Témoignages
Haïti : implantation du programme de soins obstétricaux gratuits dans les réseaux communautaires
Sur quel programme avez-vous travaillé et quel était l’objectif de votre mission ?
Je suis intervenue dans la phase de démarrage du programme de soins obstétricaux gratuits mis en place par A.M.I. à Martissant, un bidonville de Port-au-Prince. Accompagnant la politique de santé publique du gouvernement haïtien (accès à des soins gratuits et de qualité pour tous), les équipes d’A.M.I. ont construit une clinique obstétricale qui est opérationnelle depuis fin juillet.
Mon rôle était d’élaborer une stratégie d’implantation de ce programme dans les réseaux communautaires. Afin de favoriser la compréhension et l’adhésion des populations à ce projet, A.M.I. privilégie l’approche participative et concertée en associant étroitement les populations locales dans la conception et la gestion de ses activités. J’ai donc formé des « habitants relais » ou « animateurs communautaires » qui seront parties prenantes dans la diffusion des messages de sensibilisation, de prévention et d’éducation à la santé et à l’hygiène ainsi que d’autres pratiques de mobilisation sociale (concertation, approche participative, etc.).
Quelles ont été les différentes étapes de mise en place de cette stratégie de développement communautaire ?
J’ai d’abord cherché à mieux comprendre le quartier de Martissant, son identité et le fonctionnement de son système de santé. Pour cela, j’ai fait de nombreuses recherches bibliographiques avant d’aller à la rencontre d’acteurs locaux associatifs, communautaires et publics.
J’ai ensuite formé des animateurs communautaires à l’élaboration d’études CAP (connaissances, attitudes, pratiques). Cet instrument participatif de planification et d’évaluation stratégiques permettra d’analyser les pratiques en santé materno-infantile, de construire une base de données des bénéficiaires visés et d’identifier les priorités en termes de sensibilisation et de prévention. Le fait que ces enquêtes soient réalisées par les équipes haïtiennes nous assure une plus grande fiabilité des résultats. Elles seront chargées d’interroger les femmes de leur quartier sur divers thèmes comme les pratiques d’allaitement, l’hygiène, la santé, la nutrition, etc.
Une autre étape importante de ma mission était d’établir des partenariats solides avec les structures de santé existantes, les agents de santé locaux et les autres acteurs humanitaires présents sur la zone. Avant mon départ, j’ai organisé une réunion avec les 17 ONG présentes à Martissant et ses alentours. L’objectif était d’établir des contacts, d’en savoir davantage sur l’organisation de chacun et de voir par quels moyens nous pourrions améliorer la coordination de nos actions et organiser notre travail en complémentarité. J’ai également identifié les réseaux d’accoucheuses avec lesquels nous seront amenés à collaborer.
Avez-vous amorcé le travail d’information sur l’ouverture de la clinique ?
Le 9 mai dernier, une réunion a eu lieu avec 65 notables - considérés comme les « sages », les conseillers des quartiers - et les élus locaux. Celle-ci a permis d’amorcer le travail de diffusion de l’information sur l’ouverture de la clinique. Beaucoup de questions ont été posées sur A.M.I., son positionnement, ses projets et plus particulièrement sur son programme de soins obstétricaux gratuits. Ils se sont montrés très réceptifs. Cela étant, nous préférons attendre que la clinique obstétricale soit en mesure d’accueillir les patients avant de relayer l’information auprès des associations de quartier et des populations concernées.
