Afghanistan : réalisation d’une enquête sur l’impact du magazine de santé Salamati

Afghanistan : réalisation d’une enquête sur l’impact du magazine de santé Salamati


Après un D.U.T. (diplôme universitaire de technologie) et un master en communication des organisations, Anne-Laure Champagnac a poursuivi sa formation en se spécialisant dans des études d’audit et de conseil en communication des organisations. Elle a ensuite travaillé à Paris jusqu’à ce que sa volonté de partir à l’étranger l’encourage à chercher un emploi dans le milieu humanitaire ou diplomatique. Le destin fait qu’au même moment, Aide Médicale Internationale soit à la recherche de quelqu’un qui correspond parfaitement au profil d’Anne-Laure. Il s’agissait notamment de conduire et de réaliser une enquête sur l’impact du magazine Salamati, une revue médicale publiée par A.M.I. depuis 1994. Le Salamati fournit aux Agents de Santé Communautaire Afghans (Community Health Workers – CHW) un outil de formation à distance reconnu par l’ensemble de la communauté internationale. Rédigé à Kaboul, il est distribué à 25 000 exemplaires sur tout le territoire afghan (34 provinces) en dari/pachtoun, les deux langues officielles et à 1000 exemplaires aux partenaires internationaux (en anglais).


Quel a été l’objectif de cette enquête ?
« A.M.I. a demandé cette enquête dans le but d’évaluer l’impact du magazine sur les principaux bénéficiaires du projet, les agents de santé communautaire (CHWs), et l’adéquation de sa réponse aux besoins en formation. Ce travail a porté notamment sur quatre objectifs spécifiques : • identifier le profil du lectorat • évaluer le processus de distribution sur le territoire • comprendre les usages, les opinions, les besoins et les attentes des CHWs • évaluer l’impact global sur leurs connaissances et leurs pratiques Les résultats que nous avons obtenus nous permettront d’améliorer cet outil de formation et de le rendre plus efficace. »

Comment s’est déroulée l’enquête ?
« L’enquête a eu lieu du 30 novembre au 7 décembre 2010. Pour sa réalisation, l’enjeu le plus grand a été l’organisation de la logistique. Nous avons constitué quatre équipes de trois personnes –un team leader et deux interviewers – afin de couvrir les quatre provinces de Bamyan, Herat, Kunar et Samangan. Pour la réalisation des interviews, nous nous sommes servis de trois méthodologies afin de pouvoir répondre aux caractéristiques de la population : • un questionnaire écrit en dari et pashtou pour 358 agents de santé alphabétisés ; • des entretiens oraux pour 26 agents de santé analphabètes ; • deux groupes de discussion à Kalakan pour 5 agents de santé (3 hommes et 2 femmes).

Nous avons travaillé en partenariat avec les ONG locales qui soutiennent le BPHS/EPHS, la stratégie du ministère de la Santé publique pour l’amélioration du système sanitaire afghan. Les ONG s’occupaient de contacter et de rassembler la population de CHWs dans chaque village afin que nous puissions effectuer les interviews. A la fin de l’enquête, je suis rentrée à la base avec des centaines de questionnaires à analyser et, avec le support d’un logiciel de statistique, j’ai finalisé le rapport d’enquête. »


Quels sont les principaux résultats que vous avez soulignés dans ce rapport ?
« Nous avons découvert que le Salamati représente un outil essentiel pour les CHWs et leurs communautés. Il s’agit en effet de la meilleure source d’information médicale à leur disposition en raison de son accessibilité, en comparaison, par exemple, avec la télévision qui est généralement trop chère. De plus, il faut aussi prendre en compte les difficultés d’accès à l’électricité ou encore le fait que les établissements de santé sont parfois trop éloignés des communautés. Ensuite, le magazine répond très bien aux caractéristiques de la population : la vulgarisation des informations médicales rend le support adéquat à un public plus large, tandis que l’utilisation d’illustrations et d’affiches permet une lecture plus facile pour la population analphabète et donc une meilleure compréhension des messages santé.
En outre, les CHWs ont la possibilité d’archiver et de consulter les numéros précédents lorsqu’il est nécessaire. Enfin, le Salamati est également utilisé par les autres partenaires de santé, ce qui donne une certaine crédibilité à son contenu. Les agents de santé l’utilisent pour améliorer leurs compétences sanitaires et les diffuser au sein des communautés à l’aide des illustrations et des affiches. Ils réalisent notamment des séances d’éducation à la santé et des visites à domicile afin de sensibiliser la population aux bonnes pratiques sanitaires. 95% des CHWs alphabétisés déclarent lire régulièrement le magazine. Ils le font ensuite circuler au sein de la communauté, notamment auprès de leur famille et amis, des enseignants, des Mollahs, etc. Le magazine est également très utilisé par la population analphabète. Ils font circuler des messages sur la santé avec l’aide de leur partenaire CHW ou avec l’aide d’un membre de la famille. Les illustrations et les affiches sont leur outil principal. Ils leur permettent non seulement de comprendre les messages, mais aussi d’actualiser leurs connaissances et de communiquer sur les questions sanitaires auprès de leurs communautés.

Cependant, l’enquête a mis en valeur certains aspects qui nécessitent une amélioration. Le premier point faible concerne le processus de distribution du magazine. En effet, la distribution du Salamati sur le territoire afghan s’est révélée inégale en fonction des différentes provinces, mais aussi au sein d’une même province. La distribution varie surtout selon l’accessibilité de la zone. En outre, 54% des CHWs ne reçoivent pas les Salamati régulièrement et ils aimeraient avoir au moins un exemplaire par personne, soit deux exemplaires de chaque numéro par poste de santé. Afin de résoudre le problème, nous allons entamer un travail de communication avec les ONG et les établissements de santé qui sont censés distribuer le magazine.

Le deuxième aspect négatif souligné par l’enquête concerne les illustrations et les posters. Les CHWs demandent qu’on les mette plus en valeur car il s’agit pour eux d’un outil essentiel. Il faudra donc améliorer la qualité et le nombre d’images et de posters. Par ailleurs, le contenu écrit apparaît satisfaisant, mais selon les CHWs il pourrait être amélioré. Généralement, les sujets sont choisis en accord avec les directives du Ministère de la Santé et en fonction des maladies saisonnières. Cependant, les CHWs souhaiteraient un élargissement du choix des thématiques traitées en accord avec les besoins de leur communauté. Les sujets les plus réclamés concernent la mère et l’enfant, ainsi que les maladies respiratoires, la diarrhée et le paludisme »

Anne-Laure est maintenant repartie en Afghanistan avec A.M.I car elle a accepté de travailler sur le projet Health Messenger Salamati en tant que coordinatrice. Cette position lui permettra de réaliser les 5 prochains numéros tout en cherchant à améliorer l’efficacité de cet outil et à répondre aux besoins exprimés par les communautés.

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Posté le 24 mars 2011