Témoignages

Myanmar : témoignage de Philippe Hamel, ancien chef de mission


Aujourd’hui, après deux ans et neuf mois sur le terrain, Philippe Hamel arrive à la fin de sa première expérience avec Aide Médicale Internationale. Démarrée en mars 2008, sa mission s’est déroulée au Myanmar depuis la base de coordination implantée dans la division de Yangon. Après plusieurs expériences passées en tant que responsable de programme, coordinateur de programme et responsable de projet, Philippe est recruté par A.M.I. pour être chef de mission (CDM). Il s’agit d’un poste à forte responsabilité car il comporte notamment la coordination de toutes les activités et la supervision du travail des équipes expatriées.

Au début de votre mission, en 2008, vous avez assisté à une catastrophe naturelle qui a dévasté les zones touchées par le cyclone Nargis. Vous avez également assisté à la fermeture du programme dans le Rakhine en 2009. Au cours de l’année 2010, quelles sont les activités que vous avez menées au Myanmar ?

« En 2010, la mise en œuvre des activités s’est poursuivie sur deux zones d’intervention. Dans la division de Yangon, au sein des Townships de Dala, Seikki Khanaungdho et Twantay, j’ai suivi un programme de prévention et traitement des maladies et des infections sexuellement transmissibles (MIST) dont le VIH/Sida. Les principaux bénéficiaires de ce programme sont les groupes de personnes vivant des situations à risque de contamination : travailleurs/euses du sexe et leurs clients, homosexuels, employés portuaires, travailleurs journaliers, familles des personnes vivant avec le VIH, etc. Nombreuses sont les actions mises en place pour pouvoir réaliser les objectifs du programme. Premièrement, des séances d’éducation à la santé sont organisées par les équipes d’A.M.I. et les éducateurs communautaires de santé. Ces derniers ont un rôle de médiation indispensable car ils représentent le relais entre les structures de santé et les populations de leurs communautés. Pour la sensibilisation de masse, nous organisons des événements publics dans les villages comme la Journée Mondiale du Sida (World Aids Day) qui a lieu le 1er décembre de chaque année.


Cette manifestation a pour objectif de sensibiliser le monde entier aux problématiques liées à la diffusion du VIH. Pour cela, nous avons mis à disposition de nos bénéficiaires des espaces libres afin de les accueillir et les faire se rencontrer. Il s’agit de lieux de partage et d’échange où ils peuvent suivre des activités ou profiter des locaux communs pour dormir ou prendre une douche. Des groupes d’entraide (« self-help groups ») ont été mis en place pour les aider à s’organiser entre eux et à développer des projets pour la mise en place d’activités génératrices de revenus. Ils contribuent ainsi à leur autonomisation progressive. Le programme comprend également le support aux cliniques pour le traitement des MIST, la gestion des centres de dépistage volontaire et le suivi médical des séropositifs qui sont traités avec les ARV. »


Et qu’en est-il des opérations dans l’État Shan, dans la région autonome Wa ?

« La région Wa est un territoire qui présente des caractéristiques très particulières. Dans sa dernière interview, Charlotte Berthier, responsable de ce projet pour A.M.I., a très bien décrit la situation actuelle cf. témoignage Charlotte Berthier. La zone est entièrement gouvernée et contrôlée par l’armée indépendante Wa, en rupture avec le gouvernement central. Dans ce contexte où les besoins sont nombreux, A.M.I. est l’un des principaux acteurs sanitaires. Son challenge est le rétablissement de l’accès aux soins de santé primaires et secondaires avec un accent particulier sur la santé des mères et des enfants. Il s’agit d’un défi de taille car le système sanitaire du Myanmar a été classé au 190ème rang mondial sur 191 pays par l’OMS. Les activités sont orientées vers le soutien de plusieurs structures sanitaires gérées par des équipes nationales. En effet, la nationalisation des postes d’A.M.I. est une stratégie de long terme qui vise à pérenniser ses actions. Nos équipes s’occupent de la formation et de la supervision du personnel national afin de garantir la transmission des activités du programme aux acteurs locaux. À l’instar du programme de Yangon, le renforcement des capacités dans la région Wa passe par la formation d’agents de santé qui assurent l’éducation sanitaire de leur communauté. »

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Myanmar : entretien avec Charlotte Berthier, responsable de projet dans la région autonome des WA


Après une formation en Sciences Politiques et gestion de projets de développement, Charlotte Berthier entame sa vie professionnelle dans le domaine de l’humanitaire en tant que salariée au sein d’une ONG française qui soutient des partenaires locaux principalement en Amérique centrale et en Afrique, où Charlotte effectue des missions de courte durée. Ensuite, en novembre 2009, elle décide de se spécialiser dans le secteur de la santé et de partir avec Aide Médicale Internationale pour une mission de longue durée (13 mois) au Myanmar.