Les travaux de construction de la clinique obstétricale sont terminés. Un médecin obstétricien est parti sur la mission début d’août pour assurer le recrutement et la formation du personnel local. Sophie a rejoint la mission pour deux mois supplémentaires dès le 10 août dernier afin de mettre en pratique la stratégie qu’elle a élaborée durant ces quatre premiers mois. Consulter cet article seul
Haïti : un engagement de long terme auprès de la population
Médecin urgentiste d’origine camerounaise spécialisé dans la santé reproductive, Aurélien Pekezou revient sur sa mission en Haïti, entamée peu avant le tremblement de terre du 12 janvier. Aurélien a suivi des études de médecine à l’université de Kinshasa en République démocratique du Congo (RDC), où il a développé « une sensibilité aux enjeux de l’action humanitaire eu égard à la situation intérieure du pays ». Il est ensuite retourné au Cameroun réaliser des consultations comme médecin de campagne pendant quatre ans. Fort de plusieurs années de pratique clinique, il poursuit sa formation académique en suivant un Master en urgence et soins essentiels hospitaliers en Italie, puis des études de troisième cycle en santé reproductive en Suisse. Il réalise sa première mission humanitaire avec Aide Médicale Internationale en République centrafricaine (RCA), pendant laquelle il participe au programme de soins obstétricaux d’urgence et à la réhabilitation d’un centre chirurgical dans la sous-préfecture des Mbrés. Par la suite, il repart avec A.M.I. en tant que référent médical sur la mission en Haïti, où l’association est présente depuis de nombreuses années auprès des enfants et jeunes des rues (EJDR) de Port-au-Prince. Chargé de la mise en oeuvre du nouveau programme de soins obstétricaux gratuits (SOG) initié à la fin de l’année 2009, Aurélien arrive sur le terrain quatre jours avant le séisme. En raison des bouleversements consécutifs à cet événement, le programme SOG ne démarrera pas à la date prévue.
En effet, à la suite au tremblement de terre, Aurélien est directement confronté à la destruction des locaux d’A.M.I. et à l’émergence de besoins médicaux immenses avec les centaines de milliers de victimes et de blessés de la capitale haïtienne et des environs. Il réalise dans l’urgence, à l’ambassade de France, des consultations médicales et des pansements permettant de soigner les blessures légères d’une centaine de sinistrés. Il participe ensuite à la mission de primo-urgence mise en place dès les premiers jours par A.M.I., avec le concours de l’anesthésiste, Didier Peillon, et du chirurgien et ancien président de l’association, Jacques Bérès. « Pendant plusieurs jours, précise-t-il, nous avons réalisé de nombreuses interventions chirurgicales à l’hôpital Lambert de Pétionvile, dans la périphérie de Port-au-Prince. J’ai été chargé d’accueillir et de trier les patients en fonction de la gravité de leurs blessures et des soins qui pouvaient leur être prodigués, de référencer certains patients en urgence, de venir en soutien aux anesthésistes et de prendre directement en charge des soins légers en réalisant une anesthésie locale. Près de quatre cents patients ont été examinés, une centaine ont été anesthésiés pour être ensuite opérés. »
Afin d’inscrire son action dans le temps, A.M.I. participe rapidement au rétablissement du système de prise en charge des soins de santé défini par le ministère haïtien de la Santé publique et de la Population (MSPP). Celui-ci se décline en trois échelons, partant des cliniques mobiles de proximité aux cliniques fixes jusqu’aux centres hospitaliers. « Deux cliniques mobiles de l’association se sont mises à sillonner les zones de Martissant et de Fontamara 29, afin d’assurer la prise en charge des soins de santé primaires (SSP) et le suivi des patients qui avaient subi des interventions chirurgicales, raconte Aurélien. Le nombre des cliniques mobiles a été progressivement porté à quatre unités, couvrant de nouveaux sites de regroupement spontané de populations et s’efforçant d’assurer un suivi plus régulier des personnes examinées. » Après une intervention dans un cadre particulièrement difficile, tant sur le plan physique que psychologique, Aurélien profite d’une période de repos au Cameroun après avoir travaillé sans relâche pendant un mois. Celle-ci est l’occasion pour lui de prendre du recul par rapport à la situation humanitaire encore fragile en Haïti, de réfléchir au sens de son engagement et de se ressourcer en prévision d’un retour sur la mission. « Il était évident pour moi de retourner en Haïti après cette période de repos, souligne-t-il, afin de poursuivre les programmes dont j’avais contribué à poser les bases, et de continuer à venir en aide aux sinistrés. »
