RDC : des besoins sanitaires très élevés dans les zones reculées au Sud-Kivu

RDC : des besoins sanitaires très élevés dans les zones reculées au Sud-Kivu

Vincent Veillaud vient d’achever sa mission de responsable de projet à Kilembwe, en République Démocratique du Congo. Après une formation en écologie, et des expériences dans des programmes de solidarité au Niger et au Tchad, c’est avec Aide Médicale Internationale qu’il rejoint le Sud Kivu au mois de novembre 2007. Après un peu plus de 12 mois passés sur le terrain, c’est l’occasion pour lui de nous faire partager son expérience.
Pouvez-vous nous rappeler quel a été votre environnement de travail ?
La base de Kilembwe, implantée dans la zone de santé de Kimbi-Lulenge, est située dans un environnement forestier à 700 mètres d’altitude, à proximité des Moyens et des Hauts-Plateaux. Cette zone de santé compte près de 158 000 habitants et s’étend sur 4 939 km².
L’équipe expatriée se compose de deux personnes : un responsable de projet et un référent médical, qui travaillent avec une équipe de 37 collaborateurs nationaux (personnels médicaux : un médecin et des infirmiers, une équipe chargée des activités de réhabilitation et du personnel support pour la logistique et l’administration notamment). En qualité de responsable de projet, j’étais en relation directe avec le référent médical (responsable des activités de soins de santé primaires), le médecin chargé des activités spécifiques (activités laboratoires, prise en charge des victimes d’agressions sexuelles, soins de santé de référence et activités médicales de lutte contre le VIH/Sida), avec le chargé de projet VIH/Sida (responsable de la sensibilisation, de la prise en charge psycho-sociale et de la structuration des ONG locales dans le cadre du programme VIH/Sida), le superviseur logistique/sécurité, avec un agent administratif et avec un logisticien-réhabilitation. J’organisais des réunions régulières avec chacun d’eux, qui travaillent tous avec des équipes dédiées.

En quoi consistait votre mission ?
Responsable de projet à Kilembwe, au Sud-Kivu, j’étais, en tant que tel, responsable des activités d’A.M.I. sur la zone d’intervention couverte par cette base. Ainsi, en lien avec l’ensemble des équipes, j’étais garant de la mise en œuvre et du suivi des programmes médicaux, de la logistique (approvisionnements, gestion des parcs - informatique et automobile, et sécurité) et de l’administration (gestion, comptabilité, ressources humaines) de la base. J’assurais par ailleurs la représentation d’A.M.I. auprès des autorités locales (autorités administratives et autorités sanitaires du bureau central de zone). Pour sa part, le référent médical est plus spécifiquement en charge des activités soins de santé primaire, de la pharmacie et de la santé communautaire.
L’intérêt d’un poste comme celui que j’ai occupé pendant un peu plus d’une année est que l’on gère un projet dans son ensemble, dans toutes ses composantes…

Comment s’organisent les relations avec les autorités sanitaires locales ?
Le bureau central de zone (BCZ) est un interlocuteur incontournable pour A.M.I. En effet, toutes nos activités et les modalités de leur mise en oeuvre sont définies conjointement avec le BCZ et font l’objet d’un protocole d’accord avec lui. Il faut avoir à l’esprit que l’ensemble des centres de santé appuyés par A.M.I. sont sous la responsabilité du bureau central, qui à terme (lorsque le programme d’A.M.I. sera achevé), poursuivra seul les actions de formation et de compagnonnage que nous avons initiées. Si ce moment-là n’adviendra pas dans un avenir immédiat, nos activités prennent en compte cet objectif et nos équipes travaillent notamment à former les membres du BCZ au management et à la formation.
Au-delà de cela, une véritable collaboration est à l’œuvre : nous organisons ainsi, conjointement avec le BCZ, une réunion mensuelle sur les soins de santé primaire avec les représentants des centres de santé. Nous déterminons au préalable avec le bureau les messages à diffuser, travaillons ensemble sur les indicateurs pour analyser la réalité de la zone de santé, et examinons de concert les problèmes de certains centres de santé pour y remédier au mieux. De manière plus informelle, nous leur apportons un soutien quotidien pour les questions qui ont trait aux problèmes sanitaires de la zone de santé et la mise en place d’actions concrètes (comme pour la gestion d’épidémies de choléra par exemple).

Quelles ont été les réalisations les plus notables auxquelles vous avez participé ?
La base de Kilembwe était déjà opérationnelle avant mon arrivée, et un important travail avait été réalisé. Ainsi, un hôpital général de référence et 15 centres de santé étaient appuyés. Nous avons poursuivi le travail avec ces centres et l’avons prolongé avec l’ouverture d’un 16e centre de santé à Lubitchako. Dans le cadre d’un projet financé par le Pooled Fund, nous avons construit de nouveaux bâtiments pour le centre de santé (CS) de Kilembwe, comprenant notamment une maternité. À Makola, nous avons assuré la réhabilitation du bâtiment abritant le centre et avons construit une maternité.
Une des réalisations les plus marquantes a été l’ouverture du programme VIH/Sida à Kilembwe, avec la mise en place d’une activité PTME (prévention de la transmission de la mère à l’enfant).


Session d’information sur l’allaitement maternel

La prochaine étape de ce programme sera l’ouverture d’une PTME et d’un CDV au CS de Missisi. La localité de Missisi est une importante zone aurifère, ce qui rend les activités de prévention et de dépistage très importantes, car la concentration de chercheurs d’or dans la zone s’accompagne de la présence de travailleuses du sexe et d’une tendance à la banalisation des conduites sexuelles à risques.

Quelles sont les perspectives du projet et les enjeux auxquels il doit répondre ?
De nouveaux projets ont été initiés depuis peu de temps et débuteront très prochainement. C’est notamment le cas du projet « d’appui d’urgence à la maternité à moindre risque » qui a fait l’objet de travaux préparatoires peu de temps avant la fin de ma mission. Comme son nom l’indique, ce projet a pour objectif de réduire les risques sanitaires pesant sur les femmes enceintes. A.M.I. va ainsi construire une maternité d’attente à l’HGR (hôpital général de référence) de Nakiliza pour que les femmes dont on a diagnostiqué une grossesse à risques puissent s’y rendre quelque temps avant la date prévue de l’accouchement. En parallèle, il s’agira de renforcer la formation sur la détection de ces grossesses et sur le référencement et d’expliquer aux femmes enceintes, dans le cadre des activités de « santé communautaire », l’intérêt des consultations prénatales et du référencement dans une structure secondaire si nécessaire.
Au-delà de cette seule thématique, ce que l’on appelle « santé communautaire », c’est-à-dire la participation des populations à la gestion des centres de santé, et plus largement, l’implication des communautés dans les programmes sanitaires est un enjeu très important. Ceci nécessite un long préalable d’explication, de sensibilisation et d’information pour que les communautés perçoivent précisément les contours des dispositifs prévus et l’intérêt qu’elles ont à participer à la mise en place de structures de soins adaptées et efficaces.
La zone de santé du Kimbi-Lulenge, dans laquelle intervient A.M.I., est une zone très isolée, et il est difficile d’y faire venir des professionnels de santé issus d’autres zones de la province. Ainsi, un des défis qu’il nous faut relever est de lutter contre le manque de personnel sanitaire, car c’est précisément dans des zones comme celle-ci, reculées, peu accessibles, que les besoins sanitaires des populations sont les plus forts.
Posté le 30 janvier 2009