Première mission : le Darfour
Première mission : le Darfour
Entretien avec Anthony DAMMA, logisticien AMI à Khor Abeche et Ed Al Fursan de retour de 9 mois sur le terrain
Pouvez-vous nous décrire brièvement votre parcours ?Originaire de Brignoles (village de la région du Var), j’ai tout d’abord étudié les Langues Etrangères Appliquées à Toulon. Après l’obtention de ma maîtrise j’ai suivi le DESS Aide Humanitaire Internationale que dispense l’Université d’Aix en Provence.
A la suite de cela j’ai tout d’abord effectué un stage au siège d’AMI au département logistique durant 5 mois avant de partir pour le Soudan. Ce fût ma première mission en tant qu’acteur de l’humanitaire. J’y suis resté 9 mois en tant que logisticien sur la base de Khor Abeche au départ de la mission puis avec l’évolution des besoins j’ai été amené à assurer la logistique également sur le village d’Ed Al Fursan.
Cette première mission je l’ai ressenti vraiment comme « un grand saut ». Partagé entre la peur de ne pas être à la hauteur et l’adaptabilité aux conditions de sécurité tels que les couvre-feux, mon premier sentiment était surtout celui de pouvoir m’engager dans une crise humanitaire d’ampleur et y apporter ma contribution aussi justement que je le pouvais.
A l’arrivée il faut réellement quelques semaines d’adaptation, l’équipe sur place nous donne les informations clés et nous guide pour être efficace très rapidement. Une fois lancé dans la mission on s’aperçoit vite qu’il y a peu de place pour l’émotivité et le ressenti.
Dans quel contexte les équipes d’AMI interviennent-elles au Darfour ?
Depuis octobre 2004, AMI est présente dans les zones rurales du Sud Darfour. Nous restons l’une des seule ONG à intervenir en dehors des camps de réfugiés ou des villes et à aller à la rencontre des populations civiles qui tentent de maintenir un semblant de vie « normale » dans leur village.
Pour reprendre rapidement l’identité du projet, il y a une base administrative et logistique à Khartoum et 3 bases opérationnelles à Nyala, Ed Al Fursan et Khor Abeche. Sur place nous étions une dizaine d’expatriés (chef de mission, responsable de projet, administrateur, logisticien, médecin, infirmière, sage-femme). Ainsi que 70 collaborateurs locaux de profils identiques.
Les équipes d’AMI ont fait le choix d’intervenir à la fois dans la zone gouvernementale au Sud mais également dans la zone rebelle au Nord Nos activités sont donc centrées autour du soutien au Ministère de la Santé soudanais particulièrement par la formation du personnel médical local, la réhabilitation, l’appui et la construction de centres de santé. Cette gestion se fait surtout avec du personnel de santé local (AMI investit beaucoup pour la formation de ce personnel médical déficient). Nous prenons en charge également des besoins de santé locaux grâce aux cliniques mobiles préventives, où nous allons à la rencontre de personnes qui n’ont accès à aucun soin de santé si ce n’est une fois par semaine à notre contact.
AMI à également reprit une base de Médecin Sans Frontières hollande à Shéria avec des activités comparables à celles citées.
Pouvez-vous nous parler plus en détail des difficultés rencontrées en tant que logisticien, et ce que vous avez apprécié dans cette fonction ?
Tout d’abord, il faut savoir qu’au départ je suis parti en tant que logisticien mais compte tenu des besoins variables, j’ai ensuite été amené à occuper le double poste de logisticien/administrateur sur une base en zone rebelle à Khor Abeche.L’une des principales contraintes et difficultés réside dans le manque de réactivité de certains fournisseurs et collaborateurs (manque de rapidité d’approvisionnement des matériaux, médicaments…). A laquelle s’ajoute la lenteur des procédures administratives qui est parfois voulues. De plus, j’étais à 3 heures de voiture Nyala, la base principale depuis laquelle on se faisait acheminer tout et n’importe quoi : matériau, médicaments, nourriture, moyen de réhabilitation…ce qui n’améliorait pas les délais comptes tenus des aléas que nous rencontrons sur la route. Puis, des contraintes sécuritaires nous ont amenés à des évacuations (provisoires ou préventives) particulièrement récemment avec le vol de 2 voitures début novembre à Khor Abeche. Nous avons donc décidé de suspendre les activités pendant plusieurs mois sur ce site en attendant d’obtenir plus d’informations sur les conditions du vol et retrouver les voitures.
Cependant, ce que j’ai préféré dans cet fonction c’est la diversité du travail tant côté administration que côté logistique. J’ai aussi beaucoup apprécié de travailler avec la population locale. L’occasion d’une rencontre interculturelle mais aussi la volonté de s’inscrire dans un objectif commun d’amélioration durable de la qualité de vie des personnes. La qualité de notre travail dépend étroitement de cette relation avec les locaux, de notre adaptabilité au contexte, à la culture sans en oublier l’essentiel : le professionnalisme. Cette première mission m’a beaucoup marqué humainement.
Pour conclure, en réaction à l’actualité, avez-vous ressentis des incidences des suites de l’affaire de l’Arche de Zoé ?
A Nyala même, il n’y a rien de particulier à signaler sauf l’organisation d’une manifestation par les écoles où finalement peu de personnes se sont mobilisées (enfants instrumentalisés par leur professeur).
Par contre à Khartoum, le gouvernement a redoublé de vigilance par rapport aux différentes procédures telles que les enregistrements des ONG. Le gouvernement surveille encore plus qu’auparavant les actions menées.
En ce qui me concerne je n’ai subi aucune pression particulière à la suite de cette affaire. Je pense que cette actualité à été l’occasion d’une réaction certaine sur le terrain mais beaucoup moins dur que ne le présente nos médias.
propos recueillis par Adeline Hoste
Posté le 11 décembre 2007


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