Témoignages

Thaïlande : entretien avec Fréderic Pascal, ancien chef de mission pour Aide Médicale Internationale


Comment votre parcours professionnel vous a-t-il conduit à travailler pour A.M.I. ?
« Après des études de géographie/aménagement du territoire, un master en ingénierie de programme de coopération et quelques expériences en Afrique et en Asie, j’ai eu envie de mettre mes compétences au service des populations défavorisées au travers de structures associatives à but non lucratif. Les valeurs et principes défendus par AMI ainsi que les projets mis en place correspondaient à mon projet. Malgré des expériences dans des secteurs variés (sécurité alimentaire, développement local, gestion des risques naturels, infrastructures, formation professionnelle, etc.), je n’avais jamais participé à un programme médical. Dans le futur, j’envisage de réaliser un master en santé publique afin d’approfondir mes connaissances dans ce secteur. »

Pourquoi avez-vous choisi de partir en mission en Thaïlande ?
« J’ai effectué deux missions en Thaïlande pour AMI, la première en tant que Responsable de projet en 2007-2008 et la seconde en tant que Chef de mission en 2010-2011. Entre les deux, je suis parti comme Chef de mission au Soudan, également pour AMI. Avec un environnement sécuritaire plutôt stable, la Thaïlande n’en demeure pas moins une mission très pointue du point de vue de la qualité et de la technicité des projets médicaux mis en place. La mission se situe sur la frontière Birmane dans un contexte d’une complexité extrême. Il s’agit d’une des plus anciennes crises au monde, ainsi les évènements récents (reprise des combats dans l’Est de la Birmanie et nouveaux afflux de réfugiés en Thaïlande) nous ont prouvés que nous étions encore loin d’une solution et que l’aide humanitaire était plus que jamais nécessaire. C’est ce contexte qui m’avait poussé à me rendre en Thaïlande la première fois et à y retourner avec AMI, acteur majeur sur la frontière birmane. J’avais alors participé au positionnement et à la mise en œuvre de l’assistance internationale aux populations, avec des stratégies visant la sortie de crise. »



Cela fait désormais 15 ans qu’A.M.I. conduit des programmes sanitaires en Thaïlande. Le programme a pour objectif d’améliorer l’accès aux soins de santé des populations qui vivent dans les camps sur la frontière birmano-thaïlandaise. Sur le long terme, A.M.I. souhaite pérenniser ses actions en les intégrant dans le système sanitaire thaïlandais pour renforcer les capacités des acteurs locaux.

Afin de réaliser cet objectif, quel genre d’activités ont été mises en place pendant votre mission ?
« Je préférerai commencer par parler de la stratégie du programme d’A.M.I. et des activités qui en découlent, mais pendant ma mission le premier challenge qu’il a fallu relever a malheureusement été d’ordre financier. La conjoncture humanitaire actuelle n’échappe pas au contexte global de la crise. Ainsi, les ressources financières institutionnelles disponibles se raréfient, en partie en raison des grandes crises actuelles comme Haïti ou le Pakistan et des difficultés économiques des pays donateurs. Ajoutons à cela d’autres facteurs économiques tels que la forte baisse de l’euro sur le marché des changes ou la hausse des prix des biens alimentaires et des matières premières. Ce scénario de l’année 2010 a poussé les ONG à faire face à de nombreuses difficultés afin de pouvoir assurer le maintien des standards et la continuité de l’aide. La diversification de nos partenaires financiers et l’allongement des cycles de financement ont été la priorité de ma mission. Sur le plan institutionnel, ce travail a été un succès car nous avons obtenu la participation de nouveaux bailleurs de fonds aux côtés d’ECHO et d’UNHCR, tels que BPRM (USA), DFID (UK) et Global Fund. Cela a permis la continuité de toutes les composantes du programme : santé primaire, santé publique, tuberculose, VIH/SIDA et santé mentale.


