Thaïlande : entretien avec Cécilie Alessandri, référente de projets santé

Thaïlande : entretien avec Cécilie Alessandri, référente de projets santé

Cécilie Alessandri achève une mission dans les trois camps de réfugiés dans lesquels Aide Médicale Internationale intervient. Elle revient sur les difficultés et les réussites rencontrées dans les camps dans le domaine de la santé mentale, l’un des programmes qu’elle supervisait, et de l’avancée des activités mises en place pour une meilleure prise en charge et compréhension des problèmes qui y sont liés.

À Mae Sot en Thaïlande, A.M.I. intervient auprès de populations au statut particulier, car les habitants des camps sont pour la plupart des déplacés qui ont fuit la Birmanie, sans pour autant être reconnus comme réfugiés au sens de la Convention de Genève par le gouvernement thaïlandais. Pouvez-vous nous raconter comment se déroule l’intervention dans ce contexte particulier ?

Les réfugiés birmans ne sont tolérés que dans les camps. On ne parle d’ailleurs pas de « camps de réfugiés » mais de temporary shelter, ce qui désigne un abris temporaire. Ces lieux sont clos, et il faut une autorisation pour y entrer et intervenir auprès des populations. Une longue liste d’interdictions encadre la vie dans les camps. Tous ces éléments contribuent à créer un contexte et une atmosphère de confinement assez pesants.
Seul horizon pour ces populations, l’espoir de bénéficier enfin du programme de « relocalisation » mis en place par l’UNHCR (Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés). Ce programme a permis à environ 30 000 d’entre eux de migrer vers différents pays d’accueil. Mais beaucoup restent sur place et les camps ne désemplissent pas, de nouveaux arrivants continuant à affluer, pour certains attirés par ce programme.
Dans les camps, il y a beaucoup de dépressions, un fort taux de suicide et d’alcoolisme. Mon travail de coordination impliquait, pour le volet santé mentale, de superviser les équipes qui interviennent au niveau de ce programme spécifique.

Une partie du staff est recrutée sur place, dans les camps. Comment cela se passe-t-il ?

Certains membres du staff sont des réfugiés, qui ont postulé pour intégrer l’équipe A.M.I. Ils sont formés pour devenir Psycho Care Givers (PCG) : ils ont pour rôle de lutter contre le stress et l’anxiété des habitants des camps, et animent des activités telles que la relaxation ou le yoga. Eux-mêmes vivent dans les camps. C’est quelque chose de compliqué : soigner des gens qui sont dans la même situation que soi, lorsque l’on partage les mêmes conditions de vie difficiles.

Quelles sont les avancées du programme ? Qu’est-il possible de faire encore contre le mal-être dans les camps ?

Les avancées les plus récentes concernent les partenariats. Différentes ONG interviennent auprès des réfugiés et permettent d’animer la vie dans les camps, comme l’a déjà fait « clowns sans frontières » par exemple. Dépressions, insomnies : pour les réfugiés, qui sont sans travail, sans famille, l’ennui est pesant. Le fait d’avoir accès à des activités participe à une prise en charge globale de leur mal-être. Des accords peuvent être institués avec les différentes ONG initiant diverses activités ; ainsi, un partenariat a été noué dernièrement avec Shanti Volunteer Association (SVA), une association japonaise qui a amorcé depuis l’an 2000 des activités autour de la lecture auprès des réfugiés en Thaïlande.
Par ailleurs, dans le même souci d’apporter des activités au sein des camps, une semaine d’Art Thérapie se déroulera du 17 au 22 août 2009. Celle-ci sollicite des intervenants extérieurs thaïlandais dans l’optique de découvrir d’autres types d’activités auxquels pourraient avoir recours les Psycho Care Givers (PCG), l’objectif étant de diversifier les techniques de soutien. Organisée à Mae La, cette semaine comprendra deux jours de musicothérapie et arts plastiques, deux jours d’expression corporelle, deux jours sur le massage.
Outre l’organisation d’activités et d’animations, un autre type d’évènement a été mis en place par la précédente responsable de projet en santé mentale expatriée et une psychologue superviseuse thaïlandaise, Goi : la semaine de la santé mentale. Celle-ci vise à présenter les différentes activités développées dans le cadre du programme santé mentale et à amener chacun à mieux comprendre quels peuvent être les troubles psychologiques dont souffrent les patients auprès desquels nous intervenons. Il s’agit donc de promouvoir le programme, de permettre à chacun de mieux comprendre quel type d’aide il peut trouver auprès des Psycho Care Givers, et de réduire la stigmatisation des personnes souffrant de troubles. Celle-ci aura lieu en octobre prochain.

Hormis les activités relatives à la santé mentale, quelles sont les avancées concernant les autres programmes mis en œuvre ?

Pour le programme formation, deux sessions de seize mois sont actuellement en place pour former des réfugiés à devenir medics. L’objectif est de faire en sorte que ceux-ci puissent prendre en charge le minimum nécessaire des soins pour la communauté. Ces sessions permettent de renforcer la formation continue, laquelle est adressée par les superviseurs à tous les réfugiés membres du staff A.M.I. : medics mais aussi Psycho Care Givers pour le programme santé mentale ou VCT counsellors, qui conseillent et informent les réfugiés qui le souhaitent sur le HIV et les accompagnent dans leur démarche de dépistage.

Concernant le VIH/SIDA, le programme pour la prise en charge et le suivi des patients suit son cours. En juin dernier, 99 patients sur les 160 séropositifs suivis dans les trois camps étaient sous traitement ARV. Un gros travail est fait afin de mieux identifier les patients et de prévenir les transmissions, et diverses campagnes sont mises en place par les équipes VCT.
L’un des enjeux est de lutter contre la discrimination et de permettre une meilleure intégration des personnes vivant avec le VIH au sein de la communauté. Une grande campagne sera organisée à l’occasion de la journée mondiale contre le SIDA le 1er décembre, journée actuellement en préparation par toutes les équipes VCT des trois camps. Enfin, à plus large échelle, Jacqueline Nopno ARAKTHARA, responsable du programme VCT (Voluntary Counseling and Testing) représentera A.M.I. au 9e congrès international sur le SIDA en Asie et dans le Pacifique qui se tiendra à Bali du 9 au 13 août, afin de présenter notre programme de prise en charge des patients.
Posté le 10 août 2009