Haïti : porter la solidarité au-delà de la crise

Haïti : porter la solidarité au-delà de la crise

300 000 morts. 300 000 blessés. 1,3 million de sans-abri. Les estimations de la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH) viennent rappeler l’ampleur du cataclysme qui a frappé Port-au-Prince et ses environs le 12 janvier dernier. Depuis des années déjà, Haïti se débat dans l’instabilité politique et le marasme économique. La majorité de la population haïtienne vit sous le seuil international de pauvreté, tandis que la fragilité de son système de santé se traduit par des taux de mortalité infantile (54 décès pour 1 000 naissances, en 2008) et maternelle (670 décès pour 100 000 naissances, en 2005) les plus élevés de l’hémisphère nord. Près de trois mois après la conférence des bailleurs de fonds de New York, une cinquantaine de pays donateurs s’efforcent de traduire leurs engagements de 10 milliards de dollars sur cinq ans pour Haïti, en développant un projet de solidarité internationale au-delà de la crise.

Administrateur de retour de mission, Alexandre Schwall évoque son expérience en Haïti dans la période de post-urgence, qui a suivi la première phase de recherche et d’assistance aux victimes du séisme. Il relate par la même occasion son parcours au sein d’Aide Médicale Internationale.

Au cours de son Master en gestion des situations de crise suivi à l’Université Paris 1 Panthéon–Sorbonne, Alexandre réalise un stage de six mois au siège d’A.M.I. à Pantin, en tant qu’assistant desk du responsable de programmes sur les missions en Haïti, au Soudan et en Afghanistan. À l’issue de cette première expérience de suivi des activités, il se voit offrir l’opportunité de mettre à profit sur le terrain les compétences de supervision et de reporting qu’il a développé, en partant en mission pour trois mois au Yémen. Administrateur, il est alors chargé d’assurer la gestion administrative de la mission et de former un administrateur local pour le remplacer. Quelques mois après son retour en France, A.M.I. lui propose de participer aux nouvelles activités de l’association en Haïti suite au tremblement de terre du 12 janvier.

Dans les semaines qui suivent la catastrophe, A.M.I. travaille à la consolidation et à la pérennisation des ses activités de soin et de prévention à destination de la population de Port-au-Prince. Une mission de primo-urgence a été menée dans un premier temps pour répondre aux besoins des sinistrés en termes d’interventions chirurgicales. Les activités d’A.M.I., établies depuis de nombreuses années dans la capitale haïtienne, ont été directement affectées par le séisme, en raison du bouleversement de la géographie urbaine et de l’explosion des besoins à couvrir. « Venu en soutien au coordinateur administratif et financier, j’ai été chargé dans un premier temps, explique Alexandre, de regrouper et classifier l’ensemble des données éparpillées par le séisme et qui pouvaient être facilement récupérées dans les décombres des bureaux de l’association. À cela sont venues s’ajouter rapidement la gestion de la trésorerie en collaboration avec le comptable local et la supervision du recrutement d’une trentaine de personnels locaux, afin de faciliter la réorganisation et l’agrandissement de la mission suite à la mise en place de nouvelles activités liées aux événements du 12 janvier. »

Consultations dans la zone de Martissant à Port-au-Prince


Alexandre souligne « qu’il était important de maintenir le fonctionnement administratif de la mission, malgré le contexte difficile qui prévalait. Le soutien apporté à l’infrastructure de la mission a permis une réorganisation rapide et efficace des activités une fois celles-ci adaptées aux nouveaux besoins de la population et aux solutions susceptibles d’être apportées par les équipes d’A.M.I. » Une véritable supervision a pu être mise sur pied entre l’équipe de coordination dirigée par le chef de mission et les bases des programmes en faveur des enfants et jeunes des rues (EJDR) et de soins obstétricaux gratuits (SOG), auxquels est venu s’ajouter le programme « santé Martissant » en réponse au séisme. Dans le cadre de sa mission courte, Alexandre a assuré l’organisation des dossiers administratifs de la mission, la rédaction d’un guide de gestion des tâches administratives et des ressources humaines, ainsi que la formation d’une assistante ressources humaines locale. « Au-delà du traumatisme ressenti par la population haïtienne, A.M.I. a été en mesure de répondre au désir d’investissement et de responsabilisation des Haïtiens, en permettant à certains d’entre eux de collaborer aux programmes de santé développés par l’association, note Alexandre. Pour ma part, j’ai eu le temps de transmettre et d’expliquer les compétences nécessaires à la future assistante ressources humaines. J’ai aussi été amené à expliquer les particularités du travail en milieu humanitaire et les responsabilités propres à cet engagement au reste du personnel haïtien nouvellement recruté. »

« Cette expérience enrichissante m’a permis d’apprécier le volontarisme et le courage dont font preuve bon nombre d’Haïtiens, et de dépasser la vision catastrophiste et misérabiliste véhiculée dans les médias, confie Alexandre. Il n’en est pas moins vrai que la situation humanitaire reste encore très fragile sur place et que nombre de besoins vitaux ne sont pas complètement satisfaits (soins, nourriture, eau, sanitaires, abris). Il a été difficile pour moi de partir au terme de ma mission, au regard des relations nouées avec les équipes face à l’adversité et des besoins immenses sur place. L’impatience exprimée parfois par une frange de la population qui ne semble pas percevoir d’amélioration considérable de leur vie quotidienne me parait compréhensible et doit inciter à redoubler d’efforts. » Il est important de noter que la reconstruction reste un processus long et progressif. Alexandre a ainsi clairement participé à la consolidation et à la redéfinition des activités d’A.M.I. en Haïti. Et c’est fort de cette expérience marquante et éprouvante qu’il poursuit son parcours dans le secteur humanitaire, et notamment sa collaboration avec A.M.I., en retournant sur la mission de l’association au Yémen en tant qu’administrateur.
Posté le 29 juin 2010