Témoignage
Birmanie : former des volontaires à s’engager pour la santé de leur communauté
Eva est référente de développement communautaire (Community Development and Health Promotion Advisor) en Birmanie pour Aide Médicale Internationale. Après neuf mois passés sur le terrain, elle expose les outils dont l’équipe se sert pour agir au sein des communautés, notamment dans le domaine de l’éducation à la santé. Ces outils, l’équipe les transmet à des travailleurs communautaires et à des volontaires locaux, afin que la communauté prenne peu à peu en charge certaines problématiques de santé.
Loin d’une simple connaissance théorique des méthodes propres aux « community health promotion advisors », son témoignage est riche en illustrations permettant de comprendre la portée concrète de la démarche communautaire.
En Birmanie, A.M.I. développe depuis 2001 différents programmes : soins de santé primaires, accès à l’eau, éducation à la santé et à l’hygiène, prévention et traitement des infections sexuellement transmissibles, santé reproductive, etc. Quels acteurs issus des communautés sont mobilisés pour leur mise en œuvre ?
D’abord, A.M.I. renforce le réseau déjà existant de santé communautaire, en formant des agents de santé communautaires, les community health workers (CHW). A.M.I. a également appuyé la création et le développement d’autres réseaux, comme les village health comities. Ces comités de santé, mis en place dans l’État du Rakhine et chez les Was (deux régions d’intervention d’A.M.I.), sont composés de villageois volontaires formés par les équipes A.M.I. afin de conduire localement des actions de santé, en fonction d’un état des lieux qui a servi à identifier les besoins de chaque village. A.M.I. intervient pour soutenir la création de ces réseaux et suivre les premiers temps de leur action. Par ailleurs, dans le cadre des activités d’eau et d’assainissement, l’installation de structures d’eau (latrines, puits, bassins, etc) s’assortit de la création de comités de gestion et de maintenance de l’eau. L’objectif est d’amener la communauté à gérer elle-même ses structures d’eau et à prendre en charge les questions de santé prédominantes.
Dans le domaine de l’éducation à la santé, des health educators A.M.I. (éducateurs en santé) sont formés, qui à leur tour formeront des travailleurs communautaires éducateurs en santé (voir le principe du Training of trainers dans le témoignage de Sophie Benoliel). Ces derniers sont des volontaires prêts à intervenir auprès de leur communauté afin de diffuser des informations et des messages de sensibilisation sur des questions de santé.
Avec l’équipe de coordination médicale dont je fais partie, nous avons notamment organisé depuis le mois de mars de nombreux workshops, qui sont des activités de formation menées sur une semaine sur une thématique de santé spécifique. La première session portait sur les maladies contagieuses comme le paludisme, la diarrhée, et la gestion de ces maladies. Nous avons ainsi formé une équipe de health educators (membres de l’équipe A.M.I.), afin qu’ils assurent au mieux la formation des différents réseaux communautaires, community health workers (CHW), Traditional Birth Attendances (TBA, accoucheuses traditionnelles) et Auxiliairy Midwives (AMW, sages femmes auxiliaires).
Que doit-on enseigner sur la façon d’assurer des séances avec les populations, en matière d’éducation à la santé notamment, ou de gestion de l’eau ? Quels sont les outils et les méthodes ?
L’important est de savoir recourir à des outils participatifs lors de ces séances. La méthode PHAST notamment est un système de monitoring et d’évaluation utilisable par les volontaires issus des communautés et qui permet d’impliquer le public des séances. Cette approche permet à la communauté d’améliorer les comportements en matière d’hygiène, d’empêcher la propagation des maladies diarrhéiques et d’encourager la gestion communautaire des installations d’approvisionnement en eau et d’assainissement. Vivante et favorisant la discussion, elle permet aussi d’identifier des croyances erronées sur les maladies (voir à nouveau l’interview de Sophie Benoliel).
Par exemple, lors du travail participatif que nous avons mis en place sur la question du paludisme, les populations exprimaient certaines croyances sur la manière de contracter la maladie qu’il était important de déceler pour les rectifier. Ainsi, pour certains, le paludisme pouvait se transmettre en mangeant des bananes, ou bien lorsque l’on se baigne. Ils ne savaient pas que la maladie est liée au moustique, dont il est important de se prémunir, en utilisant des moustiquaires ou en portant des manches longues.
