Témoignages
Yémen : entretien avec Alexandre Schwall, administrateur d’Aide Médicale Internationale
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Après un Master en gestion des situations de crise, Alexandre Schwall rejoint l’équipe d’Aide Médicale Internationale au siège en 2009. En tant que stagiaire, il travaille au desk sur les missions en Afghanistan, au Soudan et en Haïti. Un an après, Alexandre accepte de partir en mission au Yémen pour six mois en tant qu’administrateur. A.M.I. s’est rendue au Yémen pour la première fois en 2006, suite à une mission exploratoire, où l’équipe avait identifié des difficultés socio-économiques et sanitaires fortes dans le gouvernorat d’Hodeidah. Alexandre a travaillé au sein de la base opérationnelle qu’A.M.I. a implanté en 2007 à Hodeidah avec le soutien financier du Ministère français des Affaires Etrangères et EuropeAid.
Aide Médicale Internationale a implanté sa mission au Yémen dans le but d’améliorer l’accès aux soins de santé primaires de la population. Aujourd’hui, quel genre d’activités conduisent les équipes sur le terrain ?
« Les activités d’A.M.I. se déroulent dans le gouvernorat d’Hodeidah sur deux zones d’interventions, l’une en milieu rural et l’autre en milieu urbain. La première zone est le district d’Al Hali, où les équipes travaillent principalement sur la santé reproductive afin de réduire le taux de mortalité maternelle et celui des enfants de moins de cinq ans. La deuxième zone est le district d’Al Marawa, où la lutte contre l’insécurité alimentaire représente le volet principal de la mission. Tous les programmes ont pour objectif de rendre les soins de santé primaires accessibles à tous les habitants de la zone. C’est pourquoi A.M.I. s’est engagée à délivrer des soins directs et à renforcer la coopération avec le Ministère de la santé yéménite. Il s’agit d’un travail de supervision et de formation du personnel de santé.
Séance de formation médicale des femmes
Dans les centres de santé, le staff est supervisé par les médecins et les sages-femmes yéménites qui font partie de l’équipe d’A.M.I. Ces derniers sont eux-mêmes supervisés par le référent médical expatrié. Dans la zone d’Al Marawa, A.M.I. a mis un place un système de cliniques mobiles qui sillonnent le district afin d’assurer des soins de santé primaires aux populations les plus isolées. »
File d’attente devant une clinique mobile d’A.M.I.
Pendant les six mois que vous avez passés à Hodeidah, êtes-vous allé voir les projets d’Al Hali et d’Al Marawa ?
« L’un des aspects positifs du travail sur une mission de petite taille est la proximité avec le terrain. J’avais un contact direct avec les équipes qui travaillent sur les deux zones d’intervention, une opportunité unique qui nous a permis d’améliorer la cohésion et la communication entre la base opérationnelle et les projets. Cette proximité était pour moi l’occasion de se connaître et de se faire confiance mutuellement. Ces bons rapports m’ont également aidé à mieux réaliser mon travail et à mieux comprendre le contexte yéménite. En tant qu’administrateur, mon rôle comprenait aussi la gestion administrative quotidienne des ressources humaines, nationales et expatriées, de toutes les zones d’intervention. De plus, je m’occupais de la gestion financière à travers le suivi budgétaire et la comptabilité. Pendant mon séjour au Yémen, je me suis fait une idée plus précise de la situation du pays. En effet, la forte croissance démographique n’est pas soutenue par une croissance économique égale, ce qui entraîne une dangereuse augmentation du chômage. La situation est aggravée par un contexte sécuritaire et économique instable qui offre un terrain fertile pour l’augmentation d’activités liées au terrorisme. En effet, les tensions politiques qui ont succédé aux activités sécessionnistes au Sud du pays en 2009, sont exacerbées aujourd’hui par l’opposition entre les groupes Houthi et les forces gouvernementales au Nord. Cela provoque d’importants mouvements de populations vers les camps de réfugiés qui se retrouvent ainsi surpeuplés. »
Quelques semaines avant la fin de sa mission au Yémen, Alexandre Schwall a commencé à former l’assistant logistique à son poste d’administrateur afin de garantir la continuité de la mission après son départ.
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Entretien avec Evelyne Benats, référente médicale au Yémen
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Aide Médicale Internationale a débuté ses premières activités au Yémen en 2007 dans le gouvernorat d’Hodeidah. C’est ici qu’Évelyne Benats effectue actuellement sa mission pour l’A.M.I. en tant que référente médicale. Infirmière spécialisée en santé publique et communautaire et en maladies tropicales, Évelyne a démarré sa mission au Yémen en juin 2010 pour une durée de 12 mois.
