Haïti : la prise en charge médico-sociale des enfants et jeunes des rues après le séisme

Haïti : la prise en charge médico-sociale des enfants et jeunes des rues après le séisme


Après une formation de deux ans en géologie et sociologie, Baptiste Hanquart prend son sac à dos et choisit de partir. En tant que bénévole, il travaille deux ans aux Philippines pour les enfants des prisons. Rentré en France, il suit une formation en gestion de projet à l’institut Bioforce et il participe ensuite à des programmes très vastes, focalisés sur les réfugiés politiques au Tchad et en Géorgie avec l’ONG Première Urgence. Recruté initialement par A.M.I. comme responsable pour le programme « Enfants et jeunes des rues » (EJDR) en Haïti, Baptiste a été promu chef de mission depuis octobre 2010. Après six mois sur le terrain, aujourd’hui il rend visite au siège pour différents débriefings.

Depuis janvier 2004, les équipes d’A.M.I. en Haïti travaillent au soutien médico-social des EJDR dans la zone urbaine de Port-au-Prince. Des unités médico-sociales mobiles, composées d’un médecin, un infirmier et deux éducateurs, vont à la rencontre des EJDR directement dans les rues en proposant une prise en charge médicale des soins de santé primaires, un suivi médical adapté aux différents besoins, une éducation à la santé et le référencement des cas critiques à d’autres structures plus spécialisées. Le projet appuie six structures partenaires d’accueil ouvert, de formation professionnelle et de soutien psychologique et se coordonne avec elles. Cette démarche est préalable à leur intégration dans un dispositif psychosocial et éducatif qui consiste à évaluer la motivation des enfants et préparer leur insertion dans des structures d’accompagnement social ou professionnel. Ensuite, le personnel d’A.M.I. organise régulièrement des ateliers de sensibilisation sur les comportements sexuels, la consommation de drogues et le dépistage afin de lutter contre la propagation du VIH/SIDA.

« Généralement, les EJDR sont divisés en groupes disloqués sur environ seize ‘bases’, explique Baptiste. Ils fonctionnent tous autour d’un chef, comme une micro organisation sociale assez structurée. L’objectif principal du programme est de faciliter l’accès à des soins de santé primaire pour cette population très vulnérable, et plus généralement, contribuer à leur bien-être psychophysique. Dans ce contexte, les éducateurs ont un rôle très important. Ils discutent avec les EJDR pour les encourager à rejoindre les centres d’accueil où ils peuvent manger, se laver, suivre des activités et faire des jeux, mais aussi recevoir un soutien éducatif qui les aide à se stabiliser. Au bout d’un an, certains d’entre eux réussissent à sortir de la rue. ».


Qui sont précisément les enfants et jeunes des rues ?
« Les enfants et jeunes des rues ont de 0 à 21 ans et ils vivent 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 dans la rue. Ils sont soit acteurs soit victimes de leur condition. Ils peuvent être accompagnés par les familles, elles aussi en situation de rue, ou non accompagnés pour différentes raisons : ayant été mis dehors ou ayant fui à cause d’actes de violence subis. Des fois il s’agit d’un départ volontaire par influence de la rue. En effet, la plupart des jeunes haïtiens travaillent dans la rue la journée et rentrent chez la famille la nuit ou le week-end. C’est à ce moment là que, au contact des jeunes et enfants des rues, certains rentrent dans un processus d’exclusion plus ou moins rapide. Cela explique l’importance d’un volet prévention auprès de ces enfants et jeunes pour éviter qu’ils soient attirés par la rue. Cependant, aujourd’hui un appui aux familles vulnérables reste le seul instrument efficace de prévention à leur départ. Vers la fin du mois de décembre, nous comptons publier un rapport sur la situation des EJDR selon les données collectées en 2010. »

Depuis le 20 octobre 2010, une forte épidémie de choléra s’est déclenchée dans certains départements d’Haïti en faisant plusieurs morts. Comment allez vous répondre à cette nouvelle problématique ?
« Pour le moment, le plus grand nombre de victimes a été enregistré dans le département de l’Artibonite et dans le Plateau central, principaux foyers de l’épidémie de choléra. La capitale n’a pas encore été touchée, mais nous sommes en train de nous préparer à l’arrivée de la maladie à travers la mise en place d’activités de prévention et de pré positionnement de matériel. Nous avons également mis à niveau nos centres d’accueil pour les patients suspects et nous avons entrepris la formation du personnel médical. Ce dernier point est essentiel, car le choléra n’existait pas en Haïti et le personnel soignant est peu familiarisé avec le travail des Centres de Traitement du Choléra (CTC). De plus, nous prévoyons un centre de traitement choléra en coordination avec la cellule de crise du département sanitaire de l’ouest, la Fédération Internationale de la Croix-Rouge, Médecins Sans Frontières, Médecins Du Monde. Un réseau de prise en charge a été planifié et sera peut être déployé en fonction des besoins sur toute l’agglomération de Port-au-Prince. »


Quelles sont les priorités actuelles pour le programme EJDR d’A.M.I. ?
« Aujourd’hui, la mission d’A.M.I. en Haïti a plus que triplé que ce soit en termes budgétaires ou en termes de ressources humaines, en raison notamment des interventions médicales d’A.M.I. dans le quartier de Martissant en réponse au tremblement de terre du 12 janvier 2010, mais aussi de l’implication de l’A.M.I. dans l’accès à des soins obstétriques gratuits pour les populations les plus vulnérables. Dans les mois prochains, A.M.I. pourra initier une vraie capitalisation des connaissances et des compétences sur les EJDR afin de consolider les pratiques et les activités. Nous sommes en train de réfléchir par ailleurs à une stratégie efficace de passation afin que les acteurs locaux prennent le relais de nos actions. En coopération avec d’autres organismes présents sur le terrain, on est en train de concevoir un plan de formation médicale pour transférer nos compétences et nos connaissances. En partenariat avec l’UNICEF, nous avons fait du plaidoyer pour que les associations locales prennent le relais et que les EJDR de Port-au-Prince soient inclus dans des programmes internationaux plus vastes. La formation du personnel médical est essentielle pour le transfert des compétences et des connaissances aux acteurs locaux. Forts de ces constats, nous avons donc créé, avec différentes organisations, un groupe de travail pour les enfants et jeunes des rues (GTEJDR) avec de nombreux objectifs : recueillir et analyser les informations pour une meilleure compréhension de la situation ; identifier, évaluer et coordonner les structures locales et internationales travaillant auprès des EJDR ; appuyer les structures locales identifiées ; informer/former les acteurs locaux et internationaux sur le travail auprès des EJDR ; plaidoyer et témoigner sur la situation et les besoins des EJDR. Le groupe a graduellement acquis un rôle d’expertise et de consultance et, aujourd’hui, il constitue un important point de repère pour les EJDR qui désirent sortir de la rue. Enfin, pour juin 2011, le GTEJDR a prévu la construction d’écoles pour les éducateurs. »

Par ailleurs, A.M.I. prévoit de renforcer son implication médicale dans l’accès à des soins de santé primaires, et notamment des soins obstétriques gratuits pour les EJDR, mais aussi pour toutes les personnes en situation de grande vulnérabilité.

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Posté le 17 novembre 2010