L’animation de séances d’éducation à la santé nécessite également de trouver les supports adéquats. Toujours dans une optique participative, nous avons employé lors de certaines séances un support d’images avec des « smileys ». Les participants devaient associer à chaque image (présentant une certaines attitude d’hygiène ou de santé, comme se laver les mains, etc.) un « smiley » (content/mécontent/neutre). Ce dispositif très simple est utilisé par A.M.I. notamment lorsque des latrines ou une installation d’eau sont mises en place, dans le cadre de séances d’éducation à la santé qui visent à faire évoluer les pratiques hygiéniques. Cela permet d’ouvrir la discussion en abordant différentes questions (hygiène personnelle, lieu réservé à la défécation, protection de l’eau contre les contaminations, etc.). et de se faire une idée des pratiques qui ont cours.
Cette méthode participative est-elle applicable à d’autres thématiques ?
Oui, de la même manière, lors d’un workshop sur la santé materno-infantile, nous avons utilisé des outils très simples, que les volontaires éducateurs en santé peuvent fabriquer eux-mêmes : ainsi, des dessins représentant des bébés bien ou mal nutris, un thermomètre fabriqué en papier ou avec un crayon, etc.
Nous avons également réalisé un workshop sur l’analyse participative des besoins. Notamment en matière de gestion de l’eau et d’assainissement, A.M.I. met en place des « pocket chart voting », qui servent à évaluer les ressources en eau d’un village et les pratiques des habitants (où vont-ils chercher l’eau notamment). Ce workshop portait sur la démarche à employer afin de recueillir des informations de toute la communauté lors de séances participatives, en réalisant un plan du village avec les habitants.
Comment peut-on évaluer la plus-value de la démarche communautaire et ses effets ?
La façon la plus objective est sans doute de mener des évaluations de projet. À mon arrivée, j’ai justement participé à l’évaluation d’un programme démarré il y a deux ans, le « peer education programm ». Ce sont des volontaires birmans formés par A.M.I. à la conduite de séances d’éducation à la santé, sur les thèmes du VIH/Sida et de la santé reproductive.
Il faut savoir qu’à la différence des « community health workers » évoqués précédemment, le réseau communautaire « peer education » (éducation par les pairs) n’entre pas dans le cadre des guidelines posées par le gouvernement birman. Il est donc plus informel, car les séances ne sont pas soumises aux règles gouvernementales, mais il est structuré par des guidelines A.M.I., construites dans l’optique de favoriser l’éducation par les pairs, en sorte que le volontaire s’adresse aux membres de sa communauté.
L’évaluation à laquelle j’ai participé a montré non seulement des résultats positifs auprès des populations bénéficiaires des séances, en termes d’intégration des messages sur la santé, mais aussi sur les « peer educators » eux-mêmes. Ceux-ci ont témoignés à cette occasion d’un changement au plan personnel, d’une plus grande sensibilisation aux questions de santé, et d’un souhait de continuer des activités qui leur font jouer un rôle essentiel au sein de la communauté. Consulter cet article seul
Birmanie : associer les communautés aux programmes sanitaires
Sophie Benoliel revient d’un an et demi de mission dans le Rakhine (Birmanie), où elle était responsable de projet. Enthousiaste, elle confie que des trois missions humanitaires qu’elle a effectuées, celle-ci a été la plus enrichissante, par le travail mené avec l’équipe locale auprès des populations. Ancienne étudiante en gestion de projets territoriaux (un DESS Management international des projets territoriaux) et en droit international, elle estime que la réflexion menée avec le staff local pour faire évoluer le programme lui a beaucoup apporté. Elle raconte le travail d’approfondissement de la mobilisation communautaire qui a été mené sur sa base, et ce qui a été accompli durant sa mission auprès des villageois et des personnels de santé locaux. Le développement communautaire répondant à un objectif essentiel : pérenniser les activités initiées par Aide Médicale internationale.
Sur la zone d’intervention du Rakhine, quelles sont les activités mises en œuvre par A.M.I. en matière d’accès aux soins de santé primaires ?
