Thaïlande : entretien avec Gay Doh Htoo, volontaire du programme VIH au camp de Mae La

Thaïlande : entretien avec Gay Doh Htoo, volontaire du programme VIH au camp de Mae La

Quelles sont vos fonctions au sein d’Aide Médicale Internationale ?
Je suis « VCT counselor » dans le camp de Mae La. Je travaille dans l’équipe d’Aide Médicale Internationale depuis juin 2007.

Pouvez-vous nous expliquer ce que signifie « VCT counselor » ?
VCT est l’acronyme de « Voluntary Counseling and Testing », soit « volontaire conseil et dépistage ». Lorsqu’un habitant du camp se pose des questions sur le HIV ou s’inquiète de son éventuelle séropositivité, il peut se rendre dans un centre de conseil et de dépistage pour y recevoir une information sur les modes de transmission de la maladie et la prévention.
Notre travail s’effectue dans le respect le plus strict de la confidentialité et se fonde sur la démarche volontaire des patients : bien évidemment nous n’obligeons jamais personne à faire un dépistage. Nous expliquons l’intérêt du dépistage et les raisons qui peuvent amener une personne à y recourir.
Cette partie de mon travail est ce que l’on appelle le « pré-dépistage ». Dans un second temps, si la personne le souhaite, nous prélevons un échantillon de sang pour réaliser un test de dépistage. Lorsque nous remettons le résultat, nous fournissons à nouveau une information : c’est ce qu’on appelle le « post-dépistage ». Si la personne est séronégative, nous insistons sur la prévention, nous expliquons comment prévenir la transmission à d’autres personnes et comment vivre avec le VIH.
Un autre pan du travail consiste à accompagner les personnes atteintes du VIH. Nous essayons notamment de lutter contre la discrimination et la stigmatisation dont elles souffrent au sein de leur communauté. Nous mettons en place des activités de groupe et un support individuel afin de renforcer, chez les personnes malades, une approche positive de la vie.

Avez-vous relevé des changements dans le camp de Mae La depuis que vous travaillez en qualité de « VCT counselor » ?
Oui, des évolutions sont apparues dans la communauté, notamment en ce qui concerne la compréhension de la maladie. Les gens connaissent mieux le VIH et les modes de transmission, et les personnes vivant avec le VIH souffrent moins de discrimination. De plus, les malades sont de plus en plus parties prenantes dans les activités que nous mettons en œuvre, et cela traduit un profond changement d’attitude vis-à-vis de la maladie.

La Journée mondiale de lutte contre le VIH/sida a été célébrée le 1er décembre dernier, et pour la deuxième année consécutive, divers événements ont été organisés dans les camps. Pouvez-vous nous raconter en quoi ils ont consisté ?
Pour préparer cette deuxième année de manifestations, nous avons invité des personnes de différentes organisations à rencontrer le personnel d’AMI. Deux réunions ont été consacrées aux préparatifs, à la suite de quoi l’équipe des VCT s’est consacrée aux préparatifs d’aménagements des différents lieux utilisés pour les événements du 1er décembre : des scènes ont été aménagées et décorées avec des dessins, des fleurs (fournies par le comité de la santé du camp). Nous avons fait de notre mieux pour que les événements soient attractifs.

Quels types d’activités avez-vous organisés ?
Nous avons tout d’abord organisé un concours de chansons relatives au VIH, entre quatre équipes. Composés d’élèves de différentes classes, ces équipes ont assuré l’ouverture de la journée mettant ainsi l’accent sur les messages d’information et de prévention.
Par la suite, différentes activités avaient été organisées afin d’attirer un maximum de personnes et de renforcer la connaissance de la maladie : expositions (de peintures et de dessins illustrant la prévention et la lutte contre la discrimination), jeux (de questions/réponses notamment), témoignages de personnes malades, etc.
Nous avons également installé un stand pour informer sur le don du sang et recruter des donneurs. Nous souhaitions sensibiliser sur l’importance du don du sang.

À qui ces activités étaient-elles destinées ?
Un grand nombre de jeunes et d’enfants ont assisté aux événements de cette journée, et beaucoup d’entre eux étaient accompagnés par des adultes. Je tiens à remercier les malades qui ont tenu à présenter leurs témoignages pour que le VIH/sida et sa prévention soient mieux compris.
Au total, nous avons distribué 1 500 rubans, et je sais que beaucoup de personnes qui ont assisté aux manifestations n’ont pas pu en recevoir.
Enfin, plus de 150 personnes ont laissé leurs coordonnées afin d’être contactées pour effectuer des dons du sang.

Quels ont été les perceptions, les commentaires des destinataires de ces événements ?
Les habitants ont fait part de leur satisfaction d’avoir appris sur la maladie tout en passant un bon moment. En effet, les chansons, les expositions, les jeux, les discussions étaient à la fois riches en informations et agréables à suivre. L’intérêt et l’attention de tous ont été, pour l’ensemble de l’équipe, un motif de grande satisfaction.

Quels résultats concrets attendez-vous de cette journée ?
Il me semble que ce type d’événement peut réellement renforcer une prise de conscience de la maladie, permettre une meilleure connaissance du VIH/sida et contribuer à lutter contre les discriminations et la stigmatisation.
Je pense aussi que ce travail encouragera un plus grand nombre de personnes à se rendre dans les centres de conseil et de dépistage pour y chercher davantage d’informations.

Quels sont les projets en matière de développement des acticités des « VCT counselors » ?
L’année passée, nous nous étions concentrés sur les adolescents, et l’année prochaine nous allons poursuivre notre action pour renforcer la prise de conscience chez les jeunes. Nous souhaitons par ailleurs nous adresser spécifiquement aux hommes adultes et aux comportements de réduction des risques. Enfin, nous réfléchissons déjà à l’organisation de la journée mondiale de lutte contre le sida en 2009.
Posté le 9 décembre 2008