RDC : Dans le Kimbi-Lulenge, les ressources naturelles ont (aussi) un impact sur les besoins sanitaires.

RDC : Dans le Kimbi-Lulenge, les ressources naturelles ont (aussi) un impact sur les besoins sanitaires.

Damien Chevillard travaille en République Démocratique du Congo depuis septembre 2008 sur la base de Kilembwe. Infirmier de formation, il est parti en mission avec Aide Médicale Internationale en tant que référent médical. De passage à Paris, il nous explique les différences de contexte d’intervention au sein d’une même zone de santé. Dans le Kimbi-Lulenge, trois programmes principaux sont en cours : le programme d’accès aux soins de santé primaires, le programme de prévention contre le VIH et le programme de prévention de la santé materno-infantile.

Pouvez vous expliquer votre travail au sein de la base de Kilembwe ?

Dans le Sud-Kivu, A.M.I. compte trois bases opérationnelles qui gèrent sept zones de santé et des dizaines de centres de santé. La zone de santé du Kimbi-Lulenge est une zone de santé entièrement rurale située à l’Ouest de Baraka au cœur de la forêt. En tant que référent médical, je suis responsable des soins de santé primaires (il s’agit d’un paquet minimum d’activités, c’est-à-dire les soins curatifs et préventifs sur les 16 centres de santé appuyés), de la gestion de la pharmacie (gestion des médicaments et du matériel médical pour toutes les structures, c’est-à-dire les 16 centres de santé et l’hôpital général de référence), et de la santé communautaire (la sensibilisation et la promotion à la santé, la gestion administrative et le financement des centres de santé, par l’intermédiaire des structures communautaires locales). En fait, mon travail n’est pas de dispenser les soins directement, mais d’encadrer des superviseurs qui appuient et renforcent les superviseurs fonctionnaires de la zone dans le contrôle des structures de soins. Les superviseurs sont en quelque sorte des inspecteurs de la santé. Je décide de priorités, soutiens les demandes de financement, et suis en charge de l’évaluation des formations et de la supervision des projets d’un point de vue médical. Je suis en relation directe avec le médecin de base local, qui assure le suivi des autres activités médicales. La réussite des activités tient avant tout au travail d’équipe qui est mené au sein d’A.M.I. entre les expatriés et les personnels locaux. Nous essayons de créer des relais pour communiquer nos savoirs aux acteurs locaux. Nous tentons de toujours maintenir un lien et une collaboration avec nos partenaires étatiques et la population.

Comment se répartissent les besoins sanitaires des populations de la zone de santé ?

La situation de la RDC est paradoxale car c’est un pays très riche au niveau des ressources du sol et du sous-sol, mais il souffre quand même de malnutrition. L’agriculture est très peu développée, alors que la RDC jouit de 80 millions d’hectares de terres arables, dont à peine 10 % sont mises en valeur. (La RDC occupe la deuxième place mondiale après le Brésil en terme de terres cultivables). La population pâtit notablement d’une insuffisance de moyens (les structures, le personnel qualifié, les transports et axes routiers font souvent défaut). Les populations manquent aussi d’éducation à la santé et en conséquence, elles ne sont pas conscientes de leurs besoins.
D’une manière générale dans le Kimbi-Lulenge, le paludisme est le problème le plus préoccupant : il concerne 60 % de tous les diagnostics qui sont faits sur l’ensemble de la zone. Il faut noter que cette zone est caractérisée par trois particularités : elle s’étend sur un territoire extrêmement vaste, elle est très isolée (du fait de sa situation géographique et de l’état désastreux des axes routiers), et sa population représente une très grande diversité. Pour mieux comprendre on peut diviser schématiquement cette zone de santé en deux parties selon les problèmes sanitaires auxquels sont confrontées les populations.
La partie du Kimbi (appuyée par la sous-base A.M.I. à Lulimba) est une zone de prospection aurifère habitée par un grand nombre de gens jeunes, riches, mais aussi de passage. Il y a donc une plus grande propension des jeunes personnes à être infectées par le virus du VIH à cause de la prostitution et des comportements à risque des chercheurs d’or. Ces personnes souvent très mobiles sont susceptibles de véhiculer le virus partout dans la région. Il y a plus de problèmes de santé dans les villes de ce secteur et les freins à l’éducation à la santé sont nombreux bien que la population ait davantage de moyens financiers. Cette partie de la zone de santé est la plus concernée par le programme VIH. Il y a un programme PTME (programme de prévention de la transmission du VIH de la mère à l’enfant) et CDV (centre de dépistage volontaire) qui voit le jour.

