RDC : soins de santé primaires et lutte contre le VIH/Sida au Sud-Kivu

RDC : soins de santé primaires et lutte contre le VIH/Sida au Sud-Kivu

Depuis juillet 2001, A.M.I. participe à la reconstruction du système de santé dans le Sud-Kivu (RDC), totalement détruit par six années de guerre (1996-2002). A.M.I. œuvre à améliorer l’accès aux soins des populations par un programme de réhabilitation et de formation. Comment s’organise la mission pour mettre en œuvre les objectifs d’A.M.I. en RDC ? Sara Caillère, responsable de projet à Kilembwé (Sud Kivu), et Cécile Maurer, Administratrice à Bukavu, la « capitale » provinciale, apportent des éclairages croisés.

Sara est en poste sur une des bases opérationnelles reculées, au plus proche du terrain, tandis que Cécile intervient en base de coordination. « Etre en coordination sur les questions administratives et financières, cela signifie être en appui aux bases opérationnelles (Uvira, Baraka, Kilembwé) », explique-t-elle. À travers ses activités de support, en matière de ressources humaines notamment, elle a joui d’une vision globale de l’organisation de la mission.
Ainsi explique-t-elle comment se déroule l’appui apporté par A.M.I. aux centres de santé : « Des infirmiers superviseurs recrutés par A.M.I. interviennent dans les centres du système de soins congolais, auprès des infirmiers titulaires. Le travail de supervision qu’a mis en place A.M.I. consiste à se rendre dans les différents centres de santé, observer le fonctionnement de ces structures et identifier les problèmes éventuels, et assurer un compagnonnage des personnels. Cela porte sur la qualité des soins rendus, par exemple en matière de protocoles de soin à respecter, ou d’hygiène. Si l’un des aspects de la prise en charge des patients peut être amélioré, les superviseurs apportent leur soutien et leur expertise aux infirmiers titulaires. Voilà l’un des aspects par lesquels A.M.I. participe à l’amélioration du système de santé congolais. » Cécile participe aux recrutements de personnel médical local nécessaires à ces activités. Elle raconte comment sont organisées les ressources humaines mobilisées par A.M.I. : « En coordination, nous recrutons du personnel local, notamment des médecins et des infirmiers. Recruter du personnel médical n’est pas difficile en RDC, compte tenu du système éducatif relativement bon. Dans les trois bases opérationnelles, il y a à chaque fois un référent médical expatrié et un médecin congolais. Le référent expatrié est en charge des questions de soins de santé primaires. Il a sous sa hiérarchie une équipe d’infirmiers superviseurs, lesquels vont intervenir dans les centres. Le médecin congolais, lui, est en charge d’activités spécifiques, correspondant à divers programmes menés par A.M.I. : lutte contre le VIH/Sida ou contre le choléra, soutien aux victimes d’agression sexuelles… Il est également le supérieur hiérarchique d’infirmiers superviseurs travaillant sur ces questions spécifiques. »
L’appui aux centres de santé passe également par l’approvisionnement en matériel et médicaments. À terme, il est prévu que cet approvisionnement soit assuré par des acteurs locaux. Sara Caillère, responsable de projet à Kilembwé, l’une des trois bases opérationnelles, raconte : « L’objectif est que l’approvisionnement soit repris par une pharmacie zonale créée à cet effet, gérée par le bureau central de la zone de santé (BCZ), émanation locale du ministère de la Santé. Dans ce processus d’autonomisation de l’approvisionnement, la gratuité des médicaments assurée jusqu’à présent fera place à une tarification. A.M.I. veille à ce que cette tarification soit adaptée pour conserver les avancées en termes d’accès aux soins ; certains médicaments doivent par exemple être mis hors tarification pour les personnes vulnérables (déplacés, rapatriés, indigents, etc.). »
En ce moment, l’opération « Kimia 2 » déclenchée à l’encontre des FDLR (Forces Démocratiques de Libération du Rwanda) constitue un contexte particulier. À Kilembwé, où les FDLR sont très présents, Sara et le référent médical de la base, tous deux expatriés, ont quitté temporairement la base, ainsi que certains membres du staff local, par mesure de précaution. En attendant, l’approvisionnement des centres de santé est assuré par une équipe restreinte restée sur le terrain, constituée d’une partie staff local essentielle au fonctionnement minimum de la base (superviseur logisticien, médecin, chauffeurs, etc.). « Nous avons préparé un stock de médicaments en prévision de deux mois, raconte Sara. Au cas où la situation se dégraderait, l’équipe restreinte restée sur place, responsable de ces stocks, pourra faire une donation aux centres. »

