Témoignages

Haïti : entretien avec le Dr Jaques Katshitshi, coordinateur des activités médicales


Comment votre parcours professionnel vous a-t-il conduit à travailler pour A.M.I. ?
« J’ai voulu tenter une nouvelle expérience professionnelle. Après 16 ans dans le secteur humanitaire avec le Mouvement International de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, j’avais envie de découvrir les activités des autres acteurs humanitaires. Dans ma recherche, je suis tombé sur Aide Médicale Internationale qui m’a donné l’opportunité de partir en mission en Haïti en tant que coordinateur médical. C’est avec joie que j’ai accueilli cette proposition. »

Pourquoi avez-vous choisi de partir en mission pour Haïti ?
« Partir en mission en Haïti n’est pas le fruit du hasard. Après le séisme du 12 janvier 2010, je n’ai pas eu l’occasion d’aller aider les populations vulnérables qui avaient été affectées par la catastrophe. Ma volonté de porter secours aux populations vulnérables est la seule raison pour laquelle j’ai pris la décision de m’engager. Par ailleurs, la devise d’AMI d’« aller là où les autres ne vont pas » a été déterminante pour moi, car elle se rapproche de ce que j’avais déjà fait dans le passé. Et puis, c’était une occasion de découvrir un nouveau continent. »


En tant que coordinateur médical, quelles sont vos principales fonctions au sein des programmes d’A.M.I. en Haïti ?
« En tant que coordinateur médical d’A.M.I. en Haïti, mon rôle a été de suivre les aspects médicaux des programmes : les activités de soins de santé primaires dans le quartier de Martissant 7 ; les activités de la clinique SOG (soins obstétricaux gratuits) de Martissant 23 ; la prise en charge médico-éducative des enfants et jeunes de rues (programme E.J.D.R.) ; et les activités liées à l’épidémie du Choléra. En ce qui concerne les ressources humaines, j’étais en charge de l’appui et de l’encadrement des équipes médicales : recrutement et formation, organisation des réunions médicales, visite terrain des équipes. Je me suis également occupé de la collecte des données sanitaires, de l’harmonisation des outils médicaux (révision des outils de collecte de données épidémiologiques), de la coordination avec les partenaires (réunion de cluster santé, sous-cluster santé de reproduction, contacts avec les autorités sanitaires de Port-au-Prince et avec les partenaires) ainsi que du reporting des activités. »


Comment se poursuivent les activités face à l’épidémie de choléra ?
« En réponse à l’épidémie de choléra, A.M.I. a choisi une stratégie quelque peu hors du commun : des unités de traitement de choléra (UTC) mobiles, c’est-à-dire volantes. Il s’agit de répondre à l’urgence en formant des équipes mobilisables rapidement en cas de pics dans des zones périurbaines difficiles d’accès où il n’y a pas d’intervenants. Ainsi, les équipes d’A.M.I. se sont déployées dans les montagnes de Laboule 12, Lamarque et 4ème Belle Fontaine. En dehors des UTC volants, A.M.I. s’est lancée dans la prévention du choléra à travers la sensibilisation et la mise en place de Postes de Réhydratation Orale (P.R.O.) en partenariat avec l’ONG Première Urgence. Dans le cadre du programme choléra, les équipes d’A.M.I. ont réalisé de nombreuses activités d’octobre 2010 à fin janvier 2011. Elles ont notamment :

• pris en charge 90 cas (parmi lesquels 70 ont été hospitalisés) dans les UTC de Laboule 12, Lamarque et Belle Fontaine et 865 cas dans les P.R.O. de Fontamara, Martissant et Laboule 12 ;
• sensibilisé près de 12 370 personnes, dont 10 852 à Martissant et 1 518 enfants et jeunes de rue ;
• formé 117 volontaires P.R.O., le staff A.M.I. chargé de la sensibilisation, la tenue des brigades, l’hygiène etc.

