Haïti : retrouver ses racines, aider un pays à se relever

Haïti : retrouver ses racines, aider un pays à se relever

Ilot de pauvreté situé au cœur des Caraïbes, Haïti est marqué depuis des années par une instabilité politique chronique et un appareil économique en profonde déliquescence. La majorité de la population haïtienne vit sous le seuil international de pauvreté, tandis que la fragilité de son système de santé se traduit par des taux de mortalité infantile (54 décès pour 1 000 naissances, en 2008) et maternelle (670 décès pour 100 000 naissances, en 2005) les plus élevés de l’hémisphère nord. Alors que la densité croissante de la population haïtienne et la dégradation avancée des infrastructures et de l’environnement avaient déjà rendu le pays particulièrement vulnérable, le tremblement de terre qui a frappé Port-au-Prince et ses environs le 12 janvier dernier est venu ajouter son lot de malheurs et de destructions, avec ses centaines de milliers de victimes, de blessés et de sans-abri.

De retour en France après une mission courte d’un mois en Haïti en tant que référent médical, Léoine Pierre nous fait part de son sentiment sur la particularité de participer à une mission humanitaire dans son propre pays d’origine ravagé par une catastrophe sans précédent.

« Infirmière de formation, j’ai validé une Licence en Sciences sanitaires et sociales à Paris, avant de suivre une spécialisation en Santé publique et santé communautaire au sein de l’Institut de formation et d’appui aux initiatives de développement (IFAID) à Bordeaux », rappelle Léoine. Elle a eu par la suite l’opportunité de mettre en application les compétences développées au cours de sa formation dans le cadre d’une mission humanitaire d’un an avec Aide Médicale Internationale au Sud-Kivu, dans l’est de la République démocratique du Congo. Revenue de cette expérience « aussi éreintante que formatrice », Léoine prend le temps de fonder une famille, avant de « réinvestir en France les compétences développées à l’étranger », notamment au sein d’une association locale de lutte contre les addictions et l’alcoolisme en lien avec la municipalité de Nantes. « Toujours désireuse de partir en mission humanitaire, sans forcément sacrifier sa vie de famille », elle retrouve les équipes d’A.M.I. dans les semaines qui suivent le séisme, pour participer à la redéfinition des activités de la mission à Port-au-Prince, où l’association est engagée auprès des enfants et jeunes des rues depuis 2004.

Consultation médicale auprès de la population de Port-au-Prince


Dans le cadre du dispositif d’urgence et d’adaptation des programmes existants mis en place par A.M.I., Léoine est venue « soutenir l’infirmière d’urgence pour la supervision RH et qualité des cliniques mobiles sillonnant les rues, participer aux discussions et négociations concernant les projets de soutien à des centres de santé et le développement des activités, appuyer le pharmacien dans l’identification des fournisseurs et la gestion des stocks de médicaments, tout en accompagnant la consolidation des activités et la prise en charge de certaines fonctions logistiques ». Cette multiplicité des tâches rendue nécessaire par la gravité de la situation n’a pas été sans entraîner « certaines difficultés d’adaptation pour réussir à trouver son rythme sur une mission d’une durée aussi courte ».

Née dans la commune de Dessalines (Artibonite), nommée en hommage au héros révolutionnaire et premier dirigeant de la République haïtienne, Léoine a quitté l’île au cours de son enfance tout en conservant de la famille à Pétionville, dans la banlieue de Port-au-Prince. Bouleversée par la catastrophe, elle a néanmoins su « convaincre les équipes d’A.M.I. quant à sa capacité à prendre du recul face aux évènements pour réussir à assumer ses nombreuses responsabilités sur le terrain ». Elle confie d’ailleurs s’être sentie dans un premier temps « rassurée concernant l’état apparent des infrastructures dans la capitale haïtienne puisque, malgré l’ampleur de la tragédie humaine, nombreux sont les bâtiments restés debout ». Léoine dit être parvenue à tirer parti de son « rapport ambivalent à la catastrophe haïtienne », puisque son absence du pays lors de la catastrophe lui a permis de « conserver la distance nécessaire à son travail face aux destructions », tandis que sa connaissance de la langue créole et des procédures d’intervention d’A.M.I. l’ont « aidée à être rapidement opérationnelle tout en se faisant accepter plus facilement par une population meurtrie et repliée sur elle-même ». Savoir mettre de côté ses souffrances, sans forcément chercher à les étouffer ou à les exorciser en se tuant à la tâche, lui a permis, explique-t-elle, d’assurer la charge de ses activités sur toute la durée de la mission, et ainsi être en mesure d’apporter, à son échelle, sa contribution au rétablissement de son pays d’origine. Tout au long de sa mission, Léoine s’est efforcée de « ne jamais oublier les besoins de la population haïtienne, tout en ayant conscience de ses propres limites, mais aussi de la patience et de la détermination nécessaires à la reconstruction et au développement d’Haïti pour les années à venir ».
Posté le 2 juin 2010