Témoignages
Haïti : espoirs et projets d’une bénéficiaire

Marie-Lande, 24 ans(1), bénéficiaire du programme Enfants et jeunes des rues d’AMI en Haïti, témoigne de son parcours et ses activités avec AMI. En phase de transition(2) dans le cadre du dispositif, elle exprime aussi ses espoirs et ses projets.
Quelles sont les activités qu’AMI vous propose ?
Depuis longtemps, je me rendais à des ateliers de sensibilisation sur les comportements sexuels et sur le SIDA ; on nous montrait par exemple comment utiliser les préservatifs. Je rencontrais aussi des personnels soignant lors des consultations assurées à l’occasion des visites de la clinique mobile dans la base « cimetière » (3). De plus, j’étais pair éducateur, et l’on me formait pour que je travaille avec les autres dans la base. J’ai également suivi des activités artistiques, d’art floral, de broderie et de discussion de groupe à Pétion ville. Depuis octobre dernier, je participe aux activités de cuisine et de ménage. Lorsque je m’y rends, j’emmène mes enfants à la crèche d’AMI.
En quoi pensez-vous que ces activités vous préparent à une réinsertion ?
Grâce à l’indemnité qu’on me donne aujourd’hui, j’ai pu mettre ma fille de six ans à l’école, j’arrive à prendre soin de ma famille, et je pense qu’un jour prochain je deviendrai quelqu’un comme tout le monde. Ce qui m’aide aussi à me réinsérer, c’est qu’aujourd’hui, les gens qui ne me connaissent pas ne peuvent pas deviner que je suis une fille des rues.
Qu’avez-vous appris depuis que vous avez intégré le programme de stages ?
J’ai beaucoup appris depuis que j’ai intégré le programme de stages. Par exemple, je sais aujourd’hui qu’il faut se protéger des microbes qu’on a chez soi, et qu’il est important de nettoyer souvent, en respectant des règles d’hygiène strictes. Ainsi, on nous apprend à porter des cache-nez lorsque l’on passe la serpillière.
Comment voyez vous votre avenir ?
Mon problème, c’est que lorsque j’ai commencé mon stage, je n’avais quasiment rien pour mes quatre enfants, et presque toute l’indemnité que j’ai reçue jusqu’à aujourd’hui a été dépensée pour eux. Cela dit, Sheila (la responsable éducative) travaille toujours avec nous pour trouver un moyen pour ne pas retourner dans la rue si le stage s’achève, ou si le programme venait à prendre fin. Mais j’espère qu’on me gardera encore pendant un peu de temps pour que je puisse être complètement autonome. En fait, j’aimerais beaucoup lancer un petit commerce.
Propos recueillis par Delphine Magre, chef de mission Haïti pour AMI jusqu’à avril 2008.
(1) Le programme AMI en Haïti s’adresse aux enfants et jeunes de 0 à 21 ans. Cependant, les jeunes mères isolées d’enfants en bas âge peuvent participer au dispositif mis en œuvre.
(2) Le programme Enfants et jeunes en situation de rue d’AMI en Haïti est organisé selon quatre grandes phases : approche (identification des enfants et jeunes, et premier contact), amorçage (intensification des relations, stabilisation comportementale), transition (stabilisation sociale autogérée) et réinsertion (cette dernière étape est assurée par des partenaires locaux).
(3) Les enfants et jeunes en situation de rue se réunissent en groupes attachés à un lieu. La base désigne à la fois le groupe et son lieu d’implantation.
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Haïti : une responsable éducative témoigne.
Sheila, responsable éducative au sein du programme Enfants et jeunes en situation de rue en Haïti, revient sur l’action d’AMI, et sur le travail entrepris spécifiquement auprès des jeunes filles.Les jeunes filles en situation de rue constituent, avec les enfants et des PVVIH (personnes vivant avec le VIH), une population extrêmement vulnérable. Des dispositifs et activités spécifiques ont donc été mis en œuvre à leur intention. Par ailleurs, elles sont prioritaires sur les stages hygiène et garderie, car nous estimons que l’exercice de leur responsabilité de mère peut être renforcée par de telles formations.
