RDC : appui et mise en œuvre des programmes de santé à Kilembwe
RDC : appui et mise en œuvre des programmes de santé à Kilembwe
Caroline de Cramer a fait sa première connaissance du milieu humanitaire à l’age de dix-sept ans au Mali. Pendant ce voyage, elle rend visite à certains dispensaires locaux où elle fait la connaissance des religieuses responsables des centres. Fascinée par leur travail, elle entame des études d’infirmière en Belgique en se spécialisant en psychiatrie et en médecine tropicale. Au cours de cette dernière formation elle fait la connaissance d’A.M.I. et s’engage à partir pour une mission d’un an et demi dans la base opérationnelle de Kilembwe en République démocratique du Congo. A.M.I. est présente dans la province du Sud-Kivu depuis juillet 2001. Son objectif principal est de restructurer et réorganiser un système de santé profondément affaibli par un conflit qui a tué 4 millions de personnes à la fin des années 90. Les équipes d’A.M.I. travaillent aussi bien auprès des populations qu’avec les professionnels de santé du Sud-Kivu pour que tous puissent participer directement à la définition et à la réalisation des dispositifs d’accès aux soins. Pour contribuer à l’autonomisation des structures et du personnel de santé, les équipes expatriées pratiquent peu la médecine de substitution mais s’attachent avant tout à la formation du personnel de santé local. Inscrite dans le long terme, cette démarche a pour objectif l’ancrage des actions dans la réalité sociale et sanitaire du Sud-Kivu à travers l’implication des bénéficiaires.
De passage à Paris pour un break après un an sur le terrain, Caroline rend visite aujourd’hui au siège d’A.M.I. pour différents débriefings. Elle nous parle ici de son travail.
En tant que référent médical, quel est votre rôle principal au sein du centre A.M.I. à la base de Kilembwe ?
« En étroite collaboration avec la responsable de projet et sous sa responsabilité directe, je m’occupe principalement de la mise en œuvre de la stratégie globale des actions dans la zone de santé de Kilembwe. En particulier, je rends visite régulièrement aux centres de santé et à l’hôpital de la zone. Cela me permet de superviser le planning des équipes, de gérer la pharmacie et de suivre de près les activités médicales. Auprès de chaque structure de santé, je rassemble les données liées aux activités et je les analyse selon une grille d’indicateurs. Suite à ça, je peux effectuer une évaluation précise de la situation pour pouvoir atteindre les résultats prévus. De cette manière, je peux mieux identifier les problèmes et apporter des solutions concrètes en collaboration avec le coordinateur médical et la responsable de programme de A.M.I. Ensuite, je suis chargée de l’encadrement et de la supervision du personnel médical, du suivi de leurs activités et du débriefing des visites sur le terrain. Il s’agit d’un rôle extrêmement délicat pour lequel il faut savoir respecter la hiérarchie et les différences culturelles de chacun.
En général, je m’occupe de la supervision du « paquet minimum d’activités », c’est-à-dire les soins curatifs et préventifs sur les dix-sept centres de santé appuyés, mais également des activités des hôpitaux qui se focalisent sur l’accès aux soins de santé secondaires : la prise en charge des victimes de violences sexuelles, la lutte contre le VIH/SIDA et le choléra, l’appui d’urgence aux grossesses à risque, etc. Après tout ce travail de supervision et d’analyse, le staff de Kilembwe et moi rédigeons des comptes-rendus afin que l’équipe de coordination A.M.I. basée à Bukavu puisse compléter la planification et la mise en œuvre de la stratégie générale. »
Aujourd’hui, l’un des objectifs principaux d’A.M.I. est de mettre en oeuvre ses projets et les transmettre aux acteurs locaux afin d’assurer une continuité aux programmes. Comment cette volonté ce traduit-elle au Sud-Kivu ?
« Effectivement, cet aspect fait partie d’une stratégie de formation et de compagnonnage qui constitue un volet essentiel du programme d’A.M.I. en RDC. Un objectif très important pour l’association est l’implantation progressive, dans le long terme, de ses actions dans le contexte d’intervention. Cela passe par le renforcement des capacités et compétences des acteurs locaux, du personnel médical et soignant et des autorités sanitaires. Récemment, un nouveau système d’évaluation des compétences a été conçu. Celui-ci, plus efficace, comporte notamment l’attribution de primes selon les résultats obtenus par chacun. De cette manière, le personnel est généralement plus motivé et encouragé à développer ses compétences pour enrichir la qualité de son travail. De plus, chaque centre de santé est assujetti au paiement de 20% des frais liés à l’achat de médicaments, une formule qui vise progressivement à les rendre financièrement autonomes. Ce système permet d’investir davantage sur l’évaluation à posteriori plutôt que sur la supervision directe du staff ».
Selon vous, quelles sont les activités à poursuivre pour que le programme, dans le long terme, ait un impact majeur sur le contexte ?
« Pour que les programmes aient un impact majeure sur la situation du Sud-Kivu, je pense que trois actions principales pourraient être développées. Premièrement, la formation du personnel local. La stratégie de formation que je considère la plus efficace est un binôme entre connaissances théoriques et capacités techniques. En effet, grâce à la supervision et à l’encadrement du staff local, j’ai pu observer une évolution très positive en matière d’hygiène et d’organisation. Un progrès qui est surtout évident au sein des hôpitaux et, dans une moindre mesure, dans les centres de santé. Ici, le travail à faire demande davantage de temps à cause de l’isolement de ces zones. En deuxième lieu, je considère essentielle la collaboration entre A.M.I. et les CODESA, les Comités de développement des aires de santé chargés, entre autre, de l’éducation à la santé. Les Comités représentent un lien important entre populations et structures de santé, et ils peuvent donc soutenir les actions d’A.M.I. en matière de formation. Dernièrement, j’aimerais souligner l’importance de partager et de faire circuler les informations entre tous les acteurs présents sur le terrain et la nécessité de discuter avec tous ceux qui, au sein des communautés locales, ont un rôle clé (représentants de stations et de réseaux de radios, leaders religieux, chefs de village, etc.) ».
Aujourd’hui Caroline profite de ses deux semaines de repos avant de retourner à Kilembwe pour six mois. Pour elle, les prochains six mois sur le terrain représenteront une opportunité précieuse pour consolider son travail et atteindre ses objectifs.
**********
Français
English