« Aide Médicale Internationale développe un programme de renforcement de l’accès aux soins de santé primaires dans les districts d’Al Hali et d’Al Marawa, au sein du gouvernorat d’Hodeidah. Les activités portent principalement sur l’appui aux structures de santé gouvernementales et sur la lutte contre la malnutrition. Deux fois par semaine, je travaille à Al Marawa dans deux centres de santé préexistants où A.M.I. a mis en place un programme de nutrition afin de lutter contre les carences alimentaires. Il s’agit de dispenser des soins à tous les enfants mal nourris qui se trouvent dans une tranche d’âge entre 6 mois et 5 ans. Les infirmières commencent souvent par leur administrer un complément alimentaire prêt à la consommation à base d’arachide, le « Plumpy Nut », conçu pour le traitement de la malnutrition aiguë sévère chez les enfants de plus de 6 mois. Cette pâte peut également être utilisée pour traiter la malnutrition modérée, pour les enfants, les femmes enceintes. Je supervise personnellement le travail des infirmières afin d’améliorer la qualité des soins dispensés aux enfants.
Ensuite, avec le soutien du référent communautaire, j’organise la formation des volontaires yéménites aux activités de promotion de la santé communautaire ou CBHC (Community Based Health Care). Cette équipe de volontaires a été constituée dans le but de compléter le programme « nutrition » : ces volontaires organisent le screening des enfants dans les villages et mettent en place des activités d’éducation à la santé. Les volontaires réalisent également un travail de screening des enfants mal nourris par le biais d’une enquête porte à porte. Ils vont notamment de maison en maison à la rencontre des familles afin de détecter les cas de malnutrition et les référer au personnel spécialisé d’A.M.I. Nous offrons aussi un soutien financier et une supervision technique au Ministère yéménite de la santé qui est chargé de la formation du personnel sanitaire du pays. Il s’agit d’un volet essentiel pour A.M.I. car il participe au renforcement des capacités des acteurs locaux et, dans le long terme, à l’autonomisation du pays dans la gestion de son système sanitaire. Un dernier élément de mon rôle de référente médicale est la gestion de la pharmacie. Je m’occupe d’assurer l’approvisionnement des treize centres de santé dans lesquels nous travaillons et des deux cliniques mobiles qu’A.M.I. a mis en place dans le district d’Al Marawa, en collaboration avec un pharmacien local.
Finalement, cette mission au Yémen est une expérience extrêmement enrichissante et intéressante pour moi, aussi bien sur le plan personnel que professionnel. Pendant les six premiers mois sur le terrain, j’ai pu apprendre la gestion de la pharmacie et approfondir mes connaissances dans le domaine de la malnutrition. Globalement, je suis très satisfaite des activités réalisées par A.M.I. et j’espère que le Ministère de la santé yéménite prendra le relais ensuite afin d’assurer la continuité des projets commencés ensemble. Suite à des échanges avec les managers des centres de santé, j’ai pu constater que la perception de notre travail par le personnel national est très positive. Discuter directement avec la population permet à A.M.I.de toujours améliorer ses activités et de les rendre plus efficaces. »
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Yémen : promouvoir la santé, construire le développement
Dans la péninsule arabique, le Yémen est un pays marqué par une très grande pauvreté. Son économie est directement affectée par la baisse continue de sa production de pétrole depuis des années, alors que sa production agricole ne permet pas au pays d’assurer son autosuffisance alimentaire. Le Yémen accuse un important retard en terme de développement humain par rapport au reste de la péninsule. Selon le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), 47 % de la population vit sous le seuil de pauvreté (2 $ par jour), 34 % de la population n’a pas accès à l’eau potable, tandis que l’illettrisme touche 41 % de la population âgée de plus de 15 ans. Les maladies contagieuses et la malnutrition constituent les premières causes de mortalité et de morbidité, particulièrement dans les zones rurales qui concentrent près de 70 % de la population.Alternant activités cliniques en France et missions humanitaires en tant que médecin, Valentine Grangeon, référent médical de retour de sa mission au Yémen, explique comment Aide Médicale Internationale participe à la promotion des soins de santé primaires (SSP) dans le gouvernorat d’Hodeïdah.