Quels sont les critères de sélection des stagiaires ?
Pour être éligible au programme de stage, le jeune doit répondre aux critères suivants :
En quoi consiste le soutien d’AMI à ces jeunes filles ?
C’est un véritable contrat pédagogique, basé sur un engagement moral fort, qui nous lie à ces jeunes filles, qui reçoivent une indemnité mensuelle, un repas par jour et peuvent confier leurs enfants à la crèche AMI quand elles viennent au centre médico-social de proximité (CMSP).
Le soutien d’AMI aux jeunes filles des rues prend notamment la forme de stages, organisés autour d’un programme de suivi : suivi étroit des jeunes filles enceintes et séropositives par l’équipe médicale, et suivi étroit des enfants de moins de 6 ans des jeunes filles stagiaires. Le stage est animé par un tuteur/éducateur, qui organise, entre autres activités, des formations sur les questions d’hygiène alimentaire et corporelle, et sur les notions essentielles de l’économie sociale et familiale, pour apprendre aux jeunes filles à gérer les indemnités qu’elles reçoivent. Enfin, un suivi psychologique ponctuel peut être entrepris en cas de nécessité.En quoi les stages proposés aux jeunes filles en situation de rue peuvent-ils les aider à se construire un avenir meilleur ?
L’indemnité qui leur est versée aujourd’hui a permis à deux d’entre elles d’envoyer leurs enfants à l’école maternelle, et trois ont pu se payer un loyer. Quelques autres se préparent aujourd’hui à aller à Calvaire pour la fête de Pâques. Cette année, elles n’iront pas pour mendier, mais pour vendre des bougies, confectionnées dans le cadre d’une activité autonome qu’elles ont créée avec leur indemnité mensuelle de stage. À travers toutes ces démarches, qui représentent de véritables avancées, les jeunes filles posent elles-mêmes les bases de leur réinsertion.
Propos recueillis par Delphine Magre, chef de mission Haïti. Consulter cet article seul
Haïti : Favorisons les partenariats !
Travailler en complémentarité est aussi l’assurance d’un travail de qualité basé sur des expertises réelles et d’une pérennité des actions engagées qui ne s’arrêteront pas avec nous.
En août 2006, intrigué par les va-et-vient de nos cliniques mobiles sur la place, il interpelle les enfants bénéficiaires pour connaître notre travail. Régulièrement à partir de cette date, il discute avec les responsables médicaux, puis sociaux. Un projet naît : organiser avec tous les enfants et jeunes des rues un gigantesque concours de free style, avec pour premier prix l’enregistrement du clip vidéo de la chanson gagnante. Le succès auprès des jeunes est immédiat. Pendant des mois, ils préparent, sous la direction de nos éducateurs et des musiciens de la fondation, les paroles et les rythmes qui seront proposées en décembre 2006 lors de la compétition officielle. Le groupe de rap XX gagnera le premier prix avec la chanson Jistis Rap, enregistrée en studio en août 2007.
La réussite de ce premier partenariat nous a amené à réfléchir ensemble à de possibles collaborations futures. Une petite fête de Noël, sous le signe du chant et de la danse, a pris forme et vie en mélangeant enfants des rues et enfants du quartier populaire de Martissant sous la direction de deux musiciens de la fondation Boulo Valcourt. Les sourires sont la meilleure preuve de la réussite de cette journée.