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Pharmacie du centre de santé de Mudindi


Outre l’appui aux centres de santé, favoriser l’accès des populations aux soins de santé primaires implique aussi de porter une attention particulière aux grossesses et aux accouchements. Des structures spécifiques sont conçues pour intervenir sur la problématique de la santé materno-infantile, un enjeu essentiel dans la région. La construction d’une maternité d’attente est en cours à proximité de l’hôpital de Kilembwé, raconte Sara : « Ce projet s’inscrit dans le cadre du programme de lutte contre la mortalité maternelle et les risques liés à la maternité. Les femmes présentant des difficultés dans leur grossesse pourront être prises en charge en attente de l’accouchement tout près de l’hôpital. » Des maternités de ce type sont en train d’être construites à proximité de plusieurs centres hospitaliers des zones où intervient A.M.I. Bientôt, elles pourront accueillir des femmes qui bénéficieront d’un suivi avant leur accouchement dans un lieu médicalisé et à proximité de l’hôpital, plutôt que d’accoucher dans de mauvaises conditions chez elles ou d’être transportées en urgence, souvent trop tard, à la suite de complications.
Sara et Cécile rendent compte également de la mise en œuvre du programme concernant le VIH/Sida : « la lutte contre le VIH au Sud-Kivu passe par la mise en place d’un certain nombre de structures, dit Cécile : 14 centres de PTME d’une part (Prévention de la Transmission de la Mère à l’Enfant), 4 CDV d’autre part (Centres de Dépistage Volontaire). » Elle décrit les aspects positifs du fonctionnement mis en place : « on observe qu’à partir du moment où les femmes ont fait la démarche du dépistage dans un centre PTME, et qu’elles viennent chercher des résultats qui s’avèrent positifs, celles-ci souhaitent recevoir la prise en charge que leur propose A.M.I. au sein des centres PTME. C’est-à-dire que dès lors que les femmes sont au courant de leur séropositivité, elles osent aller au bout de la démarche pour recevoir un suivi pendant leur grossesse. » Or la prise en charge des femmes enceintes est essentielle, car il existe des solutions pour les femmes enceintes afin de réduire les risques de transmission de la maladie à l’enfant. Notamment, en mettant en place un accouchement médicalisé avec ARV (antirétroviraux). Puis, après l’accouchement, en donnant des conseils aux femmes sur l’allaitement afin de réduire les risques de transmission du VIH par le lait maternel, comme le sevrage brutal de l’enfant à 6 mois. A.M.I. fournit aux mères du lait maternisé pour remplacer le lait maternel. Pour assurer un tel suivi, les équipes se mobilisent pour inciter les femmes à continuer de fréquenter les centres de santé après l’accouchement, certaines souhaitant quitter le programme à ce stade pour éviter les soupçons de leur entourage.

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Campagne nationale de prévention sur l’allaitement maternel


Ainsi, qu’il s’agisse des structures dédiées à la lutte contre le VIH/Sida, des maternités d’attente, ou de l’ensemble des activités mises en place par A.M.I. (appui aux centres de santé mais aussi lutte contre le choléra, prise en charge des victimes de violences sexuelles, etc.), l’objectif défendu par les équipes sur place est d’organiser les conditions d’une prise en charge sur le long terme des populations, et d’assurer une continuité et un suivi, en préparant la passation à des acteurs locaux.
Posté le 16 octobre 2009