Au cours de ses études de médecine généraliste à Grenoble, Valentine participe à une première mission humanitaire en partant soutenir un projet local d’assistance aux camps de réfugiés tibétains situés aux marges nord de l’Inde. Par la suite, elle parvient à développer une expérience clinique de plusieurs mois au sein d’un cabinet médical et d’une structure hospitalière. La mission humanitaire qu’elle mène six mois durant au Libéria en tant que référent médical lui permet ensuite de consolider sa connaissance des programmes de SSP. Elle confirme cette orientation en suivant une spécialisation en médecine tropicale et santé publique internationale à l’Institut de Médecine Tropicale (IMT) d’Anvers et a alors l’opportunité de mettre à profit ses compétences nouvellement acquises dans un contexte de développement en prenant part à la mission d’A.M.I. au Yémen. Dans le gouvernorat d’Hodeïdah, situé sur les rives de la mer Rouge, l’association travaille depuis plusieurs années à améliorer la prise en charge des SSP, de la santé materno-infantile et de la malnutrition.
Valentine a été chargée, dans le cadre de sa mission d’un an, de la supervision du programme de soins de santé primaires. Celui-ci repose sur trois équipes mobiles, comprenant chacune un médecin et une sage-femme locaux, accompagnés parfois d’une technicienne de laboratoire. Les équipes mobiles assurent des consultations hebdomadaires dans treize centres de santé, les activités curatives étant dévolues aux médecins, tandis que les sages-femmes assurent les activités préventives. Valentine note que « la persistance de traditions locales fortes oblige à veiller à une nette séparation des hommes et des femmes dans le cadre des activités et des consultations médicales. C’est la raison pour lesquelles seules des femmes sont habilitées à examiner les femmes yéménites, à réaliser les consultations gynécologiques, de même que la prévention et le traitement des maladies sexuellement transmissibles. Ces affections restent d’ailleurs largement ignorées et passées sous silence au Yémen, ce qui nécessite d’user de patience et de discrétion plus importantes encore concernant ces sujets sensibles. » La technicienne de laboratoire vient en soutien à sept Health Centers, couvrant une zone de 15 000 habitants.
La supervision des structures de santé locales par les personnels yéménites d’A.M.I. passe par le suivi des consultations, l’étude des procédures et la formation continue, afin d’améliorer leurs capacités de diagnostic et de prescription d’un traitement adapté. Valentine souligne que « ce travail de formation prépondérant a pu être progressivement renforcé par la constitution d’un ouvrage de référence répertoriant avec précision les procédures à appliquer en cas de maladie. Ce recueil couvre des sujets aussi larges et essentiels que la définition de la maladie, l’observation des signes cliniques, l’observation des signes biologiques, la gestion des équipes médicales, la mise en place des traitements curatifs et enfin les mesures de prévention à mettre en œuvre pour réduire la fréquence des maladies ». Étant donné le développement relativement récent des activités d’A.M.I. au Yémen, le travail de référent médical englobe aussi de nombreuses composantes comme les relations avec les autorités sanitaires locales, la mise en œuvre et le suivi des programmes, ainsi que la coopération éventuelle avec d’autres organisations humanitaires. »
« Le Yémen reste un pays largement isolé et ignoré sur le plan humanitaire, dominé par la pauvreté et l’insalubrité, fait remarquer Valentine. Ces difficultés structurelles impliquent de se donner suffisamment de temps pour la formation, l’assimilation et l’appropriation des outils par le personnel local. En dépit de capacités de développement économique limitées, la population parvient à s’investir dans des programmes de prévention et de supervision exigeants. En ce sens, les sages-femmes avec lesquelles j’ai été amenée à travailler ont largement démontré leurs capacités d’initiative et d’autonomie dans le cadre de leurs activités, alors qu’une partie importante de mon temps a été consacré à l’encadrement des médecins généralistes. » Valentine s’est efforcée d’instaurer un climat de confiance avec ses équipes, en leur garantissant notamment une autonomie importante dans le cadre de leurs activités de supervision, après qu’elle ait élaboré les formations. Cette expérience au sein d’A.M.I. l’a convaincue de l’importance « d’élargir la gamme des soins dispensés à la population et de contribuer ainsi au développement de la société yéménite ». Consulter cet article seul
Yémen : s’ouvrir à l’humanitaire et au monde arabe
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Employée administrative dans une entreprise privée, Fabienne Alcaraz a orienté sa carrière pour rejoindre le monde de l’humanitaire, en partant avec Aide Médicale Internationale pour une mission courte au Yémen.
