RDC : les communautés au soutien des centres de santé

RDC : les communautés au soutien des centres de santé

Après une formation d’infirmière en France et une licence en sciences de l’éducation, Caroline Antoine a accumulé différentes expériences dans le milieu associatif parallèlement à sa pratique d’infirmière en milieu hospitalier. Caroline a effectué un stage dans un dispensaire au Sénégal avant de partir en mission pour Aide Médicale Internationale en tant que référente médicale.

Dans quel contexte se déroule la mission d’A.M.I. à Baraka ?
Baraka est une des trois bases opérationnelles avec Uvira et Kilembwe. Bukavu est la base de coordination mais nous n’y soutenons pas de centres de santé. La totalité des centres de santé d’A.M.I. sont situés sur ces trois bases et à Baraka, Aide Médicale Internationale prend en charge l’appui de 24 centres.
Comme dans toutes les missions d’A.M.I., nous apportons notre appui et notre expertise pour aider les centres de santé à procurer des soins de santé primaires de qualité à l’ensemble de la population couverte. Nous fournissons aussi les centres de santé en médicaments, car chaque centre de santé a sa propre pharmacie.
Sur la base de Baraka, il y a également un programme de prévention de la transmission du VIH avec des possibilités de dépistage et le suivi des femmes enceintes séropositives est mis en place. A.M.I. appuie également les centres de transfusion sanguine dont un médecin assure un suivi spécifique.

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Dans un centre PTME à Baraka

Quel est votre rôle dans l’organisation des ces activités ?
AMI a pour objectif que la population ait accès à des soins de santé primaires de qualité, pour ce faire je travaille à deux niveaux : le centre de santé et la communauté.
En effet, je gère une équipe d’infirmiers superviseurs qui se rendent mensuellement dans les centres de santé de la zone pour s’assurer, par exemple, que les médicaments sont utilisés à bon escient, conseiller les agents de santé dans leur pratique et leurs gestes, et assurer une formation continue par l’intermédiaire du compagnonnage.

L’autre aspect important est le travail en collaboration avec les CODESA (Comités de développement sanitaire). Ce sont des personnes élues par la population. Ce comité est un partenaire du centre de santé, il a un rôle d’interface entre les services de santé et la communauté, c’est-à-dire qu’il amène la population vers les services de santé et les services de santé vers la population.
Dans le cadre de cette activité, je gère une équipe de superviseurs de santé communautaires. Ils accompagnent le CODESA dans leurs activités de sensibilisation et vérifie que la gestion financière du centre de santé est saine selon les normes régies par le pays.
D’autre part, j’organise le travail de l’équipe pharmacie qui est chargée de l’approvisionnement en médicaments des centres de santé.
De plus, sur Baraka AMI est point focal pour le choléra : nous recevons des intrants de l’UNICEF et de l’OMS et les répartissons en cas d’épidémie.

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Livraison de médicaments à la base de Baraka

Je suis également en charge de l’analyse sanitaire de nos deux zones d’intervention. Le but est de suivre les indicateurs et d’en tirer des conclusions quant aux orientations de notre action sur le terrain.
Par exemple, lorsqu’on observe un très faible taux d’accouchement assisté, nous allons, en collaboration avec le CODESA, orienter les thèmes de sensibilisation en rapport avec ce sujet.
Au préalable, un travail d’investigation est nécessaire pour comprendre pour quelles raisons les femmes ne viennent pas accoucher au centre de santé et ensuite nous réfléchissons avec les services de santé et le CODESA aux réponses appropriées que nous pouvons mettre en place.

En ce moment, il y a beaucoup de déplacements de populations dans Sud-Kivu, où A.M.I. a ses activités. Avez-vous prévu des procédures spéciales pour accueillir ces personnes ?
Il est vrai qu’en ce moment il y a beaucoup de déplacements de populations dans les deux provinces du Kivu (le nord et le sud). Nous avons déjà pris en charge les soins des personnes rapatriées de Tanzanie. Ce sont des personnes de nationalité congolaise qui ont fui en Tanzanie. Un programme du Haut Commissariat aux réfugiés les aide à rentrer en RDC. Dans ces cas là, ils peuvent se présenter aux centres de santé soutenus par A.M.I. et se faire soigner gratuitement. Le CODESA nous transmet au préalable la liste des rapatriés identifiés sur l’aire de santé et nous remboursons aux centres les frais engagés.
Nous menons aussi des opérations de sensibilisation auprès de ces personnes pour qu’elles soient au courant de cette possibilité de se faire soigner gratuitement. Ensuite, nous travaillons à transmettre les mesures d’hygiène habituelles : se laver les mains, utiliser les latrines, mettre en place des règles spéciales de prise en charge des malades en cas d’épidémie de choléra, etc.
Si le flux de déplacés augmente dans la zone de santé suite aux violences entre les forces armées et les rebelles, nous avons établi un plan de contingence en concertation avec d’autres ONG pour prévoir et répondre le plus rapidement possible aux situations d’urgence. Le plan prévoit en outre, quels acteurs de la zone de santé interviendront dans quelle partie du territoire, le nombre de personnes que nous sommes en mesure de prendre en charge, ainsi que l’organisation des soins.

Les activités d’A.M.I. dans la zone de santé, et en particulier à Baraka, sont un soutien précieux pour apporter une solution à des problématiques rencontrées dans la région : la difficulté de s’approvisionner en médicaments, l’insuffisance de personnels de santé qualifiés, la transmission des consignes d’hygiène et certainement la prise en charge médicales de l’afflux de personnes déplacées dans la région. Les équipes d’A.M.I. interviennent dans un contexte d’isolement où l’ONG est souvent la seule à approvisionner en médicaments des centres de santé parfois situés à plus de six heures de marche en montagne.
Posté le 22 octobre 2009