Deux mois après le séisme, les activités d’A.M.I. sont redéployées et l’association peut de nouveau projeter ses programmes dans l’avenir. Aurélien reprend en main le programme SOG laissé en suspens. « Le processus de développement du programme de santé a suivi un parcours précis, tient à préciser Aurélien. Dans un premier temps, il s’agit d’identifier un local ou un bâtiment permettant d’accueillir les activités, qui soit suffisamment proche de la population ciblée tout en étant accessible depuis l’extérieur de cette zone vallonnée, notamment pour des questions de référencement d’urgence vers des centres hospitaliers. Parallèlement, il faut préparer les protocoles et fiches de poste pour le recrutement du personnel de la clinique, ainsi que les outils de collecte d’informations et de diagnostics. Dans un deuxième temps, la réhabilitation des locaux est menée conformément au parcours du patient dans le cadre de ses visites ou de ses consultations. Il convient de s’assurer notamment de la présence de portes et couloirs suffisamment larges pour faciliter la circulation des personnes et du matériel, d’accès à l’eau, de systèmes d’évacuation des déchets et d’un incinérateur pour garantir des normes d’hygiène satisfaisantes pour la réalisation d’activités médicales et obstétriques. Dans un troisième temps et lorsque l’état d’avancement du programme est arrivé à hauteur de 40 à 50 %, la population peut commencer à être sensibilisée à l’installation d’un centre de soins dans leur zone d’habitation, par l’intermédiaire des réseaux de travailleurs et d’animateurs communautaires. En conséquence, le recrutement local est lancé. Enfin, en préalable à l’ouverture des activités, le personnel local est formé aux procédures d’intervention et d’organisation des activités propres à A.M.I., au travers d’ateliers interactifs et de simulations de cas cliniques. Toutes ces activités sont menées dans le respect des normes et procédures validées par le MSPP »
En plus de contribuer à l’ensemble du processus de gestation du programme SOG, Aurélien participe à la mise en place du programme « santé Martissant », développé suite au tremblement de terre. Aurélien est venu en appui de l’équipe de coordination et du personnel local des cliniques mobiles oeuvrant dans le cadre du programme, notamment à travers l’établissement des protocoles de prise en charge des patients, en travaillant avec le référent médical en charge des cliniques mobiles. Il a par ailleurs contribué à la consolidation de la stratégie de l’association sur le long terme, au cours de la période d’urgence, en exploitant les évaluations disponibles et en dressant des projections de la consommation de médicaments.
« La situation très difficile en Haïti et le bouleversement des activités qui m’étaient dévolues durant ces quelques mois m’a empêché de m’immerger totalement dans la culture et la société haïtiennes, reconnaît Aurélien. Cependant, l’investissement personnel que j’ai pu apporter à mon travail et les efforts déployés par A.M.I. me donnent le sentiment d’être parvenu à aider Haïti et d’avoir contribué à améliorer à mon échelle les conditions d’existence d’une partie de la population. Ce cataclysme sans précédent dans la région m’a donné, comme à beaucoup d’autres présents lors de la catastrophe, l’obligation morale d’aider les Haïtiens. Il ne pouvait en être autrement. Intervenir en situation de crise n’empêche pas pour autant de prendre conscience de ses propres limites, de celles des organisations ou de chaque personne confrontée à une situation indicible. L’heure est maintenant à la reconstruction du pays et au soutien à apporter à la population dans le rétablissement des fondements sociaux et économiques de la société haïtienne. Haïti a besoin de partenaires, d’individus et de bailleurs financiers qui souhaitent accompagner la renaissance d’une nation, par elle-même et pour elle-même. »
NB : cet entretien a été réalisé le 16 avril dernier. Aujourd’hui, Aurélien Pekezou poursuit son engagement au sein des équipes d’A.M.I., en qualité de coordinateur médical pour le programme mené par l’association au Sud-Kivu (République Démocratique du Congo). Consulter cet article seul
Haïti : porter la solidarité au-delà de la crise
Administrateur de retour de mission, Alexandre Schwall évoque son expérience en Haïti dans la période de post-urgence, qui a suivi la première phase de recherche et d’assistance aux victimes du séisme. Il relate par la même occasion son parcours au sein d’Aide Médicale Internationale.
