Thaïlande : prévenir et soigner les maladies dans les camps de réfugiés
Thaïlande : prévenir et soigner les maladies dans les camps de réfugiés
Dans les camps de réfugiés en Thaïlande, A.M.I. est la principale ONG médicale présente. Son activité permet la prise en charge des patients en consultation interne et externe, et contribue à prévenir et limiter les épidémies au sein des camps. Les activités de prévention et les protocoles de préparation aux pandémies sont ainsi un élément clé de la santé des réfugiés au sein des camps.
Anna Paul a mené ses études dans un institut d’études politiques avant de poursuivre par une spécialisation en master d’action humanitaire à l’université d’Aix-en-provence. Après des stages au sein d’organisations de protection des droits humains fondamentaux, Anna a vécu ses premières missions en tant que responsable de projet au Tchad et en République centrafricaine. Désormais, Anna est responsable de projet pour Aide Médicale Internationale dans le camp de réfugiés de Mae La, qui est, avec plus de 45 000 personnes, un des plus gros des neufs camps situés à la frontière birmano-thaïlandaise.
Quelles sont les activités que vous gérez au quotidien en tant que responsable de projet ?
Je coordonne les activités de santé menées par les équipes d’A.M.I. dans le camp de Mae La. Comme il s’agit d’un très grand camp, cette mission requiert beaucoup d’organisation à tous les niveaux. J’assure les fonctions habituelles des responsables de projet d’A.M.I. : suivi des objectifs, reporting, gestion des équipes, qui sont assez conséquentes eu égard au nombre de personnes vivant dans le camp. L’équipe comprend en effet 280 personnes, composée de réfugiés qui sont formés par A.M.I. à la mise en place et au déroulement quotidien des activités de soin. Nous avons en plus une équipe sur Mae Sot (la base de coordination générale) composée de médecins et de formateurs qui apportent un soutien aux équipes des camps, composées notamment de medics en charge des soins de santé primaires. Les médecins leur viennent en appui pour les décisions médicales complexes et pour les référencements vers l’hôpital général de Mae Sot.
Par ailleurs, d’un point de vue plus global, je participe avec toute l’équipe d’A.M.I. à la réflexion concernant l’évolution des programmes. Nous travaillons pour proposer une stratégie conçue pour rester en constante adéquation avec les besoins de la population. Par exemple, on analyse l’opportunité de prendre davantage en charge certaines activités et de confier entièrement d’autres projets aux autorités sanitaires locales. Ainsi, il est envisagé de reprendre l’activité de prévention et de traitement de la tuberculose qu’une autre ONG a cessé récemment.
En plus des activités de soins préventifs et curatifs auprès des réfugiés, existe-t-il des activités plus spécifiques à la région ?
Nous avons mis en place des protocoles pour faire face de manière efficace à une épidémie de grippe aviaire (la promiscuité et la présence de volailles au sein du camp nous ont amené à prendre des mesures très concrètes). En effet, en cas de grippe aviaire, nous pouvons craindre un taux de mortalité assez élevé (plus qu’en cas de grippe A, pourtant davantage médiatisée aujourd’hui), ce qui nous a amené à prévoir un protocole spécifique. Il faut savoir qu’officiellement, les réfugiés ne sont pas autorisés à posséder des volailles car ils n’ont pas le droit d’avoir des activités génératrices de revenus. À cela s’ajoute le fait que les autorités ont peur de la contamination. Dans ce contexte, mettre en place un programme de prévention est assez délicat. Cela étant, nous assurons une surveillance aux niveaux humain et aviaire. Notre objectif est de créer des outils de surveillance et des protocoles d’action clairs et précis pour le cas où l’on rencontrerait des cas suspects de mort de volailles. Pour ce faire, nous invitons donc les habitants à signaler les morts suspectes de volailles à l’équipe sanitaire. Ensuite A.M.I. s’occupe d’informer les autorités sanitaires locales et d’opérer les tests spécifiques requis. Selon les résultats, l’intervention peut être plus générale. Il nous faut faire preuve de force de persuasion car les réfugiés ont peur qu’en déclarant les morts suspectes, la totalité des volailles soient tuées par mesure de prévention.
Concernant le volet humain, la maladie est sous surveillance constante : les medics disposent d’une liste de symptômes auxquels ils doivent prêter une attention particulière, et doivent faire une déclaration sous 24 heures s’ils les observent chez un patient. Une fois le cas déclaré aux autorités sanitaires, le nécessaire est fait pour isoler le plus rapidement possible la personne du reste du camp et la référencer sur l’hôpital de Mae Sot. En complément, des actions sont menées en amont, au niveau de la communauté pour diffuser des messages de prévention et d’hygiène, notamment sur le lavage des mains ou l’utilisation de cages pour les volailles.
Après votre break en France, vous retournez en Thaïlande pour la suite de votre mission. Quels sont les chantiers pour votre retour ?
Bien entendu, je vais continuer toutes mes activités en tant que responsable de projet. Nous recevons également la visite du référent médical terrain du siège qui vient en mission pour nous appuyer dans notre travail en apportant un regard extérieur indispensable sur les activités. Le référent médical va nous aider à compiler les données médicales et épidémiologiques, participer aux réunions, travailler sur les indicateurs qui serviront sur les futurs projets. Il prendra également part aux sessions de formation du staff à la gestion du H1N1 dans le camp. Nous allons aussi nous pencher sur l’amélioration de l’accueil dans les patient house, qui sont des structures qu’A.M.I. met à disposition pour les personnes référencés vers l’hôpital de Mae Sot pour qu’elles y passent la nuit en allant ou en revenant de consultation. L’accueil du patient, comme la qualité des soins est en effet un élément important de notre action.
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