Logisticien en Afghanistan : des objectifs clairs, une réalité complexe
Logisticien en Afghanistan : des objectifs clairs, une réalité complexe
Voilà sept mois qu’Anthony Dutemple est logisticien pour A.M.I. en Afghanistan. À 28 ans, il s’agit de la première mission humanitaire de ce logisticien, qui dispose d’une solide expérience professionnelle acquise en milieu industriel.
Après son baccalauréat, Anthony entreprend un BTS en commerce international qu’il prolonge par une licence dans le même domaine avant de compléter cette formation par un master en logistique internationale. Pendant ses études, il s’engage dans différents mouvements associatifs, démarche qu’il poursuit durant les premières années de sa vie professionnelle.
« Depuis mes années de lycée, j’avais le souhait de m’engager un jour dans une mission humanitaire, sans savoir quelle forme cet engagement pourrait prendre. J’ai eu le sentiment, lorsque j’étais étudiant en logistique, que les savoirs que l’on m’enseignait, en matière douanière, de fret, d’export, etc. pouvaient être utiles, exportables dans de nombreux secteurs d’activité, dont l’humanitaire. Cela étant, j’ai choisi de faire mes premières expériences dans des milieux plus ‘traditionnels’ pour les logisticiens que sont la grande-distribution et l’industrie métallurgique.
En cinq années de travail, qu’il vit comme une façon de compléter son apprentissage universitaire, Anthony acquiert de nouvelles compétences dans des milieux où l’exigence est élevée. « Il s’agit de milieux professionnels assez durs, où les services logistiques sont constamment sollicités pour résoudre rapidement et efficacement les problèmes qui surgissent et menacent de ralentir l’activité de toute l’entreprise. La contrepartie, dans ces milieux où la pression est constante, est que les relations professionnelles qui se tissent sont riches et durables. Ainsi, je suis resté en relation avec certain des contacts qui étaient les miens dans le milieu du fret ou de la douane… Ce réseau professionnel m’est aujourd’hui très utile… Il y a quelques semaines par exemple, j’avais besoin du code douanier de l’aéroport de Kaboul avant d’organiser un fret pour la mission : j’ai contacté une connaissance chez un grand transitaire qui m’a rapidement transmis cette info. Il m’arrive aussi de solliciter d’autres contact pour être à jour des récents accords douaniers, ou demander des références pour m’assurer du professionnalisme de certains prestataires (transporteurs, etc.). Ce qui est très appréciable est que ces petites aides ponctuelles sont faites gracieusement, sans contrepartie : toutes ces personnes, avec lesquelles j’ai travaillé plusieurs années, sont heureuses de savoir que leur aide est utile à une mission humanitaire… »
Anthony résume parfois son activité en quelques mots simples : « la logistique, c’est mettre un matériel à la disposition de la bonne personne, au bon endroit, au bon moment… et au moindre coût. » Cet axiome simple à énoncer n’est pas toujours facile à mettre concrètement en œuvre. En effet, de nombreuses barrières administratives, culturelles ou matérielles peuvent ralentir ou entraver la logistique, avec des conséquences plus ou moins graves. « Aujourd’hui, à l’aune des situations que je rencontre, je relativise les problèmes qui étaient les miens dans mes expériences professionnelles précédentes. Bien évidemment, je ne minimise pas la pression et le stress qui ont cours dans les milieux professionnels dans lesquels j’ai évolué… mais disons qu’aujourd’hui, les problèmes auxquels l’équipe logistique est confrontée sont véritablement vitaux pour des populations : lorsque des médicaments doivent être acheminés, il importe de respecter les délais, malgré les imprévus qui ne manquent jamais de survenir. » Chaque étape de la chaîne logistique dépend la bonne réalisation de la précédente. « Par exemple, précise Anthony, de la délivrance d’un certificat ou d’une attestation administrative dépend le passage de frontière d’un container, puis la confirmation de la réservation d’un camion, puis son chargement, son trajet, son déchargement, etc. Dans le contexte de l’Afghanistan se greffent aussi des considérations en matière de sécurité : la possibilité de circuler est toujours en suspens, sujette à caution… »
Heureusement, plus de trente personnes sont mobilisées pour assurer la logistique de la mission : chauffeurs, radio opérateurs, gardes (non armés), informaticien, ou responsable maintenance. Anthony est chargé d’organiser, d’animer et de superviser le travail de l’équipe. « Sans le logisticien projet et le logisticien base (qui travaillent l’un sur la logistique des activités dans la Kunar et l’autre sur celle de la base) ainsi que l’équipe logistique basée sur notre base Kunar, il me serait impossible d’assumer correctement mes fonctions. Tous sont très impliqués et assurent un travail de grande qualité. D’une manière générale, tous les membres afghans de l’équipe logistique témoignent d’un profond attachement à A.M.I. et sont fiers de travailler pour une ONG médicale française. »
De l’engagement, il en faut pour mener à bien toutes les activités logistiques. « Ces derniers mois, nous nous sommes engagés sur un important chantier de réhabilitation de centres de santé dans la province de la Kunar. Début mai, j’ai pu me rendre sur place, avec un autre expatrié de la mission et des équipes afghanes, pour évaluer l’état des constructions de l’hôpital provincial d’Asadabad, de différents centres de santé ainsi que de la base d’A.M.I. et de son stock de médicaments. L’objectif pour moi était alors de vérifier les inventaires, d’identifier les besoins en réhabilitation sur les éléments fondamentaux : murs, incinérateurs, fosses à déchets, fosses septiques, accès à l’eau, générateurs, etc. À Asadabad par exemple, certaines pièces de l’hôpital sont insalubres, il manque aussi une salle d’attente… Après cette évaluation, nous avons sélectionné des artisans et des fournisseurs, qui ont débuté leurs travaux au mois d’août. Le travail s’est achevé il y a quelques jours, mi-septembre, à Asadabad… et se poursuit dans 15 centres de santé, avec notamment la réhabilitation des salles d’accouchement et la construction de salles d’attente, d’incinérateurs à déchets. Il s’agit véritablement d’un projet d’équipe, important et enthousiasmant, sur lequel s’engagent ingénieurs, artisans, équipes logistique et médicales… Lorsqu’il sera achevé, nous allons débuter un autre projet, tout aussi passionnant : l’aménagement d’une salle destinée aux patients souffrant de pathologies mentales… La santé mentale est un sujet délicat, en Afghanistan comme dans nombre d’autres pays. C’est la raison pour laquelle l’équipe logistique est très attentive, une fois encore, à mener son travail en lien avec tous les autres services de la mission. »
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Posté le 11 octobre 2010
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