Pour ce qui est des activités de soins de santé primaires, le programme mené met l’accent sur la santé materno-infantile. Les infirmières et les sages-femmes de la base, employées localement par A.M.I., assurent des consultations au sein des cliniques mobiles. Les consultations accueillent ainsi les femmes enceintes, celles qui ont accouché, les femmes qui souhaitent un moyen de contraception, et les enfants de moins de 5 ans. Par ailleurs, un appui est apporté au réseau des travailleurs de santé communautaire, notamment par la formation en matière de santé materno-infantile.
En Birmanie, certains travailleurs communautaires sont reconnus par le gouvernement et sont formés dans les hôpitaux pendant six mois. Ils apprennent des techniques basiques concernant l’accouchement et la santé materno-infantile, puis retournent dans leur village. Avec l’accord du gouvernement birman, A.M.I. forme des travailleurs communautaires pour qu’ils représentent le focus plan médical dans leur village. La formation délivrée leur permet d’effectuer des consultations, de prescrire quelques médicaments de base, et quand cela s’avère nécessaire de référer des patients vers des hôpitaux. Une énorme partie du programme est ainsi consacrée à la formation de ces personnes grâce auxquelles des soins de santé primaires peuvent être assurés au sein même des villages.
L’objectif d’A.M.I. est à terme que les femmes enceintes, qui aujourd’hui se rendent plutôt chez les accoucheuses traditionnelles, ne se tournent plus uniquement vers elles. Même si ces accoucheuses sont entraînées par A.M.I., l’enjeu pour l’avenir est que les femmes s’en remettent à des travailleurs communautaires véritablement formés aux pratiques médicales basiques.
Plus largement, quelles autres activités sont développées pour améliorer les conditions de santé des populations ?
Un aspect essentiel du programme mis en œuvre dans le Rakhine est l’éducation à la santé. Il existe au sein du staff local d’A.M.I. des Health educators, c’est-à-dire des éducateurs en santé. A.M.I. leur dispense des formations courtes afin qu’ils intègrent les connaissances médicales basiques. Ce ne sont pas des médecins ; il faut savoir que dans le Rakhine, la population appartient à une minorité musulmane qui ne peut accéder à certaines études, notamment celles permettant d’accéder aux métiers de la santé. Le travail des medics après les formations A.M.I. consiste à délivrer à leur tour des connaissances et des messages sur des questions de santé essentielles dans les villages. De plus, ils forment des éducateurs de santé communautaires : c’est le « training of trainers ».
Les éducateurs en santé communautaire sont des volontaires, et ne font donc pas partie du staff d’A.M.I. Ce sont des villageois qui ont souhaité s’investir pour améliorer la santé dans leur village. Ils n’assureront aucun soin, à la différence des travailleurs communautaires évoqués plus haut. Mais ils détiendront des informations sur des points précis, et les diffuseront au sein de la population d’un village : pourquoi se laver les mains et à quel moment de la journée, comment savoir que l’on a la malaria, comment se prémunir de l’infection, comment utiliser la moustiquaire imprégnée, quelle est la manière la plus hygiénique de nettoyer sa maison, etc.
Comment se passe la formation de ces volontaires communautaires afin qu’ils délivrent des messages de santé de qualité ?
Nous avons défini un certain nombre de points sur lesquels porteront ces messages : malaria, tuberculose, hygiène personnelle, etc. On les entraîne à délivrer un certain nombre de messages sur ces sujets en leur donnant des outils (jeux, chanson, démonstration). L’un de ces outils est le « flip chart » : il s’agit d’un livret utilisé pour expliquer des notions de santé en public, avec une face illustrée servant de support au discours de l’éducateur en santé communautaire. Sur la face tournée vers lui, ce dernier peut lire au besoin un petit rappel des points qu’il a assimilé.
Un autre outil est une méthode d’éducation dite « méthode PHAST », basée sur la participation communautaire. L’idée est de faire parler les gens, à travers différents outils, de leur village, de leur situation de santé, de ce qu’ils aimeraient voir évoluer. Ce qu’il y a d’intéressant dans cette méthode est qu’elle est très proactive, permettant d’impliquer les gens plutôt que d’attendre d’eux qu’ils appliquent des messages comme une leçon. L’application de ce qui aura été dit sera ainsi plus naturelle.
