RDC : enjeux et défis de la logistique dans une mission sanitaire au Sud-Kivu

RDC : enjeux et défis de la logistique dans une mission sanitaire au Sud-Kivu


En République démocratique du Congo, A.M.I. travaille depuis neuf ans dans la province du Sud-Kivu. Ses équipes mettent en place un programme avec pour objectif la reconstruction d’un système de santé très affaibli. Aux objectifs à court terme, comme fournir un meilleur accès aux soins de santé primaires pour toute la population, s’ajoute un travail de renforcement des compétences des acteurs locaux. Une démarche conçue pour donner une majeure durabilité au projet. Au fil du temps, A.M.I. a installé trois bases opérationnelles supervisées depuis la base principale de Bukavu, capitale de la province. Aujourd’hui son intervention est répartie sur sept différentes zones de santé.

C’est de Bukavu que Paul Arnaudin a coordonné les opérations pendant un an en tant que coordinateur logistique et sécurité de la mission. Après une carrière militaire de trente-trois ans, Paul choisit de s’engager en 2008 dans le domaine humanitaire en participant, au sein d’une association, à un programme de parrainage d’enfants dans deux camps de réfugiés tibétains en Inde. C’est en octobre 2009 que Paul est recruté par A.M.I. pour une mission d’un an au Sud-Kivu. « Cette mission a représenté pour moi un nouveau défi, dans une zone de l’Afrique que je ne connaissais pas. Cela m’a amené à faire la connaissance rapide d’un milieu où les opérations logistiques sont très difficiles, où l’aspect sécuritaire est très « volatile » et constitue le problème principal à prendre en considération pour chaque déplacement ». Son rôle se révèle très vite complexe et lui impose imagination et adaptation permanente pour réussir chaque mission. Responsable de la gestion de la sécurité des équipes – 125 collaborateurs locaux et 10 expatriés – et de la supervision logistique sur l’ensemble de la mission, Paul doit assurer une organisation efficace pour garantir l’approvisionnement des biens et des ressources (particulièrement les médicaments) sur toutes les bases opérationnelles d’A.M.I.


En matière de sécurité des personnes et des matériels de l’association, le travail du coordinateur logistique est crucial dans le processus décisionnel. Il comporte un plan d’actions définies pour préserver l’intégrité et la pérennité de la mission vingt-quatre heures sur vingt-quatre et sept jours sur sept. Paul était donc chargé de s’assurer que toute l’équipe réalise son travail en sécurité et dans le respect des règles de sécurité de la mission. Parfois le coordinateur logistique est obligé de prendre des décisions qui ont un impact important sur le chronogramme de la mission et sur le travail de toute l’équipe. « Par exemple, il m’est arrivé de devoir décaler une livraison d’une semaine », explique Paul. Chaque décision est prise en concertation avec les responsables des projets (RdP) sur le terrain qui ont une connaissance plus précise de leurs zones.

Il est donc fondamental de développer un esprit d’écoute, de concertation et d’analyse qui permet de comprendre le contexte d’intervention dans les moindres détails. Cette compétence est utile pour collecter et trier les informations nécessaires pour concevoir une stratégie de prévention et de résolution des problématiques. « La diffusion de la bonne information devient stratégique dans une mission humanitaire, mais dans un pays comme la RDC la tâche est très complexe. Il faut savoir filtrer les rumeurs. Ce ‘tri sélectif’ est plus efficace quand on partage les informations avec tous les acteurs présents sur le terrain (personnels de santé, ONG locales et internationales, etc.) ». Par ailleurs, les acteurs locaux représentent une importante source d’information grâce à leur connaissance intime du contexte et de ses enjeux. Avant de prendre toute décision, Paul examine tous les facteurs clés qui pourraient entraver le succès d’une action. « Avant de donner un feu vert pour un déplacement je considère toujours l’état des routes et des moyens de transport, les compétences des transporteurs, les coûts des opérations, jusqu’aux conditions météorologiques. Il s’agit d’une chaîne d’éléments fortement interdépendants dans laquelle une seule erreur peut engendrer la rupture totale d’un équilibre fragile. Malgré toutes ces considérations, je n’oublie jamais l’importance d’assurer l’approvisionnement de médicaments », souligne-t-il.


Un autre aspect important pour le bon déroulement d’une mission c’est la relation qu’on établi avec les acteurs locaux. La négociation est souvent essentielle. Elle permet de communiquer les objectifs de l’ONG pour les partager avec la population et les autorités sanitaires. « En présence de chaque interlocuteur il est nécessaire de justifier constamment, sur la base de nos réalisations, la présence d’A.M.I. dans la région », précise-t-il.
Malgré les difficultés à travailler dans un pays comme la RDC, Paul est satisfait de la motivation et de l’engagement des équipes locales. Au cours d’une année il a pu observer des progrès réels surtout dans les structures de santé. Pourtant, aujourd’hui il faut poursuivre l’effort dans certaines zones plus isolées pour atteindre les objectifs spécifiques d’A.M.I. sur l’ensemble de la province du Sud-Kivu. Pour Paul, il serait également intéressant « de développer des partenariats avec des ONG intervenant dans des domaines complémentaires aux soins de santé primaires comme l’assainissement, le traitement de l’eau, etc. ». Au terme de cette première expérience humanitaire, Paul a le sentiment « d’avoir vécu une mission certes difficile mais très motivante car vitale à une population isolée et très démunie. Une belle expérience humaine, où il dit se sentir simplement utile et vivant ».

Après quelques semaines de repos qui suivront son retour de mission, Paul poursuivra son parcours dans le secteur humanitaire en intégrant un programme d’eau et assainissement pour deux mois dans un petit village dans l’état de Chattisgarh, en Inde centrale au camp de réfugiés Mainpat.

**********
Posté le 20 octobre 2010