Situé à la pointe sud de la péninsule arabique, le Yémen connaît une situation socio-économique plus comparable aux États fragiles de la Corne de l’Afrique qu’aux puissances pétrolifères du monde arabe, en raison de la faiblesse de ses ressources en hydrocarbures et de sa faible productivité. La population yéménite, forte de 23 millions d’habitants, se distingue ainsi du reste de la péninsule par un important retard en terme de développement humain. Selon le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), 47 % de la population vit sous le seuil de pauvreté de 2 $ par jour, 34 % de la population n’a pas accès à l’eau courante, tandis que l’illettrisme touche 41 % de la population âgée de plus de 15 ans. Les maladies contagieuses et la malnutrition constituent les premières causes de mortalité et de morbidité, particulièrement dans les zones rurales qui concentrent près de 70 % de la population. Par ailleurs, le pouvoir central est ébranlé par les velléités sécessionnistes de l’ancien Yémen du Sud et la rébellion houthiste du nord. Une trêve fragile a récemment été trouvée avec les insurgés nordistes, permettant la fin des hostilités qui ont éclaté depuis 2004 et auraient fait plusieurs milliers de victimes et 350 000 déplacés.
Clinique mobile dans le district d’Al Marawa
Après une formation en secrétariat, Fabienne Alcaraz s’est lancée très tôt dans la vie active, multipliant les expériences professionnelles, avant de devenir responsable administrative et comptable dans une société de transport de voyageurs. Issue d’une mère d’origine malgache, elle souhaite depuis longtemps se consacrer à un projet de développement local à Madagascar. Elle quitte le monde de l’entreprise après 7 années de carrière, pour suivre une formation d’administrateur de 9 mois à l’institut Bioforce. Au terme de nombreuses démarches, Fabienne connaît sa première expérience humanitaire en rejoignant les équipes d’A.M.I. pour 3 mois, en tant qu’administratrice sur la mission Yémen.
Depuis 2007, les équipes d’A.M.I. viennent renforcer les capacités organisationnelles, techniques et matérielles de huit structures de santé gouvernementales, situées dans les districts d’Al Marawa (zone rurale) et d’Al Hali (zone urbaine), dans le gouvernorat d’Hodeïdah (côte ouest). En collaboration avec le ministère de la Santé, A.M.I. concentre ses activités sur la prise en charge des soins de santé materno-infantile, le traitement des épidémies, et la lutte contre l’insécurité alimentaire. Fabienne est venue en soutien aux trois expatriés présents sur la mission – un chef de mission et deux référents médicaux –, pour assurer la gestion des tâches administratives courantes et former un administrateur local.
« Un temps d’adaptation a été nécessaire pour que je parvienne à me familiariser avec le monde de l’humanitaire, le fonctionnement de la mission et le mode de vie au Yémen, reconnaît-elle. Durant un mois et demi, j’ai dû engranger rapidement une somme importante d’informations, concernant les procédures RH appliquées aux expatriés et personnels locaux, la gestion de la trésorerie, la répartition des tâches et l’encadrement des équipes au quotidien. J’ai été amenée à m’adapter au rythme de vie au Yémen, en privilégiant les démarches extérieures et les formalités administratives le matin, puisque banques et administrations sont fermées l’après-midi, en partie en raison du rituel du khat. » (Originaire d’Afrique de l’Est, la culture des feuilles de khat s’est également étendue à la péninsule arabique. Comme chez son voisin somalien, le rituel du khat est un facteur important de sociabilité au Yémen, puisque sa consommation en réunion est propice à de longues heures de discussion et de négociation.)
