Birmanie/Myanmar : Aide Médicale Internationale intensifie ses actions auprès des victimes du cyclone
20 jours après le passage de Nargis
Birmanie/Myanmar : Aide Médicale Internationale intensifie ses actions auprès des victimes du cyclone
Benoît-Xavier Loridon, délégué général d’Aide Médicale Internationale, s’est rendu en Birmanie/Mynamar du 17 au 24 mai dernier, auprès des équipes de l’association et des populations victimes du cyclone Nargis. De retour du terrain, il dresse un état des lieux de la situation au nord-est du delta de l’Irrawady, et fait le point sur les actions en cours et à venir.Quelles sont les raisons qui vous ont amené à vous rendre en Birmanie/Myanmar auprès des équipes d’Aide Médicale Internationale et de la population des townships de Dala, Twantay et Seikki ?
Les raisons de cette mission sont multiples. Trois semaines après la catastrophe qui a frappé la Birmanie/Myanmar, il était nécessaire qu’Aide Médicale Internationale témoigne du soutien du siège aux équipes expatriés et locales ainsi qu’aux populations victimes du passage du cyclone.
Au-delà de ce témoignage de solidarité, ma mission avait notamment pour but d’assurer la coordination de l’action entre le terrain et le siège, l’objectif étant de ne pas laisser un décalage s’instaurer entre la réalité à laquelle les équipes sur place sont confrontées, et la vision de la situation depuis le siège. Ce risque est réel en situation de crise comme celle que nous rencontrons, or tous les acteurs, sur le terrain comme au siège, doivent partager une même analyse afin de travailler à la définition de la stratégie d’intervention la plus adaptée et la plus efficace possible.
Où les équipes d’Aide Médicale Internationale sont-elles implantées et quelle y est la situation, trois semaines après le passage du cyclone Nargis ?
Depuis 2001, les équipes d’AMI sont implantées sur trois secteurs à l’ouest de Yangon, Dala, Twantay, et Seikki, qui ont été frappés par le cyclone. Dans les premiers jours qui ont suivi le passage de Nargis, de nombreuses familles s’étaient regroupées en camps de fortune autour d’écoles et de monastères. Aujourd’hui, une grande partie d’entre elles sont retournées dans leurs villages pour tenter d’y reconstruire des abris.
C’est étonnant de constater à quel point le cyclone n’a pas frappé de manière uniforme les zones sur lesquelles il s’est abattu. Le paysage que l’on découvre est ainsi très surprenant. Quelques maisons en apparent bon état côtoient souvent des habitations totalement détruites.
Cela étant, la situation sur place est préoccupante. À Dala où je me suis rendu, les conditions sanitaires sont déplorables, des familles entières vivent dans des constructions aux toits arrachés, sans lits pour coucher les enfants, sans aucun équipement d’hygiène. Certaines zones du delta de l’Irrawady ont été davantage dévastées par le cyclone, et je suis inquiet des conditions de vie des populations qui s’y trouvent.

Comment Aide Médicale Internationale a pu accéder à ces zones sinistrées ?
Aide Médicale Internationale travaillait déjà à Dala, Twantay et Seikki avant le passage du cyclone et disposait des autorisations administratives nécessaires à la conduite d’actions de solidarité. Dans le nouveau contexte d’urgence auquel nous faisons face, les autorisations demeurent valables, et nos équipes (expatriés comme salariés birmans) peuvent circuler et travailler sur l’ensemble des trois zones. De plus, les autorités locales souhaitent que l’aide parviennent au plus vite aux populations des secteurs qu’elles administrent.
Quels sont les besoins de la population, deux semaines après le passage du cyclone ?
Les besoins de la population portent toujours, pour une bonne partie, sur des abris : « plastic sheeting » (bâches en plastique) et kits bambous, selon les lieux (sur Twantay où l’on trouve des bambous dans les champs, la taille se fait localement). Le besoin en eau est également important. Avec la saison des pluies, il devient utile de recueillir l’eau, ce pour quoi il est indispensable de mettre en place des collecteurs, et de disposer de capacité de traitement pour rendre cette eau propre à l’usage. Le traitement des eaux usées compte également parmi les priorités.
Les populations manquent aussi de vêtements, de couvertures. Enfin, la nourriture est un grave sujet de préoccupation, tant les besoins en la matière sont importants.
Quelles actions AMI met en œuvre pour venir en aide aux victimes du cyclone ?
Environ 260 000 personnes vivent dans les trois zones d’intervention d’Aide Médicale Internationale. Parmi elles, nous avons identifié 30 000 familles particulièrement vulnérables (soit environ 150 000 personnes).
A ce jour, nos équipes ont distribué 160 tonnes de nourriture (du Programme alimentaire mondial, PAM), 1 200 moustiquaires, plus de 2 800 « plastic sheeting » ainsi que des kits bambous. Près de 80 latrines ont également été construites.
Le système de santé local est peu ou pas réactivité, et nous y apportons un appui, sans déstabiliser les repères de la population par rapport au système de soins qui préexistait. Ainsi, à Twantay, grâce à deux cliniques mobiles, dont un bateau-clinique mobile, nous assurons des consultations (soins de santé primaire) et une surveillance épidémiologique. Une troisième clinique mobile assure les mêmes missions à Seikki et Dala. Nous veillons à atteindre les personnes dont les besoins en la matière sont les plus criants, même si l’accès à certaines familles reste difficile pour des raisons logistiques (ainsi, à Twantay, nos activités s’étendent à 70 % de la population répartie sur 50 % du territoire)
Y a-t-il de nouveaux risques pour la population, et comment envisagez-vous les prochaines semaines de travail ?
Depuis une quinzaine de jours, la saison des pluies a commencé, ce qui rend encore plus aigu le besoin en abris.
Les risques de malnutrition sont réels, et nous portons une attention particulière aux femmes enceintes et aux jeunes enfants. Nous sommes aussi vigilants quant aux risques d’épidémie (choléra, dengue), ce pourquoi nous menons une surveillance attentive. Les populations touchées par le passage du cyclone affrontent une situation très précaire, et il est indispensable de mener un travail efficace dans les semaines et les mois qui vont venir.
Ainsi, nous avons établi un plan d’action à six mois, qui porte notamment sur la veille épidémiologique, sur des activités de soins avec les cliniques mobiles, sur l’appui aux centres de santé (approvisionnement en médicaments, réhabilitation) et sur l’accès à l’eau et la gestion des eaux usées, y compris dans les écoles, puisque la rentrée est prévue début juin. Pour ce faire, il nous faudra renforcer nos équipes sur place, ce à quoi nous nous employons.
Que vous inspire la tenue, le 25 mai dernier, d’une conférence des donateurs ?
Aujourd’hui, les besoins des populations sont immenses. La mobilisation des États et des organisations internationales est indispensable pour faire face à l’ampleur de la catastrophe, et éviter que son bilan s’alourdisse. La saison des pluies a débuté, et la mobilisation humanitaire d’urgence demeure un impératif.
Soutenez-nos programmes auprès des populations vulnérables.
Posté le 28 mai 2008
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