Cependant, aujourd’hui ce programme a besoin du soutien de plus de partenaires privés. Cela permettrait notamment d’assouplir les contraintes liées à un portefeuille de bailleurs aux procédures et aux cycles différents, ainsi que de faire face aux urgences qui viennent perturber la mise en œuvre du programme. En 2010, par exemple, nous avons lutté contre des épidémies de choléra, dengue, rougeole et H1N1 dans les camps et à des afflux temporaires de réfugiés birmans fuyant les combats entre l’armée et les diverses factions rebelles.
Afin d’optimiser la pertinence et la qualité de l’intervention d’A.M.I. pour nos bénéficiaires, l’équipe s’est attelée au développement d’une stratégie ambitieuse visant à intégrer les programmes de santé mis en œuvre dans les camps au sein du système sanitaire thaïlandais, dans une optique de pérennisation des services. Cela concerne essentiellement les programmes de prévention et lutte contre les épidémies, de lutte contre la tuberculose et de lutte contre le VIH/SIDA. La Thaïlande étant un pays assez avancé dans ce domaine, il s’agit de prouver la haute qualité des programmes d’AMI. Une des composantes principales de cette stratégie est le ciblage des personnes les plus vulnérables et les plus « à risque », à travers notamment le développement d’un réseau communautaire d’éducateurs/accompagnateurs de santé, la formation du personnel de santé dans les camps et une meilleure participation et implication de la population des camps. Cela passe également par une approche de santé publique, plus territoriale et régionale, et le développement d’une collaboration plus efficace et effective avec les autorités locales et les différents partenaires de santé sur ces zones. L’un des enjeux principaux est la création de passerelles entre acteurs pour les transformer en véritables partenaires santé. En parallèle, un gros travail a été entrepris en interne pour renforcer la structure institutionnelle de la mission comprenant entre autres une restructuration de l’organigramme, plusieurs nationalisations de poste, y compris de coordination, l’amélioration du système de suivi-évaluation (réalisation de deux évaluations externes en 2010) et un effort de capitalisation. »


Le travail d’un chef de mission comporte beaucoup de responsabilités et il y a régulièrement des problèmes à résoudre. En Thaïlande, vous avez coordonné un programme réparti sur trois camps de réfugiés, Nupoe, Umpiem et Mae La. Quelles sont les activités que vous avez gérées au quotidien ?
« Au-delà de son rôle général d’encadrement de la mission, le chef de mission est la personne qui fait l’interface entre l’équipe locale, le siège d’A.M.I., les bénéficiaires, les autorités locales, les bailleurs de fonds, les autres ONG et les divers acteurs locaux. Il doit s’assurer que les interactions entre toutes ces parties prenantes permettent la réalisation du mandat d’A.M.I. avec l’impact le plus positif possible sur les bénéficiaires, sur la situation sanitaire locale et, en général, sur tout le contexte. Il est difficile de résumer en quelques mots l’immense charge de travail quotidien d’un chef de mission, disons qu’on n’a pas le temps de s’ennuyer ! »

Comment avez-vous réussi à faire face aux difficultés ? « Ce que je retiens c’est l’extraordinaire professionnalisme des équipes locales, et en particulier leur faculté à faire face à d’incroyables challenges dans des conditions difficiles. Malgré les pressions sur les financements et les questionnements sur la poursuite de certaines activités, et même si certains ont malheureusement dû nous quitter en cours d’année pour faire face à la restructuration, l’équipe a su rester mobilisée et assurer la mise en œuvre du programme. A titre d’exemple, l’épidémie de choléra qui a débutée en mai à Mae La s’est achevée en décembre sans qu’aucun patient ne décède. Les programmes VIH/SIDA et tuberculose, qui ont connu beaucoup d’incertitudes, sont des programmes qui se sont finalement développés. »


Votre mission en Thaïlande s’achève après un an passé sur le terrain. Pouvez-vous faire un bilan final des actions menées pendant cette période ?
« La mission est encore en phase de transition, il est difficile de faire un bilan à ce stade. Disons qu‘au-delà des éléments de contexte qui sont difficiles à maîtriser, la clé du développement va être la poursuite des efforts entrepris cette année sur le plan institutionnel au niveau de la mission mais aussi de l’association dans son ensemble. Le siège a tout fait pour soutenir la mission en 2010 avec des moyens financiers et humains plus que réduits. Aujourd’hui, pour continuer à mettre en place des programmes pertinents à l’impact significatif dans le contexte global et les crises actuelles, il est indispensable de se doter d’une structure solide aux capacités renforcées. Plusieurs projets sont à l’étude en ce moment au siège d’A.M.I. Je souhaite qu’ils soient mis en œuvre, et espère apporter ma pierre à l’édifice. »

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La formation du personnel médical dans les camps de réfugiés birmans en Thaïlande : un défi permanent

Annabel Debakre est responsable de projet de santé. Après avoir travaillé 3 ans au Cambodge pour la Croix-Rouge Française et 2 ans en Afghanistan pour Aide Médicale Internationale, elle a rejoint en juillet 2009 l’équipe d’A.M.I. en Thaïlande pour superviser les activités de formation du personnel médical, ainsi que les services spécialisés pour le VIH/SIDA, la santé mentale, et la promotion de la santé. Elle a choisi de nous parler des activités de formation médicale, qui constituent un réel défi, du fait d’un contexte bien particulier.

