Yémen : promouvoir la santé, construire le développement
Yémen : promouvoir la santé, construire le développement
Dans la péninsule arabique, le Yémen est un pays marqué par une très grande pauvreté. Son économie est directement affectée par la baisse continue de sa production de pétrole depuis des années, alors que sa production agricole ne permet pas au pays d’assurer son autosuffisance alimentaire. Le Yémen accuse un important retard en terme de développement humain par rapport au reste de la péninsule. Selon le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), 47 % de la population vit sous le seuil de pauvreté (2 $ par jour), 34 % de la population n’a pas accès à l’eau potable, tandis que l’illettrisme touche 41 % de la population âgée de plus de 15 ans. Les maladies contagieuses et la malnutrition constituent les premières causes de mortalité et de morbidité, particulièrement dans les zones rurales qui concentrent près de 70 % de la population.Alternant activités cliniques en France et missions humanitaires en tant que médecin, Valentine Grangeon, référent médical de retour de sa mission au Yémen, explique comment Aide Médicale Internationale participe à la promotion des soins de santé primaires (SSP) dans le gouvernorat d’Hodeïdah.
Au cours de ses études de médecine généraliste à Grenoble, Valentine participe à une première mission humanitaire en partant soutenir un projet local d’assistance aux camps de réfugiés tibétains situés aux marges nord de l’Inde. Par la suite, elle parvient à développer une expérience clinique de plusieurs mois au sein d’un cabinet médical et d’une structure hospitalière. La mission humanitaire qu’elle mène six mois durant au Libéria en tant que référent médical lui permet ensuite de consolider sa connaissance des programmes de SSP. Elle confirme cette orientation en suivant une spécialisation en médecine tropicale et santé publique internationale à l’Institut de Médecine Tropicale (IMT) d’Anvers et a alors l’opportunité de mettre à profit ses compétences nouvellement acquises dans un contexte de développement en prenant part à la mission d’A.M.I. au Yémen. Dans le gouvernorat d’Hodeïdah, situé sur les rives de la mer Rouge, l’association travaille depuis plusieurs années à améliorer la prise en charge des SSP, de la santé materno-infantile et de la malnutrition.
Valentine a été chargée, dans le cadre de sa mission d’un an, de la supervision du programme de soins de santé primaires. Celui-ci repose sur trois équipes mobiles, comprenant chacune un médecin et une sage-femme locaux, accompagnés parfois d’une technicienne de laboratoire. Les équipes mobiles assurent des consultations hebdomadaires dans treize centres de santé, les activités curatives étant dévolues aux médecins, tandis que les sages-femmes assurent les activités préventives. Valentine note que « la persistance de traditions locales fortes oblige à veiller à une nette séparation des hommes et des femmes dans le cadre des activités et des consultations médicales. C’est la raison pour lesquelles seules des femmes sont habilitées à examiner les femmes yéménites, à réaliser les consultations gynécologiques, de même que la prévention et le traitement des maladies sexuellement transmissibles. Ces affections restent d’ailleurs largement ignorées et passées sous silence au Yémen, ce qui nécessite d’user de patience et de discrétion plus importantes encore concernant ces sujets sensibles. » La technicienne de laboratoire vient en soutien à sept Health Centers, couvrant une zone de 15 000 habitants.
La supervision des structures de santé locales par les personnels yéménites d’A.M.I. passe par le suivi des consultations, l’étude des procédures et la formation continue, afin d’améliorer leurs capacités de diagnostic et de prescription d’un traitement adapté. Valentine souligne que « ce travail de formation prépondérant a pu être progressivement renforcé par la constitution d’un ouvrage de référence répertoriant avec précision les procédures à appliquer en cas de maladie. Ce recueil couvre des sujets aussi larges et essentiels que la définition de la maladie, l’observation des signes cliniques, l’observation des signes biologiques, la gestion des équipes médicales, la mise en place des traitements curatifs et enfin les mesures de prévention à mettre en œuvre pour réduire la fréquence des maladies ». Étant donné le développement relativement récent des activités d’A.M.I. au Yémen, le travail de référent médical englobe aussi de nombreuses composantes comme les relations avec les autorités sanitaires locales, la mise en œuvre et le suivi des programmes, ainsi que la coopération éventuelle avec d’autres organisations humanitaires. »
« Le Yémen reste un pays largement isolé et ignoré sur le plan humanitaire, dominé par la pauvreté et l’insalubrité, fait remarquer Valentine. Ces difficultés structurelles impliquent de se donner suffisamment de temps pour la formation, l’assimilation et l’appropriation des outils par le personnel local. En dépit de capacités de développement économique limitées, la population parvient à s’investir dans des programmes de prévention et de supervision exigeants. En ce sens, les sages-femmes avec lesquelles j’ai été amenée à travailler ont largement démontré leurs capacités d’initiative et d’autonomie dans le cadre de leurs activités, alors qu’une partie importante de mon temps a été consacré à l’encadrement des médecins généralistes. » Valentine s’est efforcée d’instaurer un climat de confiance avec ses équipes, en leur garantissant notamment une autonomie importante dans le cadre de leurs activités de supervision, après qu’elle ait élaboré les formations. Cette expérience au sein d’A.M.I. l’a convaincue de l’importance « d’élargir la gamme des soins dispensés à la population et de contribuer ainsi au développement de la société yéménite ».
Posté le 5 août 2010
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