Témoignages
RCA : Soutenir l’agriculture pour améliorer les conditions de vie des populations
Présente depuis 2007 en RCA, dans la préfecture de l’Ouham Pendé, aux alentours de la ville de Paoua, Première Urgence a soutenu les populations victimes des conflits entre l’APRD (l’Alliance Populaire Pour la Restauration de la République et de la Démocratie) et les forces gouvernementales. Si ces conflits ont diminué d’intensité en 2008 suite aux accords du Dialogue Politique Inclusif, des combats ont perduré jusqu’en 2009 sur certains axes. La population, à forte majorité agricole qui s’était déplacée en brousse reprend petit à petit une vie normale. Les efforts communs des communautés, des organisations nationales et internationales grâce à l’appui des bailleurs ont permis de relancer l’agriculture en redonnant aux familles leurs moyens de production. Un des aboutissements de ces efforts est l’organisation de la foire agricole de Bozoum, lieu de rencontre de nombreux agriculteurs de la zone qui viennent vendre leurs produits. Première Urgence a participé à cette foire en accompagnant des bénéficiaires appuyés en 2010.
Elizabeth, 32 ans, mariée avec cinq enfants nous explique que la participation à cette foire représente pour elle plus que la possibilité de vendre ses surplus de production, c’est une opportunité d’échanger avec différents groupes de la zone, de découvrir des nouvelles techniques de transformation des produits et de retrouver un sentiment de dignité.
La foire de Bozoum permet de relancer l’agriculture locale mais aussi de créer du lien entre les agriculteurs
En parallèle de ces actions qui s’orientent vers le développement, Première Urgence continue à soutenir les plus vulnérables en situation de crise. Les populations vivant sur un des axes au nord de Paoua ne sont toujours pas rentrés chez eux après plusieurs années de vie en brousse. La crainte de nouvelles attaques et taxations sur l’axe les empêche de reprendre une vie normale avec un accès minimum aux soins de santé et à l’éducation. Grâce à un financement de ECHO (Office humanitaire de la Commission Européenne), Première Urgence va soutenir ces populations en 2011 afin d’améliorer leur production agricole, et de fait leurs conditions de vie.
Des formations sont organisées pour soutenir les agriculteurs et améliorer leur production agricole.
Première Urgence va également réhabiliter des axes routiers qui mène vers Markunda (au nord-est de Paoua) afin d’améliorer les échanges commerciaux, mais également de faciliter l’accès aux acteurs humanitaires qui interviennent dans le domaine de l’eau et l’assainissement, de la santé et de la nutrition.
Aide Médicale Internationale intervient aussi en République Centrafricaine pour renforcer l’accès et la qualité des soins de santé primaire, en particulier pour les femmes et les enfants.
Pour découvrir les activités d’Aide Médicale Internationale en RCA, cliquez sur ce lien. http://www.amifrance.org/-Republiqu…
Pour découvrir les activités de Première Urgence en RCA, cliquez sur ce lien.http://premiere-urgence.org/index.p…
Consulter cet article seulRépublique centrafricaine : entretien avec Jens Schumacher, chef de mission pour Aide Médicale Internationale
Jens Schumacher, d’origine allemande, est chef de mission pour A.M.I. en République centrafricaine. Depuis la base de coordination installée à Bangui, la capitale, il coordonne et supervise les activités réalisées au sein des programmes sur deux zones d’intervention, la préfecture de Bamingui-Bangoran et la sous-préfecture de M’Brés. Jens se rend régulièrement sur le terrain afin d’assurer le suivi des projets en cours ainsi que des équipes nationales et expatriées.