Au cours de son Master en gestion des situations de crise suivi à l’Université Paris 1 Panthéon–Sorbonne, Alexandre réalise un stage de six mois au siège d’A.M.I. à Pantin, en tant qu’assistant desk du responsable de programmes sur les missions en Haïti, au Soudan et en Afghanistan. À l’issue de cette première expérience de suivi des activités, il se voit offrir l’opportunité de mettre à profit sur le terrain les compétences de supervision et de reporting qu’il a développé, en partant en mission pour trois mois au Yémen. Administrateur, il est alors chargé d’assurer la gestion administrative de la mission et de former un administrateur local pour le remplacer. Quelques mois après son retour en France, A.M.I. lui propose de participer aux nouvelles activités de l’association en Haïti suite au tremblement de terre du 12 janvier.
Dans les semaines qui suivent la catastrophe, A.M.I. travaille à la consolidation et à la pérennisation des ses activités de soin et de prévention à destination de la population de Port-au-Prince. Une mission de primo-urgence a été menée dans un premier temps pour répondre aux besoins des sinistrés en termes d’interventions chirurgicales. Les activités d’A.M.I., établies depuis de nombreuses années dans la capitale haïtienne, ont été directement affectées par le séisme, en raison du bouleversement de la géographie urbaine et de l’explosion des besoins à couvrir. « Venu en soutien au coordinateur administratif et financier, j’ai été chargé dans un premier temps, explique Alexandre, de regrouper et classifier l’ensemble des données éparpillées par le séisme et qui pouvaient être facilement récupérées dans les décombres des bureaux de l’association. À cela sont venues s’ajouter rapidement la gestion de la trésorerie en collaboration avec le comptable local et la supervision du recrutement d’une trentaine de personnels locaux, afin de faciliter la réorganisation et l’agrandissement de la mission suite à la mise en place de nouvelles activités liées aux événements du 12 janvier. »
Alexandre souligne « qu’il était important de maintenir le fonctionnement administratif de la mission, malgré le contexte difficile qui prévalait. Le soutien apporté à l’infrastructure de la mission a permis une réorganisation rapide et efficace des activités une fois celles-ci adaptées aux nouveaux besoins de la population et aux solutions susceptibles d’être apportées par les équipes d’A.M.I. » Une véritable supervision a pu être mise sur pied entre l’équipe de coordination dirigée par le chef de mission et les bases des programmes en faveur des enfants et jeunes des rues (EJDR) et de soins obstétricaux gratuits (SOG), auxquels est venu s’ajouter le programme « santé Martissant » en réponse au séisme. Dans le cadre de sa mission courte, Alexandre a assuré l’organisation des dossiers administratifs de la mission, la rédaction d’un guide de gestion des tâches administratives et des ressources humaines, ainsi que la formation d’une assistante ressources humaines locale. « Au-delà du traumatisme ressenti par la population haïtienne, A.M.I. a été en mesure de répondre au désir d’investissement et de responsabilisation des Haïtiens, en permettant à certains d’entre eux de collaborer aux programmes de santé développés par l’association, note Alexandre. Pour ma part, j’ai eu le temps de transmettre et d’expliquer les compétences nécessaires à la future assistante ressources humaines. J’ai aussi été amené à expliquer les particularités du travail en milieu humanitaire et les responsabilités propres à cet engagement au reste du personnel haïtien nouvellement recruté. »
« Cette expérience enrichissante m’a permis d’apprécier le volontarisme et le courage dont font preuve bon nombre d’Haïtiens, et de dépasser la vision catastrophiste et misérabiliste véhiculée dans les médias, confie Alexandre. Il n’en est pas moins vrai que la situation humanitaire reste encore très fragile sur place et que nombre de besoins vitaux ne sont pas complètement satisfaits (soins, nourriture, eau, sanitaires, abris). Il a été difficile pour moi de partir au terme de ma mission, au regard des relations nouées avec les équipes face à l’adversité et des besoins immenses sur place. L’impatience exprimée parfois par une frange de la population qui ne semble pas percevoir d’amélioration considérable de leur vie quotidienne me parait compréhensible et doit inciter à redoubler d’efforts. » Il est important de noter que la reconstruction reste un processus long et progressif. Alexandre a ainsi clairement participé à la consolidation et à la redéfinition des activités d’A.M.I. en Haïti. Et c’est fort de cette expérience marquante et éprouvante qu’il poursuit son parcours dans le secteur humanitaire, et notamment sa collaboration avec A.M.I., en retournant sur la mission de l’association au Yémen en tant qu’administrateur. Consulter cet article seul
Haïti : retrouver ses racines, aider un pays à se relever
De retour en France après une mission courte d’un mois en Haïti en tant que référent médical, Léoine Pierre nous fait part de son sentiment sur la particularité de participer à une mission humanitaire dans son propre pays d’origine ravagé par une catastrophe sans précédent.
