Afghanistan : lutter contre la malnutrition des femmes et des enfants
Afghanistan : lutter contre la malnutrition des femmes et des enfants
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Mathias Grossiord, nutritionniste, vient juste de rentrer d’une mission en Afghanistan avec Aide Médicale Internationale. Après son départ en décembre 2010, il a passé trois mois à Kaboul dans le cadre d’un programme de lutte contre la malnutrition des enfants de moins de cinq ans et des femmes enceintes ou allaitantes. Aujourd’hui, il nous raconte le travail qu’il a accompli pendant cette mission dans la province afghane de la Kunar.
« Cette expérience en Afghanistan m’a donné une grande satisfaction et a stimulé mon intérêt pour un pays dont la population est très accueillante et cordiale. Le seul bémol de cette mission est l’impossibilité de visiter les programmes sur le terrain pour des raisons de sécurité (la Kunar est une des provinces qui enregistre le plus d’activités insurgées du pays). J’ai passé mes journées à la base de coordination de Kaboul sans pouvoir vérifier le bon déroulement des activités sur le terrain, dans la province de la Kunar. »
Quelles sont les activités mises en place par les équipes de terrain ?
« Dans la Kunar, les équipes travaillent en collaboration avec le ministère afghan de la Santé pour la mise en place du BPHS [1], un programme de soins de santé primaires qui a pour objectif de reconstruire et de renforcer le système sanitaire afghan. En tant que nutritionniste, j’étais en charge du suivi du CMAM [2], un programme intégré au BPHS qui concerne la prise en charge communautaire de la malnutrition aigüe.
Cette approche communautaire consiste à détecter rapidement les cas de malnutrition aiguë dans la communauté. Cela permet de fournir un traitement pour les cas ne présentant pas de complications médicales grâce à l’utilisation de compléments alimentaires prêts à l’emploi. Il s’agit notamment d’aliments thérapeutiques ou d’aliments riches en éléments nutritifs directement préparés à la maison. Associée à une approche en établissement pour les patients souffrant de complications médicales, la gestion communautaire de la malnutrition aiguë se révèle très efficace. Dans la mise en œuvre de ce programme, l’intervention d’A.M.I. se focalise notamment sur les catégories sociales les plus vulnérables : les enfants de 0 à 5 ans, les femmes enceintes ou en âge de procréer et les femmes allaitantes. Actuellement, les activités couvrent une population d’environ un millier de femmes et de 1500 enfants dans la province de la Kunar. Les femmes, suivies mensuellement et surtout pendant l’allaitement, bénéficient de rations alimentaires riches en éléments nutritifs telles que la farine, les haricots, l’huile et le sel iodé, ainsi que d’un kit d’hygiène : savon, dentifrice, brosse à dents, etc.). Des séances d’éducation à la santé sont également organisées. Mises en place par une équipe de CHW [3], des agents de santé communautaire, elles assurent la formation des femmes à des bonnes pratiques nutritives et d’hygiène.
Par ailleurs, la mobilisation des réseaux de santé communautaire des CHW permet un suivi ambulatoire des patients. Les enfants bénéficient d’un traitement hebdomadaire qui consiste en des compléments alimentaires tels que le Plumpy Nut, une pâte énergétique prête à l’emploi sans dilution ni préparation préalable, à base d’arachide et à haute valeur nutritionnelle. Le traitement suit le protocole national, et dure un minimum de deux mois, ou plus, selon la gravité de la maladie. En outre, nous avons mis en place un programme de suivi des patients pendant quatre mois pour éviter leur rechute. »
Quelles ont été vos fonctions de nutritionniste au sein de la mission ?
« Pendant toute la durée de mon séjour, j’ai assuré la formation des équipes d’encadrement et de coordination basées à Kaboul. Les séances se sont déroulées entièrement en langue anglaise. Ensuite, le coordinateur national s’est occupé de former à son tour le reste des équipes en langue locale, le pashtoun : médecins, sages-femmes, infirmières, directeurs des structures sanitaires, agents de santé communautaire et comités de santé villageois. Nous avons ainsi réalisé deux types de formation, une pour les femmes et une pour les hommes car, selon la culture locale, la séparation des sexes est encore fréquente. La formation des femmes a eu lieu en partenariat avec un hôpital de Kaboul qui s’occupe de l’éducation à la santé, et notamment de l’allaitement et d’une alimentation adaptée pour les enfants.
Pendant trois mois, j’étais malheureusement contraint de rester à la base de coordination de Kaboul. En effet, à cause de l’instabilité du contexte sécuritaire en Afghanistan, chaque déplacement représente une énorme prise de risque pour un expatrié. C’est pourquoi je n’ai pas pu me rendre dans la zone d’intervention où se déroulent les activités, ni être en relation directe avec les bénéficiaires du programme et les équipes sur le terrain. Toutes les opérations sont conduites en remote control, c’est-à-dire en contrôle à distance.
Toutefois, mon travail à Kaboul a été globalement très positif. Les séances de formation que j’ai dispensées aux équipes « cadre » ont été largement appréciées et le staff a exprimé une pleine satisfaction. Cela a crée les conditions pour une ambiance de travail très agréable qui a enrichi positivement mon expérience. »
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Posté le 11 mars 2011
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