Un mois durant, Fabienne a aussi été chargée de la formation d’un administrateur local, afin qu’il soit en mesure de lui succéder et d’assumer la responsabilité de l’ensemble des tâches administratives sur la mission. « Travailler avec un jeune homme doté d’une courte expérience et âgé seulement d’une vingtaine d’années passait nécessairement par un important effort de communication, fait-elle remarquer. Cette phase de transmission de compétences, mais aussi d’échange et de partage entre deux personnes issues de cultures différentes, a été particulièrement enrichissante pour moi. Un véritable climat de confiance a d’ailleurs fini par s’instaurer entre nous. De manière générale, le personnel local témoigne d’une grande curiosité concernant les activités et le personnel expatrié de la mission. »
« Cette première mission humanitaire a été une expérience riche d’enseignements à tous les niveaux. »
En raison du manque d’accès à l’enseignement et de la faiblesse du niveau d’instruction des langues étrangères, l’arabe demeure la langue de communication prédominante au Yémen. Les personnes anglophones sont rares dans le pays. Fabienne souligne à quel point « les traducteurs sont indispensables aux équipes d’A.M.I., pour permettre aux expatriés de se faire comprendre de la quinzaine de collaborateurs, de l’ensemble de la population et des autorités locales si nécessaire. C’est à l’administrateur que revient la supervision du travail des deux traductrices et l’organisation de leur planning. Celles-ci sont aussi utiles à la traduction des lettres officielles, des plaquettes pédagogiques et d’autres types de documentation, qu’à l’accompagnement d’expatriés lors de sessions de formation. Les traductrices sont incitées à faire preuve de précision et d’attention, notamment dans l’usage du vocabulaire médical, pour ne pas altérer le sens de certaines prescriptions. Lorsque "repas" devient "alimentation", le message véhiculé par les équipes chargées des programmes de nutrition peut devenir plus confus pour les populations. »
En dépit de la durée limitée de sa mission, Fabienne a eu l’opportunité de développer un certain contact avec la population et le travail de terrain, en prenant le temps d’observer les traditions locales : « Il était plus facile pour moi de m’intégrer progressivement à la population d’une ville régionale de taille moyenne comme Hodeïdah, par rapport à la capitale du pays, même si la langue reste une barrière difficilement surmontable en si peu de temps. Il n’est pas forcément évident de trouver sa place lorsque l’on est une femme occidentale qui travaille dans l’humanitaire, au sein d’une société où l’autorité masculine est très marquée. Néanmoins, le fait d’être une femme permet d’estomper en partie la réserve de la population yéménite à son encontre, et des femmes en particulier. J’ai d’autre part eu la chance de sortir de ma bulle quotidienne, en partie éloignée des difficultés rencontrées par la population dans le reste du Yémen, pour me rendre sur un centre de santé d’Al Marawa et découvrir le travail des équipes d’A.M.I. sur le terrain. De manière générale, cette première mission humanitaire a été une expérience riche d’enseignements à tous les niveaux. Et elle me permet maintenant d’envisager d’une manière différente le projet que je souhaite entreprendre à Madagascar. » Consulter cet article seul
Première mission avec A.M.I. : administrateur pour la mission Yémen
Après un stage desk au siège d’A.M.I., Alexandre Schwall a fait ses premiers pas sur le terrain en tant qu’administrateur, à Hodeidah.
Alexandre Schwall, ancien stagiaire assistant desk au siège d’Aide Médicale Internationale, revient de sa première expérience sur le terrain. Une mission de trois mois en renfort sur le poste d’administrateur au Yémen, où A.M.I. appuie des centres de santé dans le gouvernorat d’Hodeidah, l’un des plus pauvres du pays. Présente depuis 2007, A.M.I. y agit pour l’accès aux soins de qualité de plus de 142 500 personnes. En trois mois de mission, Alexandre aura pu découvrir tous les volets d’une mission A.M.I. et contribuer concrètement au fonctionnement de celle-ci.

- Arrivée d’une clinique mobile pour une séance de consultations
Votre stage au sein d’Aide Médicale Internationale était votre premier contact avec le monde de l’humanitaire, d’où vous est venu l’engouement pour ce milieu ?
J’étais étudiant à l’Institut d’Etudes du Développement Economique et Social (IEDES) en Master « Gestion des situations de crise ». Cette formation couvrait l’ensemble des situations de crise qui peut exister (catastrophes naturelles, conflits armés, etc.) et m’a amené à découvrir les problématiques liées à la gestion des conflits armés. Il existe plusieurs manières d’agir dans ce domaine et je savais que l’humanitaire était une porte d’entrée possible pour découvrir l’ensemble des acteurs de l’aide internationale. J’ai donc effectué des recherches sur différentes ONG. Je n’avais pas en tête un domaine d’intervention précis (médical, droits de l’homme, etc.), c’est la démarche opérationnelle d’A.M.I. qui m’a séduit : les programmes répondent aux besoins immédiats des populations, en matière de soins par exemple, tout en posant les bases pour l’après en visant l’autonomie des populations. C’est une position particulière de l’association à laquelle j’ai rapidement adhéré, parce qu’elle s’applique à intégrer « Urgence » et « Développement » dans son approche opérationnelle.
L’avantage d’une structure comme A.M.I., quand on découvre le fonctionnement d’une ONG comme moi c’est qu’on a rapidement une vision d’ensemble. La taille de l’association (et les gens qui y travaillent !) en fait un endroit convivial, où il y est plus facile de s’y intégrer professionnellement.
