Yémen : un programme de développement communautaire pour renouveler la confiance des bénéficiaires dans le système de santé

Yémen : un programme de développement communautaire pour renouveler la confiance des bénéficiaires dans le système de santé

Virginie Nadeau a occupé le poste de responsable du programme de développement communautaire. Après des expériences dans le privé comme formatrice et plusieurs missions dans le domaine humanitaire aux Comores, à Madagascar et en Haïti, Virginie a rejoint les équipes d’Aide Médicale Internationale sur la base d’Hodéidah au Yémen.

Depuis son ouverture en 2007, la mission d’A.M.I. au Yémen porte sur l’amélioration de l’accès aux soins de santé primaires de la population. L’appui des équipes d’A.M.I. se concentre essentiellement sur les centres de santé qui ont une forte activité en soins curatifs, mais également en prévention et en vaccination. C’est dans ce cadre que Virginie est intervenue pour faire une évaluation afin de préparer la future mise en place du programme communautaire dans deux districts du gouvernorat d’Hodéidah (neuf zones dans le district d’Al Marawa et quatre zones dans le district d’Al Hali).

Quel soutien apporte actuellement A.M.I. sur le terrain avant le démarrage prochain du programme communautaire ?

Il est vrai que la mise en place d’un programme communautaire n’a pas eu lieu dès le démarrage des activités d’A.M.I. à Hodéidah au début de l’année 2007. Il s’est avéré nécessaire de rétablir le niveau de soin dans les centres de santé avant d’inciter les bénéficiaires à revenir les fréquenter. A.M.I. soutient neuf centres de santé en zone rurale et quatre en zone urbaine. Nous soutenons également trois nouvelles localités avec des cliniques mobiles en attendant la construction de centres de santé supplémentaires par le ministère de la Santé. Dans ces cliniques mobiles, nous dispensons des soins curatifs et préventifs (surveillance des femmes enceintes et « supplémentation » en fer, vaccinations, etc.). L’aspect préventif a également été développé avec des séances d’éducation à la santé et un volet de lutte contre la malnutrition.

Que vise le programme communautaire pour lequel vous avez fait une évaluation ?

Le but de ce programme communautaire sera de rétablir le lien entre les centres de santé et la communauté et d’introduire des sessions d’éducation à la santé pour prévenir les pathologies les plus courantes et améliorer la prise en charge des malades.
Le programme communautaire est conçu directement en collaboration avec les communautés et les centres de santé déjà en place. Il est primordial que les communautés se sentent concernées en tant qu’acteurs de leur santé. Une réelle implication est nécessaire de leur part car les bénéficiaires doivent venir dans le centre de santé, avoir confiance dans le personnel soignant et dans la qualité des soins qui sont proposés, car à l’heure actuelle, les personnes sont souvent méfiantes et critiques à l’égard du système de santé.
Il faut aussi comprendre et désamorcer certaines fausses croyances très répandues, comme par exemple que le thé est un fortifiant, alors qu’il est en cause dans de nombreuses carences en fer, notamment chez les femmes enceintes et les enfants.
Mon rôle par rapport à ce programme communautaire a donc été de le préparer en amont et d’analyser les retombées possibles pour assurer que les activités mises en place par A.M.I. soit pérennes et aient des bases solides pour perdurer après le départ des équipes.

JPEG - 23.1 ko

Une salle de consultation à Koshoba

Concrètement, comment évaluez-vous un programme communautaire ?

Ma mission d’évaluation a débuté par la collecte d’informations pour faire un état des lieux et avoir une idée précise de ce qui avait été fait avant. Cela a permis de bien connaître la situation existante et de savoir ce qu’il est possible de faire ou non avec les communautés. J’ai donc été attentive à tout ce qui avait d’ores et déjà été mis en place par l’équipe d’A.M.I., les associations locales et les autorités sanitaires locales. Je me suis aussi informée sur d’autres projets en termes d’éducation à la santé et d’approche communautaire.
Le travail de sensibilisation sera assuré par des bénévoles issus des communautés. Le processus de recrutement de ces bénévoles sera appuyé par la coordinatrice locale A.M.I. du projet. Le rôle de chaque acteur dans le programme communautaire, ainsi que la stratégie et les étapes du programme sont en cours de définition.
Le plus important pour s’assurer de la pérennité du programme, de l’implication et de la motivation des acteurs sur le long terme (pour une partie à titre bénévole) est de leur demander une contribution raisonnable, et de créer des interdépendances, afin que ces acteurs aient besoin et un intérêt dans le travail des uns et des autres pour une motivation mutuelle.
Le déroulement du programme communautaire sera basé sur une approche participative. Il faut donc que nous mobilisions des agents sensibilisateurs légitimes aux yeux de la population. Ils seront donc choisis si possible via un processus d’élection.
Quant au contenu des messages de sensibilisation, nous les définirons avec le ministère de la Santé, tout en impliquant la communauté pour identifier ses propres besoins.
Peu de temps après le démarrage proprement dit du programme communautaire, nous envisageons de conduire une première évaluation des résultats pour analyser de quelle manière passe le message auprès de la population dans une zone pilote parmi les 13 que couvre la mission d’A.M.I. Nous allons commencer le projet par une phase de test dans une zone pilote (parmi les 13 zones cibles de la mission A.M.I.), qui bénéficiera d’un suivi-évaluation rigoureux avant l’extension du programme à toutes les zones concernées.
Ce programme communautaire vise à redonner confiance aux bénéficiaires dans leur système de santé, les inciter à adopter certains comportements préventifs et à se rendre rapidement dans un centre de santé, peu de temps après la déclaration d’une maladie pour y recevoir à temps un traitement efficace et adéquat.
Posté le 27 juillet 2009