Thaïlande : soutenir et former les réfugiés à la frontière birmane

Thaïlande : soutenir et former les réfugiés à la frontière birmane

Forte de multiples expériences humanitaires en Afrique, Anna Paul a rejoint les équipes d’Aide Médicale Internationale en tant que responsable de projet dans un camp de réfugiés en Thaïlande.

Depuis 1984, des milliers de personnes fuient le territoire du Myanmar (Birmanie), pour trouver refuge en Thaïlande. Aujourd’hui, plus de 150 000 personnes, principalement issues des ethnies Karen, Karenni et Mon, vivent dans neuf camps proches de la frontière birmane. La Thaïlande n’ayant pas ratifié la Convention de Genève (1951), ces hommes, femmes et enfants sont privés du statut de réfugié et disposent de droits extrêmement limités, en termes d’activité professionnelle et de déplacement. Ces populations sont donc extrêmement dépendantes du soutien des organisations de solidarité internationale.

Anna Paul a intégré les équipes d’Aide Médicale Internationale, engagées auprès des populations des camps de la frontière depuis 1995, pour participer à un programme d’assistance médicale bénéficiant à une population de 91 000 personnes. Cette ancienne étudiante en relations internationales et droit humanitaire, à Aix-en-Provence, avait réalisé auparavant des missions d’encadrement et de suivi d’activités de plusieurs mois pour différentes organisations humanitaires, en particulier au Tchad et en République centrafricaine. « La situation sécuritaire en Thaïlande était beaucoup plus stable qu’au Tchad, où les expatriés tendent à s’habituer à un climat d’insécurité chronique et finissent par ne plus réussir à juger de la dangerosité d’une situation », reconnaît-elle.

Au cours de sa mission d’un an dans la province de Tak (nord-ouest), Anna a été responsable de la gestion de l’ensemble des activités sanitaires dans le camp de réfugiés de Mae La, un des trois camps dans lesquels A.M.I. mène des programmes de soins et de formation, le long de la frontière birmane.

« Les équipes d’A.M.I. s’efforcent de former du personnel de santé local pour qu’il soit en mesure d’aider la communauté. »

Le camp de Mae La a une double particularité par rapport à ses deux voisins de Nu Poe et Umpiem. D’une part, il couvre une population de bénéficiaires (44 000 personnes) aussi importante que celle des deux autres camps réunis. D’autre part, des soins de santé préventive, notamment destinés aux femmes enceintes et jeunes enfants (vaccinations, nutrition, soins post-natals, éducation à la santé et suivi démographique), sont dispensés en plus du volet curatif (consultations généralistes, examens médicaux, consultations spécialisées). Le spectre des soins à prodiguer, comme des tâches à accomplir, est donc considérable.

Assurant régulièrement des liaisons entre la base de coordination de la mission à Mae Sot et le camp de Mae La, distant d’une quarantaine de kilomètres, Anna devait s’occuper de l’encadrement des équipes (dont 280 personnels locaux), du monitoring des programmes, de l’application de la stratégie et du reporting destiné aux bailleurs de fonds.

« Une des principales difficultés de ma mission a été de savoir gérer les priorités au vu de l’ampleur des activités implémentées. Il a fallu s’adapter à l’évolution permanente du contexte, notamment à l’afflux de nouveaux réfugiés, mais également au départ de membres locaux de nos équipes ayant été relocalisés à l’étranger », confie la responsable de projet. Le processus de relocalisation (resettlement) initié par le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) a en effet permis à plus de 40 000 habitants des camps de quitter la Thaïlande pour des pays tiers depuis début 2004. Ceux-ci privilégiant l’immigration de personnes qualifiées, A.M.I. est confrontée au départ régulier de son personnel de santé local ayant reçu une formation pour participer au développement communautaire. Ce phénomène est d’autant plus important que le processus de relocalisation s’est intensifié au cours des dernières années et qu’il s’est focalisé sur les trois camps où l’association est implantée. Cela renforce la nécessité de produire un effort accru d’accompagnement et de renforcement des compétences des personnels de santé locaux : sages-femmes, médecins, infirmières, techniciens de laboratoire, etc.

« Les équipes d’A.M.I. s’efforcent de former du personnel de santé local pour qu’il soit en mesure d’aider la communauté. A plus long terme, il serait d’ailleurs intéressant de renforcer les initiatives locales à travers les Community base organisations (CBO). Mais cela reste particulièrement complexe de mener un travail d’autonomisation auprès de populations désoeuvrées, coupées de la société thaïlandaise et prises en charge de manière discontinue par les autorités du pays », ajoute Anna.

Même si son travail de coordination ne l’a pas amenée à être toujours en contact direct avec les bénéficiaires, il lui a permis d’avoir de très nombreuses responsabilités et de relever autant de défis nécessaires pour mener à bien les activités d’A.M.I.. Et c’est avec une expérience humanitaire aussi riche que variée qu’Anna s’apprête à préparer des concours administratifs pour travailler dans la fonction publique.
Posté le 4 mars 2010