« Cette expérience directe m’a aidé à mieux comprendre les conditions difficiles dans lesquelles les équipes de terrain mènent leurs activités chaque jour : c’est tout d’abord une sécurité volatile due à la présence de braconniers, de coupeurs de routes et de groupes rebelles centrafricains et étrangers qui caractérisent entre autres le contexte de la République centrafricaine. Au-delà de cet aspect, le pays n’est toujours pas en capacité d’améliorer ses infrastructures, ce qui a un impact direct sur notre travail. Lorsqu’on travaille dans une zone enclavée comme la sous-préfecture de M’Brés, qui n’est pas desservie par les vols PAM (Programme Alimentaire Mondial), tout mouvement est effectué en voiture (4x4) sur des pistes en très mauvais état. En effet, l’Etat n’est toujours pas en mesure de fournir des services de base de qualité à la population. Prenons par exemple le secteur de la santé publique, il est dysfonctionnel et défaillant. Il manque des cadres qualifiés qui ont les compétences pour bien gérer les structures sanitaires, mais aussi de l’équipement et des médicaments essentiels. Avec un indice de développement humain parmi les pires du monde : 172ème sur 179 pays (PNUD 2008) la RCA est frappée par un taux de mortalité qui, au lieu de s’améliorer, ne fait que s’aggraver d’année en année (taux de mortalité maternelle (1 355 pour 100 000 naissances vivantes en 2006), et infantile (176 pour 1 000) d’après les données de l’enquête MICS III réalisée en 2006 par l’UNICEF). Il en est de même du contexte sécuritaire, surtout à la frontière du nord et du nord-est avec la rébellion centrafricaine (Convention des Patriotes pour la Justice et la Paix –CPJP) et étrangère (Front Démocratique du Peuple Centrafricain – FDPC sous l’égide de l’ancien général tchadien Abdoulaye Miskine) ou il y a régulièrement des accrochages entre ces groupes et les forces armées centrafricaines (FACA), mais aussi du sud-est du pays où les rebelles de l’Armée de Résistance du Seigneur (LRA) s’attaquent à la population centrafricaine.
Cependant, cette complexité inhérente au contexte d’intervention constitue pour moi un vrai défi : développement, urgence, post-urgence se mêlent au sein du même pays. J’apprécie particulièrement l’approche d’A.M.I. et je partage la stratégie d’intervention adoptée. Celle-ci repose sur un support direct aux structures sanitaires existantes et sur le renforcement des compétences des acteurs locaux. Elle rentre dans le cadre de la pérennisation des actions et de l’autonomisation du secteur de santé conformément à l’Initiative de Bamako. [1] De plus, les équipes d’A.M.I. travaillent quotidiennement avec le personnel médical des structures sanitaires et les représentants des communautés selon une approche participative que j’estime réellement efficace. En effet, cette démarche a permis d’obtenir des résultats très positifs dans l’amélioration et, finalement, dans la pérennisation du système sanitaire de la sous-préfecture de M’Brés. Ce projet sera bientôt clôturé et, par conséquent, nous avons entamé une période de transition de 4 mois avec pour objectif la prise en charge complète et autonome de toutes nos activités menées dans cette zone depuis plus de 3 ans par les acteurs de santé locaux. La stratégie employée par A.M.I. repose sur l’augmentation progressive de la tarification des soins et sur la fin de la gratuité des médicaments. De cette manière, les structures sanitaires concernées deviennent de plus en plus autonomes puisqu’elles sont capables de couvrir leurs dépenses, de les gérer, de payer leur personnel, d’offrir des soins de qualité et de garantir l’approvisionnement en médicaments essentiels de façon pérenne. Cela permet ainsi d’assurer une continuité dans le fonctionnement du système sanitaire une fois qu’AMI sera partie et donc un meilleur impact sur le long terme.