Dans le cadre du programme E.J.D.R., les équipes mobiles ont consulté et soigné 3 135 enfants et jeunes de rue et en ont sensibilisé 2 450 sur des thématiques variées, notamment l’hygiène corporelle, la violence, la prévention des IST/VIH/SIDA et du choléra, et l’allaitement maternel. »


Selon vous, quelles sont les perspectives futures de la mission ?
« Aujourd’hui, la mission d’A.M.I. en Haïti est en pleine croissance et a besoin d’un soutien constant. Une réflexion profonde doit être faite sur son avenir, notamment sur la nécessité de sortir de la logique de substitution et de se consacrer au renforcement des capacités des structures de l’Etat pour une meilleure prise de charge des communautés. Ceci serait possible, selon moi, dans des zones périurbaines et rurales où le besoin se fait sentir avec acuité. En outre, le programme E.J.D.R. pourrait inclure des volets axés sur la médiation et la réinsertion familiale des enfants de rue, sur la scolarisation, l’orientation professionnelle, etc. Ces volets pourraient être développés en consortium avec d’autres partenaires ayant les compétences pour gérer des programmes plutôt axés sur le développement que la post-urgence. »

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Urgence sanitaire en Haïti : Papy Lukeka nous raconte la réponse d’Aide Médicale Internationale au choléra


La mission d’A.M.I. en Haïti a été récemment frappée par une nouvelle crise sanitaire. La violente épidémie de choléra qui s’est déclenchée sur le pays a en effet bouleversé le démarrage de la phase de reconstruction que l’on pouvait espérer un an après le séisme du 12 janvier 2010. Cette situation a conduit l’organisation à réadapter une nouvelle fois ses actions face à l’urgence, afin de répondre au mieux aux priorités et aux besoins des populations vulnérables.
Papy Lukeka travaille en Haïti depuis un an pour Aide Médicale Internationale en tant que coordinateur logistique. Dans cette interview, Papy nous raconte les difficultés de gestion des problématiques quotidiennes dans le contexte extrêmement instable et imprévisible qui caractérise actuellement le pays.

« Quand l’épidémie de choléra s’est déclenchée en Haïti, toute l’équipe s’est mobilisée pour agir le plus rapidement possible. J’ai alors reçu un appel d’urgence afin que je me dépêche de rentrer en Haïti après une nuit en République Dominicaine. L’équipe sur place avait déjà commencé à établir les contacts avec nos différents partenaires afin d’effectuer les commandes d’urgence. Nous avons alors participé à une première journée de réunion avec les équipes Log et Wash afin d’organiser nos stocks face à cette épidémie. Ensuite nous avons lancé une commande d’ORS (Sérum de Réhydratation Orale) afin de finaliser la transformation de la clinique de Martissant 7 en centre de réhydratation orale. Au début, nous avions prévu de construire un Centre de Traitement du Choléra (CTC) dans le quartier de Martissant afin de mettre à profit notre collaboration avec le Ministère de la Santé Publique et de la Population (MSPP). Cependant, nous n’étions pas dans de bonnes conditions pour obtenir un terrain constructible parce que les déplacés du séisme occupaient déjà une bonne partie des terrains.

Construction d’une Unité de Traitement du Choléra (UTC)

Par ailleurs, les terrains en Haïti sont généralement de propriété privée, ils ne possèdent pas de titre foncier et ne sont donc pas exploitables. A.M.I. a dû alors prendre la décision d’aller là où les autres ne vont pas, c’est-à-dire dans les zones les plus enclavées afin de mettre en place des Unités de Traitement du Choléra (UTC).
Dans le village de Laboule, la Croix-Rouge française ainsi que nos partenaires de WASH (eau et assainissement) nous ont fournis des tentes pour mieux entamer les installations. Ensuite, nous avons pris tout en charge au niveau médical et non médical et l’UTC a été entièrement gérée par une équipe d’A.M.I. L’accessibilité au village est très limitée et il est très difficile de s’installer dans cette zone. Le village se trouve sur une colline accessible uniquement à pied ou en voiture. En tant que coordinateur logistique, je m’occupe de conduire chaque jour l’équipe sur place, d’assurer la livraison des matériels, ainsi que de garantir le respect des mesures de sécurité.