Par ailleurs, grâce à cette méthode participative, on découvre que certaines croyances sont à l’origine de certains problèmes de santé. Par exemple, dans le Rakhine, les us et coutumes veulent qu’une femme enceinte ne mange pas de tout, ce qui a des conséquences néfastes et provoque des cas de malnutrition. Les séances participatives sont utiles pour se rendre compte de certaines mauvaises habitudes.
Comment le développement communautaire a évolué pendant votre mission ?
Le programme au Rakhine est mené depuis 2004, mais nous avons dans un premier temps effectué des activités d’urgence, comme avec les cliniques mobiles. Ces huit ou neuf derniers mois, nous avons beaucoup axé le programme sur le développement communautaire. Aujourd’hui, nous essayons d’orienter davantage le projet sur la participation des communautés. L’idée est d’inscrire nos activités dans un cadre plus pérenne. Par exemple, former des volontaires permet que les messages essentiels concernant la santé puissent être diffusés sans qu’A.M.I. soit là. Pour favoriser la pérennité des actions, il faut en effet que les populations puissent à terme se passer de nos équipes. Cette partie du travail m’a beaucoup apporté, car j’ai travaillé avec une équipe motivée. J’étais la seule expatriée sur ma base, en contact avec une centaine de staffs locaux, et les relations de travail que j’ai eues m’ont énormément enrichie. L’équipe s’est beaucoup impliquée pour réfléchir au moyen de faire évoluer le programme en renforçant les aspects communautaires. Et de voir se mettre en place des relais communautaires aux actions d’A.M.I. est extrêmement satisfaisant, car ce que nous avons accompli est destiné à se prolonger au-delà de nos missions. Consulter cet article seul
Birmanie/Myanmar : des activités en faveur des populations vulnérables et des personnes à risque
Ingénieur aéronautique de formation, Samuel Monet a multiplié les expériences humanitaires en Afrique (au Tchad et en République Centrafricaine, à l’occasion de plusieurs missions) avant de rejoindre les équipes d’Aide Médicale Internationale pour devenir responsable de projet à Dala, au Myanmar.
Pouvez-vous expliquer votre rôle en tant que responsable de projet pour Aide Médicale Internationale ?
Le rôle du responsable de projet est de coordonner les activités au niveau régional et de superviser les aspects logistiques et administratifs. Nous travaillons sur la stratégie en collaboration avec le chef de mission. J’ai ainsi assuré le démarrage des projets eau et assainissement sur deux nouveaux townships dans lesquels nous intervenons (Kahwmu et Kongchangone) ainsi que le suivi des projets en cours (eau et assainissement et HIV sur les townships de Dala, Twantay et Sekky khanuangdho).
En tant que responsable de projet, je devais également gérer les activités en collaboration avec les autorités locales, organiser des réunions de coordination entre les équipes et préparer les rapports d’activités pour les bailleurs de fond. Il faut faire preuve de transparence et rendre compte régulièrement de nos activités.
Quels sont les projets que vous supervisez actuellement ?
Dans les deux townships de Kahwmu et Kongchangone, les activités ne portent que sur des projets en eau et assainissement, avec une partie technique et une partie d’éducation à la santé liée à l’hygiène. Nous ciblons les populations les plus vulnérables en termes de logement, de revenu et d’accès à l’eau. Environ 13 700 ménages en sont bénéficiaires.
Le travail des ingénieurs vise à assurer un accès à l’eau et à l’assainissement dans les écoles et les centres de santé. Nous installons et rénovons des collecteurs d’eau, des châteaux d’eau, des puits, et des forages peu profonds. Nous distribuons aussi des containers d’eau, des latrines familiales, et réhabilitons des ponds (ce sont des mares communautaires artificielles dont l’eau est protégée de toute contamination externe et équipée de pompes à eau).
Pour chacun des puits creusés et des ponds, un comité de gestion de l’eau est créé pour entretenir les installations et assurer la gestion de l’eau au niveau communautaire.
Tous les bénéficiaires reçoivent des séances d’information à l’hygiène par l’intermédiaire de plus de 150 voluntaries health promoters (VHP) formés et supervisés par A.M.I. Les VHP sont des volontaires identifiés de la communauté qui reçoivent un kit d’éducation à la santé pour ensuite dispenser à leur tour des sessions d’éducation à la santé dans la communauté.