L’intérêt et motivation manifestés par la grande participation des
enfants a finalement permis d’aboutir à une confiance réciproque entre les enfants, la fondation Boulo Valcourt et AMI. Cette confiance se concrétise aujourd’hui par la création d’une collaboration officielle sur une sensibilisation artistique gérée par les musiciens de la fondation au sein du centre d’AMI à Martissant. Cette sensibilisation artistique entre en renforcement du programme d’activités menées par AMI et dont l’objectif est la stabilisation comportementale des enfants et des jeunes des rues afin de favoriser leur réinsertion sociale.La sensibilité et motivation dont les artistes de la fondation Boulo Valcourt font preuve, prouvent la grande compréhension et l’engagement moral et humain de cette partie de la société civile. Cet engagement doit être diffusé auprès d’autres partenaires avec lesquels nous sommes en discussion aujourd’hui pour développer des activités d’alphabétisation, de rattrapage scolaire, d’hébergement…
Travailler en complémentarité est aussi l’assurance d’un travail de qualité basé sur des expertises réelles et d’une pérennité des actions engagées qui ne s’arrêteront pas avec nous.
par Delphine MAGRE, chef de mission Haïti
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Vous avez dit Petite Enfance ...
par Albert ROCHET, référent psychosocial du Programme d’accompagnement médical et psy-chosocial en faveur des enfants et jeunes des rues de Port-au-Prince, Haïti.
Afin de renforcer l’accompagnement des enfants de 0 à 6 ans et de leurs mamans, Aide Médicale Internationale organise et développe des activités dédiées à la prise en charge psychosociale de la petite enfance ;
activités qui viennent enrichir le programme médical de Protection Materno-Infantile déjà en place. La prise en charge fonctionne depuis maintenant trois semaines. Nousaccueillons pour le moment 7 bébés de 1 à 18 mois et 4 enfants de 3 à 5 ans. Au vu du succès de ce programme, il faut s’attendre à ce que le nombre d’enfants augmente dans les semaines à venir. Les enfants sont accueillis par une éducatrice sociale responsable du service Petite Enfance et une animatrice enfants de 8h00 à 15h30, tous les jours.Quotidiennement, un service de garderie et d’éveil éducatif est à la disposition des mamans en stage de pré-insertion long (8 jeunes filles et 10 enfants) et des mamans en phase de transition qui viennent pour des activités ponctuelles au Centre Médico-Social de Proximité.
Les activités se déroulent dans une salle spécialement aménagée et un espace de jeu extérieur. Les enfants ont également un repas adapté à leur âge.
La journée s’organise autour d’activités créatives (peintures, collage…), ludiques (jeu libre, organisé, jouets...), éducatives (comptines...), et en fin de journée, l’accent est mis sur les soins corporels : douche, brossage de dents ...
Ce sont des moments de détente autant pour les enfants qui ont un
espace sécurisé pour jouer ainsi qu’une personne qui s’occupe d’eux à plein temps ; que pour les mamans qui pour quelque temps peuvent s’occuper un peu d’elles et parfois aussi jouer : certaines mamans sortent à peine de l’adolescence…Les mamans bénéficient de divers activités : artistiques, discussions en groupe, discussion en privé avec la psychologue…et autres activités à venir du type sorties, spectacles, cinéma…avec ou sans leurs enfants.
Pendant encore quelque mois, le temps que le dispositif se mette en place et que le personnel se forme, le programme offrira un espace de détente et de loisirs de type garderie, avant de devenir un vrai outil d’accompagnement socio éducatif avec des méthodes de renforcement de la fonction parentale, un accompagnement à la scolarisation (via des partenaires).
Il nous semble indispensable de travailler en même temps avec les enfants et leurs mamans pour réduire les abandons d’enfants et réduire les comportements à risques susceptibles de mettre en danger la santé physique et mentale des enfants.
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PMI en Haïti : une infirmière témoigne
Infirmière AMI au sein de l’Unité des Comportements A Risque (UCAR) depuis début 2007. Dans le cadre de l’UCAR, Mythide JOSEPH travaille essentiellement sur les activités de Protection Maternelle et Infantile (PMI).
