RCA : renforcement des capacités du personnel local en matière de soins obstétricaux et néonataux d’urgence

RCA : renforcement des capacités du personnel local en matière de soins obstétricaux et néonataux d’urgence

Entre 350 000 et 500 000 femmes meurent chaque année dans le monde de complications liées à la grossesse ou à l’accouchement. La quasi totalité de ces décès surviennent dans les pays en développement.

Depuis 2007, A.M.I. intervient en République centrafricaine où la situation sanitaire est préoccupante. Ces vingt dernières années, les indicateurs de santé (mortalité infantile, espérance de vie, etc.) se sont détériorés. Le taux de mortalité maternelle a doublé entre 1995 et 2003, passant de 683 à 1 355 décès pour 100 000 naissances vivantes, un des taux les plus élevés au monde.

A.M.I. contribue à la diminution de la mortalité materno-infantile dans la sous-préfecture des Mbrés, zone particulièrement enclavée où vivent 23 360 personnes dont 5 628 femmes en âge de procréer. L’équipe d’A.M.I. met en œuvre un programme de renforcement des capacités du personnel de santé local en matière de soins obstétricaux et néonataux d’urgence dans le centre de santé de référence (CSR) de la sous-préfecture et dans six postes de santé périphériques.

En 2009, Aurélien Pekezou Tchoffo, médecin urgentiste spécialisé en santé reproductive, a passé trois mois sur ce programme en tant que référent médical. Il nous livre un témoignage saisissant de son expérience.

Quelles sont les principales causes de mortalité materno-infantile en RCA ?

La faiblesse des soins explique en grande partie le taux élevé de mortalité materno-infantile. Les accouchements sont effectués dans des conditions d’hygiène déplorables par des matrones dont la majorité ne sont pas formées.

Un autre facteur non négligeable est le problème d’accessibilité aux soins pour les populations. D’une part, l’éloignement des postes de santé, en particulier dans les zones rurales, oblige certaines femmes à accoucher à domicile, ce qui augmente les risques de complications. D’autre part, la pauvreté des ménages limite l’accessibilité financière des femmes enceintes aux soins pré et postnataux et aux soins de qualité dispensés pendant et après l’accouchement dans une maternité.

Les causes directes de morbidité et de mortalité maternelles sont les hémorragies, les infections et l’éclampsie qui se traduit par des crises convulsives suivies d’un état comateux menaçant la vie du fœtus et de la mère. Les avortements pratiqués dans de mauvaises conditions ou les grossesses précoces chez les filles âgées de moins de 15 ans sont également des facteurs de risque considérable en RCA. Si toutes les femmes pouvaient bénéficier de soins de santé maternelle appropriés et être suivies par des sages-femmes qualifiées, bien des décès et complications pourraient être évités.

Quel était votre rôle au sein du programme d’A.M.I. ?

À mon arrivée, j’étais chargé d’évaluer l’état des salles d’opération et de stérilisation dans le centre de santé de référence (CSR) de la sous-préfecture des Mbrés. J’ai été frappé par la vétusté des infrastructures et des équipements qui ne répondaient à aucune des normes sanitaires nationales en vigueur. Dans la salle d’opération, les lits d’accouchement étaient imprégnés de sang séché et de sécrétions, les surfaces (mur, plafond, sol) étaient dégradées et fissurées, ce qui favorisait le dépôt de poussières et le développement des germes microbiens dans la pièce. Elle ne disposait pas de zone de transfert, pourtant essentielle pour éviter l’introduction de bactéries et de parasites dans le bloc opératoire et réduire ainsi les risques de contamination des patients. Les boîtes de chirurgie contenaient du matériel en bon état, mais on ne pouvait pas distinguer le matériel stérile du matériel contaminé. La salle de stérilisation était encrassée, mal organisée au niveau du stockage et les murs étaient noircis par la fumée provenant d’un réchaud à kérosène utilisé pour la stérilisation.

