Yémen : agir pour que les communautés s’approprient les projets
Yémen : agir pour que les communautés s’approprient les projets
Ce n’est pas la première fois qu’El Hadji Ba, responsable de développement communautaire au Yémen pour Aide Médicale Internationale, travaille au contact direct des populations. En effet, il avait auparavant travaillé pour une ONG française au Sénégal, et l’appui apporté au système éducatif supposait déjà de mobiliser la communauté. Revenu d’une mission de deux mois au Yémen, il raconte en quoi consiste le développement communautaire, quelles sont les difficultés de la démarche, mais aussi les sources de satisfaction.
Quelle définition peut-on donner du développement communautaire ?
C’est assez large, car le développement communautaire peut s’appliquer à des activités très diverses : santé, éducation, agriculture… Il peut se définir comme une stratégie d’intervention qui mise sur le potentiel des individus, des réseaux sociaux, des collectivités et des groupes communautaires à trouver des solutions aux difficultés rencontrées par les communautés, en sorte qu’elles pourvoient elles-mêmes à leurs besoins. Cette stratégie suppose de prendre appui sur une dynamique locale, notamment les associations locales (comme les associations de femmes, de jeunes), les collectivités, etc. Cela permet de mieux étudier les attentes des communautés et de les impliquer dans le processus, afin qu’elles s’approprient le projet et qu’elles en deviennent les principaux acteurs.
Comment se traduit cette approche au Yémen ?
Il faut savoir qu’au Yémen A.M.I. apporte un appui au système de santé en soutenant des centres de santé à Al Hali (zone périurbaine d’Hodeidah) et Al Marawa (une zone rurale mais toujours dans le gouvernorat d’Hodeidah). Le travail de développement communautaire doit notamment servir à s’attaquer au problème du faible taux de fréquentation des centres par les populations. Il s’agit de rétablir une confiance réduite dans ces centres aussi bien que dans le système de santé lui-même. Aussi, nous nous efforçons d’apporter un soutien en matériel, en médicament, car les centres manquent cruellement de moyens, et de former les staffs des centres. Le deuxième volet de formation concerne les relais communautaires. Ceux-ci appartiennent à la communauté, ils ont été choisis au sein des villages dans lesquels A.M.I. intervient, et ils se portent volontaires pour intervenir dans le domaine de l’éducation à la santé.
L’étape qui a été menée pour le moment a consisté à les sélectionner. Nous avons rencontrés les chefs de village, les « akels », afin qu’ils proposent parmi les villageois des personnes capables de devenir relais, à partir de critères que nous leur avons soumis, et nous avons tous discuté. Aux akels, nous avons expliqué l’importance pour nous de travailler avec la communauté. Ce sont les personnes les plus influentes de la communauté, les représentants, même si leur autorité n’est pas institutionnelle. Ils sont essentiels dans la dynamique locale dont je parlais tout à l’heure, et ils peuvent véritablement mobiliser les communautés.
Pourquoi faire intervenir des relais communautaires ?
Par exemple, à Al Marawa où A.M.I. a mis en place un programme de nutrition, certains enfants ne se rendent pas ou pas régulièrement aux rendez-vous fixés dans le centre de santé pour qu’ils reçoivent un suivi nutritionnel. Les enfants du district y reçoivent des compléments nutritionnels et un traitement curatif en fonction du niveau de sévérité de la maladie, du plumpeanut. Le rôle des relais communautaires, au nombre de deux par village, sera d’inciter les parents à les conduire au centre de référencement pour les faire bénéficier de ces soins. Également, ils interviennent en matière de Health Education (éducation à la santé) sur différents sujets liés aux soins de santé primaires et à la nutrition.
Quel était ton rôle pendant ces deux mois ? À quelle étape de tous ces projets de développement communautaire a correspondu ta mission ?
Les activités communautaires sont nouvellement développées par A.M.I. au Yémen. Ma mission principale était la formation d’une superviseur locale pour la mise en œuvre des activités. Avec elle, nous avons conduit diverses activités préparatoires, comme le processus de désignation de relais communautaires par les populations, l’organisation d’une session de formation pour les staffs des centres de santé et des relais communautaires, ou la sensibilisation des populations pour les inciter à fréquenter les centres de soins.
Et puis, s’agissant de la formation du staff dans les centres de santé, une évaluation a été menée pour estimer les besoins en formation en matière d’éducation à la santé. En effet, il faut savoir qu’au Yémen cette activité fait partie de leurs responsabilités. A.M.I. pourra intervenir afin de les outiller et d’améliorer leur pratique.
Quelles difficultés peuvent se poser à l’implication des communautés ?
Parfois, les populations sont un peu attentistes, c’est à nous de les amener à participer. Par exemple, je peux citer le cas d’un village où les activités d’un centre de santé ne pouvaient commencer en raison d’un problème d’eau. Dans le village, la population se demandait si A.M.I., ou l’État, allait faire l’aménagement nécessaire. L’équipe de développement communautaire ou CBHC (Community Based Health Care) est allée voir le akel du village pour lui exposer le problème et lui expliquer notre souhait de voir la population s’impliquer. Le akel a donné sa promesse que le problème serait résolu, ils ont creusé, mis les tuyaux, etc., et l’eau est arrivée dans le centre.
Que penses-tu du fait de faire participer les communautés ?
J’ai trouvé personnellement cette mission très enrichissante. Je suis un « communautaire ». J’aime aller vers les communautés, réfléchir avec elles, cibler des problèmes et chercher les solutions ensemble. Les communautés ont un grand rôle à jouer. Leur participation à la vie des projets est importante et nécessaire pour la continuité des actions entreprises. Car si les populations ne se mobilisent pas en amont, lorsque A.M.I. partira les projets risquent d’être laissés à l’abandon. AMI mise donc sur l’implication des communautés pour rendre les actions entreprises pérennes.
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