Enfin, dans le courant du mois de mars une mission d’évaluation d’un mois sera effectuée pour évaluer l’impact des activités réalisées dans la sous-préfecture de M’Brés durant les trois dernières années. Malheureusement, ce modèle de succès ne s’applique pas de la même façon dans la préfecture de Bamingui-Bangoran, donc sur la base de N’Délé, ouverte en 2007, au nord-est du pays. Dans cette zone, A.M.I. a rencontré plusieurs obstacles au bon déroulement de ses activités notamment à cause d’un contexte sécuritaire très instable et de structures sanitaires moins performantes. Aujourd’hui, l’un des objectifs à atteindre est la redynamisation du programme en suivant l’exemple de la méthode utilisée pour M’Brés. A N’Délé, nous travaillons actuellement sur trois des cinq axes routiers principaux initialement appuyés par AMI et qui se situent dans les plus grandes agglomérations. En effet, au delà des agglomérats urbains, c’est ici que se concentre la majeure partie de la population. Les équipes d’A.M.I. apportent un soutien à 2 centres de santé et à 5 postes de santé périphériques. Les trois axes présentent des situations très différentes où des contextes de post-conflit, d’urgence et de développement se mêlent. Depuis la dernière attaque de N’Délé par la CPJP en avril 2010, nous avons entamé une collaboration avec l’association Médecins Sans Frontières (Section Espagne), plus à même d’intervenir dans un contexte d’urgence. Cependant, nous avons mis en place une clinique mobile dans l’axe qui relie N’Délé au village de Krakoma. Celui-ci se trouve dans un contexte qui se caractérise actuellement par une crise humanitaire. Depuis plus que 8 mois, la population est complètement coupée de tout appui par les acteurs humanitaires internationaux. Le village est proche d’une des bases des éléments de la CPJP. Le poste de santé sous responsabilité d’AMI a été pillé en juillet et n’est pas opérationnel. Cette clinique mobile représente, à mon avis, un point de départ pour développer une expertise dans le domaine des interventions sanitaires d’urgence. Personnellement, je pense que les perspectives d’A.M.I. dans ce pays reposent aujourd’hui sur la nécessité de poursuivre des activités à N’Délé, d’ouvrir de nouvelles bases opérationnelles, et de rechercher des nouveaux financements pour le développement de la mission. »
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République centrafricaine : entretien avec Audrey Mahieu, responsable de projet à Mbrés
La mission d’Aide Médicale Internationale en République centrafricaine a inauguré ses activités en 2007, dans la préfecture de la Bamingui-Bangoran. Le village de N’déle devient alors la base opérationnelle de la mission, tandis que la base de coordination est installée à Bangui, la capitale du pays. Quelques mois plus tard, les équipes ouvrent une deuxième base opérationnelle dans le village de Mbrés, situé plus au sud, dans la préfecture de la Nana-Gribizi.
C’est ici qu’Audrey Mahieu travaille actuellement en tant que responsable du projet. Suite à une formation universitaire en relations internationales, Audrey, d’origine belge, effectue différentes expériences professionnelles dans le domaine de la santé publique et du journalisme sur les thèmes de l’actualité internationale. Cependant, elle réalise rapidement que rendre compte des actions d’autrui ne fait pas partie de ses réelles aspirations. Elle choisit alors de s’engager « à la première personne » dans l’humanitaire. Une décision qu’elle a non seulement pas regrettée, mais qui a nourri davantage son enthousiasme pour ce métier difficile.
Fin janvier 2011, le programme de Mbrés sera clos définitivement. Quelle est la stratégie employée par A.M.I. pour garantir la continuité de la mission ?
« En octobre 2010, grâce au financement de la Commission européenne, A.M.I. a pu démarrer un projet de quatre mois pour finaliser la transmission des activités aux acteurs locaux. La stratégie employée repose notamment sur une augmentation progressive de la tarification des soins et la fin de la gratuité des médicaments à partir du 18 octobre 2010. Il s’agit d’une méthode de recouvrement des coûts qui pousse les structures sanitaires vers une totale autonomie de gestion. L’objectif est de garantir à la population une meilleure qualité des soins et l’approvisionnement en médicaments. Cette décision a été prise avec le consensus de toute la communauté suite à des séances de sensibilisation et d’information sur le sujet. Nous sommes partis d’un petit prix pour l’augmenter progressivement.
Au sein de chaque centre de santé, les comités de gestion (COGES) composés de 8 volontaires veillent à cet aspect financier pour garantir une bonne utilisation de l’argent et lutter contre la corruption. Elus par la population, les membres du COGES sont une interface entre les structures sanitaires et la communauté. Formés par A.M.I., ils s’assurent du bon fonctionnement des structures de santé et peuvent prendre des mesures correctrices s’il y a des manquements. »
En tant que responsable de la gestion du projet à Mbrés, vous êtes chargée de la programmation et du suivi des activités. Quel genre d’actions réalisent les équipes sur place ?
