Témoignages
Thaïlande : Populations oubliées, les réfugiés birmans.
Alors que les autorités thaïlandaises ne leur reconnaissent aucun droit (interdiction de se déplacer, de travailler...), ce sont plus de 150 000 réfugiés birmans qui ont trouvé refuge en Thaïlande depuis 1995.
Totalement dépendantes de l’aide internationale, ces populations issues des minorités Karen, Karenni ou Môn ont fui les exactions de junte militaire au pouvoir.
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Kaw L. - 63 ans - Réfugié Birman hospitalisé à l’Hôpital de Maela
"Ce que j’aimerais c’est cultiver libre et en paix avec ma famille"
Kaw L., 63 ans, vient d’arriver à l’hôpital du camp de Maela. Il souffre d’un ulcère peptique qui a entraîné une anémie sévère.
Il arrive de Birmanie et c’est la première fois qu’il traverse la frontière à cause d’un problème de santé. Il raconte son histoire :
« C’est un long trajet depuis mon village. On m’a porté dans un brancard pendant trois heures à travers la forêt jusqu’à la rivière qui marque la frontière avec la Thaïlande. Ensuite, une voiture m’a amené jusqu’au camp.
Mon village est situé dans le district de Pa-an, dans l’état Karen. Nous n’avons ni clinique ni médicaments. La clinique la plus proche est en zone contrôlée par l’armée birmane. C’est loin et la route est minée. Même s’il y a des médicaments là-bas nous n’osons pas y aller.
Et puis je n’ai pas confiance. Une fois un infirmier militaire birman est passé dans le village. Il m’a examiné et donné deux poches de « ringer ». Il n’y avait pas de date dessus, elles pouvaient être périmées, alors dans le doute je ne les ai pas prises.
Ici, je me sens en sécurité. Je peux compter sur les médics et il y a suffisamment de médicaments. Je suis plus serein que dans mon village.
Je sais qu’on va me guérir. On a testé mon sang et mes urines. Je suis confiant car on prend soin de moi, on m’a donné des médicaments. Chez moi il n’y avait rien et j’étais très inquiet.
Je ne veux pas quitter ma terre. J’y ai vécu toute ma vie. J’ai des fils et des filles, des petits fils et des petites filles. Quand j’irai mieux je rentrerai à la maison pour travailler car sans travail on ne pourrait pas manger.
Nous avons des champs de riz. Ce que j’aimerais c’est cultiver libre et en paix avec ma famille ».
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Su Da Porn - 22ans - Médic à l’Hôpital de Maela.
"Si un jour il n’y a plus de réfugiés (...), je me consacrerai aux gens de mon village..."
Su Da Porn est karen mais ses parents ont traversés la frontière avant sa naissance et elle est née du côté thaïlandais. Elle a maintenant la nationalité thaï mais souhaite travailler pour la communauté karen. A 22 ans, elle est une des médics nouvellement formées de l’hôpital de l’AMI dans le camp de Maela.
« Je me rappelle, j’avais 8 ans quand ma mère a eu des douleurs à l’estomac. Personne ne savait ce que c’était. A l’époque les villageois ne savaient même pas ce que c’était qu’une malaria. Quand quelqu’un tombait malade on pensait que c’était a cause de l’esprit de la montagne et on lui faisait des offrandes de riz ou de poulet.
Alors on n’a pas emmené ma mère chez le médecin. Quand son état s’est aggravé, on l’a emmenée a l’hôpital du camp mais il était trop tard. Mon père est mort quelques années après.
C’est pour ça que j’ai voulu devenir médic. Ca m’a donné la force de le faire.
Nous n’avions pas d’argent pour que j’étudie alors on m’a envoyé au camp ou les écoles sont gratuites. Ensuite, j’ai eu l’opportunité de suivre une formation d’infirmière puis de médic a l’hôpital.
Je suis vraiment contente car je peux donner aux patients les médicaments dont ils ont besoin. Je me rends compte a quel point dans mon village il y avait des gens non formés qui prescrivaient n’importe quoi.
J’adore travailler ici et aider les gens. C’est un bon hôpital, il y a suffisamment de médicaments et les gens sont bons comme des frères et des sœurs.
Chaque saison a ses problèmes. Pendant la mousson, ce sont surtout le paludisme et les diarrhées. Pendant la saison froide c’est la dengue et la typhoïde. En été il y a beaucoup de problèmes ophtalmologiques, de varicelle et de rougeole.
Si un jour il n’y a plus de réfugiés et que les camps ferment, je me consacrerai aux gens de mon village ou je travaillerai comme agent de santé ».
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HM Thaïlande - Htun Htun Oo, Membre du comité de rédaction
Le magazine Health Messenger, édition Birmane, est produit par l’AMI en Thaïlande depuis 1996. programme interactif, il s’ouvre à la collaboration de ses lecteurs, mais aussi de nombreuses personnalités de tous horizons. D’abord lecteur, Htun Htun Oo, 31 ans, a fait partie de l’équipe en tant que traducteur free-lance, avant de devenir membre du comité de rédaction et d’écrire lui même des articles.
Etudiant en géologie lorsque se produisit le soulèvement étudiant de 1988, il partit avec beaucoup de ses camarades se réfugier dans la partie de l’état Karen sous contrôle de la résistance. C’est là qu’il reçu de trois médecins ses premières formations qui vont faire de lui un agent de santé (« médic »). De 1988 à la fin de l’année 1996, il parcourt les forêts du pays en tant que « médic » se formant de plus en plus en traumatologie. En 1997, il passe la frontière thaïlandaise pour travailler pendant 11 mois dans des camps de réfugiés Karennis installés au nord de la Thaïlande. Depuis 1999, il dirige la branche birmane de la Fondation de Traumatologie, organisation d’origine norvégienne qui forme des spécialistes du traitement des blessures de mines antipersonnel.
Htun Htun Oo est devenu un fidèle lecteur du Health Messenger lorsqu’il travaillait dans les camps de réfugiés Karennis. Pendant toute l’année 1998, il travailla occasionnellement comme traducteur anglais/birman pour le magazine ; et c’est donc tout naturellement vers lui que nous nous sommes tournés lorsque nous avons commencé à travailler sur un numéro spécial mines antipersonnel. Avec énormément de dévouement, Htun Htun Oo a consacré beaucoup de son temps à écrire trois articles en coopération avec notre éditrice, le Dr Seerat Nasir, pour ce numéro spécial. C’est ainsi qu’au mois de mai dernier nous lui avons proposé de devenir membre de notre comité de rédaction : sa longue expérience de médic dans l’état Karen et sa grande connaissance des acteurs birmans de la santé de part et d’autre de la frontière seront très utiles au projet.
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