Témoignages
Afghanistan : réalisation d’une enquête sur l’impact du magazine de santé Salamati
Après un D.U.T. (diplôme universitaire de technologie) et un master en communication des organisations, Anne-Laure Champagnac a poursuivi sa formation en se spécialisant dans des études d’audit et de conseil en communication des organisations. Elle a ensuite travaillé à Paris jusqu’à ce que sa volonté de partir à l’étranger l’encourage à chercher un emploi dans le milieu humanitaire ou diplomatique. Le destin fait qu’au même moment, Aide Médicale Internationale soit à la recherche de quelqu’un qui correspond parfaitement au profil d’Anne-Laure. Il s’agissait notamment de conduire et de réaliser une enquête sur l’impact du magazine Salamati, une revue médicale publiée par A.M.I. depuis 1994. Le Salamati fournit aux Agents de Santé Communautaire Afghans (Community Health Workers – CHW) un outil de formation à distance reconnu par l’ensemble de la communauté internationale. Rédigé à Kaboul, il est distribué à 25 000 exemplaires sur tout le territoire afghan (34 provinces) en dari/pachtoun, les deux langues officielles et à 1000 exemplaires aux partenaires internationaux (en anglais).
Quel a été l’objectif de cette enquête ?
« A.M.I. a demandé cette enquête dans le but d’évaluer l’impact du magazine sur les principaux bénéficiaires du projet, les agents de santé communautaire (CHWs), et l’adéquation de sa réponse aux besoins en formation. Ce travail a porté notamment sur quatre objectifs spécifiques : • identifier le profil du lectorat • évaluer le processus de distribution sur le territoire • comprendre les usages, les opinions, les besoins et les attentes des CHWs • évaluer l’impact global sur leurs connaissances et leurs pratiques Les résultats que nous avons obtenus nous permettront d’améliorer cet outil de formation et de le rendre plus efficace. »
Comment s’est déroulée l’enquête ?
« L’enquête a eu lieu du 30 novembre au 7 décembre 2010. Pour sa réalisation, l’enjeu le plus grand a été l’organisation de la logistique. Nous avons constitué quatre équipes de trois personnes –un team leader et deux interviewers – afin de couvrir les quatre provinces de Bamyan, Herat, Kunar et Samangan. Pour la réalisation des interviews, nous nous sommes servis de trois méthodologies afin de pouvoir répondre aux caractéristiques de la population : • un questionnaire écrit en dari et pashtou pour 358 agents de santé alphabétisés ; • des entretiens oraux pour 26 agents de santé analphabètes ; • deux groupes de discussion à Kalakan pour 5 agents de santé (3 hommes et 2 femmes).
Nous avons travaillé en partenariat avec les ONG locales qui soutiennent le BPHS/EPHS, la stratégie du ministère de la Santé publique pour l’amélioration du système sanitaire afghan. Les ONG s’occupaient de contacter et de rassembler la population de CHWs dans chaque village afin que nous puissions effectuer les interviews. A la fin de l’enquête, je suis rentrée à la base avec des centaines de questionnaires à analyser et, avec le support d’un logiciel de statistique, j’ai finalisé le rapport d’enquête. »
Quels sont les principaux résultats que vous avez soulignés dans ce rapport ?
« Nous avons découvert que le Salamati représente un outil essentiel pour les CHWs et leurs communautés. Il s’agit en effet de la meilleure source d’information médicale à leur disposition en raison de son accessibilité, en comparaison, par exemple, avec la télévision qui est généralement trop chère. De plus, il faut aussi prendre en compte les difficultés d’accès à l’électricité ou encore le fait que les établissements de santé sont parfois trop éloignés des communautés. Ensuite, le magazine répond très bien aux caractéristiques de la population : la vulgarisation des informations médicales rend le support adéquat à un public plus large, tandis que l’utilisation d’illustrations et d’affiches permet une lecture plus facile pour la population analphabète et donc une meilleure compréhension des messages santé.