« Le programme de Mbrés comprend deux volets d’activités : le volet médical et celui du développement communautaire. Nous proposons, notamment, un soutien à des centres et postes de santé pour garantir l’accès de la population aux soins de santé primaires. Par exemple, nous avons mis en place un bloc chirurgical dédié aux petites urgences, tandis que les cas plus complexes sont traités à l’hôpital de référence. Nous offrons également des services de soins pour les mères et les enfants afin de prévenir la transmission du Sida et soutenir les centres de vaccination. Quant au deuxième volet du programme, son objectif principal est le renforcement des compétences des acteurs locaux. La formation des partenaires sanitaires d’A.M.I. est essentielle car ils prendront le relais des activités après la fermeture du programme. Pendant les six derniers mois, j’ai pu constater un investissement grandissant de toute la communauté dans la gestion des soins de santé primaires. C’est surtout ce dernier aspect qui me rend optimiste sur la réussite du projet et le développement futur de la zone. Je pense que Mbrés est un programme qui fonctionne vraiment, où la participation de la population est très élevée. Nos activités ont obtenu un grand succès au sein de la communauté. »
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RCA : renforcement des capacités du personnel local en matière de soins obstétricaux et néonataux d’urgence
Entre 350 000 et 500 000 femmes meurent chaque année dans le monde de complications liées à la grossesse ou à l’accouchement. La quasi totalité de ces décès surviennent dans les pays en développement.
Depuis 2007, A.M.I. intervient en République centrafricaine où la situation sanitaire est préoccupante. Ces vingt dernières années, les indicateurs de santé (mortalité infantile, espérance de vie, etc.) se sont détériorés. Le taux de mortalité maternelle a doublé entre 1995 et 2003, passant de 683 à 1 355 décès pour 100 000 naissances vivantes, un des taux les plus élevés au monde.
A.M.I. contribue à la diminution de la mortalité materno-infantile dans la sous-préfecture des Mbrés, zone particulièrement enclavée où vivent 23 360 personnes dont 5 628 femmes en âge de procréer. L’équipe d’A.M.I. met en œuvre un programme de renforcement des capacités du personnel de santé local en matière de soins obstétricaux et néonataux d’urgence dans le centre de santé de référence (CSR) de la sous-préfecture et dans six postes de santé périphériques.
En 2009, Aurélien Pekezou Tchoffo, médecin urgentiste spécialisé en santé reproductive, a passé trois mois sur ce programme en tant que référent médical. Il nous livre un témoignage saisissant de son expérience.
Quelles sont les principales causes de mortalité materno-infantile en RCA ?
La faiblesse des soins explique en grande partie le taux élevé de mortalité materno-infantile. Les accouchements sont effectués dans des conditions d’hygiène déplorables par des matrones dont la majorité ne sont pas formées.
Un autre facteur non négligeable est le problème d’accessibilité aux soins pour les populations. D’une part, l’éloignement des postes de santé, en particulier dans les zones rurales, oblige certaines femmes à accoucher à domicile, ce qui augmente les risques de complications. D’autre part, la pauvreté des ménages limite l’accessibilité financière des femmes enceintes aux soins pré et postnataux et aux soins de qualité dispensés pendant et après l’accouchement dans une maternité.
Les causes directes de morbidité et de mortalité maternelles sont les hémorragies, les infections et l’éclampsie qui se traduit par des crises convulsives suivies d’un état comateux menaçant la vie du fœtus et de la mère. Les avortements pratiqués dans de mauvaises conditions ou les grossesses précoces chez les filles âgées de moins de 15 ans sont également des facteurs de risque considérable en RCA. Si toutes les femmes pouvaient bénéficier de soins de santé maternelle appropriés et être suivies par des sages-femmes qualifiées, bien des décès et complications pourraient être évités.
Quel était votre rôle au sein du programme d’A.M.I. ?