Pouvez-vous nous décrire le contexte dans lequel Aide Médicale intervient ?
En Thaïlande, Aide Médicale Internationale intervient depuis plus de 20 ans pour soutenir les populations qui fuient la Birmanie, essentiellement des villageois des régions de minorités ethniques le long de la frontière birmano-thaïlandaise : Karens, Karennis, Kachin, Shan, Hmongs… Depuis quelques années, à cette population, viennent s’ajouter des Birmans d’autres régions, attirés par l’espoir de perspectives meilleures en Thaïlande, l’accès aux services essentiels assurés dans les camps, ou par la perspective de l’accueil dans un pays tiers (depuis 2005, dans le cadre d’une politique de migration, les États-Unis, mais aussi le Canada, l’Australie, le Japon et les pays scandinaves ont accueilli plus de 60 000 réfugiés des 9 camps situés en Thaïlande). Bien souvent donc, les camps de la frontière, et en particulier celui de Mae La (le plus grand de tous avec 45 000 personnes, où A.M.I. fournit des soins de santé primaires), sont devenus des lieux de transit pour ces populations vulnérables. Ainsi, à Mae La, nous avons calculé que tous les 2 ans, c’est un tiers de la population qui est renouvelé.
De nombreux défis sont posés par cette perméabilité, y compris l’éducation à la santé puisqu’il faut bien souvent réitérer les messages pour cibler les nouveaux arrivants. Des risques spécifiques pour la santé sont également posés puisque nous ne connaissons pas toujours le « statut sanitaire » des nouveaux venus. Nous ne savons pas, par exemple, quels vaccins ils ont reçus, et s’ils sont de fait vulnérables à des maladies transmissibles comme la rougeole. De plus, les allers et retours dans des zones endémiques de paludisme ou de dengue peuvent "importer" des épidémies dans les camps. Un des enjeux majeurs dans ce contexte de départs vers les pays d’accueil est le besoin constant de renouveler les personnels de santé. Ceux-ci sont en effet des candidats privilégiés au départ vers les pays d’accueil, du fait de leur bon niveau d’éducation, de leur connaissance de l’anglais et de leur qualification, autant de points positifs pour leur intégration. Ainsi, durant plusieurs mois en 2009-2010, de nombreux employés ont quitté les structures de santé gérées par A.M.I. dans les trois camps de la province de Tak (Mae La, Umpiem et Nupoe).


Quelles mesures ont pu être mises en place pour pallier ce départ de personnel qualifié ?
Pour pallier ces départs, il faut offrir des opportunités de formation adaptée pour reconstituer les ressources humaines nécessaires à la dispensation de soins de santé de qualité et maintenir le niveau de qualification du personnel plus ancien.
Ainsi, en 2008-2009 et 2009-2010, AMI a offert la possibilité à 50 jeunes femmes et hommes de suivre une formation initiale de 14 mois afin d’obtenir la qualification de "medics", une catégorie de personnel spécifique aux camps de la frontière, capable de dispenser des soins infirmiers ainsi que de poser un diagnostic et d’offrir un traitement pour les maladies les plus courantes. Nous avons aussi organisé en 2009 une session de formation de 5 mois pour 31 "infirmières", d’un niveau un peu supérieur à celui de nos aides-soignants, qui inclut une série de 13 procédures de soin (telles que les injections, le suivi de la croissance, la vaccination, les pansements, la nutrition, etc.). D’autres personnels reçoivent des formations initiales lorsque le besoin se présente, comme les techniciens de laboratoire : nous en avons formé 15 au début de l’année, parmi 63 candidats.
Au-delà des formations initiales, il faut aussi rafraîchir en permanence les connaissances et les compétences des personnels, grâce à un soutien continu offert par les référents médicaux ("on-job training") ou par l’organisation de sessions de recyclage. Ainsi, en 2010, nous avons créé un poste de responsable de la formation. Le Dr. Hla Hla Cho, qui était auparavant formatrice des "medics", a pu conduire une évaluation des besoins de formation des "medics", par le biais de questionnaires, sur le modèle de ce que nos équipes faisaient en Afghanistan. Avec l’aide de la coordinatrice médicale, nous avons ainsi établi une liste de 23 sujets à revoir en priorité, qui seront abordés de façon hebdomadaire par le Dr. Hla Hla Cho ou les autres référents médicaux au cours de l’année.