Sur quel projet s’est déroulée ta mission au Myanmar ?

« Je suis partie en mission en tant que responsable du projet de soutien sanitaire au sein de la Région autonome Wa, dans l’État Shan. Il s’agit d’un territoire très enclavé qui est contrôlé et gouverné par une armée indépendantiste. La population Wa est particulièrement vulnérable surtout en termes d’accès aux soins de santé. Durant ces deux dernières années, l’armée indépendantiste Wa a refusé d’être intégrée à l’armée birmane. En préparation des élections du 7 novembre 2010, le gouvernement birman a donc adopté une stratégie d’isolement qui a consisté en une fermeture des écoles, des hôpitaux et des centres de santé, ainsi que d’importantes restrictions d’accès à la zone. Dans le même temps, les contrats-cadre avec les organismes humanitaires présents dans la zone n’ont pas été renouvelés. »

Quelles étaient tes fonctions au sein de la mission ?

« En tant que responsable de projet (RDP), ma principale fonction était la gestion du projet dans la Région Wa. Je m’occupais, entre autres, de la mise en place des activités, de la coordination de l’équipe et de la gestion financière. Etant donné la complexité du contexte, je veillais à la sécurité du personnel et des équipements avec le coordinateur logistique. »


Quelles sont les activités développées par A.M.I. ?

« Trois cliniques mobiles ont été mises en place afin de se substituer aux structures sanitaires fermées. Cinq centres de santé A.M.I. sont restés ouverts. Ici les équipes travaillent afin d’assurer l’accès aux soins de santé primaires, en veillant tout particulièrement à la santé materno-infantile, et aux soins de santé secondaires ou spécifiques en assurant les référencements vers l’hôpital de Kengtung qui se trouve à l’extérieur de la Région Wa. Dans les villages, A.M.I. a créé un réseau d’une centaine de volontaires de santé et de seize comités de santé villageois. Cela permet d’assurer la présence de soins de santé primaires et materno-infantiles dans la zone, ainsi que d’organiser des sessions d’éducation à la santé afin de sensibiliser la population aux bonnes pratiques sanitaires. De plus, la formation et supervision des volontaires de santé par le personnel national permet de renforcer les capacités du réseau de santé communautaire.
Aujourd’hui, la présence d’A.M.I. dans la Région Wa est aléatoire. Une des priorités pour l’année 2011 est donc de renforcer l’organisation communautaire et de concevoir une stratégie de communication efficace afin de faire connaître les actions d’A.M.I. sur place. Il est aussi essentiel de renforcer et d’adapter le système de collecte des données et d’informations afin d’améliorer l’évaluation et le monitoring des activités. À partir de janvier, le poste de Responsable de Projet sera nationalisé.

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Myanmar : entretien avec Denis Broise, coordinateur administratif et financier


Aide Médicale Internationale est arrivée pour la première fois au Myanmar, ex-Birmanie, en 1983 lorsqu’une équipe de deux médecins et d’une infirmière se sont rendus auprès des populations Karen pour créer un dispensaire et former des infirmiers. Aujourd’hui, les programmes d’A.M.I. sont déployés sur deux zones d’intervention, les banlieues de la Division de Yangon et la région WA dans l’État Shan. Les activités portent, entre autres, sur le rétablissement de l’accès aux soins de santé des populations, l’éducation à la santé mais aussi sur la prévention et le traitement des infections sexuellement transmissibles (IST), en particulier le VIH/Sida.

Denis Broise, ayant été formé en expertise comptable et commissariat aux comptes, vient d’achever sa mission au Myanmar en tant que coordinateur administratif et financier (CAF). Denis a découvert le travail des ONG lors d’une expérience professionnelle au sein d’un cabinet d’audit légal. Intéressé par le milieu humanitaire, il a décidé de postuler en tant que CAF pour une mission à l’étranger. Il est recruté par A.M.I. en 2010 et sa mission au Myanmar démarre en mars pour une période de neuf mois. Aujourd’hui, sa mission terminée, il nous présente les caractéristiques de son travail et nous donne ses impressions sur cette expérience.


