RDC : la coordination d’un projet d’accès aux soins de santé à Kilembwe

RDC : la coordination d’un projet d’accès aux soins de santé à Kilembwe

Après une formation dans le secteur de la communication et de la photographie, Martine Bergé choisit de s’engager dans le domaine humanitaire et, plus en particulier, en République démocratique du Congo (RDC). À partir d’octobre 2009, elle est partie en mission avec les équipes d’A.M.I en tant que responsable de projet à Kilembwe, une des trois bases opérationnelles principales de la province du Sud-Kivu.

Pourquoi avez-vous choisi de travailler en RDC avec les équipes d’A.M.I. ?
« Je désirais travailler dans un endroit qui se trouve au centre de l’Afrique et c’est pour ça que j’ai choisi la RDC. En 2004, je suis partie pour une mission de cinq ans avec le Secours Catholique sur des projets de développement et de protection des enfants. Cette expérience m’avait donné envie de travailler dans des situations de post-urgence pour essayer de comprendre les problèmes de développement de ce pays qui semblaient être liés aux interventions durant les urgences. Quand j’ai découvert A.M.I., j’ai trouvé très pertinent son travail de remise en place des systèmes de santé et sa stratégie d’étroite collaboration avec les acteurs locaux et la participation active de la communauté. Pour cette raison j’ai choisi de partir pour une mission d’un an et demi dans la base opérationnelle de Kilembwe, au Sud-Kivu. Ici A.M.I. intervient depuis 2003 pour renforcer les capacités des dix-sept centres de santé de la zone ainsi que de l’hôpital de référence. »

Au sein de cette mission, quelles sont vos principales fonctions ?
« Je suis chargée de la coordination de toute la zone de santé du Kimbi Lulengue. Je travaille à Kilembwe, la plus grande base d’A.M.I. dans toute la province du Sud-Kivu. En tant que responsable de projet, ma fonction principale est d’assurer le bon déroulement des actions en coordonnant les activités des dix-sept centres de santé et de l’hôpital général de référence. Je m’occupe, en particulier, de suivre et analyser les indicateurs, comme le taux de fréquentation des centres, le nombre de médicaments distribués, les données épidémiologiques, etc. Ce travail est essentiel afin de garantir le bon fonctionnement des activités et pour pouvoir atteindre les objectifs prévus par la stratégie globale. Par ailleurs, je travaille en équipe avec le coordinateur administratif au suivi budgétaire. Je transmets des commandes au coordinateur logistique qui assure l’envoi du matériel et des médicaments nécessaires à la base. Une partie de son rôle est d’assurer la sécurité pendant les déplacements qui, au Sud-Kivu, sont particulièrement compliqués. Surtout à Kilembwe, car la base est située dans une zone très reculée et d’accès difficile. Parfois, les véhicules que nous utilisons pour le transport sont attaqués par des groupes armés qui peuvent nous empêcher de poursuivre le chemin et mettent en danger la vie des équipes. Quelques temps après, j’ai compris que, au sein de la communauté, il manquait un système efficace pour l’échange des informations. Un instrument efficace pour discuter des problèmes et trouver des solutions ensemble. »


Et comment avez-vous répondu devant ce défi ?
« Mon équipe et moi avons créé une cellule de communication constituée de personnes élues par la population et réparties en groupes thématiques. La fonction principale de cette cellule est de trouver des solutions locales aux problèmes de toute la communauté. Chaque mois, elle se rassemble pour examiner la situation encours et pour définir les objectifs du mois suivant. Suite à cette réunion, les participants rédigent un compte-rendu et l’envoient à une importante mailing liste qui comprend toute la communauté humanitaire de la province du Sud-Kivu, les autorités locales et même OCHA, le Bureau de coordination des affaires humanitaires. Chacun trie les informations qui concernent son domaine d’intervention et analyse les problèmes pour trouver des solutions. Par exemple, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a envoyé 30 tonnes de semences, tandis que Oxfam Grand Bretagne construira des latrines et des douches pour le Kimbi Lulengue. J’ai voulu développer cette idée parce que je considère la communication un outil très efficace dans la réussite d’un projet qui dépend de l’engagement de multiples acteurs. »

