RCA : les activités de laboratoire, un appui technique essentiel apporté aux structures de soin
RCA : les activités de laboratoire, un appui technique essentiel apporté aux structures de soin
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Gilles Bastard, biologiste de formation, était déjà parti en mission avec Aide Médicale Internationale, en République Démocratique du Congo, en 2003. En 2009, il est intervenu en République Centrafricaine, comme formateur en techniques de laboratoire sur les deux bases opérationnelles de la mission d’A.M.I., Ndélé et Mbrés.
Le projet en faveur de l’amélioration de l’accès aux soins développé par A.M.I. comprend notamment des activités de soutien à diverses structures de santé : soutien matériel, organisationnel mais aussi technique via des formations spécifiques. Le travail réalisé par Gilles Bastard sur le laboratoire et la transfusion sanguine s’inscrit ainsi en cohérence avec d’autres activités (telles que les formations aux interventions chirurgicales), mais aussi avec les besoins spécifiques à la région. La RCA est en effet fortement touchée par la pandémie de VIH/Sida, et le paludisme, que les activités de laboratoire permettent de détecter, y est l’une des premières causes de mortalité. Gilles Bastard revient sur l’organisation de son travail afin de former et d’accompagner des membres du personnel local sur ces activités.
En quoi ont consisté vos activités sur les deux bases de Mbrés et Ndélé ?
Je suis intervenu sur le laboratoire de biologie clinique du centre de santé de référence de Mbrés ainsi que sur l’hôpital préfectoral de Ndélé. Mon rôle consistait à apporter un soutien aux activités de laboratoire et de transfusion sanguine par des formations continues et du compagnonnage. J’ai ainsi formé un technicien de laboratoire et un aide de laboratoire sur Mbrés ainsi que deux laborantins sur Ndélé.
Lors de ma mission en RDC en 2003 avec A.M.I., j’avais déjà mis en place différents modules de formation, que j’ai appliqués ici en RCA. Ces formations portent notamment sur l’hématologie, la bactériologie, l’immunologie, la cytologie, le diagnostic des maladies tropicales en laboratoire, la transfusion sanguine en milieu isolé. L’objectif est d’adapter au mieux les techniques et les pratiques au contexte local, en sachant qu’A.M.I. apporte notamment un soutien à des postes de santé éloignés.
Justement, quels sont les contraintes et les enjeux locaux concernant les activités que vous avez menées ?
L’un des objectifs des activités de laboratoire est d’apporter aux personnels soignants un élément de diagnostic via les analyses médicales. Les résultats des tests aident les médecins à établir un traitement adapté. Dans un pays durement touché notamment par le paludisme, le test biologique éclaire le médecin lorsque celui-ci soupçonne un cas de parasitose.
Les pratiques que j’ai enseignées sont conçues pour être adaptées au terrain, pour des structures dépourvues de matériels permettent des tests de dépistage automatisés. Les formations portent donc sur des techniques manuelles. L’objectif dans le cas de la transfusion sanguine est d’obtenir des transfusions sécurisées, en analysant l’état clinique du donneur, son groupe sanguin, en réalisant les tests immunologiques (VIH, hépatites B et C, syphilis, etc).
La transfusion sanguine est en effet la thérapeutique la plus dangereuse qui soit, il est donc impératif de prévenir tous les risques inhérents à cette pratique, en particulier dans un contexte de pénurie sanitaire et de sous-équipement, et alors que sévit l’épidémie de VIH/Sida. En effet, les médecins sont fortement tentés d’y recourir, car elle provoque un effet immédiat, qui peut sembler quasiment miraculeux. L’effet est particulièrement notable chez les enfants, qui sont par ailleurs nombreux à souffrir de malnutrition. Mais la transfusion comporte des risques, et il faut toujours mettre en balance le risque lié à la transfusion et le risque vital. C’est pourquoi j’intègre à mes formations, outre les aspects purement techniques, les règles sur le recours de cette thérapeutique de la transfusion. La règle principale étant : toute transfusion qui n’est pas formellement indiquée est formellement contre-indiquée.
Par quels moyens sensibiliser à une utilisation mesurée et raisonnée de la transfusion sanguine ?
Le module a été validé par la préfecture sanitaire, et donc par l’État centrafricain. Lors du séminaire de formation sur la transfusion sanguine en milieu isolé, j’invite toutes les personnes de la préfecture sanitaire : cliniciens, infirmiers, techniciens de laboratoire, et le médecin de la préfecture. L’objectif de cette mobilisation est que les « guidelines » exposées dans ce module de formation restent un document de référence, intégrées éventuellement dans les formations nationales.
Cet entretien avec Gilles Bastard a été mené en décembre 2009. Depuis lors, les personnels des postes de transfusion sanguine (PTS) formés par Gilles poursuivent leur travail de manière autonome.
Posté le 21 avril 2010
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