« Infirmière de formation, j’ai validé une Licence en Sciences sanitaires et sociales à Paris, avant de suivre une spécialisation en Santé publique et santé communautaire au sein de l’Institut de formation et d’appui aux initiatives de développement (IFAID) à Bordeaux », rappelle Léoine. Elle a eu par la suite l’opportunité de mettre en application les compétences développées au cours de sa formation dans le cadre d’une mission humanitaire d’un an avec Aide Médicale Internationale au Sud-Kivu, dans l’est de la République démocratique du Congo. Revenue de cette expérience « aussi éreintante que formatrice », Léoine prend le temps de fonder une famille, avant de « réinvestir en France les compétences développées à l’étranger », notamment au sein d’une association locale de lutte contre les addictions et l’alcoolisme en lien avec la municipalité de Nantes. « Toujours désireuse de partir en mission humanitaire, sans forcément sacrifier sa vie de famille », elle retrouve les équipes d’A.M.I. dans les semaines qui suivent le séisme, pour participer à la redéfinition des activités de la mission à Port-au-Prince, où l’association est engagée auprès des enfants et jeunes des rues depuis 2004.
Dans le cadre du dispositif d’urgence et d’adaptation des programmes existants mis en place par A.M.I., Léoine est venue « soutenir l’infirmière d’urgence pour la supervision RH et qualité des cliniques mobiles sillonnant les rues, participer aux discussions et négociations concernant les projets de soutien à des centres de santé et le développement des activités, appuyer le pharmacien dans l’identification des fournisseurs et la gestion des stocks de médicaments, tout en accompagnant la consolidation des activités et la prise en charge de certaines fonctions logistiques ». Cette multiplicité des tâches rendue nécessaire par la gravité de la situation n’a pas été sans entraîner « certaines difficultés d’adaptation pour réussir à trouver son rythme sur une mission d’une durée aussi courte ».
Née dans la commune de Dessalines (Artibonite), nommée en hommage au héros révolutionnaire et premier dirigeant de la République haïtienne, Léoine a quitté l’île au cours de son enfance tout en conservant de la famille à Pétionville, dans la banlieue de Port-au-Prince. Bouleversée par la catastrophe, elle a néanmoins su « convaincre les équipes d’A.M.I. quant à sa capacité à prendre du recul face aux évènements pour réussir à assumer ses nombreuses responsabilités sur le terrain ». Elle confie d’ailleurs s’être sentie dans un premier temps « rassurée concernant l’état apparent des infrastructures dans la capitale haïtienne puisque, malgré l’ampleur de la tragédie humaine, nombreux sont les bâtiments restés debout ». Léoine dit être parvenue à tirer parti de son « rapport ambivalent à la catastrophe haïtienne », puisque son absence du pays lors de la catastrophe lui a permis de « conserver la distance nécessaire à son travail face aux destructions », tandis que sa connaissance de la langue créole et des procédures d’intervention d’A.M.I. l’ont « aidée à être rapidement opérationnelle tout en se faisant accepter plus facilement par une population meurtrie et repliée sur elle-même ». Savoir mettre de côté ses souffrances, sans forcément chercher à les étouffer ou à les exorciser en se tuant à la tâche, lui a permis, explique-t-elle, d’assurer la charge de ses activités sur toute la durée de la mission, et ainsi être en mesure d’apporter, à son échelle, sa contribution au rétablissement de son pays d’origine. Tout au long de sa mission, Léoine s’est efforcée de « ne jamais oublier les besoins de la population haïtienne, tout en ayant conscience de ses propres limites, mais aussi de la patience et de la détermination nécessaires à la reconstruction et au développement d’Haïti pour les années à venir ». Consulter cet article seul
Haïti : une réalité indicible
Yves Bourny a assuré pendant cinq semaines les fonctions de coordonnateur des programmes d’urgence d’A.M.I. en Haïti. Aujourd’hui de retour de mission, alors qu’un nouvel expatrié assure désormais ces fonctions, Yves nous livre quelques impressions sur le contexte actuel de la capitale haïtienne.