Une clinique de santé mobile à Martissant

La supervision quotidienne est indispensable au bon fonctionnement de ce programme, afin que l’équipe soit confiante et que l’épidémie de choléra soit sous contrôle. Une priorité était d’assurer le traitement de l’eau, indispensable pour le déroulement des activités médicales. Le transport a été très complexe car il n’y avait pas d’accès au site. On a du utiliser un petit tank de 350 litres pour remplir le blader (tank souple) de 5 000 litres d’eau offert par l’UNICEF. D’autres partenaires nous ont aidé à analyser l’eau infectée. Nous l’avons traité avec du chlore afin de pouvoir l’utiliser pour l’UTC. La population, composée d’environ 8 000 personnes éparpillées sur tout le territoire, a accueilli le projet très favorablement et participe avec enthousiasme aux opérations. C’est ainsi qu’environ 70 haïtiens travaillent avec nous pour faire face à l’urgence.
À Port-au-Prince, la capitale du pays, nos activités se concentrent sur Martissant. Dans ce quartier pauvre, les conditions sanitaires des habitants sont très précaires et nous avons beaucoup de travail à faire pour améliorer leur mode de vie. Nos équipes se consacrent à des séances d’éducation à la santé et à la promotion de l’hygiène pour prévenir les maladies contagieuses. Ce qui explique pourquoi mon emploi du temps quotidien est très chargé car je dois assurer un soutien continu aux équipes, m’occuper de leur sécurité sur la mission et prendre en charge la coordination des activités.
Aujourd’hui, la propagation du choléra semble stable et sous contrôle, mais le niveau de vigilance reste élevé. Malgré cela, la situation politique en Haïti est de plus en plus instable et il est impossible de prévoir comment elle évoluera dans le futur. L’aide offerte par la communauté internationale, à mon avis, ne suffit pas à reconstruire un pays qui semble ne pas avoir d’avenir. J’espère qu’en travaillant ensemble, nous arriverons à trouver une solution aux problèmes qui pèsent sur la population haïtienne. »

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Haïti : réponse du programme « Santé Martissant » à l’urgence due au séisme

Quelques heures après le séisme du 12 janvier 2010, les équipes d’A.M.I., déjà présentes sur place pour le projet d’assistance médicosociale auprès des enfants et jeunes des rues (EJDR) à Port-au-Prince, a su adapter ses activités au nouveau contexte. Comme dans beaucoup de quartiers populaires de cette zone métropolitaine, la population de Martissant a connu une forte croissance démographique qui n’a pas été soutenue par une stratégie urbanistique adaptée. Les conditions de vie caractérisées par la pauvreté, la promiscuité, la pollution, le manque d’hygiène et la sous-alimentation, ainsi que la sous représentation du système de santé, ont été exacerbées par le séisme.

Nutritionniste et diététicien de formation et congolais d’origine, Mwenelwata Wilondja Christophe a une maîtrise en santé publique et une spécialisation comme coordinateur de projets, ainsi que plusieurs années d’expérience dans le domaine de l’humanitaire à son actif. Ses expériences l’amènent à devenir coordinateur des œuvres médicales et, ainsi, gestionnaire de structures sanitaires. C’est à cette occasion que Christophe fait sa première rencontre avec les équipes d’A.M.I. Après six mois sur le terrain, il achève aujourd’hui sa mission en Haïti pour Aide Médicale Internationale en tant que responsable du programme « Santé Martissant ».


En quoi consiste plus précisément le programme « Santé Martissant » ?
« Il s’agit d’un dispositif intégré composé de cliniques fixes et de quatre équipes mobiles qui sillonnent le quartier de Martissant et ses environs afin de faciliter l’accès à des soins de santé primaire aux populations affectées par le séisme. Au-delà de la première phase d’urgence, l’objectif est l’implantation pérenne de structures de santé de qualité. Ce programme intègre également un dispositif de soins obstétricaux gratuits (SOG), initié à la fin de l’année 2009. La mise en place d’une clinique SOG, initialement prévue au début de l’année 2010, s’est brusquement interrompue le 12 janvier 2010. Le séisme a conduit les équipes d’A.M.I. à concentrer leurs actions et tous leurs moyens au rétablissement de l’accès aux soins de santé primaire des populations affectées. La clinique obstétrique n’est donc opérationnelle que depuis le 2 août 2010. Le personnel local, formé et encadré par A.M.I., est à l’oeuvre, en lien avec les réseaux communautaires pour permettre aux femmes du quartier d’accoucher dans des conditions sanitaires acceptables. Tous les jours nous enregistrons six à huit accouchements. Avec une douzaine de lits, la clinique a une capacité insuffisante à contenir une demande de plus en plus élevée. Pour cette raison nous avons réduit les activités de sensibilisation mises en place pour faire connaître le programme SOG aux futures mères. Par ailleurs, un réseau de treize matrones (accoucheuses traditionnelles) a signé un partenariat avec A.M.I. pour qu’elles référencent à la clinique les grossesses à terme. Cette stratégie vise à réduire les accouchements à domicile étant donné que nous n’avons pas de garantie sur les conditions dans lesquelles ils se font. Nous avons également prévu des séances de sensibilisation pour que les matrones puissent suivre les femmes à domicile dans la phase qui précède l’accouchement. »