« Pendant ces neuf mois, j’étais basé au bureau de coordination A.M.I. de Yangon et, à quelques reprises, j’ai eu la chance d’aller sur les bases opérationnelles pour pouvoir observer directement les activités des équipes. Mon rôle de CAF comprenait un important volet de gestion des ressources humaines. Avec mon équipe, je m’occupais à la fois du suivi administratif du personnel expatrié et national de la mission Myanmar, en portant une attention particulière à la politique salariale. En même temps, je devais monter les dossiers de demandes de déplacements auprès du gouvernement. Ces documents (TA - Travel Authorization), sont obligatoires et permettent de se déplacer dans des zones délicates comme la région Wa dans l’État Shan. Malheureusement, le ministère de tutelle du Myanmar ne nous en a jamais délivrés sur la durée de ma mission, obligeant notamment la responsable de projet Wa à travailler à distance depuis Yangon en ne communiquant avec son équipe que via internet et téléphone. En plus, j’étais chargé de faire les demandes de visas d’entrée au Myanmar pour les expatriés afin qu’ils puissent venir travailler dans le pays pendant la durée de leur contrat. Obtenir ce document n’était pas toujours simple et les temps d’attente étaient parfois très longs (environ 3 à 4 mois).


Un deuxième volet de mon travail était centré sur la gestion du protocole d’accord, ou « Memorandum of Understanding ». Il s’agit d’un accord entre A.M.I. et les ministères de tutelle qui autorise AMI à mener ses activités. Il sert à fixer un cadre d’intervention qui trace les grandes lignes des devoirs et engagements de chacun en vue de pouvoir mettre en œuvre nos activités. Le dernier volet de mon travail concernait tous les aspects financiers de la mission. La création de nouveaux budgets (en collaboration avec le chef de mission et les responsables de projet), le suivi des dépenses des différents budgets, ainsi que la rédaction des rapports aux bailleurs de fonds et la gestion du cash. Ce dernier point était assez lourd car, au Myanmar, les cartes bancaires, les chèques et les virements sont très peu utilisés et les administrateurs doivent jongler avec plusieurs monnaies : Kyat Birman, FEC (monnaie créée pour les étrangers), Dollar Américain, Yuan Chinois (monnaie utilisée chez les Wa) et aussi Baht Thaïlandais et, bien sûr, l’Euro.

Au-delà de mes engagements contractuels, cette mission au Myanmar a été pour moi une expérience merveilleuse et très enrichissante d’un point de vue aussi bien professionnel que culturel et humain. Ma plus grande surprise a été la grande facilité que j’ai eu à m’intégrer et à travailler avec le personnel national. Cette harmonie a favorisé la communication et l’échange conférant une meilleure fluidité dans la circulation de l’information. Je pense que, dans le milieu humanitaire où les conditions de travail sont parfois contraignantes, le fait de pouvoir entretenir de bonnes relations humaines est un aspect essentiel. Cela nous permet de mieux gérer le stress et les tensions.

De cette expérience je retiens aussi la bonne ambiance au sein de l’équipe et le travail reconnu des équipes médicales sur nos deux zones d’intervention. »

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Birmanie : former des volontaires à s’engager pour la santé de leur communauté

Eva est référente de développement communautaire (Community Development and Health Promotion Advisor) en Birmanie pour Aide Médicale Internationale. Après neuf mois passés sur le terrain, elle expose les outils dont l’équipe se sert pour agir au sein des communautés, notamment dans le domaine de l’éducation à la santé. Ces outils, l’équipe les transmet à des travailleurs communautaires et à des volontaires locaux, afin que la communauté prenne peu à peu en charge certaines problématiques de santé. Loin d’une simple connaissance théorique des méthodes propres aux « community health promotion advisors », son témoignage est riche en illustrations permettant de comprendre la portée concrète de la démarche communautaire.