Quelles sont les autres activités d’A.M.I. dans la région ?
Nous avons aussi un programme VIH qui s’adresse spécifiquement aux populations les plus vulnérables, c’est-à-dire les homosexuels, les travailleurs du sexe, les personnes ayant des conduites ou vivant des situations à haut risque (les chauffeurs routiers, les employés portuaires, les travailleurs journaliers, les familles des personnes vivant avec le VIH/sida…). Les taux de prévalence pour ces populations sont énormes : jusqu’à 60 %de personnes séropositives dans certaines catégories de populations à risque. Le programme est constitué de deux composantes : la partie préventive et la partie clinique.
Pour les activités de prévention, nous avons constitué une équipe de douze health educators qui dispensent des sessions d’éducation à la santé relatives au VIH et aux maladies sexuellement transmissibles, soit directement, soit par l’intermédiaire des pairs éducateurs membres des communautés identifiées à risque qui sont formés et suivis régulièrement par les équipes d’A.M.I. Il s’agit de faire de la prévention, de sensibiliser leurs communautés aux problématiques de prévention du VIH et des MST, de les informer de la présence des cliniques A.M.I. et de réduire la stigmatisation autour du VIH.
Les activités cliniques consistent à dépister et traiter les MST. Nous facilitons le dépistage du VIH par l’intermédiaire des Voluntary Confidential Counselling and Testing, qui sont des centres dédiés au dépistage du sida, où les personnes peuvent obtenir un résultat rapide et des séances de conseil et d’orientation. Nous assurons les suivis des personnes vivant avec le VIH/Sida en fournissant le traitement antirétroviral et le cas échéant, les médicaments contre les maladies opportunistes. Il y a environ 260 patients sous ARV et 800 personnes vivant avec le VIH suivies de manière continue dans les cliniques de Dala, Seikki, Khanuangdho et Twantay (périphérie de Yangon).
Comme les personnes vivant avec le VIH/Sida ont des carences alimentaires, nous assurons, en collaboration avec le Programme alimentaire mondial, la distribution de rations alimentaires (12 kilos de riz, 1,5 kilo de légumineuses, 1 litre d’huile et 150 grammes de sel par mois).
Êtes vous en mesure de déterminer si ces activités ont un impact sur la santé des populations ?
L’impact est limité aux personnes dont les domiciles ne sont pas trop éloignés des cliniques, en raison des contraintes de transport. La majorité des personnes qui se présentent au centre de santé vivent dans le quartier ou aux alentours des bases d’A.M.I.
Les relations d’A.M.I. avec la population sont bonnes car nous travaillons dans la région depuis sept ans. Nous avons tissé des liens avec la communauté grâce au programme eau et assainissement, et l’impact de nos activités est reconnu par l’ensemble de la population. La qualité de ces relations permet à nos programmes de s’ancrer dans la réalité des habitants et de contribuer effectivement à l’amélioration de leur situation sanitaire. Consulter cet article seul
Birmanie/Myanmar : Les séances d’éducation à la santé ont un impact positif sur les connaissances des populations.
Comment avez-vous mené ces études ?
Les études ont été menées afin de mesurer l’impact des sessions d’éducation à la santé dans la région du Rakhine et à Dala. Notre objectif est de mesurer les connaissances, les attitudes et les pratiques des personnes à partir d’un échantillon de la population. Nous menons cette étude sur quatre sujets qui sont le paludisme, l’hygiène, les diarrhées, et le VIH.
Pour mesurer la réussite du projet, on mène normalement une enquête sur l’état de la situation avant le démarrage des activités. Dans le cas de ce projet, il n’y avait pas eu d’enquête préliminaire, il n’était donc pas possible de comparer les connaissances des personnes ciblées avant et après. Pour y remédier, j’ai donc constitué deux groupes de 265 personnes chacun. Dans un groupe, les gens n’avaient jamais assisté aux séances d’éducation à la santé tandis que les membres de l’autre groupe y avaient assisté. On a posé les mêmes questions et comparé les réponses. J’ai établi le questionnaire avec le responsable du développement communautaire du Rakhine. Le type de questions qui peuvent être posées porte sur la connaissance des symptômes, du mode de transmission d’une maladie ou d’un virus, et ensuite on réunit les résultats sous forme de pourcentage.