Au sein de ce programme, quel est votre rôle et quelles sont vos responsabilités ?
« En tant que responsable du programme « Santé Martissant » je suis garant de la bonne mise en œuvre du projet sur l’ensemble de son cycle. Je surveille, notamment, la planification, l’exécution et le suivi de toutes les activités. Deuxièmement, je m’occupe de la coordination avec l’équipe A.M.I., les partenaires et les bailleurs de fonds et de la gestion des ressources humaines locales. L’objectif de mon poste est donc d’harmoniser le travail de l’ensemble du personnel impliqué dans le programme. Vers la fin de ma mission, une forte épidémie de choléra a touché les départements de l’Artibonite et du Plateau Central. La planification des activités du programme « Santé Martissant » a été encore une fois bouleversée par les événements. Nous avons organisé des activités de sensibilisation de la population pour éviter la propagation de la maladie. Nous sommes en train de mettre en place une Unité de Traitement du Choléra avec le Ministère de la Santé Publique et de la Population. Pour que l’Unité soit opérationnelle et efficace, la priorité actuelle est la formation de personnel médical. En tant que congolais je connais très bien le choléra, maladie qui avait complètement disparue d’Haïti. Mais le personnel haïtien est paniqué et ne sait pas comment faire face au problème. C’est pour cette raison qu’AMI, comme d’autres organisations humanitaires, met l’accent sur la formation du staff national et sur la sensibilisation communautaire.

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Haïti : la prise en charge médico-sociale des enfants et jeunes des rues après le séisme


Après une formation de deux ans en géologie et sociologie, Baptiste Hanquart prend son sac à dos et choisit de partir. En tant que bénévole, il travaille deux ans aux Philippines pour les enfants des prisons. Rentré en France, il suit une formation en gestion de projet à l’institut Bioforce et il participe ensuite à des programmes très vastes, focalisés sur les réfugiés politiques au Tchad et en Géorgie avec l’ONG Première Urgence. Recruté initialement par A.M.I. comme responsable pour le programme « Enfants et jeunes des rues » (EJDR) en Haïti, Baptiste a été promu chef de mission depuis octobre 2010. Après six mois sur le terrain, aujourd’hui il rend visite au siège pour différents débriefings.

Depuis janvier 2004, les équipes d’A.M.I. en Haïti travaillent au soutien médico-social des EJDR dans la zone urbaine de Port-au-Prince. Des unités médico-sociales mobiles, composées d’un médecin, un infirmier et deux éducateurs, vont à la rencontre des EJDR directement dans les rues en proposant une prise en charge médicale des soins de santé primaires, un suivi médical adapté aux différents besoins, une éducation à la santé et le référencement des cas critiques à d’autres structures plus spécialisées. Le projet appuie six structures partenaires d’accueil ouvert, de formation professionnelle et de soutien psychologique et se coordonne avec elles. Cette démarche est préalable à leur intégration dans un dispositif psychosocial et éducatif qui consiste à évaluer la motivation des enfants et préparer leur insertion dans des structures d’accompagnement social ou professionnel. Ensuite, le personnel d’A.M.I. organise régulièrement des ateliers de sensibilisation sur les comportements sexuels, la consommation de drogues et le dépistage afin de lutter contre la propagation du VIH/SIDA.

« Généralement, les EJDR sont divisés en groupes disloqués sur environ seize ‘bases’, explique Baptiste. Ils fonctionnent tous autour d’un chef, comme une micro organisation sociale assez structurée. L’objectif principal du programme est de faciliter l’accès à des soins de santé primaire pour cette population très vulnérable, et plus généralement, contribuer à leur bien-être psychophysique. Dans ce contexte, les éducateurs ont un rôle très important. Ils discutent avec les EJDR pour les encourager à rejoindre les centres d’accueil où ils peuvent manger, se laver, suivre des activités et faire des jeux, mais aussi recevoir un soutien éducatif qui les aide à se stabiliser. Au bout d’un an, certains d’entre eux réussissent à sortir de la rue. ».