En outre, les CHWs ont la possibilité d’archiver et de consulter les numéros précédents lorsqu’il est nécessaire. Enfin, le Salamati est également utilisé par les autres partenaires de santé, ce qui donne une certaine crédibilité à son contenu. Les agents de santé l’utilisent pour améliorer leurs compétences sanitaires et les diffuser au sein des communautés à l’aide des illustrations et des affiches. Ils réalisent notamment des séances d’éducation à la santé et des visites à domicile afin de sensibiliser la population aux bonnes pratiques sanitaires. 95% des CHWs alphabétisés déclarent lire régulièrement le magazine. Ils le font ensuite circuler au sein de la communauté, notamment auprès de leur famille et amis, des enseignants, des Mollahs, etc. Le magazine est également très utilisé par la population analphabète. Ils font circuler des messages sur la santé avec l’aide de leur partenaire CHW ou avec l’aide d’un membre de la famille. Les illustrations et les affiches sont leur outil principal. Ils leur permettent non seulement de comprendre les messages, mais aussi d’actualiser leurs connaissances et de communiquer sur les questions sanitaires auprès de leurs communautés.
Cependant, l’enquête a mis en valeur certains aspects qui nécessitent une amélioration. Le premier point faible concerne le processus de distribution du magazine. En effet, la distribution du Salamati sur le territoire afghan s’est révélée inégale en fonction des différentes provinces, mais aussi au sein d’une même province. La distribution varie surtout selon l’accessibilité de la zone. En outre, 54% des CHWs ne reçoivent pas les Salamati régulièrement et ils aimeraient avoir au moins un exemplaire par personne, soit deux exemplaires de chaque numéro par poste de santé. Afin de résoudre le problème, nous allons entamer un travail de communication avec les ONG et les établissements de santé qui sont censés distribuer le magazine.
Le deuxième aspect négatif souligné par l’enquête concerne les illustrations et les posters. Les CHWs demandent qu’on les mette plus en valeur car il s’agit pour eux d’un outil essentiel. Il faudra donc améliorer la qualité et le nombre d’images et de posters. Par ailleurs, le contenu écrit apparaît satisfaisant, mais selon les CHWs il pourrait être amélioré. Généralement, les sujets sont choisis en accord avec les directives du Ministère de la Santé et en fonction des maladies saisonnières. Cependant, les CHWs souhaiteraient un élargissement du choix des thématiques traitées en accord avec les besoins de leur communauté. Les sujets les plus réclamés concernent la mère et l’enfant, ainsi que les maladies respiratoires, la diarrhée et le paludisme »
Anne-Laure est maintenant repartie en Afghanistan avec A.M.I car elle a accepté de travailler sur le projet Health Messenger Salamati en tant que coordinatrice. Cette position lui permettra de réaliser les 5 prochains numéros tout en cherchant à améliorer l’efficacité de cet outil et à répondre aux besoins exprimés par les communautés.
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Afghanistan : lutter contre la malnutrition des femmes et des enfants
Mathias Grossiord, nutritionniste, vient juste de rentrer d’une mission en Afghanistan avec Aide Médicale Internationale. Après son départ en décembre 2010, il a passé trois mois à Kaboul dans le cadre d’un programme de lutte contre la malnutrition des enfants de moins de cinq ans et des femmes enceintes ou allaitantes. Aujourd’hui, il nous raconte le travail qu’il a accompli pendant cette mission dans la province afghane de la Kunar.
« Cette expérience en Afghanistan m’a donné une grande satisfaction et a stimulé mon intérêt pour un pays dont la population est très accueillante et cordiale. Le seul bémol de cette mission est l’impossibilité de visiter les programmes sur le terrain pour des raisons de sécurité (la Kunar est une des provinces qui enregistre le plus d’activités insurgées du pays). J’ai passé mes journées à la base de coordination de Kaboul sans pouvoir vérifier le bon déroulement des activités sur le terrain, dans la province de la Kunar. »
Quelles sont les activités mises en place par les équipes de terrain ?