À mon arrivée, j’étais chargé d’évaluer l’état des salles d’opération et de stérilisation dans le centre de santé de référence (CSR) de la sous-préfecture des Mbrés. J’ai été frappé par la vétusté des infrastructures et des équipements qui ne répondaient à aucune des normes sanitaires nationales en vigueur. Dans la salle d’opération, les lits d’accouchement étaient imprégnés de sang séché et de sécrétions, les surfaces (mur, plafond, sol) étaient dégradées et fissurées, ce qui favorisait le dépôt de poussières et le développement des germes microbiens dans la pièce. Elle ne disposait pas de zone de transfert, pourtant essentielle pour éviter l’introduction de bactéries et de parasites dans le bloc opératoire et réduire ainsi les risques de contamination des patients. Les boîtes de chirurgie contenaient du matériel en bon état, mais on ne pouvait pas distinguer le matériel stérile du matériel contaminé. La salle de stérilisation était encrassée, mal organisée au niveau du stockage et les murs étaient noircis par la fumée provenant d’un réchaud à kérosène utilisé pour la stérilisation.
À l’issue de cette première phase d’évaluation, un plan de réhabilitation a été mis en place. Il s’agissait d’améliorer les conditions d’aseptisation pour réduire les risques de maladies nosocomiales. Pour cela, les équipements de prévention de l’infection pour le patient et le personnel ont été renforcés, des zones de transfert ont été aménagées et le bloc opératoire a été équipé de matériel adapté et de mobiliers de stockage.
Le deuxième volet de ma mission était de réaliser une évaluation des pratiques et des compétences des personnels de santé afin de leur proposer une formation pertinente.
Quels sont les acteurs de santé avec lesquels vous avez travaillé et quels types de formations leur avez-vous dispensés ?
Le personnel du CSR a été formé aux soins obstétricaux et néonataux d’urgence. À l’issue de cette formation théorique, chaque soignant doit être capable d’identifier les risques pouvant survenir lors de la grossesse et d’apporter une réponse adaptée à un accouchement difficile.
Ensuite, les matrones du CSR et des postes de santé ont été formées à la maternité à moindre risque. Car si elles sont capables d’assister un accouchement simple, elles rencontrent encore d’énormes difficultés en matière de détection des grossesses à risque et de référencement vers une structure plus adaptée. Toutes les matrones, qui se chargent également d’une part importante des accouchements à domicile, ont été identifiées en vue d’être formées aux consultations prénatales, à l’accouchement, à la reconnaissance et au référencement des grossesses à risque. Elles ont aussi bénéficié d’une initiation à l’usage du partogramme, l’outil de surveillance de la femme en travail d’accouchement qui permet de détecter tout problème et d’intervenir à temps. Enfin, elles ont été sensibilisées aux techniques de prévention de l’infection, comme l’entretien courant du matériel et des locaux.

Un accent particulier a été mis sur les interventions chirurgicales d’urgence. La salle d’opération du CSR de la sous-préfecture est tenue par un infirmier diplômé d’État. Il est le seul employé qui possède des compétences médicales. Il n’existe ni obstétricien, ni chirurgien, ni anesthésiste. Lors de complications pendant l’accouchement, par exemple quand la tête de l’enfant est trop grosse pour le bassin de la femme ou que le fœtus est en position anormale, la patiente peut avoir besoin d’une césarienne pour assurer sa survie et celle de l’enfant. Cette pratique est rare dans le CSR puisque seulement 2,38 % des accouchements sont réalisés par césarienne, alors que l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) estime que 10 à 15 % des grossesses nécessitent ce type d’intervention. Par ignorance, les matrones conduisent par voie basse des accouchements qui en principe devraient être réalisés par césarienne, ce qui est la cause de nombreux décès et pathologies graves du nouveau-né.
Afin d’assurer l’application des enseignements reçus, une formation pratique a eu lieu sous forme de supervision quotidienne. Les équipes A.M.I. ont assuré la continuité de cette supervision et le compagnonnage des pratiques du personnel de santé formé.
