Afghanistan : analyser les indicateurs, adapter les programmes
Afghanistan : analyser les indicateurs, adapter les programmes
Un récent rapport du Haut commissariat de l’ONU aux droits de l’homme montre que deux tiers des Afghans vivent dans une pauvreté extrême. Seuls 23% des habitants ont accès à l’eau potable et seuls 24% de la population âgée de plus de 15 ans sait lire et écrire, précise le même document. Selon des données statistiques de l’UNICEF datant de 2008, le pays présente les taux de mortalité infantile, juvénile et maternelle parmi les plus élevés au monde : un sixième des nourrissons (165 sur 1 000) ne survivent pas plus d’un an, un quart des enfants afghans (257 sur 1 000) meurent avant leur cinquième anniversaire, et 55 femmes décèdent en moyenne chaque jour de complications liées à une grossesse (1 600 femmes pour 100 000 naissances).Arrivé à mi-chemin de sa mission d’un an en Afghanistan, Luis Rosa Sosa profite de son passage en France pour nous expliquer comment l’association travaille à accroître l’efficacité des programmes de santé qu’elle mène, grâce à un suivi rigoureux des indicateurs sanitaires sur le terrain.
Après des études de médecine générale en République dominicaine, Luis a vécu une première expérience humanitaire avec la Croix Rouge avant une spécialisation en santé publique en Israël. À l’issue d’une formation universitaire à Bordeaux, il a souhaité partir à l’étranger dans un cadre humanitaire pour mettre à profit ses compétences épidémiologiques nouvellement acquises. C’est la raison pour laquelle Luis a rejoint, en juin 2009, la mission d’Aide Médicale Internationale en Afghanistan, où l’association est présente depuis 1980 et participe depuis 2003 au rétablissement du système de santé amorcé par le ministère afghan de la Santé (MoPH).
« En tant qu’épidémiologiste sur la base de coordination de la mission à Kaboul, je suis chargé de l’analyse de la situation sanitaire de la province de la Kunar », explique-t-il. Dans cette région située au nord-est du pays, A.M.I. assure la mise en œuvre du Basic Package of Health Services (BPHS) et de l’Essential Package of Hospital Services (EPHS) en partenariat avec le MoPH. Cela passe par le soutien des activités de centres de santé de différents niveaux (1 hôpital, 31 dispensaires et environ 240 postes de santé), l’approvisionnement des différentes structures en médicaments et matériel, le recrutement et la formation de l’ensemble du personnel des structures de santé de la province, le renforcement du réseau communautaire d’agents de santé et l’intégration de nouvelles composantes de la politique de santé nationale (handicap, santé mentale, prévention du VIH/sida, transfusion sanguine, soins en milieu carcéral).
L’épidémiologie permet d’étudier les facteurs qui influent sur la santé et les maladies des populations, dans le cadre d’une politique de santé publique. C’est pourquoi le travail de Luis « repose principalement sur le recueil des informations et indicateurs de santé à l’échelle d’une province, l’analyse des données et l’étude des facteurs de variable, et sur l’évaluation des structures de santé tous les quatre mois. L’objectif, rappelle-t-il, est de mesurer l’évolution de la situation sanitaire dans la province de la Kunar suite aux activités d’A.M.I., de trouver des explications logiques à l’évolution des indicateurs de santé et d’adapter les activités et programmes en cours afin d’améliorer leurs effets positifs sur la population. »
Une des principales sources d’informations sanitaires dans son travail est le Health Management Information System (HMIS), une base de données nationale mise en place par le ministère afghan de la Santé qui centralise, de manière mensuelle et trimestrielle, l’ensemble des statistiques cliniques issues des structures de santé d’une province. Pour Luis, « la comparaison des indicateurs de santé à un an d’écart permet de déceler certains changements, concernant le nombre de pathologies diagnostiquées ou d’examens complémentaires réalisés ». Il s’agit alors de « trouver les raisons logiques à l’origine de cette variation ». Après une vérification préalable de la fiabilité des données reçues, l’épidémiologiste étudie l’influence potentielle d’une campagne de sensibilisation à la santé, de la propagation de maladies, de la diffusion de moyens de prévention, de l’évolution du matériel médical utilisé, du contexte économique ou environnemental, etc.
Luis relève que c’est à l’épidémiologiste que revient « la lourde tâche de décrypter et synthétiser les divers rapports émis par le MoPH, pour ensuite confronter ces données générales aux informations recueillies par les centres de santé supervisés par A.M.I., sur des périodes plus courtes allant d’un à trois mois ». Luis a par ailleurs pu achever la rédaction d’un important rapport épidémiologique pour A.M.I., Health state of three provinces (réduit à la seule province de la Kunar suite au retrait des provinces du Samangan et du Laghman à l’automne 2009), fruit de six mois de travail de recherche et de synthèse de ressources nationales et internationales : « Cet outil important permettra ainsi d’avoir une vision plus claire des besoins sanitaires sur le terrain, en dressant un véritable état des lieux de la situation locale, afin d’adapter les programmes menés par A.M.I. en conséquence. » Malgré l’apparence fastidieuse et rébarbative d’une telle somme de travail, Luis considère sa mission comme une « expérience extrêmement enrichissante en terme d’études épidémiologiques ». L’Afghanistan représente ainsi à ses yeux « un véritable laboratoire de santé publique », où chaque programme doit être adapté en permanence pour améliorer durablement les conditions d’existence de la population.
Posté le 30 avril 2010
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