« Dans la Kunar, les équipes travaillent en collaboration avec le ministère afghan de la Santé pour la mise en place du BPHS [1], un programme de soins de santé primaires qui a pour objectif de reconstruire et de renforcer le système sanitaire afghan. En tant que nutritionniste, j’étais en charge du suivi du CMAM [2], un programme intégré au BPHS qui concerne la prise en charge communautaire de la malnutrition aigüe.
Cette approche communautaire consiste à détecter rapidement les cas de malnutrition aiguë dans la communauté. Cela permet de fournir un traitement pour les cas ne présentant pas de complications médicales grâce à l’utilisation de compléments alimentaires prêts à l’emploi. Il s’agit notamment d’aliments thérapeutiques ou d’aliments riches en éléments nutritifs directement préparés à la maison. Associée à une approche en établissement pour les patients souffrant de complications médicales, la gestion communautaire de la malnutrition aiguë se révèle très efficace. Dans la mise en œuvre de ce programme, l’intervention d’A.M.I. se focalise notamment sur les catégories sociales les plus vulnérables : les enfants de 0 à 5 ans, les femmes enceintes ou en âge de procréer et les femmes allaitantes. Actuellement, les activités couvrent une population d’environ un millier de femmes et de 1500 enfants dans la province de la Kunar. Les femmes, suivies mensuellement et surtout pendant l’allaitement, bénéficient de rations alimentaires riches en éléments nutritifs telles que la farine, les haricots, l’huile et le sel iodé, ainsi que d’un kit d’hygiène : savon, dentifrice, brosse à dents, etc.). Des séances d’éducation à la santé sont également organisées. Mises en place par une équipe de CHW [3], des agents de santé communautaire, elles assurent la formation des femmes à des bonnes pratiques nutritives et d’hygiène.
Par ailleurs, la mobilisation des réseaux de santé communautaire des CHW permet un suivi ambulatoire des patients. Les enfants bénéficient d’un traitement hebdomadaire qui consiste en des compléments alimentaires tels que le Plumpy Nut, une pâte énergétique prête à l’emploi sans dilution ni préparation préalable, à base d’arachide et à haute valeur nutritionnelle. Le traitement suit le protocole national, et dure un minimum de deux mois, ou plus, selon la gravité de la maladie. En outre, nous avons mis en place un programme de suivi des patients pendant quatre mois pour éviter leur rechute. »
Quelles ont été vos fonctions de nutritionniste au sein de la mission ?
« Pendant toute la durée de mon séjour, j’ai assuré la formation des équipes d’encadrement et de coordination basées à Kaboul. Les séances se sont déroulées entièrement en langue anglaise. Ensuite, le coordinateur national s’est occupé de former à son tour le reste des équipes en langue locale, le pashtoun : médecins, sages-femmes, infirmières, directeurs des structures sanitaires, agents de santé communautaire et comités de santé villageois. Nous avons ainsi réalisé deux types de formation, une pour les femmes et une pour les hommes car, selon la culture locale, la séparation des sexes est encore fréquente. La formation des femmes a eu lieu en partenariat avec un hôpital de Kaboul qui s’occupe de l’éducation à la santé, et notamment de l’allaitement et d’une alimentation adaptée pour les enfants.
Pendant trois mois, j’étais malheureusement contraint de rester à la base de coordination de Kaboul. En effet, à cause de l’instabilité du contexte sécuritaire en Afghanistan, chaque déplacement représente une énorme prise de risque pour un expatrié. C’est pourquoi je n’ai pas pu me rendre dans la zone d’intervention où se déroulent les activités, ni être en relation directe avec les bénéficiaires du programme et les équipes sur le terrain. Toutes les opérations sont conduites en remote control, c’est-à-dire en contrôle à distance.