Qui sont précisément les enfants et jeunes des rues ?
« Les enfants et jeunes des rues ont de 0 à 21 ans et ils vivent 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 dans la rue. Ils sont soit acteurs soit victimes de leur condition. Ils peuvent être accompagnés par les familles, elles aussi en situation de rue, ou non accompagnés pour différentes raisons : ayant été mis dehors ou ayant fui à cause d’actes de violence subis. Des fois il s’agit d’un départ volontaire par influence de la rue. En effet, la plupart des jeunes haïtiens travaillent dans la rue la journée et rentrent chez la famille la nuit ou le week-end. C’est à ce moment là que, au contact des jeunes et enfants des rues, certains rentrent dans un processus d’exclusion plus ou moins rapide. Cela explique l’importance d’un volet prévention auprès de ces enfants et jeunes pour éviter qu’ils soient attirés par la rue. Cependant, aujourd’hui un appui aux familles vulnérables reste le seul instrument efficace de prévention à leur départ. Vers la fin du mois de décembre, nous comptons publier un rapport sur la situation des EJDR selon les données collectées en 2010. »

Depuis le 20 octobre 2010, une forte épidémie de choléra s’est déclenchée dans certains départements d’Haïti en faisant plusieurs morts. Comment allez vous répondre à cette nouvelle problématique ?
« Pour le moment, le plus grand nombre de victimes a été enregistré dans le département de l’Artibonite et dans le Plateau central, principaux foyers de l’épidémie de choléra. La capitale n’a pas encore été touchée, mais nous sommes en train de nous préparer à l’arrivée de la maladie à travers la mise en place d’activités de prévention et de pré positionnement de matériel. Nous avons également mis à niveau nos centres d’accueil pour les patients suspects et nous avons entrepris la formation du personnel médical. Ce dernier point est essentiel, car le choléra n’existait pas en Haïti et le personnel soignant est peu familiarisé avec le travail des Centres de Traitement du Choléra (CTC). De plus, nous prévoyons un centre de traitement choléra en coordination avec la cellule de crise du département sanitaire de l’ouest, la Fédération Internationale de la Croix-Rouge, Médecins Sans Frontières, Médecins Du Monde. Un réseau de prise en charge a été planifié et sera peut être déployé en fonction des besoins sur toute l’agglomération de Port-au-Prince. »


Quelles sont les priorités actuelles pour le programme EJDR d’A.M.I. ?
« Aujourd’hui, la mission d’A.M.I. en Haïti a plus que triplé que ce soit en termes budgétaires ou en termes de ressources humaines, en raison notamment des interventions médicales d’A.M.I. dans le quartier de Martissant en réponse au tremblement de terre du 12 janvier 2010, mais aussi de l’implication de l’A.M.I. dans l’accès à des soins obstétriques gratuits pour les populations les plus vulnérables. Dans les mois prochains, A.M.I. pourra initier une vraie capitalisation des connaissances et des compétences sur les EJDR afin de consolider les pratiques et les activités. Nous sommes en train de réfléchir par ailleurs à une stratégie efficace de passation afin que les acteurs locaux prennent le relais de nos actions. En coopération avec d’autres organismes présents sur le terrain, on est en train de concevoir un plan de formation médicale pour transférer nos compétences et nos connaissances. En partenariat avec l’UNICEF, nous avons fait du plaidoyer pour que les associations locales prennent le relais et que les EJDR de Port-au-Prince soient inclus dans des programmes internationaux plus vastes. La formation du personnel médical est essentielle pour le transfert des compétences et des connaissances aux acteurs locaux. Forts de ces constats, nous avons donc créé, avec différentes organisations, un groupe de travail pour les enfants et jeunes des rues (GTEJDR) avec de nombreux objectifs : recueillir et analyser les informations pour une meilleure compréhension de la situation ; identifier, évaluer et coordonner les structures locales et internationales travaillant auprès des EJDR ; appuyer les structures locales identifiées ; informer/former les acteurs locaux et internationaux sur le travail auprès des EJDR ; plaidoyer et témoigner sur la situation et les besoins des EJDR. Le groupe a graduellement acquis un rôle d’expertise et de consultance et, aujourd’hui, il constitue un important point de repère pour les EJDR qui désirent sortir de la rue. Enfin, pour juin 2011, le GTEJDR a prévu la construction d’écoles pour les éducateurs. »

Par ailleurs, A.M.I. prévoit de renforcer son implication médicale dans l’accès à des soins de santé primaires, et notamment des soins obstétriques gratuits pour les EJDR, mais aussi pour toutes les personnes en situation de grande vulnérabilité.

