Thaïlande : le Health Messenger, une publication pour la formation des personnels de santé dans les camps de déplacés

Thaïlande : le Health Messenger, une publication pour la formation des personnels de santé dans les camps de déplacés

Augustin Remay revient d’une mission d’un an en Thaïlande. Responsable de publication de l’édition thaïlandaise du Health Messenger, il fait part des spécificités de ce magazine à destination des professionnels de la santé dans les camps de déplacés.

Le Health Messenger est une publication d’Aide Médicale Internationale à destination des personnels de santé locaux, édité pour répondre à une volonté de formation continue et de pérennité des savoirs et savoir-faire. Diffusé dans trois pays, en Afghanistan, Indonésie et Thaïlande, ce magazine spécifique est adapté aux besoins rencontrés dans chacune de ces régions du globe. La version thaïlandaise est distribuée dans les neuf camps de déplacés parsemés le long de la frontière entre la Birmanie/Myanmar et la Thaïlande. « Le HM Thaïlande est destiné aux travailleurs de santé, explique Augustin. Le contenu y est précis et technique. » Cette spécificité est due à la particularité du travail dans les camps, et plus encore à la nouvelle problématique induite par la relocalisation, initiée depuis quelques années : certains déplacés sont choisis pour émigrer dans d’autres pays prêts à les accueillir, comme l’Australie, le Canada ou les États-Unis. « La priorité est donnée aux personnes qui sont déjà formées, dans l’enseignement, ou la médecine par exemple. De ce fait, de nombreux membres des équipes locales formés par A.M.I. ont été choisis pour ces départs. Les organisations non gouvernementales perdent ainsi une partie de leur staff local. Cette opportunité est réellement bonne pour ceux qui partent, mais ceux qui restent ne bénéficient plus d’une qualité de soin égale. En effet, entre les anciens médicaux, formés depuis plusieurs années, qui disposent de compétences techniques et pratiques précises et rodées, et les nouveaux, dont la formation théorique est certes pointue, mais à qui l’expérience manque, la différence est palpable. Les HM parus en 2008 avaient pour but de tenter de combler ces lacunes : ils sont composés de fiches techniques sur différents points pratiques. Le premier a eu un très bon accueil, nous avons donc décidé d’en faire en deuxième pour aller plus loin et le compléter, car un seul numéro ne suffit pas à envisager toutes les thématiques et répondre aux manques. ».

Séance de formation dans le camp de Mae La (photo Dominique David)

Le HM Thaïlande est destiné à tous les personnels de santé des neuf camps de déplacés, même si A.M.I. n’intervient que dans trois d’entre eux. « Son contenu est établi en concertation avec des représentants des autres camps où nous ne sommes pas directement, pour être sûr que les sujets évoqués sont bien adaptés à la réalité. Le magazine est rédigé en grande partie par du staff A.M.I., tant expatrié que local, ainsi que par d’autres contributeurs extérieurs, c’est-à-dire d’autres organisations humanitaires ou des organismes privés. L’équipe du HM Thaïlande se compose de ces contributeurs, d’un chauffeur distributeur, d’un éditeur médical et d’un project manager. C’est ce rôle qui m’était imparti. Ma mission consistait à superviser l’ensemble du processus, de la conception à la distribution, d’assurer le reporting aux bailleurs, et de représenter A.M.I. lors de rencontres entre les ONG destinées à mettre en commun les problématiques de travail afin de capitaliser nos savoirs et d’avancer au mieux. »

D’autres supports sont utilisés pour diffuser des savoirs en matière d’éducation à la santé : « Nous avons édité un livret "Patient manual" pour les grosses structures de soins qui se trouvent dans les camps de déplacés. Il prend en compte les habitudes culturelles dans une volonté d’information sur les règles de conduite à tenir dans un hôpital. Il ne se contente pas d’énoncer une série de règles, mais les explique, du point de vue de l’hygiène par exemple. En plus de son côté pédagogique, il étoffe le nombre de publications, peu nombreuses, en langue karen. ».

D’autres projets encore ont été réalisés, avec des modes de diffusion différents. « Avec le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, nous travaillons sur différentes problématiques, comme la prévention de la transmission du VIH de la mère à l’enfant (PTME), ou une série de posters sur le VIH. Un HM Junior a été financé par cette agence, diffusé à Dala en Birmanie/Myanmar et en Thaïlande. Ce numéro était axé sur les problématiques liées à l’adolescence et au VIH, c’est-à-dire tout ce qui touche à l’éducation sexuelle ou encore à la prévention et la réduction des stigmatisations liées à la maladie. Un autre projet, le "Sada (Substance abuse drugs and addiction) guide book" est en cours. Il peut être vu comme un petit mémento des mises en garde sur les risques liés à la consommation des drogues. Il sera normalement diffusé dans les neuf camps de déplacés. D’autres publications de sensibilisation sur le même thème sont à venir : une série de posters avec différents messages concernant les addictions : les dangers de l’alcoolisme chronique, qui insiste sur le volet social de cette dépendance, la déformation de la réalité qu’induit la prise de substances, etc. ».

Malgré l’acuité des besoins de formation, le HM Thaïlande est difficile à financer. Les bailleurs d’urgence ne sont, le plus souvent, que peu sensibles à cette publication, qui prend en compte une dimension de formation, et qui peut donc plus s’apparenter à une action de développement. « Je suis arrivé à un moment particulier de l’histoire du HM en Thaïlande. En 2006/2007, le magazine était financé en grande partie par ECHO (Office d’aide humanitaire de la Commission européenne), avec une parution régulière, tous les trimestres. Quand je suis arrivé, en 2008, un seul numéro était prévu. L’une de mes missions était donc de trouver l’argent nécessaire à son financement, ou plus largement d’imaginer d’autres moyens de diffuser une formation à la santé dans les camps. C’est ce que nous sommes parvenus à faire avec l’ensemble de l’équipe. ».


> Aujourd’hui, Paul Duke est désormais project manager du HM Thaïlande, à la suite d’Augustin Remay
Posté le 21 avril 2009