Toutefois, mon travail à Kaboul a été globalement très positif. Les séances de formation que j’ai dispensées aux équipes « cadre » ont été largement appréciées et le staff a exprimé une pleine satisfaction. Cela a crée les conditions pour une ambiance de travail très agréable qui a enrichi positivement mon expérience. »
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Afghanistan : coordination d’un magazine de formation médicale
Après avoir travaillé pendant quelques années en tant que photo-journaliste indépendant, Simon a fondé son propre magazine et il en a dirigé la publication avec succès pendant sept ans. « La création d’un magazine était une opportunité pour raconter des histoires et parler des gens. Je voulais que les personnes aient un autre point de vue, une autre vision des choses. Un peu comme une alternative à ce qu’on leur dit. Mais aussi parler de sujets et de personnes qui méritent un éclairage et auxquels il est bon de s’intéresser. », affirme-t-il.
Quelques années après le lancement de son magazine trimestriel, Simon a crée une société de communication et d’arts graphiques afin de montrer qu’édition et communication sont fortement liés. « Fonder une agence de communication a été un nouveau défi et m’a permis de pouvoir diffuser des messages à travers la photographie, le graphisme, et les événements publics. »
Malgré le succès de cette initiative, Simon n’appréciait plus l’aspect mercantile de son travail et a donc décidé de retrouver les valeurs dans lesquels il avait grandi en s’engageant dans le secteur social : « Il était temps pour moi de changer. Je voulais utiliser mes compétences pour les personnes qui en ont besoin plutôt que pour les grandes entreprises. »
C’est ainsi que, le 5 février 2010, Simon s’est envolé pour l’Afghanistan en tant que coordinateur de l’Health Messenger Salamati ("bonne santé" en Dari), un magazine de formation médicale continue conçu par A.M.I. à destination des agents de santé locaux. Publié depuis 1994 à Kaboul, le magazine représente un outil de formation reconnu par l’ensemble des acteurs de la santé en Afghanistan. Il est distribué en 25 000 exemplaires dans 34 provinces d’Afghanistan dont 24 000 copies en bilingue dari/pachtou (langues officielles) et 1000 en anglais.
« Quand j’ai lu l’offre d’emploi, je ne pouvais pas y croire. C’était exactement ce que mon expérience m’avait préparé à faire. Je n’avais jamais pensé que je pouvais utiliser mes capacités dans un pays en guerre et contribuer ainsi à apporter des changements et à aider la population. J’ai été particulièrement heureux de découvrir un pays que je ne connaissais qu’à travers les médias. »
Une fois arrivé à Kaboul, Simon a découvert les programmes gérés par les équipes d’A.M.I. sur le terrain. Ayant pour finalité la reconstruction et le renforcement du système de santé afghan dans le long terme, les programmes ont pour objectif spécifique l’amélioration des services de soins de santé primaires (BPHS – Basic Package of Health Services) et secondaires (EPHS – Essential Package of Hospital Services) en lien avec le programme du Ministère afghan de la Santé. « Avant d’arriver en Afghanistan, je ne savais rien de la santé et des soins de santé. J’ai alors compris que le BPHS est le système de santé spécifique des pays en crise. Depuis 2007, le magazine Salamati s’est réorienté vers le public des Community Health Workers (CHW), ou agents de santé, et il représente aujourd’hui le seul outil disponible pour leur formation médicale. Il les aide notamment à améliorer leurs connaissances sur les messages à diffuser auprès de leurs communautés afin de les sensibiliser aux pratiques sanitaires de base. Par exemple, pour les citoyens européens, il est naturel de se laver les mains avant de manger ou après avoir éternué, mais en Afghanistan les gens ne sont souvent pas conscients de ces pratiques d’hygiène en raison d’un manque de ressources et d’éducation à la santé.