Pour revenir à la formation initiale des "medics", comment s’organise-t-elle ? Quelles sont les exigences en matière de qualification à l’issue de la formation ?
Nous suivons un curriculum de formation standard à A.M.I. en Thaïlande : 6 mois de formation dite théorique, 6 mois de formation pratique et 2 mois d’internat, l’objectif étant d’atteindre un niveau de connaissances et de compétences qui permette aux "medics" de mettre en application le manuel de soin de référence pour toute la frontière, le "Burmese Border Guideline – BBG".
Chaque promotion est formée par un formateur unique, birman, recruté à plein temps pour la durée de la formation. La formation théorique couvre les matières de base de la médecine : biologie, physiologie, anatomie, pathologies (signes, symptômes, traitement, éducation à la santé et prévention). Nous faisons intervenir des spécialistes pour certaines problématiques comme la santé mentale, ou le VIH/SIDA, les statistiques et l’épidémiologie. Les étudiants ont aussi la possibilité de suivre des cours d’anglais.
La formation pratique a lieu essentiellement dans les structures de santé gérées par A.M.I. et couvre les aspects de consultation avec le patient, incluant l’histoire médicale, l’examen, et l’éducation à la santé. Nous avons aussi des partenariats avec d’autres organismes médicaux, comme SMRU, qui dispense les soins de santé maternelle à Mae La, ou Handicap International. Ces deux structures accueillent ainsi des étudiants pour des périodes courtes en vue d’une "initiation" à d’autres types de soins.
La formation est validée par un système de contrôle continu et il faut obtenir 50% des « crédits » de formation pour pouvoir progresser d’une phase à l’autre. Cependant, il faut dire que nous offrons la possibilité à tous de se "rattraper". Il ne faut pas oublier que les gens que nous formons sont eux-mêmes des réfugiés, avec des conditions de vie et des histoires difficiles, et qu’ils n’étudient pas dans les meilleures conditions. De plus, du fait de leur appartenance à des minorités ethniques, l’accès à l’éducation était limitée en Birmanie, et le niveau initial est donc plutôt bas (équivalent fin de collège) au moment de l’accès à la formation.

Une promotion d’étudiants, juin 2010

Vous ne parlez que de Maela, est-ce que vous formez seulement des étudiants de ce camp ? N’y a-t-il pas de besoin dans les autres camps ?
Nous formons en effet indifféremment des étudiants des 3 camps de la province de Tak, mais pour des raisons pratiques, nous centralisons la formation dans le camp de Maela. Là, nous disposons d’un centre de formation avec 2 salles de cours, un dortoir, une salle commune, une cuisine et des sanitaires. C’est d’ailleurs un défi en soi car ça peut être compliqué d’obtenir des autorisations pour que les résidents d’un camp puissent voyager et être accueillis dans un autre camp. Mais c’est à Mae La que la structure de santé permet le meilleur apprentissage pratique, du fait du nombre important de patients (plus de 90 000 par an) en ambulatoire et en hospitalisation.
L’organisation pratique de la formation est une collaboration logistique entre A.M.I. (qui assure les transports, les locaux, les produits d’hygiène et verse une indemnité pour combler le manque à gagner pour ces étudiants qui ne peuvent pas travailler pendant la durée de la formation), TBBC (Thailand-Burma Border Consortium ), qui fournit un repas de base, et les comités de gestion des camps, qui financent un cuisinier pour les étudiants d’Umpiem et Nupoe en pension à Mae La.

Quelles sont les perspectives en matière de formation ? A.M.I. va-t-elle continuer à former dans ces camps ?
Tant que les départs continuent, A.M.I. doit pouvoir fournir du personnel de santé qualifié dans les structures placées sous sa responsabilité. Au-delà de ça, comme le souligne l’OMS (voir la déclaration de Dhaka relative au renforcement des personnels médicaux dans les pays du Sud-est asiatique et la résolution SEA/RC 59/R6) c’est toute la capacité des communautés à prendre en charge leur santé de façon autonome qui est mise à mal par le manque de ressources humaines qualifiée. Nous avons donc déposé un projet à la Commission Européenne en Juillet 2010 qui inclut un nouveau cycle de formation pour des "medics".
Cependant, il faut noter que de nombreux enjeux sont liés à l’organisation de ces formations, en particulier celle des "medics". Nous cherchons à en améliorer la durabilité, grâce à une reconnaissance du certificat que nous délivrons, que ce soit dans un pays d’accueil, en présentant brièvement le contenu de la formation et en permettant de consulter le site Internet d’AMI, ou en Thaïlande. C’est le plus difficile, pour des raisons politiques, et nous travaillons au niveau national avec le Comité de Coordination pour les Services aux Personnes Déplacées en Thaïlande (CCSDPT – on compte, parmi les membres du CCSDPT, les organisations médicales intervenant le long de la frontière :Maltheser International, ARC, IRC, etc.) afin de standardiser le contenu de la formation et explorer les possibilités d’obtenir une reconnaissance du diplôme de la part des autorités thaïlandaises. Une consultance commanditée par le CCSDPT est d’ailleurs en cours afin de proposer des modules de formation standard adaptés au BBG. Dans le cadre d’une intégration possible en Thaïlande, les étudiants devront aussi apprendre le Thaï, ce que nous devrions bientôt proposer.

