Birmanie/Myanmar : Gautier Jeannerod, logisticien watsan retrace les étapes de la réalisation d’un programme eau et assainissement dans la région de Yangon.
Birmanie/Myanmar : Gautier Jeannerod, logisticien watsan retrace les étapes de la réalisation d’un programme eau et assainissement dans la région de Yangon.
En 2002, Aide Médicale Internationale initie un programme en eau et assainissement afin de garantir à la population un accès à une eau de qualité et en quantité suffisante. C’est en octobre 2008 que Gautier Jeannerod est parti en mission en Birmanie/Myanmar pour quatre mois en tant que logisticien watsan afin d’effectuer pour A.M.I. un document de capitalisation des données dans les trois townships de Dala, Seikki et Twantay, et de lancer un nouveau programme dans les townships de Kawhmu et Kungyangon pour remédier aux destructions consécutives au passage de Nargis.Votre mission s’est articulée autour de deux activités, pouvez-vous nous parler de la phase de capitalisation qui a porté sur le programme watsan déjà mis en place ?
Lors de cette première phase de mes activités, j’ai compilé dans un document des données recueillies sur le terrain, prélevé des échantillons d’eau pour faire des tests de contrôle de la qualité et visité les sites d’approvisionnement en eau déjà implantés dans les zones d’intervention. Le but d’A.M.I. était de disposer d’un document de synthèse comportant des données récentes pour comparer les prélèvements effectués au début des programmes watsan et les miens. Mon travail a aussi consisté à identifier les besoins des villageois et les paramètres du terrain à prendre en compte pour préparer l’ouverture d’un nouveau programme dans la région. Pour les programmes déjà mis en place, nous avons vérifié leur adéquation au contexte actuel et, le cas échéant, fait des ajustements. Un autre aspect de ma mission a été d’apporter un point de vue extérieur et global de la situation, avec mon analyse personnelle, basée sur les observations de terrain.
J’espère que ce document d’étude servira aussi à faire des propositions pour de nouveaux programmes ou de support de référence pour d’autres ONGs qui souhaitent s’engager dans un projet semblable dans la région.
Cette première phase de votre mission vous a-t-elle permis de préparer le lancement du nouveau programme dans la région de Yangon ?
En effet, la deuxième partie de ma mission consistait au lancement d’un nouveau programme à Kawhmu et Kungyangon et au suivi de sa réalisation en tant que référent watsan. Pendant trois semaines, nous nous sommes rendus dans les centres de santé pour voir ce qu’il était nécessaire de faire dans ces nouveaux townships. Dans le cycle de projet, la phase d’identification consiste à évaluer les besoins de la population et les moyens d’y parvenir. Il s’agissait donc de centrer le programme autour de l’accès à l’eau potable et de l’eau à usage domestique, ainsi qu’aux latrines. Pour l’eau potable, les sources étant souterraines, elles sont souvent trop salées ou trop ferreuses et donc impropres à la consommation directe. Pour assurer aux villageois l’accès à une eau potable non contaminée, on a réhabilité des puits et des mares villageoises pour recueillir l’eau de pluie pendant la saison des moussons.

Cette eau pourra servir pendant les cinq mois que compte la saison sèche. Pour l’usage domestique, c’est-à-dire le lavage des mains, les douches, la cuisine et la vaisselle, les villageois peuvent utiliser l’eau souterraine, pour peu qu’elle ne soit pas trop concentrée (en fer et en sel), étant entendu que les normes sanitaires sont moins strictes, puisqu’elle n’est pas destinée à être bue. On a également diagnostiqué où pourraient être placé l’ensemble des infrastructures comprenant des réservoirs d’eau, un mini réseau de distribution de l’eau dans les centres de santé quand cela est possible, des nouvelles latrines, des pompes électriques et des pompes à main.
L’identification des centres de santé (à trois niveaux : township hospital, station hospital et rural centers) où sont installées des pompes est un travail de terrain. Nous nous rendons dans chacun des centres de santé et retenons ceux qui répondent à nos trois critères de sélection, à savoir qu’il n’y a pas d’ONG travaillant déjà dans le centre, que les infrastructures sont hors d’usage ou détruites par le passage du cyclone Nargis et que nous disposons de l’accord des référents médicaux locaux pour apporter leur collaboration au projet. Nous travaillons actuellement dans 13 centres de santé.
A.M.I. compte beaucoup sur la collaboration et le partenariat avec la population locale, comment cela s’est-il manifesté dans le cadre de vos activités ?
Les familles sont bien intégrées dans la vie des villages, il y a des écoles, des infrastructures communautaires, et des comités d’eau que nous mettons en place. Les comités sont créés dans un soucis de pérennité, c’est-à-dire pour former des personnes dans chaque village à la maintenance de l’infrastructure en général, des pompes, à la tenue d’une comptabilité dans le cas où ils seraient amenés à acheter des pièces de rechange, et des grillages autour des réserves d’eau pour éviter leur contamination (par les habitants qui puisent l’eau sans se servir des pompes et par les animaux qui s’y abreuvent). Le tout fonctionne plutôt bien et est suivi par des équipes d’A.M.I. pendant un an, le temps du programme. Dans les centres de santé, la mise en place d’un comité d’eau n’est pas réellement nécessaire car il y a déjà un watchman en place (c’est un vigile local en charge de la surveillance des installations), mais nous le faisons dans toutes les écoles. Ensuite, nous tentons de mettre en place des séances d’éducation à l’hygiène des enfants et des villageois. Les séances d’éducation sont adressées aux représentants des différentes communautés et sont très interactives, basées sur la participation des bénéficiaires. L’idée sous-jacente est que les représentants prennent par eux-mêmes conscience des enjeux liés à l’hygiène au cours de ces séances pour répandre l’information et le message par la suite aux autres habitants dans leurs propres termes.
Maintenant que votre mission est achevée, quel regard portez vous sur le programme auquel vous avez participé et ses résultats ?
Je suis satisfait de la pertinence du programme mis en place, nous avons pris le temps d’analyser ce qui avait déjà été fait avant de se lancer dans un nouveau programme. Je suis convaincu que ce celui-ci va permettre aux communautés de disposer d’une eau à la fois de bonne qualité et en quantité suffisante et de systèmes d’assainissement adéquats. Le résultat est satisfaisant dès lors que nous avons l’opportunité de protéger l’eau par des grillages ou par des pompes et que nous prévenons ainsi toute contamination. Ma seule frustration a été que les délais pour la mise en place ont été plus importants que prévus et que de fait je n’ai pas pu participer à la réalisation du nouveau programme dans sa totalité alors que j’avais participé à sa préparation. Malgré cela, j’ai vécu une expérience enrichissante et j’ai pu perfectionner par de nouvelles connaissances techniques mes compétences en eau et assainissement.
Posté le 3 avril 2009
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