En Birmanie, A.M.I. développe depuis 2001 différents programmes : soins de santé primaires, accès à l’eau, éducation à la santé et à l’hygiène, prévention et traitement des infections sexuellement transmissibles, santé reproductive, etc. Quels acteurs issus des communautés sont mobilisés pour leur mise en œuvre ?
D’abord, A.M.I. renforce le réseau déjà existant de santé communautaire, en formant des agents de santé communautaires, les community health workers (CHW). A.M.I. a également appuyé la création et le développement d’autres réseaux, comme les village health comities. Ces comités de santé, mis en place dans l’État du Rakhine et chez les Was (deux régions d’intervention d’A.M.I.), sont composés de villageois volontaires formés par les équipes A.M.I. afin de conduire localement des actions de santé, en fonction d’un état des lieux qui a servi à identifier les besoins de chaque village. A.M.I. intervient pour soutenir la création de ces réseaux et suivre les premiers temps de leur action. Par ailleurs, dans le cadre des activités d’eau et d’assainissement, l’installation de structures d’eau (latrines, puits, bassins, etc) s’assortit de la création de comités de gestion et de maintenance de l’eau. L’objectif est d’amener la communauté à gérer elle-même ses structures d’eau et à prendre en charge les questions de santé prédominantes.
Dans le domaine de l’éducation à la santé, des health educators A.M.I. (éducateurs en santé) sont formés, qui à leur tour formeront des travailleurs communautaires éducateurs en santé (voir le principe du Training of trainers dans le témoignage de Sophie Benoliel). Ces derniers sont des volontaires prêts à intervenir auprès de leur communauté afin de diffuser des informations et des messages de sensibilisation sur des questions de santé.
Avec l’équipe de coordination médicale dont je fais partie, nous avons notamment organisé depuis le mois de mars de nombreux workshops, qui sont des activités de formation menées sur une semaine sur une thématique de santé spécifique. La première session portait sur les maladies contagieuses comme le paludisme, la diarrhée, et la gestion de ces maladies. Nous avons ainsi formé une équipe de health educators (membres de l’équipe A.M.I.), afin qu’ils assurent au mieux la formation des différents réseaux communautaires, community health workers (CHW), Traditional Birth Attendances (TBA, accoucheuses traditionnelles) et Auxiliairy Midwives (AMW, sages femmes auxiliaires).

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Dans le Rakhine, séance d’éducation à la santé pour les femmes


Que doit-on enseigner sur la façon d’assurer des séances avec les populations, en matière d’éducation à la santé notamment, ou de gestion de l’eau ? Quels sont les outils et les méthodes ?
L’important est de savoir recourir à des outils participatifs lors de ces séances. La méthode PHAST notamment est un système de monitoring et d’évaluation utilisable par les volontaires issus des communautés et qui permet d’impliquer le public des séances. Cette approche permet à la communauté d’améliorer les comportements en matière d’hygiène, d’empêcher la propagation des maladies diarrhéiques et d’encourager la gestion communautaire des installations d’approvisionnement en eau et d’assainissement. Vivante et favorisant la discussion, elle permet aussi d’identifier des croyances erronées sur les maladies (voir à nouveau l’interview de Sophie Benoliel).

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Démonstration de lavage de mains dans une école du Rakhine

Par exemple, lors du travail participatif que nous avons mis en place sur la question du paludisme, les populations exprimaient certaines croyances sur la manière de contracter la maladie qu’il était important de déceler pour les rectifier. Ainsi, pour certains, le paludisme pouvait se transmettre en mangeant des bananes, ou bien lorsque l’on se baigne. Ils ne savaient pas que la maladie est liée au moustique, dont il est important de se prémunir, en utilisant des moustiquaires ou en portant des manches longues.
L’animation de séances d’éducation à la santé nécessite également de trouver les supports adéquats. Toujours dans une optique participative, nous avons employé lors de certaines séances un support d’images avec des « smileys ». Les participants devaient associer à chaque image (présentant une certaines attitude d’hygiène ou de santé, comme se laver les mains, etc.) un « smiley » (content/mécontent/neutre). Ce dispositif très simple est utilisé par A.M.I. notamment lorsque des latrines ou une installation d’eau sont mises en place, dans le cadre de séances d’éducation à la santé qui visent à faire évoluer les pratiques hygiéniques. Cela permet d’ouvrir la discussion en abordant différentes questions (hygiène personnelle, lieu réservé à la défécation, protection de l’eau contre les contaminations, etc.). et de se faire une idée des pratiques qui ont cours.

Cette méthode participative est-elle applicable à d’autres thématiques ?
Oui, de la même manière, lors d’un workshop sur la santé materno-infantile, nous avons utilisé des outils très simples, que les volontaires éducateurs en santé peuvent fabriquer eux-mêmes : ainsi, des dessins représentant des bébés bien ou mal nutris, un thermomètre fabriqué en papier ou avec un crayon, etc.
Nous avons également réalisé un workshop sur l’analyse participative des besoins. Notamment en matière de gestion de l’eau et d’assainissement, A.M.I. met en place des « pocket chart voting », qui servent à évaluer les ressources en eau d’un village et les pratiques des habitants (où vont-ils chercher l’eau notamment). Ce workshop portait sur la démarche à employer afin de recueillir des informations de toute la communauté lors de séances participatives, en réalisant un plan du village avec les habitants.