L’activité de formation menée par A.M.I. n’est-elle pas un éternel recommencement ?
C’est vrai que cela peut être frustrant de former des étudiants pendant 5 ou 14 mois et de les voir partir dans les mois qui suivent, parce qu’ils sont accueillis dans un pays tiers, ou parce qu’ils ont décidé de retourner en Birmanie. Ce qui importe cependant est que cette formation leur soit utile et soit utile aux autres, où qu’ils soient. De plus, c’est pour eux une des rares occasions qu’ils ont d’obtenir un diplôme. Nous avons aussi vu du personnel qui a progressé en interne grâce aux formations : une infirmière par exemple qui devient "medic". Ceux-ci représentent un espoir pour toute leur communauté. C’est grâce à eux qu’il est possible de dispenser des soins de qualité de façon continue dans les camps. Consulter cet article seul

Thaïlande : soutenir et former les réfugiés à la frontière birmane

Forte de multiples expériences humanitaires en Afrique, Anna Paul a rejoint les équipes d’Aide Médicale Internationale en tant que responsable de projet dans un camp de réfugiés en Thaïlande.

Depuis 1984, des milliers de personnes fuient le territoire du Myanmar (Birmanie), pour trouver refuge en Thaïlande. Aujourd’hui, plus de 150 000 personnes, principalement issues des ethnies Karen, Karenni et Mon, vivent dans neuf camps proches de la frontière birmane. La Thaïlande n’ayant pas ratifié la Convention de Genève (1951), ces hommes, femmes et enfants sont privés du statut de réfugié et disposent de droits extrêmement limités, en termes d’activité professionnelle et de déplacement. Ces populations sont donc extrêmement dépendantes du soutien des organisations de solidarité internationale.

Anna Paul a intégré les équipes d’Aide Médicale Internationale, engagées auprès des populations des camps de la frontière depuis 1995, pour participer à un programme d’assistance médicale bénéficiant à une population de 91 000 personnes. Cette ancienne étudiante en relations internationales et droit humanitaire, à Aix-en-Provence, avait réalisé auparavant des missions d’encadrement et de suivi d’activités de plusieurs mois pour différentes organisations humanitaires, en particulier au Tchad et en République centrafricaine. « La situation sécuritaire en Thaïlande était beaucoup plus stable qu’au Tchad, où les expatriés tendent à s’habituer à un climat d’insécurité chronique et finissent par ne plus réussir à juger de la dangerosité d’une situation », reconnaît-elle.

Au cours de sa mission d’un an dans la province de Tak (nord-ouest), Anna a été responsable de la gestion de l’ensemble des activités sanitaires dans le camp de réfugiés de Mae La, un des trois camps dans lesquels A.M.I. mène des programmes de soins et de formation, le long de la frontière birmane.

« Les équipes d’A.M.I. s’efforcent de former du personnel de santé local pour qu’il soit en mesure d’aider la communauté. »

Le camp de Mae La a une double particularité par rapport à ses deux voisins de Nu Poe et Umpiem. D’une part, il couvre une population de bénéficiaires (44 000 personnes) aussi importante que celle des deux autres camps réunis. D’autre part, des soins de santé préventive, notamment destinés aux femmes enceintes et jeunes enfants (vaccinations, nutrition, soins post-natals, éducation à la santé et suivi démographique), sont dispensés en plus du volet curatif (consultations généralistes, examens médicaux, consultations spécialisées). Le spectre des soins à prodiguer, comme des tâches à accomplir, est donc considérable.

Assurant régulièrement des liaisons entre la base de coordination de la mission à Mae Sot et le camp de Mae La, distant d’une quarantaine de kilomètres, Anna devait s’occuper de l’encadrement des équipes (dont 280 personnels locaux), du monitoring des programmes, de l’application de la stratégie et du reporting destiné aux bailleurs de fonds.