L’objectif principal du Salamati est de rappeler les bonnes pratiques pour prévenir les maladies et d’expliquer pourquoi elles sont si importantes. Il faut souligner également que les agents de santé n’ont pas de formation médicale. Ils sont enseignants, policiers, propriétaires de magasins, mollahs, ce sont des gens ordinaires. Chaque numéro du Salamati a été un vrai défi pour moi car il fallait le rendre accessible à toute la population, et donc plus facile à lire et à comprendre. L’alphabétisation en Afghanistan est en effet très faible, surtout parmi la population féminine. Chaque numéro est testé directement sur le terrain auprès des agents de santé pour s’assurer que le contenu et les images soient compréhensibles. A.M.I. distribue le magazine à 22 000 agents de santé communautaires et 20 millions de personnes se rendent dans des postes de santé. C’est un défi énorme à relever. »
En tant que coordinateur du Salamati, Simon travaille également en étroite collaboration avec le Ministère de la santé publique. En harmonie avec la politique du Ministère, ils définissent ensemble les sujets à traiter dans chaque numéro. Le Salamati devient alors le lien entre le Ministère et les agents de santé, et Simon doit s’assurer que ce lien soit clair et compréhensible. « Lorsque les agents de santé me remercient pour la copie du Salamati qu’ils ont reçu, c’est la plus belle partie de mon travail. »
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Entretien avec Karine Betemps, Chef de mission en Afghanistan
Après des études et plusieurs années de travail en France dans le secteur social, ainsi qu’une formation en management, Karine Betemps entame son parcours professionnel dans le milieu humanitaire. Sa première rencontre avec Aide Médicale Internationale remonte à 2005 quand, recrutée en tant que Project Manager, elle part pour une mission de deux ans en Afghanistan, dans la province de Samangan. Ensuite, après une mission d’évaluation de trois mois au Nord-Kivu (RDC), elle devient chef de mission au Yémen de 2008 à 2009, toujours pour A.M.I. Puis, fin 2009, Karine s’engage pour partir à nouveau en Afghanistan en tant que chef de mission (CDM). Aujourd’hui, après un an sur place, elle rend visite au siège pour débriefer avec les différents services.
Son rôle au sein de la mission est très important et complexe. Elle s’occupe, entre autres, de la coordination et supervision de toutes les activités, de la gestion des ressources humaines expatriées et aussi de la sécurité des équipes sur le terrain. De plus, elle représente A.M.I. devant les bailleurs, les autorités nationales, les autres ONG, la population, et tous ceux qui sont impliqués, directement ou indirectement, dans la mission. Elle est également chargée de rechercher des nouveaux projets pour le développement des activités.
« Les projets actuellement mis en place en Afghanistan portent sur trois programmes. Dans la province de la Kunar, nous avons développé un programme de soins de santé primaires selon les directives de la politique sanitaire du Ministère afghan de la santé. Il s’agit de poursuivre les activités du BPHS (Basic Package of Health Services) et de l’EPHS (Essential Package of Hospital Services). Grâce aux financements de la Commission européenne et de la Gavi (Global Alliance for Vaccines and Immunisation), A.M.I. peut gérer 34 centres de santé et l’hôpital provincial de référence, ainsi qu’une clinique mobile qui assure un support médical dans les zones les plus isolées.

Dans le cadre du BPHS, nous réalisons également un programme de lutte contre la malnutrition des enfants de moins de 5 ans, des femmes enceintes et de celles qui allaitent via une approche communautaire, le CMAM (Community-Based Management of Acute Malnutrition). Il s’agit, en effet, de mobiliser les Community Health Workers (CHW), c’est-à-dire des villageois recrutés et formés par A.M.I. pour prendre le rôle d’éducateurs sanitaires au sein de la communauté. Dans le cadre du programme contre la malnutrition, ils sont chargés de détecter d’abord les cas de malnutrition au sein de populations ciblées, de fournir des séances d’éducation à la santé et à la nutrition et de référer, si besoin, les cas les plus graves de malnutrition au centre de santé le plus proche. L’objectif principal du programme est de détecter les symptômes de la maladie pour pouvoir la soigner, mais surtout de la prévenir.
AMI, en coordination avec le MoPH, est chargé d’assurer l’ensemble des aspects des programmes BPHS et EPHS : recrutement, supervision, formation et évaluation des personnels de santé afin de garantir la qualité des soins prodigués à l’ensemble de la population de Kunar, soit plus de 400 000 habitants.
