Yémen : s’ouvrir à l’humanitaire et au monde arabe
Yémen : s’ouvrir à l’humanitaire et au monde arabe
Mots-clés (tous les mots-clés)
Employée administrative dans une entreprise privée, Fabienne Alcaraz a orienté sa carrière pour rejoindre le monde de l’humanitaire, en partant avec Aide Médicale Internationale pour une mission courte au Yémen.
Situé à la pointe sud de la péninsule arabique, le Yémen connaît une situation socio-économique plus comparable aux États fragiles de la Corne de l’Afrique qu’aux puissances pétrolifères du monde arabe, en raison de la faiblesse de ses ressources en hydrocarbures et de sa faible productivité. La population yéménite, forte de 23 millions d’habitants, se distingue ainsi du reste de la péninsule par un important retard en terme de développement humain. Selon le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), 47 % de la population vit sous le seuil de pauvreté de 2 $ par jour, 34 % de la population n’a pas accès à l’eau courante, tandis que l’illettrisme touche 41 % de la population âgée de plus de 15 ans. Les maladies contagieuses et la malnutrition constituent les premières causes de mortalité et de morbidité, particulièrement dans les zones rurales qui concentrent près de 70 % de la population. Par ailleurs, le pouvoir central est ébranlé par les velléités sécessionnistes de l’ancien Yémen du Sud et la rébellion houthiste du nord. Une trêve fragile a récemment été trouvée avec les insurgés nordistes, permettant la fin des hostilités qui ont éclaté depuis 2004 et auraient fait plusieurs milliers de victimes et 350 000 déplacés.
Clinique mobile dans le district d’Al Marawa
Après une formation en secrétariat, Fabienne Alcaraz s’est lancée très tôt dans la vie active, multipliant les expériences professionnelles, avant de devenir responsable administrative et comptable dans une société de transport de voyageurs. Issue d’une mère d’origine malgache, elle souhaite depuis longtemps se consacrer à un projet de développement local à Madagascar. Elle quitte le monde de l’entreprise après 7 années de carrière, pour suivre une formation d’administrateur de 9 mois à l’institut Bioforce. Au terme de nombreuses démarches, Fabienne connaît sa première expérience humanitaire en rejoignant les équipes d’A.M.I. pour 3 mois, en tant qu’administratrice sur la mission Yémen.
Depuis 2007, les équipes d’A.M.I. viennent renforcer les capacités organisationnelles, techniques et matérielles de huit structures de santé gouvernementales, situées dans les districts d’Al Marawa (zone rurale) et d’Al Hali (zone urbaine), dans le gouvernorat d’Hodeïdah (côte ouest). En collaboration avec le ministère de la Santé, A.M.I. concentre ses activités sur la prise en charge des soins de santé materno-infantile, le traitement des épidémies, et la lutte contre l’insécurité alimentaire. Fabienne est venue en soutien aux trois expatriés présents sur la mission – un chef de mission et deux référents médicaux –, pour assurer la gestion des tâches administratives courantes et former un administrateur local.
« Un temps d’adaptation a été nécessaire pour que je parvienne à me familiariser avec le monde de l’humanitaire, le fonctionnement de la mission et le mode de vie au Yémen, reconnaît-elle. Durant un mois et demi, j’ai dû engranger rapidement une somme importante d’informations, concernant les procédures RH appliquées aux expatriés et personnels locaux, la gestion de la trésorerie, la répartition des tâches et l’encadrement des équipes au quotidien. J’ai été amenée à m’adapter au rythme de vie au Yémen, en privilégiant les démarches extérieures et les formalités administratives le matin, puisque banques et administrations sont fermées l’après-midi, en partie en raison du rituel du khat. » (Originaire d’Afrique de l’Est, la culture des feuilles de khat s’est également étendue à la péninsule arabique. Comme chez son voisin somalien, le rituel du khat est un facteur important de sociabilité au Yémen, puisque sa consommation en réunion est propice à de longues heures de discussion et de négociation.)
Un mois durant, Fabienne a aussi été chargée de la formation d’un administrateur local, afin qu’il soit en mesure de lui succéder et d’assumer la responsabilité de l’ensemble des tâches administratives sur la mission. « Travailler avec un jeune homme doté d’une courte expérience et âgé seulement d’une vingtaine d’années passait nécessairement par un important effort de communication, fait-elle remarquer. Cette phase de transmission de compétences, mais aussi d’échange et de partage entre deux personnes issues de cultures différentes, a été particulièrement enrichissante pour moi. Un véritable climat de confiance a d’ailleurs fini par s’instaurer entre nous. De manière générale, le personnel local témoigne d’une grande curiosité concernant les activités et le personnel expatrié de la mission. »
« Cette première mission humanitaire a été une expérience riche d’enseignements à tous les niveaux. »
En raison du manque d’accès à l’enseignement et de la faiblesse du niveau d’instruction des langues étrangères, l’arabe demeure la langue de communication prédominante au Yémen. Les personnes anglophones sont rares dans le pays. Fabienne souligne à quel point « les traducteurs sont indispensables aux équipes d’A.M.I., pour permettre aux expatriés de se faire comprendre de la quinzaine de collaborateurs, de l’ensemble de la population et des autorités locales si nécessaire. C’est à l’administrateur que revient la supervision du travail des deux traductrices et l’organisation de leur planning. Celles-ci sont aussi utiles à la traduction des lettres officielles, des plaquettes pédagogiques et d’autres types de documentation, qu’à l’accompagnement d’expatriés lors de sessions de formation. Les traductrices sont incitées à faire preuve de précision et d’attention, notamment dans l’usage du vocabulaire médical, pour ne pas altérer le sens de certaines prescriptions. Lorsque "repas" devient "alimentation", le message véhiculé par les équipes chargées des programmes de nutrition peut devenir plus confus pour les populations. »
En dépit de la durée limitée de sa mission, Fabienne a eu l’opportunité de développer un certain contact avec la population et le travail de terrain, en prenant le temps d’observer les traditions locales : « Il était plus facile pour moi de m’intégrer progressivement à la population d’une ville régionale de taille moyenne comme Hodeïdah, par rapport à la capitale du pays, même si la langue reste une barrière difficilement surmontable en si peu de temps. Il n’est pas forcément évident de trouver sa place lorsque l’on est une femme occidentale qui travaille dans l’humanitaire, au sein d’une société où l’autorité masculine est très marquée. Néanmoins, le fait d’être une femme permet d’estomper en partie la réserve de la population yéménite à son encontre, et des femmes en particulier. J’ai d’autre part eu la chance de sortir de ma bulle quotidienne, en partie éloignée des difficultés rencontrées par la population dans le reste du Yémen, pour me rendre sur un centre de santé d’Al Marawa et découvrir le travail des équipes d’A.M.I. sur le terrain. De manière générale, cette première mission humanitaire a été une expérience riche d’enseignements à tous les niveaux. Et elle me permet maintenant d’envisager d’une manière différente le projet que je souhaite entreprendre à Madagascar. »
Posté le 13 avril 2010
Français
English