Survivre en temps de guerre...

Survivre en temps de guerre...


JOURNEE MONDIALE DE LA PAIX, 21 septembre 2007

Alors que le Nord-Kivu est à nouveau le théâtre de combats qui pourraient prendre une envergure régionale, nous vous proposons deux témoignages de femmes congolaises.


"Au grand matin, nous avons entendu
des crépitations d’armes légères..."

Bernadette, infirmière superviseur, Uvira

"Après des études supérieures à Bukavu, j’ai obtenu mon diplôme en 1994 et un bon emploi. Mon pays, le "Zaïre ", à l’époque avait accueilli les réfugiés en provenance de deux pays voisins : le Rwanda et le Burundi.
Progressivement, l’insécurité s’est installée dans la région. Les cultivatrices témoignaient de la présence d’ hommes armés dans leurs champs. Comme les femmes ne sont pas souvent écoutées, leurs informations n’étaient pas prises en considération. C’est comme cela que l’armée rwandaise a envahi le sol zaïrois.
Le 25 octobre 1996, au grand matin, nous avons entendu les crépitations d’armes légères des roquettes, des bombes, … la ville d’Uvira est tombée aux mains des armées rwandaise et ougandaise. Tout le monde a fuit.

J’étais enceinte de ma fille cadette Nathalie, je ne pouvais pas effectuer de longue distance. Après les attaques à Swima entre les troupes rwandaises et zaïroises, défaillante, je suis retournée à Uvira et ai trouvé…ma maison ouverte. Heureusement, tous mes biens étaient gardés chez mes voisins. Quelle solidarité !!!
Toute la population était triste et vivait dans la peur mais nous étions obligés de vivre avec eux, même s’ils nous tuaient et nous maltraitaient. Personne ne peut s’imaginer qu’à chaque fois qu’on se saluait, on disait : « ça va bien » même si on venait de perdre un proche.

Puis la vie quotidienne a repris quasi normalement.

En 1998, grande désolation !!! Deuxième guerre !!! Ce fût le massacre de KASIKA, ce couvent où des religieux furent assassinés le 23 août 1998. Mon époux comptait parmi les blessées et rescapés. De cette date historique à la décision de retrait de toutes les troupes étrangères du sol congolais, ma famille vécut dans le stress permanent, le papa ne pouvait pas circuler librement et nous étions séparés de nos deux enfants.Le 31 janvier 2002, suite à la réunification du territoire congolais et à la stabilité réinstaurée, j’ai retrouvé mes enfants.
Voilà la paix dans mon cœur malgré le chômage de mon mari.
Mon fils aîné étudie à l’Université de Lubumbashi et cette année obtiendra son diplôme de licence en droit. Ma fille est déjà mariée et mène une vie heureuse à Kinshasa. Chaque jour, je communique avec eux grâce aux réseaux téléphoniques installés sur l’étendue du Pays.. Les opérateurs économiques sont de retour et les activités commerciales se déroulent très bien. Les magasins et boutiques sont remplis de différents articles. La vie a repris normalement.

Beaucoup de congolais n’ont pas d’emploi mais,d’une manière ou d’une autre réalisent de petites courses pour se procurer à manger le soir, payer le minerval(le droit à la scolarité pour les enfants) …
La vie a repris au Congo et nous demandons que les politiciens cessent avec les conflits armés. Nous souhaitons qu’ils bâtissent un grand Pays de droit et de justice où règne une paix durable.

Grand espoir dans l’avenir du Congo, ma chère PATRIE…"


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"Déjà le son des armes lourdes se faisait entendre..."
Charlotte, infirmière superviseur, Baraka

“C’était un soir d’octobre 1996, les militaires étaient aux portes de notre village. Il était environ 17h, j’étais assise dans ma chambre en train de surveiller ma fille cadette de 5 ans qui avait de la fièvre quand surgit dans l’enclos un membre de ma famille. Il venait nous annoncer que nous étions les seuls qui restaient et que les autres habitants avaient déjà fui. J’ai dit “Non ! Partez sans moi”. Il me semblait impossible de fuir avec un enfant malade et 2 autres enfants dont l’aîné avait 8 ans.

Après quelques minutes de discussion je fus convaincue. Je mis ma fille sur mon dos et pris mon petit sac à main qui contenait mes papiers d’identité et quelques médicaments. Je n’avais aucun sou. Une amie me prêta un peu d’argent et nous nous joignirent à la foule pour faire la route ensemble. Déjà le son des armes lourdes se faisait entendre.
On venait de parcourir 30 km à pied et dépasser 3 villages quand nous avons pris la décision de passer la nuit sur une plage où d’autres campaient déjà. Malgré notre malheur je n’ai pu m’empêcher de trouver la situation vraiment belle. Tout était calme sous un beau clair de lune et nous allions pouvoir enfin nous reposer à la belle étoile…
Mais vers 23h, alors que nous étions plongés dans un bon sommeil, des coups de fusils ont retenti et réveillé tout le monde. C’était la panique. Les enfants cherchaient leurs parents, les mères cherchaient leurs enfants, il y avait des pleurs de partout, c’était la désolation. Pour ma part, je perdis tous mes habits et ceux de mes enfants, mais eux au moins étaient toujours à mes côtés, c’était la seule chose qui comptait. Nous avons dû fuir à nouveau. Sur la route, lorsqu’on arrivait dans un village les gens des lieux pliaient aussi leurs bagages et prenaient la fuite. Incapables d’emporter tout, ils y laissaient toujours quelques effets : de la nourriture, de la literie ou des casseroles qui pouvaient nous servir.
On ne souffrait pas non plus de la faim car c’était la période des mangues, et on pouvait faire la cueillette dans les champs sans que les propriétaires ne se lamentent. C’était vraiment de la solidarité.
Fatiguée par un voyage sans destination précise, je n’avais cependant pas l’intention de quitter le pays. Nous sommes enfin arrivés dans un village construit dans un champ de palmier tout près d’un lac.
Nous y avons campé quelques temps. Tout le monde était content d’y séjourner. Les enfants allaient jouer sur le sable, à la plage, attraper des petits poissons avec des casseroles ou des pagnes. Les pêcheurs revenaient avec des poissons et on leur en achetait.

La vie était mieux là-bas et on se disait qu’il serait raisonnable d’y attendre la fin de la guerre. Mais un jour que ma voisine et moi revenions du lac pour laver le linge, de nouveaux coups de fusil retentirent de tous côtés. Nous avons couru pour rentrer le plus vite possible mais nous nous retrouvâmes nez à nez avec un militaire furieux, fusil braqué sur moi. Il nous interrogea, sur la position de l’ennemi.
Avec un ton calme, je lui ai répondu que je n’en savais rien et que je revenais seulement du lac. Pour preuve je lui montrais ce que je portais : de l’eau dans une casserole et des habits dans une main. Ma voisine tremblait de peur et j’ai cru que c’était la fin pour nous deux. Mais après une dizaine de minutes d’interrogatoire, le militaire est parti.
Après cet événement, j’ai pris la décision de rentrer dans mon village natal. On m’y apprit que mon mari était mort. Je suis restée abattue pendant 1 mois puis je me suis décidée à reprendre ma vie en main et me rendis à Uvira pour chercher un emploi.

A mon arrivée, plusieurs femmes sont venues me consoler, d’autres m’ont assistée en me donnant des vêtements, mêmes les plus démunies que moi m’ont aidé à cette époque. Ce fut pour moi une véritable consolation et joie de voir l’amour, l’unité, le partage, la solidarité entre les femmes.

Femmes du monde soyons toujours unies et solidaires !”

Posté le 19 septembre 2007