Afghanistan : 18 mois auprès des professionnels et personnels de santé afghans

Afghanistan : 18 mois auprès des professionnels et personnels de santé afghans

Après sa formation à Science Po Paris, puis un Master en santé publique à la London School of Hygiene and Tropical Medecine, et deux missions courtes à Johannesbourg, dont une la conduit à réaliser une évaluation sur des programmes de santé publique menés dans des bidonvilles, Malourène Cordier rejoint Aide Médicale Internationale en août 2007. Durant 18 mois, cette jeune femme s’est investie ardemment au sein de l’équipe, assurant plusieurs missions successives au sein du dispositif mis en œuvre par A.M.I.

« Mes premières fonctions, d’août à octobre 2007, ont principalement consisté en la rédaction de rapports. Dans un deuxième temps, de novembre 2007 à avril 2008, j’ai été en charge d’une importante étude de santé publique initiée par A.M.I. et intitulée « Getting ready for birth ». Menée sur les deux provinces afghanes de l’est dans lesquelles A.M.I. est implantée, le Laghman et la Kunar, cette étude était motivée par un constat simple, et problématique : peu de femmes enceintes se rendaient dans les cliniques pour des consultations pré- et post-natales et pour les accouchements. L’objectif qui nous animait, rappelle Malourène, était d’identifier les barrières à la fréquentation des services de santé reproductive afin de les dépasser et de faire en sorte que davantage de femmes accèdent aux consultations. » Une étude qualitative, principalement axées autour d’entretiens, est entreprise. « Les huit membres de l’équipe mobilisée sur ce projet que je coordonnais se sont entretenus avec des femmes de moins de 35 ans, des femmes de plus de 35 ans (les « belles-mères », qui sont des relais importants d’information et de véritables « piliers décisionnels »), des maris, des agents de santé communautaire et des Shurah (assemblées communautaires). Sur la base de questionnaires préparés en amont, les questions portaient sur la grossesse, l’accouchement, étant entendu qu’il nous fallait composer avec la grande pudeur des Afghans sur ces thèmes, explique Malourène. » En effet, la grossesse est perçue comme une « maladie » (le même mot est utilisé pour désigner une femme enceinte et un malade) et ce phénomène explique pour partie qu’un grand nombre d’accouchements se déroulent à domicile.

Une cinquantaine d’entretiens sont réalisés ; Malourène, assistée d’un traducteur, se rendant auprès des hôpitaux provinciaux des provinces dans lesquelles A.M.I. est active, les six enquêteurs afghans travaillant pour leur part dans des zones plus reculées. « Les principaux résultats nous ont permis d’apprendre que les services assurées dans les cliniques étaient bien perçus, qu’il n’y avait pas d’appréhension, notamment parce que le personnel soignant était composé de femmes. En revanche, l’intérêt des consultations prénatales n’était pas perçu, sauf chez les femmes qui y avaient déjà eu recours parce qu’ayant vécu une grossesse problématique. » D’autres points de blocage à l’accès des femmes aux cliniques ont été identifiés, et ont donné lieu à la rédaction d’un document de synthèse de l’étude et d’une recommandation d’action.

La fin de l’étude, en mai 2008, coïncide avec l’ouverture d’un poste de responsable de santé communautaire sur les trois provinces dans lesquelles A.M.I. travaille. Ainsi, après avoir remis ses recommandations aux partenaires de l’association, Malourène candidate pour ce poste qui, « d’une ampleur supérieure au travail qu’elle avait précédemment réalisé, comprenait des dimensions qui faisait écho à [ses] activités précédentes ». Coordonnant une équipe composée d’un alter ego afghan, d’un coordinateur par province, de « points focaux », de 70 superviseurs (1 par clinique) et de près de 1 200 agents de santé communautaire, Malourène est en charge de l’animation de ce réseau de santé (en lien avec les comités locaux de santé et des comités villageois de santé), de l’organisation de formations (sur les soins de base, l’éducation à la santé, le référencement vers les cliniques, etc.). « En qualité de responsable de ce programme, j’étais également en relation directe avec des représentants du ministère afghan de la Santé, avec lesquels les échanges étaient libres et riches. Ainsi, nous (l’équipe santé communautaire) pouvions être force de proposition auprès des autorités sanitaires. » Après avoir impulsé la création et l’homogénéisation d’outils destinés aux agents de santé communautaire et de certaines de leurs pratiques, Malourène s’investit sur la supervision des équipes, via notamment des visites terrain, auprès des bases provinciales notamment. « En temps normal, le poste que j’occupais devait m’amener à passer deux tiers de mon temps sur le terrain ; cependant les risques en matière de sécurité qui ont été identifiés ne m’ont pas permis d’aller partout où je le souhaitais. Heureusement, les collaborateurs afghans pouvaient se rendre auprès de l’ensemble de nos interlocuteurs et assurer le travail de supervision. »

En août 2008, le contexte local nécessite que les expatriés soient rassemblés à Kaboul, et un nouveau mode de fonctionnement, adapté à cette nouvelle situation est mis en place. Toujours en charge du programme santé communautaire, Malourène s’investit également sur des activités reporting, ressources humaines et représentation. « Bien qu’elles n’aient pas initialement été conçues dans cet esprit, les nouvelles procédures mises en place entre septembre et novembre 2008 nous ont permis de réaliser ultérieurement un ‘remote’ des équipes dans un pays tiers dans des conditions satisfaisantes, explique-t-elle. Le dernier temps de ma mission, durant le mois de janvier 2009, aura été l’occasion de mettre en place ce ‘remote’ et de travailler sur le programme BPHS (Basic Package of Health Services, programme de soins de santé primaire) qui constitue le volet essentiel des activités d’A.M.I. en Afghanistan. Au final, j’ai eu la chance d’occuper quatre postes différents, tous articulés les uns aux autres, qui m’ont permis d’avoir une vision assez étendue des actions d’Aide Médicale Internationale en Afghanistan. Cette progression dans les responsabilités qui m’ont été confiées m’a permis d’élargir mon champ de compétences et de compréhension des questions de santé dans ce pays.

De cette mission longue, riche et intense, menée dans un contexte parfois éprouvant, Malourène garde un fort attachement au pays et à sa population. Alors que la fin de sa mission n’a pas coïncidé avec la fin des programmes sur lesquels elle était investie (il s’agit de projets longs, aujourd’hui transmis à d’autres membres de l’équipe), son désir de connaître leurs prochains développements reste vif. Forte de cette expérience, elle repartira prochainement pour A.M.I. en Asie du Sud-Est, comme responsable de développement communautaire, tout en gardant un regard attentif sur la mission d’A.M.I. en Afghanistan.
Posté le 24 mars 2009