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Haïti : implantation du programme de soins obstétricaux gratuits dans les réseaux communautaires

Diplômée de l’IEP de Toulouse, Sophie s’est spécialisée en ingénierie des services urbains en réseaux dans les pays en développement à l’IEP de Rennes. Elle a effectué un stage au Mexique sur un programme « eau et assainissement », puis s’est rendue à Douala (Cameroun) pendant deux ans et demi sur un projet du même type avec la GTZ (coopération allemande). En février 2010, elle a rejoint les équipes d’A.M.I. comme responsable du développement communautaire pendant quatre mois en Haïti.

Sur quel programme avez-vous travaillé et quel était l’objectif de votre mission ?
Je suis intervenue dans la phase de démarrage du programme de soins obstétricaux gratuits mis en place par A.M.I. à Martissant, un bidonville de Port-au-Prince. Accompagnant la politique de santé publique du gouvernement haïtien (accès à des soins gratuits et de qualité pour tous), les équipes d’A.M.I. ont construit une clinique obstétricale qui est opérationnelle depuis fin juillet.
Mon rôle était d’élaborer une stratégie d’implantation de ce programme dans les réseaux communautaires. Afin de favoriser la compréhension et l’adhésion des populations à ce projet, A.M.I. privilégie l’approche participative et concertée en associant étroitement les populations locales dans la conception et la gestion de ses activités. J’ai donc formé des « habitants relais » ou « animateurs communautaires » qui seront parties prenantes dans la diffusion des messages de sensibilisation, de prévention et d’éducation à la santé et à l’hygiène ainsi que d’autres pratiques de mobilisation sociale (concertation, approche participative, etc.).

Quelles ont été les différentes étapes de mise en place de cette stratégie de développement communautaire ?
J’ai d’abord cherché à mieux comprendre le quartier de Martissant, son identité et le fonctionnement de son système de santé. Pour cela, j’ai fait de nombreuses recherches bibliographiques avant d’aller à la rencontre d’acteurs locaux associatifs, communautaires et publics.
J’ai ensuite formé des animateurs communautaires à l’élaboration d’études CAP (connaissances, attitudes, pratiques). Cet instrument participatif de planification et d’évaluation stratégiques permettra d’analyser les pratiques en santé materno-infantile, de construire une base de données des bénéficiaires visés et d’identifier les priorités en termes de sensibilisation et de prévention. Le fait que ces enquêtes soient réalisées par les équipes haïtiennes nous assure une plus grande fiabilité des résultats. Elles seront chargées d’interroger les femmes de leur quartier sur divers thèmes comme les pratiques d’allaitement, l’hygiène, la santé, la nutrition, etc.
Une autre étape importante de ma mission était d’établir des partenariats solides avec les structures de santé existantes, les agents de santé locaux et les autres acteurs humanitaires présents sur la zone. Avant mon départ, j’ai organisé une réunion avec les 17 ONG présentes à Martissant et ses alentours. L’objectif était d’établir des contacts, d’en savoir davantage sur l’organisation de chacun et de voir par quels moyens nous pourrions améliorer la coordination de nos actions et organiser notre travail en complémentarité. J’ai également identifié les réseaux d’accoucheuses avec lesquels nous seront amenés à collaborer.

Le premier bébé né à la clinique SOG A.M.I.
Le premier bébé né à la clinique SOG A.M.I.

Avez-vous amorcé le travail d’information sur l’ouverture de la clinique ?
Le 9 mai dernier, une réunion a eu lieu avec 65 notables - considérés comme les « sages », les conseillers des quartiers - et les élus locaux. Celle-ci a permis d’amorcer le travail de diffusion de l’information sur l’ouverture de la clinique. Beaucoup de questions ont été posées sur A.M.I., son positionnement, ses projets et plus particulièrement sur son programme de soins obstétricaux gratuits. Ils se sont montrés très réceptifs. Cela étant, nous préférons attendre que la clinique obstétricale soit en mesure d’accueillir les patients avant de relayer l’information auprès des associations de quartier et des populations concernées.

Les travaux de construction de la clinique obstétricale sont terminés. Un médecin obstétricien est parti sur la mission début d’août pour assurer le recrutement et la formation du personnel local. Sophie a rejoint la mission pour deux mois supplémentaires dès le 10 août dernier afin de mettre en pratique la stratégie qu’elle a élaborée durant ces quatre premiers mois. Consulter cet article seul