Une employée birmane d’A.M.I. a assuré la formation et le suivi des enquêteurs sur le terrain pendant les deux semaines qu’a duré le recueil des données. Ensuite, nous avons saisi les données, analysé, rédigé le rapport et fait une présentation des résultats aux équipes. L’objectif de ces études est de voir si les activités conduites par les équipes d’A.M.I. sont utiles à la population. Elles servent également à rendre compte aux bailleurs de fonds de l’intérêt des nos programmes et permettent d’ajuster les activités si on se rend compte qu’elles n’ont pas suffisamment d’impact sur les personnes.
Quels sont les résultats de vos études ?
Les résultats obtenus sont bons, on remarque un impact notable des sessions d’éducation à la santé sur le niveau des connaissances des personnes interrogées. Ces séances sont efficaces au niveau des connaissances car les personnes sont capables de répondre correctement aux questions qui leur sont posées. En revanche, il est très difficile de changer les comportements car davantage de facteurs entrent en compte. Pour vous donner un exemple, on explique aux gens que le paludisme est transmis par les moustiques, et qu’il faut utiliser des moustiquaires pour dormir la nuit. Les gens le savent désormais, mais pour qu’ils en utilisent, c’est plus compliqué. Il faut que le produit soit disponible, que le coût soit abordable, et que les utilisateurs adhèrent à cet objet.
Comment les projets vont-ils s’inscrire dans la durée ?
J’étais responsable d’une équipe de deux personnes que j’ai formées et supervisées. Au cours de ces formations, j’ai présenté l’épidémiologie et comment mettre en place des indicateurs de suivi et d’impact. Nous organisons des sessions de formation pour aider à rendre plus autonome les équipes dispersées dans les bases opérationnelles, celles qui recueillent les données au quotidien. Nous présentons aussi l’échantillonnage, c’est-à-dire la manière dont on va choisir les personnes à interroger pour essayer d’avoir un échantillon représentatif de la population ciblée.
D’une manière globale, on peut observer que la majorité des personnes viennent très volontiers aux séances d’éducation à l’hygiène, ce qui est un point positif pour l’évolution et l’impact des projets menés par A.M.I. Consulter cet article seul
Birmanie/Myanmar : Gautier Jeannerod, logisticien watsan retrace les étapes de la réalisation d’un programme eau et assainissement dans la région de Yangon.
Votre mission s’est articulée autour de deux activités, pouvez-vous nous parler de la phase de capitalisation qui a porté sur le programme watsan déjà mis en place ?
Lors de cette première phase de mes activités, j’ai compilé dans un document des données recueillies sur le terrain, prélevé des échantillons d’eau pour faire des tests de contrôle de la qualité et visité les sites d’approvisionnement en eau déjà implantés dans les zones d’intervention. Le but d’A.M.I. était de disposer d’un document de synthèse comportant des données récentes pour comparer les prélèvements effectués au début des programmes watsan et les miens. Mon travail a aussi consisté à identifier les besoins des villageois et les paramètres du terrain à prendre en compte pour préparer l’ouverture d’un nouveau programme dans la région. Pour les programmes déjà mis en place, nous avons vérifié leur adéquation au contexte actuel et, le cas échéant, fait des ajustements. Un autre aspect de ma mission a été d’apporter un point de vue extérieur et global de la situation, avec mon analyse personnelle, basée sur les observations de terrain.
J’espère que ce document d’étude servira aussi à faire des propositions pour de nouveaux programmes ou de support de référence pour d’autres ONGs qui souhaitent s’engager dans un projet semblable dans la région.
Cette première phase de votre mission vous a-t-elle permis de préparer le lancement du nouveau programme dans la région de Yangon ?
