RDC : un effort d’adaptation permanent pour promouvoir l’accès aux soins
RDC : un effort d’adaptation permanent pour promouvoir l’accès aux soins
Dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, le contexte sécuritaire est toujours instable malgré la présence des 20 000 casques bleus et policiers de la MONUC (Mission des Nations unies en République démocratique du Congo). Les affrontements qui éclatent dans le cadre des opérations militaires menées par les forces régulières congolaises (FARDC) s’accompagnent de déplacements de populations. Dans les zones rurales du Sud-Kivu, les acteurs sanitaires se font rares et l’accès aux soins difficile, alors que les populations vivent dans une situation d’urgence chronique.De retour en France après une mission de dix-sept mois en République Démocratique du Congo (RDC), Romain Cliquet revient ici sur la nécessité d’adapter de façon permanente les activités sanitaires au contexte de la province du Sud-Kivu.
Infirmier de formation, Romain Cliquet, a participé à quelques programmes de solidarité en Afrique du Nord, avant d’effectuer une spécialisation en médecine tropicale à Anvers et un perfectionnement aux soins obstétriques. C’est en 2008 qu’il rejoint la mission d’Aide Médicale Internationale au Sud-Kivu, où l’association travaille depuis juillet 2001 au renforcement du système de santé de la province.
En tant que référent médical sur la base d’Uvira, une des trois bases opérationnelles d’A.M.I., Romain a été partie prenante durant 17 mois des activités de soins de santé primaires, de l’approvisionnement en médicaments des infrastructures de santé et de la formation continue du personnel de santé local, activités menées en lien avec les Bureaux centraux des zones de santé (BCZ) soutenus par A.M.I. Référent médical, il était aussi en charge de l’évaluation des besoins sanitaires en cas d’urgence (épidémie de choléra ou affrontements par exemple) et participait au plaidoyer auprès des bailleurs internationaux pour que puissent être rapidement déployés des dispositifs nouveaux, comme ce fut le cas à la mi-juillet 2009. « En pleine saison sèche, les opérations militaires "Kimia 2" lancées par les forces congolaises (FARDC) contre les rebelles rwandais (FDLR) réfugiés dans l’est du pays ont entraîné d’importants affrontements au cœur de la ville et de la zone de santé de Lemera, relate Romain. Les combats ont entraîné le déplacement de dizaines de milliers de personnes (entre 35 000 et 50 000) privées d’assistance médicale, dans des régions relativement accessibles. Les équipes d’A.M.I. se sont rapidement mobilisées pour identifier les besoins de santé en menant sur place une mission d’évaluation conjointe avec les autorités sanitaires et d’autres ONG, en interpellant les bailleurs internationaux sur l’urgence de la situation, tout en assurant un approvisionnement en médicaments des centres de santé éloignés. Le soutien en kits de médicaments apporté par les agences des Nations unies (OMS et UNICEF) et l’organisation d’aide aux réfugiés International Rescue Committee (IRC) a ainsi permis d’apporter un appui médical aux populations déplacées souhaitant retourner chez elles. » A.M.I. avait la responsabilité de superviser la prise en charge médicale gratuite des réfugiés dans les centres de santé identifiés, et de surveiller l’émergence d’épidémies éventuelles. Pour Romain, « la forte réactivité d’A.M.I. » a contribué de manière décisive à la mise en œuvre de ce programme, « qui a permis de venir rapidement en aide à des populations soumises aux aléas des affrontements armés ».
Plus généralement, un des enseignements majeurs qu’il tire de son expérience est la nécessité d’adapter régulièrement le travail à l’évolution du contexte local. Cela passe par exemple, comme il le rappelle, par « une réunion de supervision organisée tous les mois par le BCZ, dans lequel A.M.I. appuie l’analyse des activités médicales récemment menées et la lecture des indicateurs de santé et des données épidémiologiques obtenus sur la zone de santé. Les priorités d’action sont ensuite fixées en collaboration avec les infirmiers titulaires responsables des centres de santé ».
Romain souligne que « sans le travail des ONG comme A.M.I., les populations doivent assumer la totalité de la prise en charge (locaux, médicaments, transports, salaires du personnel soignant, etc.) en cas de maladie. Parallèlement, les équipes médicales locales sont amenées à s’adapter à l’insuffisance des dépenses de santé de l’État central, à la pauvreté endémique de la population ainsi qu’à d’autres contingences plus techniques ou logistiques, comme l’absence de centrale d’achat de médicaments. Pour pallier ces difficultés, le renforcement des compétences du personnel local et le fort engagement de la communauté constituent des éléments déterminants, l’un comme l’autre nécessitant un effort soutenu de coordination. » Dans un tel contexte, la notion de confiance est, comme le rappelle Romain, au cœur des activités : « la bonne implémentation des activités de formation du personnel et de supervision des centres de santé passe par une attention toute particulière accordée au dialogue avec les équipes sur le terrain, souvent éloignées de leur famille ou conduites à travailler dans des régions isolées et soumises à des conditions climatiques rigoureuses, comme sur les Hauts Plateaux ». Pour Romain, cette démarche, faite de respect et d’écoute mutuels, « s’intègre à la nécessité d’une vision à long terme, pour préparer suffisamment en amont le désengagement des équipes médicales des ONG, et ne pas cultiver l’assistanat ».
Posté le 10 mai 2010
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