JPEG - 29 ko
Acheminement de médicaments vers le centre de santé

La partie du Lulenge (appuyée par la base de Kilembwe) regroupe une population encore plus isolée, plus pauvre, mais un peu plus sensibilisée et mieux prise en charge au niveau de la santé car A.M.I. a débuté dans ce secteur il y a six ans. La proximité de l’hôpital général de référence améliore aussi le potentiel curatif. La priorité de nos interventions porte sur la santé materno-infantile.
Dans l’ensemble de la zone de santé, il est très difficile de sensibiliser les gens car l’accès à l’éducation est restreint et les us et coutumes culturelles et tribales sont fortement ancrées et vont souvent à l’encontre de la médecine scientifique moderne. De fait, toutes les activités qui n’ont pas de rendement direct pour la population et les acteurs de la santé locaux, c’est-à-dire dont les gens ne tirent pas un bénéfice mesurable immédiatement comme un soin ou des médicaments ou de l’argent (une prime pour les agents de santé), sont acceptées avec plus de réticence. Etant donné la grande pauvreté des familles, les gens pensent à l’amélioration de leurs conditions de vie actuelles et non à leur avenir sur le moyen et long terme. Il faut donc savoir convaincre les gens pour qu’ils s’impliquent. Heureusement, nous avons de bons rapports avec la population qui est reconnaissante du travail que les équipes d’A.M.I. assurent, ce qui nous aide dans nos efforts de mobilisation.

Comment vous organisez vous pour vous adapter aux spécificités de la zone ?

A.M.I. travaille en étroite collaboration avec le bureau central de la zone de santé (BCZ) qui est notre principal partenaire institutionnel, après avoir contribué à sa mise en place depuis 2003. Nous opérons une collaboration étroite. Une fois par mois a lieu la réunion dite « de soins de santé primaires », à cette occasion se rencontrent les équipes médicales du BCZ (notamment les infirmiers superviseurs) et les équipes d’A.M.I. La réunion porte sur les soins de santé primaires mais englobe aussi toutes les préoccupations sanitaires de la zone. Nous analysons ensemble les problématiques et définissons les priorités pour la mise en place des activités. Depuis peu, nous avons décidé de faire deux réunions « soins de santé primaires », c’est-à-dire une pour les infirmiers qui travaillent dans le Kimbi (dont la sous-base opérationnelle est Lulimba), et une pour ceux qui sont du côté du Lulenge (dont la base opérationnelle est Kilembwe) pour que les infirmiers les plus éloignés qui mettent plusieurs jours à se rendre aux réunions, souvent à pied ou à vélo, ne soient plus obligés d’être absents trop longtemps de leurs centres de santé. Nous préférons organiser plusieurs réunions pour lesquelles nous nous déplaçons plutôt que de demander aux personnels locaux de parcourir de grandes distances. Il faut savoir que pour se rendre de Kilembwe à la sous-base de Lulimba, qui se situe à 120 km, en empruntant la route en 4X4, nous devons parfois compter jusqu’à 12 heures de voyage ! Les routes de la zone n’ont jamais été entretenues et sont maintenant impraticables. Nous devons donc nous inscrire dans une démarche permanente d’adaptation de nos actions aux réalités des contextes locaux.
Posté le 12 juin 2009