Yémen : une mission en pleine expansion

Yémen : une mission en pleine expansion

Karine Betemps, de passage à Paris, est chef de mission au Yémen pour Aide Médicale Internationale. Après avoir travaillé pendant 6 ans en France dans le secteur social, puis au Soudan et une première fois au Yémen, elle a effectué, pour A.M.I., des missions en Afghanistan et en République Démocratique du Congo. Elle livre son regard sur les programmes de l’ONG dans ce pays oublié de la péninsule arabique.

La mission au Yémen est une des dernières nées d’A.M.I. Ouverte depuis environ deux ans, elle commence à s’ancrer dans le paysage local. « Je suis arrivée en septembre 2008, raconte Karine. Le volet opérationnel avait déjà été mis en place depuis le mois de février 2007. Il y a eu un délai d’un an entre la mission exploratoire et l’ouverture. On peut dire que le programme est effectif depuis deux ans. Je suis la deuxième chef de mission. C’est celui qui m’a précédé, Cédric Fleury, qui en a fait l’ouverture. ». Les équipes d’A.M.I. sont basées dans le gouvernorat d’Hodeïda, bordé par la Mer Rouge. « C’est une petite mission. Nous avons deux programmes, l’un en zone urbaine, à Al Hali, dans lequel nous soutenons quatre centres de santé, et l’autre en zone rurale, à Al Marawa, où nous avons prévu, au total, de soutenir neuf centres de santé, et d’installer une clinque mobile. En plus de ces activités traditionnelles d’A.M.I., ce deuxième programme comprend un volet sur la nutrition. Nous travaillons en consortium avec l’ONG française Triangle sur ce projet, qui s’occupe de tout ce qui touche à l’agriculture et l’élevage, tandis que nous nous attelons à la dimension sanitaire du programme, avec le soutien d’UNICEF, axée sur une approche communautaire du traitement de la malnutrition. ». L’équipe expatriée est assez réduite : « L’équipe au complet comprend un chef de mission et deux référents médicaux. À ceux-là, on peut ajouter la venue d’expatriés en missions d’appui ponctuelles. La dernière à être venue, Florence Tonnoir, est nutritionniste. Elle est restée pendant six mois. La mission fonctionne surtout avec les équipes locales. Une quinzaine de personnes sont employées par A.M.I. Il est nécessaire de bien former ces équipes, pour qu’elles puissent transmettre à leur tour ces connaissances dans les centres de santé. ». La formation de personnel médical permet que cette transmission soit étendue le plus possible, avec une sorte d’effet boule de neige.

A.M.I. est présente dans la région en soutien aux centres de santé, ainsi que pour l’établissement d’une clinique mobile. « Ces actions de soutien sont ce que j’appelle le "paquet A.M.I". Dans un premier temps, avant de débuter notre soutien à un centre de santé, nous organisons, avec le représentant du ministère de la Santé sur le district et le directeur du centre en question, une réunion d’information auprès des chefs de communautés. Cette réunion a pour but d’expliquer la démarche AMI et de délimiter ce que nous pouvons faire et ne pas faire. Elle a également pour objectif d’obtenir l’adhésion des chefs de communauté au soutien d’A.M.I., la participation des habitants à certains travaux de réhabilitation, et surtout d’encourager les habitants à utiliser les services de santé, notamment ceux délivrés en direction des femmes enceintes et des enfants.
Dans un second temps, nous faisons un état des lieux du centre à soutenir, en matière de réhabilitation et d’équipements (médicaux et non médicaux).
Une fois les travaux de réhabilitation exécutés et les équipements installés, nous commençons alors le soutien régulier A.M.I., à savoir l’approvisionnement mensuel en médicaments essentiels et consommables médicaux, la supervision et la formation des personnels médicaux, ainsi que la collecte et l’analyse des informations sanitaires du centre.
L’objectif de ce soutient est d’améliorer les compétences du personnel soignant, qui permettrait une augmentation de la fréquentation de ces centres de santé par les bénéficiaires. Au milieu de tout cela, mon rôle se situe tant sur le plan opérationnel, avec un soutien au staff local A.M.I., que sur le plan des relations avec les bailleurs et les autorités. »

Les deux programmes se font en collaboration avec les autorités sanitaires locales, et en soutien au ministère de la Santé yéménite. La mission n’a pas connu un démarrage des plus faciles, notamment en raison de son implantation : « Il n’y a pas de réelle culture des ONG au Yémen. ». Aller là où les autres ne vont pas nécessite un temps d’adaptation, quand les ONG sont assimilées par les populations locales à des organismes de don pur qu’à un véritable travail en partenariat. Les programmes ont été un peu freinés par l’ancrage de ces représentations. Aujourd’hui, les choses rentrent dans l’ordre. Les contacts avec les différents interlocuteurs sont établis, et portent leurs fruits. « On arrive à travailler avec le ministère de la Santé, pour soutenir les centres. Si on veut arriver à une pérennité des actions menées, une réelle implication du Ministère et des communautés est indispensable, pour accompagner les programmes, et pour que la mission obtienne de réels résultats. Par ailleurs, plus le temps passe, plus nous avons une connaissance fine de l’environnement dans lequel nous travaillons, les compréhensions mutuelles s’améliorent, et nous discernons les limites de la mission, ce qui est essentiel pour son bon déroulement : cela ne sert à rien de tenter de faire telle ou telle action qui ne peut pas marcher. Il y a, maintenant, un réel intérêt à travailler ensemble. ».

La pertinence de la mission se situe dans l’idée, à terme, d’une passation avec le ministère de la Santé. L’accent est donc mis sur la transmission des compétences et des connaissances. « La formation est, dans le programme, ce que je trouve le plus pertinent. C’est ce qui permet de pérenniser les avancées. C’est pourquoi je pense qu’elle est à renforcer de plus en plus. Nos actions se déroulent toujours dans un but d’autonomisation et de durabilité. Il en va de même pour la clinique mobile. Bien qu’elle semble être de l’ordre de l’éphémère, elle est installée à un endroit où le Ministère prévoit de construire un centre de santé dans un futur proche. ».

Les projets à venir sont dans la continuité de ce qui a débuté depuis deux ans. « On arrive en ce moment à une période d’aboutissement effectif de pas mal de choses. Il nous reste quatre centres de santé à soutenir sur les neuf, en zone rurale. La clinique mobile devrait être opérationnelle fin avril début mai. Le programme sur la nutrition prend de plus en plus d’importance. Nous réfléchissons à l’avenir, pour voir comment transformer et pérenniser le plus possible ce qui a déjà été fait. »

Retrouvez Karine Betemps en interview vidéo
Posté le 14 mai 2009