Birmanie : associer les communautés aux programmes sanitaires

Birmanie : associer les communautés aux programmes sanitaires


Sophie Benoliel revient d’un an et demi de mission dans le Rakhine (Birmanie), où elle était responsable de projet. Enthousiaste, elle confie que des trois missions humanitaires qu’elle a effectuées, celle-ci a été la plus enrichissante, par le travail mené avec l’équipe locale auprès des populations. Ancienne étudiante en gestion de projets territoriaux (un DESS Management international des projets territoriaux) et en droit international, elle estime que la réflexion menée avec le staff local pour faire évoluer le programme lui a beaucoup apporté. Elle raconte le travail d’approfondissement de la mobilisation communautaire qui a été mené sur sa base, et ce qui a été accompli durant sa mission auprès des villageois et des personnels de santé locaux. Le développement communautaire répondant à un objectif essentiel : pérenniser les activités initiées par Aide Médicale internationale.

Sur la zone d’intervention du Rakhine, quelles sont les activités mises en œuvre par A.M.I. en matière d’accès aux soins de santé primaires ?

Pour ce qui est des activités de soins de santé primaires, le programme mené met l’accent sur la santé materno-infantile. Les infirmières et les sages-femmes de la base, employées localement par A.M.I., assurent des consultations au sein des cliniques mobiles. Les consultations accueillent ainsi les femmes enceintes, celles qui ont accouché, les femmes qui souhaitent un moyen de contraception, et les enfants de moins de 5 ans. Par ailleurs, un appui est apporté au réseau des travailleurs de santé communautaire, notamment par la formation en matière de santé materno-infantile.
En Birmanie, certains travailleurs communautaires sont reconnus par le gouvernement et sont formés dans les hôpitaux pendant six mois. Ils apprennent des techniques basiques concernant l’accouchement et la santé materno-infantile, puis retournent dans leur village. Avec l’accord du gouvernement birman, A.M.I. forme des travailleurs communautaires pour qu’ils représentent le focus plan médical dans leur village. La formation délivrée leur permet d’effectuer des consultations, de prescrire quelques médicaments de base, et quand cela s’avère nécessaire de référer des patients vers des hôpitaux. Une énorme partie du programme est ainsi consacrée à la formation de ces personnes grâce auxquelles des soins de santé primaires peuvent être assurés au sein même des villages.
L’objectif d’A.M.I. est à terme que les femmes enceintes, qui aujourd’hui se rendent plutôt chez les accoucheuses traditionnelles, ne se tournent plus uniquement vers elles. Même si ces accoucheuses sont entraînées par A.M.I., l’enjeu pour l’avenir est que les femmes s’en remettent à des travailleurs communautaires véritablement formés aux pratiques médicales basiques.

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Une séance d’éducation à la santé


Plus largement, quelles autres activités sont développées pour améliorer les conditions de santé des populations ?

Un aspect essentiel du programme mis en œuvre dans le Rakhine est l’éducation à la santé. Il existe au sein du staff local d’A.M.I. des Health educators, c’est-à-dire des éducateurs en santé. A.M.I. leur dispense des formations courtes afin qu’ils intègrent les connaissances médicales basiques. Ce ne sont pas des médecins ; il faut savoir que dans le Rakhine, la population appartient à une minorité musulmane qui ne peut accéder à certaines études, notamment celles permettant d’accéder aux métiers de la santé. Le travail des medics après les formations A.M.I. consiste à délivrer à leur tour des connaissances et des messages sur des questions de santé essentielles dans les villages. De plus, ils forment des éducateurs de santé communautaires : c’est le « training of trainers ».
Les éducateurs en santé communautaire sont des volontaires, et ne font donc pas partie du staff d’A.M.I. Ce sont des villageois qui ont souhaité s’investir pour améliorer la santé dans leur village. Ils n’assureront aucun soin, à la différence des travailleurs communautaires évoqués plus haut. Mais ils détiendront des informations sur des points précis, et les diffuseront au sein de la population d’un village : pourquoi se laver les mains et à quel moment de la journée, comment savoir que l’on a la malaria, comment se prémunir de l’infection, comment utiliser la moustiquaire imprégnée, quelle est la manière la plus hygiénique de nettoyer sa maison, etc.

Comment se passe la formation de ces volontaires communautaires afin qu’ils délivrent des messages de santé de qualité ?

Nous avons défini un certain nombre de points sur lesquels porteront ces messages : malaria, tuberculose, hygiène personnelle, etc. On les entraîne à délivrer un certain nombre de messages sur ces sujets en leur donnant des outils (jeux, chanson, démonstration). L’un de ces outils est le « flip chart » : il s’agit d’un livret utilisé pour expliquer des notions de santé en public, avec une face illustrée servant de support au discours de l’éducateur en santé communautaire. Sur la face tournée vers lui, ce dernier peut lire au besoin un petit rappel des points qu’il a assimilé.
Un autre outil est une méthode d’éducation dite « méthode PHAST », basée sur la participation communautaire. L’idée est de faire parler les gens, à travers différents outils, de leur village, de leur situation de santé, de ce qu’ils aimeraient voir évoluer. Ce qu’il y a d’intéressant dans cette méthode est qu’elle est très proactive, permettant d’impliquer les gens plutôt que d’attendre d’eux qu’ils appliquent des messages comme une leçon. L’application de ce qui aura été dit sera ainsi plus naturelle.
Par ailleurs, grâce à cette méthode participative, on découvre que certaines croyances sont à l’origine de certains problèmes de santé. Par exemple, dans le Rakhine, les us et coutumes veulent qu’une femme enceinte ne mange pas de tout, ce qui a des conséquences néfastes et provoque des cas de malnutrition. Les séances participatives sont utiles pour se rendre compte de certaines mauvaises habitudes.

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Diffuser l’information au sein des communautés


Comment le développement communautaire a évolué pendant votre mission ?

Le programme au Rakhine est mené depuis 2004, mais nous avons dans un premier temps effectué des activités d’urgence, comme avec les cliniques mobiles. Ces huit ou neuf derniers mois, nous avons beaucoup axé le programme sur le développement communautaire. Aujourd’hui, nous essayons d’orienter davantage le projet sur la participation des communautés. L’idée est d’inscrire nos activités dans un cadre plus pérenne. Par exemple, former des volontaires permet que les messages essentiels concernant la santé puissent être diffusés sans qu’A.M.I. soit là. Pour favoriser la pérennité des actions, il faut en effet que les populations puissent à terme se passer de nos équipes. Cette partie du travail m’a beaucoup apporté, car j’ai travaillé avec une équipe motivée. J’étais la seule expatriée sur ma base, en contact avec une centaine de staffs locaux, et les relations de travail que j’ai eues m’ont énormément enrichie. L’équipe s’est beaucoup impliquée pour réfléchir au moyen de faire évoluer le programme en renforçant les aspects communautaires. Et de voir se mettre en place des relais communautaires aux actions d’A.M.I. est extrêmement satisfaisant, car ce que nous avons accompli est destiné à se prolonger au-delà de nos missions.
Posté le 9 septembre 2009