« Une des principales difficultés de ma mission a été de savoir gérer les priorités au vu de l’ampleur des activités implémentées. Il a fallu s’adapter à l’évolution permanente du contexte, notamment à l’afflux de nouveaux réfugiés, mais également au départ de membres locaux de nos équipes ayant été relocalisés à l’étranger », confie la responsable de projet. Le processus de relocalisation (resettlement) initié par le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) a en effet permis à plus de 40 000 habitants des camps de quitter la Thaïlande pour des pays tiers depuis début 2004. Ceux-ci privilégiant l’immigration de personnes qualifiées, A.M.I. est confrontée au départ régulier de son personnel de santé local ayant reçu une formation pour participer au développement communautaire. Ce phénomène est d’autant plus important que le processus de relocalisation s’est intensifié au cours des dernières années et qu’il s’est focalisé sur les trois camps où l’association est implantée. Cela renforce la nécessité de produire un effort accru d’accompagnement et de renforcement des compétences des personnels de santé locaux : sages-femmes, médecins, infirmières, techniciens de laboratoire, etc.

« Les équipes d’A.M.I. s’efforcent de former du personnel de santé local pour qu’il soit en mesure d’aider la communauté. A plus long terme, il serait d’ailleurs intéressant de renforcer les initiatives locales à travers les Community base organisations (CBO). Mais cela reste particulièrement complexe de mener un travail d’autonomisation auprès de populations désoeuvrées, coupées de la société thaïlandaise et prises en charge de manière discontinue par les autorités du pays », ajoute Anna.

Même si son travail de coordination ne l’a pas amenée à être toujours en contact direct avec les bénéficiaires, il lui a permis d’avoir de très nombreuses responsabilités et de relever autant de défis nécessaires pour mener à bien les activités d’A.M.I.. Et c’est avec une expérience humanitaire aussi riche que variée qu’Anna s’apprête à préparer des concours administratifs pour travailler dans la fonction publique. Consulter cet article seul

Thaïlande : prévenir et soigner les maladies dans les camps de réfugiés

Dans les camps de réfugiés en Thaïlande, A.M.I. est la principale ONG médicale présente. Son activité permet la prise en charge des patients en consultation interne et externe, et contribue à prévenir et limiter les épidémies au sein des camps. Les activités de prévention et les protocoles de préparation aux pandémies sont ainsi un élément clé de la santé des réfugiés au sein des camps.

Anna Paul a mené ses études dans un institut d’études politiques avant de poursuivre par une spécialisation en master d’action humanitaire à l’université d’Aix-en-provence. Après des stages au sein d’organisations de protection des droits humains fondamentaux, Anna a vécu ses premières missions en tant que responsable de projet au Tchad et en République centrafricaine. Désormais, Anna est responsable de projet pour Aide Médicale Internationale dans le camp de réfugiés de Mae La, qui est, avec plus de 45 000 personnes, un des plus gros des neufs camps situés à la frontière birmano-thaïlandaise.

Quelles sont les activités que vous gérez au quotidien en tant que responsable de projet ?
Je coordonne les activités de santé menées par les équipes d’A.M.I. dans le camp de Mae La. Comme il s’agit d’un très grand camp, cette mission requiert beaucoup d’organisation à tous les niveaux. J’assure les fonctions habituelles des responsables de projet d’A.M.I. : suivi des objectifs, reporting, gestion des équipes, qui sont assez conséquentes eu égard au nombre de personnes vivant dans le camp. L’équipe comprend en effet 280 personnes, composée de réfugiés qui sont formés par A.M.I. à la mise en place et au déroulement quotidien des activités de soin. Nous avons en plus une équipe sur Mae Sot (la base de coordination générale) composée de médecins et de formateurs qui apportent un soutien aux équipes des camps, composées notamment de medics en charge des soins de santé primaires. Les médecins leur viennent en appui pour les décisions médicales complexes et pour les référencements vers l’hôpital général de Mae Sot.
Par ailleurs, d’un point de vue plus global, je participe avec toute l’équipe d’A.M.I. à la réflexion concernant l’évolution des programmes. Nous travaillons pour proposer une stratégie conçue pour rester en constante adéquation avec les besoins de la population. Par exemple, on analyse l’opportunité de prendre davantage en charge certaines activités et de confier entièrement d’autres projets aux autorités sanitaires locales. Ainsi, il est envisagé de reprendre l’activité de prévention et de traitement de la tuberculose qu’une autre ONG a cessé récemment.

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Consultation médicale dans le camp de Mae La

En plus des activités de soins préventifs et curatifs auprès des réfugiés, existe-t-il des activités plus spécifiques à la région ?

