Afghanistan : Alexandre Parmentier, logisticien
Afghanistan : Alexandre Parmentier, logisticien
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Alexandre Parmentier est revenu en janvier dernier d’une longue mission en Afghanistan pour Aide Médicale Internationale. Présent sur le terrain depuis octobre 2007, ce géographe de formation, titulaire d’un DESS de gestion des situations d’urgence en humanitaire, fait part de son expérience de logisticien au sein du programme de mise en place des soins de santé primaires.
Comment s’est déroulée votre mission en Afghanistan ?
Je suis arrivé en Afghanistan en octobre 2007. J’étais installé à Jalalabad, qui n’est pas un centre de projet, mais juste une base d’A.M.I. (les projets auxquels je contribuais sont menés dans les provinces limitrophes de la Kunar et du Laghman). De ce fait, pendant 6 mois, j’étais le seul expatrié présent à cet endroit, en immersion totale avec les équipes locales. L’arrière plan sur lequel s’est déroulé ma mission est le développement du BPHS (Basic Package of Health Services), c’est-à-dire faire des deux hôpitaux régionaux des hôpitaux provinciaux, et faire fonctionner correctement les centres de santé de ces deux provinces (26 dans le Laghman et 24 dans la Kunar).
Cette mission s’inscrit dans le développement de l’accès aux soins de santé primaires. Le cahier des charges est fixé par le ministère de la Santé afghan, avec qui A.M.I. travaille en collaboration, dans la perspective de pérennisation des actions. L’un des objectifs de l’ONG était l’ouverture d’un service de santé mentale et un autre de néo-natalité. Pour cela, il fallait remettre en état des bâtiments délabrés. On est parti d’une pièce en très mauvais état pour en faire une structure propre, adaptée à des fins médicales.
Quel était votre rôle au sein de ce programme ?
En tant que logisticien, mon rôle est de permettre aux autres membres de l’équipe de travailler dans les meilleures conditions possibles, au regard du contexte dans lequel nous menons nos projets. Cela passe par plusieurs points : les commandes de matériels, l’entretien et la remise en état des centres de santé, la veille des conditions de sécurité… Si un médecin me dit qu’il a besoin de telle ou telle chose, le but est d’assurer que cette demande soit satisfaite dans les plus brefs délais et dans les meilleures conditions.
La surveillance des conditions de sécurité représente une grosse part du travail. Il est nécessaire d’être à l’écoute 24h sur 24. La recherche de ces informations était facilitée par les bonnes relations entretenues avec le staff local : je vivais avec eux, la communication était plus que bonne, et les échanges allaient au-delà du registre professionnel. C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles cette mission a été particulièrement enrichissante : être réellement sur le terrain, au contact de ce qui se passe. Cette relation de confiance leur permettait de me confier des informations qu’ils avaient entendues, dont ils n’auraient pas nécessairement fait part dans d’autres circonstances. Grâce à cela, je ne me suis pas senti une seule fois en danger. En tant que personnel expatrié, nous ne subissons pas les mêmes pressions que les équipes locales.
L’équipe expatriée d’A.M.I. a été relocalisée depuis peu, pour des questions de sécurité justement. Selon vous, qu’est-ce que cela va apporter à la mission ?
Il est difficile pour moi de prendre du recul sur cette relocalisation qui est, à l’heure où je vous parle, très récente. Je pense que les mécanismes mis en place lorsque j’y étais seront dépassés d’ici quelques semaines. Cette nouveauté est en cours de rodage. L’installation se déroule en ce moment, avec l’accueil des nouvelles équipes et l’arrivée des anciens expatriés de l’Afghanistan.
Je pense que cette nouvelle étape va constituer un véritable challenge pour la mission en Afghanistan. La gestion des projets dans ce contexte doit être très intéressante, même si personnellement, je préfère être sur le terrain. J’ai besoin de voir ce qui se passe pour envisager les problèmes dans leur globalité. Dans le cas précis, l’un des défis sera de réussir à comprendre le fonctionnement sans le voir concrètement.
Un des défis va être de trouver un moyen de créer des liens avec les personnels locaux, sans se voir quotidiennement. Mais ces derniers sont habitués à voir passer des équipes différentes, donc je ne m’en fais pas pour cette dimension. Quelque part, cette relocalisation inscrit réellement la mission d’A.M.I. en Afghanistan dans l’un de ses principes : « aidons les à se passer de nous ». Les équipes locales devront être temporairement en mesure de gérer les programmes avec l’appui à distance des expatriés qui supervisent et qui seront là juste de temps en temps. Cela tend à une réelle autonomisation.
Enfin, la relocalisation des équipes va induire une nouvelle façon de travailler pour le personnel expatrié, qui se retrouve un peu, vis-à-vis des équipes locales, comme un siège vis-à-vis de ses missions. Cette dimension sera réellement une plus-value pour la mission, lorsque l’équipe expatriée reviendra de manière pérenne en Afghanistan.
Posté le 2 mars 2009
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