En 2010, face aux nombreux besoins encore non couverts en matière de renforcement des capacités locales, ce programme est poursuivi et renforcé, notamment à travers la formation du personnel soignant aux activités de planning familial et la mise en place d’outils pour assurer le suivi des patients.
A.M.I. soutient la campagne « Non-assistance à mère en danger » initiée par Oxfam France, Médecins du Monde, Action for Global Health et Avocats pour la Santé dans le Monde.
RCA : les activités de laboratoire, un appui technique essentiel apporté aux structures de soin
En quoi ont consisté vos activités sur les deux bases de Mbrés et Ndélé ?
Je suis intervenu sur le laboratoire de biologie clinique du centre de santé de référence de Mbrés ainsi que sur l’hôpital préfectoral de Ndélé. Mon rôle consistait à apporter un soutien aux activités de laboratoire et de transfusion sanguine par des formations continues et du compagnonnage. J’ai ainsi formé un technicien de laboratoire et un aide de laboratoire sur Mbrés ainsi que deux laborantins sur Ndélé.
Lors de ma mission en RDC en 2003 avec A.M.I., j’avais déjà mis en place différents modules de formation, que j’ai appliqués ici en RCA. Ces formations portent notamment sur l’hématologie, la bactériologie, l’immunologie, la cytologie, le diagnostic des maladies tropicales en laboratoire, la transfusion sanguine en milieu isolé. L’objectif est d’adapter au mieux les techniques et les pratiques au contexte local, en sachant qu’A.M.I. apporte notamment un soutien à des postes de santé éloignés.
Justement, quels sont les contraintes et les enjeux locaux concernant les activités que vous avez menées ?
L’un des objectifs des activités de laboratoire est d’apporter aux personnels soignants un élément de diagnostic via les analyses médicales. Les résultats des tests aident les médecins à établir un traitement adapté. Dans un pays durement touché notamment par le paludisme, le test biologique éclaire le médecin lorsque celui-ci soupçonne un cas de parasitose.
Les pratiques que j’ai enseignées sont conçues pour être adaptées au terrain, pour des structures dépourvues de matériels permettent des tests de dépistage automatisés. Les formations portent donc sur des techniques manuelles. L’objectif dans le cas de la transfusion sanguine est d’obtenir des transfusions sécurisées, en analysant l’état clinique du donneur, son groupe sanguin, en réalisant les tests immunologiques (VIH, hépatites B et C, syphilis, etc).
La transfusion sanguine est en effet la thérapeutique la plus dangereuse qui soit, il est donc impératif de prévenir tous les risques inhérents à cette pratique, en particulier dans un contexte de pénurie sanitaire et de sous-équipement, et alors que sévit l’épidémie de VIH/Sida. En effet, les médecins sont fortement tentés d’y recourir, car elle provoque un effet immédiat, qui peut sembler quasiment miraculeux. L’effet est particulièrement notable chez les enfants, qui sont par ailleurs nombreux à souffrir de malnutrition. Mais la transfusion comporte des risques, et il faut toujours mettre en balance le risque lié à la transfusion et le risque vital. C’est pourquoi j’intègre à mes formations, outre les aspects purement techniques, les règles sur le recours de cette thérapeutique de la transfusion. La règle principale étant : toute transfusion qui n’est pas formellement indiquée est formellement contre-indiquée.
Par quels moyens sensibiliser à une utilisation mesurée et raisonnée de la transfusion sanguine ?
Le module a été validé par la préfecture sanitaire, et donc par l’État centrafricain. Lors du séminaire de formation sur la transfusion sanguine en milieu isolé, j’invite toutes les personnes de la préfecture sanitaire : cliniciens, infirmiers, techniciens de laboratoire, et le médecin de la préfecture. L’objectif de cette mobilisation est que les « guidelines » exposées dans ce module de formation restent un document de référence, intégrées éventuellement dans les formations nationales.
Cet entretien avec Gilles Bastard a été mené en décembre 2009. Depuis lors, les personnels des postes de transfusion sanguine (PTS) formés par Gilles poursuivent leur travail de manière autonome. Consulter cet article seul
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