Dans un souci d’accès de soins de santé primaire pour les plus démunies, Aide Médicale Internationale compte pallier les problèmes de santé les plus urgents des enfants et jeunes des rues de Port-au-Prince. Afin de soutenir spécifiquement les jeunes filles des rues en âge de procréer et les enfants de 0 à 5 ans, AMI met en place des activités de Protection Materno-Infantile (PMI). Ainsi, les jeunes filles bénéficient d’un suivi médical de leur grossesse de façon systématique. De plus, les équipes d’AMI assurent des sensibilisations sur différents thèmes en vue de faciliter leur compréhension de la grossesse et de la maternité. Enfin, nous leur facilitons l’accès au programme de planification familiale et surveillons l’état nutritionnel, vaccinal et staturo-pondéral des enfants de 0 à 5 ans. Parallèlement, des activités de Petite Enfance apportent un soutien psychologique aux jeunes mamans.
Quelles sont tes fonctions dans le cadre des activités PMI ?
Dans le cadre de ce programme j’accompagne les filles de rues enceintes. Pendant la grossesse : je fais l’éducation des futures mères sur l’allaitement maternel. J’insiste sur l’hygiène et l’entretien de soi et de l’enfant à naître. Je mets un accent particulier sur la planification familial et ceci avant même l’accouchement sinon il est souvent trop tard. Je sensibilise constamment, sur la prévention des maladies sexuellement transmissibles. Je parle aussi de l’alimentation des enfants en fonction de leur développement. Afin de les convaincre de l’importance de la vaccination, j’aborde le sujet dès le début de grossesse. Puis, je les assiste à l’accouchement dans le souci d’une maternité sans risque et je suis toujours à leur coté jusqu’à la sortie de l’hôpital pour superviser la mise au sein immédiate. Enfin j’organise avec elle le suivi post natal dont la durée est fonction du déroulement de l’accouchement et des suites de couches.
Comment se passe une journée de travail ?
Une journée commence au bureau. Je prépare, avec le médecin responsable de l’unité les besoins journaliers : médicament, dossiers médicaux, argent, etc. en fonction des filles que nous allons rencontrer. Puis l’équipe se rend dans la rue ou dans un centre d’accueil pour rencontrer les filles à suivre en ce jour. En fonction du besoin, nous faisons des consultations, spécialisées ou non parfois des examens de laboratoire ou d’imagerie. Nous nous chargeons de jouer aux parents avisés et veillons à ce que tout se passe bien dans les différentes structures fréquentées par les jeunes filles. Puis nous veillons à la mise en route du traitement prescrit. Il faut s’assurer qu’elles aient bien intégré la posologie et la durée du traitement. Enfin, je donne les derniers conseils et consignes puis je prends rendez-vous pour la prochaine visite et nous retournons au bureau pour faire le bilan de la journée, les rapports et autres taches.
Jusqu’à quand accompagnes-tu ces jeunes mères ?
Je suis aux côtés de ces jeunes filles-mères jusqu’à ce que leur enfant ait un an puis le suivi devient moins intense. Nous continuons à donner des soins au besoin et on suit la croissance, l’état nutritionnel etc. Ces enfants font ensuite partie de nos bénéficiaires et ont accès au programme d’accompagnement médico-social d’AMI.
Comment les bénéficiaires voient elle le programme de PMI ?
Beaucoup d’entre elles sont satisfaites des services que nous rendons mais naturellement elles demandent beaucoup plus. Par exemple elles ne veulent pas que leurs enfants vivent dans la rue et réclament des logis, certaines veulent un micro financement pour créer le petit commerce…etc. Mais ce n’est pas le mandat d’AMI, nous essayons néanmoins de les orienter vers les structures adéquates.
Quel est ton mot de fin ?
Je dirai que le programme de PMI est très bénéfique pour la population cible mais reste tellement insuffisant. Il y de grandes joies avec les mères mais aussi de grandes frustrations.
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