RCA : Des projets de réhabilitation en étroite collaboration avec les populations locales
RCA : Des projets de réhabilitation en étroite collaboration avec les populations locales
Frédéric Pesenti est coordinateur logistique en République Centrafricaine (RCA). De passage à Paris, ce familier de l’humanitaire depuis bientôt 20 ans nous livre son regard sur le programme d’AMI, présente depuis 2007 dans le pays.
Quelles sont les actions d’AMI en RCA ?
AMI intervient surtout pour la remise en place du système de santé. Cela passe par la réhabilitation de structures de santé. Par exemple, à N’délé, préfecture plus grande que la région PACA, nous avons remis en marche un hôpital préfectoral quasiment abandonné : en deux ans, et avec ces réhabilitations, les consultations sont passées d’entre 20 et 50 à environ 1500 par mois, auxquelles s’ajoutent une à deux opérations chirurgicales par jour. Au total, la préfecture compte 24 structures de santé (centres de santé et postes de santé), dont 15 sont appuyées par AMI.
Dans la sous-préfecture de Mbrés, quatre postes sont en projet de réhabilitation. Une clinique mobile et un centre de référence (dont les activités sont à peu près équivalentes à celles de l’hôpital de N’délé) sont déjà opérationnels.
L’appui aux soins de santé passe aussi par la prise en charge du coût des médicaments et des opérations. Les médicaments sont gratuits pour tous. L’hôpital préfectoral pratique des césariennes et d’autres opérations à faibles tarifs (de valeur symbolique) pour ne pas déstructurer le fonctionnement du système. Pour les soins curatifs, une faible tarification est également mise en place.
Enfin, le travail de prévention passe par des campagnes de vaccination. Les centres de programme élargis de vaccination (PEV), au nombre de 11 à N’délé, disposent de réfrigérateurs pour conserver les vaccins et permettent de vacciner régulièrement les populations.
Quel est plus particulièrement votre rôle de coordinateur logistique au sein de ce programme ?
Pour que la mission fonctionne correctement et se passe au mieux, un travail en amont est nécessaire. C’est l’un des rôles du coordinateur logistique : les équipes médicales ont besoin de moyens de communication, de véhicules, de logements, de nourriture, de matériel médical ou autre… Je m’occupe de gérer ces commandes pour que la vie et la mission sur place se déroulent correctement. En RCA, ce poste était inexistant jusqu’à mon arrivée, il y a six mois. Il y avait donc un besoin de remise à plat et d’homogénéisation au niveau de la mission.
En plus de cela, je m’attache à suivre les réhabilitations et les constructions des structures de santé, en relation avec les populations locales, et la sécurité des équipes.
Justement, comment se passent les relations entre les équipes d’AMI et les populations locales ? Nous travaillons le plus possible en collaboration avec les populations locales et les chefs de villages. Pour nos programmes, la participation communautaire est essentielle. Nous expliquons la situation et nos attentes aux chefs de villages mais aucune décision n’est prise sans que leur accord ne soit donné. Nous tentons de faire en sorte que les idées et les initiatives viennent le plus possible des populations locales.
AMI a plus un rôle de complément, d’aide, qui comble les brèches de ce qui ne peut pas être fait. Par exemple, pour les réhabilitations, les villages procurent le plus de matériel possible ainsi que la main d’œuvre (pour les transports entre autres). AMI ajoute à cela ce qui n’a pas pu être fourni, comme des outils et mobilise des techniciens tels que des maçons ou des charpentiers.
Tout cela fonctionne très bien, les relations avec les populations locales sont excellentes.

Devant un centre de santé
Vous évoquiez tout à l’heure votre rôle dans la gestion de la sécurité des équipes. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?
Le pays est enclavé et bénéficie de peu d’investissements. Nous sommes dans une zone relativement calme, mais nous restons très attentifs, en nous renseignant sur la situation auprès des autres ONGs ou des populations locales. Nous avons conscience que la situation peut évoluer très rapidement.
C’est un travail continu de se maintenir informé auprès de nos différents contacts, notamment à propos des mouvements de rebelles, plus au Nord. Ces derniers temps, on a vu s’alterner accords de paix, reprises des combats, arrêts… il est difficile, même pour quelqu’un d’initié, de s’y retrouver, ou de comprendre la composition de ces groupes qui s’allient, se divisent et se réorganisent en permanence.
L’extrême pauvreté du pays pousse, en plus de ces luttes armées, à des actes de banditisme, de brigandage ou de braconnage. Entre mai et juin dernier, par exemple, l’absence d’électricité a plongé les rues de la capitale dans le noir, ce qui a entraîné une augmentation des violences, favorisées par l’obscurité. Mais, dans l’ensemble, ces obstacles ne ternissent pas nos relations avec les populations locales et n’entravent pas notre travail.
Quels sont les projets à venir pour les prochains mois ?
En cette fin d’année, il s’agit surtout de revoir les budgets. Nous devrons nous attacher aussi à mettre en place et concrétiser des outils de classement, pour organiser plus parfaitement notre travail et notre mission.
Nous nous attacherons également à poursuivre les programmes entamés : continuer les réhabilitations, notamment à Mbrés. Mais, au regard des besoins sur le terrain, nous devons faire face à des difficultés pour financer nos programmes. Dernièrement, nous avons eu peur de voir fermer le centre de N’délé, à cause de cette insuffisance de la mobilisation de la communauté internationale. Cette fermeture a pu être évitée, et heureusement, car cet hôpital correspond tout à fait, à mes yeux, aux valeurs et à l’identité d’AMI.
Posté le 24 décembre 2008
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