À l’issue de cette première phase d’évaluation, un plan de réhabilitation a été mis en place. Il s’agissait d’améliorer les conditions d’aseptisation pour réduire les risques de maladies nosocomiales. Pour cela, les équipements de prévention de l’infection pour le patient et le personnel ont été renforcés, des zones de transfert ont été aménagées et le bloc opératoire a été équipé de matériel adapté et de mobiliers de stockage.

Le deuxième volet de ma mission était de réaliser une évaluation des pratiques et des compétences des personnels de santé afin de leur proposer une formation pertinente.

Quels sont les acteurs de santé avec lesquels vous avez travaillé et quels types de formations leur avez-vous dispensés ?

Le personnel du CSR a été formé aux soins obstétricaux et néonataux d’urgence. À l’issue de cette formation théorique, chaque soignant doit être capable d’identifier les risques pouvant survenir lors de la grossesse et d’apporter une réponse adaptée à un accouchement difficile.

Ensuite, les matrones du CSR et des postes de santé ont été formées à la maternité à moindre risque. Car si elles sont capables d’assister un accouchement simple, elles rencontrent encore d’énormes difficultés en matière de détection des grossesses à risque et de référencement vers une structure plus adaptée. Toutes les matrones, qui se chargent également d’une part importante des accouchements à domicile, ont été identifiées en vue d’être formées aux consultations prénatales, à l’accouchement, à la reconnaissance et au référencement des grossesses à risque. Elles ont aussi bénéficié d’une initiation à l’usage du partogramme, l’outil de surveillance de la femme en travail d’accouchement qui permet de détecter tout problème et d’intervenir à temps. Enfin, elles ont été sensibilisées aux techniques de prévention de l’infection, comme l’entretien courant du matériel et des locaux.

Remise des attestations pour les matrones


Un accent particulier a été mis sur les interventions chirurgicales d’urgence. La salle d’opération du CSR de la sous-préfecture est tenue par un infirmier diplômé d’État. Il est le seul employé qui possède des compétences médicales. Il n’existe ni obstétricien, ni chirurgien, ni anesthésiste. Lors de complications pendant l’accouchement, par exemple quand la tête de l’enfant est trop grosse pour le bassin de la femme ou que le fœtus est en position anormale, la patiente peut avoir besoin d’une césarienne pour assurer sa survie et celle de l’enfant. Cette pratique est rare dans le CSR puisque seulement 2,38 % des accouchements sont réalisés par césarienne, alors que l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) estime que 10 à 15 % des grossesses nécessitent ce type d’intervention. Par ignorance, les matrones conduisent par voie basse des accouchements qui en principe devraient être réalisés par césarienne, ce qui est la cause de nombreux décès et pathologies graves du nouveau-né.

Afin d’assurer l’application des enseignements reçus, une formation pratique a eu lieu sous forme de supervision quotidienne. Les équipes A.M.I. ont assuré la continuité de cette supervision et le compagnonnage des pratiques du personnel de santé formé.

En 2010, face aux nombreux besoins encore non couverts en matière de renforcement des capacités locales, ce programme est poursuivi et renforcé, notamment à travers la formation du personnel soignant aux activités de planning familial et la mise en place d’outils pour assurer le suivi des patients.
À cinq ans de l’échéance fixée pour la réalisation des huit objectifs du Millénaire pour le développement, l’heure est venue d’évaluer les progrès accomplis. C’est pour cela que le « Sommet contre la pauvreté », réunissant tous les chefs d’État et de gouvernement, se tiendra du 20 au 22 septembre 2010 à New York. La réduction de trois quarts du taux de mortalité maternelle prévue entre 1990 et 2015 accuse un retard considérable puisque actuellement, ce taux n’a baissé que de 5 % selon l’OMS.

A.M.I. soutient la campagne « Non-assistance à mère en danger » initiée par Oxfam France, Médecins du Monde, Action for Global Health et Avocats pour la Santé dans le Monde.

Posté le 12 juillet 2010