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Lors d’une séance autour du pocket chart voting


Comment peut-on évaluer la plus-value de la démarche communautaire et ses effets ?
La façon la plus objective est sans doute de mener des évaluations de projet. À mon arrivée, j’ai justement participé à l’évaluation d’un programme démarré il y a deux ans, le « peer education programm ». Ce sont des volontaires birmans formés par A.M.I. à la conduite de séances d’éducation à la santé, sur les thèmes du VIH/Sida et de la santé reproductive.
Il faut savoir qu’à la différence des « community health workers » évoqués précédemment, le réseau communautaire « peer education » (éducation par les pairs) n’entre pas dans le cadre des guidelines posées par le gouvernement birman. Il est donc plus informel, car les séances ne sont pas soumises aux règles gouvernementales, mais il est structuré par des guidelines A.M.I., construites dans l’optique de favoriser l’éducation par les pairs, en sorte que le volontaire s’adresse aux membres de sa communauté.
L’évaluation à laquelle j’ai participé a montré non seulement des résultats positifs auprès des populations bénéficiaires des séances, en termes d’intégration des messages sur la santé, mais aussi sur les « peer educators » eux-mêmes. Ceux-ci ont témoignés à cette occasion d’un changement au plan personnel, d’une plus grande sensibilisation aux questions de santé, et d’un souhait de continuer des activités qui leur font jouer un rôle essentiel au sein de la communauté. Consulter cet article seul

Birmanie : associer les communautés aux programmes sanitaires

Sophie Benoliel revient d’un an et demi de mission dans le Rakhine (Birmanie), où elle était responsable de projet. Enthousiaste, elle confie que des trois missions humanitaires qu’elle a effectuées, celle-ci a été la plus enrichissante, par le travail mené avec l’équipe locale auprès des populations. Ancienne étudiante en gestion de projets territoriaux (un DESS Management international des projets territoriaux) et en droit international, elle estime que la réflexion menée avec le staff local pour faire évoluer le programme lui a beaucoup apporté. Elle raconte le travail d’approfondissement de la mobilisation communautaire qui a été mené sur sa base, et ce qui a été accompli durant sa mission auprès des villageois et des personnels de santé locaux. Le développement communautaire répondant à un objectif essentiel : pérenniser les activités initiées par Aide Médicale internationale.

Sur la zone d’intervention du Rakhine, quelles sont les activités mises en œuvre par A.M.I. en matière d’accès aux soins de santé primaires ?

Pour ce qui est des activités de soins de santé primaires, le programme mené met l’accent sur la santé materno-infantile. Les infirmières et les sages-femmes de la base, employées localement par A.M.I., assurent des consultations au sein des cliniques mobiles. Les consultations accueillent ainsi les femmes enceintes, celles qui ont accouché, les femmes qui souhaitent un moyen de contraception, et les enfants de moins de 5 ans. Par ailleurs, un appui est apporté au réseau des travailleurs de santé communautaire, notamment par la formation en matière de santé materno-infantile.
En Birmanie, certains travailleurs communautaires sont reconnus par le gouvernement et sont formés dans les hôpitaux pendant six mois. Ils apprennent des techniques basiques concernant l’accouchement et la santé materno-infantile, puis retournent dans leur village. Avec l’accord du gouvernement birman, A.M.I. forme des travailleurs communautaires pour qu’ils représentent le focus plan médical dans leur village. La formation délivrée leur permet d’effectuer des consultations, de prescrire quelques médicaments de base, et quand cela s’avère nécessaire de référer des patients vers des hôpitaux. Une énorme partie du programme est ainsi consacrée à la formation de ces personnes grâce auxquelles des soins de santé primaires peuvent être assurés au sein même des villages.
L’objectif d’A.M.I. est à terme que les femmes enceintes, qui aujourd’hui se rendent plutôt chez les accoucheuses traditionnelles, ne se tournent plus uniquement vers elles. Même si ces accoucheuses sont entraînées par A.M.I., l’enjeu pour l’avenir est que les femmes s’en remettent à des travailleurs communautaires véritablement formés aux pratiques médicales basiques.