En effet, la deuxième partie de ma mission consistait au lancement d’un nouveau programme à Kawhmu et Kungyangon et au suivi de sa réalisation en tant que référent watsan. Pendant trois semaines, nous nous sommes rendus dans les centres de santé pour voir ce qu’il était nécessaire de faire dans ces nouveaux townships. Dans le cycle de projet, la phase d’identification consiste à évaluer les besoins de la population et les moyens d’y parvenir. Il s’agissait donc de centrer le programme autour de l’accès à l’eau potable et de l’eau à usage domestique, ainsi qu’aux latrines. Pour l’eau potable, les sources étant souterraines, elles sont souvent trop salées ou trop ferreuses et donc impropres à la consommation directe. Pour assurer aux villageois l’accès à une eau potable non contaminée, on a réhabilité des puits et des mares villageoises pour recueillir l’eau de pluie pendant la saison des moussons.

Cette eau pourra servir pendant les cinq mois que compte la saison sèche. Pour l’usage domestique, c’est-à-dire le lavage des mains, les douches, la cuisine et la vaisselle, les villageois peuvent utiliser l’eau souterraine, pour peu qu’elle ne soit pas trop concentrée (en fer et en sel), étant entendu que les normes sanitaires sont moins strictes, puisqu’elle n’est pas destinée à être bue. On a également diagnostiqué où pourraient être placé l’ensemble des infrastructures comprenant des réservoirs d’eau, un mini réseau de distribution de l’eau dans les centres de santé quand cela est possible, des nouvelles latrines, des pompes électriques et des pompes à main.
L’identification des centres de santé (à trois niveaux : township hospital, station hospital et rural centers) où sont installées des pompes est un travail de terrain. Nous nous rendons dans chacun des centres de santé et retenons ceux qui répondent à nos trois critères de sélection, à savoir qu’il n’y a pas d’ONG travaillant déjà dans le centre, que les infrastructures sont hors d’usage ou détruites par le passage du cyclone Nargis et que nous disposons de l’accord des référents médicaux locaux pour apporter leur collaboration au projet. Nous travaillons actuellement dans 13 centres de santé.
A.M.I. compte beaucoup sur la collaboration et le partenariat avec la population locale, comment cela s’est-il manifesté dans le cadre de vos activités ?
Les familles sont bien intégrées dans la vie des villages, il y a des écoles, des infrastructures communautaires, et des comités d’eau que nous mettons en place. Les comités sont créés dans un soucis de pérennité, c’est-à-dire pour former des personnes dans chaque village à la maintenance de l’infrastructure en général, des pompes, à la tenue d’une comptabilité dans le cas où ils seraient amenés à acheter des pièces de rechange, et des grillages autour des réserves d’eau pour éviter leur contamination (par les habitants qui puisent l’eau sans se servir des pompes et par les animaux qui s’y abreuvent). Le tout fonctionne plutôt bien et est suivi par des équipes d’A.M.I. pendant un an, le temps du programme. Dans les centres de santé, la mise en place d’un comité d’eau n’est pas réellement nécessaire car il y a déjà un watchman en place (c’est un vigile local en charge de la surveillance des installations), mais nous le faisons dans toutes les écoles. Ensuite, nous tentons de mettre en place des séances d’éducation à l’hygiène des enfants et des villageois. Les séances d’éducation sont adressées aux représentants des différentes communautés et sont très interactives, basées sur la participation des bénéficiaires. L’idée sous-jacente est que les représentants prennent par eux-mêmes conscience des enjeux liés à l’hygiène au cours de ces séances pour répandre l’information et le message par la suite aux autres habitants dans leurs propres termes.
Maintenant que votre mission est achevée, quel regard portez vous sur le programme auquel vous avez participé et ses résultats ?
Je suis satisfait de la pertinence du programme mis en place, nous avons pris le temps d’analyser ce qui avait déjà été fait avant de se lancer dans un nouveau programme. Je suis convaincu que ce celui-ci va permettre aux communautés de disposer d’une eau à la fois de bonne qualité et en quantité suffisante et de systèmes d’assainissement adéquats. Le résultat est satisfaisant dès lors que nous avons l’opportunité de protéger l’eau par des grillages ou par des pompes et que nous prévenons ainsi toute contamination. Ma seule frustration a été que les délais pour la mise en place ont été plus importants que prévus et que de fait je n’ai pas pu participer à la réalisation du nouveau programme dans sa totalité alors que j’avais participé à sa préparation. Malgré cela, j’ai vécu une expérience enrichissante et j’ai pu perfectionner par de nouvelles connaissances techniques mes compétences en eau et assainissement. Consulter cet article seul
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