Etats des lieux : VIH/SIDA 2007
Etats des lieux : VIH/SIDA 2007
par Docteur Chantal Aubert-Fourmy, Présidente d’Aide Médicale Internationale
Le nombre de personnes vivant avec le virus (PVV) a progressé de 2,6 millions entre 2004 et 2006. 4,3 millions d’adultes et d’enfants ont contracté la maladie en 2006, soit environ 400 000 de plus qu’en 2004, dont 40 % ont entre 15 et 24 ans. Le différentiel s’explique par le nombre de décès (environ 3 millions chaque année).
L’Afrique subsaharienne supporte toujours la plus grande partie du fardeau de l’épidémie mondiale avec 63% des PVV (32% rien que pour l’Afrique Australe), et 72% des décès dus au VIH/SIDA en 2006.
Mais l’épidémie progresse de manière plus rapide en Asie de l’Est, en Europe Orientale et en Asie Centrale, où le nombre de PVV a augmenté de 20% entre 2004 et 2006, en raison d’une augmentation de 70% des nouvelles contaminations dans cette même période.
En Amérique du Nord, aux Caraïbes et en Amérique Latine le nombre de nouvelles contaminations est resté stable durant ces deux dernières années.
On voit donc de grandes disparités dans l’évolution de l’épidémie dans le monde, où les régions qui ont le plus tardé à prendre en compte la réalité de l’épidémie, sont celles où sa progression est la plus rapide. Nous en revenons toujours à la réalité du terrain : pour chaque pays, observer les modes de contamination les plus fréquents : prostitution, drogues injectées, sexualité non protégée etc…En fonction du constat, définir des stratégies de prévention spécifiques et appliquer une politique nationale volontariste sans tabou et sans discrimination. Les résultats sont là quand tout est mis en œuvre, comme au Lesotho où l’épidémie se stabilise.
Les femmes sont toujours les premières victimes, même si depuis 2 ans la proportion de femmes nouvellement contaminées se stabilise.
Les recommandations de l’OMS pour soutenir les femmes ont évolué au fil du temps, et d’une attitude de méfiance contre l’agresseur masculin, nous évoluons vers une attitude de coopération avec les hommes. En 2005 : « Encourager l’accès aux nouvelles options de prévention, notamment le préservatif féminin et les microbicides ».
En 2006 : « Encourager l’égalité entre les sexes et examiner les normes sexospécifiques et les rapports entre les sexes afin de réduire la vulnérabilité des femmes et des filles, tout en impliquant les hommes et les garçons dans cet effort ».
Ce changement de mentalité est très significatif de la réflexion éthique, philosophique et sociologique que mènent tous les acteurs de la lutte contre le VIH. Sans cesse, il faut remettre en cause nos théories, nos convictions, aussi généreuses soient-elles. Ce n’est qu’à ce prix que nous viendrons à bout de cette épidémie.
Pendant ce temps, les progrès thérapeutiques se poursuivent. S’ils n’ont aucune incidence sur le nombre de nouvelles contaminations, ils révolutionnent le quotidien des PVV au moment où leur système immunitaire commence à défaillir. L’accès aux traitements antirétroviraux s’étend rapidement grâce aux médicaments génériques.
Malheureusement, l’apparition de résistances à ces traitements lance de nouveaux défis : l’extension du nombre de molécules génériques disponibles bien sûr, mais surtout l’accompagnement des personnes sous traitement antirétroviral. La première cause de résistance aux traitements est la mauvaise observance : soit en raison de rupture d’approvisionnement, soit en raison de difficultés psychosociales, soit encore plus fréquemment, par lassitude face aux contraintes et effets indésirables des médicaments. La mobilisation de tous les acteurs est indispensable pour soutenir et encourager au quotidien toutes ces personnes qui souffrent dans leur corps et dans leur cœur.
Posté le 27 novembre 2007


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