RDC : renforcer les capacités du système de santé
RDC : renforcer les capacités du système de santé
Damien Chevillard achève sa mission en République Démocratique du Congo, où il était référent médical depuis septembre 2008 sur la base de Kilembwe. En juin dernier, il avait témoigné sur les besoins sanitaires de sa zone d’intervention (la zone de santé du Kimbi-Lulenge), sur les enjeux et l’organisation de sa mission (voir : Dans le Kimbi-Lulenge, les ressources naturelles ont (aussi) un impact sur les besoins sanitaires). Damien revient aujourd’hui sur la manière dont il est possible de favoriser l’accès aux soins de santé primaires sans se substituer au personnel de santé local.
Lors de notre précédent entretien, vous expliquiez que votre rôle n’était pas de dispenser directement les soins, mais de venir en appui aux centres de santé locaux. Comment cette démarche se traduit-elle dans les faits ?
Sur la zone de santé du Kimbi-Lulenge, A.M.I. intervient pour renforcer les centres de santé de la zone ainsi que l’hôpital de référence. Pour cela, l’intervention s’effectue en collaboration avec le BCZ (Bureau Central de Zone, autorité sanitaire locale). Mon rôle est notamment d’organiser la supervision et le compagnonnage des centres, en collaboration avec le Bureau Central de la Zone de santé.
La supervision est mise en œuvre par des agents expérimentés, appelés Infirmiers superviseurs. Ceux-ci se rendent régulièrement dans les structures de santé pour travailler en compagnonnage avec le personnel soignant, notamment afin de renforcer les capacités des Infirmiers Titulaires, qui sont responsables des centres de santé. Le travail s’effectue sur des points précis, et afin de définir ensemble les problématiques qui feront l’objet des visites à venir, une réunion se tient tous les mois. À cette occasion, nous préparons des objectifs prioritaires selon les structures visitées, en fonction des indicateurs de santé établis pour la zone. Par exemple, il sera décidé d’intervenir ici pour améliorer le déroulement des consultations prénatales, et ailleurs d’intervenir spécifiquement sur un autre enjeu de santé primaire, comme la gestion des médicaments.
Le déroulement d’une séance de supervision peut par exemple prévoir dans un premier temps un briefing à tout le personnel de santé du centre, avant que des échanges individuels soient menés avec les agents les plus concernés par l’objectif de la visite. Il s’agit avant tout pour les superviseurs de privilégier la mise en pratique et de « faire avec », plutôt que de dispenser simplement des conseils.
Pour définir les objectifs des visites avec les superviseurs, quels sont les indicateurs disponibles ?
Le BCZ est chargé tous les mois de collecter pour sa zone des indicateurs qui alimentent le SNIS (système national d’information sanitaire) : taux de fréquentation des centres, nombre de médicaments distribués, données épidémiologiques, etc. Le recueil de ces données sanitaires fait également l’objet d’un appui par les équipes A.M.I. Nous vérifions les données par le biais des superviseurs, et nous les analysons. Ce travail participe de l’appui apporté au BCZ, en même temps que l’information collectée est indispensable à notre travail.
A.M.I. appuie parallèlement les structures de santé communautaires constituées pour chaque aire de santé d’un CODESA (comité de développement sanitaire), et de plusieurs structures bénévoles chapeautées par ce comité. Quel est votre rôle à ce niveau et quel est l’enjeu de l’appui apporté à ces structures ?
Mon rôle est d’assurer le développement de la santé communautaire. En effet, A.M.I. aide à l’organisation des élections qui ont lieu tous les trois ans dans les CODESA et en forme les membres. Les CODESA, composés d’une quinzaine de volontaires issus de la communauté, assurent une mission de promotion de la santé et de sensibilisation, et sont chargés de la gestion des centres de santé. L’objectif est qu’ils participent à la gestion administrative et financière des centres en collaboration avec le BCZ.
En effet, les membres des structures communautaires locales sont très actives pour certaines missions d’appui aux centres, en particulier pour aller chercher les donations en médicaments qu’A.M.I. assure tous les mois, afin d’éviter que le personnel de santé des centres soit mobilisé à cette tâche souvent longue. Plus profondément, les CODESA sont destinés à veiller aux intérêts communautaires pour la santé (par exemple, en matière d’assainissement du milieu, lorsqu’il s’agit d’effectuer la chloration d’un puits d’eau pour lutter contre le choléra). Ils sont amenés, en se développant, à devenir les partenaires essentiels de l’administration sanitaire congolaise, en permettant de créer un relais entre les populations et les structures de santé.
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