RCA : Mission d’évaluation à l’hôpital de Ndélé
RCA : Mission d’évaluation à l’hôpital de Ndélé
Marie Brihier, médecin et gériatre, a déjà effectué des missions au Liban pour le Croissant Rouge palestinien et au Pakistan pour la Croix Rouge française. Forte de ces expériences, Marie est partie en République Centrafricaine avec Aide Médicale Internationale pour une mission d’évaluation de deux mois à l’hôpital préfectoral de Ndélé.
Dans quel contexte sanitaire se trouve actuellement la République Centrafricaine ?
La République Centrafricaine (RCA) est actuellement dans une situation préoccupante : le taux de mortalité augmente, alors même qu’il est en diminution dans tous les pays voisins. Il est difficile de donner avec certitude le taux de mortalité en RCA (établi à 17,84 %) car les familles enterrent les morts elles-mêmes et ne préviennent souvent pas la mairie. Ainsi, les tendances sont établies d’après la mortalité observée dans les structures de santé. Les maladies les plus mortelles sont le VIH/sida (qui est très peu dépisté pour des raisons culturelles), les infections respiratoires basses, le paludisme et les diarrhées. On déplore également beaucoup de décès périnataux.
La RCA est un pays très pauvre et une faible part des fonds publics est allouée à la santé. Le ministère de la Santé forme peu de professionnels : seulement une cinquantaine de médecins chaque année (0,1 médecin / 1 000 habitants en République Centrafricaine contre 3,4 en France). Le pays ne dispose actuellement par exemple que d’un gastro-entérologue et d’un cardiologue, et de très peu d’infirmiers. Les personnes qui assurent le plus de soins sont des infirmiers secouristes, c’est-à-dire des personnes qui se présentent avec la volonté d’aider mais sans compétences approfondies dans le domaine médical (ces personnes reçoivent une formation de six mois dans les hôpitaux).
Les postes de santé périphériques ne sont pas tous pourvus en soignants, les gens parcourent jusqu’à 120 ou 150 km pour se rendre à l’hôpital et consulter un infirmier ou un médecin. Les personnes référées à l’hôpital pour des examens approfondis doivent s’y rendre à pied. Dans ce cas, il arrive que les personnes trop souffrantes ne se déplacent pas ou meurent sur la route qui mène à l’hôpital. A.M.I. conçoit actuellement un système de transport qui faciliterait les référencements.
Un contexte général de violence dans le pays s’ajoute à ces difficultés : les conflits récurrents et les exactions conduisent à la fuite du personnel formé vers Bangui, la capitale, ou à l’étranger. Le personnel de santé est réticent à travailler sur Ndélé car c’est une zone de conflit, je pense qu’il n’y a pas réellement d’insécurité telle qu’elle est décrite, ce sont plutôt des rumeurs qui s’imposent. Par conséquent, les personnes qui sont mutées refusent d’y aller et plus personne ne veut aller à Ndélé pour former des agents.
Pour quelles raisons avez-vous effectué cette mission d’évaluation ?
A.M.I. est présente en RCA et à Ndélé depuis 2007. Les programmes sont tous centrés sur l’amélioration de l’accès aux soins de santé primaires de la population avec notamment, à Ndélé, la présence d’un hôpital préfectoral et de centres de santé périphériques. Pourtant, nous avons constaté un taux de mortalité très élevé dans l’hôpital. De plus, l’hôpital est un endroit qui draine beaucoup de patients ; on compte entre 60 et 100 consultations par jour, alors que les centres de santé n’en réalisent qu’une dizaine). C’est la raison pour laquelle je suis partie en mission d’évaluation. Les problèmes que j’ai observés à l’hôpital sont des difficultés de prise en charge des patients, un manque de personnel, des erreurs dans les procédures concernant, par exemple, la stérilisation des instruments et du matériel, et une bonne hygiène des mains. Pour vous donner une idée de la situation à l’hôpital de Ndélé, j’ai observé que tous les bâtiments sont en mauvais état et nécessitent une réhabilitation, un nouveau bloc opératoire est construit depuis six mois mais toujours pas inauguré et n’est de ce fait pas utilisé, il manque des lits, des tables d’opérations, un accès à l’eau (l’hôpital n’est fourni en eau que deux heures par jour, et comme les réserves dans les jerricans viennent à manquer rapidement, il faut faire la queue pendant 45 minutes pour avoir accès au puits). Il y a des activités en chirurgie, en pédiatrie, en maternité et en médecine interne. Du fait de la présence d’un seul médecin, toutes les consultations sont assurées par un infirmier. Heureusement, les médicaments sont fournis par A.M.I. et distribués par l’hôpital à qui en sus on reverse une prime pour la manque à gagner du fait de la gratuité des médicaments.
Comment s’est déroulée votre mission d’évaluation ?
Tous les jours je me suis rendue à l’hôpital où je visitais les patients avec le seul médecin de l’hôpital (qui en est aussi le directeur). J’ai évalué une problématique différente chaque jour pendant un mois. Puis le deuxième mois, j’ai concentré mon travail sur la rédaction d’un rapport comprenant le constat de la situation actuelle et les recommandations sur les actions à mener pour une amélioration de la prise en charge des patients. Ce rapport doit servir de base à la mise en place effective des nouvelles procédures et protocoles. Ceux-ci portent surtout sur les indications pour réaliser une bonne stérilisation, bien s’habiller au bloc, prescrire les médicaments adéquats, bien utiliser les antibiotiques, compléter des feuilles d’observation des patients, faire suivre les cahiers de transmission. De premières procédures avaient été définies par A.M.I. et on remarque que pour qu’elles soient appliquées, il faut en réalité un compagnonnage à temps plein.
Quelles sont selon vous les pistes de travail à suivre ?
À l’issue de ma visite, je vais communiquer un rapport qui permettra aux équipes sur place d’appliquer des protocoles, portant à la fois sur les précautions liées à l’usage du matériel médical, sur les actes effectués lors des consultations et des opérations (notamment la prescription médicamenteuse, la posologie, l’hygiène, le suivi) et la formation du personnel. Avec des efforts conjoints, la situation peut s’améliorer car la population est très accueillante, apprécie la présence des ONGs, surtout à Ndélé où seule A.M.I. est présente (d’autres ONGs interviennent dans la région près de Ndélé avec des cliniques mobiles) et demeure très demandeuse de nos programmes. Les comités de gestion (COGES) qui existent depuis de nombreuses années sont également un bon espoir. Ils ont été crées en 1978 afin que des personnes de la communauté gèrent l’argent au niveau périphérique et prennent part à la formation et à l’achat de médicaments. C’est un bon moyen d’impliquer la communauté dans la recherche de solutions. Il y a actuellement de nouvelles élections pour les COGES et des agents communautaires qui cherchent des candidats très motivés pour faire évoluer la situation au sein de l’hôpital. Il s’agit d’une bonne voie à suivre pour continuer à améliorer l’accès aux soins à Ndélé et sa région.
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