Myanmar : témoignage de Philippe Hamel, ancien chef de mission

Myanmar : témoignage de Philippe Hamel, ancien chef de mission


Aujourd’hui, après deux ans et neuf mois sur le terrain, Philippe Hamel arrive à la fin de sa première expérience avec Aide Médicale Internationale. Démarrée en mars 2008, sa mission s’est déroulée au Myanmar depuis la base de coordination implantée dans la division de Yangon. Après plusieurs expériences passées en tant que responsable de programme, coordinateur de programme et responsable de projet, Philippe est recruté par A.M.I. pour être chef de mission (CDM). Il s’agit d’un poste à forte responsabilité car il comporte notamment la coordination de toutes les activités et la supervision du travail des équipes expatriées.

Au début de votre mission, en 2008, vous avez assisté à une catastrophe naturelle qui a dévasté les zones touchées par le cyclone Nargis. Vous avez également assisté à la fermeture du programme dans le Rakhine en 2009. Au cours de l’année 2010, quelles sont les activités que vous avez menées au Myanmar ?

« En 2010, la mise en œuvre des activités s’est poursuivie sur deux zones d’intervention. Dans la division de Yangon, au sein des Townships de Dala, Seikki Khanaungdho et Twantay, j’ai suivi un programme de prévention et traitement des maladies et des infections sexuellement transmissibles (MIST) dont le VIH/Sida. Les principaux bénéficiaires de ce programme sont les groupes de personnes vivant des situations à risque de contamination : travailleurs/euses du sexe et leurs clients, homosexuels, employés portuaires, travailleurs journaliers, familles des personnes vivant avec le VIH, etc. Nombreuses sont les actions mises en place pour pouvoir réaliser les objectifs du programme. Premièrement, des séances d’éducation à la santé sont organisées par les équipes d’A.M.I. et les éducateurs communautaires de santé. Ces derniers ont un rôle de médiation indispensable car ils représentent le relais entre les structures de santé et les populations de leurs communautés. Pour la sensibilisation de masse, nous organisons des événements publics dans les villages comme la Journée Mondiale du Sida (World Aids Day) qui a lieu le 1er décembre de chaque année.


Cette manifestation a pour objectif de sensibiliser le monde entier aux problématiques liées à la diffusion du VIH. Pour cela, nous avons mis à disposition de nos bénéficiaires des espaces libres afin de les accueillir et les faire se rencontrer. Il s’agit de lieux de partage et d’échange où ils peuvent suivre des activités ou profiter des locaux communs pour dormir ou prendre une douche. Des groupes d’entraide (« self-help groups ») ont été mis en place pour les aider à s’organiser entre eux et à développer des projets pour la mise en place d’activités génératrices de revenus. Ils contribuent ainsi à leur autonomisation progressive. Le programme comprend également le support aux cliniques pour le traitement des MIST, la gestion des centres de dépistage volontaire et le suivi médical des séropositifs qui sont traités avec les ARV. »


Et qu’en est-il des opérations dans l’État Shan, dans la région autonome Wa ?

« La région Wa est un territoire qui présente des caractéristiques très particulières. Dans sa dernière interview, Charlotte Berthier, responsable de ce projet pour A.M.I., a très bien décrit la situation actuelle cf. témoignage Charlotte Berthier. La zone est entièrement gouvernée et contrôlée par l’armée indépendante Wa, en rupture avec le gouvernement central. Dans ce contexte où les besoins sont nombreux, A.M.I. est l’un des principaux acteurs sanitaires. Son challenge est le rétablissement de l’accès aux soins de santé primaires et secondaires avec un accent particulier sur la santé des mères et des enfants. Il s’agit d’un défi de taille car le système sanitaire du Myanmar a été classé au 190ème rang mondial sur 191 pays par l’OMS. Les activités sont orientées vers le soutien de plusieurs structures sanitaires gérées par des équipes nationales. En effet, la nationalisation des postes d’A.M.I. est une stratégie de long terme qui vise à pérenniser ses actions. Nos équipes s’occupent de la formation et de la supervision du personnel national afin de garantir la transmission des activités du programme aux acteurs locaux. À l’instar du programme de Yangon, le renforcement des capacités dans la région Wa passe par la formation d’agents de santé qui assurent l’éducation sanitaire de leur communauté. »

*******
Posté le 24 février 2011