Nous avons mis en place des protocoles pour faire face de manière efficace à une épidémie de grippe aviaire (la promiscuité et la présence de volailles au sein du camp nous ont amené à prendre des mesures très concrètes). En effet, en cas de grippe aviaire, nous pouvons craindre un taux de mortalité assez élevé (plus qu’en cas de grippe A, pourtant davantage médiatisée aujourd’hui), ce qui nous a amené à prévoir un protocole spécifique. Il faut savoir qu’officiellement, les réfugiés ne sont pas autorisés à posséder des volailles car ils n’ont pas le droit d’avoir des activités génératrices de revenus. À cela s’ajoute le fait que les autorités ont peur de la contamination. Dans ce contexte, mettre en place un programme de prévention est assez délicat. Cela étant, nous assurons une surveillance aux niveaux humain et aviaire. Notre objectif est de créer des outils de surveillance et des protocoles d’action clairs et précis pour le cas où l’on rencontrerait des cas suspects de mort de volailles. Pour ce faire, nous invitons donc les habitants à signaler les morts suspectes de volailles à l’équipe sanitaire. Ensuite A.M.I. s’occupe d’informer les autorités sanitaires locales et d’opérer les tests spécifiques requis. Selon les résultats, l’intervention peut être plus générale. Il nous faut faire preuve de force de persuasion car les réfugiés ont peur qu’en déclarant les morts suspectes, la totalité des volailles soient tuées par mesure de prévention.
Concernant le volet humain, la maladie est sous surveillance constante : les medics disposent d’une liste de symptômes auxquels ils doivent prêter une attention particulière, et doivent faire une déclaration sous 24 heures s’ils les observent chez un patient. Une fois le cas déclaré aux autorités sanitaires, le nécessaire est fait pour isoler le plus rapidement possible la personne du reste du camp et la référencer sur l’hôpital de Mae Sot. En complément, des actions sont menées en amont, au niveau de la communauté pour diffuser des messages de prévention et d’hygiène, notamment sur le lavage des mains ou l’utilisation de cages pour les volailles.

Après votre break en France, vous retournez en Thaïlande pour la suite de votre mission. Quels sont les chantiers pour votre retour ?
Bien entendu, je vais continuer toutes mes activités en tant que responsable de projet. Nous recevons également la visite du référent médical terrain du siège qui vient en mission pour nous appuyer dans notre travail en apportant un regard extérieur indispensable sur les activités. Le référent médical va nous aider à compiler les données médicales et épidémiologiques, participer aux réunions, travailler sur les indicateurs qui serviront sur les futurs projets. Il prendra également part aux sessions de formation du staff à la gestion du H1N1 dans le camp. Nous allons aussi nous pencher sur l’amélioration de l’accueil dans les patient house, qui sont des structures qu’A.M.I. met à disposition pour les personnes référencés vers l’hôpital de Mae Sot pour qu’elles y passent la nuit en allant ou en revenant de consultation. L’accueil du patient, comme la qualité des soins est en effet un élément important de notre action. Consulter cet article seul

Thaïlande : entretien avec Cécilie Alessandri, référente de projets santé

Cécilie Alessandri achève une mission dans les trois camps de réfugiés dans lesquels Aide Médicale Internationale intervient. Elle revient sur les difficultés et les réussites rencontrées dans les camps dans le domaine de la santé mentale, l’un des programmes qu’elle supervisait, et de l’avancée des activités mises en place pour une meilleure prise en charge et compréhension des problèmes qui y sont liés.

À Mae Sot en Thaïlande, A.M.I. intervient auprès de populations au statut particulier, car les habitants des camps sont pour la plupart des déplacés qui ont fuit la Birmanie, sans pour autant être reconnus comme réfugiés au sens de la Convention de Genève par le gouvernement thaïlandais. Pouvez-vous nous raconter comment se déroule l’intervention dans ce contexte particulier ?

Les réfugiés birmans ne sont tolérés que dans les camps. On ne parle d’ailleurs pas de « camps de réfugiés » mais de temporary shelter, ce qui désigne un abris temporaire. Ces lieux sont clos, et il faut une autorisation pour y entrer et intervenir auprès des populations. Une longue liste d’interdictions encadre la vie dans les camps. Tous ces éléments contribuent à créer un contexte et une atmosphère de confinement assez pesants.
Seul horizon pour ces populations, l’espoir de bénéficier enfin du programme de « relocalisation » mis en place par l’UNHCR (Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés). Ce programme a permis à environ 30 000 d’entre eux de migrer vers différents pays d’accueil. Mais beaucoup restent sur place et les camps ne désemplissent pas, de nouveaux arrivants continuant à affluer, pour certains attirés par ce programme.
Dans les camps, il y a beaucoup de dépressions, un fort taux de suicide et d’alcoolisme. Mon travail de coordination impliquait, pour le volet santé mentale, de superviser les équipes qui interviennent au niveau de ce programme spécifique.

