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Marielle Aulagnier, épidémiologiste, auteur d’une enquête sur « Connaissances, attitudes et pratiques » face au VIH/sida au Sud-Kivu
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Marielle Aulagnier, épidémiologiste, auteur d’une enquête sur « Connaissances, attitudes et pratiques » face au VIH/sida au Sud-Kivu en République Démocratique du Congo pour Aide Médicale Internationale, revient sur les faits marquants mis en lumière par cette étude.
Quel est l’état de l’épidémie en Afrique et en particulier en RDC ?
Le VIH/SIDA est aujourd’hui une pandémie et un véritable problème de santé publique en Afrique et en particulier en Afrique subsaharienne, qui reste la région du monde la plus gravement touchée par le VIH/Sida.
En RDC, le pourcentage d’adultes vivant avec le VIH/SIDA est estimé entre 3 et 5%. C’est plus de 10 fois supérieur à la séroprévalence observée en Europe Occidentale.
Ce pourcentage pourrait même être bien supérieur dans certaines zones en conflit et en particulier au Sud Kivu où intervient AMI. Dans cette zone, les années de guerre ont eu pour conséquence des déplacements massifs de population, la destruction du système de santé, ainsi qu’une recrudescence des violences faites aux femmes, qui ont contribué à une accélération de la pandémie.
Quelles sont les attitudes de la population locale face à la maladie ?
Le VIH/Sida est une maladie qui fait très peur et ce d’autant plus qu’elle est encore mal connue de la population. De nombreuses rumeurs ou fausses croyances circulent sur le VIH et ses modes de contamination. L’enquête réalisée en juillet 2008 a montré par exemple que près d’un tiers de la population pense que les moustiques peuvent être des vecteurs de la maladie ou qu’il s’agit d’un châtiment de Dieu.
Ce manque de connaissances explique également les attitudes discriminatoires très fortes envers les personnes vivant avec le VIH/Sida en RDC.
Ces attitudes d’intolérance sont préoccupantes dans la mesure où elles peuvent aggraver la marginalisation des personnes malades qui sont déjà particulièrement vulnérables et/ou constituer des obstacles à l’efficacité de la prévention du VIH en dissuadant par exemple la population générale de réaliser des dépistages par peur du résultat et de la stigmatisation.

Le préservatif est-il utilisé par les populations locales ?
Le préservatif est un moyen de prévention qui est reconnu par la population mais son usage est malheureusement encore très peu répandu. Il souffre d’une très mauvaise image aux yeux de la population : plus d’un quart des personnes interrogées lors de l’enquête considèrent qu’il incite au « vagabondage sexuel » ou prétendent qu’il procure des maladies.
La population a donc tendance à valoriser des stratégies de prévention qui limitent les risques de transmission, telles que l’abstinence ou la fidélité, mais ne sont pas adaptées à toutes les personnes susceptibles d’être exposées à la maladie. L’enjeu à l’heure actuelle des programmes mis en place consiste à banaliser l’usage du préservatif.
Quels sont les projets actuels d’AMI en RDC pour lutter contre le VIH/Sida ?
AMI a intégré la lutte contre le VIH/Sida dans ses programmes en RDC depuis 2003.
L’objectif du programme est de permettre un accès anonyme et gratuit au dépistage pour les personnes le souhaitant, car il est essentiel que les personnes connaissent leur statut sérologique.
Ce programme s’adresse aux femmes enceintes - à travers un programme de réduction de la transmission materno-infantile dans les centres de santé (Prévention de la Transmission du VIH de la Mère à l’Enfant, ou PTME) - et à la population générale par l’appui à 4 centres de dépistage volontaire anonyme et gratuit (CDV) dans les zones de santé ou nous intervenons.
Le programme de AMI vise également à promouvoir toutes les actions pouvant aboutir à un changement des comportements de la population et réduire ainsi la prévalence du VIH dans les zones d’intervention.
Comment ces interventions sont-elles accueillies par les populations ? Comment lutter contre la « diabolisation » de la maladie et la stigmatisation des personnes vivant avec le VIH ?
Ces interventions sont très bien accueillies par la population. En particulier, les femmes enceintes, qui se rendent dans les centres de santé, acceptent en grande majorité le dépistage du VIH. Malheureusement, certaines d’entre elles ne reviennent pas toujours chercher leurs résultats et préfèrent accoucher dans l’ignorance de leur statut sérologique par peur ou honte du résultat. Ceci met en évidence, encore une fois, le poids de la stigmatisation.
La lutte contre ce phénomène passe par l’amélioration des connaissances de la population sur le VIH/Sida, car ces connaissances conditionnent les comportements et les attitudes des populations vis-à-vis de la maladie.
Il convient donc d’appuyer ou de mettre en place des campagnes de sensibilisation auprès de la population, d’y associer les leaders religieux, les relais communautaires… et également les personnes vivant avec le VIH car de nombreuses études ont montré qu’elles figuraient parmi les meilleurs promoteurs de la prévention du VIH.
Posté le 1er décembre 2008
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