Quelles autres activités avez-vous réalisées pendant ces 12 mois ?
« Cette année a été pour moi très intense. Nous avons envoyé un proposal au Pooled Fund - un mécanisme de financement commun créé à l’initiative de bailleurs de Fonds en République Démocratique du Congo depuis 2005 – pour construire une piste d’atterrissage à Kilembwe. J’espère dans une réponse positive pour démarrer ce projet dans les six prochains mois. En juin, nous avons lancé un programme avancé de prévention de la transmission mère enfant et des centres de dépistage volontaire (CDV). Il s’agit de dispositifs mobiles qui couvrent tous les centres de santé. En septembre, nous avons achevé la construction d’un CDV fixe à Misisi. Depuis janvier à septembre 2010 dans la zone du Kimbi Lulengue, nous avons constaté une augmentation des cas de transmission du VIH. La diffusion de la maladie est liée à plusieurs facteurs. D’un côté, la vaste circulation des militaires et la fermeture administrative des mines qui a provoqué une migration épouvantable vers les campagnes. De l’autre, on observe un faible taux d’utilisation d’une méthode contraceptive au sein de toute la communauté. Une stratégie efficace pour la maîtrise du phénomène pourrait être la vente des moyens contraceptifs à petit prix par des associations locales.


Ensuite, nous avons fait un audit en janvier et un état des lieux pour réorganiser la formation et élaborer une nouvelle stratégie. Aujourd’hui, nous pouvons constater une sérieuse amélioration surtout au niveau de l’hygiène et de l’organisation des centres de santé. La stratégie consiste à offrir une prime de 100 $ pour les centres de santé les plus accueillants. Cette prime sera donnée à Noël et sera est choisie en étroite collaboration avec les autorités sanitaires locales, notamment le bureau central de la zone de santé (BCZ) et le médecin central de zone (MCZ). Pour évaluer la qualité du travail, nous avons conçu une nouvelle grille différenciée par métier, une formule qui permet ainsi l’individualisation de la prime. »

Quels moyens avez-vous utilisé pour faciliter l’intégration au sein de l’équipe et au sein de la communauté ?
« Nous avons programmé une soirée cinéma tous les samedi soirs avec une toile blanche accrochée à deux arbres. Cela nous offre l’opportunité de partager des bons moments avec la population et avec les autres acteurs humanitaires de la zone. La semaine dernière, nous avons projeté le film documentaire de Yann Arthus-Bertrand ‘HOME’, ce qui a suscité un grand débat entre les équipes d’A.M.I., IRC (International Rescue Committee) et OXFAM. Quelque fois, nous projetons les spectacles du théâtre de rue sur la sensibilisation contre le SIDA. »


Dans quelques jours vous aller rentrer en RDC. Quelles seront vos priorités pendant les six prochains mois ?
« Tout d’abord, la réhabilitation de la zone de santé du Kimbi Lulengue. Par exemple, il faudra rééquiper l’hôpital avec des lits et des matelas. Suite à des réunions avec les superviseurs de la santé communautaire, nous faisons une évaluation de la situation globale pour décider le type de formation qui répond le plus aux besoins actuels. Ensuite, nous allons former les accoucheuses sur les principes de nutrition des enfants de 0 à 5 ans. Le choix est fait sur les accoucheuses car elles seront capables de donner des conseils aux mères qui participent aux consultations préscolaires (CPS). Notre objectif sera alors de redynamiser les CPS pour en augmenter le taux de fréquentation. Un autre important défi des prochains mois sera la lutte contre le SIDA où nous allons travailler surtout dans le cadre d’une sensibilisation massive. »

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Posté le 29 octobre 2010