Vous avez effectué votre stage au sein du desk 2 en charge des missions Soudan, Afghanistan et Haïti. Vous assistiez à la fois la chargée de gestion financière sur le suivi budgétaire des missions, et la responsable des opérations dans la rédaction de propositions d’opérations ou de rapports à remettre aux bailleurs. Votre passage au siège vous a-t-il permis d’avoir une meilleure compréhension des enjeux du terrain ?
Outre mon envie de découvrir le milieu de l’humanitaire, j’espérais également pouvoir compléter mon passage au siège par une expérience de terrain. De ce point de vue, je peux dire que je n’ai pas été déçu : mon passage au siège m’a donné une vision plus nette des différents corps de métiers de l’humanitaire, au-delà de l’opérationnel, comme le travail du service médical ou du service communication. À l’issue de mon stage, je suis parti en renfort sur le terrain pendant trois mois en tant qu’administrateur au Yémen.
C’est une mission typique d’A.M.I. puisqu’il s’agit d’appuyer des centres de santé. Dans le gouvernorat d’Hodeidah. A.M.I. est présente dans le district urbain d’Al Hali et dans le district rural d’Al Marawa. Dans le premier, les soins de santé primaires s’accompagnent d’une attention particulière portée à la santé reproductive. Dans le district rural, en consortium avec Triangle GH (qui s’occupe du développement agricole) A.M.I. développe des activités de nutrition en plus des aspects habituels de supervision, d’approvisionnement en médicaments et mobiliers, de formation et de suivi épidémiologique.
Quel était votre rôle au sein de la mission et comment avez-vous appréhendé les nouvelles responsabilités qui vous étaient confiées ?
Je suis parti en renfort sur le poste d’administrateur, pendant 3 mois pour pallier le départ du précédent administrateur local, en recruter un nouveau et le former. Je suis arrivé trois semaines après le départ de l’administrateur et j’ai dû apprendre vite. Il me fallait à la fois me familiariser avec la mission, comprendre les tâches qui m’étaient confiées, et à la fois me mettre au travail tout de suite : il y avait déjà près d’un mois de comptabilité à mettre à jour. J’ai dû comprendre, apprendre et faire en même temps, ce qui n’est pas forcément évident au début, mais permet de rentrer dans le vif du sujet surtout sur une mission courte comme la mienne.
Mon travail quotidien consistait globalement à suivre les dépenses de la mission : assurer le suivi et la validation des factures, entrer toutes ces données dans le logiciel sur lequel j’ai été formé au cours de mon stage. C’est beaucoup de responsabilité car la réalisation des activités repose en grande partie sur une bonne gestion. Il y a également tout un volet ressources humaines avec lequel j’étais le moins familier au départ et qu’il m’a fallu apprendre sur le tas, soutenu par le chef de mission. Je suis notamment arrivé dans une équipe où j’étais le plus jeune et je me suis parfois retrouvé à demander à des professionnels plus âgés et plus expérimentés de me rendre des comptes, ce qui n’est pas forcément évident au début. J’étais par exemple, celui qui tenait la fiche de présence le matin, faisait pointer le personnel et devait rappeler à l’ordre les retardataires.
Au-delà de la comptabilité de la mission, l’administrateur est également le garant du règlement intérieur de la mission. C’est à lui qu’incombe la tâche de vérifier la validité des contrats, les salaires du personnel, les demandes de congés et d’être en relation avec les autorités locales pour des questions de sécurité sociale du personnel local, par exemple. Le travail d’administrateur demande beaucoup de rigueur, à la fois personnelle et professionnelle. Apprendre à gérer son temps de travail est essentiel car les petites tâches à faire s’accumulent assez rapidement et l’on a vite fait d’être pris par le quotidien.
Cette expérience vous a-t-elle donné une vision plus précise du milieu humanitaire et permis de préciser vos perspectives professionnelles ?
C’est une expérience très formatrice que j’aimerais beaucoup renouveler. Le poste d’administrateur m’a donné une vision d’ensemble du projet car la nature des tâches qui m’étaient confiées impliquait de travailler en collaboration étroite avec les autres services.
Aujourd’hui, j’aimerais repartir sur ce type de poste car il m’a appris beaucoup en très peu de temps. J’aimerais, à terme, mettre à profit les compétences concrètes acquises grâce à mon expérience de terrain en management ou en suivi budgétaire dans la gestion de projet, en rapport avec la culture de la paix. Consulter cet article seul
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