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Une séance d’éducation à la santé


Plus largement, quelles autres activités sont développées pour améliorer les conditions de santé des populations ?

Un aspect essentiel du programme mis en œuvre dans le Rakhine est l’éducation à la santé. Il existe au sein du staff local d’A.M.I. des Health educators, c’est-à-dire des éducateurs en santé. A.M.I. leur dispense des formations courtes afin qu’ils intègrent les connaissances médicales basiques. Ce ne sont pas des médecins ; il faut savoir que dans le Rakhine, la population appartient à une minorité musulmane qui ne peut accéder à certaines études, notamment celles permettant d’accéder aux métiers de la santé. Le travail des medics après les formations A.M.I. consiste à délivrer à leur tour des connaissances et des messages sur des questions de santé essentielles dans les villages. De plus, ils forment des éducateurs de santé communautaires : c’est le « training of trainers ».
Les éducateurs en santé communautaire sont des volontaires, et ne font donc pas partie du staff d’A.M.I. Ce sont des villageois qui ont souhaité s’investir pour améliorer la santé dans leur village. Ils n’assureront aucun soin, à la différence des travailleurs communautaires évoqués plus haut. Mais ils détiendront des informations sur des points précis, et les diffuseront au sein de la population d’un village : pourquoi se laver les mains et à quel moment de la journée, comment savoir que l’on a la malaria, comment se prémunir de l’infection, comment utiliser la moustiquaire imprégnée, quelle est la manière la plus hygiénique de nettoyer sa maison, etc.

Comment se passe la formation de ces volontaires communautaires afin qu’ils délivrent des messages de santé de qualité ?

Nous avons défini un certain nombre de points sur lesquels porteront ces messages : malaria, tuberculose, hygiène personnelle, etc. On les entraîne à délivrer un certain nombre de messages sur ces sujets en leur donnant des outils (jeux, chanson, démonstration). L’un de ces outils est le « flip chart » : il s’agit d’un livret utilisé pour expliquer des notions de santé en public, avec une face illustrée servant de support au discours de l’éducateur en santé communautaire. Sur la face tournée vers lui, ce dernier peut lire au besoin un petit rappel des points qu’il a assimilé.
Un autre outil est une méthode d’éducation dite « méthode PHAST », basée sur la participation communautaire. L’idée est de faire parler les gens, à travers différents outils, de leur village, de leur situation de santé, de ce qu’ils aimeraient voir évoluer. Ce qu’il y a d’intéressant dans cette méthode est qu’elle est très proactive, permettant d’impliquer les gens plutôt que d’attendre d’eux qu’ils appliquent des messages comme une leçon. L’application de ce qui aura été dit sera ainsi plus naturelle.
Par ailleurs, grâce à cette méthode participative, on découvre que certaines croyances sont à l’origine de certains problèmes de santé. Par exemple, dans le Rakhine, les us et coutumes veulent qu’une femme enceinte ne mange pas de tout, ce qui a des conséquences néfastes et provoque des cas de malnutrition. Les séances participatives sont utiles pour se rendre compte de certaines mauvaises habitudes.

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Diffuser l’information au sein des communautés


Comment le développement communautaire a évolué pendant votre mission ?

Le programme au Rakhine est mené depuis 2004, mais nous avons dans un premier temps effectué des activités d’urgence, comme avec les cliniques mobiles. Ces huit ou neuf derniers mois, nous avons beaucoup axé le programme sur le développement communautaire. Aujourd’hui, nous essayons d’orienter davantage le projet sur la participation des communautés. L’idée est d’inscrire nos activités dans un cadre plus pérenne. Par exemple, former des volontaires permet que les messages essentiels concernant la santé puissent être diffusés sans qu’A.M.I. soit là. Pour favoriser la pérennité des actions, il faut en effet que les populations puissent à terme se passer de nos équipes. Cette partie du travail m’a beaucoup apporté, car j’ai travaillé avec une équipe motivée. J’étais la seule expatriée sur ma base, en contact avec une centaine de staffs locaux, et les relations de travail que j’ai eues m’ont énormément enrichie. L’équipe s’est beaucoup impliquée pour réfléchir au moyen de faire évoluer le programme en renforçant les aspects communautaires. Et de voir se mettre en place des relais communautaires aux actions d’A.M.I. est extrêmement satisfaisant, car ce que nous avons accompli est destiné à se prolonger au-delà de nos missions. Consulter cet article seul