Une partie du staff est recrutée sur place, dans les camps. Comment cela se passe-t-il ?

Certains membres du staff sont des réfugiés, qui ont postulé pour intégrer l’équipe A.M.I. Ils sont formés pour devenir Psycho Care Givers (PCG) : ils ont pour rôle de lutter contre le stress et l’anxiété des habitants des camps, et animent des activités telles que la relaxation ou le yoga. Eux-mêmes vivent dans les camps. C’est quelque chose de compliqué : soigner des gens qui sont dans la même situation que soi, lorsque l’on partage les mêmes conditions de vie difficiles.

Quelles sont les avancées du programme ? Qu’est-il possible de faire encore contre le mal-être dans les camps ?

Les avancées les plus récentes concernent les partenariats. Différentes ONG interviennent auprès des réfugiés et permettent d’animer la vie dans les camps, comme l’a déjà fait « clowns sans frontières » par exemple. Dépressions, insomnies : pour les réfugiés, qui sont sans travail, sans famille, l’ennui est pesant. Le fait d’avoir accès à des activités participe à une prise en charge globale de leur mal-être. Des accords peuvent être institués avec les différentes ONG initiant diverses activités ; ainsi, un partenariat a été noué dernièrement avec Shanti Volunteer Association (SVA), une association japonaise qui a amorcé depuis l’an 2000 des activités autour de la lecture auprès des réfugiés en Thaïlande.
Par ailleurs, dans le même souci d’apporter des activités au sein des camps, une semaine d’Art Thérapie se déroulera du 17 au 22 août 2009. Celle-ci sollicite des intervenants extérieurs thaïlandais dans l’optique de découvrir d’autres types d’activités auxquels pourraient avoir recours les Psycho Care Givers (PCG), l’objectif étant de diversifier les techniques de soutien. Organisée à Mae La, cette semaine comprendra deux jours de musicothérapie et arts plastiques, deux jours d’expression corporelle, deux jours sur le massage.
Outre l’organisation d’activités et d’animations, un autre type d’évènement a été mis en place par la précédente responsable de projet en santé mentale expatriée et une psychologue superviseuse thaïlandaise, Goi : la semaine de la santé mentale. Celle-ci vise à présenter les différentes activités développées dans le cadre du programme santé mentale et à amener chacun à mieux comprendre quels peuvent être les troubles psychologiques dont souffrent les patients auprès desquels nous intervenons. Il s’agit donc de promouvoir le programme, de permettre à chacun de mieux comprendre quel type d’aide il peut trouver auprès des Psycho Care Givers, et de réduire la stigmatisation des personnes souffrant de troubles. Celle-ci aura lieu en octobre prochain.

Hormis les activités relatives à la santé mentale, quelles sont les avancées concernant les autres programmes mis en œuvre ?

Pour le programme formation, deux sessions de seize mois sont actuellement en place pour former des réfugiés à devenir medics. L’objectif est de faire en sorte que ceux-ci puissent prendre en charge le minimum nécessaire des soins pour la communauté. Ces sessions permettent de renforcer la formation continue, laquelle est adressée par les superviseurs à tous les réfugiés membres du staff A.M.I. : medics mais aussi Psycho Care Givers pour le programme santé mentale ou VCT counsellors, qui conseillent et informent les réfugiés qui le souhaitent sur le HIV et les accompagnent dans leur démarche de dépistage.

Concernant le VIH/SIDA, le programme pour la prise en charge et le suivi des patients suit son cours. En juin dernier, 99 patients sur les 160 séropositifs suivis dans les trois camps étaient sous traitement ARV. Un gros travail est fait afin de mieux identifier les patients et de prévenir les transmissions, et diverses campagnes sont mises en place par les équipes VCT.
L’un des enjeux est de lutter contre la discrimination et de permettre une meilleure intégration des personnes vivant avec le VIH au sein de la communauté. Une grande campagne sera organisée à l’occasion de la journée mondiale contre le SIDA le 1er décembre, journée actuellement en préparation par toutes les équipes VCT des trois camps. Enfin, à plus large échelle, Jacqueline Nopno ARAKTHARA, responsable du programme VCT (Voluntary Counseling and Testing) représentera A.M.I. au 9e congrès international sur le SIDA en Asie et dans le Pacifique qui se tiendra à Bali du 9 au 13 août, afin de présenter notre programme de prise en charge des patients. Consulter cet article seul