vos interlocuteurs locaux, comment gérez-vous vos contacts avec eux ?
Les interlocuteurs locaux se répartissent entre les représentants des autorités administratives, traditionnelles et militaires, et les partenaires du ou des projets. À N’Délé, les pouvoirs administratif, militaire et traditionnel cohabitent.
Aujourd’hui, le représentant traditionnel est un Sultan Maire, qui est Basé à N’Délé. Nous l’informons de nos activités, et le sollicitons lorsque son intervention peut faciliter la mise en œuvre de celles-ci (par exemple pour des consultations prénatales pour les femmes musulmanes, des campagnes de sensibilisation au VIH/SIDA, etc.). Il ne faut pas oublier que nous ne sommes pas chez nous, et que nous devons nous faire accepter pour pouvoir travailler. Dans un tel contexte, la communication, qui est un excellent outil d’intégration au sein d’une communauté, doit être privilégiée et il faut faire preuve de diplomatie et de patience.
Nos rapports avec les autorités militaires, avec lesquelles nous entretenons des relations régulières et courtoises, consistent notamment à bien expliquer ce qu’est une ONG et ce qui relève de son mandat.
Les partenaires du projet sont le bureau de la préfecture sanitaire, les comités de gestion des structures de soins, les personnels de santé. C’est en collaboration avec eux que les activités peuvent se mettre en place. Au départ, les échanges d’informations sur la situation sanitaire de la préfecture ont permis de déterminer les axes de travail prioritaires. C’est donc dans le cadre d’un véritable partenariat que le travail se met en place. AMI a été moteur pour relancer les activités de la plupart des structures de soins et aujourd’hui, la population est revenue vers ces structures (par le biais des Coges – Comités de gestion – qui jouent le rôle d’interface), des formations ont été dispensées (avec l’implication des membres de la préfecture sanitaire en qualité de formateurs). Pour toutes ces activités, nous avons formalisé le partenariat : des documents conjoints ont été signés, des réunions se sont tenues, et des plannings d’action ont été élaborés.
La mission AMI a été implantée dans une zone où très peu d’acteurs humanitaires avaient travaillé précédemment. Dans ce contexte, comment avez-vous géré les relations avec les populations ?
AMI est arrivée après une expérience avortée d’une autre ONG. Dans ce contexte, la population était méfiante (de façon assez manifeste) et il nous a fallu être extrêmement prudent dans nos démarches. Les autorités (la mission d’évaluation d’AMI, conduite en février 2007, avait permis entre autres démarches, de rencontrer ces autorités), et principalement les autorités traditionnelles, ont été notre meilleur « médiateur » auprès de la population. Il a fallu clairement expliquer qui nous étions, ce que nous allions faire sans faire de promesses qui ne pouvaient être tenues. Progressivement, au terme de quelques mois, nous nous sommes véritablement sentis « intégrés », et nous sommes parvenus à faire comprendre notre action et notre mode de fonctionnement.
Il est indispensable qu’une ONG, quel que soit son type d’action et son lieu d’implantation, communique énormément avec les populations. Une ONG travaille pour soutenir les habitants d’une zone, et ne doit ni ne peut s’imposer à eux. C’est à la condition d’être conduites en lien étroit avec la communauté que nos actions peuvent être efficaces.
AMI a été moteur pour que d’autres ONG, spécialisées dans différents secteurs d’intervention, développent des programmes à N’Délé. Pouvez-vous nous expliquer comment vous avez mené cette démarche ?
La situation enclavée de la préfecture et son éloignement de la capitale sont deux facteurs (parmi d’autres) qui expliquent que sa population souffre. Rapidement, AMI a identifié des besoins auxquels elle ne pouvait faire face seule, puisque les réponses à apporter sortaient de son domaine de compétences.
L’état de dégradation avancée des routes et des ouvrages d’art (participant à l’enclavement) ont incité AMI a contacter ACTED pour qu’une équipe vienne mener une évaluation et réalise un projet (un premier financement a été obtenu et pour assurer réfection des ponts de l’axe N’Délé - Kaga-bandoro), et bientôt des pistes sillonnant la préfecture seront améliorées.
Sur le plan sanitaire, AMI a sollicité l’ONG Solidarités pour qu’elle intervienne dans le domaine de l’eau et de l’assainissement, mais aussi sur des programmes concernant la sécurité alimentaire. Ces deux secteurs ont une influence forte sur la santé d’une population. C’est donc un travail de complémentarité qui s’opère désormais avec AMI, depuis que Solidarités s’est implantée à N’Délé.
C’est en rencontrant les responsables, en diffusant de l’information (à des personnes cibles) sur le contexte de la préfecture et sur ses besoins, qu’AMI a pu sensibiliser de nouveaux acteurs.
Plus d’information sur les programmes d’Aide Médicale Internationale en République Centrafricaine
Afghanistan : les ONG françaises interpellent l’opinion et les pouvoirs publics
Ce document, comportant huit principales recommandations, a été présenté à la presse vendredi 19 septembre au siège de Médecins du Monde. Témoins de l’accroissement des difficultés auxquelles sont confrontées les populations afghanes auprès et avec lesquelles elles travaillent (insécurité, pauvreté, crise alimentaire, etc.), les équipes des ONG signataires de cet appel ont entendu alerter l’opinion et les pouvoirs publics sur la nécessité de poursuivre les programmes entrepris en matière de d’éducation, de santé, d’alimentation ou de reconstruction des infrastructures.
De plus, dans un contexte militaire particulièrement tendu, les ONG ont souhaité rappeler la nécessité de distinguer clairement les actions militaires et humanitaires, dont la confusion met en danger leurs équipes. Alors que le parlement est appelé ce jour, en ouverture d’une session extraordinaire, à se prononcer sur le maintien des forces armées françaises en Afghanistan, une délégation d’ONG a été reçue ce matin par le ministre des Affaires étrangères, Monsieur Bernard Kouchner. L’entretien s’est déroulé dans un climat franc, cordial et constructif.
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