Le deuxième projet d’A.M.I. est la création et diffusion du Health Messenger/Salamati, une revue médicale destinée principalement aux CHW de tout le territoire afghan dans l’objectif de leur offrir une formation adaptée et continue. Le Salamati est aussi un support complémentaire au magazine Roghtia qui, diffusé par le Ministère pour le personnel sanitaire de tout le pays, est financièrement et techniquement supporté par A.M.I. La diffusion nationale du Salamati est assurée grâce aux agences de distribution et aux nombreuses ONG sur place. Actuellement, nous avons lancé une étude pour vérifier l’impact du Salamati sur la population de quatre provinces afghanes. À l’heure actuelle, environ 400 CHW ont étés interviewés pour la compilation d’un questionnaire et nous attendons les résultats prochainement.
Le troisième et dernier projet porte sur le soutien technique aux laboratoires de deux hôpitaux universitaires de Kaboul. Il a été conçu dans le but d’améliorer la qualité des analyses de laboratoire au moyen de la formation pratique continue des laborantins et des biologistes. Malheureusement, l’engagement des bailleurs du projet labo s’achève en février 2011, mais nous espérons trouver un financement pour les trois prochaines années afin de poursuivre les activités. Une évaluation externe a eu lieu fin 2010 dans le but de mesurer la qualité du projet selon les résultats obtenus grâce à la formation. »
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Logisticien en Afghanistan : des objectifs clairs, une réalité complexe
Voilà sept mois qu’Anthony Dutemple est logisticien pour A.M.I. en Afghanistan. À 28 ans, il s’agit de la première mission humanitaire de ce logisticien, qui dispose d’une solide expérience professionnelle acquise en milieu industriel.
Après son baccalauréat, Anthony entreprend un BTS en commerce international qu’il prolonge par une licence dans le même domaine avant de compléter cette formation par un master en logistique internationale. Pendant ses études, il s’engage dans différents mouvements associatifs, démarche qu’il poursuit durant les premières années de sa vie professionnelle.
« Depuis mes années de lycée, j’avais le souhait de m’engager un jour dans une mission humanitaire, sans savoir quelle forme cet engagement pourrait prendre. J’ai eu le sentiment, lorsque j’étais étudiant en logistique, que les savoirs que l’on m’enseignait, en matière douanière, de fret, d’export, etc. pouvaient être utiles, exportables dans de nombreux secteurs d’activité, dont l’humanitaire. Cela étant, j’ai choisi de faire mes premières expériences dans des milieux plus ‘traditionnels’ pour les logisticiens que sont la grande-distribution et l’industrie métallurgique.
En cinq années de travail, qu’il vit comme une façon de compléter son apprentissage universitaire, Anthony acquiert de nouvelles compétences dans des milieux où l’exigence est élevée. « Il s’agit de milieux professionnels assez durs, où les services logistiques sont constamment sollicités pour résoudre rapidement et efficacement les problèmes qui surgissent et menacent de ralentir l’activité de toute l’entreprise. La contrepartie, dans ces milieux où la pression est constante, est que les relations professionnelles qui se tissent sont riches et durables. Ainsi, je suis resté en relation avec certain des contacts qui étaient les miens dans le milieu du fret ou de la douane… Ce réseau professionnel m’est aujourd’hui très utile… Il y a quelques semaines par exemple, j’avais besoin du code douanier de l’aéroport de Kaboul avant d’organiser un fret pour la mission : j’ai contacté une connaissance chez un grand transitaire qui m’a rapidement transmis cette info. Il m’arrive aussi de solliciter d’autres contact pour être à jour des récents accords douaniers, ou demander des références pour m’assurer du professionnalisme de certains prestataires (transporteurs, etc.). Ce qui est très appréciable est que ces petites aides ponctuelles sont faites gracieusement, sans contrepartie : toutes ces personnes, avec lesquelles j’ai travaillé plusieurs années, sont heureuses de savoir que leur aide est utile à une mission humanitaire… »
