Haïti : entretien avec un éducateur ...

Haïti : entretien avec un éducateur ...


Dans le cadre du programme de pré insertion mis en place par Aide Médicale Internationale, des jeunes des rues de Port-au-Prince en phase dite de transition et suivis par l’Unité Psychosociale et Educative d’AMI ont remis en état le Centre Médical et Social de Proximité Delmas 101. Ce type de chantier a pour but de permettre, aux enfants et jeunes, l’acquisition de capacités et de compétences nécessaires à l’insertion dans la vie sociale et professionnelle d’Haïti.


Widmark a 28 ans.Il a une formation de base dans les métiers du Bâtiment. Superviseur adjoint dans un orphelinat, il a également travaillé comme animateur scolaire et encadré des activités artistiques avant de travailler pour Aide Médicale Internationale. Il est éducateur social au sein d’AMI depuis le 14 novembre 2005.
Il répond aux questions d’Albert Rochet, coordinateur du volet social.


Que penses-tu du programme de pré insertion ?
Pour moi c’est une bonne initiative. C’est un programme qui permet d’aider les enfants à sortir de la rue et répond à une demande qu’ils font depuis quelques mois, ils ne s’attendaient pas à ce que cela soit mis en place dès à présent.. Ils nous ont dit que cela devait être renouvelé.

Quel est ton rôle dans le programme de pré insertion ?
Depuis 2004, en tant qu’éducateur social, je suis responsable des enfants de 12 à 25 ans. Pour leur montrer qu’ils ne sont pas seuls, je travaille avec eux, je donne des idées, j’organise les activités. Pour la pré insertion, je suis responsable du chantier. Je donne de nouvelle compétence, j’oriente, j’aide, je maintiens la discipline, je fais respecter un cadre, des contraintes, des règles et leur permet de prendre des responsabilités. On m’a confié ces tâches car les métiers du bâtiment je connais. Mon papa était chef de chantier et j’ai une formation en construction de bâtiment, je suis ferrailleur de formation.

Quelles sont les premières impressions des enfants après le premier chantier ?
Ils ont été très contents, Après le premier chantier de 3 jours, ils ont dit que ce n’était pas assez, mais ils étaient contents. Ils voulaient continuer à travailler. Ils disaient que ce chantier leur avait permis d’être valorisés. Ils ont appris à peindre, à travailler ensemble, à faire équipe pour mieux avancer. D’ailleurs, ils ont accepté de continuer à cheminer avec nous, de suivre encore nos activités.

Peux-tu me raconter rapidement comment s’organise un chantier de pré insertion ?
Ce chantier est destiné aux enfants qui manifestent l’envie de sortir de la rue – ce sont des enfants dits en phase de transition -. Je sélectionne les enfants qui vont participer au chantier. Les enfants signent un contrat. Ce contrat leur fait respecter un cadre. Je leur explique ce qu’il faut faire, et leur montre comment utiliser le matériel, j’organise plusieurs ateliers et ils se mettent au travail. Je passe sur les ateliers pour vérifier qu’ils respectent les consignes. AMI leur offre un petit déjeuner et un repas à midi. Le soir, ils sont chargés de nettoyer le matériel. Les enfants se lavent et quittent le chantier vers 16h00.

Que va-t-il se passer après les chantiers pour ces enfants ?
Je fais un tour de leur base de vie pour voir ce qu’ils font avec leurs sous.
Voici un exemple : un enfant était en 6ème année de fondamentale lorsqu’il est arrivé dans la rue, il avait tellement envie de poursuivre sa scolarité qu’il a acheté un uniforme et payé sa scolarité pour toute l’année à l’école publique, il a, d’ailleurs, dû verser un bakchich pour pouvoir forcer l’inscription. AMI va continuer à suivre ces jeunes et développer les partenariats avec des institutions haïtiennes pour, par exemple, orienter les jeunes vers des formations professionnelles.

Pour terminer as-tu autre chose à ajouter ?
Je suis content qu’on m’ait choisi pour être le tuteur de ces enfants. Je vais continuer à faire plus d’efforts pour pouvoir les soutenir et donner des idées novatrices. Mon objectif serait de monter un atelier d’artisanat avec les enfants et jeunes des rues qui ont le plus de talent pour qu’ils puissent travailler et gagner des sous. Avec ces sous là, on peut les aider pour la scolarité et pour acheter des vêtements et qu’ils puissent devenir autonomes. S’ils ont un travail à faire ils ne seront pas toute la journée dans la rue.


Posté le 17 octobre 2007