Témoignage
La demande prioritaire des Birmans : du riz...
par Erwan Le Grand, chef de mission AMI en Birmanie depuis 2005.
Si, initialement, les manifestations étaient profondément liées aux conditions de vie précaires et la vie chère dans le pays, les autorités birmanes ont réussi à faire oublier les justes et pragmatiques réclamations pour les orienter purement sur le terrain politique.
Pourtant, avant même d’aspirer à plus de démocratie, ce que demande prioritairement les birmans se limite à l’essentiel qu’ils n’ont pourtant pas. Du riz. On estime qu’un tiers des enfants de moins de 5 ans du pays souffrent de malnutrition chronique, et que la moitié des 130.000 enfants qui décèdent chaque année avant d’avoir 5 ans est la conséquence directe d’un manque de nourriture. De l’eau. Selon les données du gouvernement, 25% de la population totale du pays n’a pas accès à l’eau potable ou à l’assainissement. Des soins. Avec un budget représentant moins de 2% du budget global du gouvernement (environ 0,3 euros par personne et par an), les services de santé publique birmans sont pratiquement inexistants. Les personnels de santé sont sous-payés, les infrastructures totalement dégradées et les médicaments et équipements médicaux absents de la plupart des centres de santé publique. Et la situation empire encore lorsque l’on considère les zones de frontière du pays qui sont pratiquement toutes le lieu de tensions ou de conflits entre ethnies et groupes armés locaux d’un bord, et armée ou milices progouvernementales de l’autre. Des crises humanitaires chroniques maintiennent les populations des zones frontalières dans un état de pauvreté et de vulnérabilité extrême. Les populations du Myanmar vivent à un niveau de pauvreté le plus profond en Asie du Sud-Est, alors même que les fonds humanitaires destinés à répondre aux besoins sont de loin les plus faibles de la sous-région : moins 1,5 euros par habitant par an d’aide humanitaire international, alors que des pays voisins, comme le Laos par exemple reçoivent jusqu’à 50 euros par habitant et par an."
Pourtant, les ONGs internationales qui sont présentes depuis plus de 15 ans dans le pays parviennent à aider ces populations, et ce sans que l’aide ne soit détournée par le gouvernement. Plus que dans beaucoup d’autres pays en conflits ouverts où les problèmes d’insécurité
contraignent les acteurs humanitaires à limiter leurs déplacements et leur contrôle, il est possible au Myanmar d’aider les populations les plus vulnérables de manière transparente, effective et sans intermédiaires. Il est alors de notre responsabilité à tous en tant qu’acteur humanitaire de rendre compte de la situation et pousser au plus loin notre espace d’intervention.

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