Afghanistan - Zakia Kohistani, sage-femme AMI et étudiante en médecine
Afghanistan - Zakia Kohistani, sage-femme AMI et étudiante en médecine
La formation médicale, un échappatoire pour les femmes afghanes
La mission première d’AMI consiste à former du personnel de santé local afin de participer à l’autonomisation des populations. En Afghanistan, mission phare d’AMI depuis 25 ans, à partir des outils pédagogiques fournis tels que le magazine de formation "Salamati", les équipes médicales formées représentent l’avenir sanitaire du pays. Sous le régime des talibans, seul le milieu de la santé était accessible aux femmes dans le monde du travail. Zakia, jeune femme afghane qui travaille pour l’AMI depuis 1996, nous explique son parcours, et plus particulièrement son parcours de femme. "A partir du moment où j’ai commencé à travailler pour AMI, jour après jour m’a vie a changé et j’ai pu retrouver toute ma joie de vivre."
A 27 ans, Zakia a tenu pour AMI les différents postes de traductrice, sage-femme, responsable de programme en santé maternelle, formatrice d’éducateurs sanitaires, conseillère en santé reproductive… "en quatre ans, je n’ai pas pris une seule journée de vacances, travaillant sans cesse, je n’ai jamais été fatiguée, ce fut une incroyable opportunité dans ma vie".
Une opportunité, car il y a quelques années de cela, Zakia ne voyait pas d’issue à son avenir de femme. Tentant d’échapper tant bien que mal au sort qui lui était réservé (le mariage forcé comme beaucoup d’afghanes), elle se réfugie au Pakistan pour poursuivre ses études et devenir sage-femme, "j’étais tellement heureuse d’obtenir un travail, c’était mon vœu réel de travailler au sein d’un hôpital. Jours après jours, j’ai appris et amélioré mes compétences en obstétrique." Mais peu de temps avant l’arrivée des talibans, la famille de Zakia la convainc de revenir au pays en lui promettant monts et merveilles, "… mes jours sombres débutèrent alors " commente t-elle. Fin des études, menaces de mort, mariage avec son cousin…
Suite à une tentative de suicide, c’est en position de bénéficiaire que Zakia fait la rencontre de deux femmes françaises d’AMI. L’une d’entre elles lui demande ce qu’elle voudrait pour être heureuse. Sa réponse : "Travailler au département médical". Elle est dès lors embauchée en tant que traductrice, mais intègre très vite des postes médicaux, tout d’abord à Kaboul. Mais la pression des talibans l’amène en 1998 à travailler avec AMI dans diverses provinces : le Laghman, la Kunar, le Panshir… aux côtés de "sa mère française Elizabeth" comme elle appelle sa formatrice. Zakia doit alors faire face à de nouvelles difficultés : travailler avec les ONG est mal perçu par la plupart des afghans, on considère ces femmes trop "libérées", et cette idée est particulièrement persistante dans les provinces.
Petit à petit, Zakia fait son chemin et fait désormais partie intégrante des équipes AMI. Elle se veut optimiste quant à l’avenir des femmes et leur accès à la santé. Si toutes les provinces ne bénéficient pas encore d’un staff médical féminin pour pouvoir s’occuper des afghanes, certaines provinces donnent l’exemple : "A Samangan, nous avons commencé à mettre en œuvre un programme de sages-femmes communautaires pour 21 femmes, et celui-ci s’étend progressivement aux 11 provinces alentour".
Même si son mari vit à ses crochets, Zakia persiste à croire que l’avenir des femmes afghanes est en marche . La présence féminine au gouvernement en est un signe. Au Ministère de la santé publique, les femmes ont beaucoup travaillé à la création de protocoles et de standards en santé reproductive, de véritables outils pour les cliniques et les hôpitaux ! Zakia veut désormais devenir médecin : " Je pense que ma vie en tant que médecin sera bien meilleure car une chose très importante à retenir est qu’il s’agit d’un métier très respecté par la communauté, qui bénéficie d’une bonne image auprès de la population. Mais un fait me révolte néanmoins : la plupart des médecins demandent beaucoup d’argent à leurs patients, je ne trouve pas cette pratique très humanitaire."
Zakia est actuellement coordinatrice entre le ministère et les ONG du programme de sages-femmes communautaires, et poursuit simultanément sa cinquième année de médecine. Elle travaille 30 heures par semaine pour AMI, manque beaucoup de cours, et fait tout pour rattraper son retard, "mais je n’ai pas le choix, et surtout c’est une chance pour moi de pouvoir travailler et étudier en même temps. Si AMI n’était pas là pour m’aider, je ne pourrai pas poursuivre mes études car cela demande trop d’argent. Je suis très heureuse de travailler avec AMI, c’est un véritable centre de formation."
propos recueillis par Claire Lecouteux, chargée de communication, juin 2005.


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