Anthony résume parfois son activité en quelques mots simples : « la logistique, c’est mettre un matériel à la disposition de la bonne personne, au bon endroit, au bon moment… et au moindre coût. » Cet axiome simple à énoncer n’est pas toujours facile à mettre concrètement en œuvre. En effet, de nombreuses barrières administratives, culturelles ou matérielles peuvent ralentir ou entraver la logistique, avec des conséquences plus ou moins graves. « Aujourd’hui, à l’aune des situations que je rencontre, je relativise les problèmes qui étaient les miens dans mes expériences professionnelles précédentes. Bien évidemment, je ne minimise pas la pression et le stress qui ont cours dans les milieux professionnels dans lesquels j’ai évolué… mais disons qu’aujourd’hui, les problèmes auxquels l’équipe logistique est confrontée sont véritablement vitaux pour des populations : lorsque des médicaments doivent être acheminés, il importe de respecter les délais, malgré les imprévus qui ne manquent jamais de survenir. » Chaque étape de la chaîne logistique dépend la bonne réalisation de la précédente. « Par exemple, précise Anthony, de la délivrance d’un certificat ou d’une attestation administrative dépend le passage de frontière d’un container, puis la confirmation de la réservation d’un camion, puis son chargement, son trajet, son déchargement, etc. Dans le contexte de l’Afghanistan se greffent aussi des considérations en matière de sécurité : la possibilité de circuler est toujours en suspens, sujette à caution… »
Heureusement, plus de trente personnes sont mobilisées pour assurer la logistique de la mission : chauffeurs, radio opérateurs, gardes (non armés), informaticien, ou responsable maintenance. Anthony est chargé d’organiser, d’animer et de superviser le travail de l’équipe. « Sans le logisticien projet et le logisticien base (qui travaillent l’un sur la logistique des activités dans la Kunar et l’autre sur celle de la base) ainsi que l’équipe logistique basée sur notre base Kunar, il me serait impossible d’assumer correctement mes fonctions. Tous sont très impliqués et assurent un travail de grande qualité. D’une manière générale, tous les membres afghans de l’équipe logistique témoignent d’un profond attachement à A.M.I. et sont fiers de travailler pour une ONG médicale française. »
De l’engagement, il en faut pour mener à bien toutes les activités logistiques. « Ces derniers mois, nous nous sommes engagés sur un important chantier de réhabilitation de centres de santé dans la province de la Kunar. Début mai, j’ai pu me rendre sur place, avec un autre expatrié de la mission et des équipes afghanes, pour évaluer l’état des constructions de l’hôpital provincial d’Asadabad, de différents centres de santé ainsi que de la base d’A.M.I. et de son stock de médicaments. L’objectif pour moi était alors de vérifier les inventaires, d’identifier les besoins en réhabilitation sur les éléments fondamentaux : murs, incinérateurs, fosses à déchets, fosses septiques, accès à l’eau, générateurs, etc. À Asadabad par exemple, certaines pièces de l’hôpital sont insalubres, il manque aussi une salle d’attente… Après cette évaluation, nous avons sélectionné des artisans et des fournisseurs, qui ont débuté leurs travaux au mois d’août. Le travail s’est achevé il y a quelques jours, mi-septembre, à Asadabad… et se poursuit dans 15 centres de santé, avec notamment la réhabilitation des salles d’accouchement et la construction de salles d’attente, d’incinérateurs à déchets. Il s’agit véritablement d’un projet d’équipe, important et enthousiasmant, sur lequel s’engagent ingénieurs, artisans, équipes logistique et médicales… Lorsqu’il sera achevé, nous allons débuter un autre projet, tout aussi passionnant : l’aménagement d’une salle destinée aux patients souffrant de pathologies mentales… La santé mentale est un sujet délicat, en Afghanistan comme dans nombre d’autres pays. C’est la raison pour laquelle l’équipe logistique est très attentive, une fois encore, à mener son travail en lien avec tous les autres services de la mission. »
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