"Nous sommes bloqués depuis plus d’une heure dans les embouteillages. Nous avons bien essayé de quitter les axes principaux mais toutes les rues secondaires sont obstruées par les gravats ou des tentes. Le peu d’espace entre les bâtiments effondrés est occupé et les rues sont envahies par les campements provisoires. Par centaines de milliers, les gens dorment encore dehors, sous des tentes igloos familiales pour les plus chanceux, sous de simples bâches pour d’autres. Le centre de Port-au-Prince est devenu un immense bidonville. La saison des pluies arrive avec sa menace de nouvelles catastrophes. Les drains qui canalisaient tant bien que mal les eaux de ruissellement ont tous été rompus par le séisme du 12 janvier. Les glissements de terrain risquent d’être beaucoup plus importants cette année, ce qui fait craindre qu’ils causent un nombre important de victimes. Une deuxième catastrophe risque de succéder à celle du début d’année.

- Jeunes enfants se présentant à une séance de vaccination
L’état de santé de ceux qui sont restés se dégrade. On le voit bien au niveau des cliniques mobiles d’A.M.I. Les infections respiratoires et les maladies diarrhéiques sont beaucoup plus fréquentes. Les soins des traumatismes du séisme ont désormais laissé la place à la prise en charge des pathologies communes à la pauvreté et la précarité. Cinq équipes médicales haïtiennes assurent tous les jours des consultations gratuites sur des sites repérés à l’avance. Tous les matins, les équipes se retrouvent dans notre centre médico-social de Martissant pour faire le point et préparer la tournée du jour. Nous devons d’ailleurs les rejoindre à 8h00 ce matin, ce qui nécessite patience et organisation… Comme A.M.I. travaille sur cette proche banlieue depuis 2004, nos contacts locaux, comités ou groupements informels, nous aident à déployer nos activités de soins là où c’est le plus urgent. Grâce à eux, nous pouvons intervenir dans des conditions acceptables : des tentes sont installées à l’avance, parfois, nous utilisons une maison encore debout prêtée par son propriétaire. La solidarité dont ont fait montre les Haïtiens a été une belle leçon. Tout le monde prévoyait des pillages et des émeutes. Rien de tout cela malgré quelques incidents isolés montrés en boucle dans les médias internationaux. Les Haïtiens ont relevé la tête courageusement et ont fait bloc.
La situation est tellement indicible. Plus de 300 000 morts et au moins autant de blessés. La réalité, derrière ces chiffres, dépasse tout ce qu’on peut imaginer. Beaucoup de cadavres restent encore sous les décombres. Quant aux survivants, ils sont plus d’un million et demi de sans-abri. Leurs besoins sont colossaux, et y répondre est une tâche d’une ampleur sans précédent. Il faut parer au plus urgent, protéger, nourrir et soigner ceux qui n’ont plus rien. Il va falloir aussi détruire les milliers de bâtiments qui menacent de s’écrouler. Et déblayer l’équivalent d’une ville en béton et fers tordus. Je pense à ce type qui m’expliquait qu’il avait construit une maison l’an dernier. Il va continuer à payer toute sa vie pour cette maison… qui n’existe plus." Consulter cet article seul
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