Afghanistan - Stéphane Lefour, coordinateur du Salamati [magazine médical]

Afghanistan - Stéphane Lefour, coordinateur du Salamati [magazine médical]

Un jour de consultation dans la province de Samangan

Une rue de village bordée de hauts murs de terre. On y croise un trio de baudets chargés de fagots. Là, des gamins se concentrent sur leur jeu de billes. A part peut être quelques bancs à l’ombre d’un arbre unique, rien ne distingue la clinique de Ferooz Nakhchi d’une maison particulière. Si ce n’est encore la dizaine d’hommes qui attend patiemment devant une discrète entrée. Ils sont venus pour consulter ou servir de chaperon à leurs épouses, sœurs ou cousines.

Les femmes, on les découvre en pénétrant dans la petite enceinte du modeste bâtiment, rassemblées dans une salle d’attente à ciel ouvert. Quelques enfants les accompagnent, partagés entre curiosité et inquiétude. Le lieu est certes humble, mais l’ambiance y est suffisamment solennelle pour que le silence s’impose aux visiteurs.

Tout autour de la courette se répartissent plusieurs pièces au confort tout relatif. Ici la salle de vaccination, à peine équipée d’un lit, d’un poêle et d’une imposante glacière. Au mur, des affiches illustrées qui rappellent des messages d’hygiène rudimentaire. Un schéma indique qu’au-delà de deux heures de marche, ce sont les vaccinateurs qui se rendent chez les patients, au cours de tournées régulières. Les consultations se déroulent dans le cabinet mitoyen, rideaux tirés pour plus de confidentialité.

En face, l’entrée de la pharmacie, tenue par un robuste gaillard qui veille sur un stock de médicaments et de matériels divers où l’on trouve, entre autres, Paracétamol, Chloroquine et vitamine A. Un ensemble de remèdes élémentaires susceptibles de traiter les affections les plus fréquentes. Pour les cas plus sérieux, il faudra se déplacer dans un établissement mieux fourni, peut être jusqu’à Ayback, la capitale de la province de Samangan.

Au fond de l’établissement, les espaces réservés aux futures mères. La sage-femme qui les reçoit en entretien est tadjike, comme le laissent supposer des instructions rédigées en russe sur les parois du minuscule bureau. Elles sont nombreuses à venir ainsi d’Asie centrale. Infirmières, sages-femmes voire médecins, elles apportent leurs compétences en attendant que des Afghanes achèvent leur formation et occupent ces mêmes postes, parfois dans des zones très isolées.

La dernière pièce est réservée aux accouchements. Elle n’est pas utilisée aussi fréquemment qu’il le faudrait, les naissances à domicile restant l’usage le plus répandu, malgré l’ambition des autorités de santé qui voudraient que les Afghanes prennent plus souvent le chemin des maternités. Au moins certaines d’entre elles viennent consulter, sont suivies en cas de problème et recensées par la même occasion.

Dans ce « Basic Health Center », la blouse et la calotte blanche sont les attributs du personnel médical qui reçoit quelques dizaines de patients par jour. L’établissement n’est pas habilité à accueillir des malades pour la nuit, même si une tente installée dans l’arrière cour permet de faire face à d’éventuelles urgences. Avec les « health posts », animés depuis leur domicile par des bénévoles chargés d’assurer les premiers soins au plus près des populations, la clinique de Ferooz Nakhchi fait partie des premiers maillons de la chaîne d’un système de santé en reconstruction.

Ici comme ailleurs en Afghanistan, il reste beaucoup à faire pour assurer à chaque habitant un service de qualité. Les bonnes volontés ne manquent pas. Ce sont les moyens et les compétences qui font le plus souvent défaut. Pour l’heure, le docteur Ayatullah accueille une jeune fille qui se plaint de douleurs aux yeux. Il en viendra d’autres.

Stéphane Lefour. Coordinateur du programme AMI Salamati (magazine médical) en Afghanistan. Kaboul, février 2006.
Posté le 4 mai 2007